CHAPITRE III Administration
Villes principales. — Moyens de communication.
On a récemment élevé au rang de gouverneur le chef de l'administration de Mayotte, qui, auparavant, portait le titre de commandant particulier. Il est assisté d'un conseil d'administration composé des chefs de service, directeur de l'intérieur, juge-président, chef du service de santé, etc.
La colonie est représentée par un délégué au conseil supérieur des colonies.
Dzaoudzi, siège du gouvernement, est l'ancienne capitale d'Adriansouli. Sa fondation remonte à une date, sans doute fort ancienne, mais qu'il est impossible de déterminer d'une façon précise. Elle a été choisie comme centre des divers services, à cause de sa salubrité relative, de sa rade qui est excellente, quelle que soit la mousson, et aussi à cause des facilités de défense que présente le rocher sur lequel elle est bâtie.
La superficie de l'îlot est de 7 hectares ; on y a construit une habitation pour le gouverneur, un hôpital, une caserne et des écoles. Du reste, Dzaoudzi, où une chaloupe doit apporter de l'eau deux fois par jour, n'est guère habitée que par des fonctionnaires et des soldats. Elle est défendue par une centaine d'hommes de l'infanterie et de l'artillerie de marine. Quelques travaux de défense ont été commencés en 18Zi7, mais abandonnés depuis. « Il y aurait lieu de les reprendre ; ils seraient peu coûteux,
MAYOTTE.
car la nature a fait là tout ce qu'on peut désirer de mieux » (Général Thory.)
A peu de distance de Dzaoudzi est l'île Pamanzi, reliée par une chaussée. Dans sa partie sud sont d'excellents pâturages, mais la partie nord est montagneuse et dépourvue de végétation. Le lac Zéann, situé près de l'extrémité septentrionale de Pamanzi, est un ancien cratère; son eau, qui est salée, suit les mouvements de la mer ; les bords,
Village de Combani.
taillés à pic, sont [tapissés d'herbes marines et habités par de nombreux canards sauvages.
En face de Dzaoudzi, sur la grande île, se trouve la ville de Mamoutzou, de fondation récente, et où l'on s'était proposé de transporter l'administration : l'insalubrité des plages marécageuses des alentours a fait renoncer à ce projet en 1881, les travaux commencés sont restés inachevés, et le chef-lieu a été définitivement maintenu à Dzaoudzi.
M'Sapéré est la ville la plus importante de la colonie ; c'est, on peut le dire, le chef-lieu commercial de Mayotte. Là sont établis tous les commerçants indiens qui approvisionnent la population indigène; elle compte 900 habitants. On n'y voyait autrefois que de mauvaises cases en
nattes, mais depuis quelques années, à la suite d'incendies qui menaçaient d'anéantir tout, les Indiens se décidèrent à faire construire des maisons en maçonnerie, et la rue principale est aujourd'hui bordée de constructions en pierre.
En tant que centre commercial, M'Sapéré ne date que de la prise de possession ; elle est appelée à prendre une grande importance.
Au sommet du mont M'Sapéré, à Magi-M'Bini, est une maison de convalescence très bien aménagée.
Passamenti est aussi un village assez considérable; il se compose d'un assez grand nombre de cases disposées, avec un certain ordre, le long de la route qui va à M'Sapéré ; derrière cette première rangée, les autres cases forment un chaos inextricable et sont séparées les unes des autres par des tas d'immondices de toutes sortes.
M. Capitaine a décrit une fête religieuse à laquelle il a assisté dans ce village : «Dans une cour intérieure, exposée à un soleil brûlant et entourée d'une véranda où se trouvaient quelques bancs de bois grossièrement faits, étaient étendues, sur un large divan, plusieurs danseuses aussi laides que peu vêtues. Dans un coin, un orchestre composé d'un flageolet, de trois énormes tam-tams et d'un gigantesque gong, sur lequel un nègre vigoureux frappait à coups redoublés, modulait des airs discordants. Une des femmes commença une danse effrénée ayant quelque analogie avec celle des derviches tourneurs. Au bout d'un quart d'heure, elle tomba épuisée et on l'emporta après lui avoir versé un seau d'eau sur la tête. L'interprète arabe nous expliqua que ces femmes étaient possédées du démon qui ne lâchait sa proie que lorsqu'elle tombait en convulsions. Toutes les autres femmes en firent autant. »
Chingouni, l'ancienne capitale, ne compte plus que 200 habitants et tend à décroître de plus en plus.
MAYOTTE.