‹ Les colonies françaisesChapitre 48 sur 106 · LOI · texte numérisé non relu

LOI

précieuse parce que nous ne possédons qu’une iconographie fort incomplète des poètes antiques, les Anciens ne nous ayant laissé de reproduction par la statuaire que de leurs personnages officiels ; les Grecs nous ont laissé un beau buste d’Homère, les Romains un buste très réaliste de Sénèque, et encore l’attribution n’en est-elle pas bien certaine, La mosaïque de Virgile, malgré les difficultés d’exécution du procédé, offre des traits caractéristiques qui donnent l’impression que l’on est en présence d’un « portrait ».

Cette salle des antiquités avait été organisée par M. Gauckler, le jeune et éminent directeur du service des antiquités de la Régence, et qui a tout ce qu’il faut pour faire revivre Là-bas la vie antique qui y fut jadis si intense, tout, sauf la quantité de fonds nécessaires pour marcher vite.

La salle des arts et des industries tunisiennes réunissait de forts beaux échantillons des vieilles industries tunisiennes, de bijoux, de poteries, de faïences, de tapisseries anciennes. Cette salle avait été très intelligemment divisée : des séries représentaient tous les objets de fabrication tunisienne, ceux que je viens de citer, et d’autres tels que : bois sculptés, broderies, chaudronnerie d’art, poterie de Kanalÿie et de Kermant, bois de Tunis et de Réja, coffres de mariage, lits sculptés. Les tapis des tribus ont chacun leur histoire; on avait pu s’en procurer quelques-uns dans des conditions de bon marché exceptionnel. Des bijoux des Moknins rappelaient l’époque byzantine; les cloisonnés en or étaient comparables aux plus beaux parmi les travaux identiques de la Chine, du Japon

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et de Ceylan. Dans la même salle étaient les bronzes d’un jeune sculpteur français, M. Billoc, cavaliers, guerriers, jeunes filles bédouines, figurines finement ciselées et d’un art exquis.

Le kiosque de la Manouba était un des beaux morceaux de l’Exposition tunisienne. On en avait fait les moulages sur place , et il avait fallu des soins infinis pour les transporter à Paris. Des vitraux multicolores occupaient l'espace libre des parties ajourées. Ce pavillon fut construit par Hamouda-Bey, lorsqu’il installa, il y a une centaine d’années, dans ses jardins de la Manouba, une somptueuse résidence d’été.

C’était une délicieuse retraite au plus profond des massifs de palmiers, d’orangers, de troènes, loin du bruit et des regards indiscrets.

De grandes salles étaient réservées aux produits de la colonie, le vin, l’huile d’olive, le liège, y tenaient la plus large place. Le sel y figurait aussi en abondance.

Dans les differentes salles et en particulier dans la salle fies travaux publics étaient différents plans en relief et des cartes : un panorama de Tunis montrant le développement de la ville européenne et de l’outillage économique; les divers ports de la liégence, Bizerte, Sfax et Sousse; le plan du chemin de fer de Gafsa; la carte des immatriculations foncières , des collections de photographies, etc.

Une salle était réservée à l’enseignement, où les progrès des élèves étaient intéressants à noter d’après leurs travaux.

Une petite salle donnait les spécimens des poissons

A JL’ EXPOSITION DE 1900.

que l’on pèche dans le lac de Bizerte et le long de la côte.

Les indigènes complétaient heureusement cet ensemble : on les voyait tisser les tapis sous la lente, fabriquer les poteries de Nabeul, tresser leurs nattes et leurs grands chapeaux de paille, travailler les objets de ferblanterie; dans les souks exactement reconstitués, les marchands vendaient leurs produits; ni Ahmed Djamal, ni Barboucbi n’y manquaient, et c’était là un vrai coin de Tunis; le barbier arabe et le cafetier maure s’y livraient à leur industrie. Les indigènes avaient été choisis de telle sorte que tous les corps de métiers étaient représentés, et cpie l’on avait sous les yeux un résumé du commerce et de l’industrie indigènes à Tunis.

fin somme, l’exposition de la Tunisie, à la fois artistique, pratique, économique, et imprégnée de couleur locale, témoignait des progrès immenses accomplis par la Bégence depuis que la France y a implanté son protectorat; de 1892 à 1 900, le chiffre des importations a passé de 37,199,502 francs à /|9,433,46o francs et celui des exportations de 39,325,622 francs à 55, 778, ih, 1 francs. Cela donne pour l’ensemble du mouvement commercial, en 1899, la somme de 105,211,701 francs alors que celle même somme était avant le Protectorat, en 1880, de 22,679,320 francs. Ces chiffres sont assez éloquents par eux-mêmes et dispensent de tout commentaire.

A cette description des divers palais et pavillons de l’Exposition coloniale., je dois, pour être complet, ajouter quelques mots sur le pavillon de l’Alliance française , celui de l’Ecole Berlitz et ceux de la Presse coloniale.

RAPPORT GENKRAL.

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En ce qui concerne l’Alliance française , l’Administration coloniale lui avait accordé non seulement le terrain quelle demandait, mais encore elle prit à sa charge les frais de construction du pavillon.

Ce pavillon fut divisé en deux grandes salles : la première renfermait les collections et les documents, cartes, livres , photographies, etc. , exposés par l’Alliance française. Ses dimensions spacieuses permirent de l’employer, en outre , comme lieu de réunions. La seconde salle servit de elasse, et fut aménagée de façon à être présentée comme une classe modèle.

Le pavillon de l’Ecole Berlitz, en bois et démontable, contenait une salle de classe décorée de façon analogue; on verra au chapitre suivant les excellents résultats obtenus par ces deux écoles.

Quant aux pavillons de la Presse coloniale, celui du Syndicat de la Presse coloniale française , orné de tableaux figurant des scènes de la vie aux colonies, contenait toutes les publications coloniales. Celui de la Presse coloniale américaine, outre une fort belle salle de réceptions servant aux deux syndicats, contenait une salle d’exposition où l'on admirait une étonnante collection de fruits de Californie, montrant que cette terre est privilégiée pour leur production.

En ce qui concerne la presse coloniale, je ne puis mieux faire que de renvoyer à l’étude dont elle est l’objet dans le volume consacré au palais du Ministère des colonies, à la page 80 9.

En terminant ce chapitre, je crois pouvoir affirmer

que lous les visiteurs qui ont vu d’un œil impartial l’ensemble rie notre Exposition, des produits de nos colonies, et la façon dont nous avons essayé de les mettre en valeur, bien que cet immense empire ne noils appartienne que depuis une quinzaine d’années, sont partis convaincus de notre puissance d’expansion, du fond réel de qualités civilisatrices et colonisatrices que possède notre race (l5

Nous n’exploitons pas nos colonies, nous les mettons en valeur; le procédé est peut-être plus long, moins brillant; il ne prête pas à la constitution de fortunes rapides, créées au détriment des régions qui en sont la source. Les pays que nous colonisons deviennent plus riches, leurs habitants montent d’un degré vers la civilisation. Comme je l’ai dit dans mon Introduction générale : nulle part on ne meurt de faim dans nos colonies.

Leur mouvement commercial a été de 655, 7/11, 445 francs, en 1899, supérieur de 79 millions à celui de l’année précédente^. Nous sommes arrivés là, suivant une progression continue, qui fait bien augurer de l'avenir, à la condition, toutefois, que le Parlement veuille bien se bâter d’adapter notre législation à nos besoins nouveaux.

Voir : Survivance de l'esprit français aux colonies perdues, par M. Victor Tantet, public par la Commission de la Classe 1 15.

(2) Le commerce général de l’Algérie , qui était à cette époque de G66,262,5o3 francs, n’est naturellement pas compris dans ce total.

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