CHAPITRE PREMIER Précis historique
Voyages d'exploration et campagnes de guerre, ~ Les explorations : Compagnon et Rubaiilt. — MoUien. — René Caillié. — Anne Raffenel. — Hecquard. — Voyage de Mage à Tagant. — Alioun-Sal. — Pascal. — Voyage de Mage et Quintin à Ségou. — Paul Soleillet. — Zweifel et Moustier. — Aimé-Olivier. — Jacquemart, Piétri, Monteil et Sorin. — Mission Galliéni. — Missions diverses. — Mission Bayol et Quiquandon. — Mission Colin. — Les campagnes de guerre. — Première expédition du colonel Borgnis-Desbordes (1880-1881). — Deuxième expédition (1881- 1882). — Troisième expédition (1882-1883). — Campagne 1883-1884 : Ahmadou abandonne Ségou — Campagne 1834-1885 : Occupation du Bouré; combat de Kokoro. — Campagne Ê85-1886 : Traité avec Samory; guerre contre Mahmadou-Lamine. — Campagne 1886-1887: Colonne du Rip ; traité avec Ahmadou; organisation dn Soudan français.
— Campagne 1887-1888 : Mort de Mahmadou-Lamine ; mission Péroz chez Samory; colonne du Fouta-Diallon. — Campagne de 1888-1889 : Prise de Koundian. — Les reconnaissances hydrograptiiques. — Les derniers voyages d'exploration : Oberdorf, Reichemberg, Liotard, Tautin, Quiqiiandon , Lechâtelier, Levasseur, Binger, Treich-Laplène. — Les missions topographiques.
Voyages d'exploration et campagnes de guerre. — L'histoire du Soudan français ne commence réellenrient qu'à partir de l'occupation de ce pays par nos troupes, c'est-à-dire depuis 1881. Jusqu'à cette époque, cette région, divisée en un grand nombre d'États (les uns indépendants, les autres vassaux ou tributaires des premiers), n'avait été parcourue encore que par quelques Européens, dont la plupart étaient Français. On comprendra donc que le récit de ces explorations, dont quelques-unes ont eu un retentissement considérable, doit prendre une place importante dans le chapitre réservé à l'histoire de l'immense domaine africain, où flotte, depuis plusieurs années déjà, notre drapeau national.
Les Exi^LORATiONS : Compagnon et Rubault. — Apres André Brûe, qui parcourut une partie du bassin de la Falémé et dont on a pu lire les voyages dans la partie de cet ouvrage qui traite du Sénégal, il convient de citer Compagnon et Rubault.
Compagnon était sous les ordres de Brûe, lorsque celui-ci, désirant avoir des renseignements sur les gisements aurifères du pays de Galam et du Bambouk, l'envoya explorer le bassin de la Falémé, en remontant le Sénégal (1702). Compagnon remplit fort bien la mission dont on l'avait chargé et rapporta de précieux documents sur les richesses minières des contrées qu'il avait visitées et sur les moyens employés par les noirs pour l'extraction de Tor.
Quatre-vingts ans plus tard, le 11 janvier 1786, un employé de la compagnie du Sénégal, nommé Rubault, partait de Saint-Louis avec trois indigènes (dont un Maure)
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et trois chameaux portant des provisions et des marchandises. Rubault traversa le désert de Ferlo dans la direction de la Gambie. Arrivé dans le Niani, il tourna vers Test, pénétra dans TOuli, traversa la Falémé, près de Kéniéba, gagna le Bondou, rejoignit le fort Saint-Joseph, situé près des cataractes du Félou, et redescendit le Sénégal.
MoLLiEN. — Trente-deux ans après Rubault, douze ans après Mungo-Park ^ un jeune commis de marine , Gaspard Mollien, cousin du ministre de Tempereur Napoléon P", et l'un des survivants du naufrage de la Méduse, dont il a donné une relation saisissante, entreprit de découvrir les sources de la Gambie et celles du Sénégal. Il quitta Saint-Louis le 28 janvier 1818, n'ayant pour tout bagage que quelques marchandises de traite, deux couvertures et deux outres remplies d'eau, le tout chargé sur un petit âne ; un marabout nommé Diay Boukary, qui parlait arabe, ouolof et peulh, l'accompagnait comme interprète.
Mollien chercha d'abord à se faire passer pour Maure, mais, en raison des incursions des Trarzas et des Braknas dans le Oualo et le Gayor, il se vit refuser l'hospitalité par les Ouolofs. Il reprit alors ses habits européens et, dès lors, fut bien accueilli tout le long de la route.
.11 traversa les immenses forêts du Ferlo, gagna Saidé, remonta le Sénégal jusqu'au Bondou, franchit la Gambie
1. Il s'agit ici de la deuxième expédition du grand explorateur écossais, de celle où il trouva la mort à la hauteur du village de Boussa, sur le Niger.
au sud-est du pic Panorama et atteignit le village de Cocagné, sur la limite du Fouta-Diallon. Il visita les montagnes de Tangué, découvrit les sources de la Gambie et celles du Rio-Grande, près de Bandeïa, et arriva le 20 avril à Timbo, où il ne resta que deux jours.
Il éprouva quelques difficultés à continuer sa route, car les indigènes considèrent le pays où naît le Sénégal comme sacré et punissent de mort le téméraire qui tente d'y pénétrer. Ce pays n'était cependant qu'à une trentaine de kilomètres au sud de Timbo. A force d'insistance, MoUien parvint à se faire conduire à Porédaka et, de là, aux sources du fleuve. Mais il ne put, comme il le voulait, remonter vers le nord. Épuisé de fatigue, atteint par la fièvre, le jeune voyageur dut s'arrêter pendant un mois à Bandeïa. Entouré d'une population malveillante, trahi par son hôte, qui essaya de l'empoisonner pour s'emparer des quelques marchandises qui lui restaient, Mollien s'enfuit précipitamment, fort heureux de pouvoir sauver son journal de route et, pendant de longues années, il se ressentit de la tentative dont il avait été victime.
En quittant Bandeïa, il gagna, au moyen du Rio-Grande, les établissements portugais de Gebaetde Bissao; une goélette le ramena à Gorée et il rentra à Saint-Louis le 19 janvier 1819 ^
De Beaufort. — L'enseigne de vaisseau de Beaufort, après Mollien, traversa le Ferlo et parcourut, pendant les années 182/i et 1825, les bords de la Gambie, le Ouli, le Bambouk, le Guoy, le Khasso et une partie du Kaarta. Malheureusement, avant d'avoir pu écrire une relation de ses voyages, il fut surpris par la mort,- à Bakel, le 3 sep-
1. G. MoUien, revenu en France à la fin de 1819, partit po;ir l'Amérique du Sud en 1822; il visita les États de Colombie, fut nommé consul à Haïti en 1828, puis consul général à la Havane où il résida pendant quinze ans. 11 alla ensuite aux Indes, puis en Chine, et vint enfin se retirer à Nice où il est mort le 28 juin 1872, à l'âge de soixante-seize ans.
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tembre 1825. On n'a de lui qu'une certaine quantité de lettres qu'il avait envoyées à Paris et qui contiennent de précieuses indications sur les longitudes et les latitudes d'un grand nombre de points.
René Caillié. — Le Français René Caillié est le premier Européen qui atteignit heureusement le but qu'il s'était proposé et revint sain et sauf de son exploration. Avant lui, les autres voyageurs avaient été arrêtés dans leur route, comme Mollien, ou assassinés pendant leur voyage, comme le major Laing.
Caillié était né dans un petit bourg des Deux-Sèvres, à Mauzé, en l'an 1800. 11 était le fils d'un pauvre boulanger, qui ne put lui faire donner qu'une instruction très incomplète. Dès son enfance, des récits de voyages l'avaient enflammé et avaient fait naître chez lui un ardent désir de découvrir des pays nouveaux. 11 mit d'ailleurs, à accomplir ce projet, une opiniâtreté et une énergie remarquables.
A l'âge de seize ans, il partit pour le Sénégal à bord de la gabare la Loire, qui faisait partie de la même expédition que la Méduse et n'eut pas le triste sort de cette frégate.
Caillié, dès son arrivée à Saint-Louis, apprit qu'une expédition se préparait dans les Rivières du Sud, sous les ordres du major Gray; il demanda à en faire partie, mais on le trouva beaucoup trop jeune et on ne voulut pas de lui, 11 alla alors passer six mois à la Guadeloupe, puis, en 1818, il revint au Sénégal, obtint de se joindre à une caravane qui partait pour le Bondou, sous la direction de Partarrieu, et alla ainsi jusqu'à Boulébané, capitale de ce pays. Malheureusement pour lui, il fut atteint de la fièvre et dut quitter momentanément le Sénégal.
Il revint dans la colonie en 182Zi et l'année suivante, autorisé par le gouverneur, le baron Roger, il se rendit chez les Braknas où, durant une année, il apprit la langue, les mœurs, les coutumes arabes et les pratiques de la religion musulmane.
Lorsqu'il rentra à Saint-Louis, le gouverneur intérimaire (le baron Roger était en France) repoussa les demandes de subvention de Caillié, espérant ainsi rebuter le jeune homme et le détourner d'un projet qu'il considérait comme dangereux.
Caillié gagna alors la colonie de Sierra-Leone et, n'ayant pu y trouver l'appui qu'il espérait, il résolut d'exécuter le voyage qu'il avait projeté avec les seules ressources dont il disposait. Celles-ci était vraiment bien minces; elles se composaient à peine de 2.000 francs économisés sou à sou depuis cinq ou six années ^
C'est avec cette somme dérisoire que Caillié, ce modèle de volonté et d'énergie, accomplit le grand voyage d'exploration qui le rendit célèbre.
Il partit de Freetown, le 22 mars 1827, vêtu d'un costume arabe, et se fit conduire à Kakondy sur le Nunez ; le 19 avril suivant, il se mit en rouie pour le Fouta- Diallon avec cinq Mandingues auxquels il se donna comme musulman. 11 leur raconta en outre — comme il le fit partout — qu'il était né en Egypte de parents arabes, qu'il s'appelait Abd-Allah et qu'il avait été emmené en France par des soldats de ce pays qui étaient alors au Caire; depuis cette époque, ajoutait-il, il avait été envoyé au Sénégal par son maître, lequel, satisfait de lui, l'avait affranchi; dès lors, étant libre d'agir à sa guise, il voulait retourner en Égypte pour retrouver ses parents.
En arrivant dans le Fouta-Diallon, il évita d'aller à Timbo, où régnait la guerre civile et où il craignait d'être
1. Sur ces 2.000 francs, 1.700 furent employés à acheter de la poudre, du papier, du tabac, des verroteries, des couteaux, du corail, des ciseaux, des miroirs, des mouchoirs de soie, de l'ambre, des clous de girofle et trois pièces de guinée bleue, le tout pesant à peine 100 hvres. Caillié emporta également deux petites boussoles de poche, les feuillets d'un koran et une petite pharmacie de voyage dont quelques colons de Sierra-Leone, ses amis, lui avaient fait cadeau.
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retenu prisonnier. Il passa le Bafing et franchit le Tankisso près du village de Cambaya, où, il faillit être reconnu par des Mandingues qui l'avaient vu à Sierra-Leone.
En quittant Cambaya (30 mai 1827), il se dirigea vers le sud-est, atteignit le Niger à Kouroussa, le traversa en pirogue et se joignit à une caravane qui allait à Kankan. 11 resta plus d'un mois dans ce village, attendant Toccasion de pouvoir traverser en toute sûreté les forêts du Ouassoulou qu'on disait infestées de brigands. Enfin, le 16 juillet, il put se mettre en route, gagna Sambatilika et arriva le 3 août au joli village de Timé, où les fatigues endurées depuis le départ, les pluies persistantes, les privations de toute nature lui donnèrent un violent scorbut; soigné avec un réel dévouement par une vieille négresse, mère de son hôte, Caillié ne put reprendre le cours de son voyage que cinq mois plus tard.
Il partit de Timé, le 9 janvier 1828, avec une caravane de Mandingues qui allaient vendre des noix de kola, les uns à Sansanding, les autres à Dienné, où ils les échangeaient contre du sel en barre ; il traversa ainsi Tengréla, Bangoro, Débéna, Tiara, où la caravane se dédoubla, Toumané, Kouara et enfin Gallia. Le 11 mars, il entrait à Dienné, dont la population était alors de de 9 à 10.000 habitants; douze jours plus tard, il gagnait le lac Débo, dont les trois îlots reçurent les noms de Saint-Charles, Henri et Marie-Thérèse et, le 19 avril, — un an juste après son départ de Kakondy, — il arrivait en vue de Kabara, port de la ville de Timbouktou. Kabara n'était qu'un assemblage de misérables cases, mal construites et servant seulement d'entrepôt pour les marchandises ou d'habitations pour les esclaves employés aux travaux du port. Le reste de la population ne se composait que de pêcheurs ou de charpentiers, formant en tout un millier d'individus. Le lendemain, 20 avril, Caillié arrivait à Timbouktou, après trois heures de marche. « En entrant, dit-il, dans cette cité mystérieuse, objet des recherches des nations civili-
sées de l'Europe, je fas saisi d'un sentiment inexprimable de satisfaction ; je n'avais jamais éprouvé une sensation pareille et ma joie était extrême... Revenu de mon enthousiasme, je trouvai que le spectacle ne répondait pas à mon attente. » La ville n'avait alors, d'après l'estimation de Gaillié, que 10 à 12.000 habitants environ et n'était qu'un amas de vilaines masures construites en terre,
Caillié ne resta que quatorze jours à Timbouktou; il craignait, en y séjournant plus longtemps, d'être reconnu et de subir le même sort que le major Laing. Il avait été toutefois parfaitement accueilli chez Sidi-Abd -Allahi- Ghebir, le Maure chez lequel il habitait et auquel il avait été recommandé par son hôte de Dienné. Le li mai, il quittait la ville avec une caravane de plus de 600 chameaux, qui se dirigeait vers le Maroc; cette caravane fut rejointe en route par plusieurs autres et compta bientôt plus de l.ZiOO chameaux. On mit trois mois à franchir le Sahara ; on traversa successivement le Tadjakant, El Draah, le Tafilet et, le 12 août, Gaillié entrait à Fez. Le 7 septembre suivant, il se présentait au consul de France à Tanger, qui lui donnait les moyens de gagner Toulon.
Arrivé à Paris, Caillié fut reçu par la Société de géographie qui lui décerna son grand prix annuel, récompense bien méritée par ce vaillant et énergique explorateur; mais il eut le chagrin de voir un peu plus tard émettre des doutes sur la réalité de son voyage^ et fut défendu fort vivement à cette occasion par le président de la Société de géographie, M. Jomard, membre de l'Institut.
Ge n'est toutefois qu'un quart de siècle plus tard que les assertions de Gaillié furent confirmées d'une façon éclatante par un autre explorateur, le Hambourgeois Barth, qui parvint, lui aussi, à Timbouktou (1858), et put vérifier
1. Principalement en Angleterre, où Ton était mécontent de voir qu'un Français eût réussi là où un Anglais (le major Laing) avait échoue.
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ainsi l'exactitude absolue du récit de notre compatriote.
Malheureusement, lorsque cette réhabilitation eut lieu, René Caillié n'était plus. Profondément atteint, autant par les souffrances de son long voyage que par les attaques dont il avait été l'objet à son retour, il était mort, désespéré, à l'âge de 39 ans.
Par ordre du général Faidherbe, une colonne commémorative a été élevée en souvenir de lui sur les rives du Nunez, à Boké, situé non loin de Kakondy, point de départ de son exploration.
Un petit monument dans les Rivières du Sud, tel est le seul hommage rendu jusqu'à présent à la mémoire du Français qui, il y a plus d'un demi-siècle, a eu le premier la gloire d'atteindre Timbouktou et de franchir cette immense et mystérieuse partie de l'Afrique, le Sahara M
Anne Raffenel. — Pendant les dix-huit années qui suivirent le retour de Caillié en France, personne ne songea à pénétrer jusqu'au Soudan. Ce n'est qu'en i8/i6 que Raffenel (dont nous avons déjà parlé à propos du Sénégal), après avoir exploré une partie du bassin de la Falémé, vers Kéniéba, tenta de traverser le continent africain de l'ouest à l'est et d'atteindre les sources du Nil en passant par le Kaarta, le Ségou, le Sokoto, le Bornou et le Darfour.
Il partit de Saint-Louis accompagné d'un indigène sénégalais, nommé Léopold Panet ; mais il fut arrêté dans le Kaarta et retenu huit mois durant à Fontobi, où se termine son exploration. On a de lui un ouvrage fort intéressant appelé Nouveau voyage au pays des nègres.
1. Avant lui, Mungo-Park — encore n'en est-on pas bien sûr! — atteignit Kabara sans pouvoir y débarquer. Pour Caillié^ qui occupe une part considérable dans l'histoire des explorations, il est regrettable qu'aucune société de géographie française n'ait pris l'initiative de consacrer sa mémoire en France par un petit monument élevé, sinon à Paris, du moins dans les Deux-Sèvres, où il est né.
Hecquard. — Après Raffenel, sigaalons Hecquard, souslieutenant de l'escadron des spahis sénégalais, auquel on confia la mission d'explorer un fleuve du littoral de la Guinée, le Gomoé (ou Akba), qui se jette dans la lagune Ébrié, près de Grand-Bassam et qu'on croyait être Tun des bras du delta du Niger. Abandonné par ses guides à deux jours de marche dans l'intérieur, Hecquard dut revenir à la côte et, de là, au Sénégal; mais, en route, il fut arrêté par un ordre du gouverneur qui lui disait de débarquer àCarabane, surla Gasamance, de gagner Sedhiou, de traverser le Fouta-Diallon, puis de redescendre vers le Niger et de se mettre à la recherche du Gomoé.
Hecquard ne put accomplir que la première partie du voyage et revint à Saint-Louis le lli septembre 1851, après avoir visité les sources de la Falémé et traversé le Niocolo, le Kaman et le Bondou.
A^OYAGE DE Mage a Tagant. — Neuf ans plus tard, un enseigne de vaisseau, Mage, fut chargé d'aller visiter l'oasis de Tagant, où nul Européen n'avait encore pénétré. Parti de Saint-Louis le 9 décembre 1860, ce jeune officier fit un voyage des plus pénibles. Quoique malade de la fièvre et dépouillé par des Maures qui l'avaient abordé avec de grandes protestations d'amitié. Mage parvint au but qui lui avait été indiqué. Il vit le roi des Douaïch,^ Bakar, qui l'empêcha, il est vrai, de dépasser Tagant, mais qui le mit en relations avec les Ouled-Nacer etle fit reconduire sous escorte jusqu'à Matam, afin d'empêcher qu'il fût dévalisé de nouveau. Revenu au Sénégal à la fin de janvier 1861, Mage donna sur les contrées qu'il avait traversées, principalement sur l'importance commerciale de Tagant et sur les tribus qui habitent l'oasis, des renseignements fort précieux.
Alioun-Sal. — La même année (1860), un jeune souslieutenant indigène de l'escadron sénégalais, Alioun-Sal, se rendit, après avoir passé trois mois avec les Braknas, chez ce même Bakar, chef des Douaïch ; il visita le Ta-
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gant, plateau montagaeux, coupé de vallées et de plaines, où Teau est abondante et le climat tempéré, alla chez les Ouled-Embarck et chez les Ouled-Nacer, visita Oualata,
NiAG ASSOLA. Craignant d'y être re-
connu comme étant au service des chrétiens, il voulut aller à Timbouktou et de là au Niger. Bien mal lui en prit; ce qu'il craignait lui arriva justement aux portes de Basikhounou. Un Toucouleur ayant paru étonné à sa vue et ayant prononcé les mots de goiiverneur, of[icier, Saint-Louis^ ses compagaon?, qui appar- Afrique, I. 13
tenaient comme lui au prophète El-Hadj-Omar, lui demandèrent des explications, à la suite desquelles Alioun-Sal fut garrotté et emmené dans la^direction de Oualata où ces gens se rendaient. Par bonheur, au puits de Tiguiguel, le jeune officier put intéresser à lui un chef du pays, qui le cacha pendant plusieurs jours et lui fournit un guide et un chameau, avec lesquels Alioun put atteindre Bakel au mois de décembre 1862 ^
Pascal. — Vers cette même époque avait eu lieu une exploration du bassin de la Falémé et de celui du Bafing, par le sous -lieutenant d'infanterie de marine Pascal.
M. Pascal, qui n'avait que 25 ans à peine, était le fils d'un vieil officier de couleur des Antilles et était sorti de Saint-Cyr. Il accomplit avec succès la mission qui lui avait été confiée, mais qui fut la seule qu'il put remplir, car il mourut de la fièvre deux ans plus tard au poste de M'Bidjem, dont il était le commandant.
Voyage de Mage et Quintin a Ségou. — C'est en 1863 qu'apparaît nettement la pensée de relier le Haut fleuve au Niger et c'est dans le courant de cette même année que le général Faidherbe, gouverneur du Sénégal, chargeait deux officiers de la marine française d'explorer la ligne qui reliait nos établissements du bassin supérieur du Sénégal au bassin supérieur du Niger en se dirigeant de préférence sur Bammako.
(( Le but, disait la lettre du gouverneur, serait d'arriver, quand on jugera à propos d'en donner l'ordre, à créer une ligne de postes distants d'une trentaine de lieues entre Médine et Bammako ou tout autre point voisin qui paraîtrait plus convenable, pour y créer un point com-
1. Alioun-Sal, revenu très souffrant des suites de ce voyage, voulut quand même, quelques mois plus tard (novembre 1863), faire partie d'une colonne expéditionnaire, qui opérait dans le Cayor, d'où 11 était originaire et où il pouvait rendre les plus grands services. Son mal ne fit qu'empirer et il mourut le 7 décembre, pendant qu'on le ramenait à Saint-Louis.
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mercial sur le fleuve...» En même temps, cette lettre donnait aux voyageurs Tordre de pousser jusqu'à Ségou et de s'y mettre en relations avec El-Hadj-Omar.
Les officiers choisis pour cette expédition, le lieutenant de vaisseau Mage et le chirurgien Quintin, partirent de Médine le 25 novembre 1863, accompagnés par une dizaine de noirs provenant des laptots de la marine locale ou des tirailleurs sénégalais. Ils remontèrent le Sénégal jusqu'à Bafoulabé, dont ils prirent un levé topographique, passèrent à Koundian et, après avoir traversé le Bafing^ prirent la direction de l'est.
Le 15 janvier 186/i, ils arrivaient à Kita, qu'ils désignèrent comme propice à l'établissement d'un poste, à cause de sa situation privilégiée; c'est là, en effet, que se croisent les routes qui mènent du Sénégal au Niger ou du Bouré à Nioro. Quelques jours plus tard, ils franchissaient le Baoulé (que Mage appelle le Bakhoy n^S) et pénétraient dans la magnifique forêt de rôniers de Marcounah. Le 22 février, ils étaient à Nyamina où ils s'embarquaient sur des pirogues et, le 28, ils arrivaient en vue de Ségou.
Mis en rapport avec Ahmadou, qui représentait son père El-Hadj-Omar, parti en expédition dans le Macina, Mage et Quintin, malgré leurs instances, ne purent plus franchir les murailles de la ville, soit pour pousser jusqu'à l'endroit où l'on disait que se trouvait le prophète, soit pour retourner à Saint-Louis.
Ils restèrent ainsi à Ségou jusqu'au 6 mai 1866 et, finalement, ne purent voir El-Hadj qui avait péri au siège d'El-Hamda-Lillahi, à quelque distance de Bandiagara. Enfin, craignant de s'attirer des désagréments avec le généra} Faidherbe, gouverneur du Sénégal, qui lui envoyait courrier sur courrier, Ahmadou se décida à donner la liberté à ses deux hôtes.
Mage et Quintin, en revenant, suivirent une route différente de la première. A Nyamina, ils prirent la direction du Kaarta, visitèrent Nioro, passèrent par Kouniakary et
arrivèrent à Médine le 28 mai suivant, après une absence de trente mois et trois jours ^
Paul Soleillet. — Quinze ans après, Paul Soleillet entreprenait le même voyage, avec l'intention d'étudier une voie de communication entre le Sénégal et l'Algérie. Il comptait aller à Ségou, puis à Timbouktou, et gagner de là soit El Goléa, soit Ouargla. Mais il ne put exécuter que k première partie de ce projet, à cause des maigres ressources dont il disposait.
11 quitta Saint-Louis le 10 avril 1878, accompagné seulement d'un tirailleur sénégalais qui lui servait d'interprète; il avait en outre avec lui deux mules de selle et trois bœufs porteurs dont les conducteurs, pris tout le long de la route, allaient simplement d'un village à un autre.
De Podor, où Tavait conduit un aviso de la colonie, il suivit à pied la rive du fleuve jusqu'à Bakel, puis il se dirigea sur Kouniakary, passa par Guigné et atteignit Nyamina où il put se procurer une pirogue, qui le mena jusqu'à Ségou, où il arriva le 1^"" octobre suivant. Il passa quatre mois dans cette ville, voyant constamment Ahmadou qui l'accueillait toujours avec beaucoup d'égards, mais qui s'opposait formellement à ce qu'il allât plus loin.
De guerre lasse, Soleillet prit le parti de revenir à Saint-Louis; au retour, il suivit la même route qu'à l'aller et rentra à Bakel le 2 mars 1879 ^
1. A son retour en France, Mage reçut de la Société de géographie une médaille d'or; en outre, au cours de son voyage, le Ministre de la marine l'avait nommé officier de la Légion d'honneur. Ce vaillant explorateur eut néanmoins une fin bien triste : pendant l'hiver de 18G9-1870, il fut englouti dan& une tômpête, avec la Gorgone qu'il commandait et qui se perdit corps et biens sur les Roches Noires, en face de Brest.
2. Paul Soleillet, durant toute sa vie, fit de très grands efforts pour faire pénétrer l'Influence française au centre du continent
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ZwEiFEL Eï MousTiER — MM. Zweifel et Moustier, Tue Suisse et Tautre Français, étaient depuis dix années attachés aux comptoirs de la maison Verminck, lorsque le chef de cette maison les choisit pour remplir une mission qui devait, d'après les instructions qui leur furent données, avoir un but à la fois géographique et commercial ; il s'agissait d'aller à la découverte des sources du Niger.
Zweifel résidait depuis six ans à Rotombo, dans la rivière de Sierra-Leone; il parlait le timné et le landouman. Moustîer était depuis huit années sur la côte où il dirigeait un comptoir ; il savait le peulh et le sousou. Tous deux connaissaient fort bien tous les indigènes qui vivaient dans un rayon assez éloigné et en étaient eux-mêmes connus. Dans ces conditions, leur voyage ne devait pas rencontrer de bien grandes difficultés. Ils partirent de Falaba,sur la Rokelle, le 28 août 1879, et traversèrent surcessivement le pays des Timnés, celui des Limbas et celui des Kourankos. Mais, à Tantafarra, ils ne purent obtenir du chef Demba que celui-ci les fît conduire aux sources. A force de cadeaux, ils purent cependant arriver jusqu'à Foria, situé à 2 kilomètres du point qu'ils cherchaient à atteindre, et c'est pendant une chasse aux environs de ce village que le hasard les mit en présence d'un petit filet d'eau placé au milieu d'un bouquet d'arbres: c'était le Niger sortant du mont Tembi-Gounda.
Le Zi octobre, Zv\^eifel et Moustier quittèrent Foria, mais., au lieu d'aller vers Timbo comme ils comptaient le faire, ils durent, par suite de manque de marchandises, revenir sur Rotombo, où ils arrivèrent le 8 novembre.
Aimé-Olivier. — Quelques semaines plus tard, le 22 fé-
africain; en 1874, il était presque parvenu dans l'oasis d'In- Salah j plus tard, après son voyage à Ségou, il se rendit à Obock, et nous lui devons une partie de l'extension territoriale de cette colonie.
vrier 1880, un autre de nos compatriotes, M. Aimé-Olivier, partait à la tête d'une expédition ayant pour but d'explorer le Fouta-Diallon, le Dinguiray, et de descendre le Niger jusqu'aux États de Sokoto. Mais, par suite du mauvais état de sa santé et de l'opposition des Almarays, il ne put accomplir qu'une faible partie du voyage projeté; il séjourna pendant deux mois à Timbo, puis revint à la côte en suivant la ligne ^de partage des eaux du Pongo et du Nunez.
Jacquemart, Piétrï, Monteil et Sorin. — Durant l'année 1879, il avait été institué au ministère des travaux publics une commission chargée de l'examen des questions relatives à la mise en communication par voie ferrée de l'Algérie et du Sénégal avec l'intérieur du Soudan. Après de longues et mûres délibérations, cette commission conclut en faveur d'un projet de chemin de fer du Sénégal au Niger.
Nous étudierons plus loin, avec plus de détails, les questions relatives à une ligne ferrée de pénétration; il nous suffira de dire, pour le moment, que ce chemin de fer fut divisé, dans le projet, en trois tronçons principaux.
Le premier, qui a été exécuté entièrement, va de Dakar à Saint-Louis à travers le Gayor.
Le second, dont il n'a plus été question depuis plusieurs années, mais qui devient tous les jours de plus en plus nécessaire^ devait s'embrancher sur un point quelconque de la ligne de Dakar à Saint-Louis et rejoindre Médine. Enfin le troisième, qui existe aujourd'hui en partie devait partir de Médine et aller sur le Niger, dans la direction de Bammako.
La première section étant donnée à une compagnie privée, l'État n'eut pas à s'occuper directement du tracé. Pour les deux autres sections, au contraire, il dut envoyer différentes missions dont la plus importante fut, à tous égards, celle du capitaine d'infanterie de marine Galliéni, qui eut à étudier la route allant de Médine au Niger.
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Les autres furent chargées d'examiner sur place différents tracés ayant pour objet de relier Saint-Louis à Médine. Ces missions furent au nombre de trois. Les deux premières suivirent des chemins depuis longtemps parcourus par nos colonnes; la troisième eut à franchir la contrée connue sous le nom de Désert du Ferlo.
Les territoires qu'elles traversèrent appartenant au Sénégal, nous n'aurions pas à en parler ici, si le but de ces expéditions n'avait pas été de relier le bassin du haut Niger au littoral de l'Atlantique.
La première mission fut dirigée tout d'abord par le lieutenant Piétri, de l'artillerie de marine, mais cet officier ayant été appelé à faire partie de la mission Galliéni, la direction de cette mission fut donnée au lieutenant Marly, qui mourut de la fièvre quelques jours après son retour. L'itinéraire avait été : M'Pal, Mérinaghen, le Dimar,Guédé, la rive gauche du Sénégal, Dagana, la rive orientale de la Taouey, celle du lac de Guier et M'Pal.
La seconde mission fut confiée à un lieutenant d'infanterie de marine, M. Jacquemart, qui devait suivre de Guédé à Bakel, sur la rive gauche du fleuve, la limite des inondations du Sénégal et qui rapporta non seulement un levé topographique de la région parcourue, mais des renseignements statistiques fort intéressants sur la population des peuplades de la rive gauche. Il démontrait en même temps que le fleuve, par ses inondations périodiques et le limon qu'il dépose avant de rentrer dans son lit, pouvait être assimilé au Nil, et serait une source féconde de richesses agricoles le jour où l'on pourrait y faire certains travaux d'aménagement.
Enfin, la dernière mission, commandée par M. Monteil, lieutenant d'infanterie de marine, auquel on avait adjoint M. Sorin, sous-lieutenant de la même arme, fut chargée de traverser le désert de Ferlo qui n'avait été parcouru jusqu'à ce jour que par Rubault en 1786, Mollien en 1818 et de Beaufort en 182Zi.
MM. Monteil et Sorin quittèrent Saint-Louis le 21 novembre 1879, ayant comme escorte 10 tirailleurs et Ix spahis montés et, comme convoi, 8 mulets et 21 chameaux. 1
Ils suivirent le marigot de Bounoun, .atteignirent Mérinaghen et Khorkhol, et mirent ensuite 21 jours à gagner BakeP.
Mission Galliéni. — Le capitaine Galliéni avait pour mission d'étudier le pays situé entre Médine et un point situé sur le Niger, d'y reconnaître un tracé provisoire, d'examiner les ressources de la région et de conclure avec les chefs indigènes des traités permettant le passage de la voie ferrée. On lui avait adjoint un certain nombre d'officiers, tous aussi distingués que leur chef; c'étaient MM. Piétri, dont il a été question plus haut; Vallière, lieutenant d'infanterie de marine; Bayol, médecin de la marine, qui devait, une fois l'expédition terminée, rester à Bammako comme résident, et Tautin, également médecin de la marine, qui avait commandé le poste de Dagana^
Le capitaine Galliéni, qui était déjà allé jusqu'à Bafoulabé, où l'on construisait un poste, composa de la façon suivante son escorte et son convoi : une trentaine de tirailleurs et de spahis, servant à la fois d'escorte d'honneur et de défense, une escouade de laptots destinés à manœuvrer les embarcations qu'on projetait de jeter sur le
1. Toute la région comprise entre Khorkhol et Bakel, qui descend jusqu'au Baol est composée d'alluvions formées d'argile pure, ou d'argile et de sable. Au-dessous, à une petite profondeur (12 à 30 mètres), est une couche d'eau dont on ne tire aucun parti et au moyen de laquelle on pourrais cultiver ce désert en creusant des puits artésiens. Tout ce pays est couvert d'arbres.
2. M. Piétri était chargé du convoi, des instruments de précision et des observations astronomiques ; M. Vallière devait faire l'étude du terrain et les levés topographiques; M. Bayol était médecin de la mission j M. Tautin "avait à s'occuper spécialement des questions d'ethnographie et d'histoire naturelle.
Niger, et une centaine d'âniers ou de domestiques conduisant plus de 300 ânes ou mulets.
Partie de Saint-Louis le 30 janvier 1880, la mission,, obligée de remonter le fleuve à la cordelle à cause de la baisse des eaux, ne put arriver à Bakel que le 25 février; le 29 mars elle était à Bafoulabé et pénétrait le lendemain dans le Fouladougou, q^ie trois Européens seulement, Mungo-Park, Mage et Quintin, \ avaient traversé avant elle.
Pour assurer la marche, le campement et l'alimentation d'une colonne aussi importante dans un pa'^^s accidenté et au milieu de populations dont on ignorait les dispositions, le capitaine Galliéni envoyait toujours, à une journée de marche en avant, un petit détachement que commandait généralement M. Vallière, On arriva ainsi à Badumbé assez rapidement.
D'après ses instructions, la mission devait chercher à atteindre Kita le plus vite possible. Néanmoins il fallait explorer le pays; M. Galliéni détacha alors successivement sur sa droite et sur sa gauche deux de ses officiers : d'abord M. Piétri, qui quitta la colonne principale le 13 avril pour aller reconnaître la vallée du Baouîé, puis M. Vallière, qui reçut l'ordre de s'avancer, par la vallée du Bakhoy, dans la direction de Niagassola et duBouré.
La colonne principale, après avoir traversé le Bakhoy au gué de Toukoto, suivit la rive droite de la rivière et arriva le 20 avril à Makadiambongou, en vue de la mon-
Un village après la prise.
tagne de Kita, Le Malinké Tokonta, chef de la confédération du pays, craignant de s'aliéner les Toucouleurs et de s'attirer de leur part de terribles représailles s'il s'alliait aux Européens, désireux également de voir tomber un village voisin, celui de Goubanko, qui était devenu depuis peu de temps un repaire de bandits, évita de répondre aux propositions du capitaine Galliéni.
Celui-ci, voyant qu'il fallait user de ruse pour obtenir la conclusion du traité qui lui était nécessaire, fit courir le bruit que, puisqu'il n'avait pu s'entendre avec les gens de Kita, il allait s'adresser à ceux de Goubanko. Cet argument fut décisif ; Tokonta, effrayé, signa, le 25 avril 1880, le traité qui plaçait tout le pays sous le protectorat de la France.
Le capitaine Galliéni se rendit ensuite à Goubanko et, n'ayant pu réconcilier les habitants de ce village avec les chefs de Kita, continua sa route vers le Petit-Bélédougou.
La route qui traversait cette contrée, en passant par Koundou, était la plus directe, mais les Béléri, peuplade de race bambara, qui l'habitaient, avaient la réputation d'être voleurs et sauvages ; de plus, ils étaient en hostilité continuelle avec les Toucouleurs. Or le but principal de l'expédition que commandait le capitaine Galliéni était précisément de conclure une alliance avec le chef des Toucouleurs, le roi Ahmadou, fils d'El-Hadj-Omar, auquel appartenait le pays de Bammako.
Le trajet de Kita à Koundou s'effectua sans incidents; le Ix mai, on entrait dans le Bélédougou et l'on arrivait au village de Guisoumalé, dont les habitants se montrèrent fort bien disposés. Il n'en fut pas de même à Ouoloni, dont les portes restèrent closes et dont les chefs refusèrent des guides au capitaine Galliéni. C'est là que se manifestèrent les premiers indices de l'agitation qui se préparait. Le lendemain, en effet (7 mai 1880), le docteur Tautin, qui était resté en arrière avec l'interprète Alassane et une douzaine de tirailleurs, fut entouré par un grand nombre de Bam-
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baras qui proféraient des menaces contre lui, cherchant à piller ses bagages. Heureusement, un certain nombre de conducteurs de la colonne principale arrivèrent sur ces entrefaites et purent dégager le docteur. Celui-ci rejoignit alors le capitaine Galliéni par une marche de nuit, pendant laquelle il se sentit suivi par des groupes d'hommes armés.
A Guinina, même accueil qu'à Ouoloni; à Dio également. La colonne se dirigea alors sur Bammako, qui n'était plus qu'à deux jours de marche; mais, au moment où, allongée en file indienne sur une longueur de plus de 800 mètres, celle-ci avait en partie traversé le ruisseau de Dio, une fusillade éclata d'un bout à l'autre de cette colonne; c'étaient les Bambaras qui, embusqués derrière les arbres, exécutaient un feu nourri contre les Européens et les chargeaient aussitôt après.
Déduction faite des âniers, M. Galliéni n'avait avec lui qu'une vingtaiae d'hommes. Ceux-ci heureusement purent s'abriter derrière les ruines d'un tata qui était proche, puis, après une demi-heure de combat, ils tentèrent une sortie à laquelle l'ennemi ne put résister ; après quoi, l'on reprit la marche vers Test K Le lendemain (12 mai), après un orage terrible, la colonne arrivait enfin devant Bammako, où l'attendaient les lieutenants Fiétri et Vallière.
Chacun de ceux-ci, on l'a vu plus haut, avait eu une mission différente à remplir.
M. Piétri , accompagné de sept hommes seulement, avait quitté le gros de la colonne près du gué de Toukoto ; il avait ensuite franchi le Bakhoy près du confluent du Baoulé et côtoyé celui-ci jusqu'à Sambabougou (20 avril 1880). Estimant alors qu'il s'était assez éloigné de la colonne principale, il était revenu à Kita le 26 avril. Mais il en était reparti presque aussitôt, le capitaine Galliéni l'ayant chargé d'éclairer la route de Bammako et lui ayant donné
1. Le personnel de la mission fut très éprouvé: il eut 15 tués, 16 blessés et 7 disparus.
Tordre de se tenir à une ou plusieurs journées de marche en avant du gros de la mission. M, Piétri était ainsi arrivé le 8 mai à Bammako, trois jours avant le lieutenant Valière.
Ce dernier avait quitté le capitaine Galliéni le 27 avril; puis, après avoir traversé tour à tour Mourgoula, Koukouroni, Niagakoura, Niagassola, et longé les monts du Manding, il avait, le 11 mai suivant, rejoint le lieutenant Piétri sous les murs de Bammako.
En ce dernier endroit, M; Galliéni ne fut pas reçu par les chefs comme il Pavait espéré et, craignant de ne pas être en sécurité près du village, il fit reprendre la marche sur Nafadié. Arrivé au campement, il réunit ses officiers en conseil pour examiner la situation et prendre une décision définitive.
Pas un seul d'entre eux ne faiblit, pas un seul n'eut un instant d'hésitation et, à l'unanimité, ces hommes vaillants et énergiques furent d'avis qu'il fallait continuer la marche en avant.
M. Galliéni avait eu une inspiration heureuse en poussant jusqu'à Nafadié, car, dans la matinée du lendemain, les Bambaras, qui le poursuivaient depuis le ruisseau de Dio, arrivaient à Bammako avec le projet d'exterminer les survivants de la mission. Ils n'osèrent pas cependant aller plus loin et, le 15 mai, la colonne put effectuer sans encombre la traversée du Niger. On prit aussitôt la direction deSégou, mais dans quelles conditions! Il n'y avait plus ni munitions, ni médicaments, ni vivres, ni bagages et il ne restait plus aucun des nombreux cadeaux destinés à Ahmadou.
A Sanankora, on trouva deux envoyés du roi de Ségou, qui signifièrent à la mission l'ordre de s'arrêter; mais M. Galliéni ne tint aucun compte de leurs avis et s'avança jusqu'à Nango, petit village situé à kilomètres à l'ouest de Ségou juin 1880).
Là, deux nouveaux envoyés d'Ahmadou et le chef du village lui ordonnèrent de nouveau de ne pas s'avancer
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plus loin, et la mission, à bout de ressources, se vit obligée d'obéir à cette injonction.
Le capitaine Galliéni demanda cependant à aller jusqu'à Ségou afin d'y voir le roi, mais ce dernier ne le permit pas et recommença à faire avec la mission du haut Niger, ce qu'il avait fait quinze ans plus tôt avec Mage et Quintin. Aux instances du capitaine, il répondait constamment par des fins de non-recevoir. Nos compatriotes restèrent ainsi pendant plus de dix mois prisonniers à Nango; M Galliéni obtint toutefois qu'Ahmadou lui envoyât son représentant pour élaborer le traité à intervenir entre la France et l'empire toucouleur.
Les négociations commençaient à traîner en longueur, lorsqu'on apprit à Ségou l'occupation deKitaet la prise de Goubanko par le lieutenant-colonel Borgnis-Desbordes.
Cette nouvelle provoqua une émotion extraordinaire et plusieurs conseillers du roi lui proposèrent de répondre à cette invasion en faisant mettre à mort les officiers européens. Le capitaine Galliéni, informé de la prise de Kita et des sentiments de l'entourage d'Ahmadou, désireux en même temps de se soustraire aux caprices de ce souverain, lui renouvela ses propositions d'entente. Un traité fut signé entre le capitaine Galliéni et Ahmadou; à la suite de ce traité, les membres de la mission, remis en même temps en liberté, quittèrent Nango deux semaines après l'échange des signatures (21 mars). Le 29 mars, ils traversaient le Niger près de Nafadié, rejoignaient le colonel Desbordes à Kita, où celui-ci allait faire construire un fort, et rentraient le 12 mai 1881, à Saint-Louis, après une absence de dix-sept mois.
Missions diverses i. — Au cours des années 1882 et 1883, un certain nombre d'officiers, chargés de missions topographiques, reçurent du département de la marine toutes les instructions relatives à rétablissement de notre pro-
1. Il y a lieu de citer, outre la mission Galliéni, la mission liydro-
tectorat sur quelques-unes des contrées qu'ils allaient avoir à parcourir. Ce furent MM. Bonnier, capitaine d'artillerie de marine, qui si?na des traités de ce genre avec le roi du Bafing et les chefs du Petit-Bélédougou, et le capitaine Delanneau, qui fit de même dans le Birgo et le Gadougou.
Mission Bayol et Quiquandon. — En 1883, une mission était confiée au docteur Bayol, auquel on adjoignit le lieutenant d'infanterie de marine Quiquandon elle avait pour but d'explorer le Grand-Bélédougou, vaste région située sur la rive gauche du Niger au nord-ouest de Ségou. De ce voyage, MM. Bayol et Quiquandon rapportèrent de nombreux traités de protectorat qu'ils avaient conclus avec les chefs des pays suivants : le Nossombougora, le Fadougou, le Damfari, le Mourdiari, le Nonkho, le Koumi, le Dionkoloni, le Segala, le Meskala, enfin le Markabougou, y compris Sansanding.
Mission Colin. — Vers la même époque un médecin de la colonie du Sénégal, le docteur Colin, fut chargé de visiter le Bouré, pa^^s aurifère extrêmement riche situé au sud de Niagassola, sur la rive gauche du Niger. M. Colin, parti- de Bakel le 25 juillet 1883, parcourut le bassin de la Falémé et parvint à Mouralia où sont les grandes mines du Diébédougou, mais il ne put pénétrer dans le Bouré, qu''occupaient alors les armées de Samory et dut revenir à Bakel .
Les campagnes de guerre. — Première expédition du COLONEL Borgnis-Desbordes (1880-1881). — En terminant l'exposé de la mission Gallieni, nous avons dit qu'une
graphique du capitaine Pol, de l'artillerie de marine, dans le haut Sénégal, de Bakel à Médine. M. Pol a rapporté également de son voyage une notice sur les essences de bois et un grand nombre de levés topographiques (février-mai 1880).
1. Voir au fascicule relatif au Sénégal, chapitre la mission Bayol et No i rot.
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des raisons qui avaient motivé la mise en liberté de la mission était la prise de Kita et celle de Goubanko par le lieutenant -colonel Borgnis -Desbordes. C'est à partir de la fia de Tannée 1880, en effet, que commencent les campagaes de guerre qui ont eu pour résultat l'occupation effective d'une partie du haut Niger par les troupes françaises, et la plupart des missions qui se sont succédé depuis cette époque ont eu lieu en même temps que ces expéditions (missions Bonnier, Delanneau, Bayol et Quiquandon).
A la fin de Tannée 1880, le lieutenant-colonel Borgnis- Desbordes, de l'artillerie de marine, était nommé commandant supérieur du Haut-Sénégal. Le dernier de nos postes était alors celui de Médine; on avait en outre commencé à Bafoulabé les travaux d'un ouvrage de campagne qui fut plus tard remplacé par un fort en maçonnerie. Enfiu on possédait, sur la route qui mène de Bafoulabé à Bammako, tous les renseignements et les levés que le capitaine Galliéni avait pu, au moment de franchir le Niger à Nafadié, expédier par courrier jusqu'à Saint-Louis.
Le but de la campagne qu'allait diriger le colonel Borgnis- Desbordes était d'assurer Toccupation du pays entre Médine et Kita, d'y faire construire des postes et de procéder aux premières études relatives à l'établissement d'une voie ferrée. En même temps était jointe à l'expédition une mission topographique dont il sera parlé plus loin.
Le colonel Desbordes partit le 9 janvier 1881, à la tête de 830 hommes environ, dont Zi20 combattants^.
1. Effectif combattant : 424 hommes dont : état-major, 3 officiers; batterie d'artillerie, 1 officier, 49 hommes (dont 16 indigènes); compagnie auxiliaire d'ouvriers d'artillerie, 4 officiers, 78 hommes; spahis du Sénégal, 1 officier, 22 hommes (dont 14 indigènes); tirailleurs sénégalais, 11 officiers (dont 2 indigènes), et 255 hommes (dont 236 indigènes). — Effectif non combattant : 410 hommes dont : mission topographique, 10 officiers et 45 hommes
Après avoir, sur son parcours, brûlé le village de Foukhara, dont les habitants s'étaient montrés hostiles envers le personnel de la mission topographique, la colonne arriva à Bafoulabé le 17 janvier ; elle y laissa les hommes malades et marcha surKita, où elle parvint le 7 février.
On a vu plus haut que le village de Goubanko, repaire de voleurs et d'assassins, s'était montré hostile à la mission Galliéni.ll fit de même avec le colonel Desbordes qui, pour le punir, ordonna sa destruction.
Le bombardement du tala (rempart en pisé) dura quatre heures ; enfin, la brèche fut pratiquée au moment où les projectiles commençaient à manquer et les troupes donnèrent Tassant; la lutte fut longue et acharnée; mais, au bout d'une heure, Goubanko était en notre pouvoir^.
Aussitôt après, les travaux du fort de Kita, qui venaient d'être commencés, furent repris avec la plus grande activité. Pendant ce temps, M. Borgnis-Desbordes envoyait le capitaine du Demaine à Mourgoula, afin de rassurer les
(dont 43 indigènes) ; interprètes et services divers, 10 fonctionnaires ou agents; ouvriers et serviteurs, 345 indigènes. — La colonne emmenait en outre 50 chevaux arabes, 33 chevaux sénégalais, 63 mulets, 301 ânes et un troupeau d'une quarantaine de bœufs. — Le matériel d'artillerie et les munitions comprenaient : 4 canons rayés de 4 (de montagne), 8 affûts, 101 obus (dont 16 à balles) et 49 boîtes à mitraille. — Les hommes portaient chacun : tirailleurs, 96 cartouches modè'e 1874, ouvriers d'artillerie, 72, canonniers, 36; spahis, 36 cartouches de carabine et 12 cartouches de revolver; officiers, 12 cartouches de revolver. Enfin quelques travailleurs indigènes avaient chacun un fusil double du modèle 1861 et 24 cartouches.
1. Les pertes furent sensibles: un douzième de l'effectif fut atteint et nous perdîmes un officier fort distingué, le capitaine Fol, de l'artillerie de marine. Les officiers qui se signalèrent à cette affaire furent : le commandant Voyron, les capitaines Monségur et Sujol, de l'infanterie de marine, le capitaine du Demaine, de l'artillerie, et le capitaine Archinard, qui commandait la compagnie d'ouvriers.
chefs toucouleurs que cette campagne aurait pu inquiéter. Ceux-ci, tout en donnant à notre représentant les meilleures assurances d'amitié, commencèrent contre nous une lutte sourde qui n'eut heureusement que fort peu de succès.
Le 7 juin, la colonne expéditionnaire partait pour Médine, laissant le fort de Kita suffisamment achevé pour résister à une attaque et abritant une garnison de 135 hommes avec k canons et des munitions en abondance.
Deuxième expédition (1881-1882). — A la fin de l'année 1881^ la fièvre jaune, qui sévissait alors à Saint-Louis, Dakar, Rufisque et Corée, obligea le ministre de la marine à restreindre le programme qu'il avait fixé tout d'abord. Il fut décidé qu'on se bornerait simplement à ravitailler les forts de Bafoulabé et de Kita, à terminer ce dernier et à construire un ou deux postes intermédiaires sur la route qui reliait ces deux points importants.
La colonne, partie de Médine, arriva à Kita le 9 janvier 1882*. Elle avait, en passant, puni les villages de Mahina et de Kalé, qui avaient pillé des caravanes; en
1. Effectif combattant : 349 hommes dont : état-major, 3 officiers (dont 1 indigène); infanterie de marine, 1 officier, 24 hommes; disciplinaires des colonies, 1 officier, 12 hommes; tirailleurs sénégalais, 6 officiers (dont 2 indigènes), et 203 hommes (dont 199 indigènes); spahis sénégalais, 1 officier, 31 hommes (dont 22 indigènes); batterie d'artillerie, 3 officiers, 1 garde, 35 hommes (dont 13 indigènes); compagnie auxiliaire des ouvriers d'artillerie, 1 officier, 27 hommes. — Ejlectif non combattant : 636 hommes dont : brigade télégraphique, 3 agents indigènes et 21 hommes (dont 16 indigènes) ; mission topographique, 4 officiers, 3 interprètes et 21 indigènes; direction des travaux, 2 officiers, 7 agents et 24 indigènes; 8 agents divers (dont 3 indigènes); 484 indigènes (ouvriers ou serviteurs) et 59 travailleurs marocains. — Convoi : 35 chevaux arabes, 35 chevaux sénégalais, 113 mulets, 366 ânes, 1 troupeau de bœufs. — Parc et munitions : 4 canons rayés de 4 de montagne et 400 obus; 172 cartouches par fantassin, 136 par canonnier ou spahi.
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outre, elle avait suivi, à partir de Badoumbé, une route différente de celle de l'année précédente, afin de montrer aux Malinkés que les Européens n'étaient pas tous morts de la fièvre jaune, comme on avait cherché à le leur faire croire.
Les travaux du fort de Kita venaient d'être repris depuis peu de temps, quand on apprit qu'un puissant chef malinké, l'émir Samory, dont l'empire s'étendait du Tankisso à Sierra-Leone et à la république de Libéria, s'avançait vers le Niger et allait pénétrer dans le Bouré.
L'approche de Samory avait fort inquiété les gens de Niagassola; mais on n'était pas encore certain qu'il cherchât à passer le Niger. L'ofîicier commandant supérieur par intérim crut bien faire en envoyant à l'émir le souslieutenant indigène Alakamessa, pour le prier d'épargner les horreurs de la faim aux habitants de Kéniéra, ville importante du Ouassoulou, assiégée par l'armée malinkée. C'était une imprudence , car Alakamessa, n'ayant pas trouvé Samory devant Kéniéra, poussa jusqu'à Galaba, résidence ordinaire du souverain, où il fut maltraité et menacé de mort; il parvint cependant à s'échapper.
En présence de ces événements, qui pouvaient avoir pour notre influence les conséquences les plus graves, le colonel Burgnis-Desbordes sévit obligé de tirer vengeance de l'insulte faite à un envoyé français; mais il lui fallut aller trouver l'armée de Samory, traverser le Niger et marcher sur la ville assiégée.
Il partit de Kita le 16 février 1882, avec 220 combattants et parvint, après dix jours de marche, au marigot de Kéniéra. On aperçut alors l'ennemi retiré dans les sagnés (sortes de redoutes) d'un immense camp retranché. Ces sagnés, fort bien défendus par des rangées de palissades, renfermaient une partie des guerriers, des chevaux, des troupeaux et des approvisionnements de l'armée; chacun d'eux était ainsi une place de guerre. Quatre sagnés occu-
paient les extrémités d'un vaste rectangle formé d'ouvrages en terre, au centre duquel était la malheureuse cité assiégée. De la sorte, Samory, évitant de fatiguer ses troupes, se bornait à attendre que la famine lui livrât la ville.
Après avoir enlevé le sagné du nord, nos troupes marchèrent sur celui du sud, où devait se trouver l'émir avec ses femmes et ses serviteurs; mais celui-ci n'avait pas osé attendre l'ennemi et s'était enfui honteusement. En occupant le sagné, on s'aperçut alors que Kéniéra était vide; depuis cinq jours, la ville s'était rendue et les habitants avaient été tués ou dispersés. Les deux derniers sagnés tombèrent bientôt entre nos mains.
Le colonel songea alors à se retirer sur le Niger, car, avec le peu de monde dont il disposait, la poursuite était impossible et il n'ignorait pas que Samory n'avait devant Kéniéra qu'une partie de son armée (environ Zi.OOO hommes). La retraite de nos troupes fut, en effet, inquiétée à plusieurs reprises par les cavaliers de l'émir, que conduisait Fabou, frère de ce dernier; mais, après ^un engagement au marigot de Koba, où Fabou fut battu, la poursuite cessa aussitôt et la colonne put alors marcher tranquillement sur Kita, où elle rentra le 11 mars. Le l/i juin, elle revenait à Kayes, après avoir achevé le fort de Kita et construit celui de Badoumbé.
Troisième expédition (1882-1883).— Le programme de cette troisième campagne, confiée de nouveau au lieutenant-colonel Desbordes, était de s'établir à Bammako et de relier ce point au poste de Kita.
La colonne partit le 22 novembre 1882 de Sabouciré, où elle s'était formée, et arriva à Kita le 16 décembre ^
1. Composition delà colonne. — Effectif combattant hommes, dont : état-major/ 8 officiers (dont 1 indigène) ; infanterie de marine, 7 officiers, 152 hommes; tirailleurs sénégalais, 5 officiers. 185 hommes (dont 159 indigènes) ; spahis sénégalais, 2 officiers, 35 hommes (dont 17 indigènes); batterie d'artillerie, 2 officiers,
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Avant de pousser jusqu'au Niger, le colonel Desbordes résolut de détruire Mourgoula qui était, depuis deux ans, un foyer d'agitation contre nous. Mais il n'eut pas besoin de combattre. Les habitants furent dispersés : les uns se réfugièrent à Nioro, tandis que les autres entraient dang le Kaarta. Un mois plus tard, Mourgoula était entièrement rasée.
Le commandant supérieur marcha alors sur le Niger^ où il espérait arriver sans incident, mais il fut prévenu qu'excités par un chef qu'on accusait d'avoir été l'instigateur du guet-apens de Dio, en mai 1880, les gens du village de Daba se préparaient à barrer la route à la colonne.
Après avoir essayé en vain de parlementer, le colonoJ résolut d'employer la force et donna le signal de l'attaque (19 janvier 1883). Au bout de deux heures de combat, le drapeau français flottait sur le village.
Le lendemain, la colonne continua sa route sur Bammako, où elle arriva le 1'^'' février, après un petit engagement avec un parti de fuyards de Daba, près de Segnerabougon.
Les travaux du fort furent aussitôt commencés et menés rapidement.
1 assimilé, 38 hommes (dont 18 indigènes); compagnie auxiliaire d'ouvriers d'artillerie : 2 officiers, 59 hommes; train des équipages,
2 officiers (dont 1 indigène), 44 hommes (dont 43 indigènes). — Effectif non combattant : 737 hommes comprenant : brigade télégraphique, 2 agents, 28 hommes (dont 24 indigènes); mission topographique, 7 officiers, 42 indigènes, direction des travaux, 2 officiers, 1 assimilé, 120 indigènes; convoi d'ouvriers, 1 officier, 17 hommes (dont 16 indigènes); agents et fonctionnaires, 12 officiers ou assimilés; 124 ouvriers indigènes; 381 serviteurs indigènes. — ■ Convoi : 46 chevaux arabes , 49 chevaux sénégalais,, 229 mulets, 353 ânes, 1 troupeau de bœufs. — Parc et munitions : 4 canons rayés de 4 de montagne, 6 affûts de rechange, 600 obus; 50.000 cartouches modèle 1874 au parc et, en outre, 72 cartouches à chaque fantassin et ouvrier d'artillerie; 36 à chaque canonnier et spahi.
A la fin de mars, comme on se disposait à partir pour Médine, on apprit que les troupes de Samory, divisées en deux armées et conduites par Fabou, étaient en marche sur Bammako. On estimait ces forces à plus de Zi,000 hommes, dont 200 cavaliers.
Le colonel Desbordes avait environ AOO hommes ; il en laissa 150 à la garde du fort et partit avec le reste à la rencontre de l'ennemi. Il rencontra ce dernier sur la route de Kita, au marigot d'Oueya-Ko, passage assez difficile.
La bataille dura trois jours, les 2, 3 et 5 avril 1883; enfin Fabou prit la fuite avec une partie de ses troupes, et la colonne rentra à Bammako. Mais le chef malinké n'avait pas perdu tout espoir et cherchait à reconstituer une armée. M. Borgnis-Desbordes, Tayant appris, se mit à sa poursuite; il l'atteignit une première fois à Bankoumana, le chassa pendant plusieurs jours et parvint à lui infliger deux nouvelles défaites à Koumakhana et à Maréna. Puis, le pays étant délivré des envahisseurs, il put reprendre le chemin de Médine, où il rentra dans les premiers jours du mois de mai.
Campagne 1883-188/i. — Ahmadou abandonne Ségou. — A la fin de l'année 1883, ce fut le lieutenant-colonel Boilève qui fut chargé de diriger le ravitaillement des postes du Haut-fleuve. La saison se passa sans qu'un coup de fusil fût tiré; mais pendant cette période, il survint différents incidents qu'il est utile de relater.
Pour frapper l'esprit des populations qui nous étaient soumises et en imposer aux espions envoyés dans le pays jpar Ahmadou, roi de Ségou, et par Samory, le colonel Boilève eut l'excellente idée de passer à Kita une revue où il eut soin de montrer dix pièces de campagne. A la suite de cette manifestation militaire sans précédent dans cette contrée, Fabou, qui était à Kangaba avec ses troupes et auquel le fait fut rapporté et grossi, jugea prudent de passer sur la rive droite du Niger. En même temps on
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apprenait que, pour des raisons assez mal connues, Ahmadou, fils d'EI-Hadj-Omar, qui résidait à Ségou, quittait définitivement cette ville et, emmenant ses femmes, emportant une partie de ses trésors, allait s'établir à Nyamina, se rapprochant ainsi du Kaarta et du Bakhounou: il laissait le commandement de Ségou à Madané, l'un de ses fils.
C'est pendant cette campagne que fut construit sous la direction du capitaine Chanteaume, de rartillerie de marine, le fort de Koundou, entre Kita et Bammako.
Campagne 188Zi-1885. — Occupation du Bouré, Combat DE KoKORO. — En 188/1-1885, le commandement supérieur du Haut-fleuve fut confié au chef de bataillon Combes, qui était depuis trois ans dans ces contrées et avait eu la gloire d'entrer le premier à Daba par la brèche.
La colonne qu'il avait organisée quittait Diamou le 31 décembre et arrivait à Badoumbé le 25 janvier suivant; elle partit de là pour Niagassola, où furent commencés les travaux d'un fort. Au mois de mars 1885, voyant que la construction de ce fort était en partie terminée et apprenant que Samory avait retiré presque toutes ses troupes du Bouré, le commandant Combes résolut de s'emparer de ce pays. Cette occupation se fit d'ailleurs assez facilement et l'on n'eut à tirer que quelques coups de fusil. Mais Samory reprit l'offensive et vint avec 5 ou 6.000 hommes bloquer étroitement le poste de Nafadié (qu'il ne faut pas confondre avec celui dont il a été question à propos de la mission Galliéni), intermédiaire entre Niagassola et le Niger*. M. Combes, à la tête d'une petite colonne, vint au secours de Nafadié et dut livrer, pour repousser l'ennemi, une dizaine de combats dont le plus sérieux fut celui du marigot de Kokoro (13 juin 1885). Samory s'éloigna alors dans la direction de Siguiri et nos troupes, après avoir
1. Ce petit poste fut héroïquement défendu par la compagnie de tirailleurs du capitaine Louvel.
laissé une garnison à Niagassola, purent reprendre le chemin de Médine, où elles rentrèrent le 29 juillet.
Campagne 1885-1886. — Traité avec Samory; guerre CONTRE Mahmadou-LAxMine. — Lc lieutenant -colonel Frey succéda à M. Combes comme commandant supérieur du Haut-fleuve pour la campagne 1885-1886 et eut deux ennemis différents à combattre tour à tour: l'un était notre vieil ennemi Samory, l'autre, un prophète sarakollé, nommé Mahmadou-Lamine.
Samory avait envahi le Birgo, le Gadougou et le Bafing; et ses partisans s'étaient même montrés devant Kita. On évaluait ses forces à plusieurs milliers d'hommes, divisés en trois armées; l'une, celle de Malinkamory, forte de 2.000 combattants, campait àGalé; les deux autres restaient en observation sur la rive droite du Niger.
Le colonel Frey divisa les troupes dont il disposait en deux colonnes; la première, comptantenvironSOOhommes, devait chercher à tourner Malinkamory; l'autre, sous ses ordres directs, marchait directement à l'ennemi.
Mais, à son approche, Malinkamory battit en retraite vers le sud; il fut cependant surpris au marigot de Fatako- Djingo et se sauva tout d'une traite vers le Niger, après avoir vu disperser son armée. La panique fut telle qu'elle gagna Samory, qui fit demander la paix. Le colonel Frey lui envoya aussitôt plusieurs de ses officiers, MM. Tournier, Mahmadou Racine et Péroz; ceux-ci revinrent quelques semaines plus tard avec un traité qui fut modifié par la suite et ramenèrent un des fils de l'émir, Diaoulé-Karamoko, qui fut envoyé en France et qu'on a vu à Paris pendant l'été de 1886.
Les offres de Samory avaient permis au commandant supérieur de revenir, dès la fin de mars, sur le Haut-fleuve, où se passaient alors de graves événements.
Un prophète sarakollé appelé Mahmadou-Lamine (de son vrai nom Demba-Debassi), avait soulevé le Guoye et le Bondou. Lamine était né aux environs de Bakel; à l'âge
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de vingt ans, il était parti pour la Mecque et était resté absent pendant trente années, au cours desquelles il avait prétendait-il^en partie, vécu à Gonstantinople. Comme il revenait vers le Sénégal annonçant ses projets de fondation d'un empire sarakollé, Ahmadou Pavait retenu prisonnier pendant six années à Ségou et Lamine n'avait pu s'échapper qu'en 1885.
Dès son retour dans le bassin du Haut-fleuve, il commença à chercher des partisans et bientôt ses menées devinrent tellement suspectes que le lieutenant, chargé de la police de Kayes, le fit arrêter dans la mosquée par trois tirailleurs sénégalais. Le commandant supérieur rentrait justement de sa campagne contre Samory; il interrogea Lamine qui se fit très humble et parvint à convaincre le colonel Frey qu'il était l'ami des blancs; celui-ci crut alors pouvoir s'en servir contre une partie du Bondou qui nous était hostile, et le combla d'égards.
Pendant ce temps, Lamine se créait habilement des amis et, lorsqu'il se crut assez fort pour lever une armée, il se mit à prêcher la guerre sainte, enleva notre poste de Sénoudébou et surprit traîtreusement un de nos détachements à Kounguel (14 mars 1886).
Ces deux succès lui attirèrent de nouveaux partisans et bientôt, voulant imiter El-Hadj-Omar, le prophète se présenta devant Bakel . Mais cette tentative ne fut pas heureuse, car, après deux ou trois engagements et un combat très
Alimadou.
vif à Tamboukhané (19 avril), il dut se retirer vers le Bondou.
A quelque temps de là, Mahmadou-Lamiwe faillit être pris par nos troupes à Kydira^ mais il put se sauver, abandonnant ses femmes, ses bagages, sa bibliothèque de 300 korans, et se réfugia sur la limite de la Gambie anglaise, dans le Diaka. Le colonel Frey dispersa également quelques bandes d'insurgés qu'il rencontra à Mannael, à Kémandar, à Guémou et, vers la fin du mois de mai, la paix se trouva rétablie.
Mahmadou-Lamine ne reparut qu'au mois de septembre suivant et tenta de reprendre Sénoudébou, oùon avait placé une petite garnison, mais, grâce à Fénergie du commandant du poste, le sous-lieutenant indigène Yoro-Coumba, il ne put y parvenir.
Campagne 1886-1887. — Colonne du Rip; traité avec Ahmadou; organisation du Soudan français. — En 1886- 1887, le lieutenant-colonel Galliéni fut appelé à succéder au colonel Frey, avec le titre de commandant supérieur du Soudan français (remplaçant celui de commandant supérieur du Haut-fleuve).
M. Galliéni, avant de marcher sur Mahmadou-Lamine, porta son attention vers le nord, où Ahmadou s'était fixé après avoir changé de nouveau sa résidence et quitté Nyamina pour Nioro, où il n'avait pas à craindre, comme dans la première de ces villes, un soulèvement des Bambaras. Le colonel prit les dispositions nécessaires pour repousser une attaque de ce côté; il donna en outre une nouvelle impulsion aux travaux de la voie ferrée dont la construction avait été interrompue à Diamou, indiqua les améliorations à faire à la ville naissante de Kayes et partit à la tête d'une colonne contre Mahmadou- Lamine. Pendant ce temps, une autre colonne partait de Diamou, sous les ordres du chef de bataillon Vallière et devait rejoindre celle du commandant supérieur devant Diana; enfin une troisième colonne, venant de Saint-
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Louis, descendait jusqu'au Saloum et pénétrait dans le Rip où elle battait, à Goumbof, le chef de ce pays, Saer- Maty, qui était fort bien disposé pour le prophète Lamine, et ne cessait de guerroyer contre notre allié Guédel, roi de Saloum.
Les deux colonnes du Soudan firent leur jonction devant Diana, qu'elles trouvèrent abandonné et qu'elles brûlèrent pour faire un exemple; pendant ce temps, Mahmadou-Lamine gagnait le Niani, où il resta jusqu'à l'hivernage.
Le commandant supérieur, après avoir placé sous le protectorat de la France le Diakha, le Tali, le Niéri et le Gamon, pays situés entre le Bondou et la Gambie, revint alors à Kayes et signa avec Ahmadou, dans le courant du mois de mai 1887, un traité qui plaçait également les États de celui-ci sous notre protectorat.
Peu de temps après, nos possessions du Haut-fleuve furent réparties en deux sections : le Soudan français proprement dit, divisé en un certain nombre de cercles administrés par des officiers, et les États de protectorat. Le colonel Galliéni dut remanier les limites de chacun des cercles déjà établis à son arrivée, et il est à peu près certain que les circonstances obligeront ses successeurs à les remanier encore et à en créer de nouveaux.
En même temps, autour de chaque poste, il fut fondé des villages dits de liberté, où les esclaves pouvaient s'établir en toute sécurité et recouvrer leur liberté par le fait même de cet établissement.
Campagne de 1887-1888. — Mort de Maumadou-Lamine ; MISSION Péroz chez Samory; colonne du Fouta-Diallon. — Maintenu pendant une seconde année comme commandant supérieur du Soudan français, le lieutenant-colonel Galliéni résolut d'en finir avec Mahmadou-Lamine. Il ordonna au capitaine Fortin, qui était resté pendant l'hivernage au petit poste provisoire construit à Bani, à 200 kilomètres au sud de Bakel, l'ordre d'aller attaquer le prophète dans
le tata de Toubakouta, où celui-ci, dit-on, résidait. Le 8 décembre 1887, le tata était emporté et Mahmadou-Lamine. qui avait pris la fuite, était poursuivi et tué à Lamen-Kotto (près de Tîle Mac-Carthy, dans la Gambie) par des auxiliaires indigènes.
Pendant ce temps, le colonel Galliéni envoyait le commandant Vallière à Bammako, puis à KaDgaba, où l'on construisit une redoute; lui-même, à la tête d'une colonne assez importante, s'avançait jusqu'à Siguiri, où il faisait élever un fort destiné à surveiller Samory et à protéger le Bouré contre les agissements de ce dernier.
Le traité signé en 1886 avait été modifié; après le retour de Diaoulé-Karamoko, qui lui avait assuré que la France avait autant de soldats qu'il y avait d'habitants dans le Ouassoulou, Samory consentit, lorsque le capitaine Péroz lui fut envoyé par le colonel Galliéni, à signer un nouveau traité nous abandonnant la rive gauche du Tankisso depuis sa source et la rive gauche du Niger de Siguiri à Bammako.
A peu près en même temps eut lieu la signature de deux autres traités, qui mettaient sous le protectorat de la France l'État bambara de Sokolo (à 120 kilomètres au sud-ouest de Timbouktou) et le vaste pays des Maures Ouled-Embareck, au nord des États d'Ahmadou.
Dans certains postes, quelques marchés mensuels furent créés sur le modèle de ceux qu'avait établis en 1881 à Kita, et en 1883 à Bammako, le colonel Borgnis- Desbordcs^; en outre, le nombre des écoles était augmenté; enfin la voie du chemin de fer était poussée aussi activement que possible. Par suite de la mort de l'officier d'artillerie directeur des travaux et de l'impossibilité de le remplacer avant la fin de la saison, le service fut confié à un conducteur qui fit preuve d'une très grande
1. Les bâtiments du marché de Kita ont été construits par le capitaine Piétri ; ceux du marché de Bammako par le capitaine Ruault.
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bonne volonté, mais ne put faire autre chose que de construire la voie d'une façon assez sommaire. Les locomotives purent toutefois aller jusqu'au kilomètre 90, mais de ce point à Bafoulabé (à 130 kilomètres de Kayes), on dut faire usage des bras pour manœuvrer les wagons.
En outre, une petite voie ferrée de 50 centimètres de large, était construite au delà de Bafoulabé, jusqu'à Dioubé-Ba, c'est-à-dire sur une longueur de 51 kilomètres.
Avant de terminer la campagne, le colonel Galliéni, ayant appris que les almamys du Fouta-Diallon avaient quelques tendances à manifester leur indépendance vis-à-vis de nous, malgré le traité de protectorat signé par eux en 1881, crut nécessaire de faire passer à travers tout ce pays une assez forte colonne, placée sous les ordres du capitaine Audéoud.
Le passage de ces troupes, qui eurent grand soin de conserver l'attitude pacifique qui leur avait été recommandée, provoqua tout d'abord dans la contrée une agitation inquiétante; celle-ci s'apaisa peu à peu, lorsqu'on eut appris que nous n'avions aucune mauvaise intention. Le Gouverneur s'empressa de rassurer les almamys sur nos sur nos projets et réussit à leur faire comprendre que nous ne voulions ni annexer, ni conquérir leur pays, mais nouer avec eus des relations de commerce et d'amitié profitables à l'intérêt commun.
Au cours de ces deux campagnes (et même au cours de la campagne précédente), il avait été envoyé sur le Niger des reconnaissances hydrographiques et effectué dans les régions voisines plusieurs voyages d'exploration,
Campagne de 1888-1889. — Prise de Koundian. — Au lieutenant-colonel Galliéni succéda comme commandant supérieur, le chef d'escadron Archinard, de l'artillerie de marine. Le premier soin de celui-ci fut de compléter et d'améliorer la construction de la voie ferrée entre Diamou et Bafoulabé, et d'asseoir définitivement les ouvrages d'art; au mois de septembre 1889, les locomotives arrivaient à 16 kilomètres de Bafoulabé. Le commandant
faisait en même temps continuer le réseau de routes si heureusement commencé par son prédécesseur et préparait spécialement la partie située entre Dioubé-ba et Badoumbé, pour y pouvoir établir, au cours de la campagne suivante, un nouveau tronçon de petit chemin de fer à voie étroite K
En raison de l'état de tranquilité du pays, il put se dispenser de former une colonne expéditionnaire et se contenta de ravitailler différents postes du bassin du Niger. Il lui fallut cependant, vers la fin de la campagne, envoyer quelques troupes pour mettre à la raison le village toucouleur de Koundian, situé à 80 kilomètres au sud de Bafoulabé, non loin de la rive gauche du Bafing; les habitants de Koundian prétendaient être indépendants et en profitaient pour arrêtei* ou piller les caravanes qui passaient à sa portée; leur village fut canonné et pris d'assaut. Ce fait de guerre est le seul de Fannée 1889.
Le commandant Archinard, tout en ^se consacrant à Pamélioration de nos postes ainsi qu'au développement des plantations et des cultures qui les environnent, à l'extension des villages créés par son prédécesseur, négocia assez habilement pour obtenir de Samory la cession de toute la rive gauche du Niger, depuis Siguiri jusqu'à la limite de ses États en amont de ce point; aussitôt que le traité eut été conclu, le commandant fit établir à Kouroussa un poste fortifié destiné à surveiller à la fois les États de l'émir et le Dinguiray. Enfin il envoyait au début de l'hivernage, les canonnières le Niger et le Mage dans la direction de Timbouktou ^.
1. Ce tronçon se construit actuellement et, à la fin de la campagne 1889-90, une voie de 60 centimètres arrivera jusqu'à Badoumbé, qui n'est plus qu'à 300 kilomètres du Niger.
2. Ces canonnières sont revenues à la fin de Tannée 1889; elles sont parvenues jusqu'à Koriomé et n'ont plus trouvé chez les habitants les mauvaises dispositions constatées par le capitaine Caron en 1887. De plus, tout le long de la route, à l'aller comme au
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Les reconnaissances hydrographiques. — En 1883, on avait envoyé de Paris à Bammako une canonnière démontable, qui fut mise à Peau au mois de mai 188Zt. Elle descendit jusqu'à Koulikoro au mois de septembre suivant et resta en cet endroit pendant quelque temps pour y subir des réparations diverses. En septembre 1885, elle repartit de nouveau, s'arrêta devant Nyamina et passa devant Ségou, mais, n'ayant pu dépasser le marigot de Djenné, elle revint jusqu'à Koulikoro, après avoir ainsi exploré 500 kilomètres du fleuve en aval de Bammako.
L'année suivante, difïérentes raisons firent ajourner le nouveau voyage que l'on avait projeté; mais, en 1887, le lieutenant de vaisseau Caron, qui avait succédé à M. Davoust comme commandant de la canonnière, franchit le marigot de Djenné et, malgré les difficultés de la navigation, malgré l'hostilité sourde de Tidiani, roi du Macina, auquel il alla rendre visite à Bandiagara, il parvint avec son bâtiment jusqu'à Kabara, échelle deTimbouktou sur le Niger; mais là, en présence des mauvaises dispositions de la population, il ne crut pas devoir débarquer et revint à Manambougou, point de départ de son expédition.
Les derniers voyages d'exploration : Oberdorf, Liotard, Tautin et Quiquandon, Levasseur, Binger, Treich- Laplène. — En 1887, le capitaine d'infanterie Oberdorf avait été chargé de visiter le Dinguiray, où règne Aguibou, frère d'Ahmadou, et de pousser jusqu'à Timbo, capitale du Fouta-Diallon ; malheureusement, il tomba malade et mourut le 9 janvier 1888.
L'aide-pharmacien Liotard eut pour mission d'étudier la flore et la constitution géologique du JNiani, du Firdou
retour, elles ont été assez bien accueillies par les populations des deux rives du fleuve. 11 faut se rappeler d'ailleurs que l'hostilité de ces mêmes populations, en 1887, avait pour cause les bruits répandus à Tinstigation de notre vieil ennemi Tidiani, roi du Macina, mort en 1888 et remplacé par son neveu, Mounirou, qui nous est assez favorable.
et du Kalonkadougou, pays situés entre la Falémé et la Casamance.
Le sous-lieutenant Levasseur explora, en 1887, tout le nord dn massif du Fouta-Diallon et principalement les vallées de la moyenne Falémé et de la Haute-Gambie; il suivit toute la route allant de Bakel-Kayes-Médine à Labé, visita le Tiali, le Bélédougou de la Gambie, le Dentilia, le Niocolo, franchit la Gambie et parvint à gagner Sedhiou, d'où il rejoignit Dakar par mer.
Le capitaine Audéoud (le même qui commanda, Tannée suivante, la colonne de Fouta-Diallon) reçut l'ordre de parcourir la vallée de Baoubé et de visiter les environs de Mercôïa dans le Bélédougou; il découvrit une quantité de gros villages bambaras, très peuplés, dont nos cartes ne faisaient encore aucune mention K
Le commandant Vallière à la tête d'une colonne, puis le docteur Tautin et le lieutenant Quiquandon parcoururent le Petit et le Grand-Bélédougou; ces deux derniers visitèrent en outre Ségala, Sokolo et Goumbou.
Enfin, en 1887, le lieutenant Binger était chargé par les ministres de la marine et des affaires étrangères d'explorer l'immense région qui s'étendait entre les branches ascendantes du Niger. Son voyage dura vingt-huit mois, pendant lesquels notre vaillant compatriote eut à lutter tour à tour contre l'hostilité des indigènes, contre la faim, contre la maladie. 11 se rendit d'abord près de Samory qui assiégeait Sikasso^ capitale du roi Tiéba, son voisin, et qui voulut le garder auprès de lui, espérant que la présence d'un officier européen dans son camp intimiderait son ennemi. M. Binger dut quitter Samory par une marche de nuit et se dirigea sur Tengréla, puis sur Kong, où il arrivait après mille vicissitudes, le 20 février 1888. Fort bien accueilli dans cette ville par les notables et par
1. Il est aujourd'hui constaté que le Bélédougou a environ 10 habitants par kilomètre carré.
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le chef du royaume, Karamoko-Oulé-Ouatara, l'énergique officier remonta dans la direction du nord, vers le pays de Mossi et arriva au mois de juillet suivant à Ouaghadougou, capitale de cet État. Malheureusement il ne put y rester comme il le voulait. Le chef du Mossi, pris de peur à la nouvelle de l'approche de la mission du capitaine allemand Von François {qui fut d'ailleurs arrêté à quelques journées de marche de la côte), donna l'ordre à notre compatriote de quitter le pays, mais, pour lui montrer qu'il n'avait contre lui aucun sentiment d'hostilité, il lui envoya des provisions comme cadeaux. M. Binger se mit en marche vers le sud, atteignit Salaga au mois d'octobre et parvint à Boudoukou, quelques jours après le passage d'un Français , M. Treich-Laplène^, envoyé de Grand- Bassam, pour le chercher lui-même et le ravitailler. Le lieutenant Binger rejoignit M. Treich-Laplène à Kong, le 15 janvier 1889, et, avant de quitter cette ville pour gagner notre possession de Guinée, signa avec Karomoko-Oulé un traité plaçant les États de Kong sous le protectorat de la France. Les deux voyageurs redescendirent alors vers le sud, traversant le pays de Boudoukou, avec lequel M. Treich- Laplène avait également signé un traité de protectorat et rentrèrent à Grand- Bassam le 21 mars 1889. Le résultat de cette exploration, au point de vue politique, fut que, désormais, nos possessions de la Côte d'or se trouvaient reliées aux territoires dépendant du Soudan français.
Les missions topographiques. — 11 est également utile, avant de terminer ce chapitre, de dire quelques mots des missions topographiques qui ont exploré le Soudan à diverses reprises.
Afrique, i. 15
La première fut celle que dirigea en 1880-1881 le commandant Derrlen, de Pinfanterie de ligne ; elle établit les itinéraires de Kayes à Kita. La mission de 1881-1882, placée sous les ordres du capitaine Henry, rapporta les itinéraires de Bakel à Kayes par le fleuve et par Sénoudebou, les environs de Kita, l'itinéraire de Kita au Baoulé et de Kita à Kéniéra.
En 1882-1883, la mission fut dirigée par le capitaine Bonnier, de Tartillerie de marine, qui fit établir la carte des régions qui entourent Bammako.
Vinrent ensuite les missions suivantes :
Capitaine Tournier (1883) ;
MM. Péroz, Harmand, Durrand et Duponnoîs (188Zi); Capitaine Monteil et lieutenant Binger (1885), carte du Sénégal et du haut Niger au 750,000% en ^ feuilles; MM. Minet et Barrand (1885); MM. Hubert et Vimont (1886) ; M. Brosselard (1886) ;
Commandant Vallière et lieutenant Plat (1887).
Enfin, en 1887 et 1888, le lieutenant-colonel Galliéni a confié un certain nombre de missions topographiques aux officiers de son état-major; il faut citer, parmi ceux-ci, le lieutenant Reichemberg (carte du Bafé, du Soulou, du Konkadougou, entre Siguiri et Bafoulabé), le sous-lieutenant Fournier (vallée supérieure du Baoulé), le lieutenant Pichon (route de Bani à Médine), le lieutenant Rouy (de Niagassola à Kangaba), le lieutenant Famin (cours supérieur du Bakhoy), le lieutenant Bonacorsi (route de Siguiri à Médine) et le lieutenant Vittu de Kerraou (vallée de la Falémé).
Les travaux de tous ces officiers ont permis de faîre commencer, sous la direction du capitaine Fortin, l'établissement d'une nouvelle carte du Soudan français à l'échelle de 1/500,000% divisée en seize feuilles, qui est à la veille d'être publiée.
Plaine de B a m m a k o .