OO
Charpentiers .
0 QO
0 QO
Maçons . .
Manœuvres divers .
Staffeurs .
La question de la hausse des salaires et celle des grèves se tiennent étroitement, et si nous ne fûmes pas exactement prêts à l’époque fixée, bien que nous l’ayons été parmi les premiers, c’en fut une des principales, ou pour mieux dire la principale cause. Les ouvriers délaissaient leur chantier pour une modique augmentation de salaire, laissaient les travaux en souffrance, et recommençaient
NOS COLONIES
bientôt le même manège un peu plus loin. Les charpentiers et les staffeurs furent les corporations qui se mirent le plus fréquemment en grève.
D’autre part, les nombreux kiosques d’alimentation qu’à mon pénible étonnement et à mon insu le Commissariat général fit édifier dans les allées de l’Exposition coloniale causèrent une gêne considérable aux travaux en cours. Les ouvriers quittaient à tout instant le travail pour s’y rendre et, quand les constructions furent terminées, les kiosques devinrent une source perpétuelle de contestations avec les concessionnaires des bars coloniaux qui avaient traité dans l’ignorance de cette concurrence. Il convient d’ajouter que ces édicules peu artistiques faisaient tache dans les perspectives qu’avait ménagées avec soin notre service d’architecture. Quelques jours avant l’ouverture de l’Exposition, les allées étaient, à chaque instant, éventrées pour l’installation des canalisations d’eau et de gaz ; des kiosques ainsi construits en dehors de toutes prévisions et certains pavillons furent entourés de tranchées telles qu’on ne put y faire pénétrer les marchandises et objets qui devaient y prendre place.
Voici enfin quelques détails sur le groupe d’ouvriers maçons, sculpteurs, charpentiers et peintres indo-chinois et chinois.
Ce groupe, placé sous la direction de M. Maréchal, architecte de irc classe des bâtiments civils de la Cochinchine, et de M. Antoine Genet, architecte, inspecteur principal du même service, fut envoyé à l’Exposition par le Gouvernement général de l’Indo-Chine , pour assurer le
montage de la décoration du Pavillon des Forêts et du Palais des produits de la colonie.
Les ouvriers, débarqués en France en plein hiver, n’en ont pas moins entrepris leur tâche, dès leur arrivée à Paris, sans trop souffrir de la rigueur de la température et, grâce à l’activité exigée d’eux par les architectes, ont pu parfaire l’œuvre qui leur était confiée dans les délais fixés par M. le Ministre du commerce et de l’industrie. Cette activité n’a pas été obtenue sans peine des ouvriers chinois, et il a fallu de l’énergie et de la persévérance pour plier ces indigènes aux exigences du travail , un peu hâtif, des mois qui ont précédé l’ouverture de l’Exposition universelle.
Des mutineries se sont produites, à deux reprises, pour des questions d’ordres différents; la première a été occasionnée par une fausse interprétation du taux de la piastre; la seconde a été provoquée par la fixation des heures de travail.
Dans l’un et l’autre cas, les délégués de ces indigènes ont apporté, dans la discussion de ce qu’ils croyaient leur droit, de la ténacité et de l’obstination, opposant aux efforts conciliants du personnel supérieur du Commissariat de l’Indo-Chine une indifférence voulue et la force d’inertie.
Il y a heu de noter qu’entre temps les ouvriers indochinois : Annamites, Laotiens, Tonkinois et Cambodgiens se sont tou]ours admirablement comportés.
Les ouvriers chinois ne pouvaient ou ne voulaient comprendre que, le taux officiel de la piastre étant alors fixé à 2 fr. 5o , on leur remît cette somme pour chaque piastre
NOS COLONIES
portée au chiffre de salaire de chacun , fixé dans la colonie même, avant leur départ. Cette erreur s’aggravait d’un exemple constant, en Indo-Chine, où la piastre est divisible en cinq pièces de 20 cents ( i 00e partie du dollar), et ce souvenir du pays doublait leur entêtement, amenant sur leurs lèvres la même et intarissable réponse : « piastre valoir grosse pièce française (écu de 5 francs), grosse pièce pas valoir 2 piastres ».
Enfin, cette première mutinerie ne dura que deux jours et l’on pût, heureusement, reprendre le travail.
Il fallut cependant redoubler d’efforts pour prolonger la durée de la journée primitive du travail, au fur et à mesure que les jours grandissaient, et cette exigence, pourtant parfaitement régulière, devait amener par la suite une seconde mutinerie. Il s’agissait, en effet, avec l’approche du printemps , d’obtenir des Chinois qu’ils restassent un peu plus longtemps sur les chantiers, c’est-àdire jusqu’à 6 heures du soir, comme le faisaient les ouvriers européens.
Or les indigènes , venus en hiver et habitués aux courtes journées de cette mauvaise saison, se refusaient à venir au travail de meilleure heure, c’est-à-dire à 6 heures du matin, et ils émettaient la prétention de terminer leur journée régulière, comme précédemment, à 4 heures de l’après-midi, et d’être payés supplémentairement pour tout travail exécuté passé cette heure.
Après des pourparlers et des tentatives de conciliation suivis de mesures énergiques et qui s’imposaient, les ouvriers chinois reprirent leurs travaux, mais nous firent perdre une semaine qui faillit compromettre le succès
de l’Exposition indo-chinoise et en retarda forcément l’achèvement.
Au cours des travaux et des mutineries, MM. Maréchal et Genet firent preuve de savoir intelligent, de volonté et de sang-froid. Sans leur concours et leur grande habitude des indigènes, il eut été probablement beaucoup plus difficile de diriger ces artisans.