CHAPITRE II Administration
Divisions de la colonie. — Saporlicie et population. ■ — Soudan français proprement dit. — Organisation des différents services. — Commandement supérieur. — Service administratif et direction de l'intérieur. — Service de la trésorerie. — Postes ei télégrapiies. — Instruction publique. Travaux publics. — Service du chemin de fer. — Service de santé. — Service vétérinaire. — Justice. — Cultes. — Interprètes. — Commandement des cercles. — Services divers. — Flottille du Niger. — • Services militaires.
— Principaux centres. — Kayes. — Les villages de liberté. — Bakel. — Médine. — Sénoudébou. — Diamou. — Bafoulabé. — Badoumbé. — Kita.
— Koundou. — Bammako. — Koulikoro — Nyamina, — Kausaba. — TSiagassola. — Siguiri. — Kouroussa. — Centres bambaras. — Banamba. — Ségala. — Guigné. — Darafa. — Mourdia. — Goumbou. — So*kolo. — Le^ pays protégés. — Empire d'Ahmadou. — Royaume de Ségou. — Dinguiray. — États de Samorj^. — Kénédougou. — États de Kong. — États de Bondoukou. — Les Ouled-Embarck.
Divisions de la colonie. — Le Soudan français se divise en territoires annexés et pays de protectorat.
L'autorité du commandant supérieur commence, sur le Sénégal, à Matam, et tous les postes du Haut-fleuve
(Médine, Bafoulabé, Badoumbé, etc.) jusqu'au bassin du Niger sont sous sa dépendance.
Les pays annexés forment le Soudan français proprement dit. Ils sont divisés en un certain nombre de cercles, qui sont administrés par des officiers et dont il sera question un peu plus loin.
Les pays protégés sont :
L'empire toucouleur d'Ahmadou, au nord du Soudan français proprement dit (capitale, Nioro, dans le Kaarta);
Le royaume de Ségou, gouverné par Madané, fils d'Ahmadou, sur la rive droite du Niger (capitale Ségou);
L'empire sénoufo du Kénédougou, gouverné par Tiéba, au sud-est du royaume de Ségou (capitale Sikasso) ;
L'empire malinké du Ouassoulou, gouverné par Samory, au sud des États du Ségou (capitale Bissandougou) ;
Le Dinguiray, placé sous l'autorité d'Aguibou, frère d'Ahmadou, à l'ouest des États de Samory (capitale Dinguiray);
Les États de Kong et leurs dépendances (capitale Kong), au sud-est du Kénédougou, gouvernés par Karamoko- Oulé-Ouattara ;
Tous les États situés entre le pays de Kong et le golfe de Guinée (Bondoukou, Gamyan, etc.) ^
Enfin, dans le Sahara, au nord de l'empire d'Ahmadou, le territoire des Maures Ouled-Embarck.
Superficie et population. — La superficie des régions soumises à la domination française n'a pu être encore évaluée d'une manière précise. On l'estime toutefois à 720.000 kilomètres carrés environ, dont IZiO.OOO forment le Soudan français proprement dit.
La même remarque s'applique à la population. Dans ces contrées, que la chasse à l'esclave dépeuple depuis tant
1. Les États de Kong et les pays placés à l'est de ceux-ci ont été récemment placés sous le protectorat de la France, la plupart par le capitaine Binger, quelques-uns par M. Treich-Laplène.
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d'années, il existe, à côté de plaines à pea près abandonnées, des pays où habitent de fortes agglomérations d'indigènes. Il a donc fallu chercher une moyenne pour estimer, d'une manière seulement approximative, le chiffre probable des populations qui nous sont soumises ; cette moyenne varie entre ^ à 5 habitants par kilomètre carré ^; ce qui donne pour le pays tout entier une populationd'environ 3.500.000 habitants, ainsi répartis :
Il est à remarquer qu'au fur et à mesure que l'on avance vers Test les populations deviennent sensiblement plus denses. Ainsi, tandis que la moyenne du Haut-fleuve, du Bouré, des États de Samory, ne dépasse pas Zi à 5 habitants par kilomètre carré, celle du Macina et des deux Bélédougou est de 8 à 10 habitants; celle des États de Tiéba, (Kénédougou) du Djilgodi, de 11 à 12; celle du
1. Haut-fleuve, environ 2 à 3 habitants par kil. carré ; Etats de Samory, dépeuplés par la guerre et la chasse à l'esclave, 3 à 4; Soudan français, cercle de Bammako (grand et petit Bélédougou), 9 habit. 8 1/0 ; Bouré, Manding, etc., 4 à 5; Kénédougou (États de Tiéba), 11 a 12; États de Kong, 12 à 13; États au sud de Kong, 12 à 14. Pays voisins du Soudan français : Macina, 8 à 9; Mossi, 22 à 24; Gourma, 12 à 14; Djilgodi, 11 à 12; Libtako, 14 à 15; Zaberma, 12 à 14.
2. Soudan français en 1887-88 jusqu'au Tankisso et au poste de Siguiri : 284.000 {Bull. Soc. Géogtyiphie, année \SS9, 1^"^ trimestre), territoire donné par la rectification de 1888-1889 (jusqu'au Niger, vers Kouroussa), 16,000; pays bam^baras du nord-est (Sokolo, Mourdiari, Damfari, etc., 600,000.
Soudan français proprement dit 2
Empire d'Ahmadou
États de Madané (Ségou)
Dinguiray
États de Samory
Kénédougou (Tiéba)
États de Kong
Pays au sud de Kong
Ouled-Embarck
LES
Zaberma et du Libtako, de 12 à 15; enfin celle du Mossi, à Test du Kénédougou et au sud du Libtako et du Djilgodi, de 22 à 2/! habitants par kilomètre carré K
Soudan français proprement dit. — Comme on Ta déjà indiqué plus haut, le Soudan français proprement dit comprend les pays annexés soumis à l'administration directe des représentants du commandant supérieur.
Celui-ci a le droit d'y lever ou d'y établir des impôts, mais les indigènes y ont conservé en partie les lois, qui les régissent, ainsi que leurs mœurs et leurs coutumes; de ces dernières, on s'est eforcé cependant de supprimer peu à peu celles qui sont en contradiction trop flagrante avec notre civilisation. D'après les traités passés avec les chefs indigènes, le commandant supérieur s'est réservé la propriété des routes, celle des terrains nécessaires à la création des postes fortifiés ou de villages, au passage du chemin de fer ou à l'établissement des dépendances de ce dernier (stations, dépôts, magasins), ainsi que la propriété des routes, postes ou villages, qui seraient créés dans l'avenir.
Actuellement, le chef-lieu du Soudan français est établi à Kayes, point terminus de la navigation fluviale et tète de ligne du chemin de fer de Bafoulabé. C'est là que sont centralisés tous les services et que sont réunis les approvisionnements de toute nature.
Organisation des différents servigrs : commandement SUPÉRIEUR. — Le Soudan français est placé sous l'autorité d'un officier supérieur des troupes de la marine qui est, tantôt un lieutenant-colonel, tantôt un chef de bataillon ou d'escadron, et qui porte le titre de commandant supérieur.
1. Les rapports de différents voyageurs qui ont pénétré dans les régions situées à l'est des pays que l'on vient de citer, c'est-à-dire placées entre la boucle du Niger et le lac Tchad, permettent d'assurer qu'il en est de même au fur et à mesure que l'on s'avance dans la même direction. Le Baguirmi a 25 à 30 habitants par kilomètre carré et le Bornou en a plus de 36.
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Quoique dépendant, en droit, du gouverneur du Sénégal, tant au point de vue politique que sous le rapport financier et administratif, le Soudan français jouit en fait d'une sorte d'autonomie. Les distances sont, en effet, si considérables et les communications encore si difficiles, qu'on ne saurait faire autrement que de laisser au commandant supérieur la plus grande latitude.
Les services de la colonie sont exclusivement militaires, bien qu'occupant quelques fonctionnaires ou agents civils.
Service administratif. — Le service administratif est dirigé par un sous-commissaire, qui règle toutes les dépenses militaires; il a sDus ses ordres trois aides-comm,issaires, qui, selon les besoins du service, sont employés auprès de leur chef ou envoyés dans les postes où leur présence est jugée nécessaire.
Il y a également à Kayes un sous -agent administratif, secrétaire des successions, et trois commis du commissariat (un aux approvisionnements, un aux fonds et revues, un garde-magasin général et agent spécial des échanges). 11 existe aussi un certain nombre d'agents du matériel et des vivres (une dizaine environ, dont la moitié sont des indigènes).
C'est du service administratif que dépendent les flottilles fluviales employées au transport des approvisionnements entre Bakel, Kayes, Bafoulabé et Badoumbé (et souvent entre Mafou et Kayes). On à vu, au précédent chapitre, que ces flottilles sont divisées en autant de sections que les barrages, qui obstruent le cours du fleuve, ont formé de biefs, ce qui donne lieu à des transbordements nombreux et coûteux. La flottille de Kayes comprenait, en 1888, iO pirogues et 39 chalands. Celle de Bafoulabé est principalement composée de pirogues; il y en a environ 115. Elle possède en outre 2 chalands et un pont flottant ou bac, destiné à mettre Bafoulabé (située sur la rive gauche du Bafing) en communication avec la Pointe (placée entre le
Bafing et le Bakhoy sur la langue de terre formée par les deux rivières) ; elle a servi, en ces dernières années, à transporter tout le ravitaillement entre Dioubé-ba (point terminus de la ligne ferrée de 50 centimètres) et Badoumbé ; mais cette flottille est appelée à disparaître prochainement lorsque l'établissement définitif du chemin de fer permettra d'aller de Kayes à Badoumbé.
Service de la. trésorerie. — Le payement des mandats ordonnancés par le chef du service administratif est effectué aux caisses de la trésorerie, gérées par un trésorier auxiliaire; sous les ordres de ce dernier est un commis, chargé de Tadministration des ressources locales.
Postes et télégraphes. — Le service des postes et télégraphes est assuré par un personnel européen de trois employés métropolitains et un personnel auxiliaire indigène.
Le nombre des bureaux ouverts est actuellement de dix, qui sont :
Bakel. Bafoulabé. Koiindoii. Siguiri.
Kayes. Badoumbé. Bammako.
Médine. Kita. Niagassola.
Un 11« bureau est quelquefois ouvert à Toukoto pendant la période du ravitaillement.
Chaque bureau est géré par un employé français ou indigène et deux surveillants indigènes; il est pourvu d'une boîte aux lettres, au-dessous de laquelle un tableau indique la marche des courriers; on trouve des timbres-poste dans chacun de ces bureaux.
Instruction publique. — L'instruction primaire, la seule qui existe au Soudan, est encore à l'état rudimentaire. Dans un certain nombre de postes, il a été créé une école pour les enfants indigènes. Les moniteurs sont des sous-officiers européens, et les livres, les syllabaires, les tableaux scolaires, les fournitures de classes sont, en grande partie envoyés par l'Alliance française.
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Travaux publics. — Les travaux publics comprennent la construction et l'entretien des bâtiments militaires et civils, des fortifications, des ponts, des routes et des chaussées et les travaux des ports fluviaux.
Le personnel européen affecté à ce service varie chaque année; il est composé (depuis deux ans) d'officiers et de militaires de l'artillerie de la marine ^.
Service du chemin de fer. — Ce service est placé sousia direction d'un capitaine de Tartillerie de la marine, auquel sont adjoints des officiers et militaires de la même arme, et quelques employés civils ^
Service de santé. — Il n'y a pas encore, à vrai dire, d'établissement hospitalier à Kayes; il y a une ambulance, installée d'une façon très sommaire, et chaque poste possède une infirmerie.
Heureusement cet état de choses va changer prochainement et, bientôt, un hôpital, comportant les aménagements et les installations les plus confortables, sera édifié sur une hauteur voisine de Kayes.
Le service médical est assuré par un
, ■ . - , , T Femme bambara
médecin de 1'^'' classe, chef du service et directeur de l'ambulance de Kayes, et par un médecin de seconde classe ou des aides-médecins (titulaires ou auxili aires) en nombre variable. Tous sont répartis entre les différents postes et doivent également, s'il y a lieu, faire le service des convois de ravitaillement ou de la colonne. Un pharmacien de seconde classe est attaché à l'ambulance
1. En 1888-89, 1 capitaine, directeur des travaux, 2 lieutenants, 3 gardes et 1 surveillant.
2. En 1888, 1 capitaine-directeur, 1 capitaine et 1 lieutenant 5 gardes, 1 conducteur de travaux et 2 mécaniciens.
Afrique, t.
LES COLONIES FllANÇÀISES.
de Kayes; enfin il y a quelques infirmiers coloniaux européens, auxquels ont été adjoints des auxiliaires indigènes.
Service vÉTÉRiN URE. — Le service vétérinaire, chargé de Teatretien et de la visite des chevaux d'officiers et de troupe, ainsi que des ânes et mulets des convois de ravitaillement, est composé réglementairement d'un vétérinaire en second, chef de service, et de trois aides-vétérinaires 1.
Justice. — La justice a été réorganisée au Soudan français par un décret du 15 mai 1889, qui a modifié la composition de l'ancien tribunal sp'cial de Bakel et institué à Kayes une justice de paix à compétence étendue.
Le tribunal correctionnel spécial de Bakel se compose du commandant du cercle, président, de deux notables nommés pour un an par l'administration et d'un greffier, également choisi par elle. Les fonctions du ministère public sont remplies, dit le décret, par l'officier d'administration qui réside au fort.
Ce tribunal juge les contraventions et délits qui relèvent des tribunaux correctionnels ou de simple police et Ton ne peut appeler que de ceux de ses jugements qui prononcent cinq jours d'emprisonnement au moins ou des amende-, restitutions et autres réparations civiles dépassant, outre les dépens, la somme de 100 francs. En matière de simple police, le président juge seul.
A Kayes, le commandant du cercle est investi des fonctions déjuge de paix. Les fonctions de ministère public et celles de greffier sont remplies par un fonctionnaire et un agent désignés par le commandant supérieur du Soudan français. Ce juge connaît en premier et dernier ressort de toutes les afiVires attribuées aux juges de paix en France, de toutes actions personnelles et mobilières dont la valeur
1. Quelquefois, comme en 1888-89, un 2^ vétérinaire en second est attaché au cadre du Soudan français. On peut faire rc^marquer en passant que le chef de ce service réside, sur sa demande, depuis plus de huit années, au Soudan français.
SOUDAN FRANÇAIS
n'excède pas 1000 francs et des demandes immobilières jusqu'à 60 francs de revenu déterminé, soit en rente, soit par prix de bail : en premier ressort seulement (à charge d'appel devant le tribunal de Saint-Louis), de toutes les autres actions. Il connaît également, en matière de simple police et de police correctionnelle, en premier et dernier ressort, de toutes les contraventions déférées aux tribunaux de simple police, et des délits, lorsque la peine consistera en une amende ou, s'il y a condamnation à l'emprisonnement, lorsque la peine prononcée n'excédera pas deux mois : en premier ressort seulement (à charge d'appel devant le tribunal de Saint-Louis), des délits pour lesquels il aura' été prononcé une peine supérieure à celle qui a été indiquée précédemment. En outre, pour les crimes commis au Soudan français et justiciables de la cour d'assises du Sénégal, le juge de paix de Kayes remplit les fonctions de juge d'instruction.
Cultes. — Le service du culte n'est assuré qu'au poste de Klta, non loin duquel est établie, depuis quelque temps, une mission catholique où habitent quelques religieux européens et indigènes de l'ordre du Saint-Esprit.
L%TERPRÈTES. — Ce corps comprend une quinzaine d'interprètes dont une partie réside à Kayes; les autres sont répartis dans le Soudan, à raison d'un par poste.
CoMMANDEMEiNT DES CERCLES. — Le Soudau frauçais proprement dit est diviié en plusieurs cercles, qui ont chacun un officier à leur tête. Le personnel affecté à ces fonctions varie chaque année et subit parfois des modifications au cours d'une campagne. Ce n'est donc seulement qu'à titre de renseignements que le détail ci-dessous indiqué peut trouver place en ce chapitre :
Bakel, 1 capitaine d'infanterie de marine j Kayes, — —
Médine, 1 lieutenant Bafoulabc, 1 — — Bammako, 1 capitaine —
Koulikoro^ 1 sous lieutenant d'infanterie de marine; Nyamina, 1 capitaine indigène; Niagassola, 1 médecin de la marine ; Badoumbé, 1 sous-lieutenant d'infanterie de marine; Kita, 1 lieutenant d'artillerie de marine; Koundou^ 1 lieutenant d'infanterie de marine; Kangaba, 1 sous-lieutenant indigène ; Siguiri, 1 capitaine d'artilkrie de marine; Kouroussa, 1 lieutenant indigène.
Services divers. — Il existe auprès du commandant supérieur un état-major composé d'officiers des diverses armes ; ce personnel spécial est tantôt sous les ordres d'un chef de bataillon, tantôt sous ceux d'un capitaine ^ Les officiers de cet état-major^ dont le nombre est essentiellement variable, sont chargés de fonctions diverses : les uns s'occupent du ravitaillement, d'autres sont employés à des missions de toute nature (politiques, topographiques ou scientifiques) ; quelques-uns sont chargés du service de la remonte ou des travaux d'assainissement; à Bakel, en 1888-1889, un capitaine a rempli les fonctions de directeur de l'artillerie; un autre est détaché aux canonnières comme commissaire du Gouvernement; enfin le commandant supérieur conserve toujours auprès de lui, en cas de besoin, un certain nombre d'officiers.
Flottille du Niger. — La flottille du Niger se compose de deux canonnières, le Mage et le Niger, commandées par des officiers de vaisseau (en 1889-1890, un lieutenant et un enseigne). Les pièces d'artillerie dont elles sont armées sont des canons-revolvers du calibre de 37 millimètres.
Pendant longtemps, leur mouillage a été Manambougou, en aval du barrage de Sotuba^; aujourd'hui, ce mouillage
1. Le chef d'état major est un chef de bataillon ou d'escadron, lorsque le commandant supérieur est un lieutenant-colonel ; si ce dernier est, comme en 1888-89 et en 1889-90, un chef d'escadron ou de bataillon, le chef d'état-major est seulement un capitaine.
2. Il a été question pendant quelque temps de construire à Manambougou^ transformé en chantier de construction, des canonnières dont on eût fait venir de France la machine et l'armement;
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a été transporté à Koulikoro, situé à peu de distance de Ségou, sur la rive gauche du Niger.
Services militaires. — Les services militaires comprennent, outre l'état-maj or du commandant supérieur^ :
Un détachement d'infanterie de marine, dont les hommes sont montés (en 1889-1890, ce détachement comprend 90 hommes com^ mandés par 2 officiers);
Un bataillon de tirailleurs sénégalais à cinq compagnies (2*^ bataillon du régiment) ^ ;
Un demi-escadron de spahis sénégalais (deux pelotons) ;
Une demi-batterie d'artillerie (de la 29'') ;
Une compagnie auxiliaire d'ouvriers d'artillerie ;
Un détachement de la compagnie de conducteurs sénégalais.
Ces troupes sont réparties dans les différents postes du territoire. Quoiqu'il n'existe à cet égard aucun classement, ces postes, suivant leur importance politique et militaire et leur situation géographique, peuvent être considérés comme se divisant en deux catégories distinctes. Dans la première doivent être compris les postes de Bakel, Bafoulabé, Kita, Bammako, Siguiri et, dans la seconde, ceux de Médine, Badoumbé, Koundou, Nyamina, Niagassola etKouroussa; il y a également une redoute àKangaba et un petit
mais Manambougou, situé au milieu des marais, est intenable et, en 1887-1888, 26 Européens (sur 30) y ont été fort malades.
1. Voir, pour la composition de la garnison et l'armement de chaque fort, ainsi que pour l'organisation des colonnes expéditionnaires, le volume intitulé: Nos marins, Paris, Berger-Levrault, 1888.
2. Le corps des tirailleurs sénégalais a été réorganisé par décret du 5 juin 1889; le nombre des compagnies est actuellement de 10, réparties en 2 bataillons (1^^ bataillon : 4 compagnies au Sénégal, 1 à Porto-Novo ; — 2^ bataillon, 5 compagnies au Soudan) j ce nombre pourra être porté à 12 compagnies, réparties en 3 bataillons. L'effectif de chacune des 9 premières compagnies est de 4 officiers (dont 1 indigène), 11 sous-officiers (dont 3 indigènes), 4 clairons (dont 1 indigène), 8 caporaux, 120 tirailleurs et 2 enfants de troupe (tous indigènes). Le cadre de la 10*^ compagnie (Porto-Novo) ne comprend que 3 officiers européens, 9 sous-officiers (dont 3 indigènes), 3 clairons (dont 1 indigène), 6 caporaux, 81 tirailleurs et 1 enfant de troupe (tous indigènes).
ouvrage à Koulikoro. Enfin il ne faut pas oublier Kayes, le chef-lieu actuel du Soudan français, qui est fortifié et a la garnison la plus importante ^
Principaux geintres : Kayes. — Kayes est situé sur la rive gauche du haut Sénégal, à 11 kilomètres en aval de Médine. On a dit précédemment les raisons qui firent placer en cet endroit la tête de ligne du chemin de fer.
Ce centre, qui n'était en 1880 qu'un petit village khassonké de 200 à 300 habitants, en compte aujourd'hui près de Zi.OOO, y compris le vdlage de liberté.
Les établissements de l'État sont placés sur le bord du fleuve ; ils ont été mis à l'abri d'un coup de main par la construction d'une tourelle crénelée flanquée d'un blockhaus.
En dehors de l'enceinte, de chaque côté d'une jolie avenue plantée d'arbres, est un marché couvert, tout autour duquel les traitants construisent peu à peu de petites maisons européennes en maçonnerie ou en briques. Un peu plus loin, se trouve le jardin public après lequel on pénètre dans le village Khassonké, habité par les noirs et composé de cases cylindriques surmontées d'un petit toit conique; on remarque, au milieu de toutes ces cases et les dominant, la tour du tata en pisé du chef indigène du village.
Les villages de liberté. — En 1885, il n'y avait encore à Kayes que 6 à 700 habitants tout au plus; mais, à partir de 1886, on a créé, autour de nos postes les plus importants, des villages de liberté. Ces villages, fondés sur un terrain déclaré territoire français, sont devenus des lieux
1. On remarquera qu'il n'est plus question ici ni de Sénoudébou ni de Bani, dont on a parlé au moment de la guerre contre Mahmadou-Lamine. Sénoudébou n'a été occupé que du temps du général Faidherbc; en 1886, quelques troupes s'y sont arrêtées et s'y sont même défendues, au moyen d'un ouvrage provisoire, contre les troupes du prophète. Quant à Bani, ce n'est pas un poste, mais un simple ouvrage de campagne qui n'a été occupé que pendant une année.
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d'asile où se sont réfugiés et établis beaucoup d'esclaves des pays voisins. Le nombre de ceux qui sont venus de l'empire d'Ahmadou ou des États de Samory est réellement considérable; on y a installé également un certain nombre de noirs faits prisonniers au cours delà campagne contre Mahmadou-Lamine. En même temps qu'eux, se sont établis, sur de petites concessions données par l'administration, des tirailleurs ou des spahis libérés du service.
On est arrivé par ce moyen à créer de petites villes ou de gros bourgs sur des points où il n'existait, il y a trois ou quatre ans, qu'un village ou même un hameau. Ainsi la population de Kayes s'est accrue de plus de 1.000 habitants par an depuis 1886 ; Bafoulabé, qui n'avait, en 1882, que quelques cases, comprend actuellement près de 3.000 habitants ; il en est de même pour Kita et Bammako.
Bakel. — Ce poste a été pendant longtemps le point avancé de notre domination; mais, depuis la création de Médine, il a perdu un peu de ?on importance. Il est cependant bien placé, à un endroit où convergent toutes les routes du Kaarta, du Barabouk, du Bondou et du pays des Maures Douaïch. Il s'y fait encore un commerce a^sez important et les produits de toute nature qu'on y échange, mil, arachides, or, gommes, peaux, plumes, etc., sont ce qu'on appelait autrefois les produits du pays de Galam.
Le fort se compose d'une enceinte domirice par trois pavillons crénelés, placés chacun au sommet d'un mamelon assez élevé. Très solidement construite, cette enceinte a su résister à toutes les attaques des noirs et principalement, en ces dernières années, à celles des partisans du prophète Mahmadou-Lamine. Malheureusement, il n'en a pas été de même du village qui l'entourait ; les quelques maisons européennes bâties par les traitants, ainsi que les huttes des noirs, tout cela a été détruit en 1886 par les rebelles. Ce village a eu quelque peine à se relever de ses
ruines, mais, depuis dix-huit mois, toutes ces habitations se reconstruisent, bien alignées le long de jolies avenues plantées d'arbres. Bakel comprend i.60J à 1.800 habitants environ.
MÉDiNE. — Le fort de Médine, qui domine le fleuve, a été édifié en 1855 par le gouverneur Faidherbe; il est devenu célèbre à la suite du siège de 95 jours qu'il soutint glorieusement en 1857 contre les bandes d'El-Hadj-Omar. Le village qui Fentoure, sans avoir un développement aussi rapide que celui de Kayes, s'accroît cependant d'année en année ; de même, le chiffre des affaires commerciales qui s'y traitent va toujours en augmentant.
SÉNOUDÉBOu. — A Fouest de Médine et au sud-est de Bakel, sur la Falémé, se trouve le village de Sénoudébou qui fut pris et repris plusieurs fois au cours de la campagne contre Malimadou-Lamine. Ce petit centre est situé sur la rive gauche de la rivière, à 1 kilomètre en aval d'un barrage où sont installées -des pêcheries d'une certaine importance.
DiAMOu. — En revenant à Médine et en remontant ensuite le cours du Sénégal, on rencontre le petit village de Diamou, qui fut pendant quelque temps le point terminus du chemin de fer du Niger. Il était en même temps le sanatorium de Kayes, ce dernier centre étant fort insalubre avant les travaux d'assainissement ordonnés par le colonel Galliéni. Actuellement, le marécage qui entourait Kayes ayant disparu pour faire place au jardin public et le chemin de fer ayant été poussé jusqu'à Bafoulabé, Diamou n'est plus ni sanatorium, ni point terminus de la voie ferrée et son importance a presque entièrement disparu.
Bafoulabé. — Le bourg de Bafoulabé est situé sur. les deux rives du Bafing, à l'endroit même où ce cours d'eau,, grossi par le Bakhoy, prend le nom de Sénégal. 11 est divisé en deux parties : Bafoulabé proprement dit, situé sur la rive gauche du Bafing, et la Pointe, construite en face de-
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Bafoulabé sur la rive droite du Bafing, au confluent même de cette rivière et du Bakhoy K Un pont flottant (ou traiile) permet de communiquer d'une rive à l'autre. Déjà quelques
Entrée du Fort de Kita.
maisons à l'européenne ont été construites et un grand nombre de noirs sont venus s'y établir; parmi les habitants, se trouvent une cinquantaine d'anciens' tirailleurs malinkés ou bambaras, très dévoués à la France, qui pourraient en cas d'alerte fournir une excellente milice. En 1879, avait été élevé, à Bafoulabé proprement dit, un ouvrage de campagne qu'on a démoli plus tard, lorsque les
1. Depuis quelque temps, on a donné à la Pointe de Bafoulabé le nom: de Faidherhourg ; mais cette dénomination n'est encore ni employée ni connue dans la contrée. • . - ;
LES
GOLOxMES
travaux du fort actuel ont été terminés; ce dernier n'a pas été construit au même endroit que l'ouvrage de 1879; il est placé à la Pointe, d'où il commande le cours des deux rivières.
Badoumbé. — Badoumbé n'a qu'une importance très secondaire; ce n'est qu'an poste ayant pour mission de surveiller le pays et la route entre Bafoulabé et Kita; c'est également le chef-lieu d'un cercle. Le blockhaus, bâti sur une éminence de terrain en forme d^ fer à cheval, domine au nord le Bakhoy et au sud le marigot de Bandiako. Près de la berge du Bakhoy, sont établis les jardins potagers ^
Kita. — Situé au pied d'un massif rocheux qui atteint une hauteur de plus de 300 mètres au-dessus des plaines qui l'environnent, le fort de Kita est le centre d'une agglomération qui s'accroît d'année en année et qui ne comprend pas moins de quatorze villages portant des noms divers; le plus grand de ceux-ci, qui est en même temps le plus voisin, s'appelle Makadiambougou ; c'est là que se croisent les routes qui mènent du Bouré et des États de Samory au Kaarta, ou celles qui mènent du Bambouk au Ségou et au Macina, et cette situation donne à Kita une importance stratégique et commerciale considérable. Toute la contrée environnante est excessivement riche et fertile; il y pleut fréquemment (environ trois fois plus qu'à Saint- Louis), et l'on y voit quelquefois — rarement — de la grêle, dont la formation est due sans doute à la proximité des régions sahariennes. Autour du fort, il a été créé, comme à Kayes et à Bafoulabé^ un village de liberté, dont la population s'accroît chaque année. C'est non loin de Kiia que se trouvent les ruines de Bangassi, l'ancienne capitale du
1. Presque tous nos postes du Soudan français sont aujourd'hui pourvus de jardins du même genre; les légumes de France qu'on y cultive sont les choux, l'oseille, les betteraves, les aubergines, les oignons, les carottes, les choux-fleurs, les navets, les melons, les pommes de terre, les radis, les salades et les tomates.
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Fouladôugou, visitée et décrite par le voyageur Mungo-Park.
KouNDOU. — De même que Badoumbé et Niagassola, Koundou n'est qu'un poste intermédiaire, destiné à relier Kita à Bamraako. Il a été construit sur une hauteur située à Ix kilomètres environ de la rive gauche du Baoulé.
Bammako. — Le fort de Bammako a été élevé sur la rive gauche du Niger, à mi-distance entre ce fleuve et les premiers contreforts des monts du Manding. Non loin de là s'élève le village indigène, dont Timportance s'accroît chaque année, à l'exemple de ceux de Kayes, de Kita et de Bafoulabé. Il est relié au fort par une belle avenue pîant^'e d'arbres et bordée de cases*.
C'est à 8 kilomètres en aval de Bammako que se trouve le barrage de Sotuba qui est considéré comme limite du haut Niger.
KouLiKORO. — En aval de Bammako, à une distance d'environ 52 kilomètres, se trouve, sur la rive gauche du fleuve, le village de Manambougou, où était, il y a encore dix-huit mois, le mouillage des canonnières le Mage et le Niger. A cinq ou six lieues plus loin, on rencontre le village de Koulikoro, mouillage actuel de ces canonnières. Sur ce dernier point, a été élevé tout récemment un petit poste commandé par un sous-lieutenant européen.
Ntamtna. — Un peu plus loin encore, à 60 kilomètres en aval de Koulikoro, est Nyamina, petit centre récemment reconstruit sur les ruines d'une ville qui dépendait autrefois du royaume de Ségou. En 188/i, les Bambaras et les Soninkés qui l'habitaient se sont révoltés et ont obtenu le protectorat de la France. On a songé pendant un moment à faire de ce point le mouillage des canonnières; mais Nyamina est situé au milieu de vastes marais, et les travaux de drainage et d'assainissement eussent été trop longs et trop
1. Celles-ci, devenant chaque jour plus nombreuses, commencent à s'étendre peu à peu perpendiculairement à droite et à gauclic de la route ; elles forment ainsi des amorces de rues.
coûteux; ils ont été remis à une époque ultérieure et seront sans doute exécutés progressivement. En établissant les canonnières à Nyamina^ on aurait eu pour but .principal de surveiller plus étroitement le royaume de Ségou ; le même résultat a été obtenu par la construction d'un petit poste que commande un officier indigène.
Kangaba.— En amont de Bammako et au sud-est de Kita^ a été établie, près du village de Kangaba, une redoute destinée à relier Bammako à Siguiri. Ce point est assez important au point de vue commercial; il s'y tient un marché très fréquenté par les Dioulas; quant au village même^ il contient un millier d'habitants.
NiAGAssoLA. — Le poste de Niagassola est situé au nordouest de Kangaba etausuddeKita; il relie ce dernier point à Siguiri; le village qui l'entoure ne compte que 1.200 à l.ZiOO habitants.
Siguiri. — Siguiri (à 250 kilomètres de Bammako) est le chef-lieu du Bouré, pays situésur la rive gauche du Niger au sud-ouest du Fouladougou et couvert de sables aurifères d'une certaine richesse. Le fort, construit en janvier 1888, est placé sur un plateau éloigné du fleuve d'environ 1.800 mètres et domine toutes les plaines environnantes» Le village, bâti sur la rive gauche , comprend environ 2.000 habitants.
KouROUssA. — A IZiO kilomètres au sud de Siguiri et en amont de ce point, à l'endroit où les routes qui viennent de la côte en traversant le Fouta-Diallon ou en le contournant au nord de Sierra-Leone, traversent le Niger, s'élève le fort de Kouroussa, destiné à surveiller le Dinguiray et les États de Samory. Non loin du poste se trouve le village indigène, où se tient à des époques déterminées un des grands marchés de la contrée. Kouroussa a en outre pour les Français un intérêt historique : c'est là que le voyageur Kené Gaillié vit le Niger pour la première fois.
Centres bambaras* — Depuis fort peu de temps, on a rattaché au Cercle de Bammako une vaste contrée indi-
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quée sur les cartes, même les plus récentes, sous le nom de pays bambaras ». Ces petits États étaient à peu près indépendants en 1883; ils avaient cependant une existence politique un peu précaire, étant sans cesse en butte aux vexations du roi Ahmadou, au milieu de Tempire duquel ils se trouvaient En 1883, le plus grand nombre d'entre eux se donnèrent à la France; le reste suivit en 1888; aujourd'hui, ils sont devenus territoires français. Aucun poste fortifié n'y a été construit et tous les centres dont il est question ici ont seulement une importance commerciale. Voici quelques indications sommaires sur chacun d'eux.
Banamha^ au nord-est de Nyamina, est situé dans un pays admirable, parsemé de caïlcédrats et de baobabs. Les habitants, presque tous SarakoUés, sont au nombre de 7 à 8.000; ils logent dans des maisons où le toit plat des pays arabes remplace le toit cônique des pays noirs.
Ségala, chef-lieu du Sarnari , est un lieu d'échanges assez important, où les Arabes du nord viennent faire le commerce avec les Dioulas du sud du Niger.
Guigné est l'un des plus grands marchés de la contrée; sa population sédentaire ne dépasse guère ^.000 âmes, mais elle se trouve souvent portée, au moment des échanges, à 15 ou 16.000 individus.
Damfa, chef-lieu du Damfari, est très fréquenté par les Maures Ouled-Nacer, Ouled-Mahmoud, Ouled-Embarck, qui viennent y acheter du mil et campent généralement tout autour de la ville. Dans les contrées avoisinantes, on cultive beaucoup un tabac très renommé et on commence à y planter de l'arachide.
Mourdia est une ville semi-arabe, semi-soninké. Ses rues ressemblent beaucoup aux souks de Tunis et cette ressemblance paraît d'autant plus complète qu'on y vend
1. Ils étaient placés entre le Kaarta, au nord-ouest, et le Ségou, au sud-est.
surtout, comme à Tunis, des tapis, des bijoux ou des objets en cuir teint et brodé. Les habitants sont au nombre de Zi.OOO, dont 300 Bambaras, 2.500 Sarakollés et 1.200 Maures.
Go77îbou est plus importante : elle compte jusqu'à 10.000 habitants qui sont presque tous Bambaras, mais qui parlent l'arabe; autour de la ville, s'étendent de vastes cultures de mil. Goumbou est située sur la route qui conduit de Ségou à l'oasis d'Oualata.
Enfin Sokolo, placée sur notre protectorat en 1888, est une cité commerçante d'environ 6.000 habitants, par laquelle passent toutes les caravanes qui vont du Ségou à Timbouktou.
Les pays protégés : Empire d'Ahmadou.— Ahmadou est un des fils d'EI-Hadj-Omar et, sous son règne, le vaste empire du prophète, déjà ébranlé avant la mort de ce dernier, s'est démembré de plus en plus. Après avoir habité pendant de longues années à Ségou, Ahmadou inquiet du développement de notre domination dans le bassin du Niger et, ne se croyant plus en sûreté dans cette ville, s'est réfugié dans le Kaarta au milieu des populations musulmanes fanatiques, qui lui sont assez fidèles. En même temps, les défaites essuyées par Samory l'ont fait réfléchir et, pensant qu'il valait mieux vivre en bonne intelligence avec la France que de craindre constamment d'être dépossédé, il a consenti, en mai 1887, à signer avec nous un traité de protectorat.
L'état de fermentation religieuse des populations du Kaarta n'a pas permis encore d'avoir avec ce pays des relations suivies, et les traitants européens ou indigènes, qui voudraient voyager en ces contrées, devraient montrer la plus grande prudence. Cependant, quelques marchands des différentes provinces de cet empire sont venus faire des échanges à nos postes du Soudan (Médine, Bafoulabé, etc.) et il dépend de nous que ce mouvement commercial s'accroisse progressivement.
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Ahniadoii possède une armée régulière, dont l'organisation mérite d'être signalée. Cette armée comprend : des sofas et des talibes, dont une portion, permanente, constitue pour le roi une garde d'honneur, où domine l'élément bambara*. Les sofas constituent l'infanterie : les Bambaras y sont mêlés aux Toucouleurs, ceux-ci ne combattant qu'à pied. Les talibés forment la cavalerie; ce sont en général des fanatiques, provenant en partie du Fouta sénégalais. Ils sont formés en compagnies, désignées par le nom de la tribu à laquelle les talibés appartiennent; derniers débris de l'armée d'El-Hadj-Omar, qui leur a dû la plupart de ses succès, ils sont fort indisciplinés et joueraient au besoin, auprès da souverain, 1 e rôle des prétoriens de l'ancienne Rome. Ce sont eux qui s'opposeront le plus à notre établissement effectif dans le Kaarta. Les sofas sont également répartis en compagnies; armés de fusils à silex, ils se forment sur huit rangs de profondeur avec un front de 30 hommes environ. Ils marchent au combat dans cet ordre jusqu'à portée de fusil ; le premier rang tire, démasque le second qui, après avoir tiré à son tour, fait place au troisième, et ainsi de suite; on obtient ainsi des feux répétés qui peuvent faire de l'effet sur des bandes indigènes; mais, en dépit de toutes ces manœuvres, les sofas d'Ahmadou ne tiendraient pas devant nos fusils à tir rapide et nos obus à mitraille.
Le gouvernement d'Ahmadou est autocratique; ce souverain ne s'est pas contenté d'être le chef temporel du pays, il a voulu aussi en être le chef religieux, et a pris, à cet effet, le titre de Lam-Dioulbé, chef des croyants. Sa
1. Ahmadou n'a qu'une confiance modérée dans ses soldats toucouleurs, qui sont depuis longtemps mécontents de lui pour la raison suivante ; pendant son règne, El-Hadj-Omar avait réuni d'immenses richesses dans sa forteresse de Ségou et avait annoncé à SCS talibés qu'après sa mort ces richesses seraient pour eux; mais, lo^squ^"^ Ahmadou monta sur le trône, il s'empara de ces trésors et négligea de tenir la promesse de son père.
capitale est Nioro, qui se compose de plusieurs milliers de cases, groupées autour des hautes murailles de pierre et des tours carrées du palais du roi. Nioro est un marché très fréquenté par les caravanes du haut Niger, du Ouassoulou et du Kénédougou, qui viennent y chercher du sel de Tichit. Les environs sont un pays d'élevage et tous les animaux domestiques d'Europe, qui y vivent très bien, y sont fort nombreux.
Les autres principaux centres du Kaarta sont : Kouniakary (5.000 habitants), ancienne capitale du Khasso, dans une belle situation, au confluent de plusieurs petits cours d'eàu, rarement à sec; — Djarra-Jarra, bourg assez populeux, autrefois très important; — Dialo, chef-lieu du Dialafara; — Dianghirté, où habitent un grand nombre de talibés, qui ne font pas partie de la garde du roi, et Bakhirmy, chef-lieu du Bakhounou, qui compte de 8 à 10.000 habitants.
— Ouossebougou, place forte qui est la clef de la route de Nyamina à Nioro. Cette place a été attaquée et enlevée le 26 avril 1890 par la colonne du commandant Archinard, après une lutte acharnée qui a commencé dans la matinée du 25 pour se terminer seulement le lendemain au soir.
Royaume de Ségou. — En se réfugiant dans le Kaarta, Ahmadou a laissé à Madané, l'an de ses fils, le royaume de Ségou fort diminué par suite des protectorats établis par la France sur la rive gauche du Niger. Ségou, la capitale de cet État, n'est pas, à proprement parler, une ville, mais plutôt une agglomération de plusieurs centres, qui s'échelonnent le long de la rive droite du fleuve; en suivant le cours de celui-ci, on aperçoit d'abord Ségou-Koro (vieux Ségou), puis Ségou-Bougou ( Ségou-Paillotte) et Ségou- Koura (Ségou-Neuf) , enfin Ségou -Sikoro, résidence du souverain. Les maisons de ces diff'érents centres sont recouvertes de terrasses, à la façon des habitations arabes. Sur la rive gauche, s'élèvent deux autres centres, Faracco et Kalabougou, qui peuvent être considérés comme des faubourgs de la grande ville.
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Au commencement de Tannée 1890, dans le but de porter un coup décisif à l'influence du sultan Ahmadou, devenu ouvertement hostile à Faction française au Soudan, le gouverneur du Sénégal, après avoir exposé ses vues à 1 Administration centrale des colonies, s'est concerté avec le commandant supérieur du Soudan français pour effectuer un mouvement sur la ville de Ségou.
Cette ville a été attaquée le 6 avril 1890, à neuf heures du matin, par le commandant Archinard et prise en quelques heures, sans que les troupes françaises aient un seul homme tué ou blessé grièvement. La colonne s'est emparée du trésor du sultan évalué à 500.000 francs environ.
La prise de Ségou a une importance politique considérable, et ce grave événement a eu un retentissement immense dans tout le Soudan et le Fouta sénégalais.
C'est en quittant Ségou que le commandant Archinard a reconnu la nécessité d'enlever la ville d'Ouossebougou dont il a été question plus haut. Les deux éctiecs successifs infligés à Ahmadou paraissent avoir porté une atteinte irrémédiable au prestige dont le sultan jouissait encore parmi les indigènes du Soudan.
La seconde ville du royaume de Ségou, Sansanding, est située sur la rive gauche du fleuve, en aval de Ségou; son port est assez bon. Cette cité a été détruite, il y a quelques années, par les Toucouleurs d'Ahmadou, qui prétendaient avoir à se venger de ses habitants, tous Bambaras. Elie se reconstruit peu à peu.
DiNGuiRAY.— Un des débris de l'empire toucouleur d'El- Hadj Omar forme le petit royaume de Dinguiray, situé au pied du Fouta-Diallon, sur la rive gauche du Niger, à l'ouest de Siguiri et au nord de Kouroussa. Cet État est gouverné actuellement par Aguibou, l'un des frères d'Ahmadou. La capitale est Dinguiray, ville fortifiée, qui se trouve placée sur la route de Siguiri à Boké, par Labé; elle fait un certain commerce. Après elle, les deux bourgades les plus peuplées sont Gonfondé etTemba.
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Empire de Samory. — L'émir Samory, qui règne actuellement sur l'empire du Ouassoulou, est né à Sanankoro, au sud de Bissandougou. Son père, Lakhanfia-Touré, était un pauvre dioula^ que le jeune Samory faisait vivre en colportant des marchandises de traite sur les différents marchés du pays. Un jour, sa mère, Sokhona-Camara, fut enlevée par quelques guerriers du parti de Sori-Ibrahima, marabout fort renommé et suzerain de sa ville natale (1862). L'î jeune Samory, alors âgé d'une vingtaine d'années, alla la redemander à Ibrahima, lui proposant, en échange, de le prendre lui-même comme captif. Ibrahima n'accepta cette offre qu'en partie. Il garda Sokhona et prit en outre Samory, en assurant à ce dernier que, lorsqu'il serait satisfait de ses services, il les renverrait tous deux, le fils et la mère, à Sanankoro.
Samory resta ainsi avec Ibrahima pendant sept ans et sept mois, combattant sans cesse sous les ordres du marabout et se faisant un nom comme guerrier. Au bout de ce temps, celui-ci permit enfin à Sokhona de retourner chez elle, mais il manifesta le désir de garder Samory près de lui et offrit à ce dernier, pour le décider, le grade de généralissime. Celui-ci refusa, mais, peu de temps après, il acceptait des propositions de même nature, de la part du roi du Torongo, Bitiké-Sonané, et sut prendre peu à peu sur ce souverain une influence telle, que bientôt il songea à se créer à lui-même un vaste empire.
Il s'empara d'abord du Kounadougou, du Koura (1866), du Torongo lui-même, dont il chassa Bitiké, et devint, en peu d'années, le maître de toute la contrée. En 1878, il occupait Tengréla et son influence s'étendrait aujourd'hui sur la rive gauche du Niger, jusqu'au bassin du Sénégal, sans l'arrivée des Français dans le pays (1882) et les défaites que ceux-ci lui infligèrent. En 1887 et 1888, l'émir a soutenu contre Tiéba, roi du Kénédougou, son voisin, une lutte acharnée où il a fini par être battu.
Les États de Samory sont divisés en 10 grands gouver-
nements, comprenant 162 subdivisions ou cantons. Presque dépeuplés par les guerres continuelles et les chasses à Tesclave, ils sont encore assez fréquentés par les caravanes, à cause de leur position intermédiaire entre le pays des Maures (d'où vient le sel) et le pays des Kolas; ils comptent environ 1.000.000 d'habitants, soit 3 à Zi habitants par kilomètre carré.
L'armée est recrutée au moyen d'une sorte de conscription ; on réunit tous les hommes en état de porter les armes et l'on en prend un sur dix. Le temps du service n'étant nullement déterminé, les hommes ainsi recrutés restent à l'armée jusqu'à ce qu'ils soient remplacés par les hommes de la levée suivante. Si une guerre éclate, on prend alors, pour la durée de cette guerre, un homme sur deux, abstraction faite des chefs de famille. En temps de paix, une grande partie du contingent est renvoyée dans ses foyers à l'époque des grandes cultures et des récoltes, c'est-à-dire pendant six mois environ ^
Il y a aussi des corps entretenus d'une manière permanente, composés de volontaires ou de captifs' et désignés sous le nom collectif de sofas.
L'effectif du corps d'armée est d'environ 5.000 fantassins ; mais, en temps de guerre, il peut s'élever à 10.000 combattants. Il se divise en fractions de 1.000 hommes, subdivisées elles-mêmes en compagnies de 100 hommes et en escouades de 10 hommes \ Chaque commandant de corps dispose en outre d'une troupe de cavalerie d'environ JOO chevaux.
1. D'après le capitaine Péroz, qui a recueilli tous ces renseignements au cours de sa mission chez l'émir Samory, les hommes du contingent envoyés ainsi en congé sont tenus, pendant les six autres mois, de faire au moins deux l'ois acte de présence sous les drapeaux, et leur chef de corps peut les retenir ou les renvoyer de nouveau.
2. On a ainsi, à peu de chose près, la reproduction de la légion romaine qui comptait 0.000 hommes de pied, subdivisés en 10 cohortes de 600 hommes; chacune de celles-ci étant divisée à son. tour en 6 centuries de 100 hommes, et la centurie en 10 décuries de 10 hommes. "
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Comme garde d'honneur, l'émir a auprès de lui 500 jeunes gens choisis avec soin ou élevés à ses côtés. 11 a, en outre, une garde spéciale de 56 sofaSj, les plus braves de Tempire : 36 de ceux-ci sont armés de fusils anglais à tir rapide, les 20 autres sont chargés de la manœuvre de /i petites pièces d'artillerie.
L'armement des fantassins et celui des cavaliers est le même : un fusil à pierre et un sabre large et recourbé. Les centurions et les chefs de cohorte portent parfois des revolvers achetés à Sierra-Leone. L"s fantassins portent comme uniforme un sarrau jaune, un bonnet, un baudrier rougô en fil du pays, et un pantalon serré à la cheville. Les cavaliers sont vêtus d'un chapeau, d'un sarrau jaune à bandes noires, passé sur un boubou rouge, un pantalon bleu à jambières et des éperons en cuivre. Les gardes du corps portent le sarrau et le pantalon noirs, ainsi qu'une chéchia rouge.
Les formations des unités de combat sont à peu près les mêmes que chez Ahmadou ; en guerre, l'armée comprend toujours : une avant-garde de cavalerie, chargée du service d'exploration, deux ailes, un centre et une réserve K
Dans les États de Samory, il n'y a qu'une seule espèce d'impôt, qui consiste," pour chaque indigène, dans la culture d'un champ d'étendue variable, dont le produit est uniquement réservé au trésor de l'État.
La capitale de l'empire est la petite ville de Bissandougou, qui se divise en parties distinctes : la ville proprement dite (on devrait plutôt dire le village, car il n'y a pas plus de 2.800 à 3.000 habitants) et la résidence de l'émir. La ville proprement dite n'offre rien de particulier : c'est une aggloméralion de maisons en pisé, entourées
1. Toujours d'après les renseignements recueillis par le capitaine Péroz, la cavalerie ne charge jamais; elle cherche plutôt à tourner Tennenii pour le forcer à battre en retraite.
d'un épais tata^; elle est séparée du palais impérial par une plaine d'environ 500 mètres, que traversent plusieurs avenues plantées d'arbres. La résidence de l'émir est protégée par une double ceinture d'énormes tours, très basses, réunies les unes aux autres par une muraille construite en forme de crémaillère, de façon que chaque partie de Fenceinte soit dominée et battue par une autre partie. Au centre de cette enceinte si fortifiée s'élève, au milieu d'une vaste place, une tour d'environ 15 mètres de hauteur et 35 mètres de diamètre; c'est là que demeure Samory. Celui-ci a également une résidence d'été à Sanankoro, sa ville natale.
Après Bissandougou, les principaux centres commerciaux de l'empire sont : Cambaya, grand marché de bestiaux, d'e cuirs, d'or, d'ivoire, de caoutchouc et de gutta-percha ; Kankan; Kéniéra (détruit en 1883 par Samory), entrepôt des marchandises françaises venant de Kayes et du sel venant de Tichit; Ouolosébougou, Ténétou, Kangara, Sékou, Lenguékoro, Gonakhala, Niako, Koussan, Maninian; plus au sud, Touté, Kani et Sakhala, qui sont les principaux marchés da commerce des kolas 2. Aucun de ces centres n'a plus de 2.500 à 3.000 habitants. Les États de Samory sont placés sous le prolectorat de la France en vertu de convetitions conclues avec ce chef en 1886, 1887 et 1889. ' KÉNÉDOUGOU ^ — Le Kénédougou, au sud du royaume de Ségou, est un État moins vaste que l'empire de Samory,
1. Le tata est une muralUe très épaisse composée de paille et de terre séchée ; sa résistance est parfois très grande.
2. Il faut mentionner également, à l'est de ces différents centres, la ville de Tengréla, qui, depuis quelque temps, ne fait plus partie des États de Samory. Tengréla, dont l'importance était autrefois considérable et qui a conservé une certaine activité commerciale, est également un marché à kolas.
3. La plupart des renseignements concernant le Kénédougou, les États de Kong et les pays voisins de ces derniers sont extraits de l'ouvrage encore inédit de M. le capitaine Binger : Du Niger au golfe de Guinée par Kong,
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mais dont la population est très dense (12 habitants par kilomètre carré).
Outre le Kénédougou proprement dit, cet État comprend leMiankaet une partie du Ganadougou. Il est gouverné par un souverain senoufo, le roi Tiéba, qui a accepté ^e protectorat de la France le IZi juillet 1888.
Les indigènes sont presque tous fétichistes; ils sont très actifs et très habiles, surtout dans l'industrie du fer.
La capitale du royaume est Sikasso, qui ne comprend pas moins de 5 à 6.000 habitants; les villes commerciales de la contrée sont : Daoulabougou, Soubakhala, Djitamana et Ngana.
Avec les nombreux captifs qu'il possède, Tiéba a créé un grand nombre de fermes et de centres agricoles; le pays est d'ailleurs presque entièrement cultivé,
États DE Kong. — A l'est et sud-est du royaume de Tiéba sont les États de Kong, gouvernés par Karamokho-Oulé- Ouatara qui est assisté d'une assemblée de notables ayant voix consultative et parfois délibérative. Tous les peuples de cette contrée, qui sont des Mandés sont fétichistes 2; mais les Ouatara ont établi dans un grand nombre de villages des écoles musulmanes qui font chaque jour des prosélytes et il est à prévoir que, dans un avenir peu éloigné, la population tout entière se sera ralliée à l'islamisme. Cette population est très dense (environ 12 à ili habitants par kilomètre carré); elle est, en outre, active, industrieuse, laborieuse et peu disposée à la guerre.
La capitale du pays est Kong, dont les maisons sont construites en pisé; au milieu de la ville s'élèvent neuf mosquées, quatre petites et cinq grandes, celles-ci avec minarets. Les habitants sont au nombre de 16.000.
Kong est également le principal centre commercial et
1. Karamokho veut dire homme instruit, Oulé signifie rouge. Ouatara est le nom de famille.