AVENIR DES COLONIES
C'est toujours avec une extrême prudence qu'il faut envisager les questions d'avenir.
Les événements les plus imprévus peuvent donner un éclatant démenti aux suppositions qui paraissent les plus sages et les mieux fondées.
L'iiistoire est féconde en surprises. Les plus grands empires ont croulé sans laisser de traces. Au contraire, de petites nations, après des débuts difficiles, sont arrivées peu à peu à Tapogée de la puissance.
Toutefois, notre esprit curieux ne peut se résigner à laisser Tavenir absolument fermé à ses prévisions par un rideau impénétrable, et, appuyé sur les événements du passé, il cherche à deviner ce que seront les événements futurs.
En ce qui concerne les colonies, les prévisions sont peut-être plus difficiles encore à formuler qu'en toute autre matière, justement parce qu'elles constituent un milieu essentiellement soumis à toutes les variations que peuvent imprimer h la marche des choses les moindres événements.
Cependant, dans ce chaos se dégagent certains phénomènes généraux dont il est impossible de ne pas constater l'importance.
C'est ainsi qu'il existe une influence indéniable du climat sur la Colonisation, suivant la latitude sous laquelle s'étendent les possessions extérieures.
. La plus belle colonie du monde, ce sont les Etats-Unis, parce que la grande République américaine se développe presque tout entière sous les mêmes latitudes que celles où vivent les races européennes de la métropole, et c'est ce qui fait que celles-ci, y trouvant les mêmes conditions générales d'existence, y ont prospéré plus que partout ailleurs.
Pour la même raison, bien qu'à un degré moindre, la Puissance du Canada participe aux mêmes avantages, et constitue une co-
lonie de peuplement appelée au plus brillant avenir.
H en sera encore de même pour l'Asie russe, qui, au point de vue des latitudes, constitue réellement un prolongement naturel de la Russie d'Europe. Les flots de Témigration russe s*y répandent à jet continu, de plaine en plaine, sans changer pour ainsi dire de climat, de végétation, de sol, de manière de vivre.
Enfin, le climat méditerranéen de TAlgérie et de la Tunisie en font des annexes naturelles de la France.
Dans l'hémisphère sud, les mômes circonstances donnent lieu aux mômes effets.
En Afrique australe, les races européennes se développent exactement comme dans la métropole.
En Australie, en Tasmanie, en Nouvelle- Zélande, en Nouvelle-Calédonie, prospèrent des colonies de peuplement d'une vitalité remarquable.
Enfin, dans TAmérique du Sud, la République Argentine offre aux émigrants des conditions d'existence assez semblables à
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Timmense majorité de la population de couleur.
Depuis qu'une émigration continue ne comble plus les vides qui se produisent dans la race blanche, il devient visible que celle-ci décroît continuellement proportionnellcment à la race noire. Celle-ci, dans les pays de suffrage universel, est absolument maîtresse des urnes, et règne déplus en plus sans conteste.
La Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, sont des colonies noires.
Le Brésil devient, de plus en plus, une grande république noire.
Le môme phénomène est également visible en Afrique, où les régions intertropicales ne sont, pour les races européennes, qu'un vaste cimetière.
Donc, dans cette zone du globe, pas de peuplement possible, mais des colonies d'exploitation, comme Tlnde, Tlnsulinde, Tlndo- Chine.
L'Européen ne doit remplir dans ces pays que le rôle de gouvernant et de directeur, et ne doit pas s'y immobiliser.
Tant que les climats terrestres resteront ce qu'ils sont aujourd'hui, il n'y aura rien à modifiera ces conclusions.
La conséquence, c'est que les zones tempérées du globe, où les races européennes vont se concentrer et se développer, sont les plus importantes au point de vue non seulement colonial, mais aussi politique.
C'est ce qui constitue l'importance de possessions telles que l'Afrique australe, et, dans une certaine mesure, Madagascar et la Nouvelle-Calédonie.
Dans les zones intertropicales, au contraire, les races européennes étendront, non leur race, mais leur influence.
Celle-ci sera d'autant plus grande que ceux qui voudront la maintenir emploieront
le plus habilement possible l'outillage de la civilisation.
Cet outillage, ce n'est pas le fusil et le canon, comme l'employaient les cowgm's/arfores espagnols, et comme s'en servent encore beaucoup trop les Belges au Congo, — c'est le chemin de fer.
Avec le chemin de fer, le télégraphe et
surtout avec des hommes sachant s'en servir et pénétrés de leurs devoirs vis-à-vis de leurs mandants, — Tavenir colonial peut se résumer ainsi :
De prospères métropoles de race européenne dans les deux zones tempérées, possédant de prospères colonies d'exploitation dans la zone iîiter tropicale.