CHAPITRE IV Économie politique et sociale
Productions du sol. — Cultures. — Commerce. — Main-d'œuvre. Colonisation. — Climatologie. — Transport et fret.
Productions du sol. —* Cultures. — Mayotte est assez riche en essences forestières ; on y trouve tous les arbres des contrées tropicales, et beaucoup d'entre eux peuvent servir aux constructions maritimes. La partie de l'île la plus boisée est aux alentours de la baie Boeni, mais les plus beaux arbres sont sur les contreforts du pic Ouchongui ; il y a là, à proximité de la baie Lapani, une forêt exploitée depuis longtemps par les indigènes pour la confection de leurs pirogues (Capitaine). En 1872, 5,878 hectares de la grande île étaient couverts de forêts ; en 1887, ce chiffre n'était plus que de 5,108; les terrains occupés par des cocotiers avaient également diminué d'une soixantaine d'hectares .
La principale culture, on peut même dire la seule culture industrielle de Mayotte, est celle de la canne à sucre. Pendant de longues années, elle a donné des résultats magnifiques, mais, comme dans tous les pays à canne, elle est devenue depuis quelque temps beaucoup moins productive. La surface du sol plantée en cannes était, en 1882, de 1,780 hectares; en 1887, elle n'était plus que de l,71Zi hectares. Il y a, dans toute la colonie, 12 usines à sucre et k distilleries de rhum ; les premières fabriquent environ 3 millions de kilogrammes de sucre, et les distilleries produisent de 80,000 à 90,000 litres de rhum.
Les plantations de café ont également subi une diminution ; après avoir été de Zi8 hectares en 1877, elles n'étaient
Océan Indien.
plus que de 12 hectares, dix ans plus tard. La maladie qui a sévi sur les caféiers de Nossi-Bé, n'a pas épargné Mayotte. Par contre, les cultures des arbres fruitiers, des cotonniers, du maïs, du manioc, du riz, des vanilliers, et les prairies sont en progression; 67 hectares sont couverts de cacaoyers à rétat sauvage.
L'aliénation des terres domaniales à Mayotte a lieu par ventes à prix fixe et par ventes aux enchères publiques. Les ventes sont affranchies de toutes charges relatives à la mise en valeur du sol, et les terrains concédés sont exemptés de toute contribution foncière pendant quatre années à partir de l'entrée en possession ; le prix en est immédiatement exigible.
Depuis quelques années, les terrains ruraux sont généralement concédés à raison de ZiO francs l'hectare ; le prix des terrains urbains varie entre 0 fr. 25 et 1 fr. 50 le mètre carré, suivant les localités.
Toutes les grandes concessions rurales appartiennent à des Français, et une seule dépasse une superficie de 2,000 hectares. Les indigènes n'ont, en général, que des propriétés de petite étendue, et se livrent surtout à des cultures vivrières.
Les ventes entre particuliers sont rares. En ce qui concerne les grandes propriétés, il est difficile de trouver un acquéreur pour un domaine d'une certaine étendue, et en ce qui concerne les petites propriétés, les indigènes préfèrent acheter de l'administration des terrains neufs, exempts d'impôts pendant quatre années.
En dehors des propriétés régulièrement vendues, il a été réservé, conformément au traité de cession de l'île de Mayotte à la France, aux environs des villages, des terrains mis à la disposition des habitants pour leurs cultures; le droit de location est de 5 francs par hectare.
11 reste encore à Mayotte, en y comprenant l'île Pamanzi, environ 17, 000 hectares de terres à concéder. COMMERCE. — Lé commerce d'importation dans la
MAYOTTE.
colonie s'est élevé, en 1887, à un total de 1,130,000 francs, dont 87,000 francs d'articles venant de France et 69,000 francs d'objets des colonies françaises.
Les principaux articles importés sont les animaux, 66,000 francs; les tissus, 32/i,000 francs dont 9,750 francs seulement de France; le riz, 190,000 francs; les fruits et graines, 33,000 francs; les vins, 10,513 francs et les spiritueux, 13,/il7 francs ; enfin les marchandises diverses^ 258,000 francs dont 1,600 francs de France.
Pendant la même année 1887, l'exportation s'est élevée à 1,695,000 francs, supérieure de 565,000 francs à l'importation. Sur ce total, la France a reçu pour 1,069,000 francs de marchandises. Les principaux articles exportés sont : le sucre, l,lZiO,000 francs; le rhum, 18,000 francs et la vanille, 65,000.
Ce commerce général a donné lieu à un mouvement de la navigation qui se décompose ainsi qu'il suit : entrés, 175 navires d'un tonnage deZi3,000 tonneaux, dont la moitié sous pavillon français; sortis, 192 navires d'un tonnage de Zi5,000 tonneaux.
L'activité commerciale de Mayotte tend à se ralentir; notre colonie, comme tous les pays à production sucrière, subit une crise dont les causes sont multiples. Nous ne croyons pas inutile de transcrire ici l'opinion émise par un savant économiste, M. Léopold Botet, sur cette île : « Aucune colonie n'est mieux placée que Mayotte pour devenir, en peu d'années, le centre d'un commerce considérable; située au milieu du canal de Mozambique, à mi-distance de Madagascar et du littoral africain, elle est à peu près la seule escale de tous les caboteurs arabes et antanaots, qui font la' navigation de Madagascar et de la côte d'Afrique. Qu'elle soit approvisionnée des objets demandés par les populations malgaches et africaines, et la force des choses fera de Mayotte l'entrepôt obligé de toutes ces populations qui viendront y échanger les productions^de leur pays contre nos produits européens. »
Main-d'oeuvre. — La population autochtone, qui compte cependant 6,000 âmes environ, ne fournit qu'un petit nombre de travailleurs. Pendant la coupe, on trouve bien, il est vrai, quelques centaines de journaliers qui s'emploient à la tache sur les propriétés à raison de 0,50 par charretée de cannes, mais très peu consentent à s'astreindre à un travail régulier et suivi. Depuis une dizaine d'années, il n'y a eu que 259 engagements. Ces engagés reçoivent, outre le logement, la nourriture et les soins médicaux, un salaire qui varie entre 12,50 et 20 francs par mois.
Il est difficile de comparer le travail de l'indigène à celui de l'Européen ; au point de vue des terrassements, le premier est environ le tiers du second.
Sans besoins, les indigènes se contentent du peu qu'ils peuvent récolter sur les terres du domaine mises à leur disposition depuis la prise de possession de l'île. L'immigration est donc pour Mayotte une question vitale. Lorsqu'en 1860 l'immigration africaine fut interdite, le Gouvernement autorisa la colonie à recruter dans les Comores les travailleurs qui lui étaient nécessaires.
Pendant longtemps ces ressources furent suffisantes, mais lorsque l'industrie se fut considérablement développée, il fallut chercher ailleurs. Des négociations furent entamées avec le Gouvernement portugais à l'effet d'obtenir pour Mayotte et Nossi-Bé l'autorisation d'aller, comme le faisaient les Anglais pour leur colonie de Natal, recruter à Mozambique les travailleurs dont ils avaient besoin. Ces négociations ont abouti en 1881; une ordonnance du roi de Portugal et un règlement d'exécution ont déterminé dans quelles conditions peuvent être eff^ectuées les opérations de recrutement qui sont entourées de toutes les garanties propres à en assurer la régularité, et se font à Mozambique, sous la surveillance d'un agent du Gouvernement français, avec le contrôle, à Mayotte, d'un consul portugais.
LES
Colonisation. — Les tentatives faites jusqu'à présent ont subi des fortunes diverses, mais l'immigration est toujours pour la colonie d'une nécessité absolue.
La condition des immigrants à Mayotte est très bonne. Ils vivent dans une aisance beaucoup plus grande que les indigènes. Ils ont la faculté d'élever des animaux et de faire du jardinage dont les produits augmentent leurs salaires. Sur certaines habitations, les propriétaires mettent à leur disposition de grandes étendues de terrains qu'ils cultivent en riz. Une fois habitués à ce bien-être dont ils étaient privés dans leur pays, ils ont le désir de rester à Mayotte où ils introduisent un élément vigoureux et travailleur.
La colonie ne peut offrir à l'immigration européenne qu'un champ très limité; l'Européen ne peut s'y livrer luimême à des travaux de culture, et il doit se borner à les surveiller ou à exercer des industries sédentaires à l'abri du soleil. La France étant loin, les propriétaires préfèrent recruter à la Réunion des employés et des ouvriers déjà acclimatés aux pays intertropicaux et familiarisés avec tout ce qui concerne la culture de la canne et les machines des usines à sucre.
La petite industrie (menuiserie, charpentage, etc.) est exercée, en dehors des établissements industriels, par des ouvriers indigènes qui suffisent amplement aux besoins du pays.
Climatologie. — Mayotte étant située dans la z'one des vents réguliers, les ouragans y sont inconnus. La saison sèche, qui correspond à la mousson de sud-est, dure d'avril à octobre; la température moyenne est alors de 27 degrés centigrades, avec un maximum de 32 degrés, et un minimum de 2Zi degrés. La saison des pluies, d'octobre ou novembre à avril ou mai, correspond à la mousson de nord-est; la température s'élève jusqu'à SU degrés centigrades et ne descend pas au-dessous de 26 degrés.
Pendant toute l'année, le baromètre oscille entre 759™/""
MAYOTTE.
et 769 ^Z'". Les écarts n'ont lieu qu'au moment des grains pendant riiivernage. La quantité d'eau tombée pendant Tannée 1887 a été de 1 m. 639, dont 1 m. 557 pendant la saison pluvieuse.
La salubrité de Mayotte a été l'objet d'appréciations fort diverses ; elle varie, du reste, considérablement selon les localités; en outre, les premiers travaux entrepris dans des terres vierges, ou laissées très longtemps en
Mayotte. — Une équipe d3 femmes maçons.
repos, sont, dans tous les paj^s, accompagnés de maladies graves ; à plus forte raison en est-il ainsi sous des climats chauds et humides, où le sol n'est qu'une couche épaisse de matières organiques décomposées. Enfin dans le cas particulier de Mayotte comme à Madagascar, le voisinage des marais est particulièrement dangereux, surtout pour les Européens.
La fièvre paludéenne est la maladie dominante, mais de toutes ses manifestations la fièvre intermittente simple est la plus fréquente ; elle ne se complique d'embarras gastrique qu'au deuxième ou troisième accès, et ne revêt que dans un petit nombre de cas les formes graves pernicieuses.
Les maladies du foie ne s'observent que rarement. Quant à la fièvre jaune et au choléra, ces deux maladies n'ont jamais fait d'apparition dans la colonie. En il années, de 1877 à 1887 inclusivement, il y aeu^ à l'hôpital deMayotte, 15 décès, dont 8 occasionnés par la dysenterie et 7 par les fièvres.
A Mayotte, avec une bonne hygiène, une vie sobre et réglée, de la force morale, on peut vivre de longues années; toutefois il est bon, lorsque les premiers symptômes d'anémie se produisent, d'aller se retremper dans un climat moins chaud.
Moyens de communication. — Les moyens réguliers de transport manquent dans la colonie, qui n'a ni canaux ni rivières navigables. Une embarcation du port effectue gratuitement un service journalier entre Dzaoudzi et Mamoutzou, où se trouvent le tribunal, l'enregistrement et le bureau de l'immigration.
Depuis peu de temps, Mayotte est reliée directement à la France par un service régulier de la Compagnie des Messageries maritimes ; le paquebot quitte Marseille le 12 de chaque mois et arrive à Mayotte le 3 du mois suivant, après avoir touché à Port-Saïd, Suez, Obock, Aden et Zanzibar.
Revenant de Maurice, la Réunion, la côte de Madagascar et Nossi-Bé, le paquebot repart de Mayotte, vers le dernier jour de chaque mois, pour Marseille où il arrive vingtdeux jours après.
Les prix de passage, nourriture comprise, sont: l''^ classe, 1,300 fr.; 2« classe, 830 fr. ; 3« classe, 415 fr.
Le prix du fret, de Marseille à Mayotte, est de 55 francs par mètre cube ou par 1,000 kilogrammes, au choix de la Compagnie. Pour l'Atlantique, des voiliers chargent à ZiO francs la tonne.