CHAPITRE rv
Mouvement commercial; exportation. — Importation-. — Renseignements commerci lux. — Situation monétaire. — Chambre de commerce. — Industrie. — Culture. — Maind'œuvre; Immigration; Émigration; Colonisation. — Coût de la vie. — Hygiène et maladies. — Voies de communication- — Conclusion, '-^i^^f^ ' """^ ~
Commerce, exportation. — Le seul marché commercial, à proprement parler, des possessions françaises de Tlnde est leur chef-lieu, c^est-à-dire Pondichéry.
Le grand commerce est presque exclusivement entre les mains de quelques maisons françaises.
C'est sous l'impulsion de ces négociants que l'activité commerciale de notre port de l'Inde tend à se développer.
L'exportation des arachides y a pris, depuis quelques années, une extension considérable. Aux environs de 1877- 1878, on a commencé à exporter cette graine par cargaisons de vapeurs entiers; jusqu'alors le commerce de notre colonie principale de l'Inde n'avait guère consisté que dans
l'expédition de quelques centaines de caisses d'indigo et de quelques milliers de tonneaux d'huile de coco.
A cette époque Karikal faisait un commerce assez important de cette huile. La concurrence de Ceylan et celle de la côte de Malabar ont complètement ruiné cette branche de transaction.
C'est alors qu'elle a été remplacée, avantageusement du reste, par le commerce des arachides qui est désormais une question capitale pour l'Inde française. Pondichéry est devenu pour cette denrée un vaste entrepôt que n'alimente pas seulement la production locale immédiate; déjà les produits des possessions anglaises environnantes commencent à y affluer, en décuplant l'activité du transit. Principalement les cultivateurs de la province de Tanjore et des environs de Trichinapoly ont intérêt à faire leurs expéditions par Pondichéry. De 1879 à 1885, dernière période ayant fourni une statistique d'ensemble, l'exportation des arachides s'est élevée de 9Zi,700 quintaux métriques à 525,000 quintaux.
Cette quantité représente grosso modo une valeur de 13 à IZi millions de francs; mais ce commerce de graines oléagineuses, qui donne lieu à un mouvement de plus de 50,000 tonnes par an, se fait presque exclusivement par des vapeurs anglais qui touchent à Marseille, à Dunkerque ou à Anvers, souvent à l'aller et au retour, et on ne peut s'empêcher de déplorer cette désertion de notre marine marchande sur un point appartenant à la France. Le fait est d'autant plus regrettable que Pondichéry est le meilleur mouillage delà côte; c'est un port franc; les frais de tonnage y sont infimes, les vivres journaliers à très bon marché, l'eau excellente. En outr§ il ne se trouve pas comme Madras sur le passage des cyclones. Il appartiëiidrait à nos armateurs de seconder par leur initiative un mouvement qui se dessine dans les conditions les plus favorables.
Les taux du fret pour Marseille ont varié depuis 1881
L'INDE FRANÇAISE. 405
de 62,6 à 30 schellings par tonneaux de 20 cwt. net délivré ; le cwt. de 1,016 kilogrammes débarqué. Il était mesure française, en 1887, de ZiO à Zi5 francs par tonne, sur transport à vapeur.
Les maisons de Pondichéry dont nous avons parlé traitent également, par l'intermédiaire de leurs correspondants, les graines de sésame qui s'exportent du nord de la côte de Coromandel. Les chargements de ces oléagineux se font d'octobre à janvier et février. Les deux grands centres qui en fournissent le plus sont Gocanada et Bimilipatam. Les affrètements se font, comme pour les arachides, en tonneaux de 20 cwt. net délivrés.
Presque toutes les cargaisons sont en destination de Marseille; cependant quelques-unes ont été dirigées sur Saint-Nazaire, Rouen, le Havre, Dunkerque et Anvers. C'est par l'entremise des courtiers de Bombay que se font le plus habituellement les affrètements; mais, si les armateurs français se mettaient en mesure de lutter contre la concurrence étrangère, les négociants de Pondichéry seraient heureux de s'adresser directement à eux, évitant de la sorte un courtage inutile.
Nous ne devons citer que pour mémoire, parmi les produits exportés de notre colonie, quelques centaines de balles de coton venant de l'intérieur, quelques sacs de café mysore ou salem, qui sont dirigés sur Marseille à bord des paquebots des Messageries maritimes, des tissus, des vitrifications, des farineux alimentaires.
Le chiffre total des exportations s'est élevé en 1887 à 21,Zil6,2U francs, dont 10,Zi27,760 à destination de France, 66/1,476 aux colonies françaises, et 10,323,978 à l'étranger.
Dans le cours de cette même année 1887, il est entré dans le port de Pondichéry 548 navires dont 57 portant pavillon français et 491 sous pavillons étrangers de diverses nations, représentant ensemble un tonnage de 568,338.
Il en est sorti 528 navires dont 56 français et 472 étrangers, ayant ensemble un tonnage de 463,716.
Llnde française fait encore un commerce restreint avec les îles de la Réunion et de Maurice. Ce commerce, qui est en majeure partie entre les mains des commerçants natifs, consiste en riz, grains, percale blanche et bleue, objets de consommation de toutes les natures pour les coolies hindous émigrés en ces îles. Ces produits sont transportés par voiliers français d'un faible tonnage.
Au cours de Tannée 1887, 15 navires, dont 2 anglais et 13 français, ont été affrétés pour Maurice au taux moyen de 12,6 roupies par tonneau. Cinq navires français ont été affrétés pour la Réunion au taux moyen de 3li francs par tonneau.
Importation. — Le commerce d'importation est insignifiant. Quelques barriques de vin ou de spiritueux, quelques caisses de conserves ou d'articles de modes, répondant aux besoins de la population blanche ou mêlée du territoire, constituent seuls son aliment. 11 représente, pour Tannée 1887, un total de 5,9/i5,Zi59 francs, dont 577,681 venant de France, Zi/i0,391 des colonies françaises et Zi,927,387 de Tétranger.
Pourrait-il prendre une plus grande extension? Cela est douteux, surtout à bref délai.
Les importations de l'Angleterre aux Indes consistent pour les quatre-vingt-quatre centièmes en cotonnades, lainages, métaux et houille.
Quant aux importations françaises, des confections, de la soie, des vins et des eaux minérales en forment les trois quarts, et ce sont là malheureusement des objets de luxe qui sont forcément d'un usage restreint, dans une population aussi généralement pauvre que Test celle de TInde. Ce qu'il faut aux indigènes, dans la grande masse, ce sont des tissus de coton pour les vêtements, du fer et du cuivre pour les ustensiles domestiques, de la quincaillerie, de la coutellerie, tous articles pour la fourniture desquels nos fabricants ne sont pas en mesure de lutter sur ce marché avec les fabricants anglais.
L'INDE FRANÇAISE. 407
Renseignements commerciaux. — Les denrées et marchandises de toutes provenances sont admises à Pondichéry et en sortent en franchise de tous droits de douanes, sans distinction de pavillon.
Le sel et l'opium, dont la production et le commerce , sont interdits par des traités, sont exceptés de cette disposition.
L'introduction et la fabrication des spiritueux extraits du cocotier, du^ palmier, de la canne à sucre et du riz, sont affermées tous les ans. Les spiritueux et le tabac sont en outre soumis, pour les ventes en gros et en détail, à des restrictions et à des droits de licence déterminés par l'administration locale.
Les produits naturels ou manufacturés de l'établissement, exportés avec certificat d'origine, acquittent pour l'obtention de ce certificat des droits variant suivant la nature des produits.
Les grains et graines de toutes sortes, introduits en ville pour être vendus, acquittent un droit de raesurage variant de Zi à 6 centimes par 100 kilogrammes, suivant la nature des grains et suivant qu'ils sont introduits par terre ou par mer.
Les paquebots des Messageries maritimes et tous autres steamers nationaux ou étrangers affectés à un service périodique et régulier de navigation côtière sont affranchis des droits de port et taxes de navigation par arrêtés des 31 octobre 1862, 9 mars 1866, et 2li janvier 1883. Sont également affranchis des mêmes droits les steamers nationaux ou étrangers et les steamers de la Compagnie Katz Brothers, qui, se trouvant dans les conditions ci-dessus, font, en dehors des escales réglementaires, une ou plusieurs escales extraordinaires, ainsi que les bâtiments prenant à Pondichéry pour les ports de Flnde ou de Ceylan, ou important à Pondichéry des parties de cargaison qui n'excèdent pas 15 tonneaux.
Situation monétaire.' — La seule monnaie ayant cours
408 LtS COLONIES FRANÇAISES.
légal dans les établissements français de l'Inde est la roupie d'argent, dont la valeur est réglée annuellement par le cours moyen du change dans le commerce pendant les douze mois précédents.
La roupie se divise en 8 fanons ou 16 amias^ le fanon en 2Zi caches et l'anna en 12 païces
Les monnaies autres que la roupie et ses subdivisions sont vendues au poids.
Un établissement de crédit privilégié par décret en date du 21 janvier 1875, la Banque de l'Indo-Chine, a été autorisé à faire une émission de coupures qui circulent dans la colonie; mais cette circulation, limitée à quelques kilomètres carrés, est forcément très restreinte.
Les cours de la roupie subissent les fluctuations du marché monétaire de Londres, plus spécialement encore les variations du prix d'adjudication des bons du Trésor émis par le gouvernement anglais sur celui des Indes. L'abondance ou la pénurie du métal argent influe directement aussi sur le taux de la roupie, qui, après s'être maintenue jusqu^en 1875 à une valeur flottant aux environs de 2 fr. 50, a été fixée dans toutes les transactions du gouvernement à 1 fr. 82 pour l'année 1888.
Les moyens .de remise sur France sont loin de faire défaut ; non seulement les exportations, qui se chiffrent par une quinzaine de millions de francs par an, donnent lieu à des tirages sur France qui sont par conséquent un moyen de remise, mais les établissements de banque de Madras, aussi bien que la succursale dé la banque de l'indo-Chine délivrent des traites sur France pour des sommes illimitées.
La Banque de l'Indo-Chine a ouvert un comptoir à Pondichéry en janvier 1877. Cet établissement de crédit escompte des billets à ordre à deux signatures, négocie les mandats, traites et chèques directs ou à ordre sur l'Inde anglaise, la métropole et l'étranger. Il prête sur marchandises en magasin, sur valeurs françaises et contre dépôt de lingots ou bijoux d'or et d'argent. '
L'INDE FRANÇAISE
Il n'y a aucune réglementation locale du taux de l'intérêt dans notre colonie de Tlnde; la loi du 3 septenibre 1807 sur le taux de l'intérêt de l'argent et celle du 19 décembre 1850 sur Tusure n'y ont pas été promulguées. Le taux commercial moyen est de 9 pour 100. C'est également à ce taux de 9 pour 100 que )5e fixe l'intérêt en matière
civile. Toutefois le taux
les oscillations de Toffre et de la demande non seulement dans notre petite colonie, mais aussi et surtout les fluctuations qui se produisent sur les grands marchés monétaires de Madras, Calcutta et Bombay.
Chambre de commerce. — Pondichéry possède une Chambre de commerce, qui, réorganisée par arrêté en date du 13 août 1879, est composée de quatorze membres élus, neuf Européens ou descendants d'Européens, et cinq Indiens ayant tous leur résidence dans la ville. Le direc-
teur de Tintérieur est membre de droit ; il préside les séances auxquelles il assiste.
Les membres de la Chambre de commerce sont élus directement par une assemblée de 80 à 100 négociants, commerçants, courtiers et industriels notables, dont la moitié de la classe européenne ou des descendants d'Européens, et l'autre moitié de la classe indienne. Leurs fonctions durent six ans, le renouvellement se fait par moitié tous les trois ans.
Les attributions de cette chambre sont purement consultatives.
Industrie. — C'est à Pondichéry également que se concentre à peu près toute l'industrie de l'Inde française. Cette ville a acquis une véritable renommée par la fabrication des étoffes dites giiinëes, qui sont des cotonnades teintes en bleu avec de l'indigo.
Les guinées de Pondichéry doivent leur supériorité à la qualité des eaux de source où elles sont lavées lors de l'opération de la teinture. Elles se vendent à la côte d'Afrique, spécialement au Sénégal.
L'industrie des guinées a pris un grand développement dans les dernières années. Elle avait traversé une crise et la situation était devenue telle que nos établissements n'exportaient plus que pour 828,000 francs de ces étoffes, alors que les concurrents étrangers en jetaient sur le marché pour 1,137,000 francs. Des mesures de protection prises par l'administration métropolitaine ont remédié à cette décadence. En 1883, les importations de guinées françaises sur la côte africaine dépassaient 3 millions. Ce mouvement ascendant s'accentue chaque année. La grande usine de Savana, aux environs de Pondichéry, est en pleine activité de production.
Cet établissement, qui fonctionne à la vapeur, possède • environ 20,000 broches, 500 métiers à tisser, produit 2,500 kilogrammes de fil par jour et 23,000 mètres de toile; il ♦ emploie 1,700 ouvriers, dont 900 hommes ou adultes, 350
L'INDE FRANÇAISE. 411
femmes et 1x50 enfants. Outre ces 1,700 ouvriers, il en fait travailler encore Zi,000 à Pextérieur, dans les professions de tisserand et de teinturier.
Aucune filature n'a pu soutenir la lutte avec celle de Savana dont l'outillage est excellent. Le filage à la main a complètement disparu ; quant au tissage à la main^ il a subi les mêmes vicissitudes que dans le reste de Tlnde. La concurrence des cotonnades de Manchester et de Winterthur a réduit petit à petit sa production à quelques tissus de qualité inférieure. Toutefois on compte encore à Pondichéry et dans son territoire près de 200 métiers de tisserand.
Grâce à la propriété de ses eaux, que nous avons déjà signalée, Pondichéry reçoit, non seulement de ses alentours, mais aussi de la métropole, des toiles blanches à transformer en guinées.
L'établissement de Pondichéry possède encore, ainsi que les autres dépendances, quelques tanneries, de nombreux fours à briques, et des huileries minuscules.
On peut se faire une idée exacte du mouvement industriel par les sommes qui ont été engagées dans les industries locales en 1887, dernière année dont les statistiques nous soient parvenues :
Filature et tissage, 2 millions 18Zi, 000 francs; huilerie, 100,100 francs; teinturerie, 91,000 francs; tannerie, 36,1x00 francs; briqueterie et poterie, 36,Zi00 francs; imprimerie, 18,200 francs; bijouterie, 18,200 francs; fonderie de bronze, 9,100 francs; chaudronnerie, 9,000 francs; pêcherie, 7,280 francs; fabrication de nattes, 5,/i60 francs; conserve de viande et poisson, 3,6/i0 francs; carrières, 1,820 francs; incrustations, 910 francs.
Soit au total, 2 millions 521,610 franco, dont 2 millions 184,000 francs pour la seule fabrication des tissus. Le reste se limite, presque en tout, à une production sans importance, absorbée par les besoins de la consommation immédiate.
Une corporation d'Indiens, les Soitraires, exploite la sève ^ des divers palmiers et cocotiers, d'où on tire des liqueurs telles que le callou et Tarack.
L'industrie locale trouvait autrefois une ressource dans la fabrication du sel. En vertu d'une convention passée le 7 mars 1817, le gouvernement anglais avait obtenu, moyennant certaines compensations, le droit d'acheter à un prix déterminé le sel fabriqué dans nos établissements et excédant les besoins de la consommation. Par un second traité en date du 13 mai 1818, qui n'avait d'abord que quinze ans de durée, mais qui depuis a été prorogé indéfiniment d'un commun accord, le gouvernement anglais, dans le but de rendre plus complet le monopole de la Compagnie des Indes, a racheté le droit que nous avions de fabriquer le sel dans nos établisements, moyennant une indemnité annuelle de Zi,008 pagodes (3Zi,580 francs). En conséquence il a été stipulé qu'il ne^ serait plus fabriqué de sel sur notre territoire et que le gouvernement anglais livrerait à l'autorité française au prix de fabrication le sel nécessaire à la consommation de nos établissements. Le sel est revendu aux consommateurs par le gouvernement français ; il en résulte un bénéfice qui est versé dans le trésor local.
Cultures. — Les principales cultures, dans l'établissement de Pondichéry, consistent en : nelly ou riz en paille, côuvrant une superficie de 15,938 hectares ; menus grains, 10^219 hectares; ananas et arbres fruitiers, 6^657; potagers, 399 ; bétel, M ; tabac, Zi; indigo, Zi93; canne à sucre, 16 ; coton, 3 hectares.
Bien que les cocotiers soient en quantité très appréciable, il est impossible, sans faire double emploi, de déterminer même approximativement la place qu'ils occupent dans les terres cultivées, parce qu'ils sont disséminés dans les plaines consacrées aux diverses cultures, aussi b:en que sur les bords des grandes routes et le long des canaux. •
Le rendement de l'hectare est : pour le nelly, 650,91Zi ki-
L'INDE FRANÇAISE
logrammes; pour les menus grains, 32/i469; pour les potagers, 1 million 22Zi,387; pour le bélel, 3,113; pour le tabac, 306,528; pour l'indigo, 1 million 989,570; pour la canne, 9,339; pour le coton, 59,lZi5.
On a l'habitude de classer sous ]a dénomination de « menus grains » les arachides et graines oléagineuses,
s TU M PI. — Vieux temple.
ainsi qu'un certain nombre de cultures vivrières, telles que le kambou, le kévourou, semés en même temps et souvent sur les mêmes terrains. Il convient toutefois de mentionner avec une insistance spéciale les arachides qui, depuis quelques années, sont une source de revenus vraiment providentielle pour la colonie.
Lors de la découverte, en Europe, des couleurs tirées de Taniline, les indigos de qualité inférieure que produisait Pondichéry, sont devenus de moins en moins recherchés. L'inégalité dans la qualité des envois que faisaient alors les
marchands natifs a, en outre, complètement déprécié cette marque, et l'indigo dit de Madras est devenu d'un écoulement si difficile et d'une consommation si restreinte que les indigoteries natives, ne trouvant plus leurs produits suffisamment rémunérés, ont cessé de fabriquer.
Les cultivateurs ont alors abandonné la culture de l'indigo pour celle des arachides, qui demandent infiniment moins de soins tout en étant d'un rapport plus régulier et plus sûr. La culture de cette denrée a permis en effet d'utiliser une quantité relativement considérable de terres qui étaient auparavant tout à fait incultes. Ce sont les terrains s'étendant de Mouttirepaleon à l'étang d'Oussoudou et les terres rouges de Callopel, une série de petits déserts sablonneux, le tout se chiffrant par plusieurs centaines d'hectares.
Le relevé exact comme revenu ne peut être fait, parce que les neuf dixièmes d'arachides qui approvisionnent la place et font marcher le commerce local proviennent, ainsi que nous avons eu déjà occasion de le dire, des possessions anglaises avoisinant notre territoire.
Pondichéry possède deux jardins botaniques désignés l'un sous le nom de Parc colonial, l'autre sous celui de Jardin d'acclimatation. Le premier, fondé en 1827, couvre une superficie de 17 hectares environ. Il n'offre pas seulement au public un lieu de promenade très agréable en raison des magnifiques allées qui le sillonnent ; on y fait en outre, à l'instigation de la commission des jardins, des essais divers, notamment sur la culture de la vigne et de la vanille.
Quant au jardin d'acclimatation, créé le 15 mai 1861, son étendue est de 8 hectares 18 ares. On y voit de belles allées régulièrement plantées d'arbres et bordées de haies vives, deux vastes parterres paysagers pour la culture des plantes d'ornement et une pépinière où sont tenues en réserve les espèces dont la propagation présenterait pour les particuliers de sérieuses difficultés. Le jardin vient en
L'INDE FRANÇAISE
aide au public en lui fournissant, à des prix qui ne sont que rémunérateurs, des plantes, fleurs, fruits et légumes.
Par un arrêté en date du 18 mai 1885, il a été créé une station agronomique.
A Karikal, on cultive : le riz, 8,236 hectares, 69 ares; les menus grains, 518,93; les potagers, ll/i,88; le bétel, 15,72; l'indigo, 9,88; les bois 310,53.
Il n'existe pas à proprement parler de culture à Chandernagor; le territoire est tellement restreint qu'aucune tentative sérieuse ne pourrait être faite. A peu près tout le terrain est occupé par les maisons, les jardins et les étangs. Une seule industrie mériterait d'être améliorée, c'est la pisciculture; il serait facile d'arriver à d'excellents résultats en acclimatant dans les étangs les meilleures espèces de poissons delà Réunion et de Maurice, comme la chose a' été faite déjà à Calcutta. Le revenu de cette industrie serait relativement assez élevé, étant donnée la quantité d'étangs qui couvre le territoire et le prix où se vend le poisson au Bengale. Toutefois le gouvernement seul pourrait prendre l'initiative des mesures indispensables.
A Mahé, les principales cultures adoptées sont la canne à sucre, le riz, le coton, le café, le tabac, les bois. Le nombre d'hectares couverts est de 5,909, ayant une valeur approximative de 2 millions 606,000 francs.
Comme cultures nouvelles on a essayé le cacaoyer et la vanille. La culture du cacaoyer est peu étendue ; celle de la vanille prenait une certaine extension par suite de l'encouragement que donnait aux cultivateurs la prime votée par les conseils électifs; mais la prime ayant été supprimée, cette culture perd chaque jour de son importance.
A lanaon nous trouvons le nelly, 212 hectares 06 ares ; les menus grains, 212 hectares 93 ares ; les indigotiers, 30 hectares 29 ; les bananiers 3 hectares 02 ares ; le tabac 94 ares.
Les cultures de nelly, faites à Mettacoour, à Adivipaléon et à France-Tippah, ont été presque entièrement détruites
par les inondations du Godavéry. La culture de la canne à sucre est insignifiante ; 25 conjons sont cultivés pour le piment.
Main-d'oeuvre ; Immigration; Émigration; Colonisation. — Les travailleurs indigènes de toutes sortes sont en abondance, chaque métier formant une corporation ou caste spéciale. Les travaux des champs dans la population hindoue sont en grand honneur et fort courus.
Les ouvriers maçons, serruriers, ferblantiers, menuisiers, ébénistes, charrons, bien surveillés, apportent dans leurs travaux le fini et la perfection des ouvriers européens ; ils ont de plus sur nos compatriotes l'avantage d'une sobriété et d'une patience à toute épreuve.
Leur salaire est dérisoire, comparé aux prix métropolitains ; il est en moyenne de 1 fr. 20 à 1 fr. 50 par' jour, pour les ouvriers hors ligne, de 0 fr. 90 à 1 franc pour les ouvriers ordinaires, et de 0 fr. /lO à 0 fr. 50 pour les aides et manœuvres, ces derniers étant presque toujours des femmes.
Certaines spécialités plus rémunérées, telles que chauffeurs et mécaniciens, auraient besoin dans les débuts de quelques ouvriers européens, mais dans les débuts seulement; car les indigènes se familiarisent très rapidement avec la manœuvre des diverses machines, et leur constitution spéciale leur procurera toujours un avantage sous ce climat torride.
Un boulanger, pris à la journée, sans nourriture, gagne de 0 fr. 91 à 1 franc ; un menuisier 0 fr. 90; un maçon
0 fr. -80 ; un cordonnier, [un ferblantier, un forgeron, un sellier O.fr. 70. Seuls les charrons font des journées de
1 fr. 15 et les mécaniciens peuvent gagner jusqu'à 3 fr. 65 au chef-lieu et 5 fr. /i5 dans l'intérieur.
En résumé, vu l'abondance de bras et la modicité des salaires, toute la catégorie des industries qui sont du domaine de la classe ouvrière en France ne sauraient lui offrir ici aucun débouché sérieux et durable.
Divinités et instruments de, musique, hindous. Océan Indien. 27
Aussi l'immigration est-elle nulle. On ne saurait considérer comme telle la venue de loin en loin d'un ou deux Européens, heureux de pouvoir, faute d'autre ressource, trouver une place dans une maison de commerce. Ils ne pourraient d'ailleurs sans danger se livrer à la culture de la terre, et le salaire qu'ils en retireraient serait insuffisant pour subvenir à leurs plus pressants besoins. Même les coolies de la Chine ne sont pas capables de rivaliser sur ce point avec les travailleurs natifs dont regorge la petite industrie. Chose presque incroyable : il faut tabler sur un écart de 0 fr. o5 à 0 fr. 06, rien de plus, entre le salaire de la journée avec nourriture et le salaire de la journée sans nourriture.
Il y a là un problème douloureux qui n'a pas toujours été résolu avec assez de prévoyance et qui a amené, sur certains points des possessions anglaises, de véritables désastres. On a voulu expliquer la faiblesse relative de l'Indien, comparé à l'Européen, par diverses causes ; on en a accusé la religion qui lui prescrit une nourriture spécialement végétale ; mais toutes les sectes ne sont pas exclusivement végétariennes : un fait capital, mis en lumière par les statistiques, c'est que 200 millions d'Hindous doivent tromper leur appétit par un régime d'alimentation tout à fait insuffisant. La jfaim règne en permanence, dans ces multitudes, et quand l'année, par mauvais sort, donnait des récoltes inférieures à la moyenne, on a vu sévir des famines, qui, dans une seule province, faisaient périr un quart ou un tiers des habitants. Depuis 1771, année où 10 millions d'individus moururent d'inanition, dans le Bengale et le Baliar, vingt et une grandes famines se sont suc* cédé, faisant des victimes par millions. La dernière, celle de 1877, a enlevé Zt millions d'hommes. Et cependant Calcutta continuait d'exporter des grains et des farines. Il fallut l'intervention du gouvernement anglais pour mettre fin à cette anomalie monstrueuse.
Maintenant du moins, grâce à une plus juste répartition
L'INDE FRANÇAISE
des ressources et surtout à ramélioration des voies de communication, le retour de pareilles calamités est devenu à peu près impossible.
Ajoutons, que, dans les régions les moins fertiles, surtout dans la partie méridionale du territoire, une émigration assez active enlève les excédents de population.
C'est par Pondichéry et Karikal presque exclusivement que sont sortis les émigrants indiens qui se sont rendus pendant ces dernières années dans diverses colonies.
Une société dite d'émigration, établie à Pondichéry et composée des principales maisons de commerce de Pondichéry et de Karikal, était chargée avec privilège, jusqu'en 1862, de tous les détails de recrutement et livrait aux colonies les contrats d'engagement à 39 roupies pour la Réunion et Zi2 roupies pour les colonies d'Amérique.
La convention conclue avec le gouvernement anglais le i*^^ juillet 1861, et par laquelle tous les ports de l'Inde anglaise sont ouverts à nos recruteurs, est venue modifier cette situation. L'article 2 de cette convention stipule que le gouvernement français confiera, dans chaque centre de recrutement, la direction des opérations à un agent de son choix qui recevra Vexequatur du gouvernement britannique; la société d'émigration ne pouvait donc plus subsister officiellement.
Le gouvernement de Pondichéry donne des instructions aux agents pour l'exécution de la convention, l'expédition des convois et la marche générale du service.
Chaque colonie débat librement avec les agents d'émigration les conditions des expéditions d'émigrants qu'elle réclame de chacun d'eux, mais le maximum des prix de cession est fixé par le Ministre de la Marine.
Une commission, dite commission d'émigration, est chargée de la visite des navires présentés pour être affectés au transport des émigrants, ainsi que des vivres, médicaments, ustensiles, prescrits à titre d'approvisionnements pour le service des travailleurs.
Cette surabondance extraordinaire de population, qui porte les maîtres du pays à favoriser, dans une certaine mesure, le dépeuplement, rendrait, — la chose se conçoit sans peine, — absolument chimérique toute idée dV introduire des colons au sens propre du mot. On a souvent voulu comparer, au point de vue de la colonisation, les Français aux Anglais, en prenant Plnde pour exemple. Aucun exemple ne saurait être plus mal choisi, et s'il fallait accepter la comparaison, elle ne tournerait pas à notre désavantage. Llnde n'a jamais été pour l'Angleterre qu'un pays de conquête; les Anglais s'y sont réservé exclusivement les professions libérales et le haut négoce; ils n'ont jamais songé à entreprendre l'exploitation directe du sol ; leur prestige aux yeux des natifs en aurait pu être diminué.
Coût de la vie. — ■ Le prix des objets nécessaires à la vie est fort peu élevé dans notre colonie de l'Inde, et il faut bien qu'il en soit ainsi puisque le salaire du travail est d'une extrême modicité.
Laissant de côté la nourriture de la classe indienne, qui ne consiste la plupart du temps qu'en riz bouilli assaisonné d'un maigre carré d'herbe ou de poisson, nous ne fournirons quelques détails que sur l'alimentation européenne.
Les chiffres suivants donneront un aperçu suffisant du bon marché relatif de la vie matérielle. C'est ainsi que le mouton coûte, la première qualité de 0 fr. 30 à 0 fr. 37 la livre ; la seconde qualité 0 fr. 25 ; le bœuf, la première qualité 0 fr. Zi5 la livre, la seconde qualité 0 fr. 23 ; morceaux de choix, filet, etc., 0 fr. 90 la livre; œuf 0 fr. Oli pièce ; volaille de 0 fr. Zi5 à 0 fr. 60 pièce ; canard de 1 fr. 20 à 1 fr. 50 pièce; gibier, perdrix, caille, etc., de 0 fr. 08 à 0 fr. 30 pièce ; légumes, pommes de terre, haricots de 0 fr. 12 à 0 fr. 15 la livre ; riz et pain de 0 fr. 30 à 0 fr. 90 le kilogramme.
Une barrique de vin de 220 litres revient à 157 fr. 70 ; un litre de rhum à 3 fr. Qli ; un litre de vinaigre à 0 fr. 91; un litre d^huile à 0 fr. 61.
L'INDE FRANÇAISE. 421
Sauf en ce qui concerne Thuile et certaines denrées locales, presque tous les prix sont un peu plus élevés dans l'intérieur qu'au chef-lieu.
L'outillage individuel non plus n'entraîne pas d'extraordinaires dépenses. On a une voiture à bœufs pour 110 fr. au chef-lieu, pour 100 francs dans l'intérieur ; une charrue
Chindabaram. — Les Mille Colonnes.
pour 3 fr. 65 ; une hache pour 2 fr. 75 ; une pioche pour 3 fr. 20 ; une pelle pour 2 fr. 75 ; un marteau pour 0 fr. 90; une scie à main pour 1 fr. 80.
Quant aux vêtements, voici le résumé des prix courants les plus usuels :
Costume européen. — L'habillement complet en drille anglais coûte de 9 à 12 francs ; l'habillement complet en alpaga, de 30 à 35 francs ; la douzaine de chemises en coton, de 30 à 35 francs; une chemise de travail coûte 2 francs ; une paire de chaussettes 2 fr. 73 ; une paire de
souliers 2 fr. 28 ; une paire de bottines de 6 à 10 francs ; nn chapeau de feutre, environ 15 francs.
Costume indigène, — Hindou riche et de caste, costume ■ordinaire, Ix roupies (9 fr. 60). Costume d'ouvrier, 1 roupie (2 fr. ZiO). Quant aux costumes indigènes pour les cérémonies diverses, le prix en est tout naturellement subordonné aux ressources de chacun.
Le prix des logements est^ pour les Hindous, en moyenne de 7 francs par maison et par mois ; de 10 à 12 francs pour les gens à chapeau ou métis ; de 25 à 30 francs pour les Européens célibataires ; et de ZiO à 100 francs pour ceux <iui sont mariés.
/ Les logements deviennent de plus en plus rares, une grande partie des anciennes maisons disponibles à cet effet se louant avec plus de profit comme magasins de dépôt pour les marchandises. Ajoutons aussi que tous les logements susmentionnés sont toujours loués non meublés, ce •qui offre un grand inconvénient aux fonctionnaires arrivant d'Europe.
Hygiène. — Certaines parties de l'Inde sont exposées, par le fait même des conditions climatériques, à des épidémies terribles. C'est dans les plaines marécageuses du Gange que le choléra a pris naissance, et il y est presque à l'état permanent. Il suffit d'une foire ou d'un pèlerinage, amenant sur un point une agglomération passagère, pour que le fléau se propage avec une effrayante rapidité. On a calculé, d'après les naissances, que la population indigène se doublerait en vingt ans, si elle n'était décimée par les maladies; l'éléphantiasiset la lèpre y sont très communes; la mortalité, en grande partie due à la petite vérole, sévit sur les nourrissons, et la misère et la mauvaise hygiène de 200 millions d'Hindous condamnent à la mort en bas âge plus de la moitié de chaque génération nouvelle.
Les Européens n'ont pas à redouter spécialement le climat. L'acclimatement leur est devenu facile à condition de se plier à de sévères précautions. Ceux d'entre eux qui
L'INDE FRANÇAISE
sont le mieux disposés à supporter l'élévation constante de la température sont évidemment les Européens du Midi. S'il leur arrive d'être frappés dès le débarquement, bien que dans la force de l'âge, il faut la plupart du temps attribuer ces accidents à l'imprudence, qui les porte à affronter l'action du climat sans ménager les transitions et sans mo^ difier le genre de vie accoutumé dans les pays tempérés. Les hépatites, maladies qui affectent le plus communément les Européens sur toute la surface de la Péninsule, et qui épargnent seulement quelques enclaves privilégiées, telles que Pondichéry, sont en proportion directe de l'usage que font ces étrangers des spiritueux et des boissons enivrantes; l'indigène sobre n'y est point exposé. De même, la goutte n'atteint que les colons oisifs et bien nourris, épargnant les travailleurs natifs. 11 suffit pour y échapper de maintenir le corps dispos par un exercice constant.
Il y a lieu de présumer, d'après les indices recueillis, que la température serait redoutable surtout pour les enfants; il est impossible toutefois de porter sur ce point aucune affirmation certaine, car la grande majorité des Européens, appartenant à la classe riche, envoient leurs fils et leurs filles au pays d'origine, dès les premières années de l'enfance.
Voici la liste des décès épidémiques relevés dans la colonie pendant la période quinquennale 1883-1887 :
En 1883 : par dysenterie, lZi3; par choléra, 115; par fièvres, 31x2; soit ensemble 598.
En 188Zi : dysenterie, 167; choléra, 3Zi5; fièvres, M5; total 957.
En 1885 : dysenterie, 15Zi; choléra, 115; fièvres, 308; total 577.
En 1886 : dysenterie, 89; choléra, 0; fièvres, 19Zi ; total 283.
En 1887 : dysenterie, 108; choléra, à; fièvres, 2/i0; total 352.
Des conseils d'hygiène et de salubrité publique ont été
institués : à Pondichéry par l'arrêté du 4 mai 1872; à Karikal par celui du 21 avril 1881; à Yanaon, par celui du 2 novembre 1883.
Pondichéry possède, depuis 1853, un hôpital colonial qui contient une quarantaine de lits et qui reçoit les officiers et assimilés, les marins du commerce, les indigents et aussi les particuliers qui veulent s'y faire traiter.
Voies de communication. — Les établissements français de rinde communiquent entre eux au moyen des vapeurs de la British ladia Company, qui font la côte.
Pondichéry et Chandernagor correspondent directement avec TEurope par les paquebots des Messageries maritimes. De plus Pondichéry communique également avec l'Europe par l'intermédiaire des nombreux vapeurs anglais et français qui viennent prendre des chargements d'arachides, et avec les Antilles et la Guyane par les voiliers àémigrants.
De Pondichéry et de Karikal des relations constantes sont établies avec les îles Maurice et de la Réunion par les voiliers qui viennent à ordre et qui vont prendre charge à Calcutta ou à Cocanada; Pondichéry est relié à ces mêmes îles et aux Seychelles par les paquebots français des Messageries maritimes. Les deux villes sont, en outre, en communication fréquente avec Pinang et Singapore p"ar des vapeurs anglais appartenant à diverses compagnies et par les Messageries maritimes {via Colombo) qui vont en Cochinchine et en Chine.
Sur les lignes de la Compagnie française des Messageries maritimes, le prix des passages est divisé en quatre classes et le prix des places pour la traversée de Marseille à Pondichéry est, par personne, de :
- Première classe 1,500 francs.
Deuxième classe 1,200 —
Troisième classe,, 600 —
Quatrième classe : \ ^^'^î' «aa
^ ( pont sans nourriture. 300 —
Durée du voyage, entre 20 et 22 jours.
L'INDE FRANÇAISE
" En ce qui concerne la première classe, le prix indiqué ci-dessus donne droit à une place dans une cabine à 2 couchettes du salon des premières et de la batterie.
Les voyageurs qui demandent l'usage exclusif d'une cabine à une ou à deux couchettes de i'^^ classe ont à payer 50 pour 100 en plus du prix plein d'une place de l'^® classe.
11 est alloué à chaque voyageur payant pour l'usage ex-
Psylles (charmeurs de serpents).
clusif d'une cabine de 1^^ classe, une franchise totale de bagages de 250 kilogrammes; à chaque passager de i''^ ou de 2« classe, une franchise de bagages de 150 kilogrammes; aux enfants payant demi-place et aux passagers de 3^ et de à"" classe, 75 kilogrammes.
Les excédents de bagages sont taxés au prix uniforme de 25 francs par 100 kilogrammes pour tous les parcours, sauf pour les traversées d'un port à l'autre immédiatement voisin pour lesquelles la taxe est de 15 francs par 100 kilogrammes.
La réduction de 30 pour 100 à laquelle ont droit les pas-
sagers du gouvernement s'applique également aux excédents de bagages.
Nous pouvons donner, à titre d'indication utile, le tableau des prix de voyage et de transport entre les dififérents points de la colonie.
DE PONDICHÉRY A GhANDERNAGOR !
classe : 171 fr. 08; 2^ classe : 127 fr. 40; 3« classe : 34 fr. 58
„ . ) vapeur.. 18 fr. 20 (6 jours de traversée).
J^ret par tonne : j ^^.^.^^ fr. 74 (12 - ).
DE PoNDICHÉRY A KARIKAL l
i^^ classe : 18 fr. 20 ; 2« classe : 9 fr. 10; 3« classe : 5 fr. 46.
Fret nar tonne • ^ sapeur. . . . 5 fr. 46 (1 jour de traversée), i^ret par tonne . ^ ^^.^.^^ .... 3 fr. 64 (2 - ).
DE Pondichéry a Mahé :
l'e classe : 178 fr. 36; 2^ classe : 91 francs; 3« classe : 36 fr. 40.
Frpt nar tonnp • S vapeur.. . 18 fr. 20 (12 jours de traversée), fret par tonne . j ^^.^.^^^ ^ fr. 74 (24 - ).
DE PONDICHÉRY A YaNAON :
l'*' classe : 109 fr. 20; 2« classe : 54 fr. 60; 3« classe : 21 fr. 84.
Fret par tonne : \ ^^P,^^^' ' ' f ' ^^^^^ traversée). ^ ( voilier ... 7 fr. 28 (6 — ).
Gomme nous l'avons dit déjà, Pondichéry est relié au réseau de l'Inde méridionale {South India Railway), par un chemin de fer qui, partant de la jetée embarcadère et passant par Villenour, se soude à Belpur sur l'artère principale.
La longueur du tronçon en territoire français est de 11 kil. 270.
. La construction et l'exploitation de la ligne, qui a été
L'INDE FRANÇAISE. 427
inaugurée le 15 décembre 1879, ont été confiées à une compagnie constituée sous le titre de Pondicliery Railway Company Limited. La durée de cette concession est fixée à quatre-vingt-dix-neuf ans; passé ce délai, la colonie sera subrogée à tous les droits de la compagnie sur le chemin ,de fer et ses dépendances.
Aux termes de la convention passée, la moitié des bénéfices nets, pendant toute la durée de la concession, appartient au gouvernement de rinde française.
Sur toute l'étendue de la iigne concédée, le gouvernement français, pour le transport des lettres, des dépêches et des agents nécessaires au service des postes et pour celui de ses fonctionnaires et agents, jouit de tous les droits, faveurs et immunités attribués au gouvernement anglai:5 sur le chemin de fer de la compagnie de rinde méridionale.
Les chemins de fer anglais, avec de longs détours mais sans interruption maintenant, mettent en communication nos différents comptoirs.
Le service des postes est organisé comme en Europe.
Les possessions françaises de l'Inde sont reliées entre elles et avec l'Europe par le télégraphe électrique terrestre et sous-marin. C'est un agent du gouvernement anglais qui fait le service à Pondichéry.
Conclusion. — En résumé, notre colonie française de l'Inde, par les conditions particulières où la placent la densité des populations indigènes et sa situation en quel-
Mariés hindous.
que sorte dépendante, du côté de terre, au milieu des possessions anglaises, ne saurait offrir à nos compatriotes un lieu d'émigration favorable. Les barrières de douanes dont elle est entourée la maintiendront toujours en état d'infériorité vis-à-vis des concurrents britanniques, qu'il s'agisse d'écouler vers l'intérieur les produits de l'industrie locale ou les importations de la métropole.
Au contraire elle serait appelée à devenir un centre commercial de premier ordre, si on s'attachait avec quelque esprit de suite à mettre en valeur les ressources dont elle dispose et à perfectionner son outillage maritime. La position géographique de Pondichéry est merveilleuse, — la plus belle peut-être de l'Inde entière. Elle a l'incomparable avantage d'être baignée par une mer beaucoup moins houleuse que la côte de Madras, et que ne viennent jamais bouleverser les cyclones; elle se trouve sur la route des paquebots; elle s'élève dans une région où un contact assidu de deux siècles a fait connaître et accepter l'influence de la France ; encore aujourd'hui le français est parlé plus purement par les indigèn'^s de Pondichéry que l'anglais par les habitants des grandes villes de l'empire indien. La population du territoire a sextuplé, depuis qu'il nous a fait retour.
Malheureusement, le port n'offre à la navigation que des aménagements imparfaits.
Pour remédier à cet état de choses, au commencement de i88Zi, deux ingénieurs ont été chargés par un groupe de négociants et d'industriels de France et de l'Inde d'étudier, au point de vue technique, la possibilité de creuser un port en eau profonde, avec quais et docks, à l'embouchure de la rivière d'.Ariancoupom, distante de Pondichéry de moins d'un mille.
Les difficultés matérielles que l'on aurait pu redouter il y a quelques années se trouvent en partie résolues depuis la construction, dans des conditions à peu près similaires, des jetées de Madras et de Colombo.
L'INDE FRANÇAISE
Pondichéry deviendrait d'abord une station de ravitaillement pour nos navires de guerre allant en extrême Orient ; mais, en dehors de cet avantage stratégique, les résultats heureux qu'amènerait la création d'un port abrité sont énormes.
Depuis les riz de la côte jusqu'aux cotons de Tinnevely, au sud de la péninsule, tous les produits susceptibles d'être exportés convergeraient vers l'unique point du littoral où les marchandises pourraient être embarquées à quai et par tous les temps. Indigo, café, arachides, poivre, peaux, de la province de Madras, viendraient y aboutir, grâce au raccordement des voies ferrées . Ce serait l'entrepôt central du Sud et le lieu de transit de tout le riche commerce qui se distribue actuellement, faute de mieux, sur les rades ouvertes de Madras, Négapatam, Taïcoup, ou qui est même dirigé sur Bombay, Goa, Calicut, Kochin, malgré l'élévation des prix de transport par terre.
On estime qu'en dix ans les travaux du port pourraient être payés par les droits, et ces droits ne pèseraient pas trop lourdement sur les marchandises qui en seraient frappées, car la création des quais supprimerait les frais de traction, de batelage, les déchets résultant de l'embarquement par les chalingues. En outre la rapidité des manœuvres diminuerait de moitié ou des deux tiers les jours de planche, en sorte que le fret des vapeurs venant se charger ou se décharger à Pondichéry arriverait peut-être à donner une bonification de 10 ou 15 pour 100 sur le fret demandé à l'heure actuelle.
Notre colonie de Tlnde appelle de tous ses vœux la réalisation d'un projet qui, plus que toute autre conquête, en ferait une colonie de premier ordre.
Renseignements statistiques.
Comparaison entre les années 1867 et 1887. Population.
1867 257,500 ) . , oo ^ao
^gg^ , 279'o66 j ^^gn^entation 22,566
Instruction (sachant lire et écrire).
1887. . . . pas de recensement.
Importation.
1867 6,848,859 nno /aa
1887 5^945,459 S Diminution 903,400
Exportation.
Augmentation 4,234,213
Animaux domestiques.
Bœufs et vaches 1867 44,376
Lignes ferrées.
1887 11 km. 270
Lignes télégraphiques.
1867 11 km. 270
1887 11 km. 270
Recettes et dépenses.
Recettes.
1867 1,542,664 /. ^ aca oc^K
1887 2,169,059 ( Augmentation 626,395
Dépenses.
1867 1,482,431 ) . ^ ^.^ nnr
1887 2,094,435 \ Augmentation 612,004
L'INDE FRANÇAISE
Bibliographie.
Le colonel Gentil, — Histoire des radjahs de VHindoustan
(1772) (Bibliothèque nationale).
L'abbé Dubois. — Mœurs ^ institutions et cérémonies des
peuples de Vlnde (1825) (Bibliothèque de la
marine).
Henri Martin. — Histoire de France, Jouvet et C'«, MiGHELET. — Histoire de France, DE Roujoux et Main GUE T. — Histoire d'Angleterre* L. ToDiÈRE. — Précis d'histoire de V Europe (Jules Delalain).
G. Le Bon. — Ouvrages sur Vlnde, Collection du Journal des Débats (année 1867). Élisée Reclus. — Nouvelle Géographie universelle (Hachette et G'^).
E. Levasseur. — La Fraiice avec ses colonies (géographie et statistique) (Ch. Delagrave).
Annuaire des Établissements français dans Vlnde (Imprimerie du gouvernement à Pondichéry).
Notices coloniales publiées à l'occasion de V Exposition universelle d'Anvers (Imprimerie nationale).
Tableaux statistiques adressés à l'Administration des colonies à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889 (Inédits).
Collections photographiques de PExposition permanente des colonies.
Collections photographiques de la Société de géographie.