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DAHOMÉENS

Les indigènes du Dahomey étaient au nombre de 2G, dont 10 hommes de la garde civile indigène du Dahomey, 7 artisans, 5 femmes et 4 boys.

La garde civile comprenait :

Bakary, brigadier; ayant fait les campagnes du Dahomey, du Soudan, du Sénégal (musulman).

Emilio, sous-brigadier; pas de campagne (catholique). . , [

Adéribibé; campagnes du Dahomey et de Madagascar (musulman).

Fachénia; campagne de Madagascar (musulman).

Alabi; campagne de Madagascar (musulman).

Oyeindé; pas de campagne (fétichiste).

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Atékou; campagne des Baribas, dans le Haut-Dahomey (musulman).

Oyétoundé; campagne du Dahomey (musulman).

Abougou; campagne de Madagascar (musulman).

Amoussou; pas de campagne (fétichiste).

Les artisans étaient :

Aoussou, bijoutier (fétichiste), et son boy Samuel (protestant).

O’Bassa, bijoutier (catholique), et son boy Comoran (catholique).

François Martin, bijoutier (catholique), et son boy Adébéla (catholique).

Bakary, tisserand (musulman).

Marna, tisserand (musulman), et son fils Alla (musulman).

Üssein, tisserand (musulman).

Doté, vannier (catholique).

Les 5 femmes étaient :

Syé, femme du sous-brigadier Emilio; Alimatou, femme de Atékou; Amabou, femme de Oyétoundé; Efryéqué, femme de O’Bassa; Fatoma, femme de Osséin.

Seul, Emilio parlait et écrivait couramment le français; Samuel parlait et écrivait convenablement l’anglais; quelques autres comprenaient un peu le français. Nous verrons plus loin les progrès accomplis par ceux qui suivirent les cours de l’Alliance française et de l’Ecole Berlitz.

Les tisserands , marabouts musulmans , ne comprenaient pas le français, mais connaissaient bien l’arabe.

Ces indigènes furent installés au bastion 57, où ils occupaient quatre chambres du quatrième étage, trois servant de dortoir et une de réfectoire ; les célibataires étaient

logés ensemble, les ménages dans une chambre spéciale. Ce casernement offrait les meilleures conditions d’hygiène , avec des lavabos, salles de bains et de douche, et l’état sanitaire fut très bon, grâce surtout aux soins donnés par M. le docteur Binet, sauf quelques petits accidents sans importance. Je signalerai, — - et ceci est une remarque générale pour tous nos indigènes, — - qu’ils furent saisis par le froid assez intense encore, lors de leur arrivée à Paris, en avril. Les Dahoméens sont d’une propreté méticuleuse : ils avaient conservé leur habitude de se laver le corps avec soin tous les jours et de l’enduire ensuite d’huile de palme ou de vaseline parfumée. Au bastion, tous étaient sous la surveillance de M. Cabarroques, brigadier des douanes du Dahomey.

Le matin, après la soupe de 1 o heures, la petite troupe venait à l’Exposition; les gardes civils, après avoir été exercés par M. Paul Langlois, garde principal de 1 re classe au Dahomey, attaché à la section, assuraient le service d’ordre au pavillon; les artisans travaillaient; les bijoutiers, adroits d’ailleurs, ont fait d’assez bonnes affaires; les tisserands n’ont guère pu vendre leurs toiles, d’un prix assez élevé et d’un travail un peu gros pour être du goût du public. Les femmes jouaient ou se reposaient. Le jeu favori des hommes était Yadjito, ou jeu des voleurs, sorte de tric-trac, et un jeu de cartes très primitif. *

Ces indigènes obtinrent un vif succès de curiosité; ils vivaient en bonne intelligence avec le public, sans jamais mendier; mais ils avaient une profonde horreur de l’objectif des photographes; au début, ils se prêtaient de bonne grâce à toutes les fantaisies des amateurs; mais, comme

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ces derniers ne tenaient pas les promesses qu’ils leur faisaient d’épreuves photographiques, bientôt les Dahoméens refusèrent de poser et se cachèrent des appareils instantanés.

Chaque semaine, un jour était consacré aux visites à l’Exposition ou aux promenades dans Paris. De plus, il leur était permis de sortir, de temps en temps, par petits détachements. Ces sorties n’ont donné lieu à aucune plainte.

La discipline fut toujours excellente, à part quelques légères peccadilles. Les Dahoméens s’assimilèrent assez rapidement aux nouvelles conditions d’existence dans lesquelles ils se trouvaient. Seuls, les musulmans se montraient rébarbatifs à notre civilisation; sous ce rapport, la revue du i4 juillet fut pour eux un salutaire enseignement et le vieux marabout Mania n’en croyait pas ses yeux en voyant tant de soldats, tant de chevaux et tant de canons. Il croyait que toute l’armée française se trouvait réunie à Longçhamp, et on eut toutes les peines du monde à lui faire comprendre qu’il n’avait sous les yeux que les deux tiers de la garnison de Paris.

Entre eux, ces indigènes vivaient en bonne intelligence, mais militaires et civils faisaient un peu bande à part.

SEIN ÉGALAIS.

Les Sénégalais étaient arrivés au nombre de 1 1 ; vers la fin du mois d’août , le garde principal Demba-Diawola vint se joindre à eux.

1 9 d’entre eux étaient des Ouolofs et les 3 autres des Bambaras, Ils correspondaient parfaitement aux types si

bien décrits par le docteur Lasnet dans l’étude qu’il a consacrée aux races du Sénégal W et qui fait partie de la collection publiée à l’occasion de l’Exposition coloniale.

Ces noirs sont grands, souples, bien découplés; le contact fréquent et d’ancienne date avec les Européens leur a retiré loute espèce de sauvagerie et, tout en restant de parfaits musulmans un peu trop amateurs de fétiches, ils comprennent très bien notre civilisation et cherchent assez volontiers à se l’assimiler.

On les avait logés dans un grand hall, situé au n° 29 du quai de Javel, approprié pour la circonstance dans les meilleures conditions d’hygiène, et on les avait confiés aux soins du docteur Cordonnier. Ici encore , nous n’avons heureusement pas eu de mort à déplorer, ni aucune maladie grave. Le médecin n’eut à soigner que quelques bronchites légères, dues à l’abaissement de la température, et (jui prouvent qu’il fut tout à fait prudent de rapatrier ces noirs avant les premiers froids d’octobre.

Presque tous étaient bijoutiers; leurs travaux en or liligrané étaient très curieux et très artistiques et ils obtinrent un véritable succès auprès du public, sous la paillotle qui les abritait (lu soleil et de la pluie, et où ils travaillaient au grand air. Plusieurs avaient exposé dans les vitrines, à l’intérieur du pavillon, et obtinrent des récompenses.

Outre les bijoutiers-forgerons, il y avait un tisserand

(1) Les Colonies françaises. Une mission au Sénégal. Ethnographie , Botanique, Zoologie, Géologie, par MM. le docteur Lasnet, Aug. Chevalier, A. Cligny, Pierre Rambaud, in-8°, Paris, îqoo, Augustin Chaltamel, éditeur.

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avec son boy, quatre ouvriers qui travaillaient le cuir et le bois, et deux joueurs de cora; ces derniers firent d’excellentes recettes, qui leur attirèrent un peu l’envie de leurs camarades, d’autant plus que les griots, dont ils étaient, sont au Sénégal bien moins considérés que les forgerons, lesquels le sont, d’ailleurs, bien moins que les agriculteurs. Le plus âgé des joueurs de cora avait composé une curieuse marche guerrière, intitulée la Guerre de Fodé-Kaba, qu’il exécuta avec succès dans diverses cérémonies. Lorsque avec les autres, il alla à la revue du i4 juillet, il paraissait exténué de chaleur et de fatigue; on finit par en découvrir le motif ; il s’était mis autour du cou un boubou dans lequel il avait enroulé 5oo francs de monnaie, montant de ses recettes jusqu’à ce moment; on eut toutes les peines du monde à le décider à les déposer dans un établissement de crédit.

A cette même revue, Samba-Laobé, émerveillé et joyeux, s’écriait : « Quand y en a voir çà, y en a crier : Vive la France ! »

Le chef du convoi était Gallo-Thiam, bijoutier à Saint- Louis, qui maintenait jalousement son autorité sur ses camarades et qui, désireux d’une distinction honorifique, m’adressa la curieuse lettre que j’ai reproduite à la page 4 t de mon Introduction < jénérale W.

Tous partirent enchantés de leur séjour à Paris. J’ai

(1) Exposition universelle de 1900. Les Colonies françaises , publications de la Commission chargée de préparer la participation du Ministère des colonies. — Introduction générale par J. Chanles-Roux , ancien député, délégué des Ministères des allaires étrangères et des colonies. Paris , Augustin Challamel , éditeur, 1 yo 1 .

déjà noté quelques-unes de leurs impressions; deux autres méritent d ’ètre relevées. En voyant le Château d’eau et ses jeux de lumière, l’un d’eux s’étonna que le gouverneur de Saint-Louis n’eût pas une maison aussi belle. On essaya de lui faire comprendre qu’en France, comme il y avait beaucoup de chemins de fer et de routes, on pouvait se permettre le luxe d’un château d’eau de ce genre, mais qu’au Sénégal il valait mieux réserver l’argent pour construire des chemins de fer et des routes dont on avait besoin. Enfin, leur grand regret était la certitude de ne pas être crus lorsqu’ils raconteraient à Saint-Louis toutes les merveilles dont ils étaient les témoins à Paris. Ceci dénote une compréhension plus vive de notre civilisation que chez la plupart des autres noirs.

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