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température est aussi élevée qu’en mai. Cependant les nuits sont moins accablantes. A la fin du mois survient une période de sécheresse, à la suite de laquelle les pluies recommencent avec abondance. Les nuits sont relativement supportables. Pendant le mois d’août, le ciel est généralement couvert, de sorte que la chaleur se supporte bien mieux ; les orages sont excessivement nombreux mais moins violents, et les pluies* incessantes. A ce moment la végétation est dans toute sa force; les lianes envahissent les arbres elles haies. Les herbes atleignent leur plus grande hauteur. Au mois de décembre, elles encombrent les cultures, et il faut s’en débarrasser par de nombreux sarclages. Les pluies sont encore plus abondantes qu’en juillet. Le mois d’octobre mérite d’être nommé le mois des tleurs. C’est le commencement de la mousson du nord-est qui produit un certain abaissement de la température. La sécheresse est grande elles plantes herbacées commencent à languir. Leur déclin continue pendant le mois de décembre qui ressemble beaucoup au mois de janvier.
Les typhons sont rares sur la côte de la Cochinchine; cependant ceux des mers de Chine se font sentir jusc|ue-là. C’est au mois de novembre que se produisent ces ouragans, que les Annamites appellent bao ; ils durent environ vingtquatre heures et font de grands dégâts,
Hygiène spéciale de la colonie. — ■ La Cochinchine ayant un climat chaud et humide, nécessite une hygiène toute spéciale, aussi bien pour les habitations et les vêtements que pour l’alimentation.
Le lit le plus dur est le meilleur et comme vêtement de nui(, celui qui comporte un large pantalon à pieds de forme chinoise, a le grand avantage d’empêcher les refroidissements. Dans le jour on peut porter le costume blanc avec le gilet en filet de laine pour absorber la transpiration ; avant le lever du soleil ou après son coucher, il faut porter de la laine. Dans les premiers temps surtout, une ceinture de llanelle est nécessaire de jour et de nuit.
COCniNCIITNE.
Les insolations sont toujours à craindre, et l’Européen doit s’en garer pendant toute la durée de son séjour; le casque ou le salaco et l’ombrelle sont les meilleurs préservatifs ; quant aux mains, des gants blancs, de coton ou de soie, les garantissent suffisamment. Les chaussures en cuir, sauf les grandes bottes pendant la saison des pluies, doivent être remplacées par des chaussures en drap ou mieux en coutil gris ou blanc.
L’alimentation a une importance capitale; elle doit être suffisamment réconfortante, en excluant les graisses autant que possible, mais il faut surtout s’abstenir de boire beaucoup, même des boissons non alcooliques, afin de ne pas augmenter la transpiration déjà abondante.
En résumé il faut conserver son énergie morale et s’abstenir de tout excès de quelque nature qu’il soit.
Le régime du lait, meme du lait concentré, est un puissant curatif de la dysenterie.
A Saigon, des restaurateurs tiennent des tables d'hôte et des pensions confortables, mais la plupart des Européens sans famille ont organisé des mess civils auxquels on a donné le nom militaire de « popotes ». Le cuisinier est généralement chinois, mais sa cuisine est européenne.
Postes et télégraphes. — Les services des postes et des télégraphes, réunis en 1882, se développent rapidement dans la colonie.
Le service postal entre Sa'igon, les chefs-lieux d’arrondissement et certains centres importants de l’intérieur, est fait par les bateaux des Messageries fluviales.
Trois diligences desservent les chefs-lieux des provinces de l’Est. Le tram rural est installé à peu près partout. D’une manière générale, cette institution rend les plus grands services en facilitant les relations avec des centres autrefois délaissés.
Le réseau télégraphique de la Cochinchine est très étendu et comporte 35 bureaux. Le nombre de dépêches expédiées augmente tous les ans dans des proportions con-
sidérables, tant dans l’intérieur de la colonie qu’avec l’extérieur.
L’histoire du télégraphe de la Gochinchine ne devrait pas être oubliée par l’administration du télégraphe oriental, qui persiste à maintenir un tarif excessivement élevé.
La première ligne fut inaugurée le 27 mars 1862, trois mois seulement après la prise de Bien-Hoa; c’était montrer une activité des plus louables. Malheureusement le tarif des dépêches avait été fixé à une piastre. Les recettes des neuf mois ne furent que de 160 francs. Cette expérience suffit et dès le commencement de 1863, l’administration adopta le tarif de 2 francs. Les recettes s’élevèrent à 6,000 fr. et elles dépassèrent peu à peu 60,000.
On adopta dans ces dernières années le tarif métropolitain pour les dépêches circulant dans l’intérieur de la colonie et du Cambodge; grâce à cette modification, l’on a obtenu des résultats bien supérieurs.
Les recettes du télégraphe se sont élevées à 130.000 et 1 35.000 francs dans les années 1885 et 1886. Le nombre des télégrammes du service intérieur s’est élevé de 60.000 en 1884, à 76.000 en 1886, tandis que celui des télégrammes internationaux qui était de 14.195 en 1884, n’a plus été que de 13.388 en 1886.
Pour apprécier les services rendus, il faut ajouter 15.751 télégrammes officiels qui, taxés pour mémoire, ont produit une somme de 75.000 francs.
L’on n’applique pas dans les bureaux de Cochinchine le mode de transmission des dépêches usité par les' lignes sous-marines de l’Extrême-Orient. Les télégrammes doivent être traduits en français. Les employés sont autorisés à faire la traduction pour les indigènes, mais sans que la responsahilité de l’administration puisse en aucune façon être engagée.
MoyexXs de transports. Communications. Prix des passages. Frets. — Sa'igon est très bien doté sous le rappoi t des communications régulières.
COCItliNCHINE
11 correspoiul avec le Cambodge par les bateaux des Messageries fluviales de Gochinchine, deux fois par semaine; avec Siam par les mêmes bateaux, une fois par
Fours à chuux, près Snïgoii.
semaine, du 31 juillet au lu janvier; pendant le reste de l’année, il n'y a plus suffisamment d'eau dans les lacs et le service est interrompu.
11 n’existe pas de communication régulière avec le Laos,
mais on peut s’y rendre très facilement avec les bateaux du pays.
Pour le Tonkin, tous les quatorze jours, douze heures après l’arrivée de la malle d’Fiurope, il part un paquebot stationnaire qui dessert Qui-Nhon, Hué etXourane.
Saigon correspond avec la Chine par les paquebots des Messageries maritimes qui passent tous les quatorze jours, et très fréquemment par les steamers de commerce ; avec le Japon, tous les quatorze jours, par Hong-Kong; avec l’Australie, tous les mois, par Bombay; avec Manille, avec Java, enfin avec la France, tous les quatorze jours par la ligne directe des Messageries maritimes qui va rejoindre la malle anglaise à Singapore. En réalité les communications avec la France sont hebdomadaires.
Les prix des passages de France sont, par les Messageries maritimes, de Marseille à Saigon : première classe 1.62o francs; deuxième classe 1.040 francs et troisième classe 600 francs.
Productions du sol. — Les travaux faits au Jardin des Plantes de Saigon sont très intéressants à consulter. En 1878, la commission officielle mentionnait déjà des études faites sur 137 familles de végétaux, renfermant 749 genres; en outre, il avait été fait un examen approfondi des propriétés de quelques-uns d’entre eux, de leur rôle dans la consommation, et du parti que l’industrie et le commerce pourraient en tirer. Ces travaux sont continués sous la direction de M. Moquin-Tandon, placé à la tête du Jardin botanique de Saigon.
Les indigènes se servent de plusieurs plantes qui donnent une teinture d’un grand éclat, d’une pureté et d’une solidité remarquables.
Plusieurs plantes telles que le Meriiim oleander, le Plimeria, etc., sont de beaux ornements pour une serre.
Sans parler des arbres à fruits, il y a plusieurs essences forestières d’une grande utilité : le bois de fer est employé par les indigènes pour leurs pilotis; le Callophyllum et le
cocniNcniNE.
Inapophyllim, donl sont complantées les roules annamites, donnent une huile excellente pour préserver la carène des navires contre, les tarets; Y Anisoptera sepidchronm ne peut servir aux constructions navales, mais il est très employé pour la confection des cercueils, auxquels les Annamites, comme les Chinois, attachent une grande importance; l’arbre à ouate donne un produit qui sert à garnir les matelas cambodgiens; le Sùidora Sumatrana est employé comme bols de charpente, mais peut être également utilisé pour les incrustations de nacre. On choisit ordinairement pour ces dernières, un arbre qui se vend très cher et qu’on nomme en annamite Trac; c’est certainement, dans tout le pays, le bois le plus cher et le plus dur. Quand on vient de le travailler, il est rouge veiné de noir, mais en vieillissant il devient d’un brun uniforme et peut recevoir un très beau poli. Un autre arbre, très dur également, mais beaucoup plus répandu, est le Kurrima, avec lequel on fait les cylindres des moulins à canne à sucre. Enfin il faut citer encore Ylllicum anisatum ou anis étoilé, qu’on cultive comme aromate ; l’arbre à cire qui produit cette substance, lorsqu’il est piqué par un insecte, et un autre qui donne une sorte de caoutchouc.
Flore. — La flore de la Cochinchine comprend un nombre considérable d’espèces aquatiques, et qui couvrent en grande partie les marécages de l’embouchure du Dong- Naï et du Mé-Kong. Ces espèces sont très riches et offrent à l’étude un champ des plus vastes. Il en est de même des plantes analogues aux fougères, aux mousses et aux champignons. En effet, favorisées par une chaleur très grande et une humidité constante, elles sont en nombre incroyable, et ont les formes les plus riches et les plus bizarres. Quelques espèces île champignons sont comestibles et présentent certainement une saveur plus délicate que leurs congénères de nos climats. Les plantes marines sont également dignes d’attention; parmi les algues, nous nous contenterons de citer le Gelidium spiri-
forme, qui sert aux Annamites à préparer des gelées sucrées et parfumées. Gomme on le voit, les indigènes, guidés par leurs instincts, ont trouvé une application économique importante d’une plante, appartenant à une classe trop souvent dédaignée dans notre Europe.
Faune. — La faune de la Gochinchine est assez riche.
Les espèces nuisibles comprennent, en premier lieu, le tigre, la panthère moins commune, l’ours assez rare, le rhinocéros, l’éléphant et le sanglier. Le chasseur en quête d’émotions peut en rencontrer fréquemment.
Plusieurs espèces de cerfs, dont quelques-uns sont improprement connus sous le nom de biches, fournissent une venaison excellente et très salubre. Le chat sauvage mérite aussi d’être poursuivi, mais il faut respecter soigneusement le pangolin, grand mangeur d’insectes et surtout de fourmis ou de termites. 11 en est de même de la loutre noire, que les indigènes sont parvenus à apprivoiser et à dresser à la pêche.
L’occupation française est de date trop récente, pour qu’elle ait pu encore organiser la destruclion de dangereux animaux sauvages; ainsi dans les morts accidentelles pour l’année 1885, on trouve : 14 individus dévorés par les tigres, 4 par les crocodiles, 42 mordus par les serpents. Ges accidents n’arrivent guère qu’à la population indigène rurale.
Oiseaux. — Quant au gibier à plume, il est d’une fécondité et d’une variété telles qu’il serait trop long d’en faire une description. Nous citerons cependant le coq sauvage, quelques espèces de faisans et de tourterelles, le pigeon, la sarcelle, la bécasse, la bécassine, la perdrix, le canard, la poule d’eau et la caille. Le chasseur européen aura donc l’occasion de tuer des animaux dont la dépouille et la saveur lui rappelleront la patrie absente. Il pourra en outre exercer son habileté sur des espèces exotiques dont (Quelques-unes ont des qualités très appréciables.
La plupart des chauves-souris, qui sont très nombreuses.
COClILNClIINE. 77
poursuivent les insectes et, pour cette raison, doivent être respectées, malgré leurs cris étranges et lugubres.
Dans certains districts les rats sont une véritable calamité; une prime est allouée pour leur destruction.
Poissons. — Le nombre des poissons est également considérable. Quelques-uns, comme le retreadon albe punctatus, mordent les baigneurs, et, sans les dévorer comme les requins, les blessent mortellement. On n’a pas encore signalé de poissons venimeux. Il y a un nombre immense de pois-
Tomljeaux aiiuamites.
sons dans les fleuves et sur les côtes de la Cochinchlne; les Annamites les mangent presque tous. Les Européens ont souvent trop de répugnance à suivre l’exemple qui leur est donné. Les formes bizarres de ces animaux, dont beaucoup ne portent encore que le nom annamite, sont une cause évidente de cette abstention.
Parmi les espèces intéressantes, nous citerons le (Mpca et le combrma, sorte de sardine qui sert à faire la sau¬
mure.
Au nua-mam, dont les Annamites sont très friands, nous ajouterons aussi le poisson de combat, ainsi nommé parce que deux mâles, mis dans le même bocal, se précipitent avec acharnement l’un contre l’autre jusqu’à ce que l’un d’eux ait péri. On assiste en outre à des changements de couleur aussi remarquables que ceux des poissons que l’on tuait devant les sybarites de la Rome impériale.
Reptiles. — Les serpents sont les plus dangereux ennemis de l’homme, mais leur proche parent, le lézard, doit être protégé et môme multiplié artificiellement. On en connaît plusieurs espèces, toutes utiles à des degrés divers.
On trouve dans la colonie plusieurs représentants de l’ordre des Chéloniens, la tortue caret, regardée depuis longtemps par les Européens eux-mêmes, comme une des plus savoureuses que l’on connaisse, et enfin la tortue trionix lanici/em dont les indigènes sont seuls à faire leur nourriture.
La grenouille comestible existe dans la Cochinchine ainsi que le crapaud. Mais celui-ci doit être soigneusement respecté à cause de la grande quantité d’insectes qu'il dévore. Nous devons ajouter que les colons trouveront de très utiles auxiliaires parmi les hirondelles et les scarabées, qui dévorent les autres insectes.
Insectes. — Les araignées doivent être traitées avec autant d’égard dans les plantations, que l’était la compagne de Pelisson dans son cachot de la Bastille. Cependant quelques espèces, douées de couleurs magnifiques et de formes élégantes, ne trouveront pas grâce devant les collectionneurs cherchant des individus remarquables.
Nous signalerons plusieurs espèces d’abeilles indigènes, l’insecte de la gomme laque, un bestoma indicum que les indigènes mangent en le faisant frire dans la cire. 11 n’est pas nécessaire de citer le ver à soie dont chacun connaît l’abondance et l’importance dans l’Indo-Çhine française.
Parmi les insectes nuisibles dont la destruction devrait être encouragée, nous citerons une mygale de grande taille, dont la morsure est dangereuse, et une espèce de scorpion.
COCHINCHINE
Quant aux fourmis blanches et aux poux de bois, iis produisent de grands ravages; les moustiques abondent et sont un véritable üéau. La question de la destruction des insectes est une des plus difficiles à résoudre et de celles dont la science européenne devrait surtout s’occuper.
Il existe une espèce de cantharide exploitable à cause de sa vertu vésicante très développée. Quant à la série des insectes utilisables dans la médecine chinoise, il serait trop long d’en donner la nomenclature. Les praticiens du Céleste-Empire ont, comme on le sait, une pharmacopée des plus bizarres dont les excentricités ne sont pas moindres que celles de la médecine au moyen âge.
Crustacés. — Les crustacés renferment plusieurs espèces utiles. Une petite espèce sert à fabriquer la saumure conjointement avec la sardine ; deux autres plus grandes sont desséchées et mangées. Les débris écailleux ne sont pas à dédaigner, on les emploie pour fumer la terre.
Plusieurs espèces de crabes sont recherchées pour la cuisine, et même les Européens, se sont laissés entraîner à suivre l’exemple des Asiatiques. *
Beaucoup d’espèces de mollusques sont comestibles, surtout parmi les bivalves, et font concurrence à la clovisse. Nous devons citer une grande espèce de /îume très précieuse, parce qu’elle donne la vraie nacre. Les indigènes s’en servent pour faire des ouvrages d’ébénisterie qui sont charmants, tant par la main-d’œuvre que par la matière. L’industrie parisienne trouvera dans cette nacre une excellente matière première.
Les sangsues sont très incommodes, surtout parce qu’elles donnent naissance à un ulcère qui succède à la piqûre. Il y en a cependant d’utilisables pour la médecine et que l’on n’a point de peine à reconnaître.
Parmi les zoopbytes, se trouve l’holoturie, dont nous avons déjà indiqué les excellentes propriétés comestibles.
On ne peut oublier comme espèces utilisables, les madrépores dont la carapace est employée pour faire le ciment.
N’est-ce point un immense service à rendre à un pays à peu près dépourvu de calcaire?
Cultures. — La culture du riz tient chez les Annamites la plus large part, car c’est celle qui demande le moins de travail et produit le plus. Un tiers environ de la récolte suffit à la nourriture des habitants, qui vendent les deux tiers pour se procurer l’argent dont ils ont besoin.
Le riz, selon le terrain où il est cultivé, produit une espèce particulière ; aussi on compte plus de deux cents espèces différentes, dont les plus estimées sont celles de Bay-Xao, Gocong et Vinh-Long.
La quantité produite dans la colonie peut se chiffrer par plus de 9 millions de piculs (le picul est de 60 kilos 400 grammes), et vaut en moyenne une piastre le picuL L’exportation représente une valeur de 6 millions de piastres.
Quant aux autres cultures, c’est par des quantités infiniment moindres qu’on peut les compter; c’est à peine si un sixième de la superficie totale cultivée reçoit les soins des indigènes. Us accordent la préférence aux cultures qui leur donnent le moins de peine.
Les Annamites tirent un assez bon parti des fruits du cocotier qui leur fournissent les éléments nécessaires pour se procurer l’huile dont ils ont besoin.
Les aréquiers sont une de leurs principales productions; puis viennent les arachides et la canne à sucre, qui tient une place insignifiante dans leurs travaux agricoles. Ils se bornent à planter le strict nécessaire à leur usage, et n’ont aucune exploitation importante.
Les jardins de légumes, poivre, bétel sont cultivés par chaque habitant dans des proportions très exiguës qui représentent les besoins de chaque famille. Le tabac et les ananas sont aussi l’objet d’une production très restreinte; ils forment tes éléments d’un commerce absolument local; le tabac surtout est de mauvaise qualité, et n’est consommé que par les indigènes.
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Dans les arrondissements de Long-Xuyen et de Bassac, on cultive, dans une certaine mesure, les haricots qui sont expédiés sur différents points de la colonie et même jusqu’en Europe.
Le mûrier, dans certaines provinces de l’esl, est cultivé par un petit nombre d’éleveurs de vers à soie, sur une superficie de 2,000 hectares environ.
Le maïs, le coton et l’indigo représentent à peine quelques centaines d’hectares, répartis, par d’infinies parcelles, chez un grand nombre de propriétaires; ce n’est que pour mémoire qu’on peut parler des patates, des navets, des ignames, du gingembre, du sésame et de la ramie.
Dans ces dernières années, quelques essais ont été tentés avec le cacaoyer, mais sur une très petite échelle ; le producteur trouve difficilement le placement de sa récolte qui est, en grande partie, achetée par l’administration pour ses essais à la ferme modèle.
Quelques Européens ont tenté d’introduire certaines cultures riches et productives, ou de développer dans de vastes proportions les plantations de cannes, de poivre ou de café, mais cela sans succès. La nature du sol, le mauvais choix des terrains, l’insuffisance de capitaux, sont les principaux motifs qui ont fait échouer les expériences. En ce qui concerne le café, il s’introduit, vers la sixième année, dans la racine un ver qui détruit la plante au moment où le cultivateur est en droit d’attendre le produit de ses peines.
LxDüSTRiiiS. — Les industries indigènes sont de peu d’importance. Chaque producteur exploite sa matière première, vend lui-même les produits qu’il fabrique, comme il l’entend et aux prix qu’il en trouve. Ce sont généralement les Chinois qui font ces achats, au détail, sur les nombreux marchés de la Cochinchine; ils les soldent, soit en espèces, soit en marchandises.
L’indigène est plus naturellement agriculteur, et l’industrie n’est pour lui qu'un accessoire; peuple aussi indolent (pie possible, attaché à un sol que la nature se charge de
COCIlINCniNE.
faire fructifier sans beaucoup de peine, les Annamites n’ont pas de besoins et n’ont pas su s’en créer à cause du régime des mandarins, aussi sont-ils plus en retard que leurs voisins, les Chinois.
Cependant, sous la conduite des Européens, l’Annamite peut devenir un bon maçon, forgeron, serrurier, mouleur; il ne réussit pas aussi bien dans le travail du bois; il est mauvais charpentier, menuisier ou ébéniste.
Les industries importées par tes Européens n’ont pas toujours donné d’heureux résultats; les causes qui ont amené des mécomptes sont de plusieurs natures.
L’industrie de décortiquerie et blanchisserie de riz ne fait que croître, au détriment des petits décortiqueurs indigènes et chinois qui s’étaient installés dans les différents centres et le long des arroyos.
Il y a actuellement quatre usines pour cette industrie, elles sont toutes prospères et fabriquent tous les riz d’exportation.
Deux brasseries établies à Saigon ont dù suspendre leur fabrication ; l’une d’elles a été reprise, il y a quelques années, et livre couramment une boisson très hygiénique, connue sous le nom de bière de Saigon, dans laquelle le riz a été substitué à l’orge.
La fabrication de la glace artificielle a subi de nombreuses péripéties; actuellement elle peut livrer à des prix assez bas.
La savonnerie, après un premier insuccès, a été reprise trop récemment pour qu’on puisse en apprécier exactement les résultats.
La fabrication du sucre n’a pas fait de progrès. Le moment est encore éloigné ou l’on verra les Annamites se servir de moulins et de procédés perfectionnés. Nous devons, jusqu’à présent, nous bornera essayer d’introduire chez eux des espèces de cannes nouvelles, ou même améliorer la canne indigène har une culture plus soignée.
De toutes les espèces dont on a tenté racclimalation en
Cochinchine, c'est la canne, dite violette de Java, qui prospère le mieux et donne les meilleurs produits.
Plusieurs tentatives de filature de soie ont été faites dès notre installation dans la colonie, elles ont échoué. Il n’existe plus qu’un dévidage avec nettoyage. La cause de ces insuccès provient de l’apathie des indigènes, qui, lorsqu’ils travaillent pour l’étranger, ne lui donnent pas le quart de travail qu’ils produisent quand ils s'occupent pour leur compte.
Les scieries, l’égrenage du coton et l’indigoterie, n’ont pas, jusqu’à présent, donné de bons résultats.
Conditions du travail. — La main-d’œuvre indigène est bien meilleur marché que la main-d’œuvre européenne. Le manœuvre vaut, dans les centres de Saigon et de Cholon, 20 à 30 cents (centièmes de piastre) par jour de dix heures; le forgeron, le maçon, le charpentier, 60 à 80 cents, selon leur valeur; le tourneur, l’ajusteur, le mécanicien, de 80 cents à 1 piastre 2o cents.
Les ouvriers annamites sont généralement forgerons et tourneurs ; les chinois, maçons et charpentiers; ils arrivent assez facilement à être mécaniciens, c’est-à-dire capables de surveiller des machines; on trouve souvent parmi les uns et les autres des gens intelligents et fort adroits.
Le courant d’immigration chinoise vers la Cochinchine française va en augmentant tous les ans et a e.\isté de tout temps; c’est leur ancien pays et ils y retrouvent leurs mœurs et toute leur civilisation. La question de l’immigration chinoise est très discutée, tant au point de vue économique qu’au point de vue politique. Il est toutefois incontestable que le Chinois, plus actif, plus laborieux et plus industrieux que l’Annamite, se substituera à ce dernier, à plus forte raison à l’Européen, dont les besoins sont beaucoup plus grands. En outre, le Chinois ne se fixe pas en pays étranger; il emporte en Chine tout ce qu’il gagne, et, quand il s'est créé une famille, grâce à la facilité avec laquelle la femme annamite s’unit à lui, il rnbandonne
COCHINCniNF,.
pour rentrer, après fortune faite, dans son pays natal.
Il ne faut pas perdre de vue que les États-Unis d’Amérique et les colonies australiennes ont repoussé l’élément chinois.
Le champ de l’imniigration européenne est fort limité; elle n’a aucune place dans l’agriculture, mais elle en aurait une dans l’industrie.
Le rôle de l’ouvrier européen dans l’atelier se borne à la direction, à l’inslruclion de l’Annamite, car le travail personnel et continu lui est en quelque sorte défendu par le climat, même le travail à couvert. Il faudrait des ouvriers spéciaux en bois et en fer, pouvant faire des contl e- Phuoc-Linh.
maîtres; ils doivent avoir une valeur supérieure à la moyenne, puisqu'ils sont destinés à la direction des Asialic[ues.
Un bon ouvrier contre-maître gagne de 75 à 125 piastres par mois. Le prix de la nourriture pour un Européen est de 25 à 30 piastres par mois; le logement lui coûte de 10 à
12 piastres par mois. On trouve facilement à se loger à Saigon et clans les grands centres, mais il n’en est pas de même dans l’intérieur.
Le commerce général de la Cochinchine française s’élève annuellement à un total de 123,200,889 fr. dont 66,77.6,901 fr. pour les exportations.
Les principaux produits importés sont : guinées, librairie et papeterie, machines, matériel de ponts, chemins de fer et accessoires, opium, soieries, tissus et cotonnades, thés, vêlements, vivres et liqueurs.
Articles d’exportation. — Le principal article d’exportation est le riz; il constitue envii’on les 70 centièmes du total des exportations, qui, pour les trois quarts, sont effectuées par les Chinois, et pour un quart par les Européens.
Importation. — Pour l’importation, notre situation estmeilleure ; la part des Européens équivaut à peu près à la moitié du mouvement total ; toutefois les proportions qui précèdent font supposer que le commerce des métaux est exclusivement dans les mains de nos banques, ce qui n’est pas rigoureusement exact.
L’avantage de l’élément européen dans le commerce d’importation a pour causes : 1° l’opium, qui entre pour compte de la régie et 2“ les fournitures de l’administration qui ne se font que par les Européens.
La supériorité des Chinois dans le commerce général tient à des causes diverses; leur race, leur civilisation, leur langue sont analogues à celles des Annamites ; dans tous les villages ils vivent mélangés à ceux-ci et sont mariés; ils achètent à meilleur compte et se contentent d’un bénéfice moindre.
Dans la part des Européens, quelle est celle des maisons françaises et des maisons étrangères? Cela est difficile à établir. A l’exportation, les étrangers l’emportent parce que les pays consommateurs de riz sont surtout rAllemagne et l’Angleterre, et que, dans les ports voisins, il n’y a que des négociants de ces nationalités.
COCIIINCHINE. 87
A l’importalion nous devons avoir l’avantage, et dans l’industrie, nous les avons devancés en tout et pour tout.
Outre la banque de l’Indo-Chine, il y a à Saigon trois autres succursales de banque dont la plus importante est la « Hong-Kong Sbang-Haï Banking corporation « qui fait les affaires de toute sorte pour tous les pays du globe.
Avant 1887, les marchandises importées à Saigon étaient exemptes de tout droit de douane à l’entrée. Seuls, les alcools, les armes, les munitions, les huiles de pétrole étaient frappés d’un octroi de mer. Quelques marchandises étaient également soumises à un droit d’exportation, le riz payait un peu plus d’un centime par kilog., les buffles un franc par tête, les porcs environ cinq centimes par kilogr. L’opium, étant l’objet d’une régie, entrait en franchise.
Ce régime prit fin à partir du 1'='' juin 1887, date de la mise en vigueur d’une loi appliquant à toute l’Indo-Chine le tarif général des douanes françaises qui a été modifié par arrêté ultérieur.
Les prescriptions de ces actes législatifs ont pour but, non seulement des mesures fiscales, mais encore de soustraire la Cochinchine, comme tout le reste de l’Indo-Chine, à l’exploitation du commerce étranger . Alin d'en apprécier la valeur et la portée, nous ne pouvons mieux faire que de citer quelques passages du rapport du directeur des douanes de l’Annam et du Tonkin sur les effets du nouveau régime. Ce fonctionnaire commence par signaler une diminution de près de 2 millions sur les importations des filés et des tissus de coton, et il ne cache pas que cette diminution provient entièrement de la mise en vigueur du tarif général; mais il ajoute immédiatement après cette constatation : « L’application de cette mesure ayant fait augmenter considérablement le prix de vente, les indigènes achètent beaucoup moins. Ils reviennent à la mauvaise habitude de filer le coton du pays dont le prix est moins élevé. Comme les années précédentes les cotons filés proviennent de Bombay et les cotonnades sont fournies par Manchester. Malgré les
LFJS COLONIES FRANÇAISES.
droits actuels, variant de 2o à 30 p. 100, les produits français ne peuvent pas encore lutter pour le bon marché contre ceux de l’Inde et de l’Angleterre. A prix égal, ces derniers seront probablement préférés, parce que leur couleur et leurs dimensions conviennent bien aux Annamites. A moins que nos industriels ne consentent à transformer une partie de leur matériel de façon à fabriquer l’article demandé dans l'extrême Orient, il faudrait, pour leur permettre d’écouler leurs produits sur nos marchés, un tarif absolument prohibitif. Encore est-il possible que leurs concurrents de l’Inde réussiraient, au moins en ce qui concerne les cotons filés, à tourner la difficulté en demandant à Pondichéry les produits de ses manufactures, lesquels, provenant d’une colonie française, seraient admis en franchise. »
La lecture de ce passage ne saurait être trop vivement recommandée aux industriels qui voudraient tirer parti des louables efforts du gouvernement pour faire de la Cochinchine un centre important de consommation pour la production nationale. Ils devront lire aussi les pages dans lesquelles le directeur explique que le premier elfet de l’application du tarif général a été de déterminer une augmentation considérable du prix de tous les objets de consommation et par suite une diminution dans la consommation elle-même.
« Jusqu’à l’application du tarif général aucun effort n’avait été tenté pour développer la vente des produits français. Après quelques essais infructueux, l’industrie française s’était entièrement désintéressée du commerce de la colonie. Lorsque le parlement s’est décidé à fermer au commerce étranger les marchés indo-chinois, les effets de la mesure prise par les pouvoirs publics n’ont pu se faire immédiatement sentir. Les Français n’étaient point prêts à profiter des avantages que leur offrait le nouveau tarif. Ils ignoraient complètement quels étaient les besoins du marché de rindo-Chine, quels articles, quelles qualités étaient demandés par la consommation. Ils n’ont donc pas pu
COCHINCHINE
approvisionner les marchés, et la douane ne s’est exercée que sur des produits d’origine étrangère. Faut-il en conclure que, malgré les tarifs élevés qui les protègent, les produits français ne parviendront pas à remplacer les similaires étrangers? Rien, jusqu’ici, ne saurait justifier cette apj)réciation pessimiste. »
Il est évident qu’il serait au moins téméraire de soutenir cette thèse antipatriotique à la veille de l’Exposition internationale, qui va être un véritable enseignement pour l’industrie française. En effet, nous dit encore plus loin le directeur : « Depuis l’établissement du nouveau tarif douanier, de nombreux industriels français ont cherché à se renseigner sur les besoins de l’Indo-Chine; ils ont à modifier leur fabrication, peut-être leur outillage et cela ne. peut se faire en un jour. Ce n’est que peu à peu, après de longs et patients efforts, que l’industrie nationale pourra parvenir à substituer en grande partie ses produits à ceux de ses concurrents étrangers» (1).
Situation commerciale de la colonie. — La Cochincbine est l'aînée et la plus propre à la francisation immédiate de son commerce, parmi nos différentes possessions indo-chinoises. C’est la tête d’une région dont la population dépasse certainement 20 millions d’habitants , qui étend son influence sur de nombreuses populations sauvages, destinées également à subir notre attraction civilisatrice, peut-être même à se grouper sous notre drapeau. Enfin, et ce n’est pas le moindre de ses avantages, c’est une porte d’entrée de la Chine méridionale, d’où l’on pourra atteindre assez facilement peut-être, un jour, le Thibet. Nous possédons contre nos rivaux des avantages naturels contre lesquels ils ne pourront pas lutter, même en remontant avec leurs vapeurs le cours méridional du Yang-Tsé-Kiang.
Le mouvement de la navigation du port de Saigon a été en 1883, pour les entrées, de S30 navires d’un tonnage total
(1) Une commission spéciale vient do proposer diverses modifications au tarif général des douanes appliqué à rindo-Cliine.
de bo3,916 (oniieaLix. Ce mouvement va constamment en augmentant.
Monnaies usitées. — Dans les premiers (emps de l’occupation, on faisait de la monnaie, d’une façon bien simple, en coupant les piastres en fragments.
Malgré l’inlroduclion de la monnaie française il a été encore impossible de détruire l’babitude de compter en piastres. Ce qui aggrave les inconvénients de cette monnaie, ce sont les fluctuations du change qui gênent beaucoup les transactions.
Le poids de la piastre est de 26 grammes 94 et sa valeur varie suivant le cours de l’argent. Le nombre des monnaies fausses est très grand; elles sont, généralement fabriquées avec beaucoup d’habileté par des Chinois, mais heureusement les maisons chinoises ont des compradors très habiles à discerner les falsifications de leurs compatriotes.
Malgré les inconvénients de la sapèque, monnaie indigène représentant la sixième partie d’un centime, il ne faut pas songer à la supprimer. En effet, elle représente une valeur réelle en échange, et l’on peut se procurer beaucoup de menus objets en Cochinchine pour une sapèque.
Cette monnaie porte, comme on le sait, un trou au centre qui permet de l’enfiler sur une lanière (ligature).
Il est à regretter que les pièces de cuivre françaises destinées à la Cochinchine ne soient pas trouées comme les sapèques.
Banque de l’Indo-Chi.xe. — La Banque de l’Indo-Chine a été créée, par décret du 21 janvier 1875, au capital de 8 millions de francs divisé en 16,000 actions de 500 francs. Son siège principal est à Paris et elle a une succursale à Saigon, ainsi que des agences dans les principales villes de l’extrême Orient.
La Banque de l’Indo-Chine reçut par le décret de sa constitution le privilège d’émettre des billets de banque de 1,000,500 et 100 francs, et des coupures de 20 et de 10 francs.
Elle est aussi une banque de prêts. Ses opérations ont
COCIIINCHINE.
lieu au taux de to p. 100. L’intérêt légal était de 36 p. 100 dans le pays avant roccupalion française. Il est illimité entre les mains des Chinois et des Hindous, véritables sangsues de l’agriculture annamite.
Ces spéculateurs à la petite semaine n’opèrent guère que sur les récoltes, carie défaut de cadastre empêche d’engager valablement la terre. Un des buts de l’établissement du cadastre auquel on travaille actuellement est la constitution d’un crédit foncier dans des conditions normales et économiques.
Les opérations de la banque de l’Indo-Chine s’étendent sur l’Annam, le Tonkin, l’Océanie française, Mayotte et Nossi-Bé; on lui a imposé en 1888 la création de nouveaux comptoirs lors du renouvellement décennal de son privilège. Le mouvement général des affaires de l’établissement a subi un temps d’arrêt. En 1883, il était de 30 millions de piastres; en 1886 il n’était plus que de 27 millions; en 1887 il était descendu à 24. Mais ces fluctuations doivent être surtout attribuées aux variations continuelles dans la valeur de la piastre. En effet, le nombre des opérations sur place a augmenté dans une proportion notable : de 1,500,000 piastres en 1886 et de 3 millions en 1887.
Au mois de septembre 1876, M. Léon Say a envoyé en Cochinchine des pièces de cinq francs qui n’ont été acceptées par le commerce que pour leur valeur intrinsèque et qui toutes sont revenues en France où elles ont retrouvé leur valeur fiduciaire. L’écart de 20 centimes a suffi pour que le commerce trouvât un avantage à effectuer cette opération sans autres intermédiaires quelquefois que la poste.
Vari.^tion da.ns le taux de la piastre. — Le trésor a plus d’une fois souffert de la différence entre le cours légal de la piastre et son cours réel.
.\insi lorsque la piastre était cotée par l’administration à 4 fr. 20 et que le commerce la donnait à 3 fr. 90 ou 3 fr. 85, une foule d’individus allaient prendre des mandats sur la France, où la piastre était acquittée à sa valeur officielle. Le
Trésor colonial perdit donc 0 fr. 30 par piastre à chaque opération. Les variations continuelles sur la valeur de cette pièce empêchent même de comparer d’une façon exacte les budgets des différentes années. Suivant la nature de la thèse qu’ils veulent soutenir, les écrivains qui s’occupent de la Gochinchine peuvent se servir d’une échelle de conversion ou d’une autre.
Milicien annamite.