MALGACHES
Dans mon Introduction générale (p. 3 1 ) , je me suis longuement occupé des indigènes malgaches et le lecteur voudra bien s’y reporter, afin de compléter les renseignements que j’ai à fournir dans ce rapport.
L’ensemble du détachement comprenait 102 hommes, 20 femmes et 2 enfants, et se décomposait de la façon suivante :
2 4 tirailleurs;
l5 miliciens;
35 musiciens;
20 Hova, dont 8 femmes;
4 Betsiléo, dont 2 femmes;
4 Sihanaka, dont 1 femme et 2 enfants;
4 Tankarana, dont 2 femmes;
NOS COLONIES
2 Sakalava du Nord-Ouest (Nossibéens);
3 Sakalava de l’Ouest (Maintirano), dont i femme;
3 Mahafaly, dont 2 femmes (Tuléar);
2 Tanosy, dont r femme;
3 Taimorona, dont î femme;
4 Betsimisaraka , dont 2 femmes;
î Tambahoaka.
i° Tirailleurs et miliciens. — Les deux sections ont été recrutées dans les provinces qui se sont les premières soumises à notre domination ou qui sont en contact avec nous depuis de longues années, races du centre, du Nord- Ouest et de l’Est, Ilova, Betsiléo, Nossibéens, Betsimisaraka.
Leur uniforme est à peu de chose près le même, en flanelle bleu marine avec le veston à col écliancré à un rang de boutons, du modèle de celui de l’infanterie de marine aux colonies, tombant sur un pantalon bouffant, des jambières en drap bleu ou en toile, des sandales de cuir, et, sur la tète, une chéchia rouge pour les tirailleurs, bleue pour les miliciens. Les soutaches et passepoils sont jaunes pour les premiers et bleus pour les seconds.
L’armement comporte, pour les tirailleurs, le fusil et la baïonnette i 886 (Lebel); pour les miliciens, le fusil et la baïonnette 187/1 (Gras). Les cartouches de réserve sont portées sur la poitrine, dans des cartouchières de toile pour les uns, ou dans des ceintures de même tissu, à compartiments séparés, pour les autres.
En campagne, l’uniforme est en toile. Dans la toile de tente se roulent la couverture elle rechange en flanelle. Le
tout est porté en sautoir et l’on fixe , à l’extérieur du rouleau, les piquets, la gamelle et le sabre d’abatis.
2° Musiciens. — Les 35 musiciens étaient tous hova. Ils formaient autrefois la musique de la reine. Les exécutants, primitivement versés dans la milice, constituent, aujourd’hui, la musique du gouvernement à Tananarive. Leur costume se compose du lamba de coton rayé de noir, jeté sur l’épaule, comme l’ancienne toge romaine, et du chapeau national en jonc tressé avec une lyre d’argent fixée sur le ruban noir.
3° Hova. — Cette race, contre laquelle nous avons fait la campagne de î 8 9 5 et qui avait étendu sa domination sur une grande partie de file, occupe le massif central de l’Imerina. Souples et intelligents, les Hova ont une faculté d’assimilation qui leur permet d’exécuter avec des outils rudimentaires les travaux les plus variés et de copier les produits de notre industrie, comme on a pu s’en rendre compte dans la ligne d’échoppes, reproduction d’un coin du marché de Tananarive, dit Zoma.
4° Betsileo. — Les Betsileo, de race équivalente, moins turbulents, toutefois, furent refoulés successivement par les Hova, qui se les étaient assimilés. Ils occupent le Sud du massif central, et leur capitale est Fianarantsoa. Ils excellent dans les travaux de culture et l’exploitation de la soie indigène.
5° Si 11 an ak v. — - Au nord du massif central, en remontant du côté de Diego, on trouve tout d’abord les
Sihanaka, établis autour du grand lac Alaotra, vaste dé-
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pression marécageuse qui baigne le pied des conlreforls septentrionaux du massif de l’Imerina. Le climat y est beaucoup plus malsain que dans les hauts plateaux. Les Sihanaka sont peu nombreux; leur population est composée surtout de pécheurs habitant les villages lacustres, qui bordent les marais du lac Alaotra. Sur les pentes du Nord du lac, ils se livrent à l’élevage du bétail. Leur capitale est Ambatondrazaka.
6° Tankarana. — L’extrémité de la pointe Nord de l’ile est habitée par les Tankarana, qui garnissent le triangle formé par le massif d Ambre et Diego. Leur royaume autrefois florissant s’étendait jusque vers Majunga. Ils sont en contact depuis de longues années avec la civilisation. Colonisés jadis par les Arabes, en relations constantes avec les Comores, ils ont gardé dans le costume, la langue et les mœurs, des traces nombreuses de cette influence. Ils sont, du reste, indolents et paresseux.
7° Sakalava du Nord-Ouest. — Il en est de même pour les Sakalava du Nord-Ouest et en particulier pour les Nossibéens; les insulaires, comme ceux de Sainte- Marie sur la côte Est, excellent dans la pèche et la navigation. Les hommes font des marins pour nos bâtiments de guerre; les femmes, du même type que les Betsimisaraka, font des ouvrages de vannerie fine. Leurs mœurs sont très dissolues.
8° Sakalava de l’Ouest. — Les Sakalava de l’Ouest sont au contraire restés sauvages, nomades et pillards. Jaloux de leur indépendance, ils n’ont pas accepté sans de lonjrs et cruels combats notre domination. Les habitants
de Maintirano, dont le détachement ne possède cpie deux spécimens, se sont plus facilement soumis que ceux du Ménabé , pays situé à l’angle rentrant que forme le milieu de la côte ouest.
q° Mahafaly. — Les Mahafalv occupent les vastes territoires du Sud-Ouest de Madagascar; leur port est Tuléar. Ils sont presque totalement inconnus et notre pénétration commence à peine à se faire chez eux. C’est la région des Euphorbiacées produisant le caoutchouc.
io° Ïvnosy. — Les Tanosy forment une variété de la même race sur la côte Est. Grands, bien découplés, d’un tempérament guerrier, ils ont soutenu, au xvne siècle, de longues luttes contre l’influence française représentée par de Flacourt, établi au Fort-Dauphin. Ln courant d’immigration constant les porte vers l’Ouest et les met en relations suivies avec les Mahafaly. C’est un peuple d’éleveurs.
î i° Taimorona. — Les Taimorona, descendants des Arabes , garnissent la côte Est autour de Farafangana, population voyageuse et travailleuse; on lui a emprunté de nombreux terrassiers pour la construction des voies de pénétration de la côte Est au massif central. Leurs migrations régulières les entraînent parfois jusqu’à Diego- Suarez.
1 2° Betsimisaraka. - Les Betsimisaraka occupent tout le reste de la côte Est. Habitant soit le bord cle la mer, soit la forêt, ils sont à la fois pécheurs et bûcherons. Malheureusement, la fertilité de leur sol, doué de ressources naturelles, les rend paresseux. Adonnés aux bois-
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sons alcooliques , leur race décroît, s’affaiblit de jour en jour; comme certaines races autochtones, elle est peut-être appelée à disparaître.
1 3° Tambahoaka. Entre les Taimorona et les Betsimisaraka existe, autour de Mananjary, une petite principauté constituée par les Tambahoaka, métis provenant d’une immigration arabe plus ancienne.
Tous étaient logés au bastion 57, boulevard Lannes, et placés sous le commandement du capitaine Laporte, de l’infanterie de marine. M. Maria, chancelier de résilience à Madagascar, les administrait, et M. le docteur Villette, médecin de iru classe de la marine, était chargé de leur donner des soins. Il s’en est acquitté avec la plus grande sollicitude, ce qui était absolument nécessaire : sauf les races de l’Ouest, en effet, les Malgaches ne présentent pas de types robustes et vigoureux et ils se sont montrés ici extrêmement sensibles au froid. Je joins aux Annexes le rapport très court et très précis qui fut rédigé par le docteur Villette , lors du départ des indigènes O.
Les tirailleurs et miliciens assuraient le service d’ordre.
Les artisans avaient été choisis de façon à donner une idée d’ensemble de l’industrie locale indigène à Madagascar. C’étaient des fabricants d’objets en corne, des cordonniers, des bijoutiers-orfèvres, des forgerons, des ébénistes, des fabricants de sparterie en aloès, des fileurs de soie, des joueurs de valiha et de lokanga, des nattiers,des vanniers, des tisserands, des piroguiers, des charpentiers, des
(1) Voir annexe n” XI.
fabricants d’encre et de papier, etc. Les femmes exerçaient plusieurs de ces différents métiers.
Les musiciens malgaches, dirigés par M. Lamy, furent une des attractions de l’Exposition coloniale. Us témoignèrent d’une aptitude musicale remarquable; non seulement ils charmèrent les oreilles de ceux qui assistaient à leurs concerts quotidiens, non seulement ils firent l’ornement de toutes les cérémonies et fêtes données au Trocadéro et même ailleurs, mais encore ils prirent une part brillante à des concours musicaux, tel ([ue celui de Levallois-Perret, où ils entrèrent en lutte contre 7 5 harmonies, et remportèrent 3 premiers prix, dont le premier prix de lecture à Ame, au grand ahurissement des concurrents, qui pensaient avoir facilement raison de ces sauvages! Les habitants de Levallois leur offrirent une magnifique bannière, avec laquelle ils firent une entrée triomphale à Tananarive lors de leur rapatriement.
TUNISIENS
Les indigènes tunisiens étaient au nombre de 1 4o. Juifs et Musulmans, ils représentaient les différents types <[ue l’on rencontre à Tunis. L’élément israélile, qui a conservé le type, les mœurs et les habitudes du pays d’origine, se composait de Juifs orientaux établis à Tunis depuis des temps immémoriaux. Les Maures et les Berbères représentaient. la partie dominante de la population musulmane; il faut y ajouter les descendants des Turcs et ceux des renégats chrétiens capturés autrefois par les corsaires tunisiens, chez lesquels 011 retrouve encore le l\ pe ancestral.
RAPPORT GENERAL
NOS COLONIES
Ces indigènes ont habité pour la plupart dans une maison de la rue Mademoiselle, louée à leur intention; quelques-uns, parmi les riches commerçants, s’étaient logés à leur guise dans des appartements loués à leur compte. Tous étaient venus à Paris aux frais de la Régence.
La plupart d’entre eux n’avaient jamais quitté leur terre natale; ile ne furent cependant pas éprouvés par le changement de climat. On n’eut à regretter qu’un seul décès survenu à la suite d’une pneumonie. L’indigène qui a succombé avait été transféré à l’hôpital Boucicaut. Il fut enseveli par ses coreligionnaires suivant les prescriptions et les rites musulmans, et on obtempéra plus tard au désir qu’il avait exprimé que son corps fut ramené à Tunis, pour y être inhumé dans le cimetière des ancêtres.
Deux femmes, appartenant aux tribus nomades originaires du Sud-Tunisien, ont donné naissance, l’une à un garçon, l’autre à une fille, au cours de l’Exposition.
Les indigènes avaient été choisis de manière à donner une idée de l’ensemble de l’industrie locale indigène. Les 37 corps de métiers que l’on voit à Tunis dans les souks, où chaque industrie occupe un quartier particulier, étaient représentés.
Dans le cadre où ils se trouvaient, dans leurs échoppes, dans les boutiques des souks que l’on avait reconstituées pour eux, ils pouvaient se croire encore dans un coin de leur ville natale. C’était un peu de la vie tunisienne que l’on voyait là : Ahmed Djamal et Barbouchi, les rois des bazars, attiraient les visiteurs dans leurs boutiques, où leurs employés s’empressaient, dépliaient les étoffes, les
soieries, les broderies, élalaienl les lapis anciens; les visiteurs acceptaient une lasse de café maure, et . ne
tardaient pas à se transformer en clients. Près deux, des bijoutiers fabriquaient des bijoux de différents styles; le tisseur et le brodeur ouvraient de fines soieries orientales; le vannier, entouré d’une nombreuse petite famille, tressait d’immenses chapeaux de paille à larges bords; le cordonnier fabriquait des babouches; le sculpteur sur bois tournait des vases, ciselait des patins; une odeur grasse signalait le fabricant de beignets au miel, en face duquel se tenait le vendeur de piments, de conserves, de salades de légumes, d’œufs de poissons du lac de Bizerte, etc. Dans la cour, l’officine où l’on faisait le café maure dans les petits godets de fer-blanc voisinait avec le fabricant de lanternes de métal aux verres multicolores, avec le nattier, avec l’ouvrier qui ouvrait les vases en cuivre repoussé, et avec les potiers qui cuisaient les poteries de Nabeub Sous une tente, des nomades de l’Extrème-Sud fabriquaient des tapis et, dans un coin de la cour, le cuisinier musulman préparait un succulent couscous : il eut, d’ailleurs, un succès considérable, car tous les Musulmans de l’Exposition venaient prendre leurs repas chez lui, non seulement nos Tunisiens et nos Algériens, mais encore les Marocains, les Egyptiens, les gens de l’émir de Boukhara, etc. Aussi fùt-il de ceux qui firent les plus brillantes affaires, après les propriétaires des bazars qui sont partis absolument enchantés de leur séjour à Paris, sous tous les rapports. De même que tous les Musulmans venaient manger chez le cuisinier arabe , à bon compte il faut le dire, puisque j’en ai vu déjeuner
avec un piment, une sardine et un peu de couscous, le tout arrosé- d’un verre d’eau lillrée, ils venaient lotisse faire raser et tondre chez le barbier arabe, installé non loin du café maure. Nos noirs du Dahomey eux-mêmes venaient s’y faire raser le crâne, en ayant soin, toutefois, de laisser subsister le « mahomet », qui, chez eux, n’était ni long ni abondant, mais où cependant le Prophète devait trouver une prise suffisante, lorsqu’il les prendrait par là, au jour de leur mort, afin de les enlever jusqu’au septième ciel.
Quant aux artisans tunisiens, ne fabriquant pas des objets de vente, et qui ne pouvaient, pour divers motifs, retirer un bénéfice suffisant des produits de leur industrie, le Gouvernement tunisien leur faisait une pension alimentaire.
Outre les artisans, il était venu un certain nombre de chaouchs et de spahis de la Régence, chargés de contribuer à maintenir l’ordre dans l’ensemble des bâtiments de 1’ exposition tunisienne,