CHAPITRE IV Économie politique et sociale
Saisons et climat. — Maladies. — Hygiène à suivre. — Bagages. — Alimentation. — Richesses naturelles. -- Produits minéraux. — Produits végétaux. — Forêts. — Végétaux divers : arbres, arbustes, plantes, lianes. — Méthodes de culture. — Élevage et troupeaux : bœufs, moutons, chèvres, chevaux, ânes, mulets. — Industrie. — Colonisation. — Régime du travail. — Pêche. — Navigation fluviale. — Acte de navigation du Niger. Commerce.— Travaux publics : les routes; le chemin de fer. — Pays voisins et relations commerciales : l'Adrar, le l/olh, Timbouktou, le 3Iucina, le 3Iossi, le Gourounsi. — L'expansion européenne vers le centre de l'Afrique. — Le lac Tchad et les régions voisines. — La jonction de l'Algérie et du Soudan. — Les Touareg et les congrégations religieuses musulmanes. — La pénétration dans le Sahara. — Conclusion.
S4IS0NS ET Climat. — Le climat du Soudan français (surtout dans le bassin du Niger) n'est pas absolument le même que celui de la Sénégambie.
Les saisons se suivent, il est vrai, dans le même ordre, mais elles ne concordent pas entre elles; dans le bassin du
Niger^ elles sont en avance de deux mois sur celles de la côte; dans le Haut-Sénégal, d'un mois seulement. Ainsi l'hivernage fait son apparition à Bammako en avril, en mai à Kayes, en juin à Saint-Louis; et l'époque des grandes pluies, qui est, à Saint-Louis, la fin du mois d'avril, est à Bammako, la fin du mois de juin.
Par sa situation intermédiaire entre les sables brûlants du Sahara et les premières forêts de la région équatoriale, le bassin du Niger jouit d'une température très inégale ; la chaleur, quoique très élevée, est cependant moins forte que dans la plupart de nos postes du Sahara algérien ou tunisien et qu'en certains points du bassin du Sénégal, tels que Podor ou Dagana^.
De novembre à mars, le thermomètre se tient ordinairement à 2Zi ou 25 degrés et ne dépasse guère 29 à 30; mais, pendant la nuit, il descend jusqu'à 10 degrés. De mars à juin, la température monte; elle est fréquemment de 36 à 38 degrés dans la journée et dépasse très rarement ZiO degrés ; pendant la nuit, elle varie de 18 à 20 degrés; c'est la période de l'année la plus chaude et aussi la plus difficile à supporter.
Dès que l'hivernage est bien établi, le thermomètre baisse un peu, mais pas au-dessous de 32 à 34 degrés le jour, et de 20 degrés pf^ndant la nuit; les tornades sont en outre accompagnées d'un abaissement passager et rapide d'environ 8 à 10 degrés 2.
1. En juillet 1887, M. E. Blanc, inspecteur adjoint des forêts, chargé d'une mission en Tunisie, a observé sur la lisière de l'oasis de Nefta, à 2 heures de raprès-midi et à l'ombre, une température de 57 degrés.
2. Mage a constaté à Ségou (en décembre) une température de 15*^ à 18** à 10 heures du matin, et de 11° à 12° entre 4 et 5 heures du soir ; les noirs étaient gelés et Mage dut mettre des vêtements d'hiver. Au mois de mars suivant, au contraire, il faisaitde 11 heures du matin à 3 heures de l'après midi, une chaleur de 36° à 38**. Pendant leur séjour à Nango, le lieutenant-colonel Gallienl et le docteur^ Tautin ont constaté que le mois d'avril était le
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Le vent qui souffle le plus ordinairement est celui du Nord-Est, dont les propriétés sont différentes suivant les époques. Comme il vient du Sahara, il est toujours sec. En hiver, il est généralement frais et porte le nom de harmattan; au printemps, au contraire, il est très chaud et prend alors le nom de simoun.
Ces variations de la température n'ont rien qui doive étonner; ce sont celles qu'on retrouve dans tout le Sahara depuis TAurès, et elles n'ont en réalité rien de malsain. Au Soudan français, il n'en est pas précisément de même, car il vient s'y ajouter un nouvel élément, la pluie; or, comme les terres de cette région ne sont point des terres sablonneuses comme dans le Sahara , mais bien des argiles provenant de la désagrégation de roches cristallines, il s'ensuit que le sol y est généralement imperméable et que les eaux pluviales, ne pouvant s'écouler qu'avec peine, forment de nombreux marécages. Aussi la fièvre paludéenne est-elle la principale maladie à laquelle soient en butte les Européens qui vont au Soudan français !
Maladies. — Cette fièvre se présente sous toutes formes; il est rare que le nouvel arrivant ne lui paye un tribut plus ou moins fort : mais, pendant cette période d'acclimatement, il n'a guère à redouter que la fièvre simple ou intermittente; les fièvres pernicieuses ou bilieuses hématuriques atteignent bien plutôt ceux qui résident dans le pays depuis un certain temps déjà et qui y ont eu de nombreux accès de fièvre, qu'ils ont dédaigné de soigner d'une manière sérieuse ^
plus chaud ; mais la chaleur ne dépassa pas SO^' (et trois fois seulement); par contre, ils eurent des nuits où la température s'abaissait jusqu'à 12o, 10** et même 8^. Il a été en outre constaté gpuvent par les soldats de nos colonnes que, le matin, au lever du soleil, les souliers étaient recouverts d'une couche de givre.
1. Voir pour tout ce qui a trait à la fièvre paludéenne, le fascicule relatif au Congo français. .
La fièvre paludéenne ne doit jamais être négligée et demande à être aussitôt traitée au moyen de sulfate ou de bromhydrate de quinine*. L'accès pernicieux s'attaque surtout, comme il vient d'être dit, à ceux qui, ayant eu des accès de fièvre, les ont peu ou pas soignés. Le caractère pernicieux se manifeste, tantôt par une grande difficulté de respiration, accompagnée de douleurs très vives dans la région du cœur, tantôt par des se les cholériformes, incoercibles, tantôt (ce dernier cas est assez rare) il s'annonce par des convulsions ressemblant à une attaque d'épilepsie. Le traitement consiste encore en sulfate ou bromhydrate de quinine, administré par fortes doses de Zi à 5 grammes au moins, divisées en plusieurs prises; la quinine doit, en outre, être donnée sous toutes les formes, en solution par la bouche ou en lavements, et en poudre sous formes de boulettes introduites de force entre les dents qui sont généralement serrées. Les frictions, les sinapismes, le thé punché accompagnent aussi ce traitement. Enfin les fièvres bilieuses (accompagnées de pesanteur ou de douleur de la région du foie) ou bilieuses hématuriques (accompagnées des mêmes symptômes, mais aussi de douleurs aux reins et d'urines rouges ou noires) se traitent toutes deux par la quinine (1 à 3 gr.) et l'ipéca (1 gr. 50); on emploie aussi dans le premier cas, le sulfate de soude ou de magnésie (30 à Zi5 grammes), ou le calomel (1 gramme), et le sel de Vichy ou le bicarbonate de soude {2 k à grammes): dans le second cas, on ajoute le lait, lecaff ou Ae thé avec tafia ^
1. Si Ton sait à quelle époque doit revenir l'accès, il est nécessaire de prendre la veille et l'avant veille 1 gramme de quinine en trois fois, de manière que la dernière prise soit absorbée au moins six Jieures avant l'accès.
2. Chaque fois que Von doit résider, ne serait-ce que vingtquatre heures, dans un endroit marécageux, ou qu'on aura accompli un travail pénible, prolongé un peu au delà du coucher du soleil, on fera bien de prendre, à titre préventif Os^S^O à 0^^,50 de
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. Les maladies qui sévissent encore au Soudan français sont la dysenterie, la diarrhée et l'insolation. Le traitement le plus employé pour la dysenterie est celui qui consiste à suivre un régime sévère (un peu de lait frais ou conservé, du bouillon, etc.), à absorber dans de l'eau sucrée (pendant deux ou trois jours) une potion de poudre d'ipéca — 2 grammes — ou de sulfate de soude (ou de magnésie) — 30 à ZiO grammes — et de laudanum — 6 à 8 gouttes — , à prendre des lavements émoUients et à se couvrir chaudement le ventre ^
On est également sujet, pendant un séjour au Soudan français, à gagner le ver solitaire, qui est en général communiqué par Peau de certains marigots; il est donc prudent de faire usage autant que possible d'eau bouillie, puis filtrée et battue.
Le ténia se soigne au moyen de pelletiérine, d'eau-devie allemande, de pilules d'aloès, de jalap et de calomel. Enfin, il y a à redouter également les morsures de serpents et d'insectes ; quoique les uns et les autres soient assez communs, les Européens mordus sont en petit nombre et jamais aucune morsure n'a déterminé d'accident graves. Il est bon cependant, si l'on a été blessé par un serpent, de faire une ligature, en serrant fortement le membre mordu, entre la plaie et le cœur, d'inciser la plaie, de la sucer, et de la cautériser assez profondément, avec un fer rouge, un charbon, un acide, ou un crayon de pierre infernale
quinine pendant deux ou trois jours (ou plus, si les conditions signalées ici durent plus longtemps\
1. Pour le traitement de l'insolation et celui du coup de chaleur, voir le fascicule relatif à Obock.
2. On trouvera, soit dans le fascicule relatif au Congo français, soit dans celui qui traite de la Côte de Guinée^ les indications nécessaires pour la composition d'une pharmacie à emporter par un voyageur isolé. Si Ton désirait avoir des détails plus complets, il faudrait alors se reporter au petit livret publié en 1887 par le Ministère de la marine et des colonies et intitulé : Renseignements
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Hygiène, bagage, alimentation, — L'hygiène est la même pour le Soudan français que pour le Sénégal, mais, au Soudan, le manque de confort* oblige à observer ses règles plus strictement encore. Le voyageur (officier, . fonctionnaire ou explorateur) doit, avant de remonter le fleuve pour atteindre Kayes, s'être pourvu de presque tout ce qui est nécessaire à son existence; il doit bien se pénétrer que, sauf en ce qui concerne la nourriture, il ne trouvera plus rien, dès qu'il aura quitté Saint-Louis.
Il lui faut donc, sans craindre d'avoir avec lui trop de bagage, emporter vêtements, linge, chaussures, coiffure, (pour ces objets, voir le fascicule relatif au Sénégal), armes, ^ munitions, lit de camp, moustiquaire (en fil et non en coton), pliants, table à X, pharmacie, objets de toilette (y compris du savon); on peut emporter aussi un tub (en caoutchouc), une petite batterie de cuisine (en tôle émaillée ou en nickel pur), de la mercerie, de la papeterie, des articles d'éclairage (lanterne^ bougies, allumettes, briquet), et des objets divers (corde, ficelle, clous, pitons, cadenas, filtre, seaux en toile, etc., etc.* *J.
Il est également utile d'emporter quelques provisions. Souvent il est difficile, surtout pour celui qui est nouveau venu au Soudan, de s'habituer à la nourriture du pays. Un certain nombre d'officiers s'approvisionnent de presque tout ce qui peut leur être nécessaire pendant la durée de leur séjour et se font expédier sur place du saindoux, des légumes conservés, des conserves de gibier ou de poisson, du lait concentré, des caisses de vin, des confitures,
pratiques à l'usage des Européens devant séjourner dans le Soudan occidental.
1. Il n'est pas indispensable d'emporter une tente; les indigènes qu'on prend pour domestiques, ont bien vite fait de construire avec des branchages un gourbi où l'on se trouve dans d'excellentes conditions ; on peut, si l'on veut, emporter une grande toile imperméable, qui servira seulement, à l'occasion, à garantir l'intérieur du gourbi des pluies les plus fortes de l'hivernage.
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du sucre, du chocolat, du café, du thé, de l'huile, du vinaigre, du sel, des épices, des gâteaux secs; ils n'ont à se pourvoir que de pain et de viande fraîche.
Ces provisions sont personnelles et indépendantes des rations que reçoivent au Soudan français tous les Européens, militaires ou civils, attachés au service de l'État.
Les ressources du pays sont^ au point de vue de la nourriture, assez réduites; les poulets, les canards et les œufs coûtent cher. On trouve plus facilement des moutons et des chèvres; dans le bassin du Niger, il y a des bouchers qui vendent de la viande au détail; partout ailleurs, il faut acheter Panimal entier, valant de 5 à 15 francs. Les bœufs, petits, mais de bonne qualité, valent de ZiO à 60 francs; enfin, il y a la ressource du gibier. Le lait est bon, mais rare, et cher par conséquent; chez les Bambaras, vers le Niger, on trouve un miel un peu grossier. Enfin, comme végétaux, il y a du riz, du maïs et du mil de diverses sortes, avec lequel on peut faire d'excellent couscous, des tomates, des haricots du pays {niébés), des gombos, du manioc et de l'igname ; en outre, il y a dans presque tous les postes, des jardins potagers qui produisent, outre les légumes ci-dessus indiqués, des choux, des navets, des carottes, des salades, etc. Gomme fruits, il y a surtout des papayes, des bananes et des goyaves.
Pour les explorateurs, et même les officiers ou fonctionnaires voyageant isolément, les moyens de transport sont, à partir de Kayes, fort élémentaires, le chemin de fer étant exclusivement réservé au service de l'État. Il faut faire usage de mulets, d'ânes, de bœufs ou de porteurs ; si l'on peut choisir, les mulets ou les ânes doivent être préférés; mais les mulets sont en général très difficiles à trouver, tandis que les ân**s se rencontrent fréquemment; ceux-ci portent environ 50 kilogrammes, coûtent une centaine defrancs à Kayes ou à Médine et sont très résistants; les bœufs portent 100 kilogrammes, valent de 150 à 200 francs, mais résistent beaucoup moins bien; quant aux porteurs, ils
marchent chargés de 25 kilogrammes chacun, mais ils ne sont pas toujours faciles à trouver (cela varie suivant la saison). On les paye environ 50 centimes à 1 franc, en leur assurant la nourriture, ce à quoi ils tiennent avant tout.
En ce qui concerne Torganisation des explorations, il est naturellement impossible de donner des indications précises; la nature et Timportance du bagage varient selon les contrées que Ton doit visiter, la durée du voyage, les ressources dont on disposa, etc., etc ^.
Mais le succès des entreprises de ce genre dépend bien plutôt de la façon méthodique de voyager que des ressources mêmes de Texplorateur. Ainsi marcher rapidement est téméraire; il est bon de séjourner quelques jours dans les centres où se tient un marché; les indigènes des environs colportent la nouvelle de la venue prochaine d'un blanc, s'habituent à le voir et lui sont rarement hostiles. L'opinion publique étant ainsi préparée, l'arrivée d'un Européen n'est plus une surprise et les indigènes musul-
1. Il est à remarquer que les expéditions qui ont donné les meilleurs résultats sont celles où l'explorateur voyageait seul avec quelques indigènes; il est entendu qu'avant tout celui-ci doit savoir parler au moins sommairement l'une des langues du pays. Un bagage de 1.000 à 1.200 kilogrammes est la limite dans laquelle un voyageur doit se renfermer. Quant au détail de ce bagage, il est, on le comprendra, impossible à donner; à cet égard, quelques indications générales suffiront. Il faut emporter des instruments pour les observations, des médicaments (surtout de la quinine), des armes, des munitions pour deux ans, des vivres pour deux ou trois semaines, une garde-robe, des objets de campement, enfin une pacotille où doivent prendre place de préférence les objets suivants : articles de Paris, quincaillerie, coutellerie, étoffes voyantes, calicots et foulards, corail, ambre, soie à broder, articles de pêche, armes pour cadeaux, effets arabes confectionnés, bijouterie en faux, galons de toute nuance, images, chromolithographies et jouets d'enfants. Dans certaines régions, il faut être muni de poudre d'or ou de monnaies d'argent. Celles qui sont acceptées de préférence par les indigènes sont, selon les contrées, les thalers de Marie-Thérèse (frappés en 1780) ou des pièces de 0 fr. 50 toutes neu\es. . .
mans ou fétichistes des autres villages raccueillent alors avec une certaine bienveillance encore mélangée de quelque méfiance ; mais cette méfiance disparaît rapidement, si le voyageur connaît sommairement une des langues de la région (étudiée quelque temps avant de partir) et peut
SÉGOu. — Une rac.
s'entretenir avec les gens du pays. On voit, par ce qui précède, qu'il est préférable de rejeter les déguisements, qui sont un grave inconvénient si on est reconnu, car la méfiance des indigènes est alors d'autant plus grande, et, dans ce cas, elle devient souvent dangereuse.
Quant à la dépense, elle est très variable; les Anglais et les Américains qui voyagent généralement avec un luxe et un confort inouïs, ainsi qu'avec une escorte nombreuse, Afrique, i. 19
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dépensent plusieurs centaines de mille francs et parfois plus d'un million; d'autres explorateurs au contraire voyagent à peu de frais et réussissent souvent beau coup mieux ainsi Caillié n'a dépensé que '2.500 francs, mais^ n'ayant pas de cadeaux à faire, il n'a pu séjourner longtemps dans les endroits où il passait et, par suite, obtenir des indigènes tous les renseignements qu'il désirait. Barth a dépensé environ 50.000 francs et le voyage du capitaine Binger n'a coûté qu'environ 30.000 francs.
Richesses naturelles; — Produits minéraux. — Le Soudan français renferme des richesses métallurgiques dont il est assez facile, grâce aux missions envoyées dans ce but, d'apprécier la valeur exacte.
Ce qui est indiscutable actuellement, c'est qu'on rencontre l'or en grande quantité dans le Bondou^ dans le Bambouk, dans toute la vallée de la Falémé, et enfin dans le Bouré. Mais, jusqu'à présent, cet or n'a pu être exploité que par les indigènes; les maisons françaises qui ont tenté elles-mêmes l'exploitation, n'ont pu réussir pour divers motifs dont le principal était le manque de capitaux suffisants, une telle entreprise exigeant, pour être menée à bonne fin, qu'il y soit engagé des sommes considérables. C'est pour ces raisons que dans ces dernières années une grande maison de Bordeaux, qui avait essayé d'exploiter les mines du Bambouk, a dû cesser ses travaux. . On a calculé que, pour être rémunératrice, une exploitation de ce genre devait donner, pour 100 kilogrammes de terre, environ 2 gr. 500 de métal ; or les expériences faites assez récemment par les procédés indigènes ont donné seulement, par iOO kilogrammes de terre, 1 gr. l\U7 de métal, soit un peu plus de la moitié de la quantité, demandée.
Dans le Bambouk et le Bondou, les principaux centres aurifères sont au nombre de cinq : , 4° Le Kamanan, situé le long de la haute Falémé, où
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les habitants extraient l'or des sables de la rivière ;
2*" Le Tambaoura, où le métal se rencontre souvent en pépites pesant 2, 3 grammes et plus : la surface exploitée est d'environ 2 kilomètres carrés; les puiis ont une profondeur variant de 9 à 12 mètres :
3° Le Niagalla, dont la surface exploitée est de 5 kilomètres carrés ;
Ix^ Le Mamacano ;
5® Le Sinikana.
La principale région aurifère est le pays du Bouré, situé sur la rive gauche du Niger, en amont de Bammako.
L'or est la seule ressource de la contrée; les habitants ne possèdent pas de bétail et ne produisent de riz que la quantité nécessaire à leur existence.
Les noirs du Bouré extraient l'or de sables ou de boues aurifères. Les indigènes reconnaissent la présence de l'or à différents indices fournis par la structure extérieure du sol; ils percent alors la croûte ferrugineuse en plusieurs endroits et creusent des puits de 6 à 8 mètres de profondeur sur 1 mètre de diamètre, qui leur permettent de gagner les terrains d'alluvions dont est formé le sous-soL
Leurs procédés sont très rudimentaires; aussi le rendement en métal est très faible ; il est probable qu'il augmenterait si les mines étaient exploitées par les procédés qui sont en usage en Australie et en Californie. Toutefois, il ne faut pas s'illusionner; l'analyse d'un échantillon de terre du Bouré, faite à l'École des mines de Paris, a donné comme résultats :
Or, pour 100 kilogr. de minerai. ... 0 kil. 0005 Argent Traces.
Dans ces conditions, tant que les communications avec ce pays n'auront pas été rendues faciles et un peu rapides, il serait téméraire de songer à exploiter fruc-
tueusement les mines de la région, et celui qui voudrait tenter Fentreprise s'exposerait à des mécomptes extrêmement fâcheux.
Les mineurs indigènes gagnent leur vie assez péniblement. En travaillant sans interruptioa, ils parviennent à gagner 1 grain par jour, c'est-à-dire i gros tous les quatre jours; le gros va'ant Ix grammes et le gramme valant environ 2fr. 50, ils gagnent à peine, chaque semaine, pour eux et leur famille, la valeur d'une vingtaine de francs (en marchandises). Les principaux marchés du Bouré sont Dentinian, Didé et Sétiguia.
L'argent se trouve mêlé à l'or, aussi bien dans le Bouré que dans le Bambouk ; mais il existe en quantités si faibles — du moins d'après ce qu'on a reconnu jusqu'ici — qu'il est impossible de songer à en tirer parti.
Avec l'or, le métal le plus abondant est le fer qui constitue, en quelque sorte, le sous-sol d'une grande partie du Soudan français; mais il n'y a pas lieu d'espérer qu'avec les prix qui ont actuellement cours en Europe, il puisse jamais devenir une matière d'exportation; pour l'utiliser, il faudra le traiter sur place et le vendre sur les marchés de la région ou des régions voisines.
Signalons enfin des gisements de cuivre qu'on trouve sous forme de lames et de rognons dans les terrains de sédiment du Bondou et du Bambouk.
Produits végétaux. — Pour étudier, de la façon qui semble être la plus rationnelle, les différentes productions végétales du Soudan français, nous les examinerons tour à tour au point de vue forestier et au point de vue purement agricole.
Forêts. — Les arbres qui constituent les forêts peuvent être divisés en deux catégories : les arbres dont le bois est susceptible d'être utilisé en Europe et ceux dont le bois ne peut guère être utilisé que dans le pays même ou dans les contrées voisines.
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Les principales espèces de bois pouvant être exportées en Europe sont les suivantes :
Le samboni ou bois-guitare (Cytharexylum quadrangulare ou villosum) peut servir à la menuiserie fine, à la confection des instruments de musique : l'espèce dite luteum peut être également employée pour l'ébénisterie; — leguiguis {bauhinia reticulata) est bon pour l'ébénisterie, la menuiserie, le cliarronnage : c'est un bois dur, facile à travailler et de longue durée; — le vène {pterocarpus erinaceus )^ bois à grain fin, très dur, serré : ébénistorie, constructions navales; — le dimb [sterculia cordi[olia), bois dur, difficilement attaqué par les insectes: grandes constructions navales; — le rhus (rhm typhmum)^ bon bois de menuiserie, contenant de la résine; — le caïlcédrat ou acajou du Sénégal {Kaya senegalensis), bois à teinte vineuse, droit, dur, as>ez serré, mais gardant mal le poli, se conservant dans l'eau à cause de la résine qu'il contient, mais se fendant par dessiccation : tabletterie, charpente, meouiserie fine; — le garigari (avicennia africana), bois compact, dur, très résistant : constructions navales (surtout pour les navires-béliers); — l'acajou à pommes [anacardium occidentale)^ bois blanc, excellent pour l'ébénisterie, la menuiserie, la charpente: aux Indes, on en fait des caisses d'emballage; — le dialium [dialium nîtidwn), arbre au tronc tortueux et tourmenté : son bois, dur et incorruptible dans l'eau salée, le rend propre aux petites constructions navales, à la menuiserie fine et au tour; — le berre ou mampata {parinarium excelsum ou senegalense)y bois à grain dur et serré: ébénisterie, constructions; — le gonakié [acacia adansonii ou astrîngens)^ bois très fin, très dur, se conservant longtemps, difficile à travailler quand il est sec: peut servir aux constructions navales, s'emploie dans le pays pour faire des pilotis qui résistent d'autant plus longtemps que le bois durcit dans l'eau et ne s'y corrompt jamais ; — le khadd {acacia albicans), bois très dur, à grain fin et serré: ébénisterie; — le manguier (mangifera indica)^ bois assez dur, lourd, homogène et liant, d'un bon emploi dans les pays tempérés, mais de peu de durée dans les régions chaudes où il est rapidement attaqué et où l'on s'en sert pour la fabrication du charbon de bois, celle des voitures de charge et pour le chauffage; aux Indes, on en fait des caisses à indigo; — le khed-kred {cratœva Adansonii. ou religiosa), bois dur, à grain fin, bon pour le tour; — le caneficier (cassia fistula), bois léger, rougeâtre ou gris rougeâtre, à grain grossier, de peu de durée, facile à travailler, incorruptible, bon pour la marqueterie : sert, dans le pays d'origine, à faire des manches d'outils, des poteaux et des mortiers; ~ le kaki, ou cognassier sauvage {diospyros ines-
piliformis), bois compact, bon pour la tabletterie: il eat parfois à cœur noirâtre et peut alors remplacer l'ébène {diospyros ebenum)-, — le palmier rônier (borassus flabelliformis), bois plein, de longue durée et d'une solidité remarquable, inattaquable par les insectes ou par l'humidité, excellent pour pilotis : les arbres mâles sont seuls employés; les arbres femelles ne peuvent servir qu'à des palissades, étant creux et peu résistants ; — le bambou (bambusa arundinacea), dont les usages en Europe sont si connus qu'il est inutile de les rappeler ici; — le tamarinier {tamarindus indica], bois dur, dense, solide, liant, bon pour le charronnage et les couples d'embarcations : sert dans certains pays chauds à faire des moulins à huile.
Les principales espèces qui ne peuvent guère être utilisées que dans le pays ou dans les régions voisines sont :
Le benténier (eriodendron anfractiiosum), bois tendre et léger, avec lequel on fait des pirogues d'une seule pièce : il peut également servira faire des jouets d'enfants; — le baobab (adansonia digitata), avec lequel on fait également des pirogues d'une seule pièce, ainsi que des cercueils; — le khos {naudea inermis), bois doux, facile à travailler, d'une assez longue durée, se fendant peu, même exposé au soleil, excellent pour la menuiserie et la charpente; — le rhat {combretum glutimsum)^ très bon pour la menuiserie ; — les différentes espèces de ficus, le sycomore {ficus sycomorus\ avec lequel les Égyptiens faisaient autrefois leurs idoles et leurs cercueils à momies, et qui peut être utilisé pour la menuiserie, de môme que le ficus augustissima, le ficus azfelii, analogue au sapin, le ficus macrophylla et le ficus [errugineày qu'il faut écorcer aussitôt après l'avoir abattu, sans quoi il est rapidement attaqué ; le ficus folissulia et le ficus rugosa servent à faire des charpentes de cases; quant au ficus ^^eligiosa, ou banyan, qui est assez rare et se rencontre de préférence vers la Haute-Gambie ou le versant nord du Fouta-Diallon, c'est un grand arbre au bois assez dur et de couleur jaune sale, dont on peut faire usage pour la menuiserie et le tour; — le souroure (acacia species) : bon pour la menuiserie — la houlle ou nérétou [parkia biglobosa), même usage; — le dank {detarium microcarpum), bois très dur, employé pour les pieux et les embarcations ; — le touloucouna {carapa guyanensis), grand arbre de dimensions considérables dont le bois est peu employé pour les charpentes, quoiqu'il soit inattaquable par les insectes : il se fend facilement et sert à faire des lattes, des planches et des caisses de voitures; — le goyavier marron- {psidium pyriferum), bois blanc, dur, serré, bon pour l'ébénisterie, la charpente, le charronnage, les manches d'outils, les
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douvellesj les avirons : l'écorce est beaucoup employée dans le tannage; — le raphia {raphia vinifera), qui sert à faire des meubles légers; — • le citronnier (citrus limonum) et l'oranger (citrus aurantium), qui sont trop communs en Europe pour qu'on puisse songer à les exporter; — enfin le fromager {bombax ceiba), qui n'a pas d'usage défini et s'emploie surtout pour la cuisson des aliments.
Richesses agricoles, — Les arbres du Soudan ne sont pas seulement utilisables pour leur bois; la plupart d'entre eux ont des propriétés diverses, permettant de les em ■ ployer à différents usages que nous allons indiquer ; nous examinerons ensuite les autres végétaux de ces contrées, arbustes, plantes ou lianes.
Arbres. — Le kola, ou gourou, ou café du Soudan {kola ou sterculia acuminata), vit entre le 5^ degré de latitude sud et le 10® degré de latitude nord; il est en plein rapport à dix ans et peut donner jusqu'à 45 Icilogrammes de noix chaque année. Il y a deux récoltes, l'une en juin, l'autre en novembre. Les graines de chaque noix pèsent entre 5 et "Ib grammes; les unes sont d'un jaune blanc, les autres d'un rouge un peu rosé: de là vient la distinction entre les kolas rouges et les kolas blancs; les graines, mises dans un couffin bourré de feuilles qui les recouvrent, peuvent se conserver fraîches pendant vingt-cinq à trente jours. Sur le littoral, les deux principaux marchés sont Gorée et les établissements de la Gambie; le prix des kolas y varie de 225 à 560 francs les lOO kilogrammes. Le kola esi un antidysentérique et un aphrodisiaque puissant ; comme le maté et le coca, il calme la faim et permet de supporter de grandes fatigues; les noirs en font une consommation considérable.
IL y a au Soudan un arbre qui donne de la gutta-percha et deux autres qui donnent du caoutchouc. Le sapotillier {aciiras sapota) laisse couler par incision un suc laiteux qui n'est autre que de la gutta-percha. Ce fait est reconnu depuis peu de temps; les nègres qui apportaient ce produit à la côte se le voyaient régulièrement refuser parles négociants, comme étant un caoutchouc de mauvaise qualité. Le hasard fit qu'un jour un échantillon tomba entre les mains d'un pharmacien de marine qui le rapporta en France pour l'analyser; le résultat de cette analyse fut que le produit dont il s'agissait n'était nullement du caoutchouc, mais bien de la guttapercha.
Le snpotillier est très commun au Soudan français, principalement vers Siguiri et Kangaba ou dans le nord des États de Samory. Les graines renferment un corps gras qui prend la consistance du
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GOLOINIES
beurre, mais qui n'est pas utilisé; l'ècorce est employée en pharmacie; le fruit, ou sapotille^ est sucré, fondant ei contient un parfum très délicat.
Le karité (bassia parkii) donne un beurre de couleur blanc sale un peu rougeâtre, qu'on emploie à ditïérents usages alimentaires et qui pourrait être utilisé dans l'industrie. Les cuisiniers indigènes lui enlèvent le mauvais goût qu'il possède à l'état naturel, lorsqu'on le chauffe en le faisant bouillir, pui§ en y jetant un peu d'eau froide. Le beurre de karité remplace le beurre de vache, de chèvre ou d'ânesse dans presque tout le Soudan français; mais les indigènes ne récoltent que ce qui est strictement nécessaire à leur consommation et conservent ce produit en pains séparés dont le poids ordinaire est d'environ deux kilogrammes. Les industriels français n'ont pas fait, jusqu'à présent, de tentatives sérieuses pour en tirer parti ; les quelques pains envoyés dans la métropole sont revenus à 40 francs l'un, c'est-à-dire à 20 francs le kilo^ tandis que dans le pays le pain de 2 kilos se vend 2 francs. Le prix de 1 franc le kilo au Soudan même est évidemment excessif; nous en avons dit la raison: les indigènes n'ont chez eux que la quantité de beurre qui leur est nécessaire pendant l'année et, s'ils consentent à se priver d'une partie, même très faible, de cette provision, c'est en majorant les prix. Il faudrait, pour que la métropole pût tirer parti de ce produit, que le coût du kilogramme ne dépassât pas 0 fr. 25 à 0 fr. 30 (ou 0 fr. 60, rendu en France), et ce n'est qu'en augmentant sa production, par un moyen quelconque qu'on pourra atteindi'e ce résultat.
Mais le karité ne donne pas seulement du beurre, il produit également du caoutchouc par incision. On verra plus loin comment doit se pratiquer cette opération
Il existe aussi dans le Soudan français différents ficus, qui sont malheureusement assez rares : l'un est le ficus elastica, qui donne du caoutchouc; l'autre est le banyan {ficus religiosa)^ qui produit un peu de caoutchouc de qualité inférieure. Le banyan est un des arbres sur lequel vit, en Indo-Chine, le coccus lacca, ou insecte qui sécrète la gomme laque.
Le palmier oléifère {eleis guinensis) ne se rencontre pas en grand nombre dans l'intérieur ; on le trouve plutôt vers la côte ou en se rapprochant du sud des États de Samory^. Le brou de la noix^ quand il est frais, donne 72 pour 100 d'huile; l'amande en donne 48 pour 100.
Le touloucouna (carapa guyanensis) donne une huile onctueuse qui se solidifie très vite et a un goût très amer. Cette huile, fort peu
1. On trouvera tous les renseignements relatifs à cet arbre dans les fascicules qui traitent de la Guinée et du Congo français.
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employée encore dans l'industrie, est obtenue en faisant bouillir los graines dans l'eau, en les pilant, puis en les faisant égoutter dans un récipient creusé en gouttière et exposé au soleil; elle est surtout utilisée dans la pharmacie contre les affections de la peau; on dit aussi qu'elle préserve- des piqûres des insectes et principalement des atteintes de la chique. L'écorce de cet arbre renferme beaucoup de tanin et sert à la préparation des peaux.
Le coula ( coula edulis ) donne jusqu'à 33 pour 100 d'une huile comestible; son fruit, qui ressemble à une noix, a une saveur rappelant celle du pain bis.
L'anacarde ou acajou à pommes ( anacardium occidentale ) produit un fruit renfermant un suc oléagineux qui noircit à l'air et s'emploie, jusqu'à présent, en pharmacie seulement; l'écorce donne une aésine jaune et dure, qu'on appelle la gomme d'anacarde; enfin les feuilles sont riches en tanin et utilisées dans la préparation des peaux.
Le berre (parinarium senegalense ou excehum) donne également une huile grasse, assez bonne quand elle est récente, mais noircissant fort vite et d'une odeur nauséabonde.
Le ben ailé [morinda loterygosperma) laisse exsuder une gomme qui gonfle dans l'eau ; l'écorce et la racine sont employées à des usages pharmaceutiques; enfin la noix renferme une huile douce, inodore, qui rancit difficilement et se divise en deux parties, dont l'une conserve toujours sa fluidité ; cette dernière est utilisée dans l'horlogerie.
Le rhat {coynbretwn glutinosum) est employé en teinture; les cendres du bois servent à fixer les couleurs de l'indigo ; en outre, les feuilles et les racines donnent une fort belle teinture jauîie.
Le rhus {rlius typhinum) est utilisé dans la médecine et son écorce, très riche en tanin, sert à préparer les peaux.
Le khoss {nauclea inermis) donne, comme le rhat, une belle teinture jaune; son écorce et ses feuilles sont fébrifuges.
Le rônier (borassus llabelliformis)^ qui est, comme tous les palmiers, un arbre dioïque, laisse échapper de tous ses individus mâles un,^uc sucré très estimé comme boisson et pouvant donner,
Un Bambara.
-après distillation, un alcool très apprécié. Les fibres servent à faire des cordages, et les feuilles, des nattes et des paniers.
Le cocotier {cocos nucifera) donne une noix qui produit une huile très employée dans la savonnerie (50 pour 100 du poids de la noix) j lorsque cette huile est ancienne, elle a une odeur très forte •et ne peut plus servir qu'à la stéarinerie. Les fibres servent aux mêmes usages que celles du rônier; de la sève on retire, par différents procédés, du sucre, du vinaigre et surtout de l'alcool.
Le dattier (phœnix dactylifera) est assez rare; la datte est un aliment très nourrissant, dont on commence à retirer un alcool de premier ordre; les fibres et les feuilles sont employées comme celles du. rônier; le moelle du tronc peut être utilisée pour fabriquer une sorte d'amidon.
Le baobab (Adansonia digitata) est employé dans la pharmacie (feuilles, fleurs et pulpe) ; les cendres servent à saponifier l'huile de palme rance; l'écorce herbacée donne de bonnes fibres textiles et la pulpe du fruit, desséchée, est un aliment farineux sain et nourrissant.
Le bois à cochon {symphonia globulifera) produit un suc résineux qui sert à goudronner les cordages et les navires, et à faire des torches.
Citons encore le cachiment ou pomme cannelle (anona squamosa)^ dont la baie tuberculeuse est comestible; — le cognassier sauvage {diospyros mespili[ormis ou heudolotii), dont le fruit, assez bon à manger, est cependant inférieur à celui du kaki ou cognassier de Chine {diospyros kaki) ; — l'oranger {citrus aurantium) ; — le •citronnier {citrus limonum,); — le méli ou détar (detarium senegaleuse), qui donne un fruit très apprécié des nègres; — le dank {detarium microcarpum), dont le fruit est doux, agréable, et l'écorce fortifiante; — le goyavier marron (psidium pyriferum), d'où provient la goyave qui se mange crue ou sous la forme de gelée sucrée; les racines et les feuilles sont antidysentériques; — le fromager (bombax ceiba), dont la graine contient une espèce de bourre laineuse, épaisse, difhcile à tisser ou à filer, mais pouvant servir à garnir des matelas et des coussins; les fleurs du fromager sécrètent une liqueur diurétique et purgative; — les yeuxcrabes (cupania sapida), dont les fleurs distillées donnent un parfum délicat et dont le fruit comestible est, quand il est cuit sous la -cendre, maturatif des abcès; — le papayer (papaya carica), qui laisse exsuder un suc très employé en pharmacie et porte un fruit qu'on mange cru ou confit: ce fruit est également employé comme cosmétique pour faire passer les taches d'insolation ; quant aux feuilles, elles servent à savonner le linge ; — • le manguier (mangîfera indica), qui donne un excellent fruit, dont on retire du vin, fde l'alcool et du vinaigre : les feuilles, riches en ia;nin, sont em-
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ployées dans la pharmacie et dans le tannage dés peaux ; — le calebassier {crescentia cujete), dont le fruit est comestible et dont la coquille de la noix, coupée en deux, sert de vase ; — le guiguis {bauhinia retlctilafa), dont les feuilles sont employées en pharmacie et dont l'écorce est textile; — le caïlcédrat (kaya senegalensis), dont l'écorce est un excellent fébrifuge; — le caneficier (cassia fistula), dont les feuilles et la pulpe sont utilisées dans la pharmacie; — le tamarinier (tamarindus incUca). dont la pulpe possède de telles qualités fébrifuges que l'Arabe ne se met jamais en route sans en avoir fait une ample provision ; — le garigari {avicennia africana), dont l'écorce guérit la gale; — le benténier {eriodendron anpractuosum) réservé à différents usages pharmaceutiques; — enfin le khed-kred (cratœva rellgiosa)^ dont les feuilles sont employées contre les brûlures.
Arbustes. — Le bananier (musa ense) vient très rapidement au Soudan ; il est plus grand que le bananier ordinaire et produit au bout de peu de temps ; il donne une bonne fibre textile, et son fruit, très nourrissant, peut servir à faire un alcool de bonne qualité.
Le cotonnier (gossypium cunctatum) vient surtout sur les bords de la Gambie et dans le Bondou; il est assez beau, mais c'est l'espèce dite courte soie qu'on trouve également dans le bassin du haut Niger; il sera très facile d'acclimater l'espèce dite longue soie {gossypium barbadense ou Sea Island), c'est-à-dire celle que les Américains cultivent en Géorgie ; cette espèce est la plus belle de toutes. Dans le pays, le cotonnier rapporte six ou sept mois après avoir été planté; le coton qu'il produit est d'une finesse excessive et d'une blancheur éclatante; malheureusement, les noirs ne s'adonnent à la culture que pour la consommation locale et, de plus, leurs plantations ne sont nullement soignées. Lorsque les communications seront plus faciles entre le haut Niger et Bafoulabé, il faudra se préoccuper sérieusement de cette culture, qui peut fournir à l'industrie métropolitaine un aliment fort important.
Dans le bassin du Sénégal, outre l'espèce dite gossypium cunc- •tatunij il en existe une autre, dite gossypium acrifolium ; le cotcm de cette dernière est grossier, de couleur jaune sale et très difficile à séparer des graines*. Le cotonnier ordinaire porte dans le pays le nom d'outen-vekh (coton blanc); l'autre porte celui de domoutal-
1. Voici, à titre de renseignement, les différentes espèces de cotonniers qu'on avait importés au Sénégal en 1827 ; cotonnier de Malte, de Géorgie, de la Louisiane, de Cayenno, de Dacca, de la Guadeloupe, jaune d'Égypte, Moko (ou du Sénégal) et de Naples. Ces espèces portent les noms scientifiques de gossypium cunctatum y indicum, hirsutum^ barbadense, acuminatum^ etc., etc.
outen (coton gris), et non pas comme on l'a dit souvent, celui d'outen-boukit K
Le djandam (boscia senegalensis) donne un fruit comestible; les feuilles sont employées contre les maux de tête.
Le manioc {manihot edulis) produit un fruit qui peut se manger après en avoir extrait un suc amer, très toxique; ce fruit donne de l'alcool; râpé et séché, il produit le tapioca 2.
La pourguère ou médicinier catharthique {jatropha curcas) produit des graines dites pignons d'Inde, qui sont un émétique violent; l'huile qu'on en extrait est purgative ou toxique, selon la quantité absorbée; le fruit de cet arbuste donne également 25 à 28 pour 100 d'une huile qui sert à l'éclairage, à la fabrication des savons et à la lubrification des machines; dans une partie du bassin du Sénégal et de la Gambie, la pourguère sert principalement à faire des haies.
La morinde {morinda citrifoîia) donne une matière colorante d'un beau jaune safran; le fruit est comestible: cuit sous la cendre, il sert à combattre l'asthme et la dysenterie.
Le niattout {bdellium africanum) est un arbuste épineux qui produit le bdellium^ sorte de gomme qu'on mélange à la gomme arabique pour la frauder; il donne également de Fhuile volatile et de la résine.
Le palmier-nain (chamœrops humilis)^ donne le crin végétal; on fait rouir les tiges dans l'eau, on les expose au soleil jusqu'à dessiccation complète, on détache l'écorce et les feuilles, et l'on met à nu les fibres de la tige qui ont une élasticité et une consistance à peu près semblables à celles du crin animal. Le crin ainsi obtenu est utilisé pour matelas, paniers, sièges, etc.
Le ricin (ricmus) est également très abondant 3. Enfin le rocouyer (bixa orellana) existe en petite quantité, mais à l'état sauvage ; les nègres ne le cultivent pas. On sait que les graines de cet arbuste, écrasées dans l'eau chaude, donnent une matière colorante rouge et résineuse ; cette matière, une fois férmentée et desséchée, sert à colorer les étoffes et la cire. Le rocouyer se reproduit de lui-même et pousse très rapidement dans les terrains humides.
1. Outen-boukit ne signifie rien, car sa traduction est cotonniercoton. Outen est un mot ouolof qui veut dire cotonnier, et boukit signifie coton en langage peulh; le nom bambara du cotonnier est korikala.
2. Voir, pour les détails concernant le manioc, le fascicule relatif au Congo français.
3. Voir, pour ce qui est relatif au ricin, le fascicule concernant le Sénégal.
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Plantes. — Servant à plusieurs usages : le riz {oriza saliva), qui n'est pas seulement un aliment, mais est également utilisé pour la fabrication di; l'alcool; — \q ^oxnho-îèwy {hibiscus o\i abelmoschus esculentus), qui ne vient que dans l'intérieur des lerres et est un aliment excellent; ses racines peuvent remplacer la guimauve et ses fibres s'emploient pour fabriquer le papier; ses graines, dites graines d'amhrette, qui contiennent une oléo-résine jaune et ont une odeur musquée très prononcée, sont utilisées dans la parfumerie;
— le mil [sorghum vulgare)^ qui a le même emploi que le riz ;
— la courge ou gourde {lagenaria vulgaris)^ dont l'écorce sert à faire des vases légers, dont le fruit se mange cuit et peut, après avoir été macéré et réduit à ses faisceaux libro-vasculaires, être utilisé comme éponge ei dans la fabrication du papier; — le henné (lawsonia inermis), dont les feuilles sont une teinture très employée pour les cheveux et sont également un médicament; — la coloquinte {cucumis colocynthis), laquelle donne des semences riches en Imile douce et produit un fruit qui est un purgatif violent ; — le lotus {nymphœa lotus), qui croît dans les marécages et présente deux variétés, une à fleurs rouges, une à fleurs blanches ; ses fleurs combattent la diarrhée et les désordres du foie : le rhizome, ressemblant à un œuf à chair jaune, est rempli de fécule et se mange comme une pomme de terre 2; — le café nègre ou herbe puante [cassia occidentalis) , dont les graines, une fois grillées, sont employées de la même façon que le café: elles ont également leur emploi en médecine contre les lièvres paludéennes, l'asthme nerveux, les gastralgies, etc.; elles servent aussi à frauder le café en poudre; — le cassia fistula, qui produit de la gomme, est utilisée en pharmacie et possède une écorce riche en tannin et employée par les tanneurs; — enfin le cassia tora, dont les feuilles et les graines servent à frauder, les unes l^. séné, les autres le café en poudre, dont elles augmentent les propriétés digestives sans en avoir les propriétés excitantes : sur le marché de Londres, on vend beaucoup un mélange appelé cassophy, qui comprend 1 partie de café pour 5 parties de cassia tora. On dit que cette plante peut également guérir les fractures des volailles, ce qui lui a valu un autre nam scientifique, celui de gallinaria rotundifolia.
Alimentaii^es: — Le îshd.m{angrœcumfragrans), dont les feuilles, qui dégagent une odeur très agréable, rappellent celles de la vanille, et servent à faire des infusions théiformes ou des sirops ; — le gin-
1. Voir, pour les différentes espèces de mil, le fascicule traitant du Sénégal.
2. Il ne faut pas confondre le ni/mphœa lotus avec le nelumbo nucifera, qui est le lotus sacré de l'Inde.
gembre ou n'hydiar (zingiber officinale), très employé comme condiment j — Figname [dioscorea alata), dont on distingue deux sortes : l'une, à tiges vertes, donne des tubercules à chair grisâtre ; l'autre^ à tiges violettes, donne des tubsrcules à chair violacée; cuit sous la cendre, c'est un aliment très nutritif; - — le maïs {zeamaïs), lequel vient dans les terrains qui ne sont pas trop humides et dont les graines sont riches en fécule et en amidon; — le ma- 'runta arundinacea, d'où on tire V arrow-root -, — l'oseille de Guinée ou bissa-boùki {hibiscus sabdabariff'a), dont les feuilles, acides, et les racines sont comestibles; — la patate douce (convolvulus batatas), dont l'emploi est le môme que celui de la pomme de terre : les tiges feuiliées servent à la nourriture du bétail : les jeunes feuilles, cuites et hachées, peuvent être mangées comme les épinards; — le \)[ ment (capsicum annuum), le poivre ou énoué [amomum meleugeta), le poivron [capsicum fastigiatuni), qui sont des condiments très usités : les graines de poivre renferment^ quand elles sont fraîches, environ 30 pour 100 de leur poids d'une huile essentielle; — le taro ou chou caraïbe (co/ocasia esculenta), dont on distingue deux sortes : le taro à chair noire, qui devient mou et gélatineux après la cuisson, et le taro à chair blanche ou légèrement violacée, plus apprécié que le premier et devenant, après la cuisson, ferme, farineux et d'une saveur très agréable ; — enfin la vigne de Soudan, qui comprend cinq espèces principales (vitis Lecardiiy Durandiiy Faiherbii, CJiantinii et Narydii) : de ces cinq espèces^ les trois dernières sont les plus productives : la vitis Faidiierbii donne un raisin jaunâtre et la vitis Narydii un raisin très doré; quant à la Lecardii, elle produit un grain violet noirâtre, qui n'a que très peu de saveur.
Industrielles. — L'arachide ou pistache de terre (arachis hypogea), dont on relire de l'huile^; — l'agave ou ijoss {agave species), dont les fibres sont un excellent textile; — le landolpJiia Heudolotii, qui donne du caoutchouc par incision ; — et le tabac {nicotia.na tabacimi), qui pousse dans tout le Soudan avec une vigueur extraordinaire
Médicinales. — Le bois ortolan ou herbe au mal de ventre (jatropha go^sypifolia) ; — le cassia absus, très connu en Égypte sous le nom de chichini (employé contre les ophtalmies); — la cléome {cleome pentaphylla), qui a les mômes propriétés que le cresson et la cochléaria; — la fève de Cùlahsir {physostig ma venenosum), dont la graine est un poison énergique ; — le dartrier {cassia alata), dont les feuilles ont des qualités antiherpétiques; — rhojou (argemone Mexicana)y qui croît spontanément dans les terres