‹ Les colonies françaises (volume 3)Chapitre 4 sur 31 · I II · texte numérisé non relu

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La pr^Mnière mesure d'unification à prendre consistait à faire cesser la dualité d'attributions de deux ministères par rapport au même objet : elle fut prise au bénéfice du département des colonies, auquel le protectorat de l'Annam et du Tonkin fut rattaché. C'est pour compléter cette mesure, pour assurer définitivement Tunité de direction des affaires de la presqu'île, que fut créé le gouvernement général de l'Indo-Ghine. « A l'unité de direction dans la métropole, dit M. Pierre Nicolas (1), devait correspondre l'unité de commandement en Indo-Chine ». Mais les divers pays dont se compose l'Indo-Chine française sont placés dans des conditions géographiques et surtout politiques assez différentes, qui modifient la situation du pouvoir central à l'égard de chacun d'eux, et dont il a été nécessaire de tenir compte. Dans une communication faite au congrès colonial de 1900, M. Pierre Nicolas a très clairement expliqué commcnton a concilié ces deux nécessités contraires. « La constitution de l'union Indo-Chinoise a eu pour objet de concentrcrentreles mains du gouverneur général tous les pouvoirs politiques et administratifs précédemment dévolus, tant en Cochinchine qu'au Cambodge, en Annam et au Tonkin, aux différents fonctionnaires chargés de représenter le gouvernement de la République. Mais tandis qu'en Indo-Chine, par exemple, le gouverneur général administre directement une colonie française proprement dite, avec le concours d'un lieutenant gouverneur; en Annam, au Cambodge

(1) Commissaire de l'Indo-Chine à l'exposition coloniale de 4900.

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el au Tonkin, il a sous ses ordres des résidents supérieurs qui administrent ces protectorats. Au Tonkin, le résident supérieur dont les pouvoirs et les attributions ont été révisés et refondus après la création du budget do rindo-Chine, prépare le budget local et en assure Pexécution ». Telles sont, exactement définies, les réformes dont résulte l'unification politique et administrative de rindo-Chine.

Sous le rapport financier, l'Indo-Chine a été également unifiée selon les mêmes principes, c'est-à-dire en respectant la spécialité des budgets de chacun des quatre pays, dans tous les cas où elle pouvait subsister sans inconvénients. Le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine et le Cambodge ont donc encore des budgets distincts, qu*on appelle budgets locaux : ils doivent pourvoir aux dépenses des services locaux et bénéficient de toutes les recettes qui n'ont pas été attribuées au budget général. Car il y a maintenant un budget général de rindo-Chine où sont inscrites, d'une part certaines dépenses incombant autrefois aux services locaux, d'autre part un certain nombre de dépenses nouvelles, telles que travaux publics d'intérêt général, douanes et régies, postes et télégraphes, une partie des dépenses militaires, etc. Le budget général est alimenté par les recettes des douanes et régies et des contributions indirectes. On voit par ce qui précède que M. Doumer a accepté de porter une charge singulièrement plus lourde (jue celle de ses prédécesseurs.

II ne Ta pas fait impunément : car l'extension et l'accroissement de ses pouvoirs de gouverneur général ont

déchaîné contre lui une opposition d'autant plus impitoyable qu'elle est plus injuste. L'accusation d'absolutisme et de tyrannie ne lui a pas été épargnée. Un journal de Saigon, le Mékong, lui consacrait, dans son numéro du 6 novembre 1900, un article intitulé : « Nouveau Louis XIV. » Cet article est une critique passionnée de la politique d'unification suivie par legouverneur. « Il achève l'unification des services des difFérentes provinces de notre colonie, en faisant du Cambodge, de la Cochinchine, du Tonkin, du Laos et de l'Annam un vaste empire dont il est le chef presque absolu, le Roi, l'Empereur. Il n'a point, comme le Président de la République, de Chambre des députés et de Sénat pour rédiger les décrets, les discuter et les proposer à sa signature. (( M. le gouverneur général del'Indo-Chifte a bien un conseil supérieur (c'est lui qui s'est donné ce conseil, dans sa haute sollicitude pour le bien, le vrai, le juste), mais c'est lui qui propose les projets de décrets au conseil, qui les défend et qui, s'ils sont acceptés ou rejetés, les signe et les fait appliquer si tel est son bon plaisir. Parodiant Louis XIV, notre gouverneur général dit : V Indo-Chine c'est moi, et rien n'est plus vrai; il peut absolument faire ce qu'il veut, il ne relève que du conseil des ministres et du Président de la République. Voilà pourquoi les impôts se sont succédés si nombreux et si variés, voilà pourquoi les décrets de fusion naissent et organisent l'administration de notre colonie d'une façon qui, peut-être, sera meilleure, mais qui certainement ne sera pas plus mauvaise que l'ancienne organisation.

ET l'exposition ue i900 59

« Le conseil supérieur de lindo-Chineestbien un conseil; le titre est fort exact, mais ses avis ne sont pas toujours suivis et M. Doumer, gouverneur général, reste seul maître des destinées de notre colonie.

« Dans le public, on se fait une idée bien inexacte des pouvoirs du gouverneur général de Tlndo-Chine; on ^cril que cette fonction est placée sous la dépendance directe du ministre des colonies, il n'en est rien. Le gouverneur général ne peut être rappelé que par une décision prise par le conseil des ministres sur la proposition du ministre des colonies approuvée et signée par le Président de la République.

« Il suffit donc que le gouverneur général possède Tamitié du chef de TEtat ou de quelques ministres pour Hre et rester le maître presque absolu de notre colonie. »

Souhaitons que la confiance, et non l'amitié, de nos gouvernants maintienne longtemps M. Doumer à la lete de Tlndo-Chine : car on ne peut qu'applaudir aux résultats de son administration, à l'impulsion imprimée aux travaux publics, aux progrès accomplis dans la colonisation, à l'activité communiquée à tous les organes de ce vaste corps. Si quelques journaux se sont faits l'écho de bruits alarmants au sujet de l'Indo-Chine, cVsl c|ue telle est la rançon habituelle de toute administration réformatrice. Il n'est pas vrai que les indigènes, accablés d'impôts arbitraires, soient prêts à se soulever; que la situation financière soit loin de répondre aux espérances du gouverneur; que les fonds d'emprunt aient été gaspillés; que M. Doumer mène la

colonie à la ruine. L'examen rapide de quelques documents officiels aura bientôt fait justice de ces affirmations erronées.

Veut-on se faire une idée de la multiplicité et de l'importance des projets, en cours d'exécution ou sur le point d'être entrepris, qui préoccupent le gouverneur général? Qu'on jette un coup d'œil sur le bulletin des questions soumises à l'examen du conseil supérieur de rindo-Chine (première commission).

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