CÔTE D’IVOIRE
Encore une exposition qui se fait remarquer par sa clarté et le relief quelle donne aux produits de la colonie.
Ce qui frappe tout d’abord les yeux, ce sont les tableaux et diagrammes, et les cartes donnant des renseignements sur les conditions économiques, climatériques, etc., de la Côte d’ivoire, dont le mouvement commercial a atteint, en 1899, le chiffre de 1 2,2 43, 1 A 1 francs, en augmentation de 1,597,243 francs sur 1898 : le diagramme des pluies, la carte de la colonie, les études faites pour la voie ferrée et son tracé général. Ce chemin de fer doit se diriger soit de Grand-Bassani, soit d’Abidjeva (Bingervdle) sur le Baoidé, avec prolongement éventuel sur Kong; un embranchement .relierait celte ligne à Bettré sur le Comoé.
La forêt couvrant presque toute la colonie, l’exposition des bois était très importante : bois d’ébénisterie , — acajou notamment, — dont on a exporté en 1899 Pour 693,000 francs, polis, vernis, de couleur et de grains superbes, en billes parfois formidables (l’une d’elles avait o m. 65 de section carrée sur plus de 2 ni. 5o de hauteur); bois lourds et résistants, propres au pavage, bois extrêmement légers pour le voligeage, le stalfage, comme cel extraordinaire fromager, qui ne pèse guère plus que la moelle (le sureau,
En abondance également on trouvait le caoutchouc, qui ligure à l’exportation pour 2 ,85o, 000 francs; la kola, les amandes et l’huile de palme, dont on exporte 1,828,000 francs, le café, le cacao.
Une vitrine centrale montrait qu’il y a (le l’or en abondance à la Côte d’ivoire : de très beaux bijoux indigènes d’un travail fort original.
Aux murs, des collections ethnographiques et surtout une précieuse collection de plus de quatre cents aquarelles, ouM. Thoiré, administrateur à Brely, a peint fidèlement les plantes du pays avec le détail de leurs feuilles, de leurs fleurs et de leurs fruits, ce qui a permis de les déterminer scientifiquement.
On trouvait encore une exposition très complète de tous les articles européens à importer dans la colonie , cotonnades, foulards, bimbeloterie, outils, ferblanterie, verroterie, etc. et de fausses dents fabriquées eu Autriche pour les colliers que se font les indigènes avec les dents des ennemis qu’ils ont tués de leur propre main.
NOS COLONIES
MADAGASCAR
Une colonie aussi jeune, et, à vrai dire, aussi peu connue que Madagascar, dont la mise en valeur est à peine ébauchée et qui ne possède encore presque rien de l’outillage indispensable à son développement, ne devait pas être représentée par une simple exhibition des produits d’un sol à peine effleuré et d’une industrie naissante; il s’agissait bien moins de placer sous les yeux du public les produits obtenus, comme il convient pour des territoires en pleine exploitation, que de faire connaître ceux qu’on peut attendre, et le moyen de les multiplier; de montrer plus encore ce qui est à faire que ce qui est déjà fait. La chose avait d’autant plus d’intérêt que la progression du mouvement commercial de Madagascar et son développement économique s’accroissent avec une rapidité de bonne augure , sous l’impulsion que leur adonnée le général Galliéni. Le mouvement commercial a été en 1900 de 5 o , 1 6 2 , 7 3 7 francs , en augmentation de )4ffl47,736 francs sur 1899, al°rs que l’augmentation de 1899 sur 1898 était déjà de 9,625,390 francs.
Présenter l’essentiel de cet enseignement sous une forme frappante, expressive et pittoresque, à un public distrait par les attractions les plus diverses, et dont l’immense majorité est indifférente au détail technique , attirer son attention par des spectacles sensationnels, la retenir par leur enchaînement raisonné, en dégager à son profit quelques notions élémentaires, aisément assimilables et d’une portée durable; enfin rechercher dans les tableaux d’ensemble l’occasion de développer chez tous
les visiteurs une curiosité générale , en même temps que de fournir à chacun, par des indications méthodiquement répétées, le moyen de se renseigner d’une façon approfondie sur les sujets qui sollicitent plus spécialement son intérêt, tel fut le plan.
C’est dans cet esprit que l’exposition de Madagascar fut divisée en trois parties :
i° Le rez-de-chaussée offrait le spectacle mouvementé du paysage malgache, des principales cultures, des animaux sauvages et domestiques et l’existence indigène.
Dans une île aménagée au centre même du bassin du Trocadéro, on avait improvisé, en un décor se rapprochant autant que possible de la réalité, la haute et profonde forêt malgache avec ses essences les plus caractéristiques et ses animaux : les mathis, les oiseaux et les serpents apportés de la colonie à la veille de l’Exposition. Des crocodiles, également originaires de la grande île, recevaient l’hospitalité du bassin du Trocadéro, dont l’eau fut chauffée à leur intention.
Les aspects les plus intéressants de l’agriculture malgache étaient reproduits dans deux dioramas. D’un côté, les rizières, en leurs quatre phases essentielles: le labour à l’angade, ou bêche malgache, le défoncement de la terre inondée, sous les pieds des troupeaux de bœufs, évoluant au commandement; le moment du repiquage et celui de la récolte; de l’autre côté, l’exploitation des principales plantes forestières productrices du caoutchouc. On exporte, il faut le remarquer, pour 8 4 2,000 francs de bœufs et pour 2,21 3, 000 francs de caoutchouc.
Cette exhibition agricole était complétée par une série
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de jardinets de plantes artificielles, où l’on pouvait suivre le développement du café , la fécondation de la vanille , la récolte des cabosses de cacao, les procédés employés pour recueillir le latex du caoutchouc, la coupe des raptrices et de diverses autres plantes textiles cpii sont un des principaux articles d’exportation de la colonie, les raptrices seuls y figurant pour 1 ,5 2 2,000 francs, la cueillette des feuilles de thé et de tabac, le travail du bombyx filant la soie sur les ambre vades et les tapias, qui abondent à l’état nature dans certaines régions de Madagascar, enfin, rivalisant avec lui, l’araignée à soie, dont le produit donne une étoffe précieuse.
Sur le seuil de leurs cases, des artisans, spécimens des principales peuplades de file , et dont ]e parlerai dans le chapitre réservé aux indigènes, manufacturaient ces divers produits, confectionnant des rabanes, tissant des lambas, tressant des sobikas de roseaux ou des sacs en raphia, tandis que d’autres se livraient au travail de la poterie, de la dentelle, de la vannerie fine ou aux menues industries du bois et des métaux. Quelques-uns lavaient de l’or à la battée ou au sluice dans une petite rivière qui serpentait au voisinage d’une habitation démontable édifiée sur le type le plus usuel; plus loin, un parc minuscule retenait des animaux domestiques, dont le plus important est le zébu ou bœuf à bosse, qui rend les services les plus variés, et que l’on utilise même comme monture.
Un grand nombre d’indigènes en mouvement dans les jardins donnaient de l’animation et de la couleur locale à ce spectacle , dont le pittoresque était rehaussé par la
présence de quelques détachements de miliciens et de tirailleurs malgaches.
Une serre réunissait des plantes tropicales, et notamment quelques-unes des orchidées qui pullulent dans les forêts de la région moyenne.
2° Le premier étage réunissait, en une sorte de sélection, les éléments de ce qu’on pourrait appeler l’enseignement élémentaire des choses de Madagascar. Le visiteur arrivant du dehors y trouvait presque immédiatement un plan en relief, qui lui faisait comprendre la configuration générale de la grande ile, dont le sol s’élève depuis le littoral jusqu’au plus grand plateau central; la nature géologique du terrain, les différentes cultures qui conviennent à chaque région, leurs productions naturelles, forestières ou autres, y étaient désignées par des teintes conventionnelles; le tracé du chemin de fer d’Andévorante à Tananarive, voté par la Chambre des députés, y apparaissait dans l’évidence des avantages qui l’ont fait prévaloir. Des indications précises renvoyaient le visiteur soucieux d’approfondir un point spécial aux galeries du second étage, où étaient exposés en détail les documents et les ob]ets relatifs à chaque question : ainsi le plan et les devis du projet de chemin de fer, indiqués sur le relief, se trouvaient au complet dans la salle des travaux publics, au second étage, et une fiche signalait la chose.
Une autre fiche signalait, à proximité, l’assemblage de la carte de l’Imerma au î/iooooo, dès aujourd’hui complètement achevée. Plus loin, la carte au i/5ooooo de file entière, ne présentant plus que quelques lacunes,
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sauf en ce qui concerne l’Extrême-Sud, où la pénétration n’est pas complète.
Un relief spécial de la baie de Diego-Suarez faisait comprendre l’intérêt qui s’attache à la défense de cet important point d’appui de notre flotte.
Un autre plan en relief, fort intéressant, était celui de la ville de Tananarive, exécuté sous la direction des Frères des écoles chrétiennes par leurs élèves, qui exposaient aussi un moulage représentant des rizières de montagnes.
Avec le concours des trois grandes compagnies de navigation qui ont des services réguliers sur Madagascar, les Messageries maritimes, les Chargeurs réunis, et la Péninsulaire havraise, on avait dressé une importante carte murale des moyens de communication de la grande île avec l’Europe et avec le littoral de l’océan Indien, qui montrait également les principales colonies européennes de l’Afrique ainsi que leurs voies ferrées, construites et en projet. Cette œuvre de vulgarisation cartographique était complétée par des tableaux où l’on avait réuni les données essentielles de la question des relations avec Madagascar.
L’exposition de l’équipement et de l’outillage colonial avait aussi sa part dans cet ensemble. On avait cherché à la rendre attrayante en la présentant sous la forme d’un convoi en marche figuré par des personnages de cire : un colon, en costume de voyage, était porté en filanzane par quatre hourjanes, suivis d’une file d’autres porteurs, chargés de tout l’attirail nécessaire au voyage; ils se rendaient vers une halte où les Européens se mouvaient
entre une lente de campement et une habitation coloniale. Tout ce qui peut être utile à l’explorateur, au planteur, au fonctionnaire, au prospecteur, se trouvait de la sorte placé sous les yeux du public qui trouvait là une source de renseignements utiles présentés par les soins du Comité de Madagascar.
Le reste de la galerie du premier étage était occupé par une importante exposition ethnographique, dont la partie historique, qui n’était pas la moins curieuse, se trouvait dans la galerie supérieure.
3° C’est dans la galerie du second étage qu’avaient été réunis, par les exposants et par la colonie, une grande quantité de documents de nature à aider à la connaissance historique et géographique de l’ile. Le musée de Tananarive exposait des objets précieux venus du palais de l’ex-reine Ranavalo; le musée commercial de la capitale, les divers services administratifs de l’administrai ion locale, avaient envoyé leurs plus beaux spécimens des produits de la colonie : lambas riches et communs, tissus de soie, ustensiles de ménage, poteries, etc.
L’ornementation murale des galeries consistait en de grands panneaux peints, en toile, dont les sujets étaient empruntés à la vie des indigènes et des colons de l’ile, ainsi qu’à sa faune et à sa llore, et reproduisaient quelques paysages caractéristiques. C’est là aussi qu’avait trouvé son inspiration l’auteur de la grande verrière qui ornait la porte Sud, où l’industrie malgache faisait sa première apparition dans l’art du vitrail.
Dans cette galerie se trouvaient également les vitrines des exposants, soit officiels, soit privés. Jl était, en eflèt,
à remarquer que chaque province de la grande ile exposait ses produits pour son propre compte. Le visiteur y gagnait de pouvoir se renseigner rapidement sur les produits de la région de Madagascar l’intéressant plus particulièrement. Cette partie de l’exposition était essentiellement agricole , industrielle et commerciale. Là étaient rassemblés les échantillons des produits ainsi que les types d’objets manufacturés qui peuvent être avantageusement importés dans la colonie par nos commerçants.
Je signalerai encore un magnifique choix d’essences forestières recueillies et méthodiquement classées par le service local. La colonie avait envoyé des meubles en bois précieux fabriqués à Tananarive par les écoles professionnelles, notamment une chambre à coucher dont la principale pièce était un lit marquant une heureuse tendance vers un art industriel malgache. L’industrie privée exposait également d’intéressants objets d’ameublement, parmi lesquels on remarquait des panneaux décoratifs et un piano droit en bois du pays.
Dans la même galerie figuraient, de façon que l’on pût les étudier avec une attention recueillie, les intéressantes collections d’histoire naturelle et de paléontologie rapportées de Madagascar; je mentionnerai spécialement des œufs d’épiornys et les principales pièces du squelette de cet oiseau, dont un tableau schématique, reconstitué d’après les éléments dont dispose la science , montrait les gigantesques proportions.
Au centre de l’exposition de Madagascar, faisant corps avec elle , et la complétant très heureusement , se trouvaient le panorama de la prise de Tananarive et une série de
dioramas représentant les divers épisodes de ia conquête. Le panorama représentait la reddition de Tananarive, au moment précis où Marc Rahibisou, le parlementaire envoyé par la reine, se présentait devant le général Ducliesne. De tous côtés l’on voyait les troupes françaises déboucher, tandis qu’au loin Tananarive étageait ses maisons blanches sur les collines rouges qui les supportent et que le pavillon blanc flottait sur le palais de la reine.
Les dioramas figuraient la pointe de sable au bout de laquelle se trouve le wharf de Majunga, et où s’opèrent les débarquements d’hommes et de marchandises; les combats de Manonga et de Mavetanana; une vue générale de Suberbieville ; l’attaque de Tsarasotra; la mort d’un convoyeur kabyle sur la route; le départ de la colonne légère au cours de la marche sur Tananarive; une vue de Tamatave; la traversée de la forêt d’Analamasotra; une exploitation aurifère enEmyrne; enfin, l’entrée du général Galliéni à Tananarive.
Ces œuvres, absolument remarquables, étaient dues au pinceau de M. Louis Tinayre, qui fit la campagne en réunissant les documents, en prenant les esquisses dont il s’est servi pour les exécuter, avec tant de précision et d’art que les indigènes malgaches ne dissimulaient pas leur émotion en les contemplant.
NOUVELLE-CALÉDONIE
Pas de fanfreluches, pas de décor; à peine, aux murs, deux panoplies d’anciennes armes de Canaques, haches de serpentine, sagaies, étoffes primitives en poil de chèvre.
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Tout ie reste (le l’Exposilion était conçu dans un but uniquement pratique.
Au centre, une admirable carte en relief, de 1 2 m. 5o sur 2 m. 25, expliquait la structure de file avec une grande netteté. Elle avait été dressée par le commandant Laporte à l’échelle de i/4oooo pour le plan et de 1/20000 pour les altitudes. Une carte plane, également d’une grande netteté, avait été dressée par M . Engler, sur l’ordre de M. le gouverneur Feillet, pour indiquer l’état actuel de la colonisation en Nouvelle-Calédonie, terrains de culture, concessions minières ou agricoles, réserves indigènes.
Les produits étaient exposés suivant un classement méthodique. D’abord, un herbier en quarante-huit volumes, plus trente et une cuvettes pour les graines, les champignons, les plantes qu’on eût éprouvé quelque difficulté à relier en volumes, montraient toute la flore du pays. La faune se trouvait en face dans une vitrine : des oiseaux et notamment le cagon,prèt à disparaître, la poule sultane, le pigeon Goliath; mais pas de quadrupèdes; un seul mammifère, une chauve-souris : la roussette.
Les cafés, pour lesquels il n’y avait pas moins de 2 5o exposants, occupaient une large place dans les vitrines soigneusement cataloguées, présentés sous leurs Irois apparences : en cerises, en parches, décortiqués. Près des cafés, des maïs énormes, du blé, des tabacs, du manioc et des échantillons de tapioca calédonien; de l’orge, du miel, de la cire, des vanilles; des légumineuses variées, des pois (à la luzerne); des huiles de ricin; des raisins conservés. Puis des liqueurs fermentées d’ananas,
de papayes, de mangues, el de l’essence de niaouli, cet eucalyptus à la présence duquel on attribue en grande partie la salubrité de file. Puis des agaves textiles, de la bourre de coco près des coprahs, des feutrages de banians, des laines, des crins, des conserves de bœuf.
L’exposition des minerais était naturellement très importante : nickel, fer, cobalt, chrome, molybdène , mercure, et divers produits de eeS minerais. Le charbon tenait aussi une large place. L’ensemble des produits exportés par la colonie : agricoles, minéraux, etc., se monte à 1 9,87 1 , 3 ç) 5 francs, en augmentation de 3,38 1 ,8 5 9 fr. sur 1898.
Au dehors, sous la vérandah, se trouvaient les échantillons les plus variés et les plus rares de bois de construction et d’ébénisterie , et, aux entrées, de gros blocs de minerais.