CHAPITRE VU
LES SIX TYPES DE COLONIES A L'ÉPOQUE ACTUELLE
Peut-on retrouver encore, à notre époque, des colonies se rattachant aux six types que nous venons d'étudier?
D'une manière absolue, non !
Mais, les mômes causes qui ont présidé à leur formation depuis les premiers âges de riiumanité, existant toujours dans une certaine mesure, on peut constater l'existence de certaines analogies qui , — en tenant compte des difTérences essentielles provoquées par les modifications survenues dans le monde, — peuvent servir à éclairer, d'un jour de plus en plus grand, l'histoire de la Colonisation, objet de ces pages.
11 y a incontestablement, de nos jours, des pays d'essaimage plus ou moins intense,
l-'lS I>IIILOSOI>IIlIi
parmi lesquels on cite Tlrlande, rAUemagne, l'Italie, la Russie, la Chine.
Autrefois, alors que toutes les terres n'étaient pas occupées, ou n'étaient pets occupées par des populations suffisamment puissantes pour assujettir de nouveaux venus à leur domination, Tessaimage donnait lieu à des colonies d'essaimage autonomes et indépendantes.
Nous avons vu q^ue les dernières colonies d'essaimage auxquelles on puisse appliquer cette dénomination dans son sens primitif, cesontlesdeuxrépubliqucsboersderOrange et du Transvaal.
Ailleurs, l'essaimage donne lieu à des agglomérations d'émigrants de même nationalité, conservant souvent entre eux un lien assez étroit pour constituer des communautés assez bien liées, mais ces communautés se trouvent, dos leur origine, sous la juridiction de lois déjà établies par le gouvernement des pays où elles essaiment.
Telle est la situation des émigrants irlandais, allemands, italiens, chinois, qui essaiment en dehors de leurs frontières.
Nous avons vu que, chez les Russes qui émigrent en si grand nombre en Sibérie, se constitue peu à peu un nouveau type social, le '* type sibérien '\ beaucoup plus avancé en civilisation et en iiJL'Os politiques que le ** type russe'' originaire, et qui pourrait, dans un temps plus ou moins éloigné, faire de la Sibérie une véritable colonie d'essaimage autonome, — par un phénomène historique analogue à celui qui s'est accompli pour les Etals-Unis.
Il est non moins incontestable que les progrès du commerce international ont amené les négociants de toutes les nations à créer, hors de leur frontière, de véritables comptoirs commerciaux.
Mais, dans tous les pays civilisés, ces comptoirs sont absolument assimilables aux établissements commerciaux dos nationaux de ces pays, et régis par les mômes lois. Ce n'est guère que chez le-^ peuples encore à demi-barbares que l'on trouve encore des factoreries que l'on pourrait comparer, jusqu'à un certain point, aux comptoirs commerciaux des Phéniciens.
Les colonies militaires, nous Favons vu, n'ont plus du tout ,1e même caractère que chez les Romains. En réalité, pour remplir le rôle défensif cfue Rome assignait à ses colonies, les peuples modernes installent des lignes de postes, de blockhaus, de fortins, qui aboutissent au môme résultat, sans avoir recours à la Colonisation proprement dite, comme le faisaient les vétérans du Peuple- Roi.
Donc, les trois types de colonies de l'antiquité se sont tellement modifiés, qu'ils ne sont plus reconnaissables sous leur forme actuelle.
Il n'en est pas de même des deux types de colonies qui ont pris surtout naissance du xv"^ au xvm® siècle, savoir: les colonies d'exploitation et les colonies de peuplement.
11 y a aujourd'hui de superbes colonies d'exploitation, au premier rang desquelles brillent l'Inde anglaise, l'Insulinde néerlandaise, et rindo-Chine française. Il en est de médiocres , comme l'Etat indépendant du Congo.
Parmi les colonies de peuplement les plus
remarquables de Tépoque actuelle, on peut signaler le Canada, TAfrique Australe, TAustralie, la Nouvelle-Zélande, l'Algérie, la Tunisie, la Nouvelle-Calédonie, la Sibérie.
Mais ce sont surtout les colonies de pure souveraineté, nées de la fièvre de partage prématuré du globe qui s'est emparé des nations modernes, qui occupent aujourd'hui les plus vastes espaces, surtout en. Afrique.
Telles sont les possessions françaises qui s'étendent depuis le Sahara algérien jusqu'au Congo et depuis les rives de l'Atlantique jusqu'au bassin du Nil. Certaines portions restreintes de cette immense étendue peuvent être considérées comme des colonies d'exploitation, en raison des productions qu'y donnent les cultures coloniales, — mais, partout ailleurs, nous n'avons planté que notre drapeau.
Colonies de pure souveraineté encore, les possessions allemandes du Togoland, du Cameroun, du Sud-Ouest Africain et de l'Est Africain. Elles mdiquent la place que l'Allemagne s'est réservée en Afrique, pour y coloniser peut-être dans la suite des siècles.
mais, dans tous les cas, pour empêcher les autres puissances de s'y établir.
Parmi les possessions anglaises du continent noir, en dehors de TAfrique Australe-, qui est une excellente colonie de peuplement, les territoires les plus étendus ne sont également que des colonies de souveraineté.
Nous ne parlons pas des possessions égyptiennes, que l'Angleterre occupe contre tout droit, occupation qui n'a rien de définitif, surtout en raison des événements actuels de l'Afrique du Sud.^
Les colonies portugaises sont en partie des colonies d'exploitation, notamment 3ur le littoral, — mais dansl'hinterland, ce ne sont encore que des colonies de souveraineté, dont seuls les traités ont délimité les frontières sur la carte.
Enfin, l'Italie elle-même, quelque restreinte que soit sa possession de l'Erythrée, n'a pu encore en faire autre chose qu'une colonie de souveraineté, aussi rebelle a l'exploitation, qu'au peuplement et au commerce.
Il y a aussi, en Océanie, des colonies de
puro souveraineté, notamment à Bornéo et en Nouvelle-Guinée.
Rappelons toujours notre principe : il n'y a pas de classiflcation coloniale absolue !
Telle colonie de pure souveraineté peut devenir rapidement, par suite de circonstances favorables, une excellente colonie d'exploitation et même de peuplement. C'est, d'ailleurs, ce qui se produit, en ce moment, pour un certain nombre de colonies africaines, qui, après avoir longtemps végété, semblent, sous une administration plus entreprenante ou plus habile, à la veille de donner des résultats coloniaux appréciables.
Telles sont la Guinée française, la Côte d'Ivoire, le Dahomey, — Tile de San-Thomé, possession portugaise du golfe de Guinée, la colonie portugaise d'Angola, etc.
Tous ces pays, au cours des dernières années, ont vu leurs cultures coloniales et leur commerce extérieur prendre un essor jusqu'alors inconnu et tout à fait inespéré.