‹ Les colonies françaises; (volume 4)Chapitre 20 sur 30 · CHAPITRE II Description géographique et ethnographique · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Description géographique et ethnographique

Divisions géographiques. — Massif du Fouta-Dialion. — Bassin du haut Sénégal et du Niger : les montagnes. — Aspect général. — Le cours du haut Sénégal. — Le cours du haut Niger. — Le moyen et le bas Niger. — Esquisses géologiques. — Faune. — Flore. — Races indigènes. — Religions. — Castes : les hommes libres; les esclaves. — Mœurs et coutumes.

Divisions géographiques. — Au point de vue géographique, le Soudan français, y compris ses dépendances, peut se diviser en trois régions bien distinctes, qui sont :

l'' Le massif du Fouta-Diallon;

2« Le bassin du haut Sénégal ;

3^^ Le bassin du haut et du moyen Niger.

Massif DU Fouta-Djallon ^ — Le Fouta-Diallon est un

- 1. On a souvent orthographié le nom de cette contrée par un j placé après le D majuscule, contrairement à la prononciation ordi-

massif de montagnes dont l'altitude moyenne varie entre 1.200 et i.ZiOO mètres. C'est le nœud de tout le système orographique de l'Afrique occidentale. Il se relie aux collines qui limitent au sud le bassin du Niger et envoie au nord des rameaux qui séparent le Niger du Bandamma, de l'fsi et du Gomoë. C'est au milieu des ramifications de ce massif que prennent naissance le Niger, le Sénégal, la Gambie, la Rokelle, les Rivières du Sud et tous les cours d'eau du littoral nord du golfe de Guinée.

Ses sommets les plus importants sont les monts Tiki, Séré et Diangala, On remarque également au nord le massif secondaire du Tangué, d'où sort le Rio'Grande. Au sud, le massif du Loma, comprenant les monts Yenkinia, Daro et le Tembi-Counda, où le Niger prend sa source (i.3ZiO mètres de hauteur).

Le sol de cette contrée est argileux et recouvre un large banc de gneiss; ce n'est qu'à Test de Timbo et de Labé qu'on rencontre plusieurs dépôts de terrains ardoisiers coupés eux-mêmes par des bancs de latérite qui suivent les vallées des cours d'eau.

Bassins du haut Sénégal et du Niger : les montagnes. — Le bassin du haut Sénégal est séparé du bassin du Niger par une chaîne secondaire, dite des monts du Manding, qui se dirige vers le nord-est pour se terminer par un massif assez étendu, couvrant toute la contrée du Petit- Bélédougou. On a vu précédemment quelle était l'altitude du massif du Fouta-Diallon; la hauteur de la chaîne du Manding est d'environ 600 à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer (250 à 350 mètres au-dessus des plaines environnantes).

Aspect général — Les régions baignées par le haut Sénégal et ses affluents sont très accidentées et couvertes de monts isolés ou de chaînons qui n'ont pas entre eux des liens

naire. Dans le pays, les indigènes disent tous Fouta-Diallo et les Européens (officiers ou commerçants) disent de même Fouta- Diallon,

SOUDAN FRANÇAIS

bien accusés; les pentes de ces hauteurs sont ordinairement des gradins taillés à pic, et leurs sommets présentent des plateaux assez unis.

L'aspect de ces contrées est différent selon les saisons; durant la saison sèche (de décembre à juin), la campagne est monotone; tout est brûlé par le soleil ou blanchi par la poussière; les rivières sont taries en partie et le pays paraît être d'une aridité désolante. Seules, les vallées assez profondes au fond desquelles sont les cours d'eau, conservent une végétation magnifique; Pendant la saison des pluies, au contraire, tout est transformé et l'on voit alors autour de soi une contrée d une richesse inouïe; les arbres, les plantes y poussent à l'envi, et les cultures, très étendues et très riches, couvrent le sol en de nombreux endroits.

Le bassin du Niger n'a pas tout à fait le même aspect ; l'eau y est plus abondante, les terres mieux irriguées et, par suite, la végétation plus riante. La partie supérieure de ce bassin, celle qui nous occupe ici plus particulièrement, peut être divisée en trois régions d'aspects variés; la région des hauts plateaux qui confine au Fouta-Diallon, la région des plaines avec cônes de déjections, la région des vallées.

On remarquera que dans tout ce pays, comme dans le bassin du haut Sénégal, on rencontre des sommets, des massifs, des montagnes, taillés à pic en forme de cylindres, de prismes, d'aiguilles ou de troncs de cône. Le sol y est formé en effet de roches primitives de nature diverse; or celles-ci offrent des degrés de dureté différents et ne se désagrègent pas toutes aussi rapidement par l'action de l'air ou des eaux; le porphyre et le feldspath sont, de toutes ces roches, celles qui résistent le moins longtemps puis viennent le grès, le micaschiste, le gneiss (qui n'est que du granit schisteux), le mica, le granit et enfin le quartz, qui paraît être la plus dure de toutes ces roches. Comme le sol des bassins du haut Niger et du haut Sénégal est presque entièrement composé de quartz, do

grès ou de gneiss, il s'est trouvé que, dans le cours des siècles précédents, le grès et le gneiss, sous l'action des eaux plus encore que sous l'influence de l'air, ont commencé à se désagréger; mais la décomposition de ces deux roches a été beaucoup plus rapide que celle du quartz qui, resté seul en maints endroits, a formé, comme nous l'avons dit, des montagnes, des aiguilles ou des murailles taillées à pic.

Le cours du haut Sénégal. — Le Sénégal proprement dit ne commence qu'à Bafoulabé. Jusque-là, les quelques rivières qui concourent à sa formation, représentent assez exactement les dispositions des branches d'un éventail qui se raccorderaient les unes aux autres en des endroits difierents. L'artère centrale de ce système est le Bafing, ou rivière Noire, qui descend des monts de Diangala. Le Bafing se dirige vers le nord, fait un coude vers l'ouest, puis reprend sa marche primitive; à Bafoulabé, il est rejoint par un autre cours d'eau, le Bakhoy, et c*est la réunion de ces deux rivières qui forme le Sénégal.

Sur sa rive droite, le Bafing reçoit deux affluents dont le plus important est l'Arba-Kô, qui prend sa source dans le Diallonkadougou ; l'autre, situé beaucoup plus au nord, est le Kankou-Kô, qui sort du massif de Gomou; sur sa rive gauche, le Bafing n'a pas d'affluent qui vaille la peine d'être mentionné.

Le Bakhoy descend des monts du Manding à travers le Bouré, se dirige vers le nord-ouest, arrose Badoumbé et vient rejoindre le Bafing. C'est sur sa droite, un peu avant Badoumbé, que se jette le Baoulé dont le parcours est assez considérable. Le Baoulé sort de la chaîne du Manding, au nord de Kangaba, et passe aux environs de Koundou; il est rejoint à gauche, par une rivière assez importante, le Badingo, qui prend sa source à l'est de Niagassola. Quant au Bakhoy, il reçoit encore, de chaque côté, après le Baoulé, une assez grande quantité de tout petits cours d'eau.

SOUDAN FRANÇAIS

En dehors des rivières et dépendant de celles-ci, il y a dans toute la contrée un certain nombre de marigots qui font TofRce de réservoirs, recevant pendant la saison des pluies le trop-plein de ces rivières, puis leur déversant, au commencement de la saison sèche, toutes les eaux qu'ils en ont reçues au cours de Thivernage.

Les régions ainsi traversées par le Bafing, le Bakhoy, le Baoulé et le Badingo sont les suivantes :

A Test du Baoulé, le petit Bélédougou; — entre le Bakhoy et le Baoulé, le Fouladougou ; — vers les sources du Badingo, au sud du Fouladougou, le Birgo; — aux sources du Bakhoy, le Bouré ; — entre le Bakhoy et le Bafing, le Gadougou et, au nord, le Gangaran; — vers la partie moyenne du Bafing, à Test du Bouré, le Diallonkadougou; — enfin, entre la partie inférieure de la même rivière, le Sénégal et la Falémé, sont le Diébédougou et le Bambouk.

A Bafoulabé (1,169 kilomètres de Saint-Louis), le Bafing atteint Zi50 mètres de largeur et le Bakhoy ^50. A partir de ce point commence le Sénégal, coulant dans la direction du nord- ouest entre deux rangées de hauteurs, qui prennent tantôt Taspect de gradins escarpés, tantôt celui de falaises à parois verticales. Jusqu'à Kayes (à 11 kilomètres en aval de Médine), le cours du fleuve est embarrassé par de nombreuses chutes et par des barrages fréquents, qui obstruent la navigation et rendent nécessaire, si Ton veut suivre la voie fluviale, l'emploi d'une flottille de chalands; celle-ci est alors répartie en plusieurs sections qui desservent chacune les diff'érents biefs ainsi formés. De Bafoulabé à Médine, les chutes les plus importantes sont celles de Gouina, qui ont plus de IxOO mètres de large, et celles du Félou, que deux énormes roches divisent en trois parties, par lesquelles les eaux tombent en bouillonnant d'une hauteur de 15 à 20 mètres.

Au-dessous de Médine (l,OZiO kilomètres de Saint- Louis), on remarque les barrages de Kayes et des Kippes, qu'on a évités lors de la construction du chemin de fer en

portant la tête de la ligne ferrée à Rayes même, en aval des barrages.

C'est un peu avant d'arriver à Bakel que le Sénégal est rejoint par la Falémé, Taffluent le plus important qu'il ait sur sa rive gauche ; l'unique affluent de droite est le Koulou^ qui arrose le Kaarta, le Diombokho, et se jette dans le fleuve entre Médine et Kayes.

La Falémé prend sa source dans le massif du Fouta- Diallon, à l'est de Labé; malgré des détours nombreux, elle se dirige vers le nord-nord-est, généralement encaissée entre deux rives un peu hautes et couvertes d'une végétation fort riche. Cette rivière a de l'eau pendant toute l'année, mais son débit est faible durant la saison sèche.

Après Bakel (altitude : 68 mètres au-dessus du niveau de la mer) le pays est moins accidenté; le Sénégal coule généralement en plaine; seule, la rive droite offre quelques endroits assez escarpés. C'est sur cette rive que se trouve le marigot de Harre, le seul de cette partie du cours du fleuve qui mérite d'être cité. A 2M kilomètres en aval de Bakel, se trouve le poste de Matam, où se termine la région soumise à l'autorité du commandant supérieur du Soudan français.

Le cours du haut Niger. — Le cours total du Niger est encore peu connu; toutefois, ce que l'on en sait a permis de le diviser en trois biefs distincts qui sont : le haut JNiger, compris entre les sources du fleuve et le barrage de Sotuba, en aval de Bammako; le moyen Niger, entre Sotuba et les chutes de Boussa; le bas Niger, entre Boussa et la mer.

Le Niger prend sa source au mont Tembi-Counda, qui appartient à la chaîne des monts Loma, du massif du Fouta-Diallon. Abstraction faite de ses nombreux détours, la direction générale de ce fleuve est, jusqu'à Timbouktou,. du sud-ouest au nord-est. Il reçoit à gauche une quantité considérable de petits cours d'eau; le seul affluent de quelque importance qu'il ait de ce côté, jusqu'à Sansan-

ding est le Tankisso qui, descendant aussi duFouta-Diallon, se jette dans le fleuve à Siguiri. A gauche, le haut-Niger reçoit le Mafou, le Yendou, le Milo qui passe à Kankan, le Soussa, formé des rivières Fié, Sankarami et Dibantoukoro ; enfin l^e Fandoubé, qui n'est que la réunion du Kou-

lébi et du Ouassoulou-Baoulé.

Le haut Niger, dont la crue varie entre 2 mètres et Zi^^^SO en amont de Sotuba, passe siiccessivement devant nos postes de Kouroussa, Siguiri, Kangaba et Bammako.

Le moyen et le bas Niger. — Le moyen Niger, qui commence à Sotuba, est soumis à la domination française jusqu'au delà de Sansanding. Le fleuve coule dans un pays si plat, que la plupart du temps il déborde, et qu'un peu avant de recevoir le Mayel-Balével il se répand en une multitude de bras et de marigots formant comme un delta dont le centre est le lac Deboé. Les marigots les plus importants sont ceux de Dienné et de Gouram. Sur sa gauche, le moyen Niger ne reçoit, jusqu'à Timbouktou, que le Dala-Kô,

dont le confluent est situé en amont de Nyamina; sur sa droite, il reçoit à Mopti (à l'ouest d'El Hamdallahi) le Mayel-Balével , grossi lui-même du Mayel-Danével , du Mayel-Badével (ou Koba-Diéla) et du Mayel-Bendougou. Au delà de Timbouktou, jusqu'à Gomba (en amont de Boussa), son cours n'est connu que par le récit de quelques voyageurs (Barth principalëment).

Le bas Niger commence aux chutes de Boussa, qui sont un obstacle à peu près infranchissable; il reçoit sur sa -gauche un affluent important, le Bénué, qui se dirige du nord-est au sud-ouest, puis il se jette dans le golfe de Guinée par un nombre assez considérable de bouches^ dont les plus fréquentées sont celles de Bonny, de Sombrero, de Brass, de Noun, de Forcados et de Bénin.

Esquisse géologique. — Le sous-sol des bassins du haut Niger et du haut Sénégal est formé par du quartz, recouvert lui-même ou coupé en certaines parties par de larges dépôts de gneiss dans le hauji Niger, de terrains ardoisés dans le haut Sénégal. Dans ce dernier bassin, les rives de la Falémé sont, jusqu'à une distance assez éloignée de ces cours d'eau, recouvertes de sables aurifères. €es sables (ainsi que du quartz de même nature) recouvrent également tout le Bouré et descendent sur une lar- ;geur assez considérable à travers le Ouassoulou jusqu'au pays de Kong et au bassin du Gomoé, parcourus récemment par le capitaine Binger. A gauche et à droite de cette large bande aurifère, la décomposition des roches cristallines a donné des argiles compactes qu'on rencontre depuis les plaines les plus élevées jusqu'aux plus profondes vallées et qui ne sont autre chose que de la latérite^.

Faune. La faune du Soudan français est excessivement riche, et les animaux de toute espèce abondent dans certaines contrées.

1. Voir, pour la fertilité de cette nature de terrains, le fascicule relatif au Sénégal.

SOUDAN FRANÇAIS

Ceux qu'on rencontre principalement dans ces régions (en y comprenant le pays protégé des Ouled-Embarck, qui se trouve sur les confins du Sahara) sont :

Parmi les carnassiers, le lion (sans crinière), la panthère, assez commune dans le bassin du haut Sénégal, Ponce, le lynx, le chat-tigre, l'hyène et le chacal ; parmi les gros animaux, l'éléphant, la girafe, l'hippopotame, le chameau (ce dernier vit surtout sur la rive droite du Sénégal et dans le Cayor), le buffle, le bœuf à bosse, le cheval, le sanglier, enfin toutes les variétés d'antilopes et de gazelles. On trouve aussi un grand nombre de chèvres, de moutons, de lièvres, et une multitude de singes de diverses familles. Le porc-épic se voit fréquemment, enfin dans le nord, l'autruche est très commune.

Les principales espèces d'oiseaux sont l'aigle, le milan, l'épervier, l'outarde, le canard sauvage à tête de fer, la poule de Pharaon, la poule des rochers, la poule sultane, la poule naine, la pintade, la perdrix, le perroquet, la perruche, le cardinal, la veuve, le cordon bleu, le travailleur, le merle métallique, le colibri, l'oiseau-mouche et le foliolorcol au magnifique plumage verl-émeraude.

Parmi les reptiles, signalons le boa, le trigonocéphale (heureusement assez rare), le serpent noir ou sorpentminute (animal de petite taille, fort dangereux) et, parmi les sauriens, le crocodile, et le lézard-varan, qu'on trouve aussi sur les bords du Nil.

Quant au monde des insectes, ses principaux représentants sont le scorpion (dont la piqûre est souvent grave), le myriapode, la filaire de Médine (qui n'atteint que les individus qui boivent sans précautions les eaux croupissantes), la fourmi noire (appelée dans le pays la ménéméné) et son ennemie acharnée, la fourmi blanche ou termite (la bakhabakha des indigènes), dont les nids construits en terre battue s'élèvent jusqu'à 3 ou /i mètres de hauteur ; la fille de Dieu, joli petit insecte inoffensif au corset rouge- carmin foncé et enfin, parmi les espèces

utiles, Fabeille, et le ver à soie ou bombyx Faidiierbii.

Flore. — La flore du Soudan français n'a pas encore été étudiée d'une manière absolument complète; on a cependant reconnu un grand nombre de végétaux de ces contrées — arbres, arbustes ou plantes — qu'on rencontre également au Sénégal, en Algérie ou dans les autres pays tropicaux. Parmi tous ces végétaux, nous mentionnerons seulement ceux qui présentent quelque intérêt au point de vue agricole, industriel ou scientifique. Ces différentes espèces sont :

Parmi les arbres^ les acacias^ et, en particulier, le gonakié (acacia Adansonii) ; — le baobab (Adansonia digitata) ; — le gourou ou kola (cola ou sterculia acuminata); — le cailcédrat (kha3^a senegalensis) ou acajou du Sénégal; — le sycomore (ficus sycomorus); — le garigari (avicennia africana) ; — la (parkia biglobosa) ; —

Vœil de paon (cassia absus) ; — le dartrier (cassia alata);

— le caneficier (cassia fistula) ; — le benlamare (cassia occidentalis); — le cliakunda (cassia tora) ; — le khed-kred (cratœva Adansonii, ou religiosa); — le neverdye (moringa pterygosperma) ; — le papayer (papaya carica) ; — le rhus typhimim; — le manguier (mangifera indica) ; — les yeux-crabes (cupania sapida) ; — le schmedelia africana; — le touloucouna (carapa guineensis); — le bois à cochon (symphonia globulifera) ; — le calebassier (crescentia eu jeté) ; — le bois- guitare (citharexylum quadrangulare, ou viliosumj; — le coula (coula edulis); — le cognassier sauvage^ ou kaki (diospyros mespiliformis et Heudolotii) ;

— le karité (bassia Parkii) ; — le bambou (bambusa arundinacea); — le raphia (raphia vinifera) ; — le rôJiier ou palmier à sucre (borassus flabelliformis) ; — le palmierdattier (phœnix dactylifera) ; — le citronnier (citrus limonum); — ['oranger doux (citrus aurantium, ou dulcis); — Y acajou à pommes (anacardium occidentale); — ]e'zizyphe (zizyphus mucronata); — le goyavier (psidium pyriferum);

— ]si pomme- cannelle (anona squamosa); — Vanona palustris^ et le sapotillier (achras sapota).

SOUDAN FRANÇAIS

Parmi les arbustes : le djanda/ri (bos^ia senegalensis) ;

— le cotonnier (gossypium punctatum) ; — le rocouyer (bixa orellana); — \di pourguère, ou médlcinier catharlique (jatropha curcas); — le wamoc (manihot edulis) ; — le ricin (ricinus); — le iiiattoul [h^eXWmw africana); — la 7norinda ciirifolia; — le bananier (musa ensete) ; — le palmier-nain (chamœrops humilis) ; — le caféier (coffea senegalensis, ou liberica).

Parmi les plantes ou herbes : la fève de Calabar (physostigm^ venenosum); — Varachide, ou pistache de terre (aracbis iiypogea) ; — le nymphœa lotus (qui n'est pas le lotus sacré de l'Inde, celui-ci provenant du nelumbo mucifera); — Vhojou (argemone mexicana) ; — la cléonie(Q\QomQ pentaphylla);

— le bissa-bouki ou oseille de Guinée (hibiscus sabdabariffa); — le gombo-fevy ou gombO'Calalou (hibiscus, ouabelmoschusesculentus);

— le bois-ortolan (jatropha

gossypifolia) ; — le henné ou fondenn (Lawsonia inermis) ;

— la coloquinte (cucumis ou citrullus colocynthis) ; — la courge ou gourde (lagenaria vulgaris ou cucurbita) ; — la pastèque (cucumis citrullus) ; — le concombre (cucumis sativus); — le melon (cucumis melo); — le giraumon (cucurbita pepo) ; — Vherbe au diable^ ou herbe amère (datura stramonium ou tatula) ; — le tabac (nicotiana tabacum) ; — le piment ou poivron (capsicum fastigiatum) ; — \q sésame (sesamum orientale) ; — la patate (convolvulus batatas) ;

— le caoutchouc (provenant du landolphia Heudelotii et de plusieurs autres plantes) ; — la vigne ordinaire (vitis vinifera); — la vigne du Soudan (vitis Lecardii, Durandii, ou

Le Karité.

Faidherbii) ; — le mil (sorghum vulgare); — Vangrœciim fragrans; — le riz (oryza sativa) ; — le maïs (zea maïs); — Vijoss ou agaDe (agave species) ; — Vigname, (dioscorea alata) ; — le taro ou choie caraïbe (colocasia esculenta) ; — le gingembre (zingiber officinale); — le poivre ou énoué (amomum melegueta) ; — le marunla arundinacea, d'où provient l'arrow-root.

Parmi les plantes grimpantes, ou lianes : la chas^nanthera Bakis; — \3i par eir a (cissampelos pareira); — la paullinia (paullinia pinnata) ; — le pois de cœur (cardiospermum halicacabum) ; — la lufj'a (luffa acutangula) ; — la liane torchon (momordica operculata) ; — la liane saba (à caoutchouc); — la liane ouingué (à gutta-percha); — le fafetone (calotropis procera) et le riz de singe ou guieb-golo (vitis quadrangularis).

Races indigènes. — Les races indigènes du Soudan français proprement dit sont au nombre de deux principales :

La race peulhe ;

La race mandingue.

La race peulhe n'est pas noire, mais bronzée à des degrés différents. Les individus qui lui appartiennent n'ont pas, comme les nègres, la chevelure laineuse, le nez épaté et les lèvres grosses; le nez est aquilin, les pommettes saillantes et les cheveux lisses; ces indigènes se distinguent surtout par leur structure grêle et leurs attaches très fines.

Le Mandingue n'est pas aussi noir que le Ouolof; comme le Peulh, il est généralement de belle taille et sa force musculaire est très grande.

Cette race se divise en plusieurs branches qui sont : les Bambaras, les Malinkés et les Mandinkés, de sang à peu près pur; quant aux Soninkés ou Sarakollés, qui sont de sang mandingue mélangé de sang peulh, ils ont le teint d'un noir rougeâtre.

. Les Bambaras sont la tribu la plus nombreuse ; ils habitent le Kaarta, le Soudan français proprement dit (Petit-

SOUDAN FRANÇAIS

Bélédougou, Bakhounou, etc.), la rive gauche du Niger, jnsqu'au Macina, le royaume de Ségou et une partie du Ouassoulou. Les Mandinkés ou Mandingaes habitent le Manding ou Mandi, entre Bammako etKangaba. LesMalinkés sont répandus dans le Bambouk, le Bouré, la plus grande partie du Ouassoulou et le Fouladougou. Les Sarakollés (d'où dérivent les Kliassonkés et les Markankés) sont également appelés Soninkés^; ils sont dispersés un peu partout et ne présentent de groupes assez compacts pour former des États qu'entre Bakel et Médine (Bondou, Khasso,. Diafounou, ainsi qu'à l'est et au sud-est de Timbouktou et de Bandiagara.

Les Peulhs habitent le Fouta-Diallon, la rive gauche du Sénégal et une grande partie du Macina. Par leur union avec les noirs, ils ont formé une race secondaire, la race toucouleur.

Les Toucouleurs, qui habitent le Kaarta^ le Fouta central et le Macina, se rapprochent plutôt des Peulhs, tandis que les Soninkés se rapprochent davantage des Mandingues de race pure.

Citons aussi les Sénoufos qui habitent les États de Tiéba; quant aux indigènes des États de Kong, ils appartiennent à la race mandingue.

Religion. — • Tous les Toucouleurs et presque tous les Peulhs sont musulmans; bien souvent, ils exercent les armes à la main, vis-à-vis des autres peuples, le rôle de convertisseurs. Les Soninkés sont également mahométans, mais, sauf lorsqu'ils sont excités par d'ambitieux marabouts comme Mahmadou-Lamine, ils ne paraissent pas avoir une ardeur religieuse bien grande.

Les Bambaras ^ont fétichistes et les Malinkés semblent l'être également, mais on n'est pas encore bien sûr qu'ils

1. Le suffixe nké signifie homme du eu homme de. On a ainsi les Khasso-nkés, hommes du Khasso; les Diallo-nkés, hommes du Fouta-Diallon (Dialo en indigène), etc., etc.

aient une religion quelconque. Chez ces peuples, chaque village possède un arbre sacré, dont les branches, basses et chargées de feuilles, servent à former un réduit obscur, dont la clôture est faite au moyen de broussailles épineuses; autour de ce réduit est ménagé un chemin de ronde qui protège l'arbre contre les incendies. C'est dans cet arbre que demeure le féticheur ou ncuna, qu'il faut consulter dans toutes les grandes occasions : guerre, chasse, mariage, culture, etc., comme faisaient autrefois les Grecs avec l'oracle de Delphes. De même que chez les païens d'avant l'ère chrétienne, les féticheurs, qui sont presque toujours des vieillards, consultent les entrailles de certains animaux, moutons, chiens, poulets, pour prédire l'avenir ou prendre une décision quelconque; ces sacrifices sont accompagnés d'offrandes de mil ou de fruits, destinées à se rendre le fétiche favorable. Les Bambaras ne font pas usage, comme les noirs de Guinée, d'idoles en bois sculpté; mais ils portent des gris-gris ou amulettes, auxquels ils attribuent des vertus diverses. Ils ont un gris-gris pour telle chose, un gris-gris pour telle autre, et parfois le nombre de ces amulettes est tel que leur poids total dépasse plusieurs livres. Cet usage du grisgris est également commun aux musulmans.

Les funérailles sont l'objet de cérémonies qui varient selon les pays et selon la caste du défunt. Chez les indigènes de race mandingue, celui-ci est lavé, puis enterré aussitôt après le décès, qui a été annoncé à tout le village par un cri perçant et lugubre. Le cortège est précédé par les griots, puis viennent, après le corps, les femmes, qui chantent, les jeunes filles, qui se désolent, les parents et les amis. La fosse est ordinairement peu profonde; dès qu'on commence à l'emplir de terre, les asistants se retirent, craignant d'être enlevés, eux aussi, par la mort. Après la cérémonie, le fossoyeur passe sa pioche aux flammes, pour que la maladie du défunt ne lui soit pas communiquée. A certains jours de l'année, on expose, chez le défunt, des cale-

SOUDAN FRANÇAIS

basses de nourriture qui apaiseront la faim des parents morts. La rencontre d'un enterrement est d'un bon augure.

Les Bambaras sont ceux de tous les indigènes du Soudan français que nous devons favoriser le plus, car leur religion ne les rend pas rebelles, comme l'islamisme, à Tassimilation avec les blancs et à la civilisation européenne.

Castes : hommes libres. — Les habitants des différentes contrées du Soudan français se divisent en deux catégories : les hommes libres et les esclaves.

Les hommes libres se partagent eux-mêmes en plusieurs castes qui sont : les guerriers; — les agriculteurs ; — les griots; — les artisans.

Les guerriers sont les nobles du pays; ils appartiennent aux familles anciennes qui ont gouverné les différents États, ou bien ils se sont illustrés euxmêmes par quelque important fait de guerre ou de rapine. Ils dédaignent les professions manuelles, mais tiennent l'agriculture en honneur et vont aux champs surveiller ou diriger leurs captifs. Les travaux agricoles prennent d'ailleurs €hez les peuples bambaras et malinkés une telle importance, que les opérations militaires sont généralement interrompues à l'époque des cultures ^ Les indigènes de racemandingue sont très braves, et supportent admirablement les

1. Raffenel, dans son Voyage au pays des Nègres, leur attribue l'organisation militaire suivante : En cas de guerre, ils forment quatre corps; le centre, composé par les sofas; l'aile gauche, ou noumanboulou, parles captifs de case; l'aile droite, ou kininboulou^ par les captifs de trafic; la réserve, ou dionkoroboulou, par les vieux captifs. Les cavaliers sont en petit nombre. Peu de femmes suivent l'armée : on n'en tolère qu'un nombre très restreint par détachement, à titre de pileuses de mil.

Afbiqle, I.

marches et les privations; ils deviendront pour nous, si nous parvenons à les faire entrer en assez grand nombre dans nos tirailleurs, les auxiliaires les plus précieux.

Les familles ont également un rang entre elles, comme chez nous la grande et la petite noblesse d'autrefois. La première famille est celle des Kouloubalis, qui se divise en plusieurs branches (Massasi, Kalari, Damba, Mana, Mousiré, Sira et Bakaro) ; la seconde est celle des Diaras (Kountés, Fissankas et Barlakaos); la troisième, celle des Konérés ou Kalankous ; les autres, de moindre importance, sont celles des Dambélé, Dansira, Sokho, Fofana, Béléri, Kogorotas, Soumanas, Traourés, etc.

Quand deux membres de Tune quelconque de ces familles se rencontrent, ils se saluent, s'ils veulent se faire honneur, en échangeant le nom des familles auxquelles ils appartiennent. Ainsi un Diara, rencontrant un Kouloubali, lui dira : Kouloubali, et ce dernier répondra : Diara.

L'armement des guerriers comprend généralement un fusil à pierre à un seul canon. Le bon marché de cette arme (de provenance anglaise) indique qu'elle est de mauvaise qualité; presque toujours le fusil éclate après quelques coups et le guerrier le porte au forgeron du village, qui scie les deux bouts et les soude ensuite l'un à l'autre. A 200 mètres, ces armes n'ont plus de portée certaine; elles sont chargées jusqu'à la gueule avec de la ferraille ou, à défaut, avec des cailloux ferrugineux. La poudre est de fabrication indigène et la charge vaut environ ZiO cauris K Le salpêtre que Ton emploie à cet usage est recueilli sur les murailles des habitations ; le charbon, d'excellente qualité, provient d'arbres du pays; enfin le soufre est apporté par les o^zow^as (marchands indigènes). Le mélange comprend : 7 parties de salpêtre, 2 de charbon et i de soufre.

Outre le fusil, les guerriers ont des sabres de grandeurs

1. Dans ce pays, 2.000 cauris valent 5 francs, ce qui donne une valeur d'environ 10 centimes à la charge de poudre.

SOUDAN FRANÇAIS

diverses, renfermés dans des gaines de cuir. Quelques-uns ont encore des lances, dont i's se servent comme javelots, à ZiO' ou 50 mètres de distance, et des arcs qui envoient des flèches empoisonnées; mais cet armement tend à disparaître de plus en plus. Comme équipement, ils ont chacun une poudrière en corne et deux coufas ou sachets à balles très ornementés.

Après les guerriers, viennent les agriculteurs. On appelle ainsi les hommes libres qui possèdent une maison, des champs et des captifs. Gomme en î^^urope, ils constituent la majorité et la base la plus solide de la population. De juillet à décembre, ils s'occupent de la culture des champs, et ont un travail très dur. Pendant le reste de Tannée, ils s'adonnent à divers travaux d'intérieur ou vont h la chasse. En cas de guerre, ils portent les armes sous les ordres des guerriers.

Les griots, dont il a été question dans un précédent fascicule relatif au Sénégal , sont les bardes du pays. Leurs fonctions consistent à chanter, à danser, à jouer de divers instruments de musique, principalement du balafon^ sorte de xylophone portatif dont les sons ne sonr, point désagréables : ils ne se livrent à aucun travail manuel.

Les griots vivent d'aumônes et de dons; ils sont à la fois méprisés et redoutés, car ils sont dévoués à qui les paye et arrivent parfois à acquérir une grande influence sur leurs maîtres. A leur mort, ils ne sont pas enterrés dans le cimetière commun, leur dépouille mortelle étant considérée comme infâme.

Dans la société nègre, les artisans occupent le bas de l'échelle. On les divise en quatre principaux corps de métier : les forgerons, les ouvriers en cuir, les ouvriers en bois, ou laobés, les tisserands, ou mabos.

Les forgerons travaillent les métaux, exploitent les mines d'or, fabriquent les instruments aratoires, les armes et réparent les fusils. Ils s'attachent volontiers à la per-

sonne des grands chefs et, comme il n'est pas nécessaire d'exercer ni même de connaître l'état de ses pères pour . continuer à appartenir à la classe dont ceux-ci faisaient partie, on a ainsi toute une classe de forgerons qui ne forgent jamais.

Les ouvriers en cuir préparent les peaux, les tannent et confectionnent les chaussures, les harnais et les équipements de guerre. Ces artisans sont, avec les tisserands, un peu plus considérés que les forgerons, qui le sont euxmêmes beaucoup plus que les laobés.

Ces derniers travaillent le bois, exploitent les forêts et fabriquent les pilons, les mortiers, les sièges et toutes les pièces des mobiliers ^

Enfin les tisserands confectionnent les cotonnades du pays; ils ont des métiers analogues à ceux qui existaient jadis en Europe, mais les dimensions de ces métiers ne leur permettent pas de tisser des étoffes d'une largeur supérieure à 10 centimètres; ces étoffes sont très solides et durent fort longtemps. A Ségou et à Sansanding, ces artisans fabriquent des dampés, sortes de tapis ornés de dessins formés par le tissage même; tous s'adonnent à la teinture des étoffes confectionnées par eux, soit au moyen de Tindîgo, soit avec d'autres plantes tinctoriales du pays. Les tisserands soninkés sont les plus habiles de tous.

Il existe enfin une caste en dehors de celles qui viennent d'être énumérées, c'est celle des pêcheurs, qu'on ne trouve que dans les tribus riveraines des cours d'eau et qui portent le nom de somonos. Leur industrie, assez fructueuse, — le Niger est très poissonneux, — constitue une sorte de monopole pour lequel ils payent des redevances.

Les esclaves. — Il y a trois sortes de captifs ou d'es-

1. On fait également dans le Soudan de jolies nattes, des calebasses à dessins coloriés et de beaux objets en vannerie. Ces divers produits sont confectionnés ordinairement par les Peulhs pasteurs; mais dans certaines tribus bambaras ou malinkées ces travaux rentrent dans l'industrie des laobés.

SOUDAN FRANÇAIS

claves : le captif de case, le captif de guerre ou de lougan, et le captif de traite ou de commerce.

Le captif de case est né de parents qui font partie des biens d'une famille depuis une génération; on ne le vend jamais; il peut être appelé à donner son avis et quelquefois à remplacer son maître en des circonstances délicates. Il remplit dans la famille le même rôle que raffranchi de Tancienne Rome. Après lui vient le captif de lougan (le lougan est le champ de culture), également appelé captif de guerre, et chargé des travaux agricoles et de divers soins; arrivé très jeune dans le pays à la suite du massacre des guerriers de son village, il a grandi avec les enfants de son maître et n'est généralement pas malheureux. Le captif de traite ou de commerce, au contraire, a le sort le plus misérable tant qu'il n'a pas trouvé acquéreur; mais cette situation est fort rare, il est généralement vendu au bout de quelques mois. Dès qu'il a trouvé un maître, son sort s'améliore aussitôt; les longues étapes de route se trouvent désormais remplacées par un travail régulier, et il jouit alors de la même nourriture que celui auquel il appartient.

C'est surtout cette catégorie d'esclaves que l'autorité française s'efforce de faire disparaître. Elle y est arrivée en partie dans certaines contrées, mais de tels résultats ne peuvent s'obtenir qu'avec le temps, au fur et à mesure que notre domination s'affermira. Déjà la chasse à l'esclave — et par suite le dépeuplement du pays — a cessé là où nous nous sommes établis, et les populations indigènes jouissent en paix du fruit de leurs travaux. Il ne faut pas se dissimuler cependant que le commerce des esclaves durera encore quelque temps avant de disparaître tout à fait, car l'Européen, qui vient dans ces contrées en réformateur, n'a pas seulement

contre lui tous les hommes libres; il a également tous les captifs de case ou de lottgan, qui espèrent, eux aussi, avoir plus tard des esclaves.

Certains de ces captifs, en effet, quoiqu'aucun d'entre eux ne puisse, en droit, avoir rien à lui, possèdent, en fait, des habitations, des terres et des esclaves, et ne sont pas toujours sous la dépendance immédiate de leurs maîtres. Quand des familles habitant un grand centre sont propriétaires d'un nombre considérable de captifs, elles les envoient à 15 ou 20 kilomètres, avec la permission de fonder un village. Ceux-ci s'organisent alors comme les hommes libres, élisent des chefs, élèvent des troupeaux et payent de fortes redevances à leurs maîtres. Parfois, au bout d'un certain temps, ils songent à reconquérir leur indépendance les armes à la main, afin de s'assurer définitivement la possession des richesses dont ils n'ont en réalité que l'usufruit. Quand une guerre de ce genre éclate, tous les villages voisins formés d'esclaves envoient des contingents au village rebelle; de même, les hommes libres des autres familles viennent au secours de la famille qui est propriétaire du village.

Moeurs et coutumes. — Les habitants du Soudan français sont polygames; comme les musulmans, auxquelsilsont peutêtre emprunté cet usage, ils peuvent avoir jusqu'à quatre femmes légitimes et un nombre illimité de concubines.

Lorsqu'un Bambara ou un Malinké veut se marier, il envoie au père de la jeune fille qu'il recherche dix kolas blancs; ce dernier, s'il accepte, renvoie un cadeau semblable; s'il refuse, il répond par un kola rouge.

Le jeune homme, une fois agréé, donne alors un certain nombre de cauris, ainsi que des poulets destinés au repas de noces; il peut, à partir de ce moment, emmener sa femme, mais auparavant le père lui réclame la dot, dont le prix varie généralement entre 30.000 à ZiO.OOO cauris (75 à 100 francs). Une petite fête, accompagnée de danses et de chants, termine cette cérémonie.

SOUDAN FRANÇAIS

Il est rare que la dot soit payée comptant; ordinairement le mari n'en donne qu'une partie et s'engage à payer le reste plus tard. S'il est mécontent de la femme, il peut divorcer en la renvoyant à sa famille, à laquelle il réclame la dot qu'il a payée. Dans un seul cas, la femme peut conserver cette dot : c'est lorsque, dans les quinze premiers jours qui suivent sa célébration, le mariage n'a pas été consommé.

Quand une femme meurt, son mari hérite de ses biens; si c'est le mari qui est décédé, sa fortune et ses femmes passent à ses frères ou, à leur défaut, à ses fils.

Les enfants des épouses légitimes et des concubines sont à peu près traités de même; mais, lors du décès du père, les premiers seuls héritent.

Les vieillards sont respectés et honorés; à partir d'un certain âge, ils ne font plus rien et on les voit autour des villages, étendus au soleil dans les champs ou devant leur case, et fumant une pipe ou prisant d'une façon exagérée ^

Chez ces différents peuples, la femme ne joue qu'un rôle infime et son influence est presque nulle. Elle n'est qu'une sorte de bête de somme, chargée des travaux les plus grossiers, de la culture du champ qui doit fournir les fruits ou les légumes, de la cuisine, de la préparation du mil et de la confection du fil de coton. Quelquefois il arrive cependant que, lorsque la femme est intelligente, elle peut prendre un certain ascendant sur son mari.

Les mères sont, au contraire, très considérées par les fils, qui vont souvent leur demander conseil, même en de graves circonstances, et les traitent avec les plus grands égards.

Jusqu'à leur nubilité, les enfants des deux sexes vont nus ou à peu près ; mais, à partir de cette époque, les uns

1. Le tabac, et particulièrement le tabac à priser, est une grande passion chez les noirs. La colonie du Sénégal pourrait trouver là un élément de commerce fort important. , ; ,

248 LES COLOINIES FRANÇAISES.

et les autres commencent à porter des vêtements. Les hommes (Bambaras ou Malinkés) revêtent un pantalon descendant jusqu'à mi-jambe, un • boubou (blouse) assez court laissant les bras nus et un bonnet à trois pointes qui sont relevées vers le sommet de la tête; le tout est en cotonnade du pays. Seuls, les Peulhs, les Toucouîeurs et les Soninkés, c'est-à-dire les musulmane, portent le pantalon long, le boubou ample et, comme coiffure, un turban ou un petit bonnet blanc, jeté un. peu en arrière du front. Les femmes bambaras et malinkées portent simplement un pagne enroulé à la ceinture ; les Peulhes, les Toucouleures et les Soninkées portent, en outre, un boubou court et un bourlouguel, sorte de mante qui leur recouvre la chevelure et retombe sur les épaules.

L'alimentation a pour Jjase la farine de mil, avec laquelle on confectionne le lac-lalo, assez semblable au couscous d'Algérie, et dans la composition duquel il entre du lait ou du bouillon de viande. Les noirs se nourrissent aussi de riz indigène, qui est de fort bonne qualité, et de crêpes qui ressemblent aux galettes de sarrasin qu'on fabrique en Normandie et en Bretagne; ils font rarement usage de la viande de bœuf, mais ils mangent souvent du poulet, animal très commun dans toute la région. Ils accommodent avec de la viande, du riz et de l'huile d'arachide, un mets assez apprécié, appelé mafé. Ils emploient volontiers les oignons, les poivrons et les piments pour remplacer le sel, qui fait le plus souvent défaut.

Les Mandingues habitent dans des cases do forme carrée et à toit plat; les murs sont en argile et il n'y a qu'une ou deux portes, jamais de fenêtres; à l'intérieur la terre battue tient lieu de plancher et, sur un des côtés, se trouve un large banc d'argile qu'on recouvre de nattes et qui forme le lit; souvent la case est partagée en deux ou trois pièces.

Au sud du Niger, les habitations reprennent, comme dans le bassin du Sénégal, la forme circulaire; de même que

SOUDAN FRANÇAIS

celles-ci, elles sont construites en pisé et recouvertes d'un toit conique en chaume. Beaucoup d'entre elles ont 8 à

10 mètres d'une muraille à l'autre; d'autres sont moins larges et plus hautes; .elles ont parfois jusqu'à 6 mètres de hauteur et sont partagées en deux étages au moyen de bambous recouverts d'argile durcie.

Les musulmans boivent exclusivement de l'eau pure, mais les fétichistes consomment une boisson fermentée fabriquée avec le mil et nommée dolo.

Les Mandingues n'ont pas d'écriture et, par suite, la propriété n'est régie, chez eux, que par les traditions ou les usages.

De même, la justice, encore tr'ès sommaire, est rendue, en général, par les marabouts chez les musulmans, par les chefs des villages chez les fétichistes.

Les Bambaras ont une méthode spéciale de calcul; ils ne comptent pas jusqu'à 100, mais seulement jusqu'à 80. Pour dire 200, ils disent deux 80 (c'est-à-dire deux fois 80) et lxO\ — pour exprimer le nombre 1.000, ils disent 800, deux 80 et /lO.

En résumé, en envisageant séparément le rôle et le caractère de chacune des principales tribus indigènes dont

11 vient d'être question ^ on voit qu'il y a dans le Soudan français un peuple pasteur (les Peulhs), un peuple à la fois guerrier, cultivateur et industriel (les Mandingues : Bambares et Malinkés), un peuple voyageur et commerçant (les Soninkés) et un peuple qui peut être employé à des occupations de toute nature (les Toucouleurs).

1. Voir, pour plus de détails sur les Peulhs et les Toucouleurs, le fascicule relatif au Sénégal.

Le village indigène.

Page 1