À MONSIEUR LE MINISTRE DES COLONIES
Monsieur le Ministre,
Appelé par arrêté du 2 5 octobre dernier à représenter les deux Départements des affaires étrangères et des colonies à l’Exposition de 1900, en remplacement de l’honorable M. Paul Dislère, je me suis empressé de prendre connaissance des conditions dans lesquelles cette œuvre avait été conçue et des mesures proposées par mon prédécesseur pour en faciliter l’exécution. J’ai été ainsi amené à constater que si le passage de la période de préparation à la période d’exécution n’était pas encore un fait accompli, cela résultait des difficultés d’ordres divers qu’il n’est pas au pouvoir du Délégué des colonies et pays de protectorat de résoudre par lui-même : c’est pourquoi, Monsieur le Ministre, j’ai l’honneur de vous soumettre un exposé succinct de la situation actuellement faite au service de l’Exposition coloniale.
Emplacement. — Tout d’abord, en ce qui concerne l’emplacement, je n’ai pas besoin de vous rappeler qu’une commission extra-parlementaire avait été instituée, au début de l’année courante, pour examiner s’il serait possible de donner satisfaction au désir de présenter au public une exposition des pays d’outre-mer qui répondit, par son importance, au développement rapide de notre domaine colonial. Malheureusement, les conclusions de cette commission, tendant à attribuer à notre exposition une surface au moins double de celle qui lui était affectée au Trocadéro, n’ont pu recevoir une suite favorable, l’Administration supérieure de l’Exposition, d’une part, ayant déclaré que le principe de l’unité d’enceinte s’opposait à l’extension réclamée, et le Conseil muni-
cipal, d’autre part, ayant refusé l’emplacement qui lui était demandé dans le bois de Boulogne (à la Muette).
Or, à la date du 3o novembre 1898, la surface accordée à l’Exposition des colonies et pays de protectorat n’est pas encore nettement délimitée. Il faut, en effet, attendre, pour être fixé sur ce point, le vote du Conseil municipal qui décidera de l’attribution ou du refus de la superficie occupée derrière le palais du Trocadéro, par le bassin central et ses alentours, superficie qui, d’après les prévisions du plan d’ensemble établi en dernier lieu, doit être affectée à l’Exposition de Madagascar.
Il n’a donc pas été possible d’arrêter, définitivement, le plan du lotissement, puisque, en cas de refus du Conseil municipal , il serait indispensable de remanier presque complètement la combinaison projetée, en réintégrant, dans la partie supérieure Ouest du jardin du Trocadéro, les bâtiments de Madagascar et, par suite, en cherchant des emplacements nouveaux pour la Nouvelle-Calédonie, l’exposition du Ministère des colonies, l’administration et le groupe scolaire, modifications qui entraîneraient certainement des diminutions dans les surfaces déjà attribuées aux autres colonies et pays de protectorat.
D’un autre côté, il a été impossible jusqu’ici d’être fixé sur les plantations à conserver au Trocadéro.
Bien que M. le Commissaire général ait fait parvenir à mon prédécesseur, le 20 octobre dernier, un plan approuvant — à titre définitif, semblait-il — les changements que devaient subir les plantations actuelles du parc, il résulte d’une communication officieuse faite, le 22 novembre courant, à M. Scellier de Gisors, architecte en chef de l’Exposition coloniale, par la Direction des services d’architecture, que de nouvelles modifications seraient encore demandées par le Jardinier en chef du Trocadéro.
C’est en raison de toutes ces incertitudes qu’on n’a pu encore établir un plan définitif de lotissement et de répartition des surfaces affectées à nos établissements d’outre-mer.
Groupe XVII. — En ce qui concerne le groupe XVII (colonisa-
tion) — composé des classes 113, 114 et 115 — à la suite d’entrevues et de correspondances échangées entre M. le Commissaire général et mon honorable prédécesseur, il a été arrêté, le 3o juillet 1897, que son organisation et la construction des pavillons spéciaux qui pourraient lui être affectés seront assurées uniquement par les soins du Directeur général de l’exploitation, tout en permettant aux exposants métropolitains de faire figurer dans les pavillons des diverses colonies les produits qui leur sont destinés.
Je ne saurais donc avoir aucune responsabilité dans l’organisation du groupe XVII, dont je n’ai à m’occuper que comme président de la Commission chargée d’assurer la participation du Département des colonies à la classe 113 (procédés de colonisation).
D’ailleurs cette participation du Ministère se fera au moyen d’une installation particulière dans un des pavillons élevés par le service spécial de l’Exposition des colonies.
Participation du Ministère des colonies à l'Exposition de 1900. — J’ai réuni, le 2 4 de ce mois, cette Commission, instituée par l’un de vos prédécesseurs dès le mois de mars 1895, afin de me rendre compte de l’état de ses travaux qui portent sur le développement successif des colonies françaises depuis 1800 (voyages d’exploration — campagnes — traités — missions); sur l’organisation politique et administrative ; sur le régime économique (statistique industrielle, agricole et commerciale); sur le régime de la propriété; sur le régime delà main-d’œuvre; sur le développement des cultures coloniales; sur l’enseignement. Un chapitre spécial sera consacré à des travaux historiques relatifs aux colonies perdues par la France depuis le commencement du siècle.
L’ouvrage dont les matériaux sont ainsi réunis formera 5 volumes de 4oo pages chacun environ (format in-8°), et sera édité par la maison Challamel.
Sur ma proposition, la Commission a adopté l’idée de publier en outre, séparément, comme annexes dans un volume de même format que les notices, — mais avec des caractères plus petits,
À L’EXPOSITfON DE 1900.
— un certain nombre de documents historiques, notamment le résultat des explorations faites depuis vingt ans, pour compléter la partie relative au développement des colonies.
Les manuscrits devront être remis à l’éditeur le ior juillet 1899 au plus tard.
L’exposition du Ministère comportera, en outre, un certain nombre de cartes murales et de graphiques. D’autre part, M. André Lebon, ancien Ministre des colonies, a passé un traité avec la maison Armand Colin et Clc pour la publication d’un atlas qui sera dressé par les soins de M. Paul Pelet et figurera également à l’exposition du Département.
Situation financière. — Au point de vue financier, aucune solution n’est encore intervenue. Comme vous le savez, Monsieur le Ministre, une demande spéciale de crédits pour la participation des différents Départements ministériels à l’Exposition doit être soumise prochainement au Parlement par les soins de M. le Ministre des finances. La somme demandée pour l’Exposition des colonies est de 1,870,000 francs. Elle a été arrêtée, dès le mois de mai dernier, par mon prédécesseur, d’accord avec votre Département, et, dans une note du 6 août 1898, pour répondre à une demande de M. Peytral, tendant à faire procéder à une révision très rigoureuse des propositions primitives. M. Paul Dislère en a démontré la justification.
Depuis, j’ai examiné très attentivement les prévisions établies et j’ai pu me rendre compte que les crédits demandés sont strictement calculés et absolument indispensables pour mener à bien l’œuvre entreprise.
Je dois même appeler votre haute attention, Monsieur le Ministre, sur une question de principe qui vient d’être soulevée incidemment par M. le Commissaire général et qui pourrait, dans le cas où l’opinion émise par lui serait adoptée, me forcera demander un crédit supplémentaire.
M. le Commissaire général, dans une lettre adressée le 20 octobre dernier à mon prédécesseur, a fait connaître, pour la pre-
NOS COLONIES
mière fois, que les travaux de mise en état du parc du Trocadéro seraient effectués aux frais du Service de l’Exposition coloniale.
J’ai cru devoir faire remarquer à M. Picard que l’exposé des motifs du projet de loi relatif à l’Exposition universelle de 1900, en donnant une décomposition sommaire de la dépense totale de 100 millions, citait, avec des évaluations correspondantes, le nivellement du sol, la viabilité, les jardins et plantations, la remise en état des lieux après l’Exposition.
Aussi, mon prédécesseur n’avait-il jamais eu à envisager l’éventualité de pareilles dépenses, étant donné qu’en retour des dépenses communes qui sont à la charge du budget général de l’Exposition, le produit des diverses redevances payées par les divers concessionnaires de l’exposition coloniale se trouve compris dans les recettes dudit budget.
Malgré ces observations, M. le Commissaire général a maintenu ses prétentions de nous faire supporter les frais des travaux d'ordre général , tels que l’enlèvement des arbres , le tracé des voies d’accès qui doivent assurer la circulation du public, l’installation des canalisations de l’eau, du gaz, etc., et il a ajouté qu’il était d’autant moins autorisé à prendre ces dépenses à sa charge, que le budget général de l’Exposition se trouve grevé de charges imprévues : accroissement des surfaces couvertes , aménagement des salons dans l’ancien palais des machines, frais de cérémonies diverses, etc.
En présence de cette situation, Monsieur le Ministre, je ne puis que vous prier d’examiner la question et de décider s’il y a lieu de la soumettre à l’appréciation de M. le Ministre du commerce et de l’industrie.
Comme j’ai eu l’honneur de vous l’exposer plus haut, l’adoption de la mesure préconisée par M. le Commissaire général entraînerait une augmentation de dépenses, pour le service de l’Exposition coloniale, d’environ 100,000 francs et porterait ainsi à 1,970,000 francs (soit en chiffres ronds 2 millions) la somme à demander au Parlement pour la participation du Département des colonies à l’Exposition.
Je dois ajouter que les frais de construction et d’installation des
palais entrent dans cette somme pour un chiffre de 1,100,000 fr. ainsi fixé en raison des conditions particulièrement difficiles dans lesquelles nos architectes auront à édifier leurs constructions au- Trocadéro. La nature même du sol de ce parc, sa situation audessus d’anciennes carrières, nécessiteront des travaux spéciaux de substruction pour la plupart des installations. D’autre part, on a dù prévoir une augmentation générale des frais de construction, des salaires en particulier, et une augmentation toute spéciale résultant de ce fait que, nos adjudications ayant lieu tardivement, nous serons obligés de subir la plus-value qui se produit actuellement.
Représentation des colonies à Paris. — Certaines de nos colonies n’ont pas encore fait choix du Commissaire spécial chargé d’organiser, sous ma direction, l’installation de leurs produits : seules, les colonies de l’Indo-Chine, de Madagascar, du Congo, du Dahomey, de la Guinée française, de la Côte d’ivoire et de la Nouvelle- Calédonie ont désigné leur représentant.
Telle est, Monsieur le Ministre, la situation actuelle de l’œuvre entreprise.
Je ne dois pas vous dissimuler que les difficultés que j’entrevois et que le retard apporté à la solution des diverses questions que je viens d’avoir l’honneur de vous exposer rendent ma tâche bien ingrate et me font craindre que l’Exposition coloniale française ne réponde point aux espérances qu’on était en droit de concevoir.
Dans mon esprit, un des buts les plus élevés et les plus utiles de l’Exposition universelle de 1900 était de montrer à nos concitoyens et aux étrangers, non seulement le résultat de nos efforts en matière coloniale, depuis l’avènement de la troisième République, mais encore le parti et le profit que nous pouvions tirer de ce vaste et nouvel empire.
L’emplacement restreint qui nous a été assigné a constitué un premier empêchement à cette manifestation patriotique. Aussi, me semble-t-il qu’il conviendrait de ne pas ajouter de nouvelles entraves à l’exécution de notre œuvre.
NOS COLONIES
Or, à l’heure actuelle, j’ignore encore quel est l’emplacement définitif dont nous disposons, et les terrains ne sont pas livrés. — Les crédits ne sont pas votés. — L’Exposition des colonies et des pays de protectorat est mise exactement sur le même pied que celle d’un Département ministériel — les Ministères de l’intérieur et de l’agriculture par exemple.
Je n’ai pas le droit de critiquer et je dois subir les conséquences des faits accomplis, mais je tiens, avant de m’absenter pour un mois, à vous mettre à même de juger la position telle qu’elle est, et à décharger ma responsabilité.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, les assurances de ma haute considération et de mes sentiments les plus dévoués.
Signé : J. Charles-Roux.
Etant donné la situation , il n’était pas inutile de bien la préciser, lorsque j’entrai en fonctions.
Les services administratifs étaient alors organisés, quoique cl’une façon encore incomplète, mais de telle sorte que |e puis dès maintenant les décrire, en tenant compte des additions qui y furent apportées postérieurement.
Le service central fut composé de la façon suivante : auprès du délégué se trouvaient MM. Saint-Germain, adjoint en qualité de directeur; I. Broussais, sous-directeur; Victor Morel, secrétaire général; F. Basset, chef du cabinet; Henri Malo, chef adjoint du cabinet (nommé en mars 1900); Joute!, chef du matériel; Hautefeuille, E. Merwart, Sevin-Desplaces , adjoints, et A. Brunet, A. Subtil, Pierre Trouillot, Maron et Mortini, expéditionnaires, nommés au fur et à mesure des besoins du service, suivant les décès et démissions qui se produisirent.
Le local mis à ma disposition au Pavillon de Flore
étant devenu insuffisant, je sollicitai et obtins de votre Département l’autorisation de louer un entresol, au n° [\o de la rue de Verneuil, alin d’y installer mes bureaux, en attendant que fût construit le local qui devait être aménagé spécialement dans ce but, dans les jardins du Trocadéro.
De même, en attendant que ce bâtiment fut prêt, les services de l’architecture furent installés dans un local mis à notre disposition par le Commissariat général, au n° 97 du quai d’Orsay. Leur personnel comprit alors et par la suite M. Scellier de Gisors, architecte en chef, auquel fut adjoint M. Yvon; MM. Vinson, Giroud, Blondel, Tronquet, inspecteurs; Bachellery, contrôleur général ; Bouchet, Vallon et Bérard, dessinateurs.
La commission de recette de l’Exposition coloniale fut composée de MM. Jean Decrais, président; Jules Cliambeurlant et Horton, membres. Le service de la comptabilité comprit MM. Joseph Chambeurlant, agent comptable; Cuer et Maygrier, comptables; Delanugne, David, Gaston Lejeune, Badaire, comptables du matériel des Colonies.
La commission, instituée pour assurer, sous ma présidence, la participation du Ministère des colonies, nomma M. Marcel Dubois comme vice-président; les membres étaient MM. A. Terrier, Camille Guy, Arnaud, Méray, Imbart de la Tour, Dorvault, Froidevaux, Victor Tantet, Lecomte.
L’installation des services du Ministère des colonies au Palais du Ministère fut l’œuvre de M. Auricoste, directeur de l’Office colonial, et de ses collaborateurs, MM. Ché-
NOS COLONIES
rouvrier, Noufllard, Dejoux, Mourey et Arnette pour ce service; de M. Laurent pour celui des postes, télégraphes et câbles; de MM. de la Vaissière de Lavergne et Régismanset pour le service géographique et des missions; de M. Dybowski pour les serres coloniales.
Quant aux commissariats spéciaux à chaque colonie, voici quelle en fut l’organisation :
Congo français. Commissaire, M- Ponel, qui s’absenta définitivement peu avant l’ouverture de l’Exposition; commissaires adjoints, MM. Bourdon, Superville (qui démissionna le 2 3 août î 899); Guillemot qui le remplaça, et Max Robert (nommé en août 1900); secrétaire,
M. Guilbert.
Etablissements français de la Côte des Somalie. — - Commissaire , M. Boucard ; commissaires adjoints , MM. Vigneras et Suricaud,
Côte d’Ivoire. — Commissaire, M, Pierre Mille,
Dahomey et dépendances. — Commissaire, M. Béraud; commissaire adjoint, M, L. Brunet; secrétaire , M, Gieihlen (décédé en septembre 1900 et non remplacé); médecin des indigènes, le docteur Binet.
Etablissements français dans l’Inde. — Commissaire, M. Blum-Majeux, décédé le 1 3 février 1900 et remplacé par M. Max; commissaires adjoints, MM, Duluc et Ferrier ; secrétaire, M. Hess.
Guadeloupe. — Commissaire, M. Clayssen, non acceptant, remplacé par M. Guesde; commissaire adjoint, M. Huet.
Guinée française. — Commissaire, M. Gaboriaud; commissaire adjoint, M. Vienne.
Guyane française. — Commissaire honoraire, M. Gachet; commissaire, M. Gourbeil; commissaire adjoint, M. Bassières.
Indo-Chiné. — Commissaire, M. Pierre Nicolas; adjoints au commissaire, MM. Blanchet, Charles Lemire, Suricaud, George Schwob; attachés, MM. Armand, Gervais, Picanon; secrétaire, M. Denis Guinant; médecin des indigènes, docteur Cassagnon; M. Viterho, délégué du Tonkin, avait la surveillance générale des indigènes.
Madagascar. — Commissaire, M. Grosclaude, qui démissionna en septembre 1900 et ne fut pas remplacé; commissaires adjoints, MM. Delhorbe et Crozier; secrétaire, M. Thiery, qui démissionna en septembre 1900 et fut remplacé par M. Toffier; attaché, M. Maria; commandant le détachement indigène, M. le capitaine Laporte; médecin des indigènes, M. le docteur Villette; chargé des services agronomiques de l’exposition de Madagascar, M. Morange.
Martinique. — Commissaire, M. Demartial; commissaires adjoints, MM. Landes et Bourdon; secrétaire, M. Créput
Mayotte et Comores. — Commissaire, M. Vienne; commissaire adjoint, M. Castelnau.
Nouvelle-Calédonie. — Commissaire, M. Louis Simon; commissaire adjoint, M. Victor Dislère.
L\ Réunion. — Commissaire, M. T. Chabrier qui, à son décès, le 1 9 mai 1 900 , fut remplacé par M. Garsault, ancien commissaire adjoint, lequel fut remplacé à son tour par M. A. Brunet; secrétaire, M. Laprade.
NOS COLONIES
Saint-Pierre et Miquelon. — Commissaire , M. Georges Beust; commissaire adjoint, M. Eugène Le Mouël.
Sénégal et dépendances. — Commissaire, M. Milhe- Poutingon; commissaire adjoint, M. Schmitt; secrétaire, M. Sauvage, puis M. Bournas; médecin des indigènes, M. le docteur Cordonnier.
Soudan. — Commissaire, M. Félix Dubois; secrétaire, M. Edmond Henry.
Tunisie. — Délégué spécial, M. Guiot; commissaire, M. le docteur Loir; commissaire adjoint, M. Roger-Martin ; secrétaire , M. Victor Fleury, puis M. Ollandini.
Afin de procéder avec une certaine unité de vues et sans porter atteinte à l’originalité respective des expositions de chacune des colonies, les commissaires s’étaient constitués en un groupe placé sous la présidence de leur doyen, M. Louis Simon, avec lequel l’administration centrale était en contact permanent. Les commissaires se réunissaient régulièrement une fois par semaine , et toutes les fois que j’avais à leur transmettre des instructions générales.
Outre le service central de l’architecture, quelques colonies avaient confié l’exécution de leurs pavillons à des architectes particuliers, qui furent MM. CourLois-Sufïit pour la Côte d’ivoire; L. Siffert pour le Dahomey; Bertone pour l’Inde française ; Labussière pour la Guinée française; Marcel, du Houx de Brossard, Decron, Maréchal pour l’Indo-Chine ; A. Jully, Francastel pour Madagascar; Léon Brey pour la Nouvelle-Calédonie; Naturel pour le kiosque de la Réunion; Saladin pour la Tunisie.
Les peintres qui décorèrent les divers pavillons furent,
pour ie palais du Ministère MM. Corrnon , membre de l’Institut, Guillonnet, Calbet, Fraipont; M. Marqueste sculpta les grandes ligures qui ornaient le fronton; pour le diorama de la côte des Somalis, M. Henry d’Estienne; pour le diorama des établissements français de l’Océanie et pour le pavillon du Sénégal, M. Paul Merwart; pour les dioramas du temple Khmer souterrain, M. Dumoulin; pour le diorama de Mayotte et Comores, M. Paul Marsac; pour le diorama de Saint-Pierre et Miquelon, M. Gaston Roullet.
Je mentionnerai ici les auteurs de deux panoramas, entreprises privées, à la vérité, mais comprises dans l’enceinte de l’exposition coloniale : d’abord le panorama et les dioramas de Madagascar, qui vinrent compléter l’Exposition officielle de la colonie, en faisant revivre sous les yeux du public les divers épisodes de la conquête de la grande île ; cette œuvre considérable, à la fois artistique et documentée, fait le plus grand honneur à son auteur, M. Tinayre. Le second panorama, celui du Congo, par M. Castellani, représentait le passage de la mission Marchand dans le Haut-Oubanghi.
Me souvenant de la belle exposition de Tervueren, que j’avais étudiée, à l’époque, dans tous ses détails, je confiai à MM. Saint-Germain, Scellier de Gisors et Broussais la mission d’aller à Bruxelles afin de se rendre compte sur place et par eux-mêmes de ce qu’était l’ exposition de Tervueren, et fies conditions qui en avaient assuré le succès.
Le 2 5 février 1899, j adressai à M. le Ministre des colonies le rapport cpie ces Messieurs rédigèrent à la suite de leur mission, et où ils avaient consigné leurs observa-
NOS COLONIES
lions. Ce rapport se trouve aux annexes W. Il démontre le caractère éminemment pratique de l’exposition de Tervueren, d’abord dans sa partie ethnographique, très complète; il fait ensuite ressortir nettement la situation dans laquelle les noirs se trouvaient lorsque fut fondé l’Etat du Congo , et les changements introduits dans leur condition par le travail et par l’exemple des Européens. La colonie et ses habitants une fois représentés ainsi d’une façon vivante, l’exhibition des produits venait ensuite, à l’état nature, après la récolte, et prêts à être livrés à la consommation. De superbes types d’animaux étaient groupés dans des paysages conventionnels; la faune de la colonie était figurée au complet. Quant à la flore, les divers échantillons s’en trouvaient dans des serres, sous leur forme naturelle, et dans d’autres salles sous leur forme ouvrée (produits alimentaires, pharmaceutiques et toxiques, oléagineux, tinctoriaux, gommes et résines, guttapercha, copal, caoutchouc), etc. L’ivoire, à l’état naturel ou sous forme d’objets de toutes sortes, figurait en grande quantité, démontrant qu’il constituait une des richesses de l’Afrique intérieure.
Les marchandises que l’on peut demander au Congo belge et celles que l’on peut y envoyer étaient réunies de façon telle qu’elles permettaient d’embrasser d’un coup d’œil le commerce général de la colonie, exportation et importation. Les marchandises d’échange indiquaient la monnaie courante du pays. Enfin, f historique de la construction et du développement du chemin de fer du
(1) Voir annexe ttl.
Congo belge était présenté sous forme de graphiques et de photographies d’une façon aussi intelligente que pratique.
Telle est, résumée brièvement, l’impression rapportée par la mission envoyée à Tervueren, et dont nous eussions souhaité pouvoir faire une plus ample application au Trocadéro.
J’avais hâte d’entrer dans la période active. Mais il m’était impossible d’établir un budget et des plans délinilifs tant que le Parlement n’aurait pas voté les crédits nécessaires. Dès le 10 novembre 1898, j’avais écrit à M. le Ministre des colonies, insistant auprès de lui pour que le Parlement fût saisi, dans le plus bref délai, de la demande de crédits alfectés à la participation du Département des colonies à l’Exposition. Une série de circonstances, que j’aurai l’honneur d’exposer en examinant 1 organisation financière de notre Exposition, retardèrent longtemps le vote du Parlement. Ces retards et ces tergiversations influaient naturellement sur l’établissement des projets.
Un premier projet d’ensemble pour le Trocadéro avait été présenté à M. le Commissaire général et approuvé par lui en avril 1897. Alors se produisit le mouvement d’opinion demandant pour l’exposition coloniale un espace plus considérable; un projet d’ensemble fut préparé en vue de son transport à Saint-Cloud.
Puis la commission extra-parlementaire, nommée par les Ministres du commerce et des colonies, ayant reconnu que le transfert hors des limites de l’octroi de Paris était impossible, un avant-projet comprenant la partie Ouest
NOS COLONIES
du parc du Trocadéro et la pelouse de la Muette fut présenté à la commission qui émit un vœu favorable à son adoption (février 1898).
Après le rejet par le Conseil municipal de cette proposition, au mois de mai suivant, un projet d’ensemble ne portant que sur la partie Ouest clu Trocadéro fut élaboré et présenté àM. Picard qui l’approuva le 20 octobre 1898. Mais à ce moment la question avait été reprise devant le Conseil municipal par une nouvelle intervention des Ministres du commerce et des colonies , qui demandaient , en dernière analyse, l’attribution à l’Exposition coloniale du bassin de la place du Trocadéro et de diverses emprises sur les voies environnantes. Le Conseil municipal approuva cette demande de concession le 22 décembre 1898 seulement. Il fallut alors procéder à une nouvelle répartition des terrains disponibles entre les diverses colonies, et à l’établissement d’un projet définitif, qui fut présenté à l’ approbation du Commissaire général le 20 janvier 1899.
Le 3 février, M. Picard approuva ce projet, mais en demandant diverses piodilications qui furent faites aussitôt. Le plan modifié lui fut soumis de nouveau le 9 février; M. Picard le signa le 2 5 du même mois, et le rendit ainsi définitif.
Entre temps, les plans de détail avaient été élaborés et approuvés, pour la plupart, par le Directeur des services d’architecture, le 2 mars, dans une conférence avec M. Scell ier de Gisors.
On aurait pu, par suite, commencer l’ exécution des travaux au début du mois d’avril; mais le Commissariat général n’avait pas livré les terrains disponibles, elles crédits
n’étaient toujours pas votés par le Parlement. La mort de M. Félix Faure, président de la République, avait apporté une nouvelle cause de retard.
A la date du 3i mars 1899 seulement fut promulguée au Journal officiel la loi portant fixation du budget général des dépenses et des recettes de l’exercice 1899, on étaient inscrits les crédits de l’Exposition coloniale; et une première somme de 100,000 francs , prélevée sur ces crédits, fut mise à ma disposition par ordonnance de délégation, le 22 juin 1899, soit environ dix mois avant l’ouverture de l’Exposition.
Il avait fallu attendre le vote des crédits pour arrêter définitivement les plans de ceux des pavillons et palais des colonies dont la construction devait être assurée par le service central de l’Exposition coloniale. Ce n’est également qu’à partir de ce moment que l’on put procéder à l’adjudication des travaux.
En mai 1899, j’avais eu l’honneur décrire à M. le Ministre des colonies pour lui projioser d’adopter, en ce qui concernait les clauses et conditions générales à imposer aux entrepreneurs, les dispositions d’un arrêté pris par M. le Ministre du commerce à la date du 2 5 septembre 1896, sur la proposition du Commissaire général de l’Exposition. Le Délégué des colonies, ayant les attributions dévolues par l’arrêté précité au Commissaire général, devait se trouver armé à l’encontre des entrepreneurs. Cet arrêté était, du reste, conforme pour la jilus grande partie aux cahiers des charges imposés par l’Etat dans d’autres administrations. Dans une note, où l’architecte en chef avait exprimé son avis dans le même sens, il ajoutait que
ses confrères chargés directement d’édifier des constructions pour les colonies ou pays de protectorat agissant avec leurs ressources financières auraient intérêt à se référer au même cahier des charges.
Le Ministre des colonies en décida ainsi par décision du 8 mai 1899 et par arrêté du 1 7 juin suivant h).
Peu après, je lui adressai un rapport aucpiel étaient joints : i° un projet de cahier des charges spéciales relatives aux travaux à exécuter pour l’Exposition des colonies; 20 un modèle de soumission pour l’exécution de ces travaux (2h Les conclusions de ce rapport furent adoptées par le Ministre le 1 7 juin.
Une adjudication des travaux, sur devis estimatif, se montant à i,o4o,ifio francs, eut lieu le 24 juin 1899; mais, à cette date, les entrepreneurs étaient accablés de travaux, et, sur les neuf soumissionnaires, trois demandaient une augmentation, et les six autres ne concédaient pas le minimum de rabais fixé pour l’adjudication des travaux.
Cette adjudication, par suite, ne donna pas de résultat (3h
En présence de ce résultat négatif et en raison des conditions toutes particulières du moment, il devenait de la plus extrême urgence de trouver un entrepreneur général en traitant de gré à gré, ainsi que m’y autorisaient le décret du 1 8 novembre 1882, relatif aux adjudications et aux marchés jiassés au nom de l’Etat, l’ar-
Voir annexe V.
Voir annexes VI et VII.
(3) Voir annexe VIII
rèté du Ministre du commerce du 2 5 septembre 1896, fixant les clauses et conditions générales imposées aux entrepreneurs des travaux de l’Exposition universelle de 1 900, arrêté rendu applicable à la section des colonies et des pays de protectorat par une décision du Ministre des colonies en date du 8 mai 1899, et, aussi, un arrêté du même Ministre du 1 7 juin de la même année.
En conséquence, conformément à l’avis de MM. Scellier de Gisors, inspecteur général, et Bachellery, contrôleur principal des bâtiments civils et palais nationaux, je reçus les offres concurrentes des trois entrepreneurs qui avaient soumissionné, précédemment, le plus fort rabais.
M. Despagnat, ayant finalement offert le rabais le plus élevé, soit 6 p. 100, fut désigné comme entrepreneur général. Un contrat passé le 3 juillet 1899 entre l’Administration de l’Exposition universelle (Section des colonies et pays de protectorat) , représentée par le Délégué des colonies, et M. Despagnat, fut approuvé par le Ministre des colonies le 6 du même mois(Ô.
J’envoyai aussitôt un exemplaire de ce contrat à M. Despagnat, qui le fit enregistrer le 1 1 juillet. Mais cette formalité 11e fut pas accomplie sans difficulté , car l’Enregistrement émit la prétention de faire payer le droit proportionnel de 1 fr. 2 5 , comme s’il se fût agi de contrats ordinaires passés entre particuliers et l’Etat. Je dus intervenir pour faire remarquer que notre entrepreneur avait bien traité avec l’Etat, mais à l’occasion de travaux exécutés pour l’Exposition universelle, dont l’Exposition
(1) Voir annexes IX et X.
NOS COLONIES
coloniale n’était qu’une section; d’accord avec le Commissaire général, j’arrêtai une formule qui, après pourparlers avec la Direction générale de l’enregistrement, fut enfin considérée comme permettant de soumettre les contrats passés par moi, avec approbation du Ministre des colonies, au droit fixe de 3 fr. 75 , établi par la loi spéciale à l’Exposition de 1900.
Les travaux que M. Despagnat avait à exécuter pour l’entreprise générale, au compte de la section coloniale, consistaient en :
i° Etablissement d’un pont destiné à relier l’exposition de Madagascar, élevée sur le rond-point de la place du Trocadéro, à f enceinte générale, le niveau de ce pont étant à 5 m. 5o au-dessus du sol, ledit pont étant luimême relié au sol par deux escaliers latéraux de 5 mètres d’emmarchement ;
20 Etablissement et fondations de points d’appui, construction d’un plancher intermédiaire et de trois escaliers, pour le pavillon du Congo (le pavillon en fer a été construit par MM. Bardoux et Blavette);
3° Construction du palais du Ministère des colonies, excepté la serre, construite par M. Solder à titre d’exposant;
4° Construction du pavillon de l’Alliance française;
5° Construction des pavillons des anciennes colonies, plus un bar pour la Martinique ;
6° Construction du palais des Dioramas;
70 Construction de la salle des conférences et des bureaux de l’Administration centrale de l’Exposition coloniale;
8° Etablissement des substructions du pavillon de la presse coloniale;
9° Constructions annexes sur le quai (qu’il n’v a pas eu lieu d’élever);
io° Construction de portes décoratives et de mâts (qu’il n’y a pas eu lieu d’élever);
i i° Installation des canalisations (égouts, eaux, gaz, vidange) ;
î 2° Construction du pavillon du Sénégal-Soudan.
M. Despagnat avait en outre pris à sa charge la construction d’un certain nombre de pavillons pour le compte particulier de diverses colonies :
i° Pour l’Indo-Chine : la pagode des Bouddhas et le temple Klnner souterrain, sous la direction de M. Marcel, architecte, et après une adjudication à l’amiable , le palais des produits, sous la direction de M. Decron; le palais de Coloa, le pavillon des Forêts et le théâtre Cambodgien, sous la direction de M. du Houx de Brossard. Il est à noter que cette colonie employa beaucoup de bois de son cru, et qu’un certain nombre de ces bois n’étant pas arrivés en temps voulu , on dut s’adresser à plusieurs entrepreneurs; c’est ainsi que M. Favaron eut une partie des travaux du palais des produits, mais en faisant un rabais de 3 p. îoo seulement, ce que je fis observer à M. le Ministre des colonies avant de signer le contrat;
2° Pour Madagascar : le pavillon et le panorama, sons la direction de M. Jully, agent technique délégué par la colonie ;
3° Pour le Dahomey : l’ensemble des constructions, sous la direction de M. Silïert ;
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4° Pour la Guinée française : le pavillon, sous la direction de M. Labussière;
5° Pour la Côte d’ivoire : le pavillon et le bar, sous la direction de M. Courtois-Suffit;
6° Pour l’école Berlitz : le pavillon.
La Nouvelle-Calédonie avait son entrepreneur spécial et son architecte, M. Léon Brey; les établissements français de l’Inde avaient M. Bertone; la Tunisie avait M. Saladin et des entrepreneurs spéciaux, M. Favaron entre autres.
Dès le mois de juillet, tous les plans étaient prêts à être mis à exécution.
Par lettres des 20 et 21 janvier et du 27 février précédents, j’avais demandé à M. le Commissaire général l’autorisation de prendre possession de l’ensemble du terrain affecté à l’Exposition coloniale, et je le priais de donner des ordres pour que les clôtures nécessaires fussent établies. Il me fut répondu que l’ordre avait été donné de déplacer les arbres désignés à la suite cl’une conférence entre M. Scellier de Gisors et M. Bouvard, mais qu’un certain nombre de dispositions restaient encore à déterminer, faute de projets établis pour les constructions. On ne voyait pas encore la nécessité de modifier les allées. En ce qui concernait les clôtures générales du périmètre d’enceinte de l’Exposition, des ordres avaient été donnés pour leur établissement. Toutefois, « il ne paraissait pas que ces clôtures dussent dispenser chaque concessionnaire de celles qui se rapportaient à leur emplacement ». (Note de M. Bouvard, i3 mars 1899.)
Au mois de juillet, bien que nous eussions reçu une
première somme sur celle qui avait été votée par le Parlement, et que les travaux eussent été adjugés à un entrepreneur général, il nous était difficile de mettre sérieusement la main à l’œuvre parce que les clôtures n’avaient pas été établies autour des chantiers.
J’avais demandé, le 27 juin, à M. le Commissaire général de vouloir bien donner des ordres pour que la clôture générale fût achevée à bref délai. Etant donné que les travaux étaient commencés, il en résultait des inconvénients graves et même la possibilité d’accidents, par suite de la présence du public sur les chantiers. Le 1 8 juillet, je reçus communication d’une note de M. Bouvard, en date de la veille, disant qu’il n’était pas possible actuellement de procéder à celte clôture définitive, par la raison qu’on ne pouvait songer à supprimer, neuf mois avant l’ouverture de l’Exposition, la circulation publique sur le quai, sur l’avenue d’Iéna, sur le boulevard Delessert, et même sur l’avenue centrale, perpendiculaire au palais. Chaque concessionnaire des colonies étrangères ayant clos son propre emplacement, l’Administration n’avait donc à sa charge que la jonction de ces divers îlots par des barrières provisoires, qui auraient entraîné une dépense de 1,100 francs.
Je 11e pouvais discuter les termes de cette note, car le temps pressait et je priai M. le Commissaire général de vouloir bien faire établir les clôtures provisoires dont M. Bouvard avait dressé le plan ( 1 9 juillet).
Un mois après cependant, M. Despagnat se plaignait à moi du non-achèvement de la clôture générale et des difficultés qu’il rencontrait pourle transport de ses déblais.
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Je saisis de cette plainte M. le Commissaire général, qui me répondit, le 2 5 août, que la clôture était achevée et le service de gardiennage assuré, après entente avec M. le Préfet de Police.
Entre temps les projets étaient soumis à la commission d’incendie, qui formulait ses observations sur leur construction.
Ce fut le 1 5 octobre seulement que l’accès des chantiers fut rendu praticable par le quai Debilly, grâce à l’établissement d’un passage entre l’Algérie et la Tunisie. Il ne nous restait donc plus que huit mois et demi pour construire nos palais et pavillons, et procéder à leur installation intérieure. J’ajouterai que nous nous trouvions en face de difficultés graves, provenant de la détestable nature du terrain, de la déclivité du sol et des exigences très naturelles mais fort gênantes, du jardinier en chef, pour le respect des arbres.
L’échange de notes, de lettres, l’établissement de plans, que suscita cette question est étonnant, tellement il est considérable. Je ne puis entrer dans le détail des négociations engagées, car cela serait hors de proportion avec l’importance du sujet.
Toutefois, qu’il me soit permis de relater, simplement à titre d’exemple, l’histoire d’un jeune bouleau, classé parmi les arbres intangibles, et qui avait poussé ses racines précisément à l’endroit où devait s’élever le temple Khmer.
Lorsque j’eus constaté de visa que la présence de cet arbre constituait une entrave absolue aux travaux de construction, et lorsqu’un aide-jardinier de M. Vacherot,
jardinier en chef, m’eût assuré que le bouleau en question pouvait être facilement reculé jusqu’à un endroit très voisin qu’il m’indiquait, j’écrivis à M. le Directeur des services d’architecture pour lui exposer la situation et lui demander l’autorisation de déplacer le gêneur ( icraoùt
L’architecte adjoint au Directeur des services d’architecture me répondit, au nom de ce dernier, qu’il avait fart procéder à ce sujet à une enquête par M. le Jardinier en chef, d’oû il résultait que ce bouleau faisait partie des intangibles, qu’à cette époque de l’année (5 août 1899), un déplacement serait fatal à sa santé, et que, dans ces conditions, « c'était à l'architecte chargé de la construction du Cambodge quil appartenait d'apporter à ses plans toutes modifications utiles pour éviter la gène qu'il signalait ».
Le 7 août, je communiquai cette réponse à M. Marcel, architecte du Cambodge, en le priant de me faire savoir si le susdit bouleau était indiqué sur le plan comme intangible.
Le même jour, ( écrivis à M. le Commissaire général, pour lui transmettre copie de la lettre que j’avais reçue de la Direction des services d’architecture de l’Exposition; je lui disais que je ne voulais pas discuter la réponse qui m’était faite et lui exposais la situation présente, exprimant combien des incidents de ce genre rendaient dilïi-
cile l’accomplissement de la tâche que j’avais assumée.
Le 9 août, M. Marcel m’adressa la note suivante :
Les trois arbres en question sont indiqués sur les plans remis à la date du i5 mars 1899 à M. Scellier de Gisors, Architecte en
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chef, et à M. Nicolas, Commissaire de i’Indo-Chine. Par demande en date du 18 février 1899, M. du Houx de Brossard, attaché au Commissariat de l’Indo-Chine, s’était chargé d’obtenir de M. Vacherot, Jardinier en chef, le déplacement des trois arbres en question. Le 20 février, il eut une entrevue avec M. Scellier de Gisors à ce sujet, le 2 5 avec M. Bouvard, et, après visite sur place, le samedi 4 mars, à îo heures du matin, avec M. Vacherot,ce dernier admit le déplacement de deux des trois arbres en question, qui ont été déportés dans le voisinage. Quant au troisième, un bouleau, tombant juste dans la fouille du Cambodge, il ne fut pas transporté. Il est en outre fait remarquer que sur le plan des arbres devant être conservés, qui m’a été remis, il n’était pas fait mention de trois ou quatre petits arbres qui subsistent actuellement au bas et sur la droite du terrain , et dont le déplacement s’imposera en octobre prochain. Je ne pense pas d’ailleurs que sur ce point il y ait opposition de la part du Jardinier en chef.
Signé : A. Marcel.
Le lendemain, M. Marcel m’écrivit une lettre en ce sens, que je transmis à M. le Commissaire général le 1 1 août. Le 17, M. le Commissaire général me répondit qu’il avait provoqué un nouvel avis du service compétent, consulté le dossier et visité les lieux, et que de cette enquête il résultait que le bouleau avait été expressément indiqué sur les plans comme devant être maintenu, que M. du Houx de Brossard avait reçu de M. le Jardinier en chef de l’Exposition la confirmation de l’impossibilité où nous étions de l’enlever, que sa conservation n’était pas de nature à entraver sérieusement les constructions du Cambodge; que néanmoins les racines en avaient é té attaquées au point de le compromettre gravement, et que, contrairement à l’avis de M. Marcel, ceL arbre était un des plus
intéressants du parc. M. le Commissaire général m’informait, cependant, qu’il venait d’autoriser M. le Directeur de l’architecture à tenter le déplacement.
Le 19 août, j’adressai à M. Marcel une copie de cette lettre, et, le 2 1 , j’en accusai réception à M. le Commissaire, en le remerciant de la décision qu’il avait prise.
Le 2 2 , M. Marcel m’accusa réception de ma lettre du 19. Le 26 , il m’écrivit pour m’apprendre que le bouleau, dont le déplacement , commencé le 2 3, était achevé le 25, avait été transporté à 2 mètres exactement du point où il était précédemment, dans un endroit où il devait se trouver littéralement dans les terres que l’on devait y apporter.
M. Marcel me priait de refuser ce travail et de demander à M. Vacherot de vouloir bien s’entendre avec lui au sujet de l’emplacement définitif à donner au bouleau.
M. Marcel eut une entrevue avec M. Vacherot le 29. Il m’en prévint aussitôt en me manifestant l’espoir que les choses finiraient par s’arranger.
Les choses s’arrangèrent en effet, et le bouleau mourut; mais on voit, par cette simple narration, que ce ne fut pas sans de longues et pénibles négociations, ni sans l’intervention de nombreuses notes, lettres, enquêtes et entrevues. Vraiment, je ne puis m’empêcher de penser que c’était là du temps bien mal employé, alors surtout que l’on 11’avait pas une minute à perdre et que l’intangible objet de ces négociations ne méritait pas tant d’honneurs.