‹ Les colonies françaises; (volume 3)Chapitre 3 sur 29 · CHAPITRE PREMIER Précis historique · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Précis historique

Prise de possession au nom de la France. — Début de la colonisation. — L'île est concédée à la Compagnie des Indes (1665). ~ L'île retourne au roi après la faillite de la Compagnie des Indes, en 1764. — Pendant la période révolutionnaire. — Sous Napoléon Bonaparte. — Après plusieurs descentes infructueuses, les Anglais s'emparent &e l'île le 8 juillet 1810. — Elle est rétrocédée à la France le 6 avril 1815. — Le 8 janvier 1817 le gouvernement de la Restauration abolit la traite. — Les hommes célèbres.

Prise de possession au nom de la France. — L'île de la Réunion fait partie de l'ancien domaine colonial de la France, dont on peut dire qu'elle fut longtemps comme la perle. La beauté et la salubrité de son climat, la richesse

de son soi, le pittoresque et la diversité de ses sites justifient pleinement les enthousiasmes nombreux qu'a provoqués ce pays favorisé, dont les fils, si Français, se sont toujours honorés de professer à l'endroit de la mère patrie le culte le plus ardent.

C'est en 1638 que le capitaine Salomon Gaubert prit, au nom du roi, possession de l'île; absolument déserte, elle était, à cette époque, connue sous le nom d'île Mascareigne, qui lui venkit du passage à travers ces parages, en l'an 15Zi5, du navigateur don Pedro Mascarenhas. On peut croire qu'elle a été découverte en même temps que les îles Rodrigue et Maurice, par Diego Fernandès Pereira, dont elle aurait reçu son premier nom, Santa Appolonia, A ces premières dénominations il faudra plus tard ajouter celles d'île Bourbon et d'île Bonaparte qui lui ont été données successivement, marquant les étapes de notre histoire.

La formalité de la prise de possession au nom de la France fut renouvelée plusieurs fois et à des intervalles rapprochés. D'abord, en 16/i2, par de Pronis^ agent de la Compagnie des Indes à Madagascar, qui, rapporte-t-on, ayant eu à réprimer une révolte de ses propres compagnons, en déporta dans l'île une douzaine choisis parmi les plus mutins.

Tels auraient été les premiers colons européens de la Réunion. Cependant ils avaient disparu quand, en 1663, débarquèrent deux Français, dont l'un se nommait Payen, amenant avec eux sept noirs et trois négresses de Madagascar. Les noirs auraient bientôt abandonné leurs maîtres pour se réfugier dans les montagnes de l'intérieur, créant ainsi le premier noyau des tribus de nègres marrons.

DÉBUT DE LA COLONISATION. — Dcs occupauts plus séricux arrivèrent presque aussitôt après de Lorient, sur le navire le Taureau, pour succéder à Payen ; ceux-ci étaient des employés et ouvriers, envoyés par la Compagnie des Indes orientales, à laquelle le roi venait de faire la cession du pays dont elle avait enrichi ses États (166/i).

LA RÉUNION

Étienne de Flacourt, successeur de de Pronis, avait déjà, quelques années auparavant, baptisé, de sa propre initiative, rîle du nom de Bourbon, en affirmant les droits de son souverain sur ce nouvel Éden.

Enfin, Jacob de la Haye accomplit encore, en 1671, la cérémonie de prise de possession officielle, et la tradition a conservé le nom de la Possession au village situé à Test de la pointe des Galets, où eut lieu cette consécration définitive des droits de la France.

La Compagnie des Indes. — En 1665, la Compagnie des Indes nomme un preniier gouverneur de l'île et choisit pour titulaire de ce poste Étienne Régnault. Mais à partir de 1689, c'est le roi qui nommera les gouverneurs. Ces dernières dates marqueront aussi le point de départ de la véritable ère de colonisation et de prospérité de l'île.

Dans la longue liste des gouverneurs qu'a comptés le pays, les noms les plus marquants, pour cette époque d'activité et de progrès, sont ceux ; de Dumas, qu'on peut à bon droit considérer comme le réel fondateur de la colonie et qui séjourna à Bourbon de 1727 à 1735; — de Labourdonnais, l'illustre Malouin, qui appartient à notre histoire par sa carrière si éclatante et si troublée, et qui fut gouverneur général des îles de France* et Bourbon, de 1735 à 17ZiO et de 17Zi2 à 17/i6, réunissant ainsi les deux îles sous son autorité;— de Poivre enfin, commissaire général de la marine, nommé en 1767 intendant des îles de France et Bourbon.

Ces noms connus ou célèbres correspondent aux périodes les plus remarquables du développement matériel de la colonie.

Retour au roi. — En i76Zi, la Compagnie des Indes tombe en faillite et Bourbon fait retour au roi qui, par une ordonnance du 25 septembre 1766, règle les conditions nouvelles du gouvernement des deux îles. ,

1. Aujourd'hui île Maurice : dès l'année 1721, Duronguet le Toullec avec pris possession de l'île de France que venaient d'abandonner les Hollandais.

Un gouverneur général et un intendant résident à l'île de France et un gouverneur particulier, assisté d'un commissaire ordonnateur de la marine, à Bourbon.

De nouveau, comme sous Labourdonnais, le siège de l'administration et du gouvernement se trouve transféré à Port-Louis. L'île de France d'ailleurs offrait, pour une défense utile dans les luttes maritimes, par ses havres et ports^ des facilités dont Bourbon était totalement dépourvue^ ses côtes ne présentant, à cette époque, aucun abri sûr aux navires.

Cette infériorité eut pour résultat de reporter plus loin le théâtre des guerres acharnées soutenues, au dernier siècle, par la France dans les mers des Indes contre les nations rivales, sans empêcher toutefois les créoles de la Réunion de participer aux brillants combats qu'engagaient les Labourdonnais et les Suffren.

La période révolutionnaire. — La part que prenait la florissante colonie aux événements qui se passaient en Fraace s'accusa davantage lorsque s'ouvrit la période de la Révolution. L'esprit et les mœurs de la population ne la la prédisposaient ni aux excès ni aux violences sanguinaires, et on peut dire que Bourbon profita presque exclusivement des bienfaits de la rénovation politique, sans en subir les dangereuses secousses.

Le IZi juillet 1790, ses représentants assistaient à la fête de la Fédération et saluaient l'ère nouvelle, au nom de leurs concitoyens.

Dès le 25 mai de la môme année, s'était réunie à Saint- Denis, la capitale de l'île, l'assemblée générale des députés des quartiers, composée de cent vingt-cinq membres. Cette assemblée rassembla tous les pouvoirs, organisa les municipalités, la garde nationale, et se retira, le 5 octobre 1790, après avoir élu des députés à l'Assemblée nationale.

Elle fut remplacée par une assemblée coloniale qui promulgua les lois adoptées par l'Assemblée nationale sur la

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noblesse, les biens du clergé, arbora le drapeau tricolore, et créa du papier-monnaie dit « de confiance ».

Les îles de France et de Bourbon fusionnèrent et, à raison de cet événement, Bourbon reçut des patriotes réunis des îles sœurs le nom emblématique de la Réunion.

Le 16 mars 1791, la République fut proclamée, et une nouvelle organisation créée. L'élection des juges tout d'abord fut votée; l'ancienne juridiction royale fut remplacée par un tribunal de première instance et une cour d'appel; des justices de paix furent instituées.

Ces changements, comme nous l'avons dit, s'opéraient, en dépit de l'effervescence du temps, dans un calme relatif. Cependant le gouverneur Duplessis, le 11 avril 179/i, fut arrêté par les patriotes et emprisonné à l'île de France. Deux attaques, dirigées contre l'assemblée coloniale, en avril 1797 et en février 1799, avaient dû être réprimées et les insurgés furent condamnés à la déportation.

Sous Napoléon Bonaparte. — Mais bientôt se manifestait à nouveau l'autorité du gouvernement métropolitain. Le général Decaen, capitaine général des Établissements de l'est du cap de Bonne-Espérance, arrivait, porteur de l'arrêté consulaire du 2 février 1803 sur l'organisation administrative des deux colonies.

Le gouvernement général était confié au gouverneur de l'île de France, assisté d'un Préfet colonial et d'un commissaire de justice; à la Réunion s'établissaient un commissaire particulier et un sous-préfet.

C'était un retour à l'état de choses existant avant 1790, la colonie se trouvant replacée sous la direction de l'île sœur.

Une proclamation du 15 août 1806 donna à la Réunion le nom dHle Bonaparte,

Le capitaine général s'occupa surtout de législation, promulgua successivement le code civile le code de procédure, le code de commerce, de nombreux arrêtés et règlements.

LES COLONIES FRAÎS^ÇAiSÈâ.

La sodveraineté anglaise et la rétrocession a la France . — Mais les tranquilles destinées de la colonie allaient être suspendues par les effets de la guerre. Le 16 avril 1809, les Anglais débarquaient à Sainte-Rose et y détruisaient une batterie; le 21 septembre, ils opéraient une nouvelle descente à Saint-Paul. Ne pouvant supporter cette nouvelle violation du territoire, le gouverneur des Brulys se donna

la mort. Enfin le 8 juillet 1810, les Anglais, sous le commandement d'Abercombrie, forcèrent l'île à capituler; privés de tout secours par mer, nos compatriotes, après une énergique défense dans la plaine de la Redoute, durent mettre bas les armes.

Le gouverneur de Sainte- Suzanne signa la reddition.

L'île resta au pouvoir de l'Angleterre jusqu'au 6 avril 1815, date à laquelle elle fut rétrocédée à la France.

A cette époque, la Réunion reprit son ancien nom de Bourbon. Le gouvernement de la Restauration y installa de nouveaux gouverneurs.

Abolition de la traite. — La République française avait généreusement proclamé l'abolition de l'esclavage; mais les planteurs, encouragés par le gouverneur général Malartic, avaient résisté aux ordres de la mère patrie. Les commissaires envoyés par le gouvernement de la République avaient été rembarqués avec les soldats qui les avaient accompagnés.

Le 8 janvier 1817, le gouvernement de la Restauration abolissait de nouveau la traite.

LA RÉUNION

* Le 21 août 1830, le drapeau tricolore, depuis quinze ans disparu, était pour la seconde fois arboré à Bourbon. Un des premiers actes du gouvernement de Juillet fut de proclamer régalité entre les citoyens.

La seconde République restitua à la colonie son nom de Réunion qui avait été consacré, en 1793, par un décret de la Convention. Une loi de 18Zi5 avait donné aux esclaves la faculté de se racheter.

Le gouvernement provisoire proclama leur émancipation et leur accorda, avec la liberté, la qualité de Français. En 1870, les droits de vote et d'éligibilité leur étaient conférés.

En étudiant en détail Tadministration de la Réunion, nous compléterons son histoire dont le cours, depuis le rattachement à la mère patrie, n'est plus, en fait, qu'une succession de modifications ou dè progrès intervenus dans le régime intérieur de l'île.

Les hommes célèbres. — Nous ne terminerons pas ce chapitre sans avoir rappelé que dans l'île de la Réunion virent le jour, au siècle dernier, deux écrivains qui ont laissé un nom dans les annales de la littérature française, Antoine Berlin et le chevalier de Parny. Poètes anacréontlques, ils ont tous les deux produit des œuvres dont le caractère léger et voluptueux, l'élégance et la grâce^ reflètent les mœurs frivoles de la société du temps.

Bertin, né à Bourbon en 1752, avait embrassé la carrière des armes et devint capitaine de cavalerie. Il est l'auteur d'un recueil de poésie, les Amours^ ouvrage qui eut un

iO LES COLONIES FRANÇAISES.

grand succès. Le poète mourut à Saint-Domingue, à l'âge de trente sept ans, emporté par une fièvre qui l'avait saisi dans cette colonie le jour même de la cérémonie de son mariage avec une jeune créole dont il s'était épris en France. Bertin était l'ami très fidèle de Parny.

Ce dernier était né en 1753, à Bourbon également. 11 se destina d'abord à l'Église et aurait, dit-on, voulu se faire trappiste. Mais ce n'était point là sa vocation, et, comme Bertin, on le vit plus tard capitaine de dragons. Parny l'emportait sur son émule en élégies par son penchant extrême à la licence. Sa poésie est souvent érotique.

Lorsqu'il mourut en 1814, le chevalier faisait depuis longtemps partie de l'Institut.

Le poète Leconte de Lisle, dont s'honorent nos lettres, est créole de la Réunion; c'est dans la ville de Saint-Paul qu'est né le successeur de Victor Hugo à l'Académie.

La Mangue.

Les Sources de Mafatte.

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