INAUGURATIONS ET VISITES
Lorsque l'installation des palais et pavillons coloniaux lut complètement terminée, je pensai (pie le moment était venu d’animer par des fêtes le parc du Trocadéro qui, dans la soirée, se trouvait assez délaissé par le public , entraîné vers la rue de Paris ou vers le Château d’Eau. J’y étais engagé par le succès qu’obtinrent, en 1889, auprès du public, les fêles coloniales qui furent alors données sur l’Esplanade des Invalides.
Je songeai donc à organiser un cortège composé d’éléments coloniaux, avec les costumes, les étendards, les emblèmes, les lanternes susceptibles de lui donner un caractère éminemment exotique. Dans ma pensée , ce cortège devait circuler à travers les principales avenues du Trocadéro, afin (l’y maintenir les curieux, pour le grand bénéfice de nos concessionnaires.
J écrivis à ce sujet au Commissaire général et lui fis part (le mon projet (3 1 mai 1 900). M. Picard voulut bien s’y rallier. Mais au beu du jeudi , jour que j’avais proposé , M. Picard choisit le mercredi, jour où les fontaines lumineuses ne fonctionnaient pas, et demanda que le cortège colonial fit le tour du Cbamp-de-Mars, en passant sous le Château d’Eau. Ce programme avait le grave inconvénient
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de faire faire à nos indigènes un trajet beaucoup plus long cpi’ii n’eût fallu : sans compter les porteurs de filanzane et de hamac, il en est cpii avaient à supporter des fardeaux assez lourds, et il en résultait pour eux une grande fatigue. Souvent, il fallut leur donner la demi-journée du lendemain pour se reposer. Enfin, le temps manqua toujours pour exécuter, après la promenade circulaire , des danses, des tam-lam qui eussent permis de varier le programme. La chose ne fut possible que de jour où le Ministre des colonies et la mission laotienne vinrent assister à la fête .donnée au Palais du Ministère, parce que, ce soir-là, la promenade au Champ-de-Mars fut supprimée.
Dès que j’eus l’approbation du Commissaire général, je réunis l’assemblée des commissaires, auxquels j’exposai mon plan, et qui nommèrent une sous-commission des fêles, composée des commissaires ayant des indigènes à l’Exposition ou de leurs représentants, de M. Scellier de Gi sors ou de son représentant ; j’en eus la présidence, et M. Henri Malo, chef adjoint de mon cabinet, en fut nommé secrétaire. Les représentants de l’Algérie voulurent bien se joindre à nous, ainsi que MM. Vacherot, Guasco, du Commissariat général, et Descaves, officier de paix.
La commission se réunit les 20, 2 4, 2 5, 3 o juin et 7 juillet. Dès la première séance, j’annonçai que je mettais à la disposition des commissaires 1 ,5oo francs pour les frais de premier établissement et 5oo francs par séance. Il fut d éciclé, afin de stimuler le zèle des indigènes, que chacun d’eux recevrait 1 franc à chaque jiromenade.
Les indigènes se mirent aussitôt à la besogne pour fabriquer leurs lanternes et préparer leurs accessoires.
Tout fut bientôt prêt et, le 4 juillet, la première fête coloniale eut beu.
Le cortège se forma dans l’allée de l’Eléphant blanc ; il contourna l’aile Ouest du Trocadéro, prit le boulevard Delesserl, l’allée centrale du Trocadéro, le pont d’iériâ, lit le tour du Cbamp-de-Mars et revint se disloq uer devant le Palais du Ministère.
En tète marchait, après les gardiens de la paix qui ou iraient la foule, un peloton de spahis algériens, vêtus de leurs burnous et montés sur de fringants petits chevaux arabes. Derrière eux, un transparent lumineux indiquait le groupe malgache, car il avait été convenu que chaque groupe serait ainsi désigné au public. Les tirailleurs malgaches portaient chacun de grandes lanternes figurant des animaux, entre autres le vautour roval. La musique malgache venait ensuite et jouait des marches avec un entrain endiablé. A sa suite, des porteurs promenaient sur une litière un énorme crocodile empaillé, qui semblait faire la joie des Malgaches. Infiniment plus digne était le groupe formé par une Sakalave à la coiffure étrange et compliquée, que l’on portai l gravement en lilanzane. Lé groupe malgache finissait par les miliciens jiorleurs de lanternes semblables à celles des tirailleurs.
Les Tunisiens avaient primitivement voulu simuler F Enlèvement de la mariée, cérémonie nationale qui aurait eu beaucoup de couleur locale, mais on ne put se procurer le chameau qui devait porter la mariée, et les bourricots qui devaient lui faire cortège ne purent venir qu’a une
«APPORT GENET» AL
des promenades. Toutefois, les Tunisiens faisaient forl bonne figure avec leurs grands étendards, dont la hampe était surmontée du croissant, leurs lanternes jumelles en verre, leurs tambourins et leurs musettes.
Les Sénégalais avaient construit d’énormes lanternes : l’une d’elles représentait une grande mosquée à trois dômes, que six porteurs soutenaient. Les deux joueurs de cora ne cessaient pas d’interpréter leurs mélopées, leurs marches et la Guerre de F ode-Kaba, composée par l’un d'eux, dont je parlerai en relatant la fête du 2 août. Les autres promenaient majestueusement leurs longs boubous blancs et tenaient des lanternes de plus petites dimensions.
Les Dahoméens venaient immédiatement derrière, lapant sur des gongs et des tams-tams et arborant de mirifiques lanternes de leur fabrication, sur lesquelles se détachaient en transparent de grotesques figures. Eux-mêmes étaient vêtus de costumes de cérémonie bizarres. Deux d’entre eux portaient sur la tête une énorme poutre, une sorte de tronc d’arbre, auquel était suspendu un hamac où se balançait une Dahoméenne vêtue d’un long manteau de velours rouge et coiffée d’un grand chapeau à franges d’argent. C’était une simulation de cortège royal; la pseudo-reine ainsi promenée prenait son rôle très au sérieux.
Le groupe indo-chinois, organisé avec un soin tout particulier par M. Viterho, délégué du Tonkin, était remarquable par son caractère artistique. Hommes et femmes, enfants mêmes, étaient revêtus de costumes de cérémonie, de robes rouges ornées de curieuses arabesques, et coiffés de casques étranges. Ils portaient de
grands étendards dentelés, couverts de caractères chinois fixés en noir sur des couleurs vives, et des hallebardes et des fauchards affectant les formes les plus bizarres et les plus contournées. Mais le clou de ce groupe était un dragon de 17 mètres de long, dont l’énorme tète s’agitait en tous sens, horrible et grotesque, suivie d’un long corps squameux qui serpentait en cadence au son rythmique des gongs et des tambourins assourdissants. Une dizaine d’indigènes manœuvraient ce monstre. Deux suffisaient pour animer une licorne, de la même famille que le dragon, mais de plus petites dimensions; de temps en temps une véritable course avait lieu, le dragon poursuivant un homme qui lui tendait une sorte de boule au bout d’un bâton, ou essayant de dévorer la licorne.
Sur tout ce groupe flottait une foule de lanternes en papier, à l’ossature de roseaux courbés, d’une élégance rare et d’un pittoresque achevé, mais gardant surtout une suprême légèreté et un caractère artistique qui frappa tous ceux qui en furent les spectateurs.
Un dernier groupe faisait flotter des étendards surmontés du croissant: c’étaient les Algériens, portant également de vastes lanternes fabriquées par un des leurs, simulant des croissants et des étoiles lumineuses. Les sons de la derbouka montaient, mêlés à ceux du bendaïr, tandis que les notes aigrelettes de la nouba résonnaient, ininterrompues et criardes. Des gardiens de la paix fermaient la marche.
Ce cortège si coloré, si pittoresque, se déroulait à travers les avenues du Trocadéro et du Ghamp-de-Mars , sous les ballons lumineux accrochés dans les arbres, à la
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lueur des feux de Bengale que le Commissariat général faisait flamber sur la cascade du Trocadéro, et ceux que le commissariat de l’Algérie allumait sur les terrasses de son pavillon; le phare allemand projetait des jets de lumière électrique qui donnaient une apparence de rêve aux groupes compris dans son rayon; au Champ-de-Mars , les trompettes d’Aïda se renvoyaient de chaque côté d’allègres sonneries; un arrêt assez prolongé avait lieu sous le Château d’eau, oii M. Picard, avec une galanterie qui n’est point pour nous surprendre, voulut bien faire remettre des fleurs, puis des bracelets d’argent aux reines noires ou jaunes du cortège, (pie l’on variait chaque fois pour ([ne toutes eussent part à ces libéralités. Environ trois cents indigènes figuraient au cortège, une centaine d’Indo-Chinois, et vingt à trente personnages dans les autres groupes.
Pendant que s’accomplissait cette promenade, les groupes parisiens, choral et instrumental, de la Fédération des sociétés musicales de France, habilement conduits par M. Pastor, et qui, sur l’initiative de M. Chambeurlant, notre chef de la comptabilité, s’étaient gracieusement mis à ma disposition, exécutaient divers morceaux avec un ensemble et un sens artistique qui leur valurent de nombreux applaudissements et, de suite, une série d’auditeurs qui vinrent les écouter chaque semaine. Ils jouaient et chantaient soit dans le palais du Ministère, soit sur la terrasse, soit dans les cours du palais de Co-Loa.
Bien que la première fête coloniale n’eùt pas été annoncée bruyamment à l’avance, elle se dessina de suite comme un succès, Les journaux l’enregistrèrent unani-
mement le lendemain. Je citerai en particulier les articles élogieux ([ni lui furent consacrés par l'Eclair (5 et 6 juillet), le Journal des Débals (6 juillet), l’Echo de Paris (5 et G juillet), le Gil-Blas (5 et 6 juillet), le Temps (6 juillet) , le Moniteur de 1900 ( icr août), le Livre d’or de l’Exposition ( ic‘‘ août), l’Aurore (5 juillet), le Fûjaro (5 juillet), le Petit Journal (5 juillet), la Dépêche coloniale (G juillet) ; le Siècle (5 juillet), le Malin (5 juillet), le Journal (5 juillet), la Politique coloniale (22 juillet), et divers journaux de la province et de l’étranger.
Depuis lors et jusqu’au mois d’octobre celle fête coloniale se produisit régulièrement tous les mercredis, à de rares exceptions près, dues à la coïncidence d’autres fêtes ou la nécessité de la reporter à un autre jour de la semaine, comme à l’époque où fut donné à Paris le banquet des maires, par exemple, ou lorsque nos indigènes durent prendre part à la fête de l’horticulture.
Aucun incident ne les marqua, sauf toutefois en une circonstance; lorsque les Chinois, vers le milieu du mois de juillet 1900, procédèrent au massacre des chrétiens et assiégèrent les légations à Pékin, certains journaux, sans doute mal renseignés, dénoncèrent la promenade du Dragon « que l’on faisait danser au milieu des fêtes à Paris, tandis que les Chinois le faisaient danser sur les têtes coupées de nos compatriotes ». Cette phrase à effet et d’autres analogues, parfaitement eh harmonie avec le style habituel des feuilles qui les publièrent, eurent pour résultat immédiat de faire crier par quelques exaltés : « A bas les Chinois! » sur le passage des mandarins de la mission annamite se rendant à la revue de Longchamp,
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et sur le passage du cortège colonial le mercredi suivant. La manifestation était d’autant moins diplomatique qu’à ce moment précis nous étions en train d’embarquer 3,ooo tirailleurs indo-chinois à destination de la Chine où ils devaient se battre pour notre compte.
Je prévins aussitôt le Commissaire général que, si pareil fait se reproduisait, je me verrais dans la nécessité de supprimer les fêtes du mercredi. J’en avisai également M. Hébrard, président de la Commission supérieure de la presse à l’Exposition. Aussitôt, le Temps, la Dépêche coloniale et plusieurs autres grands quotidiens menèrent une campagne dans le but d’éclairer le public, de lui apprendre la différence qu’il y avait entre les Chinois et nos sujets de l’Indo-Chine , et de le mettre en garde contre l’erreur qu’on lui faisait commettre.
Cette campagne porta heureusement ses fruits, et les incidents fâcheux que je signalais ne se reproduisirent plus.
En quelques lignes d’un style coloré et d’un joli sentiment, voici comment M. Jules Claretie s’exprima sur ces fêtes coloniales, au moment où elles durent prendre fin :
Ils s’en vont, les indigènes, et, pour eux, il est temps de partir.
Depuis plusieurs semaines, les Cingalais, danseurs du Diable, avaient recouvert de gilets de flanelle leur torse nu, pareils à de beaux bronzes. On entendait çà et là, dans leurs promenades, quelque petite toux mauvaise. Le pâle soleil d’Europe, qui les avait réchauffés un moment, semblait se coucher. Et le mal du pays commençait à venir, par les soirs d’automne un peu mélancoliques. Alors, M. Charles-Roux a, comme on dit, signé les feuilles de route. Adieu , les indigènes! Le coin du Trocadéro ou le plus profou-
dément j’ai eu la sensation des choses inconnues va devenir désert. Il ne restera plus que les monuments, l’étonnante pagode qui semble l’Asie même établie là, chez nous, à vingt minutes du boulevard des Italiens.
La mer remportera ces Africains et ces fils d’Asie qu’elle nous amena, avec leurs pittoresques costumes, et qui, les soirs d’été, dans ces défilés en musique, nous épargnèrent un lointain voyage, en nous montrant cette promenade du dragon, dont on nous rapportait de là-bas d’étranges et de fantastiques descriptions.
Rien ne fut plus attirant, plus imprévu et plus vrai que ces fêtes coloniales sous les lumières de lanternes sénégalaises illuminant de larges faces où riaient les grandes dents blanches, et ces Tonkinois marchant au pas comme à la revue, sous la conduite de leurs so us-officiers. Quels beaux cavaliers de Fromentin , ces spahis montés sur leurs chevaux arabes et, le fusil haut, caracolant en tète du cortège! Quelles acclamations lorsque, militairement conduite, passait la musique malgache, jouant aux Parisiens l’air populaire de Sambre-et-Meuse ! Il y avait là je ne sais quoi d’inattendu, l’Extrême-Orient venant au-devant de ceux qui n’ont pas le loisir d’aller à lui, et leur apportant ce charme singulier, ce je ne sais quoi de mystérieux et de captivant, cette odeur d’exotiques rêves qu’ont les visions d’un Loti.
Visions envolées maintenant! Ils s’embarquent bientôt, les exotiques, et les lumineuses, les bruyantes promenades du soir sont finies. Finies, car les feuilles tombent. Vous verrez bientôt combien ce Paris sera triste lorsqu’il n’aura plus son Exposition, ce grand joujou dont il n’a pas tout de suite senti le prix. Il se consolera en faisant de la politique et en cherchant des jouets nouveaux. Mais celui-là est le plus beau qu’on lui ait donné, qu’on lui donnera jamais, et, parmi les autres attractions, ces fêtes exotiques l'esteront inoubliables pour ceux qui ont su les voir.
Ces soirs de fête changeaient la physionomie habituelle du Trocadéro, qui avait d’ordinaire un tout autre caractère. On me pardonnera de faire encore une cita-
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tion; mais la page suivante de M. Gustave Babin, parue dans le Journal des Débats, mérite (T être conservée, car, avec la précédente, elle rend fort bien la physionomie de notre Exposition coloniale sous ses différents aspects :
Ce n’est point, je crois, esprit de contradiction, ni désir de me singulariser; mais si j’aime beaucoup le domaine du Trocadéro, si j’en trouve l’arrangement très heureux et très artiste, si j’y viens volontiers en tout temps traîner ma flânerie, je le préfère encore les beaux soirs où la foule attire la foule au loin, sur quelque autre point de l’Exposition.
Ces soirs-là, on a l’impression de posséder tout entier un merveilleux jardin de verdure et de lumière, où, très hospitalier, on accueille pourtant quelques passants, ainsi que fait un grand seigneur, entrebâillant la grille de son parc aux touristes.
Les assoiffés de l’ète de nuit sont très loin, massés au milieu du Champ-de-Mars , béants devant l’écran lumineux du palais de l’Electricité, devant les fontaines. Ici, presque personne; plus de cohue, plus de rumeurs; des musiques perdues au loin; les kiosques à victuailles sont clos, les cases de paille, les pavillons peinturlurés et dorés, endormis.
Le jardin, avec les plantes tropicales qu’on y exila, est étrange et paradoxal : des musas de Java, aux larges pagaies vertes, croissent au pied des marronniers; des palmiers à l’ombre des fins peupliers, et le panache léger des bambous tremblotte au moindre souffle de la brise d’été. Et de même, après quelque promeneur en veston, vous entrevoyez, au détour d’une allée, glisser la fine si 'houette d’un Arabe en burnous de laine ou en gandoura de soie.
On perd la sensation du réel. Dans le ciel aussi, ce sont d’étonnants phénomènes, des lueurs lunaires qui passent rapides, glaçant de leur froid reflet la crête des nues, le haut pinacle d’un campanile, le ventre rebondi d’un dôme, font flamber l’étendard flottant d’un minaret, voltigent, fuyantes, insaisissables, dans les feuillages, sur la foule aveuglée.
Par ces temps de sécheresse, certains bosquets ont perdu de leur
charme. Les bassins y sont sans eau, autant que nous, hélas! et nous ne pouvons même pas, comme ce fantaisiste père Dumas, jadis, au Mançanarès, leur faire la politesse de leur offrir un verre de liquide; il nous est trop mesuré.
Mais il reste un coin encore où susurent, avec un joli bruit de cristal, des eaux vives, et qui est, au milieu de notre désert brûlant, une délicieuse et reposante oasis. Hier, surtout, rafraîchi par fondée récente, il revêtait je ne sais quel charme que je ne lui connus jamais, vieil habitué pourtant du banc perdu (pii l’avoisine.
C’est, auprès de la maison tonkinoise, close de volets rouges, scs fenêtres grillagées de mystérieux caractères d'or, un petit bassin uni comme un miroir, sur lequel se penchent, éplorés, des saules, aux chevelures d’argent, un tilleul qui, naguère, embaumait d’un pénétrant parfum cette retraite, des tamaris, écroulés jusque dans l’eau; un peuplier jaillit, tout droit du milieu de ces arbres affaissés et comme prostrés, image de la belle vigueur, de la force courageuse, auprès de la résignation et du nonchaloir.
L’orage d’hier a causé là un désastre : deux naufrages que je signale à M. Charles-Roux, le bon génie de ces lieux, et l’ami de la marine.
On avait aventuré sur ce bassin, parmi les lances aiguës des roseaux et des iris, deux petites jonques charmantes, coques pareilles à celles des trirèmes antiques, voiles larges comme des ailes d’albatros, enverguées sur de larges antennes. Elles complétaient admirablement ce paysage. L’ondée les a emplies. Elles sont allées au fond, et, seules, leurs voiles blanches émergent, sinistrement. Ne va-t-on pas les renflouer, pour notre joie?
Au delà du bassin, des arbres, des roseaux, un escalier s’enfonce, inquiétant, dans une ombre touffue, entre de minces piliers carrés ; et plus loin, vers la gauche, limitant le tableau, se dresse, sur le ciel lourd, un somptueux portique illuminé, en dessous, de lanternes de soie, colonnes vermillonnées, poutrelles bizarrement enchevêtrées, couvertes d’écailles vertes et or, toits crochus. Serait-ce point le palais de laque où la reine Tieya, d’une légende que j’ai lue,
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précisément, dans un des ouvrages publiés par le service des colonies, veille, nuit et jour, en attendant le retour de ses fds?
Et volontiers, perdu dans ce rêve, on oublierait la fuite des heures si le brusque retour offensif de la foule , expulsée des théâtres qui ferment, et n’ayant plus rien à voir au Champ-de-Mars qui s’éteint, ne venait remplir tout à coup de tumulte, vers minuit, les ail ées auparavant vides et silencieuses.
On ferme!
Outre ces fêtes hebdomadaires, il y eut une série de fêtes, de cérémonies, de banquets, que je dois mentionner ici.
Tout d’abord, le 29 mars 1900, peu de temps avant l’ouverture de l’Exposition, je réunis mes collaborateurs dans un banquet auquel MM. Picard, Dervillé, Chardon, Legrand nous firent l’honneur d’assister, et où je résumai notre programme.
Voici le compte rendu très détaillé de ce dîner, publié par la Dépêche coloniale :
Jeudi soir, M. Charles-Roux, délégué des Ministères des affaires étrangères et des colonies à l’Exposition universelle de 1900, offrait, chez Ledoyen, un banquet au Commissaire général, aux directeurs généraux de l’Exposition, à ses collaborateurs , aux commissaires des diverses sections coloniales, aux architectes , aux artistes-peintres, etc.
Plus de cent vingt convives avaient répondu à l’invitation de M. Charles-Roux.
Au dessert, M. Cdiarles-Rouv a pris la parole en ces termes :
Messieurs, je vous propose un toast auquel vous vous associerez tous avec joie, à M. Picard, Commissaire général de l’Exposition de igoo. ( Applaudissements .)
Nous sommes profondément touchés, Monsieur le Commissaire
général, que, malgré vos travaux si absorbants, vous ayez trouvé le temps de venir présider, ce soir, notre fête coloniale.
Je bois également à tous vos éminents collaborateurs présents ou absents, à MM. Delaunay-Bellevilie, Dervillé, Bouvard, Chardon, Blondel, au directeur des finances, le terrible M. Grisou, qui, en dépit des difficultés de sa tâche, a su apporter dans ses utiles et ingrates fonctions autant de bienveillance que de courtoisie ( Très bien! Très bien!). Je bois, Monsieur le Commissaire général, à votre santé et vous charge tout spécialement d’être notre interprète auprès de M. Gi ‘ison.
Je vous remercie, Monsieur Albert Legrand, de votre amabilité et de toute l’affabilité que vous avez bien voulu apporter dans nos rapports journaliers.
A la veille de l’ouverture de l’Exposition, j’ai tenu à réunir tous mes collaborateurs et j’aurais été heureux de pouvoir les lui présenter tous afin de resserrer les liens qui nous unissent déjà au Commissariat général.
Puisque j’ai la bonne fortune de voir, autour de cette table, bon nombre de représentants éminents de la Presse qui ont bien voulu déjà s’occuper de notre Exposition coloniale, je leur demande la permission de leur expliquer le but que nous avons poursuivi.
J’en parlerai d’autant plus à mon aise que l’Exposition coloniale n’est pas mon œuvre personnelle, mais bien l’œuvre collective de tous les commissaires; ils ne se sont point bornés à apporter tous leurs soins à la colonie qu’ils représentent directement, ils ont eu une visée plus haute. Ils ont jugé, à bon droit, que la reconstitution de notre domaine colonial était peut-être le fait le plus caractéristique du siècle, et, par un esprit de solidarité qui les honore, ils ont fait converger leurs efforts vers un but commun; ils se sont appliqués à faire la démonstration de cette vérité de deux façons : une démonstration parlée et une démonstration écrite et scientifique.
La démonstration parlée, la preuve par l’aspect, — pour me servir d’un terme pédagogique — sera fournie par les expositions contenues dans les divers pavillons et palais dans lesquels chaque commissaire réunira les produits de sa colonie. La démonstration
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écrite et scientifique fera l’objet d’une publication confiée à des hommes d’une compétence indiscutable, tels que MM. Marcel Dubois, Terrier, Camille Guy, Arnaud et Méray, Imbart de la Tour, Dorvault, Froidevaux, Tantet et Lecomte. Ces spécialistes, qu’il me suffit de citer, ont traité dans cinq volumes toutes les questions fondamentales relatives à la colonisation : un siècle d’expansion coloniale, le régime économique, organisation politique et administrative, le régime de la propriété, le régime de la main-d’œuvre, l’enseignement, nos colonies perdues, le développement des productions et cultures coloniales.
Pour compléter ces publications et entrer dans les détails que ne comportent pas ces questions générales, chaque commissaire a bien voulu se charger de rédiger une notice spéciale de sa colonie. De cette façon, nous aurons créé une sorte de bibliothèque coloniale aussi complète que possible et que le public pourra acquérir à peu de frais. J’ai le périlleux honneur de faire la préface de cette savante publication et je me placerai sur un terrain essentiellement pratique et commercial. J’essaierai de bien marquer l’évolution profonde qu’a subie le mouvement colonial dans ces derniers temps. Il ne s’agit plus aujourd’hui des conquêtes d’expansion , il faut mettre en valeur notre domaine colonial; c’est l’agriculture et le commerce qui attirent l’attention et c’est par suite de cette évolution que l’idée coloniale, qui avait soulevé de fortes objections au sein du Parlement, a fini par triompher de toutes les résistances.
Certes, je ne suis point disposé à nier les progrès considérables que nous avons accomplis, mais je crois qu’il convient de marquer les lacunes qui existent encore pour parachever notre œuvre.
Il y en a deux principales sur lesquelles je veux m’appliquer à attirer l’attention des visiteurs et des pouvoirs publics : l’Enseignement agi’icole et l’Enseignement commercial.
Nous avons bien une Ecole coloniale qui rend les plus grands services, mais dont le but est de créer des fonctionnaires. Je suis loin de méconnaître l’importance des fonctionnaires coloniaux et je crois «pie sur ce point nous avons fait de très sensibles progrès. Si on compare la valeur de nos gouverneurs actuels à celle des an-
ciens, si on compare les rapports qu'ils envoient au Département à ceux qu’on recevait jadis, il est difficile de ne pas être convaincu.
L’œuvre de M. Doumer en Indo-Chine, du général Galliéni à Madagascar, du général de Trentinian dans le Sénégal-Soudan; de MM. Ballay, Ballot, Cliaudié sur la côte occidentale d’Afrique; de M. Feillet en Nouvelle-Calédonie, sont des œuvres considérables et qui prouvent bien l’évolution dont je vous parlais tout à l’heure. La préoccupation commerciale et agricole est même devenue tellement intense que les gouverneurs militaires parlent en véritables colons commerçants et agriculteurs. J’en donnerai pour preuve le travail considérable du général Galliéni qui a publié, sous le titre de Guide de l'immigrant à Madagascar, la façon dont il comprend le rôle colonial de l’armée, et vous avez certainement lu le très intéressant article qu’a publié, à ce sujet, le colonel Lyautey dans la Revue des Deux-Mondes. 11 ne s’agit plus de détruire pour conquérir, et je n’en veux pour preuve que les rapports qu’il a adressés au Gouvernement et les instructions qu’il donnait aux officiers placés sous ses ordres, leur disant : Souvenez-vous que maintenant c’est la colonie qu’il faut fonder; les lignes d’attaque vont faire place aux routes commerciales, et les villages conquis deviendront de puissants marchés.
Comme il y a loin de ce langage essentiellement pratique au ton cocardier qu’on a parfois reproché aux militaires! Il importe donc avant tout de bien se pénétrer de cette idée dominante que notre domaine colonial est fondé et qu’il faut maintenant en tirer parti.
Je ne voudrais pas faire une conférence, mais l’occasion est vraiment trop belle, au milieu de cette réunion coloniale, pour ne pas insister sur le point qui nous intéresse au plus haut degré. Certes, je suis le premier à rendre hommage aux efforts du Conseil d’administration et de la direction de l’Ecole coloniale.
Mais il ne suffit pas, en effet, d’avoir de bons gouverneurs, d'excellents fonctionnaires; il faut avoir des agriculteurs et des commerçants coloniaux, et l’agriculture, comme le commerce colonial, demande encore plus d’études que l’agriculture et le commerce métropolitains.
Je sais bien qu’on s’est déjà préoccupé de ia question agricole au Département, et que le Jardin colonial de Nogent, confié à l’habile direction de M. Dybowski, est l’embryon de l’organisation que je rêve; mais il faudrait de véritables écoles agricoles coloniales où les jeunes gens pourraient acquérir les connaissances générales dont ils ont besoin pour se liver à cette industrie, sauf à les compléter sur place.
Il ne faut pas d’ailleurs perdre de vue que, dans toutes nos possessions d’outre-mer, le commerce s’est installé bien avant que notre drapeau n’y fût planté. Le commerce doit ensuite faire place à l’agriculture, parce que c’est cette dernière qui, enrichissant l’indigène, trouve sa répercussion dans le commerce général avec la métropole, qu’elle développe dans des proportions considérables. ( Applaudissements. )
Messieurs, il n’est plus à prouver que l’agriculture est une industrie comme les autres, plus difficile même que les autres, et qu’on s’improvise moins encore agriculteur colonial qu’agriculteur métropolitain. Mais, si .nous voulons que les jeunes gens qui sont tout disposés à s’expatrier réussissent, il faut les armer pour la lutte et prendre les moyens nécessaires pour leur permettre de faire prospérer leurs tentatives. 11 faut, en un mot, faire en matière coloniale ce qui se fait en matière métropolitaine, grâce à l’Ecole de Grignon.
11 en est de même en matière de commerce; ce qui nous fait le plus défaut ce sont les employés commerciaux, et je crois en connaître la cause. Les écoles supérieures de commerce, depuis qu’elles bénéficient de la loi militaire, ont complètement changé de caractère; leur mode de recrutement s’est absolument transformé, les programmes d’entrée sont devenus infiniment plus difficiles et compliqués; et elles sont le réceptacle de tous les candidats malheureux de Saint-Cyr, de Polytechnique, de Centrale; en un mot, des fils à papa qui désirent ne faire qu’un an de service militaire pour rentrer ensuite chez eux jouir des douceurs de la vie de famille. ( Très bien! Très bien!)
Il est donc indispensable que l’on crée des écoles libres de coin
merce où viendront s’instruire les jeunes gens qui se vouent à la vie commerciale au loin. C’est la question que M. Ulysse Pila vient de traiter dans un rapport qu’il a adressé à la Société d’économie politique de Lyon, et, à Lyon comme à Marseille, on a essayé de remplir cette lacune en créant des cours coloniaux. Cela n’est pas suffisant et, tout dernièrement, a la Chambre de commerce de Marseille, on a décidé la création d’une école de commerce libre où l’on formerait de véritables employés coloniaux, dans laquelle on s’appliquerait à leur apprendre ce qui leur est véritablement utile pour leur métier, c’est-à-dire la connaissance d’une ou de deux langues étrangères, la géographie, la comptabilité, la correspondance. Il faudra même que nous en arrivions à spécialiser pour ainsi dire les colonies et à créer des écoles qui, les unes, s’occuperont plus particulièrement des colonies de la côte occidentale d’Afrique, les autres de nos colonies d’Asie et du Pacifique; mais — et c’est un point sur lequel j’appelle tout particulièrement votre attention — il est indispensable, pour permettre le succès de ces institutions, que l’on modifie l’article 5o de la loi militaire, car il ne suffit pas de
dire aux jeunes gens : Allez coloniser . il faut leur en donner
les moyens!
Je ne peux qu’ébaucher ce sujet, que je considère cependant comme un des points principaux qui s’imposent à nos méditations, et je suis convaincu que notre Exposition coloniale fera faire un pas à cette question en montrant au public l’importance de notre domaine et le rôle économique considérable qu’il commence à jouer, puisque notre commerce aux colonies, exportation et importation réunies, représente la somme déjà fort respectable de i,i54 millions.
11 restait une lacune dans l’organisation générale de notre Exposition. Elle a été comblée par le palais réservé au Ministère des colonies, dans la construction duquel notre architecte en chef, M. Scellier de Gisors, a mis tout son talent d’architecte et d’artiste. ( Applaudissements. )
La sculpture est due au ciseau de M. Marqueste.
Le palais du Ministère sera un petit Panthéon réservé aux hommes
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qui ont la i l de la question coloniale l’étude de toute leur vie, et qui l’ont même sacrifiée pour elle. La statue du grand patriote que fut Jules Ferry, qui synthétise bien l’idée coloniale moderne, occupera le centre de la grande galerie dont le plafond, confié à M. Cormon, a été mis en place aujourd’hui. Jules Ferry sera entouré des hommes qui, à côté de lui, ont le plus contribué au succès de notre cause en Asie et en Afrique, de l’amiral Courbet, du cardinal de Lavigerie, de Flatters, de Francis Garnier, de Crampel, etc.; la liste en est longue. Chaque salle sera réservée à un des grands services du Ministère des colonies : le service géographique, le service colonial et le service des postes et télégraphes.
Enfin, un grand jardin d’hiver et deux petites serres chaudes permettront de montrer les échantillons des principales cultures coloniales, et je remercie M. Dybowski d’avoir bien voulu nous prêter son concours pour cette partie si importante de l’Exposition. ( Très bien! Très bien!)
Monsieur Jean Decrais, je vous serais très reconnaissant de dire à M. le Ministre, votre père, qu’il sera chez lui dans le palais du Ministère des colonies, dont il pourra à son gré faire les honneurs aux visiteurs qui l’accompagneront.
A côté des cartes générales indiquant notre domaine colonial qui seront centralisées dans le palais du Ministère, chaque pavillon contiendra sa carte locale à une plus grande échelle et avec encore plus de détails. Cet enseignement cartographique sera complété par des panoramas et des dioramas qui permettront au public de se rendre compte de l’aspect des lieux : à Madagascar, le panorama de M. Tinayre; au Congo, celui de M. Castellani, représentant l’embarquement de la mission Marchand sur le Haut-Oubanghi; en Indo- Chiné, les dioramas de M. Dumoulin; ceux de Saint-Pierre et Miquelon, par M. Roullet; de Mayotte et des Comores, par M. Marsac; de Taïti, par M. Paul Merwart; de la côte des Somalisetdu chemin de fer du Harrar, par M. d’Estienne.
Vous le voyez, Messieurs, le but des commissaires se définit bien nettement au fur et à mesure que j’entre dans les détails. Ils ont voulu que le public, en sortant de leur exposition respective, puisse
À L’EXPOSITION DE l<)00.
non seulement se rendre compte des ressources que présente leur colonie au point de vue de leurs produits, mais encore de leur configuration et de l’aspect qu’clle présente. Ils se sont appliqués à ce que leurs pavillons et palais rappellent le plus possible l’architecture locale, quand il en existe une. Les palais de la Tunisie et de l’Indo- Chine, par exemple, constituent des tentatives absolument intéressantes comme reproduction des principaux monuments de ces pays, tels que la Pagode de Cholon, le palais de Co-Loa, etc.
Cette nomenclature répond suffisamment, je crois, au reproche qu’on nous a parfois adressé d’avoir conçu une exposition peut-être un peu trop sérieuse, où les attractions feraient défaut.
Messieurs, je n’hésite pas à déclarer — et je suis sûr que M. le Commissaire général sera de mon avis — que ce reproche n’est nullement fondé. A mon sens, une exposition ne doit pas nécessairement ressembler à une vaste foire, dont le succès serait en raison directe du nombre de chevaux de bois, de tireuses de cartes, de femmes à barbe ou de « danses du ventre ».
Le genre ennuyeux sera banni de notre section, où les visiteurs trouveront réunis l’utile et l’agréable.
Nous aurons, du reste, des bayadères, un théâtre cambodgien, et des indigènes de chacune de nos colonies, sauf le Congo, dont je regrette amèrement l’abstention.
11 suffit, d’ailleurs, de jeter un coup d’œil en particulier sur Madagascar, pour se convaincre du soin que nous avons pris pour intéresser et instruire le public.
Au rez-de-chaussée les visiteurs pourront se rendre compte.de ce qu’est dans la grande île une forêt vierge, avec ses caïmans et les diverses espèces d’animaux qui l’habitent. Au premier étage se trouveront les expositions forestières, minières, agricoles, etc., en un mot, le résumé de tous les progrès accomplis depuis l’annexion. Au centre, se déroulera un magnifique panorama qui donnera aux spectateurs l’impression exacte de ce qu’est le paysage malgache aux environs de Tananarive, On pourra donc s’instruire en s’amusant.
Dès le icr avril, vous savez, Messieurs, que tous les bâtiments
RAPPORT GENERAL
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seront en état de recevoir vos installations intérieures. Je sais, d’ailleurs, que plusieurs d’entre elles sont déjà commencées. J’ai eu le plaisir de voir dans le pavillon du Dahomey le Trésor du roi Toffa qui est un grand collectionneur et un grand amateur de bibelots, parmi lesquels figurent des fétiches fort curieux.
Et ici, je suis heureux de rendre hommage aux efforts persévérants du commissariat du Dahomey, qui est arrivé, je dois le dire, bon premier. ( Applaudissements.)
Je tiens aussi à signaler tout particulièrement, à l’Exposition de Saint-Pierre et Miquelon, l’idée ingénieuse de notre collègue, M. Le Mouël, qui expose un bateau, de retour de la pêche à la morue. Il ne s’agit pas, en effet, d’un bateau de fantaisie, mais d’un bateau ayant réellement navigué et qui compte à son actif de nombreuses campagnes et porte le nom des Deux-Empereurs. A bord, on mangera de la morue, on boira du cidre et on chantera des chansons bretonnes. De plus, un cinématographe reproduira les scènes principales de ces pêches, car l’auteur m’a affirmé les avoir recueillies lui-même en pleine mer. ( Applaudissements .)
Grâce à votre zèle, nous serons prêts le 1 4 avril, bien que les travaux de notre Exposition aient commencé un an après tous les autres, et M. le Commissaire général sera reçu parmi nous avec les honneurs dus à son rang. (Applaudissements.)
Je ne saurais trop vous remercier, Messieurs les commissaires, architectes, peintres, sculpteurs et entrepreneurs, ainsi que mes collaborateurs Saint-Germain, Broussais, Morel, Basset et Cliambeurlant, de votre zèle, de votre dévouement, et je bois au succès de l’Exposition universelle de 1900 et à la prospérité des colonies. ( Vifs applaudissements.)
M. Picard a répondu à l’amphitryon par quelques paroles empreintes d’une grande cordialité et d’un esprit très fin. Il n’a pas ménagé les éloges aux efforts accomplis dans la section coloniale par M. Charles-Roux et par tous scs collaborateurs aux différents degrés, pour que les expositions de notre empire d’outre-mer tiennent dans la grande manifestation qui va s’ouvrir dans quelques
jours la place qui leur est duc et reçoivent la consécration du succès qui les attend certainement.
M. Saint-Germain, directeur, a clôturé la série des toasts et s’est exprimé en ces termes :
Messieurs, je vous prie de m’excuser si je viens troubler le plaisir très vif que nons venons tous d’éprouver en entendant les discours si éloquents et si pleins d’esprit de MM. Charles-Roux et Picard.
D’ailleurs, je serai bref. M. Charles-Roux a rappelé le concours dévoué qu’il a trouvé auprès des commissaires des colonies, ses collaborateurs. Qu’il me permette de lui dire h mon tour qu’une part des succès de notre Exposition coloniale est son œuvre propre.
( Très bien! Très bien!)
Oui, mon cher Délégué et ami, c’est grâce à vous que les colonies, dans cette grande fête du travail de 1900, tiendront la place qui leur revient.
J’ai suivi vos efforts de chaque jour et, pour ainsi dire, de chaque heure, tant h la rue de Verneuil qu’au Trocadéro, et j’ai été à même d’apprécier votre dévouement à nos intérêts communs. C’est vous qui avez soutenu et encouragé le zèle de vos collaborateurs et qui leur avez imprimé la direction et l’impulsion puissante qui les a mis à même de présenter au public un ensemble digne de la grande Exposition universelle à la tète de laquelle est est placé l’honorable M. Picard. ( Applaudissements. )
Tous, sans exception , vous sont dévoués corps etàme, mais c’est à vous, je le répète, que nos colonies devront d’être représen tées comme elles le sont.
Je bois donc à M. le Commissaire général et, en particulier, au succès de notre belle Exposition coloniale que nous vous devrons en entier. ( Vifs applaudissements.)
Etaient présents :
MM. Picard, commissaire général; Dervillé, Bouvard, Chardon, Legrand, Ernest Picard, Vaclierot; Saint Germain , sénateur; Louis Henriqué, député; Paul Vivien, conseiller municipal ; Jean Decrais.
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MM. les commissures Grosciau Je (Madagascar), Nicolas (Indo- Cliine), Guiot (Tunisie), Simon (Nouvelle-Calédonie), Chaillev- Bert (Océanie), Béraud (Dahomey), Chabrier (Réunion), Milhe- Pcutingon (Sénégal), Félix Dubois (Soudan), Gourbeil (Guyane), Pierre Mille (Côte d’ivoire), Guillemot (Congo), Vienne (Mayotte), Vignéras (Côte des Somalis), Max (Inde), Huet (Guadeloupe), Beust (Saint-Pierre et Miquelon), Landes (Martinique).
MM. les commissaires adjoints : Crozier, Delhorbe, Schmitt, Roger Martin, Le Mouël, Garsault, Victor Dislère, Renault, J. L. Brunet, Jean Duluc.
MM. les architectes Scellier de Gisors, Yvon, Vinson, Giroud, Blondel, Nénot, Saladin, Courtois-Sufïit, Labussière, Bertonc, Marcel, du Houx de Brossard, Decron, Francastel, Brey, Siflërt, Maréchal, Genet.
M. Marqueste, statuaire, membre de l’Institut.
MM. Cormon, Roullet, Castcllani, Mervvart, Tinayre, Guillonnet, d’Estienne, Marsac, Dumoulin, artistes peintres.
MM. Marcel Dubois, Camille Guy, Terrier, Imbart de la Tour, L< comte, Froidevaux, Dorvault, Tantet, commissaires chargés de la participation du Ministère des colonies à la Classe I LL
MM. Auricoste, Dybowski, Kohn, Lecesne, Dejoux, Noullard, Francière, André Mevil, Henri Mager, comte Sufïren , Henri Fournier, Challamel, Paul Trouillet, publicistes.
MM. Despagnat et Favaron, entrepreneurs.
MM. Broussais, Morel, Basset, Hautefeuille, Malo, Morton, Cadeau, Jules Cbambeurlant, Brunet, Joseph Cbambeurlant, Cuer, Maygrier, de l’Exposition des colonies, etc.
Je mentionnerai simplement un diner tout intime (pie j’offris, le 12 juillet, au Pavillon d’Armenonville , aux Mandarins de la mission annamite alors à Paris.
Le 2 août eut lieu la fête que j’offris, en mon nom et au nom des Commissaires des colonies, aux commissaires généraux étrangers. Je crois pouvoir dire qu’elle obtint un
franc succès, si j’en crois les articles publiés à ce propos par le Temps, le Journal des Débats (deux articles), l'Echo de Pans, la Dépêche coloniale, ta Politique coloniale, le Fi- (jaro, etc.
Celle fêle avait lieu dans le palais cambodgien et le temple Khmer souterrain. En arrivant au pied du grand escalier du Pnom, les invités passaient au milieu d une haie formée par les tirailleurs dahoméens; au pied même île l’escalier se tenaient les spahis algériens, en grande tenue, et, sur les marches de l’escalier, à gauche, les tirailleurs annamites, à droite, les miliciens du Laos. Après avoir traversé la pagode des Bouddhas, à l’entrée de laquelle je recevais, on passait entre les chaouchs tunisiens, d’une part, et les tirailleurs et miliciens malgaches, d’autre part, pour gagner le grand escalier à double révolution (pu menait au temple souterrain, et dont chaque marche était garnie d’indigènes indo-chinois en grand costume de
gala, tenant leurs étendards et leurs lanternes; la musique malgache jouait au bas de l’escalier.
La salle souterraine était tapissée et éclairée, outre l’éclairage électrique ordinaire, par des lampadaires en bronze doré à dix-sept lampes, à pieds, et placés dans les encoignures des piliers. Un dîner de deux cents couverts était servi par petites tables qu’ornaient des fleurs, tandis (pie de grandes plantes vertes garnissaient la salle. Par les baies, on avait la vue des beaux dioramas de M. Dumoulin, et l’on aurait pu se croire transporté en pleine Indo-Chine.
M. E. Le Mouël, commissaire adjoint de Saint-Pierre et Miquelon, et artiste de valeur, avait bien voulu des-
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siner un menu-programme loul à fait artistique, pittoresque et imbu de couleur locale.
Presque tous les commissaires généraux étrangers étaient présents : toutefois, les deuils causés en Italie par l’attentat dont fut victime le roi Humbert, et en Angleterre et en Allemagne par la mort du duc de Saxe-Cobourg, causèrent inopinément quelques vides.
A la fin du dîner, je prononçai le toast suivant :
Messieurs les Commissaires généraux,
Je lève mon verre en l’honneur des gracieuses souveraines, des souverains et des chefs d’Etat dont vous êtes les dignes représentants.
A Sa Majesté le Schah de Perse qui est en ce moment l’hôte de M. le Président de la République.
Messieurs,
J’avais espéré que cette réunion intime et qui n’a aucun caractère officiel serait uniquement empreinte de cordialité et de gaieté, et voilà que l’horrible attentat dont Sa Majesté le roi Humbert a été l’auguste victime vient l’assombrir et nous priver de nos Ministres et de MM. les Commissaires généraux d’Italie.
Je serai certainement votre interprète en leur adressant l’expression de nos sympathiques et douloureux regrets.
Mais un nouveau deuil vient de frapper deux maisons royales et tout particulièrement le cœur de mère de Sa Majesté la reine d’Angleterre. Nous avons appris hier avec une pénible surprise la nouvelle de la mort du duc de Saxe-Cobourg et Gotha. Nous pouvons revendiquer le prince comme colonial, car le duc d’Edimbourg a été longtemps le chef de la Hotte anglaise, il a parcouru toutes les
mers et fait le tour du monde. Nous exprimons à MM. les Commissaires anglais et allemands nos respectueux compliments de condoléance.
Messieurs,
Mes collaborateurs, les Commissaires des colonies françaises et pays do protectorat m’ont prié detre auprès de vous leur porteparole , pour vous féliciter des belles expositions que vous avez organisées au Trocadéro et des superbes palais que vous y avez édifiés. Je dois me cantonner dans ma sphère et ne pas parler des merveilles que vous avez entassées dans la rue des Nations, aux Invalides et au Champ-de-Mars.
Mais votre Exposition des colonies, parmi lesquelles nous avons retrouvé, avec une certaine émotion, je l’avoue, d’anciennes connaissances, des parents séparés que nous aimons toujours et avec lesquels nous sommes heureux d’entretenir des relations morales et économiques; votre Exposition, dis-je, les travaux considérables que vous avez su y exécuter, la classification méthodique de vos riches produits, nous ont vivement intéressés et instruits.
Nous professons un grand respect pour les patries de Fernand Cortez, de Christophe Colomb, de Vasco de Gaina, d’Henri le Navigateur, qui a été le promoteur des entreprises maritimes et de la découverte de la côte occidentale d’Afrique, de Diego Cam, qui découvrit la côte du Congo en 1471, de Barthélemy Diaz et du Hollandais Van Diemen.
Ces grands hommes sont des ancêtres internationaux, comme Jacques Cartier, Jacques Cœur, les Ango, Montcalm, Champlain. Nous les englobons tous dans la grande et noble famille des premiers pionniers de la colonisation.
Je crois, Messieurs, que c’est la première fois qu’à l’occa'sion d’une Exposition universelle on a organisé une Exposition coloniale internationale, et l’importance qu’a prise la cause coloniale aux yeux de tous les peuples justifie largement cette heureuse innovation.
Je dois à MM. les commissaires, aux colonies elles-mêmes et à leurs comités locaux d’expliquer en peu de mots comment il a été
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procédé à l’organisation de notre Exposition, car leurs efforts pour triompher des difficultés qu’ils ont rencontrées sont tout à leur honneur.
On ignore généralement que la plupart des colonies françaises et pays de protectorat ont pourvu, par leurs propres ressources, à la construction et à l’organisation de leurs pavillons , ainsi qu’aux frais de voyage et d’entretien de leurs indigènes, et que le Délégué des Ministères des affaires étrangères et des colonies s’est borné à venir en aide à quelques-unes d’entre elles sur la dotation spéciale que le Parlement a bien voulu lui octroyer; notre Exposition coloniale n’a donc pas coûté un centime au budget général de l'Exposition universelle; elle lui a même rapporté des sommes assez rondes, ce qui me paraît être le comble de la coquetterie.
L’Indo-Chine , par exemple, sur l’intelligente initiative de son gouverneur général, M. Doumer, très heureusement secondé par M. Nicolas, et un architecte aussi habile que modeste, M. Marcel, nous permet de vous recevoir dans ce temple Khmer, fidèle reconstitution d’une civilisation passée, dont tous les documents nous ont été directement envoyés d’Indo-Chine. Par les brèches pratiquées dans ces épaisses murailles, vous apercevez des vues de la haie d’Along, des tombeaux de l’empereur Tu-Duc à Hué, des travaux du pont Doumer à Hanoi, de la rue Catinat à Saigon, du Mékong à Mytho, dues au pinceau de M. Dumoulin.
Nous ne croyons pas cependant, quoi qu’on en ait dit, avoir uniquement sacrifié à des goûts d’art rétrospectif, et négligé de faire ressortir aux yeux des visiteurs attentifs et compétents l’importance de nos produits et leur utilité industrielle et commerciale.
MM. les commissaires ont même bien voulu, sur ma demande, rédiger une notice détaillée sur la colonie qu’ils représentent. De plus, une commission nommée par M. le Ministre des colonies, composée de spécialistes, et que j’ai le grand honneur de présider, a été chargée de traiter les questions foncières de la colonisation, que l’on peut considérer d’ordre international. Dès que ces travaux seront terminés, je vous demande la permission d’en offrir à chacun de vous une collection complète, et si vous nous
faites l’honneur de la parcourir, vous constaterez, je l’espère, que MM. les commissaires se sont efforcés de faire œuvre utile, et qu’ils y ont réussi. Leur but a été de donner une idée exacte de ce qu’est devenu notre domaine d’outre-mer sous la troisième République, et surtout ce qu’il sera quand nous l’aurons mis complètement en valeur.
En plaçant notre Exposition sous l’égide de Jules Ferry, dont la statue s’élève à l’entrée du palais du Ministère des colonies, nous avons tenu à honorer le principal auteur de notre renaissance coloniale, comme nous avons rendu hommage, dans l’intérieur du palais, aux précurseurs, aux Dupleix, aux Labourdonnais, aux Lapérouse, aux explorateurs modernes civils et militaires. Vous me permettrez, à cette occasion, de payer un juste tribut d’admiration et de regrets à la mémoire du commandant Lamy, du capitaine de Cointet et des simples tirailleurs et soldats, qui viennent de tomber sur les bords du lac Tchad et ont débarrassé l’humanité de Rabah, ce chef barbare et sanguinaire à l’égal des Ahmadou et des Samory. Nos regrettés compatriotes ont payé de leur vie le glorieux succès auquel l’Afrique centrale va devoir, pour longtemps , j’espère, une paix dont elle a grand besoin.
Messieurs, on a répété souvent, et c’est vrai, que les Français éprouvent un malin plaisir à se dénigrer eux-mêmes; voulez-vous m’autoriser à vous en dire un peu de bien, et laissez-moi espérer que vous emporterez un bon souvenir de votre séjour parmi nous. Vous êtes certainement trop perspicaces pour attacher une importance sérieuse aux agitations de surface dont vous avez été les témoins. Pour me servir d’une comparaison qui n’est pas nouvelle, mais qui est juste, ces agitations sont comme la mousse du vin gai et pétillant qui symbolise notre caractère. Elle s’évapore promptement et le vin qui réconforte et régénère reste dans le verre : «Si vous voulez connaître la France, disait tout récemment M. le comte d’Haussonville, cherchez-la à l’Exposition. Partout vous la verrez, luttant avec vigueur contre la concurrence des autres nations, supérieure ici, inférieure là, mais jamais écrasée, et ne donnant nulle part l’impression de la langueur et du découragement. »
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La grande majorité de notre population justement éprise de progrès et de liberté, industriels, commerçants, coloniaux, ruraux, travailleurs de tout genre, vous étonneront toujours par leur amour du travail et de l'ordre, leur esprit d’économie et leur robuste bon sens. Pendant qu’on s’agite dans certaines sphères, le peuple, philosophe et patriote, profondément attaché à la République, travaille en silence, et, pour ne citer qu’un exemple, le mouvement auquel donne lieu le commerce avec nos colonies a atteint l’an passé 1,1 54 millions, y compris l’Algérie et la Tunisie, et aura certainement encore progressé pendant l’année courante.
Je souhaite donc en terminant, Messieurs, que la lutte courtoise, les rapports amicaux, les leçons réciproques provoquées par cette Exposition internationale se prolongent bien au delà de l’Exposition même, que la manifestation pacifique dont M. Alfred Picard, aidé de ses éminents collaborateurs, a été le grand metteur en œuvre, soit le point de départ d’une ère nouvelle de longue paix, au cours de laquelle nous rivaliserons d’ardeur pour porter dans le monde les bienfaits de la civilisation et du progrès.
C’est le vœu que je forme du plus profond de mon cœur, en vous remerciant encore, Messieurs les commissaires généraux, de vos enseignements, et en buvant à vos santés à tous, au nom des commissaires des colonies françaises et pays de protectorat.
M. Ador, commissaire général de la Suisse, prit alors la parole et prononça l’allocution suivante :
Monsieur le Délégué des Ministères des affaires étrangères et des colonies,
Messieurs les Commissaires des colonies françaises et pays de protectorat ,
Je ne m’attendais pas à l’honneur de prendre la parole ce soir et vous voudrez bien excuser ce que présente nécessairement d’incomplet et d’imparfait une improvisation dans l’expression des sentiments dont je voudrais me faire ici l’interprète, en réponse aux pa-
rôles si aimables que vient d’adresser l’honorable président de cette réunion aux souverains, aux gouvernements et aux pays dont nous sommes les représentants k Paris pendant l’Exposition universelle de 1900. ( Applaudissements .)
Les sentiments qui animent les cœurs de tous mes collègues et le mien — et je suis assuré de traduire fidèlement leur pensée — sont ceux d’une profonde reconnaissance envers la France ( Vifs applaudissements) pour l’accueil si sympathique et si cordial dont nous sommes l’objet à raison des fonctions qui nous ont été confiées. ( Nouveaux applaudissements .)
L’invitation que vous avez bien voulu nous adresser, jointe k des témoignages si fréquents d’attentions délicates k notre égard, vient nous prouver une fois de plus combien vous savez pratiquer largement les devoirs d’une cordiale et véritable hospitalité. ( Applaudissements .)
Mon éminent voisin, M. Charles-Roux , le faisait remarquer justement : nous avons, nous aussi, le ferme espoir que ces relations d’amitié entre des hommes qui ne demandaient qu’a se connaître pour apprendre k s’aimer ne seront pas des relations d’un jour pareilles k la rose qui fleurit le matin pour se faner le soir. ( Vifs applaudissements.) Nous estimons que les événements actuels commandent k tous les pays d’Europe un rapprochement, un accord indispensable. ( Nouveaux applaudissements.)
Il y a une quinzaine de jours, nous avons eu l’honneur d’assister k une magnifique i-evue navale dans la rade de Cherbourg. C’est un spectacle toujours saisissant et grandiose, mais il est tout particulièrement impressionnant et émouvant dans les circonstances présentes.
Nos pensées et nos vœux se tournaient, en effet, plus loin, par là-bas, au delà des mers, vers ceux qui, sous les bannières réunies de l’Europe entière, s’en vont défendre et venger peut-être la vie et l’honneur de leurs compatriotes. ( Vifs applaudissements.)
Messieurs les commissaires généraux et chers collègues, nous avons ce soir la satisfaction d’assister k une manifestation du génie français dans cette section coloniale (pii est une de scs gloires. ( .1 p
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plaudissements.) Levons donc ensemble nos verres en l’honneur de la France, de cette France que nous aimons, non pas seulement, croyez-le bien, Messieurs, parce que nous en sommes cette année les hôtes gâtés et choyés, mais parce que tous, à quelque pays que nous appartenions, nous apprécions hautement le rôle qu’elle est appelée à jouer parmi les autres nations de l’Europe. ( Vifs applaudissements.) Son glorieux passé nous est garant de l’avenir qui lui est réservé; dans le domaine des lettres, des sciences, des arts, du commerce et de l’industrie, comme dans le domaine de la pensée, des idées ardentes et généreuses, en un mot dans tout ce qui est grand, beau et bon, elle a toujours tenu le premier rang. ( Nouveaux applaudissements. )
Levons donc nos verres en l’honneur du Gouvernement de la République française et du magistrat respecté et vénéré qui est a sa tète, à M. Loubet, président de la République française. ( Applaudissements répétés. )
Le dîner fini, on monta prendre le café de la Nouvelle- Calédonie sur la terrasse du Pnom, d’où la vue embrassait le panorama du Trocadéro et du Champ-de-Mars. Lorsque l’on redescendit peu après dans la salle souterraine, une estrade y était dressée, et un concert exotique commença, pour lequel me fut précieuse la collaboration de M. Barrés, du syndicat delà presse coloniale, et dont le Journal des Débats a donné le compte rendu très détaillé et très littéraire que voici :
Cette soirée fut telle qu’après huit jours révolus je suis encore sous le charme. Ce fut comme une halte brève en pleine féerie, entre deux soucis et deux inquiétudes, une halte dans un pays chimérique, où vivaient côte à côte des habitants des pays les plus éloignés.
Le milieu, lui-même, était irréel; cette savoureuse mosaïque de ruines merveilleuses, d’Angkor Thom , d’Angkor Val, de Prea Rup,
do Prea Khanc, cl, choix do chefs-d'œuvre d’un art vénérable, ingénieusement assemblés par un artiste adroit, cette crypte hypostyle qui, même illuminée, demeure pleine de mystère, avec ses lourds piliers où s’entrelacent les trompes des éléphants et les tentacules des dragons, — masses énormes qui ne sont que les miettes de monuments splendides, — avec son peuple de bouddhas qui sourient, perdus en un rêve de quiétude éternelle, avec ses hydres à sept têtes épanouies en flabellums, avec ses bas-reliefs compliqués où sont écrits des symboles indéchiffrables, modelés des dieux dont nous ignorons jusqu’aux noms, ses frises où passent tour à tour de longs reptiles squameux et des corps délicats de bayadères répétant à l’infini le même geste, et des guerriers demi-nus, bandant l’arc, parmi des rosaces épanouies et d’exubérants rinceaux.
La lueur bleuâtre des lampes électriques du plafond, qui, striées de paillettes, semblent taillées dans des aventurines, luttait avec la flamme fauve des torchères, et, par la baie ouverte de l’escalier, une clarté froide tombait du dehors, un reflet de la nuit lunaire descendant de marche en marche, comme un blanc fantôme. Devant nous, au delà de la petite estrade, un large balcon s’ouvrait sur un décor de soleil et de langueur, le Mékong à Mytho, un fleuve léthargique, traînant ses ondes lasses sous un ciel embrasé, moiré de bandes d’or pâle, si lourd (pie les jonques, aux voiles pareilles à des ailes de poissons volants, s’y posent a peine, si opaque que les toits de tuile et de roseaux de la rive ne s’y réfléchissent pas.
C’est là qu’aux accents violents de la musique de Madagascar ont défilé tour à tour à nos yeux tant de visions diverses.
D’abord, en boubous, dont la blancheur immaculée faisait comiquement ressortir la grosse boule noire de leur tête, les joueurs de cora sénégalais, de bonnes faces réjouies, qui nous apportaient une musiquette de guitare, menue, menue, évoquant des rappels clVstudiantina par les rues nocturnes d’une ville espagnole Ah
(l) Un des joueurs de cora avait composé le morceau qu’il. joua : la Gii rre de Fodé-Kaba , extrêmement curieux comme effet, et inspiré à l’auteur par une campagne qu’il fit comme griot auprès de Fodé-Kaba, ce chef dont nous venons de nous emparer récemment.
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Cela ne dura qu’un instant, et nous vîmes, devant le paysage torride, silhouette indolente et jolie, en madras rouge et robe claire, «Mademoiselle Marie Drivos, créole de la Martinique», dit le programme. La physionomie était spirituelle, les yeux éblouissants. Elle chanta. Sa voix était fraîche, expressive, un peu traînante, et s’attardait comme une caresse. Elle ignore, Dieu merci! les leçons du Conservatoire. Et les chansons qu’elle nous dit, dans un patois qui semblait un gazouillement d’enfant, si Maman mouin mort, acliè madras , adié foulard ! étaient naïves comme des berceuses de nourrice, et, pourtant, si colorées, si langoureuses, parfois, qu’on était très loin, très loin, je vous assure, de la salle mystérieuse, de la foule des petits noirs, et que l’agha de Laghouat, en manteau’ de pourpre, assis à l’un des premiers rangs, était le seul de nous tous qui fut, comme on dit, « en scène ».
Déjà les chansons créoles s’étaient tues, bien qu’on eut bissé Mllc Mai ie Drivos, et c’était, à leur place, un bruissement lointain de grillons qui stridulent : les Malgaches jouaient de la valhia, un instrument très primitif, formé de la moitié d’un gros bambou, sur le dos duquel sont tendues des cordes; et leurs doigts allaient, très maigres, très alertes, cependant que leurs yeux sournois luisaient sauvagement, sous le chapeau de paille tressée. Jamais je ne me ferai à l’idée que ces gens nous aiment et se résignent au fait accompli.
Après les Malgaches vinrent les Cinghalais. Ceux-ci ne sont pas « à nous », et c’est tant pis, car ils sont superbes, et nous pourrions être liers de sujets si décoratifs. Ils sont entrés au roulement sourd du tambour, au bruit argentin des crotales.
Le programme portait : Danse des femmes au vase. Je n’ose en croire le programme. Femmes? Hommes? On ne sait lequel. L’accoutrement seul différait : d’aucuns avaient le torse nu, et, sur ce bronze doré par les soleils lointains, des colliers, des pectoraux de coquillages, de rosaces de verroterie scintillaient au moindre mouvement; d’autres avaient la taille prise dans un lambeau de velours cramoisi; mais tous portaient des jupes serrées, si serrées qu’on s’étonnait de les voir danser, plus tard. Et leurs poitrines
étaient larges, à tous, leurs hanches sveltes, leur démarche, nupieds, souple et féline. Les musiciens étaient coi fiés de hautes tiares d’argent, aux rayons éployés en auréole; des bracelets sonnaient à leurs poignets et à leurs chevilles.
Ils dansèrent : leurs gestes étaient d’une élégance suprême, le rythme de leurs évolutions, d’une harmonie antique : on levait les yeux, invinciblement, vers les bas-reliefs où d’onduleuses bayaderes se trémoussent en cadence, toutes ployées en même temps dans la même attitude.
La danse s’anima, devint guerrière; les beaux danseurs mettaient à l’action une ardeur, une sauvagerie inquiétantes, et les prunelles décès Parsis, adorateurs du feu, luisaient, dans leurs masques sombres comme des braises. Leur exaltation alla croissant dans la danse des Baguettes. Un délire furieux les emportait. De leurs poings crispés, ils choquaient les uns contre les autres de courts bâtons noirs et sonores, et leurs bras, et leurs jambes, et tout leur corps s’enchevêtraient en d’inextricables zigzags, et leur théorie tournoyait et se déroulait, rapide, suivant des figures sans doute très anciennes et traditionnelles, symboliques, peut-être, mais illisibles à nos yeux, qui, eux-mêmes, ne parlent pas le même langage que les yeux de flamme de ces hommes venus de loin. Leurs gestes, pourtant, demeuraient nobles et harmonieux comme ceux des dieux grecs, sereins jusque dans la colère.
Et quand, leur folie ayant atteint son paroxysme, ils s’arrêtèrent essoufflés, l’entrée en scène, saluée d’un coup de gong, de Mlic Cléo de Mérode, frêle, cuirassée d’or, casquée d’or, les ongles emprisonnés dans de longs fourreaux d’or, ainsi que ces danseuses birmanes que vous vous rappelez avoir rencontrées, en compagnie de mon frère Yves, fut comme une apparition de grâce reposante après un cauchemar, une vision d’un art affiné, mesuré savamment, après des pantomimes barbares. Elle dansa au son de bizarres mélopées que chantaient, en s’accompagnant de grinçantes mandolines, d’instruments pareils aux valhias malgaches, des Annamites, femmes et enfants, accroupis en leurs vêtements de soie, et réglant ses pas sur cette musique, élégante, exquise, intelligente.
Et nous n’eùmes j >1 us , après elle, en guise de bouquet, qu’une Marseillaise héroï-comique, qu’entonnèrent en chœur, invraisemblable tour de force, des Arabes et des Sénégalais, des Martiniquais et des Annamites, des Dahoméens et des Malgaches. Et vous me croirez si vous voulez, mais cela n’avait rien de eharivarique, et l’on ne savait trop s’il fallait en rire ou se laisser émouvoir, et l’on pensait que cela ferait tout de même, ce chœur panaché de jaunes, de noirs et de blancs, chantant des paroles guerrières, pour eux sans signification, un curieux bas-relief pour quelque nouvelle colonne Trajane.
Une fête de nuit plus brillante que les autres fut donnée le 2 4 septembre à l’occasion du séjour des maires de France venus à Paris pour le grand banquet offert en leur honneur aux Tuileries. Le cortège colonial se déroula sous leurs yeux, et des danses, des tam-tam et une course du Dragon vinrent varier le programme habituel, tandis que la Fédération des sociétés musicales de France donnait un fort beau concert au palais du Ministère.
Je rappellerai ici que nos indigènes participèrent en groupes aux grandes fêtes de l’Exposition, à la cérémonie de l’inauguration, à celle de la distribution des récompenses, à la Fête des fleurs, à la Fête de l’horticulture. Ils furent, en outre, fréquemment mis à contribution pour diverses fêtes officielles.
L’initiative privée donna aussi des fêtes au Trocadéro. Je citerai d’abord un grand déjeuner donné par l’Alliance française, le 3 octobre, et que M. Broussais, sous-directeur à l’Exposition coloniale, présida à ma place, un empêchement absolu ne m’ayant pas permis de le faire.
Le 3o juin, le comité général des Exposants coloniaux
donna, dans un des restaurants du Trocadéro, un grand banquet, sous la présidence d’honneur de M. Guillain,
Le syndicat de la presse coloniale mérite ici une mention spéciale. Dans le pavillon qu’il occupait et qu’il avait coquettement disposé et orné, tous les vendredis eurent lieu des conférences suivies de concerts qui attirèrent un public nombreux.
Le 2 4 août, le syndicat de la presse coloniale donna, sous ma présidence, une matinée de gala, sous le patronage de l’Union des Femmes de France.
Enfin, ce fut encore au Trocadéro que le syndicat donna, le 4 octobre, son banquet annuel. M. le Ministre des colonies avait bien voulu en accepter la présidence, et je crois inutile de rappeler combien celte réunion fut brillante et quel succès obtint la soirée donnée ensuite au Théâtre indo-chinois.
Tel est le tableau d’ensemble des fêtes de l’Exposition coloniale : on peut se rendre compte de leur nombre et de leur variété, et le grand succès qu’elles obtinrent, tant dans la presse qu’ auprès du public, me semble un sûr garant que nos efforts, pour donner de la couleur et de la gaieté au Trocadéro, n’ont pas été inutiles.
Dans cet ordre d’idées, il me reste à énumérer brièvement les inaugurations, les visites de personnalités étrangères ou françaises dont nos pavillons furent l’objet.
Le premier pavillon inauguré fut celui du Dahomey, huit jours avant l’inauguration solennelle de l’Exposition universelle.
Puis, le 5 mai, M. Decrais, Ministre des colonies, inau-
RAPPORT GÉNÉRAL. 18
NOS COLONIES
gura le panorama de Madagascar. Le 29 mai , M. Delcassé, Ministre des affaires étrangères et M. René Millet, alors résident général de France à Tunis, inaugurèrent les dilférents pavillons de la Tunisie. Enfin, le 16 pin, M. Decrais, Ministre des colonies, inaugura le pavillon du syndicat de la presse coloniale.
Quant aux visites qui eurent lieu au cours de l’Exposition, je rappellerai celles que lit, avant et après l’ouverture, M. le Ministre des colonies.
Le ier juin, M. le Président de la République fit une visite détaillée de nos palais et pavillons; MM. les Ministres du commerce , des affaires étrangères, des colonies, de la marine; M. Picard, Commissaire général, Roujon, délégué des beaux-arts l’accompagnaient, tandis que j’avais l’honneur de lui expliquer ce que nous avions réalisé, et les intentions qui nous avaient guidés dans l’accomplissement de notre tache.
Le ier septembre, je fis les honneurs de notre Exposition coloniale au prince héritier de Tunisie, et le 27 septembre à S. M. le Schah de Perse. Vers le même temps eut lieu la visite du fama Aguibou, roi du Macina. Pour mémoire, je citerai les diverses missions indigènes dont j’ai parlé au chapitre précédent, et qui toutes visitèrent à fond le Trocadéro.
Enfin des visites d’ensemble eurent lieu dans un but d’enseignement au profit de membres de divers congrès, d’établissements d’instruction, de délégations ouvrières, etc. Ainsi en fut-il pour l’enseignement pratique, sous la conduite de M. Pierre Nicolas; pour une délégation de quatre cents ouvriers appartenant à diverses usines du déparle-
ment du Nord, sous la conduite de M. Henri Malo; pour le congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, sous la conduite de MM. le docteur Loir et Malo; pour les délégations ouvrières venues de diverses provinces de France, et dont il serait trop long de faire l’énumération.
En somme, il m’est permis de dire que les visites officielles que reçut l’Exposition coloniale consacrèrent le succès quelle obtint auprès du public, tandis que celles cpii lui furent faites par des délégations ouvrières contribuèrent pour une large part à l’instruction des visiteurs.
Notre Exposition coloniale a même inspiré les artistes, et nous avons été agréablement surpris en trouvant aux derniers salons une quinzaine de toiles et de dessins reproduisant divers aspects des pavillons du Trocadéro; il est à remarquer que dix de ces œuvres sont consacrées au temple Khmer.
M. Charles Lemire, notre collaborateur en sa qualité d’adjoint au commissaire de l’Indo-Chine , et qui est aussi membre du Comité de patronage des peintres orientalistes français, les a décrites dans ses feuilletons sur les salons de 1901 ( Dépêche Coloniale des 5 et 7 mai 1901) :
Dans fa salle réservée E, une série de dessins de Renouard (1062), en commémoration de l’Exposition : la Musique malgache et son chef si sympathique, les Annamites, en cortège nocturne, et l’escalier intérieur du temple souterrain Khmer.
La nouveauté, le clou, auquel il fallait s’attendre et qui renouvelle nos jouissances d’art brahmanique et bouddhique, ce sont les reproductions du temple souterrain du Trocadéro.
NOS COLONIES
À tout seigneur, tout honneur: un Autrichien, Ernst (7 4a), nous introduit au Temple souterrain inclo-chinois , au pied du douille escalier du dôme, en face des! madères, des serpents nagas, des hippogriffes.
Un marabout, à l’œil allumé, est assis sur le seuil et invite à entrer un Hindou qui descend l’escalier, les mains sur les yeux, comme ébloui par la vision d’ensemble.
La même scène est traitée par M1Ic Hilda (1018), élève du même ; l’architecture est conservée; mais l’ornementation diffère. La légende porte : un hôte dangereux ; au lieu des religieux hindous, c’est un tigre royal qui descend, majestueux et surpris, l’escalier du temple. C’est plus éclairé que dans la toile de Ernst, mais celle-ci est l’œuvre du maître.
Destrem (63o) nous ramène au plein air, au clair de lune, au milieu des Ruines d'un temple khmer, avec ses assises de monolithes, se§ personnages mitrés, ses éléphants en cariatides, sur les bords du lac d’Angkor. C’est le pendant du précédent, dans une autre gamme de tons et de couleurs.
Un quatrième temple en ruines écrase de ses hautes murailles nues la pauvre Maga (1276). C’est d’Auguste Leroux. Devant la pagode de Java, éblouissante d’un soleil cru, la foule se presse. Et de cinq!
Enfin Renouard (i3Ô2) nous donne aussi un fusain de l 'Escalier du dôme souterrain Khmcr. M. Do umer, qui n’a pas vu son exposition et qui a eu le courage de pénétrer dans le temple obscur et vide par une froide matinée de pluie torrentielle, en avril, retrouvera au Grand Palais et sous la chaude coupole dépourvue de vélum les splendeurs et la durable impression artistique des palais et des temples khmers du Trocadéro.
Au milieu des ruines d’un temple khmer (le sixième) , Çakia- Mouni est assis sous l’arbre sacré, au pied d’une colonne délabrée, sur les bords du lac d’Angkor. Quatre femmes s’approchent en des attitudes provocantes pour le tenter. La cinquième est une apparition flottante, s’offrant belle et nue à ses regards. D’où il suit que l’anachorète aurait laissé hanter son esprit, son cœur et ses yeux par
l’image et le souvenir des jolies filles, comme Jérôme dans le désert se rappelait les danses voluptueuses des Romaines et comme Augustin luttait entre les souvenirs féminins et les conseils de Monique. Bouddha resta impassible et placide, et conserve son auréole de pureté et de sainteté.
Les plans sont bien en relief, le perspective est lumineuse, mais ce pauvre Bouddha est écrasé par les pylônes et les ruines massives auxquels il reste adossé, immobile au milieu des évolutions de ses tentatrices.