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CHAPITRE IV Économie politique et sociale

Productions du sol. — La canne à sucre, café et riz. — Cultures diverses. — Vanille. — Coton. — Textiles. — Productions industrielles. — Maind'œuvre. — Minerais. — Mouvement commercial. — Forêts. — Bois et essences. — Immigration. — Budgets. — Monnaies. — Moyens de communication. — Presse.

Productions du sol. — On estime que la quantité d'hectares en culture dans Tîle de la Réunion se rapproche du chiffre de 60,000 dont plus de moitié, 35,000 environ, affectés à la culture de la canne. Les savanes, recouvrent une étendue de 25,000 hectares ; les bois et forêts en occupent à peu près 56,000. Il reste environ 32,000 hectares de terres en friche.

Il va de soi que ces dernières se rencontrent dans les régions les moins accessibles et les plus élevées de Tîle.

Le nombre des (( habitations » est, en chiffres ronds, de 6,000, sur lesquelles 60 possédaient, en 1886, des moulins à vapeur. Sur ces habitations sont employés aux cultures /i8,000 travailleurs, auxquels il faut ajouter 12,000 ouvriers, 5,500 domestiques et 2,000 gardiens.

La valeur des terres en culture est portée au chiffre de 62 millions de francs; celle des bâtiments et du matériel en exploitation à 23 millions.

Voici un relevé numérique des différentes espèces d'animaux relevés dans la colonie :

Chevaux 2,511 Taureaux et bœufs 8,402

Anes 951 Béliers et moutons 15,580

Mulets 7,552 Boucs et chèvres. . 12,392

Pores 30,b23 Autres animaux. . 43,088

La volaille est très abondante.

La Canne a sucrEc — La principale culture de la colonie étant, comme nous l'avons vu, celle de la canne à sucre, nous entrerons à son sujet dans quelques détails.

Indigène peut-être, la canne à sucre n'a été guère cultivée en grand que depuis le rétablissement de la paix, après les guerres de l'empire ; mais elle a à peu près remplacé toutes les autres cultures sur la zone du littoral, jusqu'à l'altitude de 800 à 1,000 mètres.

La canne à sucre, qu'on plante en mortaises ou petites fosses rectangulaires, creusées à la pioche, dans les mois d'octobre à janvier, se récolte l'année d'après, à partir de la fin de juillet.

Pour l'entretien des champs, on s'est borné longtemps à racler la surface du sol, sans jamais l'ameublir. L'importation des engrais ne dépasse guère, même aujourd'hui, un millier de tonnes. Des charrues, des houes, des sarcleuses, ont été introduites ces derniers temps, et les laboureurs européens, là où ils ont été employés, ont porté le rendement de la canne de 55,000 à 100,000 kilogrammes par hectare. En dépit de la routine, l'usage des instruments agricoles finit par s'imposer.

LA RÉUNION

Les mois les plus favorables pour la coupe sont ceux de septembre, octobre et novembre, pendant lesquels la canne, parvenue à sa pleine maturité, produit un vesou riche, à raison de la sécheresse qui existe à cette époque.

La production sucrière qui, en 1862, a pu atteindre 75,000 tonnes, paraît devoir osciller désormais autour de /iO,000 tonnes, non compris la consommation locale, qu'il est difficile de chiffrer, mais qui doit être considérable. La quantité exacte de sucre exportée de la Réunion en 1886 s'est élevée à 31,8Zi7,lZi9 kilos pour un valeur de 8,559,663 francs. Deux tiers de cette quantité étaient destinés à la France, un tiers à l'étranger. En 1887, l'exportation s'est pourtant accrue de près de quatre millions de kilogrammes.

La cause de la baisse de production est, en dehors de l'élévation du taux de la main-d'œuvre et de la multiplicité des maladies qui ont envahi la canne, le bas prix résultant de la concurrence du sucre de betterave.

M. G. Jacob de Cordemoy, créole de la Réunion, a, au cours d'une notice publiée dans la France coloniale, formulé les plaintes et exprimé les desiderata de ses compatriotes : (( Jadis les sucres coloniaux étaient en France l'objet d'un traitement de faveur; aujourd'hui ils sont sur le même pied que les sucres étrangers. Cependant le Conseil général n'a pas hésité, il y a deux ans, sur la demande de la métropole, à voter les droits de douane qui ne servent qu'à protéger les industriels de France. On s'attendait à quelque mesure de réciprocité.

« Si, grâce à des mesures émanant de la métropole ou à d'autres, les prix du sucre se relevaient assez pour procurer aux propriétaires coloniaux des recettes qui les missent en mesure d'introduire dans leurs usines et leurs champs les récents perfectionnements sans lesquels la lutte industrielle n'est plus possible, la Réunion reverrait encore les beaux jours d'autrefois et redeviendrait la colonie modèle. »

La création d'un chemin de fer à la Réunion a atténué la cHse des charrois et des voies de communication, effet de la centralisation des usines. Sans doute, à raison de la situation de ces usines, placées sans exception au bas des terres cultivées, il n'y a jamais qu'à faire descendre les récoltes, mais il faut l'emploi de trois mules pour transporter une seule tonne de cannes.

En 1886, il a été fabriqué, dans l'île de la Réunion, environ deux millions et demi de litres de tafia; Texportation des rhums s'est élevée à 559,056 litres. La colonie possède 33 guildiveries.

Les Légumineuses. — La canne occupe le sol pendant quatre années en moyenne, dix-huit mois pour la première pousse et la saison de deux recoupes. Au bout de ce temps, on la remplace par des cultures diverses, pendant quatre autres années : manioc, diverses légumineuses appartenant au genre haricot, mais connues dans le pays sous le nom de pois.

Les haricots proprement dits constituent l'une des cultures les plus intéressantes de Salazie. Cilaos donne des lentilles d'excellente qualité.

C'est pendant l'hivernage, c'est-à-dire la saison pluvieuse (de novembre à avril), que se récoltent les gros légumes, dont la plantation se fait aux premières pluies : melons, pastèques, citrouilles, concombres, cornichons, calebasses, pipangailles, patoles, margauzes, artichauts, aubergines, piments.

Les autres plantes potagères ne se cultivent bien que pendant la saison sèche (de mai à octobre) : petits pois, salsifis, radis, poireaux, oseille, épinards^ laitue, scarole, chicorée, panais, betteraves, carottes, tomates,, céleri, persil, cerfeuil, cresson, oignons, échalotes, choux de toutes sortes.

La culture vivrière proprement dite comprend le manioc, le maïs (une usine à tapioca s'est établie), les pommes de terre, les haricots, les lentilles, le riz. Sur les

LA RÉUNION

hauteurs de l'île, notamment à la plaine des Cafres, dans le Sud à Saint-Louis, Saint-Pierre, on sème, mais en petite quantité, de l'orge, de l'avoine. Le riz et le froment, qui rendaient autrefois 20 et 25 pour 1 dans les mêmes régions, ont été à peu près abandonnés par suite de l'envahissement de la canne et encore parce que les immigrants

Saint-Denis. — Les Casernes d'artillerie.

de toute origine préfèrent au riz créole, plus délicat pourtant, le riz de l'Inde, qui « rend plus à la marmite », et dont les grains se détachent les uns des autres, ce qui est, on le sait, un point capital de cuisine indoue.

La pomme de terre vient bien partout, mais exige d'abondantes fumures; sa culture, surtout dans les plaines des Cafres et des Palmistes, présente une certaine importance à raison de l'exportation qui a lieu sur Maurice.

L'hivernage est le moment de la maturité des principaux fruits : letchis, mangues, pêches, avocats, longanis, évis, ananas, etc.

Le Café. — Le café constituait jadis une des plus riches cultures industrielles de la colonie.

Au siècle dernier, le café était la principale denrée de Bourbon, où déjà Ton avait découvert une espèce indigène dont Tarome et la saveur ont une très grande force ; mais, comme à la Martinique, l'importance de cette culture est bien réduite aujourd'hui.

L'île ne possède de caféières importantes que dans les hauts de Saint-Leu et de Saint-Pierre. Partout ailleurs, les caféières ont été arrachées à la suite d'une maladie des bois noirs qui leur servaient d'abris. Bien que les maladies parasitaires, qui ces derniers temps ont atteint l'arbuste, puissent être efficacement- combattues, les nouvelles plantations marchent avec lenteur. Parmi les causes de l'énorme réduction qui s'est opérée (de 3,500,000 kilogrammes la production est tombée, en moins d'un siècle, au-dessous de 500,000 kilogrammes), il faut également compter les ouragans, la fatigue des terres qui avaient porté les mômes arbustes pendant un siècle, la concurrence de Ceylan, de Java, du Brésil et de l'Amérique centrale. L'exportation adonné, en 1886, le chiffre de 3Zi3,19i kilogrammes, diminué de près de moitié pour le cours de l'année 1887.

Le café entre en fleur vers septembre; la floraison, double et triple, se continue les mois suivants. La récolte a lieu en mars et avril.

Les plants, obtenus par semis, se prennent à la pépinière à l'âge d'un an ou de dix-huit mois, et se mettent en place deux par deux, ce qui permet de conserver le plus fort. Dès que le sol est couvert par l'ombre des caféiers et par celle des bois noirs, l'herbe cesse de croître. Les premiers fruits peuvent être cueillis la troisième année après la mise en terre de la graine ; la pleine récolte se fait attendre jusqu'à la cinquième ou sixième année.

Le produit moyen par hectare est de 25 balles, soit 1,250 kilogrammes.

LA RÉUNION

Deux variétés de café sont cultivées dans Tîle : le café pointu ou Leroy, qui, très vivace, supporte mieux la température des régions élevées, mais qui est le moins estimé, et le café du pays qu'on dit provenir de Moka, mais qui est devenu très différent du café d'Arabie. Ce dernier café, de qualité supérieure, toutes les communes peuvent le produire ; le plus renommé vient des localités sèches de la Ravine-à-Marquet (la Possession) et de Saint-Leu. La ravine des Cabris, à Saint-Pierre, en fournit aussi de très bon et par quantités importantes. Le café Liberia a été introduit il y a quelques années et semble devoir donner de bons résultats.

Les Épiges. — Les épices précieuses ont été longtemps une source de fortune pour l'île Bourbon. Pierre Poivre, le savant naturaliste lyonnais, que la colonie eut la bonne fortune d'avoir à la tête de son gouvernement, était parvenu à ravir aux Hollandais le monopole fructueux de la culture de ces épices. C'est dans le jardin du gouvernement, à Port-Louis, dans l'île de France, que Poivre organisa les premières pépinières de girofliers, de muscadiers et de poivriers.

On ne peut aujourd'hui mentionner que pour mémoire l'existence à la Réunion de ces deux dernières sortes d'épices. Les plantations ont été partout détruites par la main de l'homme ou la violence des ouragans. Les girofleries avaient subi le même sort ; il s'en reconstitue quelques-unes, mais elles ne sont possibles que dans la partie fortement arrosée de l'île, c'est-à-dire de Saint-André à Saint-Joseph.

La Vanille. — Ces cultures ont, depuis vingt ans, fait place entièrement à l'exploitation de la vanille.

L'exportation des vanilles de l'île de Réunion s'est élevée graduellement du chiftre de 12,305 kilogrammes, atteint en 1872, à celui de 50,000 kilogrammes en 1885 et 1886 et de 68,856 kilogrammes en 1887. Les statistiques officielles dQ 1886 indiquent, pour cette année-là seulement, une

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production de 205,000 kilogrammes. C'est beaucoup plus qu'il ne faut de gousses de vanille pour la consommation de l'Europe entière.

La production s'est arrêtée un instant. Les lianes mouraient sans qu'on pût bien en deviner la cause. Cette maladie a cessé de sévir, et les propriétaires ont pris goût à cette culture, rendant ainsi un assez tardif hommage à celui qui la rendit pratique. On sait, en effet, que c'est un noir de la Réunion qui le premier réussit à féconder artificiellement la vanille.

La vanille commence à fleurir vers la fin de mai; la récolte se fait environ diK mois après; elle peut se cultiver à peu près partout au-dessous de 300 mètres d'altitude, mais surtout dans la partie orientale de l'île qui est la région pluvieuse, la vanille exigeant à la fois de la chaleur et de l'humidité.

Par les effets de la loi de l'offre et de la demande, l'excès de la production amènera fatalement une baisse des prix de ce produit, et l'exploitation n'en étant plus aussi rémunératrice, les propriétaires de la Réunion tournent déjà leurs vues vers d'autres cultures.

Cultures diverses. — Le sol de la colonie nourrit soixante-dix à quatre-vingts espèces de plantes à essence à l'état sauvage et très communes. Quelques-unes, telles que géranium, héliotrope, vétiver, patchouli, ylang-jdang, gardénia, ixora, frangipane, etc., ont attiré l'attention d'industriels, et de petites distilleries se sont ouvertes ; mais il n'a guère été encore obtenu que de l'essence de géranium. C'est* donc une industrie qui naît, que celle de la fabrication d'essences de parfumerie à la Réunion.

Des plantations de vignes ont été tentées. On se flattait, ayant quelques raisons d'émettre semblable opinion, qu'on obtiendrait des vins capiteux et fins comme ceux de Madère, de Chypre, des Canaries. Ces essais ne paraissent pas avoir réussi, sans que ce résultat incertain décourage cependant les promoteurs de cette nouvelle culture.

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Les orangers et les citronniers de la colonie ont été ravagés, presque tous détruits, dans le court espace de trois années, par suite de la funeste introduction d'un nouveau parasite végétal, venant s'ajouter à ceux qui forment la plaie de la Réunion, nous voulons parler du papillon des aurantiacées.

Le Coton. — Le coton a été l'origine de grandes fortunes à Bourbon, mais cela à la fin du siècle dernier. A l'origine de la colonisation, on cultiva dans l'île le cotonnier de l'Inde ou de Siam ; abandonnée parce que la Compagnie des Indes n'offrait des produits qu'un prix illusoire, cette culture fut reprise après la faillite de la Société. Mais l'apparition, vers 1817, d'une chenille qui attaquait la gousse verte jeta le découragement parmi les planteurs, qui se vouèrent alors à la culture de la canne. Lorsqu'en 1862 la maladie de la canne appela de nouveau l'attention sur le coton, des semences furent demandées à l'Amérique et à l'Egypte. La La vaaiUe. chenille reparut ; on ne savait pas

utiliser la graine pour en extraire l'huile, les lieux de plantation furent mal choisis ; bref, l'échec fut complet. De nouvelles expériences se sont poursuivies ces dernières années avec le coton vivace à soie courte, pour lequel les terrains secs du littoral sont comme un sol d'élection.

Le Thé. — Malgré la cherté de la main-d'œuvre et l'absence de préparateurs spéciaux, quelques propriétaires s'occupent de cultiver l'arbuste à thé qui s'acclimate facilement ; la feuille, un peu acre d'abord, finit, dit-on, par acquérir un arôme d'une grande finesse. Au-dessus de 500 mètres d'altitude, l'arbuste végète fort bien. Des botanistes ont proposé d'introduire dans les jardins l'orchi-

Océan Indien. 5

dée faham, plante sauvage des montagnes de la Réunion, fort appréciée comme succédané du thé.

Le mûrier est, à la Réunion, de belle venue, mais sa feuille n'a pas pu être utilisée pour l'élève des vers à soie. Même avec le concours d'ouvrières spéciales amenées dans l'île, que la graine vînt du Bengale, du Japon ou de France, les vers à soie essayés n'ont jamais donné de résultats satisfaisants.

Les Textiles. — Les textiles sont nombreux dans l'île. Il a été fait des entreprises considérables d'exploitation des fibres d'aloès, qui toutes ont échoué, à cause de la cherté des charrois et de la main-d'œuvre. La culture de la ramie a également été paralysée par l'absence de tout moyen d'extraire les fibres à l'état vert. Le chanvre, qui pousse partout avec une vigueur remarquable dans l'île et qu'on y essaye, promettrait de meilleurs résultats.

Plantes diverses. — Le cacao de la Réunion est d'excellente qualité, mais les quelques centaines de kilogrammes qu'en récoltent quelques rares propriétaires sont loin de suffire à la fabrication du chocolat consommé dans le pays. Les points de la colonie favorables au cacao sont les plaines basses et très voisines de la mer qui vont de Sainte-Suzanne à Saint-Joseph par le Grand-Pays-Brûlé. Aussitôt que le terrain s'élève, l'arbre, tout en gardant une jolie apparence, ne donne que des amandes avortées, ou ridées et maigres.

Il ne semble pas qu'on songe encore à la Réunion à tirer parti des nombreuses plantes oléagineuses que produit le sol delà colonie : badamier, bancoulier, bois de joli-cœur, cannellier sauvage, cocotier, cotonnier, croton, lin, mourongue, olivier, palmier, pignon d'Inde, pistache, ricin. Le pétrole chasse l'huile de coco, que d'ailleurs on demandait aux îles de la mer des Indes ; l'huile de ricin vient de l'Inde.

Autrefois, on se servait pour l'éclairage de l'huile de pignon d'Inde et d'huile de bancoule ; cette dernière

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était également employée pour la peinture des bâtiments. Aujourd'hui Tîle en fournirait à peine quelques litres.

Deux ou trois industriels, préparant les peaux, usent de tan fourni à la Réunion par V Acacia dealbata^ le chêne, le tamarinier et le tan rouge. Pour la teinture, il est fait usage, mais chez les particuliers et pour quelques vêtements déterminés, des propriétés d'un assez grand nombre de plantes ibancoulier, benjoin, bois noir, cureuma, filao, grenadier, indigo, manguier, rocouyer. Le campêche existe, mais ne se rencontre que sous la forme de quelques haies.

Pendant ces dernières années, un contrôleur de la régie,en mission dans la colonie, s'est efforcé d'étudier et d'améliorer la culture du tabac, qui croît admirablement, mais l'exploitation en grand de cette plante ne paraît point prochaine.

Productions industrielles. — Par ce que nous venons de dire, on peut voir qu'à la Réunion, en dehors de l'exploitation de la canne à sucre, il n'existe pas, à proprement parler, d'industries locales. Il ne s'y est pas élevé de fabriques d'objets manufacturés et destinés au commerce- Tout ce qu'on peut obtenir dans l'île en quantités appréciables, par centaines de mille il est vrai, c'est l'objet le plus nécessaire à la consommation usuelle locale, le sac tressé en lanières de « pandanus vacoa » pour le transport du sucre. L'importation d'Europe nuit à toute industrie, car quelle que soit la qualité de l'objet importé, à tort ou à raison, il sera toujours préféré à l'article indigène, jusqu'à ce que la force de ce préjugé ait pu être détruite.

Jusqu'à présenties tentatives industrielles, que devraient encourager les prix élevés du fret et les droits considérables de l'octroi de mer, ont été rares, faute de capitaux, faute de traditions. On pourrait citer l'établissement d'une fabrique d'engrais chimiques et d'une fabrique de vins et de vinaigres de raisins secs. Des brasseries ont essayé de se monter à différentes reprises ; elles n'ont pas réussi faute d'hommes du métier. Cependant des fabriques de vête-

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ments confectionnés, de chaussures, de tricots, des papeteries, des taillanderies, des ateliers de charronnage, des briqueteries, des tuileries, des poteries, pourraient être créés avec fruit.

La petite industrie compte un nombre suffisant d'ouvriers, mais les ouvriers d'art font défaut. La serrurerie n'existe pas dans la colonie ; il est fait appel à l'importation française ou étrangère. La menuiserie et la maçonnerie ont à leur disposition des ouvriers en assez grande quantité, mais peut-être n'ont-ils pas toute l'habileté désirable.

Quelques charpentiers de navire, dans les villes de commerce, travaillent aussi à la réparation et même à la construction des chaloupes et d'autres bâtiments.

La main-d'oeuvre. — Les salaires industriels dans la colonie ne sont peut-être pas très rémunérateurs ; le prix de la journée de travail varie entre 3 et 5 francs, taux largement suffisant pour Touvrier indigène qui vit de l'existence créole, mais un peu réduit pour l'ouvrier européen. Le pain coûte 0 fr. 80, la viande de bœuf, 1 fr. 50 le kilogramme, le vin 0 fr. 80 le litre. L'Européen ne peut pas se loger à moins de 12 à 15 francs par mois.

Le climat permettrait le port de vêtements très simples, en toile légère, fort peu coûteux, mais à la Réunion et ailleurs, le travailleur se plaît à dépenser souvent le plus clair de ses économies en vêtements de draps, souliers vernis et chapeaux reluisants. Le goût de la toilette est général sous les beaux cieux des tropiques.

La question de la main-d'œuvre se liant à celle de l'immigration, nous y reviendrons forcément.

Les minerais. — Il s'importe à la Réunion annuellement environ 200 tonnes de fers ou aciers. L'île possède certaine sorte de minerai de fer dont elle ne saurait songer évidemment à tirer parti, elle-même manquant de charbon et d'installations, mais que, n'était le prix relativement

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élevé des transports, elle pourrait entreprendre d'exporter.

Sur diverses plages, notamment dans la partie sous le vent et plus particulièrement à la ravine des Sables, se remarquent des étendues considérables de sables noirs fortement mélangés de péridot (olivine) granulaire, ce qui prouve qu'ils proviennent de la désagrégation des laves et basaltes péridotiques qui sont très abondantes dans l'île.

Saint-Denis. — Hôtel du Gouvernement.

Ces sables noirs renferment une proportion plus ou moins grande d'oxyde de fer magnétique titanifère. L'analyse des échantillons prélevés a indiqué une teneur de 1x1 à 50 pour 100 de fer métallique.

Ce gisement, qu'un cubage approximatif estime à plus de 100,000 tonnes de minerai pur, se reconstituerait indéfiniment, au fur et à mesure de son exploitation, par les causes qui l'ont formé. Un minerai de même composition, obtenu au Japon par le lavage des granits décomposés, y forme la matière première des fers et aciers si réputés de ce pays.

Le mouvement commercial. — Le commerce général de.

70 LES GOLONIKS FRANÇAISES.

rîle de la Réunion entre la France, les autres colonies françaises et l'étranger, a porté, pendant Tannée 1886, sur une valeur de Zil,ZiZi2,Zi07 francs.

Ce chiffre se décompose de la manière suivante :

Importations 28,123,361 »

Exportations 13,319,046 » „

Total égal 41,442,407 »

Les marchandises françaises figurent dans le chiffre des importations pour un total de 11,^72,895 francs, sur laquelle somme celle de 573,310 francs se réfère aux produits importés des colonies françaises et provenant presque exclusivement des pêcheries.

La Réunion reçoit de Tlnde et de Madagascar le riz, les animaux de boucherie, les légumes secs et le grain qui sert de nourriture aux bêtes de trait.

Pour le même exercice, le mouvement général de la navigation comprend Zi36 navires entrés ou sortis, dont plus des trois quarts sous pavillon français.

Le prix moyen du fret, d'après les données qui résultent du mouvement de 1885, s'établit comme suit :

^ , „ \ Ports de l'Océan 34,33

Four la i^rance. , . . ( p^^^^ Méditerranée 35,55

Calcutta 45 »

Ces prix sont de beaucoup inférieurs à ceux qui ont été relevés pour les précédentes années.

Les navires qui se livrent aux opérations entre la Réunion et Madagascar sont presque toujours affrétés au voyage ou au mois.

Les commerçants en gros, faisant des affaires pour leur compte personnel, sont rares à la Réunion. Il n'y existe, à proprement parler, que des maisons de commission ou de consignation. Le commerce de demi-gros tend à disparaître, et les réceptionnaires de marchandises se voient

LA RÉUNION

obligés de traiter directement avec les marchands au détail, qui sont généralement Indiens ou Chinois, et qui n'apportent pas toujours dans les affaires des scrupules suffisants. Les maisons de consignation sont presque toutes françaises.

Les forêts. — Il convient de parler avec quelque détail des forêts de la Réunion, de leur état actuel, de ce qui a pu être tenté pour Taméliorer.

Le service des forêts est important ; il comporte un personnel de 75 agents et correspond à un budget d'environ 150,000 francs ; un cinquième à peu près de cette somme est affecté aux dépenses de reboisement.

Au moment de sa découverte, l'île de la Réunion était entièrement couverte de forêts. Les grands arbres y étageaient, depuis le bord de la mer jusqu'au sommet des montagnes, leurs ramures toujours verdoyantes, et il s'en dégageait des senteurs qui imprégnaient l'atmosphère à plusieurs milles au large.

Pendant près de deux cents ans, cet état primitif et sauvage dut se perpétuer sans grands changements. Mais quand le colon entreprit de découvrir le sol pour le cultiver, il entama, en s'aidant de la hache et du feu, la lutte contre la forêt. Le défrichement de cette terre vierge donnant des résultats merveilleux, chaque saison fit reculer la limite des grands bois.

Le terrain non pas strictement cultivable, mais se prêtant à de larges exploitations, se réduit en fait à une ceinture autour de l'île comprenant les plaines basses du rivage et les pentes qui s'étendent de ces plaines au pied des montagnes. Au lieu de s'en tenir à ces régions, les colons poussèrent toujours plus haut leurs défrichements, qui finirent par atteindre les escarpements et les plateaux. Cet égoïsme imprévoyant a fort rapidement entraîné de funestes conséquences.

En 1803, Bory de Saint- Vincent pousse le premier cri d'alarme : « L'infécondité de Bourbon, grâce au déboise-

ment et à la rareté des pluies qui en est la conséquence, sera un jour, comme l'aridité de l'Egypte et de la Perse et de tant d'autres déserts, la preuve indiscutable de l'ancienne possession de l'homme. »

Le g.énéral Decaen comprit, lui aussi, ce qu'aurait bientôt de désastreux cet abus de la destruction des arbres. Il signala l'action directe de ces déboisements inconsidérés sur le régime des pluies, sur le débit des sources et cours d'eau. Appuyant ces conseils de sages mesures, il ordonnait la plantation des bords des routes et chemins, et frappait de peines sévères les auteurs des défrichements nuisibles. Ces peines ne furent malheureusement jamais appliquées. L'arrêté du général Decaen demeura lettre morte.

Yers 1820, l'agronome Joseph Hubert élevait sa voix autorisée contre le déboisement et n'était pas plus écouté. Mais ce fut surtout en 1830 qu'après un terrible cyclone qui avait dévasté les plantations de caféiers, de girofliers, etc., tout le monde s'attacha à détruire les forêts pour entreprendre la culture de la canne.

Cependant les abus prenant une extension croissante, l'opinion publique finit par s'émouvoir devant les redoutables effets du déboisement, et réclama des remèdes.

Un règlement local du 18 septembre 185Z|. n'ayant pas répondu au but qui était désiré, le Conseil général de la Réunion résolut, en 1871, d'organiser un service de surveillance des forêts et d'entreprendre, dans la mesure du possible, le reboisement de la colonie.

Malheureusement, ces efforts louables ont été rendus en partie stériles par le défaut de compétence des personnes chargées d'élaborer les premiers projets et par le défaut de connaissances techniques des agents qui eurent mission de les mettre en œuvre. Ainsi la limite d'inclinaison des pentes, à partir de laquelle il devait y avoir interdiction de défrichemement, fut fixée àZi5'', alors qu'il n'eût pas fallu dépasser 30°.

w fi

En second lieu, le reboisement eût dû être entrepris non sur le littoral, mais sur les hauteurs.

Quoi qu'il en soit, sur une étendue considérable, de la Pointe des Galets à Saint-Louis, de véritables forêts de filaos sont là pour attester les résultats pratiques obtenus.

Par suite du mode défectueux suivi pour la concession des propriétés à l'origine, les forêts domaniales sont morcelées et divisées à l'extrême. Leur contenance exacte serait difficilement déterminée.

Les forêts particulières sont incontestablement plus étendues ; elles embrassent toutes les parties des concessions originaires que l'exploitation des essences précieuses n'a pas entièrement dénudées. On n'en saurait également fixer môme approximativement l'importance, mais il n'est pas exagéré de dire qu'elles sont au moins doubles en étendue des forêts domaniales.

Dans les unes comme dans les autres, les essences précieuses ont presque complètement disparu. Il n'en reste guère que chez quelques rares propriétaires sacrifiant à l'intérêt la gloire d'en rester les derniers possesseurs, ou si par ailleurs il s'en rencontre encore, c'est sur quelque versant inaccessible de rivière ou ravine. C'est que, de façon générale, les essences forestières de la colonie n'ont pas, comme les essences forestières d'Europe, les conifères exceptés, la propriété de rejeter de souches. On compte à peine deux ou trois espèces, la fleur jaune, l'ambaville et le bois d'olive, douées de cet avantage. Les essences précieuses ne se régénèrent que par semence, et comme pour croître elles demandent un siècle au moins, nul n'a songé à réparer les* torts de devanciers, en engageant des dépenses improductives pour un si long temps.

Bois ET ESSENCES. — L'exploitation des essences supérieures entraînant facilement leur disparition a été d'autant plus active que le prix de ces bois, comparables par leurs qualités au teck de l'Inde, est resté toujours

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très élevé. Aucun souci de Tavenir n'a, dans ces conditions, préoccupé ceux qui se sont livrés à cette dévastation.

Ainsi dégarnies de leurs essences supérieures, — natte, bois puant, bois de fer, bois d'olive, bois de bassin, takamaka, bois de pomme, bois d'ébène, bois de benjoin, bois rouge, — les forêts, tant domaniales que particulières, sont devenues presque partout des fourrés d'essences inférieures, « des sortes de maquis, » parfois impénétrables, dont la mise en rapport cependant intéresse au plus haut point la colonie.

On s'est donc demandé si, à défaut d'essences indigènes susceptibles d'un prompt rapport, il ne serait pas possible d'implanter une ou plusieurs essences exotiques d'un produit relativement rapide. C'est alors que M. Vinson, à qui la Réunion sera redevable de ce bienfait, a introduit et acclimaté le quinquina (chinchona), notamment dans le cirque de Salazie ; les graines et plantes qu'il a distribuées ont permis d'établir des pépinières en diverses parties de l'île et, en 1888, le service forestier comptait 26,700 arbres bien venus : l'utilisation de l'écorce a déjà commencé, car dès la septième ou huitième année l'arbre commence à donner des produits.

Le mode d'exploitation du chinchona usité en Amérique, où on le trouve à l'état spontané, tendant à épuiser rapidement les localités les plus riches, quelques nations européennes ont aussi, depuis quelques années, introduit le quinquina dans leurs colonies. On le cultive avec succès à Java, dans les Indes orientales, sur les côtes du Malabar et à Ceylan. Les écorces qui ont déjà paru sur les marchés de Paris et de Londres ne le cèdent en rien dans leur qualité aux écorces américaines.

Le quinquina craint à la fois les excessives chaleurs des plaines et les froids rigoureux des latitudes élevées; il est donc parfaitement approprié au climat de la Réunion où les résultats obtenus permettent de fonder de sérieuses

espérances sur les avantages pécuniaires de cette exploitation.

Le filao a rendu aussi de très grands services, depuis le jour où la colonie a eu à souffrir des conséquences du déboisement. Le filao de Madagascar vient rapidement sur les terrains secs et arides, pourvu que l'altitude ne dépasse pas 300 à AOO mètres; il donne un excellent bois de feu. Il n'a guère été employé jusqu'à présent, mais il ne fait pas de doute qu'après avoir été immergé il pourrait devenir propre à fournir des pièces de charpente et de menuiserie.

On a fait également à la Réunion des plantations d'euca- Ij^ptus, l'arbre originaire d'Australie, pour assainir l'air et prévenir les fièvres intermittentes. On sait qu'en Algérie ces mêmes plantations ont produit d'heureux effets dans les régions où la fièvre exerce ses ravages.

Immigration. — Quand, à propos de la colonie de la Réunion, on soulève aujourd'hui la question d'immigration, ce n'est pas d'immigration européenne dont on veut parler.

En effet, dans la période moderne, un seul essai d'immigration européenne, tenté en 18Zi9, n'a pas laissé de bons souvenirs. En présence des travailleurs asiatiques ou africains que renfermait le pays, les Européens ne pouvaient se résigner à subir une condition à peu près semblable et n'aspiraient qu'à rompre leurs engao:ements. De leur côté, les propriétaires se délivraient volontiers de mécontents d'un mauvais exemple pour le personnel des habitations. Ce qui serait désirable, c'est que quelques ouvriers ou cultivateurs spéciaux apportassent leur expérience aux essais de divers genres dont la colonie a senti la nécessité. Si le nombre des Européens à la Réunion doit s'augmenter, c'est au fur et à mesure de la division plus grande de la propriété, du développement des cultures et de l'accroissement de l'industrie. A cette heure, des besoins déterminés peuvent seuls conduire des Européens à venir se

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fixer dans l'île. Des groupes nombreux auraient plutôt à se diriger vers Madagascar ou d'autres terres.

La question de la main d'œuvre n'en est pas moins à l'ordre du jour à la Réunion comme dans beaucoup de nos

anciennes colonies, et représente, là aussi, un problème des plus ardus et dont la solution s'impose.

Les premiers bras employés à la Réunion aux travaux de défrichement furent ceux des nègres malgaches que nous avons vus débarquer avec les colons de la période primitive. Plus tard les négriers- amenèrent de toutes les par-

ties du continent africain, et particulièrement de la région orientale, des noirs qui, connus sous le nom général de (( Gafres », peuplèrent les plantations.

En i8/i8, date de l'abolition de l'esclavage, la colonie comptait 60,829 esclaves d'origine malgache, cafre ou mozambique. L'indemnité payée pour leur rachat a été de /il,10/i,005 francs, versés aux anciens possesseurs privés, aux communes et aux cures.

Au moment où le Gouvernement provisoire prononça l'émancipation de tous les travailleurs esclaves, la colonie se préocupait déjà de trouver à l'extérieur les bras qui allaient lui manquer, car presque tous les anciens esclaves s'éloignèrent en effet du travail de la terre. D'autre part, la traite, supprimée en 1817 et qui n'avait réellement cessé qu'en 1831, avait arrêté l'introduction de nouveaux noirs dans l'île depuis cette dernière époque.

Pendant cette période antérieure à l'émancipation, la colonie avait tenté divers essais de recrutement dans les contrées voisines : la côte d'Afrique, l'Inde surtout, la Ghine même, par leur voisinage et les ressources qu'offraient leurs populations, étaient naturellement désignées à son choix comme les lieux les plus propres à lui fournir des bras. Elle en avait introduit quelques-uns et, au jour de l'émancipation, 5,629 indivdius étaient tout ce qu'elle contenait de travailleurs libres, ainsi répartis : Indiens, Zi,631; Africains, UOS; Ghinois, 590.

Mais, dès 18Zi9, une immigration active s'établit et s'accrut de jour en jour. Les années 18Zi9 à 185Zi furent celles où l'introduction des travailleurs fut le plus considérable. L'immigration indienne a lieu à cette époque concurremment avec celle des Gafres et des Malgaches. Le mouvement se produisit dans ces conditions jusqu'en 1859, les introductions s'effectuant de façon exclusive par la voie du commerce.

Le recrutement des travailleurs de l'Inde se fit d'abord sur nos propres territoires de Pondichéry, de Karikal et

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de Yanaon ; mais ils furent bien vite épuisés et il fallut étendre les opérations de ce recrutement aux territoires britanniques du voisinage. Les difficultés apparurent alors; elles ne devaient malheureusement que s'accroître.

D'autre part le recrutement africain était également menacé par les reproches qu'on lui faisait d'évoquer les temps, les mœurs de l'esclavage ; il fallut même y renoncer, et, en 1860, s'ouvre ce qu'on peut appeler la deuxième période de l'immigration à la Réunion.

A cette date, le gouvernement français conclut avec la Grande- Bretagne une convention qui autorisait pour la colonie un recrutement de 6,000 travailleurs du Bengale.

C'était un palliatif, un appoint insuffisant, car

les besoins de bras aug- indienne domestique.

mentaient d'année en

année. Après de laborieuses négociations avec le cabinet de Saint-Jame?, le Gouvernement signa la convention de 1861 qui, cette fois, ouvrait tous les ports de l'Inde à l'immigration et permettait le recrutement des travailleurs indiens pour la Réunion sur le territoire des trois présidences.

Cette période, qui se prolongera pendant une vingtaine d'années, marque une situation commune aux deux colonies de la Réunion et de la Martinique.

L'immigration devient une institution régie par des rè-

glements dont Texécution est confiée dans l'Inde, soit à l'administration locale sous l'œil d'agents consulaires anglais, soit à des agents de recrutement nommés par le gouvernement français dans les présidences et surveillés par le gouvernement de l'Inde. A la Réunion, s'établit un service de protection des immigrants, sous les ordres du directeur de l'intérieur, et un consul anglais est installé à Saint-Denis.

Au point de vue de la prospérité, ces vingt années fu-

missaires anglais et français sont nommés, et leur enquête provoque de nouveaux règlements qui placent sous l'autorité directe du gouvernement le service spécial de l'immigration, ou plutôt du protectorat.

Car l'immigration active va prendre fin. C'est une troisième période qui s'ouvre et elle amène, à la fin de 1882, la brusque suspension du recrutement prononcée par le gouvernement de l'Indoustan, malgré les sacrifices qu'avait faits la colonie pour la garantie des droits de ces sujets anglais, malgré la présence d'un consul d'Angleterre dont les avis avaient toujours été très écoutés/

Les Indous venus à la Réunion pour cinq ans — terme ordinaire des contrats d'engagement — ne sont générale-

Un Cafre.

rent loin d'être égales pour la colonie. Au début l'agriculture était dans une période florissante ; puis les difficultés survenant, l'effet s'en répercuta sur le système d'immigration. Le malaise, la gêne, atteignent les propriétaires; les travailleurs sont les premiers à s'en ressentir. Leurs réclamationsont écho jusque dans la presse, une agitation se produit. Des com-

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ment pas repartis. Néanmoins, comme l'immigration de ces Orientaux aussi bien que des Cafres s'est constamment pratiquée en violation des lois naturelles d'une proportion normale entre les sexes, la quantité des im migrants ne saurait croître ni même se maintenir, tant que l'équilibre ne sera pas rétabli. Les femmes ayant toujours été importées en nombre beaucoup moindre que les hommes, il en résultait que les familles ne pouvaient se constituer qu'à l'état d'exception et la mortalité a toujours été plus considérable que la natalité. C'est par de continuelles importations que se^ comblaient les vides dans les ateliers des plantations. D'autre part, les travailleurs mis ainsi à la disposition delà colonie n'étaient point toujours valides. Aussi leur rendement était-il faible, si l'on tient compte des frais d'introduction, s'élevant en moyenne à Zi50 francs par tête, des jours d'absence et de maladie, on verra que le prix de la journée de travail effectif était de 2 fr. 50.

La statistique officielle du service de l'immigration à la Réunion donne, pour l'année 1887, les chiffres suivants :

Immigrants indous;

Hommes 14,39i

Femmes 5,052

Enfants 6,358

Total 25,801

Immigrants africains :

Hommes 10,306

Femmes 2,660

Enfants 2,508

Total 15,480

Quant aux Chinois, en tant que travailleurs soumis à un engagement, ils ont absolument abandonné la colonie. Pour la plupart ils ont pris le chemin de l'île Maurice. Celle-ci compte environ 200,000 travailleurs immigrants, proportion qui lui assure une main-d'œuvre dont le défaut devient un péril pour notre colonie.

Océan Indien. g

Le Chinois, à la Réunion, fait emploi de ses aptitudes de trafiquant en monopolisant le petit commerce ; les fils du Céleste Empire ne s'expatrient pas pour cultiver la terre. Leur concurrence, à raison de leur nombre et de leur habileté, est redoutable. Des Arabes tendent d'autre part à accaparer le commerce des tissus. Les seuls négociants en grains alimentaires sont, à la Réunion comme à Maurice, des Arabes, des Chinois ou des Indous.

Cette éviction du marché du travail des véritables jpréoles est un peu le fait de ceux-ci, dont bon nombre quittent la colonie pour rentrer en Europe.

Une observation à relever, c'est qu'un nombre considérable de Cafres et de Malgaches ont disparu du personnel de l'immigration, par suite de la facilité avec laquelle ils se fondent dans l'ancienne population et les affranchis de 18Zi8 ou leurs descendants. Ces anciens immigrants abandonnent leur nom indigène, pour prendre un nom français. Très rapidement, ils pénètrent, en s'en assimilant les habitudes et les mœurs, dans la population fixe. Après cinq ans de séjour, le Cafre, « venu nu de sa province », revêt la redingote le dimanche ; il est vrai qu'il a le grand mérite de travailler assidûment toute la semaine.

Quant aux Indous, ils restent plus fidèles à leurs coutumes et à leurs rites, et la fête du Yamseh rivalise de luxe et d'éclat avec la Fête-Dieu.

On a pu voir que des représentants de nombreuses races vivaient groupés sur le sol de l'île de la Réunion. Quel régime administratif, quel climat supportent ces habitants? quelles sont les conditions générales de salubrité de la colonie? C'est ce qu'il nous faut exposer.

Budget. — Les dépenses de souveraineté, d'administration générale et de protection, à la charge de la métropole, atteignent 2,615,902 francs (service colonial), somme à laquelle il convient d'ajouter les dépenses imputables au service de la marine.

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En 1888, le budget du service local de la Réunion, s'établissait ainsi :

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