fantassins et 1.460 cavaliers
'2. Les Snoussya se reconnaissent à une prière spéciale et à la manière dont ils prient ; cependant on a des raisons de supposer qu'il existe en Algérie et sur la côte occidentale un grand nombre d'affiliés qui évitent de se faire reconnaître.
SOUDAN FRANÇAIS
vers Timassinîn et Amsuid en suivant le couV*s souterrain de rOued-Igharghar :
En ce qui concerne la route occidentale, on est d'abord conduit à examiner si la région, appelée le Touat, n'appartient pas, comme on a essayé de le prétendre, à l'empire du Maroc. Or, il n'y a pas de doute à cet égard, le Touat est absolument indépendant. Le traité conclu entre cet empire et la France, le 18 mars 1845, ne parle nullement de délimitation en ces contrées, le point extrême de la frontière entre les deux Etats étant Teniet-Saci, situé non loin d'El-Aricha, au sud-ouest de ce poste. Entre Teniet-Saci et Figuig,le traité indique seulement que certaines tribus seront marocaines, que certaines autres seront algériennes ; que certains ksours seront marocains et certains autres français Au moment où ce traité fut conclu, la délimitation territoriale correspondait à la répartition des tribus et le territoire parcouru par chacune de celles-ci devenait ainsi marocain ou français. Aujourd'hui, cette répartition est détruite; les Ahmour sont venus entièrement s'établir sur notre territoire (Aïn-Séfra, Tiout, Asla), de même qu'une partie des Hamyan- Djembâaj tandis que d'autres Hamyan, les Chefaa, considérés comme Français, vivent actuellement sur le territoire marocain.
Au delà de Figuig, c'est-à-dire dans le Sahara, les articles 4 et 6 du traité portent qu'il n'y a pas de limites territoriales à établir entre les deux pays, « parce que la terre ne se laboure pas et qu'elle sert de pacage aux Arabes des^deux empires qui viennent y camper pour y trouver des pâturages et les eaux qui leur sont nécessaires.
« Quant au pays qui est au sud des ksours des deux gouvernements, comme îl n'y a pas d'eau, qu'il est inhabitable et que c'est le désert proprement dit, la délimitation serait superflue. » Il est utile d'ajouter que, d'après des renseignements plus récents et plus sérieux, le pays dont il s'agit ici n'a pas moins de 600.000 habitants et de 8 millions de palmiers.
Au delà de l'oasis de Figuig, placée à 2 ou 3 kilomètres seulement à l'ouest de la frontière fixée par le parcours ordinaires des colonnes françaises qui viennent de nos postes de Founassah ou de Djenan-Bou-Rezg, il n'y a plus de délimitation; les Doui-Ménia, qui
1. Tribus dépendant du Maroc : Mahia, Beni-Guill, Hamyan- Djembâa, Ahmour-Sahara, Ouled-Sidi-Gheikh-el-Garaba ; — tribus dépendant de l'Algérie : Ouled-Sidi-Cheikh-Gheraga et tous les Hamyan, sauf les Hamyan-Djembâa susnommés (dernier paragraphe de Tarticle 4 du traité). Ge traité ajoute (article 5) : les ksours marocains seront Iche et Figuig ; — les ksours français, Aïn-Sefra, Aïn- Sfissifa, Asla, Tiout, Ghellala, El-Abiod et Bou-Semgroun.
vivent en partie entre Figuig et Igli, le long de ce qu'on appelle la ligne des ksours, c'est-à-dire le long de la ligne de l'Oued- Zousfana, sont complètement indépendants ; ils se sont même alliés, pour défendre cette indépendance, à quelques tribus voisines également libres 1.
Il faut rappeler aussi qu'à plusieurs reprises nos colonnes ont parcouru ces régions (de Colomb, 1866 ; de VVimpffen, 1870).
Nos prétentions sur le bassin de l'Oued-Zousfana, dont nos troupes ont, à plusieurs reprises, châtié quelques villages, et sur Igli, qui s'y trouve enclavé, sont donc absolument fondées.
Quant au Touat et au Gourara, ils sont également indépendants et leurs relations les plus importantes ont lieu avec l'Algérie. En 1857, peu de temps après que le général Durrieu eut mis le protectorat sur le Mzab, les Touatiens demandèrent aussi le protectorat; le gouvernement français retint leur demande, se réservant d'y répondre ultérieurement; mais plus tard, en 1860 et en 1866, c'est-àdire à deux reprises, les Touatiens s'adressèrent au sultan du Maroc, qui refusa le protectorat, les assura de sa bienveillance et promit que ceux d'entre eux qui étaient affiliés à l'ordre chériiien des Taïbya seraient, lorsqu'ils viendraient au Maroc, reçus non par un moqadden ou un khelifa, mais par le chef suprême de l'ordre lui-même. Cette faveur leur fut, en effet, accordée pour les remercier de s'être ralliés (en 1860) à l'usage observé dans toute l'Afrique occidentale, au sujet de la prière, qui se fait, dans l'Afrique septentrionale jusqu'à la province d'Alger et une partie delà province d'Oran inclusivement, au nom du sultan de Constantinople, tandis qu'elle se fait dans le reste de la province d'Oran, au Maroc et sur toute la côte de l'Atlantique, y compris nos possessions sénégalaises et soudanaises, au nom de l'empereur du Maroc, non pas parce que celui-ci est souverain temporel, mais parce qu'il a le titre de vicaire du Prophète et celui de chef de l'islam pour tous les pays musulmans de l'Afrique occidentale 2.
1. La cartographie allemande ne passe pas généralement pour être bien généreuse envers la France dans les différentes attributions de territoires africains qu'elle indique en faveur de certaines puissances européennes; c'est en raison de ce fait qu'il convient de signaler une carte tirée assez récemment (octobre 1887) à Gotha, et portant le nom de la maison Justus Perthes. Cette carte indique la frontière marocaine comme allant directement de Figuig au Tafilet par El-Baharia, et la frontière sud-algérienne allant de Timassinin (à l'est) à Igli, au confluent de l'Oued-Zousfana et de l'Oued- Guir.
2. Si l'on admettait cette théorie qui consiste à considérer tous les musulmans faisant la prière au nom de l'empereur du Maroc
SOUDAN FRANÇAIS
En 1881, craignant des représailles de notre part à la suite du massacre de la mission Flatters, les Touatiens renouvelèrent la tentative de 1866, faisant accompagner leurs envoyés par de magnifiques présents que l'empereur accepta, sans vouloir répondre affirmativement ni s'engager à rien au sujet du protectorat sollicité.
Ainsi, à l'heure actuelle, rien ne nous empêcherait, si ce n'est la
L'hôpital de Kayes.
résistance des indigènes fanatiques ou affiliés à des congrégations hostiles, de nous établir au Touat et sur la ligne de l'Oued-Zousfana. Il faut avouer cependant que la perspective d'avoir à ouvrir le passage les armes à la main et, en outre, la proximité de la frontière marocaine, toujours en proie à l'agitation, a fait écarter Tidée de placer la tête de ligne du chemin de fer transsaharien dans le département d'Oran; il est reconnu cependant qu'il serait nécessaire de prolonger jusqu'à FOued-Zousfana et jusqu'à Igli, puis
comme sujets de ce souverain, la France devrait être dépossédée de la plus grande partie de ses colonies africaines. Lorsqu'il était encore souverain temporel, le Pape, chef religieux du catholicisme, n*a jamais eu la pensée de revendiquer tous les pays catholiques qui invoquent son nom, comme dépendances des États de l'Église.
plus tard au Touat, et même plus loin, la petite voie stratégique qui aboutit aujourd'hui à Aïn-Sefra.
C'est par la province de Constantine qu'il faut alors tenter la pénétration. Dans cette région, le chemin de fer arrive à Biskra et le premier tronçon de ligne ferrée à construire traverserait un pays assez peuplé et parsemé d'oasis exploitées par des Européens; il aurait en outre l'avantage de suivre la ligne de l'Igharghar, fleuve souterrain où l'on peut trouver l'eau en abondance, en creusant des puits, à une profondeur de douze à vingt mètres. Mais, à l'heure actuelle, il ne s'agit pas de construire la voie ferrée ni même d'y songer. Il s'agit seulement d'occuper au moyen de quelques postes la ligne de l'Igharghar, c'est-à-dire la route du Soudan, qui pourrait nous être fermée s'il prenait fantaisie aux Turcs, qu'on dit être à Rhat, de pénétrer sur le territoire targui ^.
L'occupation serait facile et, sauf peut-être une ou deux tentatives des Touareg au début, elle pourrait s'eft'ectuer d'une manière entièrement pacifique.
Amguid et Tlmassinin semblent être les deux points les plus favorables pour cet établissement ; ils ont de l'eau en abondance et quelque population 2. Amguid est le point central du Sahara et commande toutes les routes qui conduisent du lac Tchad au Maroc, de Timbouktou à la Tripolitaine et de la Tripolitaine au Maroc. Notre présence à titre définitif dans le pays aurait un retentissement considérable dans toutes ces régions et nous aplanarait singulièrement les routes de Timboukton et du lac Tchad, ainsi que l'entrée dans l'oasis d'In-Salah, qui se trouverait alors prise entre deux feux s. On peut même affirmer que notre établissement dans le Sahara central briserait du môme coup la résistance des Aouélimmiden qui nous ferment l'entrée de Timbouktou et qui chercheront toujours à nous barrer la route tant qu'ils n'auront eu la preuve que nous sommes plus forts qu'eux.
Ainsi, en ce qui concerne le Soudan français, outre les moyens propres à faciliter la mise en valeur du pays, il est nécessaire d'ouvrir des voies commerciales importantes,qui,
1. Targui est le singulier de Touareg; on dit un Targui, des Touareg.
2. Tous les officiers qui ont la connaissance des questions sahariennes, s'accordent à affirmer qu'avec 200 hommes et une dépense d'environ 800,000 à 900,000 francs, il serait facile de nous établir solidement en deux petits blockhaus à Timassinin et à Amguid.