C. F. EA
le baron Vatablo; le commissaire Jubelin. — Le contre-amiral Gourbeyre. — Tremblement de terre et incendie de la Pointe-à-Pitre. — Mort do Gourbeyre. — Situation critique de la colonie. — Abolition de l'esclavage. — La première élection législative à la Guadeloupe. — Les droits sur les sucres. — Réorganisation des colonies. — Cyclone du 22 septembre 1852. — ■ L'immigration. — Les derniers gouverneurs. — Personnages célèbres.
Découverte de la Guadeloupe. — Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 octobre 1403, la vigie de la corvette la Maria-Galanda (Marie-Gracieuse), sur laquelle Christophe Colomb effectuait son second voyage dans le Nouveau Monde, signala une terre à l’avant du navire. On mit en panne et, aux premières lueurs de l’aurore, on aperçut une île, à laquelle fut donné le nom de Dominion, le jour qui venait de se lever étant un dimanche.
Colomb, n’ayant pas trouvé sur le littoral de celte île d’endroit favorable pour y jeter l’ancre, se dirigea sur une autre île qu’on distinguait à l’horizon; il y débarqua, en prit possession au nom du roi d’Espagne, son souverain, et déclara que cette terre, ainsi découverte, s’appellerait désormais Maria-Galanda , en souvenir du premier bâtiment européen qui y avait abordé. C’est de ce nom, donné par le célèbre navigateur génois, que les Français ont fait celui de Marie-Galante, que File porte encore aujourd’hui.
Le 4 novembre, Colomb se dirigea vers l’ouest, où il avait aperçu, du rivage de Marie-Galante, une chaîne de hautes montagnes, qui semblaient indiquer la présence en cet endroit d’une terre de quelque importance : c’était File de Turuqueira, qu’habitaient de nombreuses populations de Caraïbes.
Ayant promis, à son départ d’Espagne, aux moines du du couvent de Notre-Dame de Guadalupe, dans FEstramadure, de donner le nom de leur patronne à l’une des terres qu’il découvrirait, Colomb, pour tenir cette promesse, fit de
LA GUADELOUPE
Turuqueira Elle de la Guadalupe. Plus tard, nos ancêtres francisèrent ce nom et transformèrent Guadalupe en Guadeloupe.
Quelques jours plus tard, le 10 du même mois, Christophe Colomb, mettant de nouveau à la voile, découvrit un archipel de petites îles, auxquelles il donna, en souvenir de la Toussaint, le nom de Los Sanlos, — les Saintes.
Trois ans plus tard, il revint dans ces parages, mais, pas plus en 1490 qu’en 1493, il ne songea à y fonder des établissements. Ce n’est que vers 1313 qu'un Espagnol, nommé Ponce de Léon, eut la pensée de coloniser ce groupe d’iles. Mais ses gens furent, pour la plupart, massacrés par les Caraïbes et les autres ne s’enfuirent qu’à grand’peine.
Arrivée des premiers Français. — Les premiers Français, qui débarquèrent à la Guadeloupe, furent des missionnaires envoyés en 1323 par le roi François Ier pour essayer de civiliser et de convertir les populations sauvages qui l’habitaient. Par malheur, ils eurent le même sort que les compagnons de Ponce de Léon.
Ce n’est plus que cent deux ans plus tard, en 1023. qu’un homme d’un caractère aventureux et intrépide, nommé Denambuc, eut l’idée de fonder à la Guadeloupe un établissement agricole. Il partit sur un navire lui appartenant, fit quelques travaux d’installation, revint en France et vit le cardinal de Richelieu qui lui donna, le 31 octobre 1020, l’autorisation de créer la Compagnie des lies d’Amérique, avec privilège de commercer exclusivement dans les îles du Nouveau Monde pendant une durée de vingt années. A son retour, Denambuc trouva les Anglais et les Espagnols également installés dans l’ile; les uns et les autres ne tardèrent pas à en venir aux mains et les Espagnols d’abord, puis les Anglais, furent battus par les Français et obligés de se rembarquer.
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En 1635, Denambuc consentit à sous-louer, pour une période de dix ans, aux capitaines L’Olive et Duplessis, la Guadeloupe, la Dominique et Antigoa.
L’Olive et Duplessis. — L’Olive et Duplessis firent venir de France 300 colons qu’on installa sur lacôte ouest au bord d’une petite rivière, près de laquelle on construisit un petit, fort pour servir en cas de défense. Ce fut là l’origine de la ville de la Basse-Terre, qui devint la capitale de la colonie. Pendant ce temps, le capitaine L’Olive, resté seul à la tête des établissements français (Duplessis était mort au bout de peu de temps), faisait aux naturels une guerre tellement acharnée, qu’un grand nombre de ceux-ci résolurent d’abandonner la Guadeloupe et se réfugièrent à la Dominique; d’autres se retirèrent de l’autre côté de la rivière Salée, dans la partie de l’ile appelée la Grande-Terre.
Par suite de ce départ , les colons français se trouvèrent privés brusquement des ressources que leur procuraient les indigènes et tombèrent dans la plus grande misère. Heureusement, en 1640, un nouveau gouverneur, M. Aubert, survint; il se mit en rapport avec les Caraïbes et les amena peu à peu à vivre en bonne intelligence avec les blancs; à partir de ce moment, la colonie commença à prospérer.
De nombreux colons arrivèrent bientôt et contribuèrent à former de nouveaux centres de cultures; les plantations se composaient surtout de tabac, de coton, de cacao, de manioc, d’igname, de bananes et de plantes potagères. Aubert eut l’idée de faire cultiver la canne à sucre, dont les profits étaient bien plus considérables que ceux du coton ou du tabac.
Malheureusement il ne put voir la réalisation de son projet, car il fut remplacé par M. Houël dans le courant de l’année 1643.
LA GUADELOUPE
Administration de Houel. — Celui-ci, s'apercevant que la population de l’ile était peu en rapport avec la superficie des terres arables et qu’en outre la quantité des célibataires faisant ménage avec des négresses était véritablement inquiétante, fit venir à la Guadeloupe un assez grand nombre de filles àmarier provenant de l’hôpital de Saint-Joseph.
L’idée était heureusejtoutes ces filles trouvèrent un époux et, dès lors, la plupart des Européens se fixèrent définitivement dans la colonie, sans arrière-pensée de retour dans la métropole.
Peu de temps après, la Compagnie des îles, croyant avoir à se plaindre de la gestion de Houël, envoya un nouveau gouverneur, le général de Thoisy. Mais Houël refusa de le reconnaître, l’empêcha de débarquer et, à partir de ce moment, il y eut dans l’ile deux partis opposés qui ne manquèrent pas une occasion d’en venir aux
La rivière Segoudbois.
mains.
La période de troubles dans laquelle on venait d’entrer n’améliorait pas précisément les affaires de la Compagnie, déjà fort compromises, et bientôt celle-ci, succombant sous le poids de dépenses et de charges considérables, fut obligé de vendre ses établissements au marquis de Boisseret et à Houël, beau-frèrè de ce dernier.
Le marché fut conclu, moyennant une somme de 60,000 livres tournois, une fois données, et de G00 livres de sucre fin par an.
Dans les premiers mois de l’année 1653, une cinquantaine de Hollandais, chassés du Brésil par les Portugais pour des motifs religieux, vinrent s’établir à la Guadeloupe, avec 1,200 personnes, comprenant des soldats, des cultivateurs et leurs familles, et enfin des esclaves noirs. Ils y établirent des sucreries et c’est à dater de ce moment que la culture de la canne à sucre commença à prendre l’extension qu’elle devait avoir plus tard.
Malgré l'accroissement de la population et l’augmentation de la superficie des terres cultivées, la situation de MM. Houël et de Boisseret était loin d’être brillante; aussi crurent-ils devoir prendre le seul parti qui pouvait les sortir d’embarras : accepter les propositions de l’État qui voulait racheter leurs propriétés (1663).
Création de la Compagnie des Indes occidentales. — Au nom du roi Louis XIV, Colbert lit l’acquisition de l’ile de la Guadeloupe et de ses dépendances pour une somme (le 125,000 livres et, le 4 mai 1664, il concédait à une Société, dite Compagnie des Indes occidentales, le droit de faire exclusivement le commerce et la navigation dans les Antilles pendant une durée de 40 ans. D’après un article de la concession, tout sujet du roi pouvait s’associer aux opérations de la Compagnie moyennant une mise de fonds de 3,000 livres. Malheureusement, cette Compagnie voulut
trop embrasser à la fois, car son privilège ne s’étendait pas seulement aux Antilles, mais aussi au Canada, à la Guyane, au Sénégal et à tous les pays où elle pourrait créer des établissements.
Au bout de dix ans, ses affaires périclitaient d’une telle manière que le roi Louis XIV se décida à lui retirer sa concession et à prononcer sa dissolution. Les Antilles furent alors réunies au domaine de la couronne et chacun put y commercer à son aise.
Le Code noir. — C’est surtout à partir de cette époque que la population noire augmenta; bientôt elle fut tellement nombreuse que l’on pensa qu’il serait humain de régler par un code les droits et les devoirs des maîtres, et Colbert lit alors rédiger le Code noir, mis en vigueur dans courant de l’année 1685.
On pourra juger d’ailleurs l’esprit dans lequel avait été conçu ce code, car voici le résumé de ses principales dispositions :
1° Les esclaves sont baptisés et instruits dans la religion, sous peine d’amende contre les maîtres.
2° Les hommes libres qui auront des enfants en concubinage avec les esclaves, et les maîtres qui l’auront souffert, seront condamnés à 2,000 livres d’amende.
3° Le maître qui aura des enfants d'une esclave sera privé de l’esclave et des enfants, à moins qu’il n’épouse la mère, ce qui rendra les enfants libres et légitimes.
4° Les mariages des esclaves seront solennisés comme ceux des personnes libres.
5° Le consentement du maître est nécessaire, mais celui-ci n’a pas le droit de marier l’esclave contre son gré.
ü° Les esclaves baptisés sont inhumés au cimetière commun.
7° Les esclaves qui ne sont ni nourris ni habillés par leurs maîtres, peuvent se plaindre au procureur général.
8° Les esclaves infirmes seront nourris par leur maître, sinon l’hôpital les recueillera et les entretiendra aux dépens do leurs maîtres.
LES COLONIES FRxVNÇAISES.
9° Les maîtres et commandeurs qui auront tué un esclave sous leur puissance seront poursuivis au criminel.
10° Ne pourront être vendus séparément, le mari, la femme et les enfants impubères.
11° Les maîtres âgés de vingt ans pourront affranchir leurs esclaves, sans besoin d'avis des parents.
12° Les affranchis jouiront de tous les avantages des sujets naturels libres.
13° Les esclaves ne peuvent rien avoir qui ne soit à leurs maîtres.
14° L'esclave qui frappe ses maîtres au visage ou avec effusion de sang est puni de mort.
15° En cas de voies de fait d’un esclave contre une personne libre, il est édicté une série de peines fort sévères, allant jusqu’à la peine capitale.
16° Le vol qualifié est puni de peines afflictives et même de mort, si le cas y échct.
17° Les maîtres pourront faire enchaîner et battre leurs esclaves qui le mériteront, mais non les mettre à la torture ni les mutiler sous peine d'étre procédé extraordinairement contre eux.
18° L'esclave demeuré fugitif (marron) pendant un mois aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lys à l’épaule.
19° A la seconde évasion, il aura le jarret coupé; à la troisième, il sepa puni de mort.
Il faut avouer que ces dispositions, qui nous semblent monstrueuses aujourd’hui, étaient assez douces pour cette époque et, en tout cas, plus humaines que l’arbitraire absolu. Aussi, elles ne restèrent en vigueur que pendant quelques années et, au xvni0 siècle, les ministres du roi Louis XV jugèrent à propos d’ajouter à ces différents articles des restrictions de droits et des aggravations de peines.
Ainsi, en 1720, il est déclaré que tout affranchi qui recèlerait un esclave fugitif serait puni d’amende; faute de
quoi, il serait lui-même réduit de nouveau en esclavage.
Dix ans plus tard, une nouvelle ordonnance défend d’affranchir les esclaves sans autorisation du gouverneur ou
LA GUADELOUPE
de l’intendant de la colonie. En 1743, les peines portées contre les nègres marrons (nos 18 et 19 de l’exposition précédente) sont modifiées comme suit : la simple tentative mérite le jarret coupé; le marronnage avec armes, ainsi que l’enlèvement de bateau ou de pirogue, la mort.
Première tentative des Anglais sur la Guadeloupe. — C’est peu de temps après la promulgation du Code noir qu’eut lieu la première tentative des Anglais contre la Guadeloupe (1090); ceux-ci s’emparèrent d’abord de Marie- Galante, puis ils vinrent attaquer la Basse-Terre.
Le fort qui défendait la ville ne renfermait que 60 hommes placés sous les ordres du lieutenant Malmaison; il soutint cependant un siège de trente-cinq jours, au bout desquels il fut délivré par des renforts envoyés de la Martinique. Les Anglais, chassés de l’ile, ne firent plus aucune tentative sur nos possessions jusqu’à la paix de Ryswick (1097).
Mais, la guerre ayant été de nouveau déclarée en Europe, la Hotte britannique se présenta, au commencement de l’année 1703, devant la Basse-Terre; les troupes débarquèrent et, après une série de combats où l’avantage fut, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, les soldats anglais durent regagner précipitamment leurs vaisseaux.
La paix d’Utrecht (1713) nous ayant enlevé la baie d’Hudson et l’ile de Terre-Neuve, le gouvernement français reporta la plus grande partie de ses soins sur les Antilles et c’est de cette époque que date principalement la prospérité de nos colonies à sucre.
Ce n’est qu’un peu plus tard, vers 1727, qu’on introduisit dans l’île la culture du café.
Subterfuge des Anglais dans les colonies espagnoles. — Jusqu’en 1740, la Guadeloupe vécut dans la paix la plus profonde, mais des difficultés surgirent bientôt entre l’Angleterre, d’une part, et la France et l’Espagne, de l’autre
part. L’une de ces difficultés, qui fut une des causes de la guerre qui allait éclater peu de temps après, était une voie de fait exercée par des créoles espagnols sur un capitaine de navire anglais.
La Grande-Bretagne s’était, par le traité d’Utrecht, réservé le droit de fournir d’esclaves pendant trente ans les colonies espagnoles; par contre, elle s’engageait à ne faire ce trafic qu’avec un seul navire marchand. Ce batiment, qui était de 500 tonneaux au début, ne tarda pas à être remplacé par un autre qui en jaugeait 1,000 et autour duquel naviguaient ou mouillaient une quantité considérable de petits bateaux; ceux-ci, chargés de pacotille, alimentaient sans cesse le grand navire, lequel, au moyen de ce subterfuge, était toujours abondamment pourvu d’esclaves et de marchandises. Ce procédé avait naturellement irrité les Espagnols; de là, des discussions violentes et enfin les voies de fait que nous signalions plus haut.
L’amiral John Moore s’empare de l’île. — Jusqu’à la conclusion de la paix survenue le 18 octobre 1748 (paix d’Aix-la-Chapelle), la Guadeloupe n’eut à repousser, pendant huit années, que des attaques isolées de bâtiments ennemis. La situation fut autrement grave, onze ans plus tard, — la guerre ayant recommencé en 1750, — lorsque l’escadre de l’amiral John Moore, repoussée de la Martinique, vint jeter l’ancre en rade de la Basse-Terre.
A peine débarqués, les Anglais tentèrent une attaque générale sur la citadelle, mollement défendue par le gouverneur Nadau du Treil, et s’en emparèrent presque sans coup férir. Mais ce fut autre chose lorsqu’ils voulurent pénétrer dans l’île. Les colons et les soldats français, divisés en plusieurs colonnes et battant un pays dont ils connaissaient admirablement la topographie, leur oppo-
LA GUADELOUPE. 109
sèrent une résistance acharnée. L'amiral Moore dut bombarder le. fort Louis qui défendait la Pointe-à-Pitre, occuper la Grande-Terre et attaquer les colonnes françaises de plusieurs côtés à la fois.
A bout de forces et de ressources, nos compatriotes durent céder au nombre et se soumettre à une capilula-
Sur la Rivière aux Herbes.
lion, dont les conditions furent d’ailleurs fort honorables pour eux.
Au traité de Paris (1763), la Guadeloupe nous fut rendue et, quelques années plus tard, le gouvernement général des Antilles ayant été supprimé, elle se sépara de la Marlinique et devint complètement indépendante1.
1. Jusqu’à cette époque, la Guadeloupe, ainsi que plusieurs autres îles des Antilles (Saint-Domingue, Tabago, Sainte-Lucie, Antigoa, la Dominique, Saint-Christophe, etc.) faisaient partie d’un gouvernement général, dont le siège était à la Martinique.
Combat naval des Saintes. — Pendant la guerre de l’indépendance (1776-1780), elle n’eut point à subir l’attaque des Hottes britanniques; celles-ci avaient assez à faire pour combattre les escadres françaises dont la plupart furent malheureusement vaincues; c’est, en effet, à une vingtaine de kilomètres de la Guadeloupe, en vue des Saintes, qu’eut lieu, entre les amiraux anglais Hood et Rodney et l’amiral français le comte de Grasse, une rencontre terrible qui se termina par la défaite de notre escadre (12 avril 1782) 1.
En 1789, malgré cette succession de guerres et de combats, malgré le terrible ouragan qui avait dévasté les Antilles en 1776 (6 septembre), la prospérité de l’ile suivait une progression toujours croissante.
Situation économique en 1790. — 11 résulte des documents officiels que, l’année suivante, le montant du commerce de la Guadeloupe avec la France s’élevait à 24,586,397 francs, dont 18,541,702 francs pour les importations dans la métropole; avec l’étranger, le chiffre s’élevait à 7,279,539 francs, dont 5,154,004 francs d’importation dans l’île de divers produits et marchandises d’Europe; soit un mouvement total de 31 ,865,936 francs. d’affaires.
Le nombre des navires venant de France fut de 59, celui des batiments allant en France de 49.
Les quantités de denrées exportées dans la métropole furent les suivantes : sucre (brut, terré et tête), 8,725,750 kilog. ; café, 3,710,850 kilog. f cacao, 269,000 kilog. ; colon 257,850 kilog.
Enfin la population s’élevait à 107,226 individus, dont 13,908 blancs, 3,149 affranchis et 90,139 esclaves.
Rivalité des créoles blancs et des gens de couleur.
1. Los bâtiments anglais étaient au nombre do BS; les navires français, d'un tonnage moins fort, au nombre de 28 seulement.
LA GUADELOUPE
— La convocation des États généraux, puis les événements qui suivirent mirent le désarroi dans la colonie. Il s’y forma différents partis politiques, dont les principaux furent : celui des créoles blancs, désireux de voir conserver l’ordre de choses précédemment existant et n’acceptant pas l’égalité avec leurs anciens esclaves, et celui des gens de couleur libres, qui voulaient jouir des droits attachés au titre de citoyen français.
La colonie fut dès lors en proie à la guerre civile, et les révoltes des noirs, les massacres, les proscriptions, les spoliations de propriétés se succédèrent sans relâche. Les blancs, soutenus par le gouverneur de Clugny, eurent pendant quelque temps l’avantage et refusèrent, non seulement d’accepter le nouveau régime, mais aussi de reconnaître les commissaires et les gouverneurs envoyés par la métropole.
Enfin, en 1793, le capitaine de vaisseau Lacrosse parvint, à leur faire entendre raison et tout parut rentrer dans l’ordre.
Défaite des Anglais; le commissaire Victor Hugues. — Au mois d’avril 1794, la flotte et les troupes anglaises, à la tête desquelles étaient l’amiral Jervis et le général Dundas, s’emparèrent successivement du fort Fleur-d’Épée, du fort Saint-Louis et de la ville de la Pointe-à-Pitre. Us entrèrent ensuite à la Basse-Terre, que le général Collot, gouverneur de l’île, n’avait pas jugé à propos de défendre.
Mais ce succès ne fut pas de longue durée. Vers la tin de juin, une petite flottille, placée- sous les ordres du capitaine de vaisseau Leissègues et comprenant deux frégates
— la Pique et la Thémis, — un brick — l 'Espérance, — cinq bâtiments de transport, et, une petite colonne de débarquement d’environ 1,200 hommes, placée sous le commandement des commissaires du gouvernement Victor
Hugues et Chrétien et des généraux Aubert, Cartier et Rouyer, arriva de France et parvint à chasser l’ennemi de la Crande-Terre. Il fallut que l’amiral Jervis revînt avec des forces considérables (6 vaisseaux de ligne, 12 frégates, a canonnières et 16 transports) pour empêcher les troupes françaises de s’emparer de la Basse-Terre.
Pendant un mois, il bombarda la Pointe-à-Pitre, qu’une épidémie de fièvre jaune ravageait justement à cette époque. Le général Aubert, le commissaire Chrétien, y succombèrent et les généraux Cartier et Rouyer furent tués.
Le 2 juillet, les Anglais, débarquèrent et lancèrent deux colonnes de 1,000 hommes chacune, qui prirent possession de la ville. Victor Hugues, le seul des chefs français qui fût encore debout, s’étant retiré avec les troupes sur le morne du Gouvernement, se mit en mesure d’opposer à l’ennemi une résistance acharnée. Dès que les Anglais parurent, il les foudroya avec son artillerie et les chargea ensuite à la baïonnette; ceux-ci, ébranlés par cette attaque soudaine, s’enfuirent dans toutes les directions, abandonnant leurs officiers, dont la plupart se firent tuer bravement, el laissant leurs canons entre nos mains. A la suite de cet échec, l’amiral Jervis dut lever l’ancre et regagner les possessions britanniques.
Organisation des milices locales. — ■ Comprenant que les Anglais chercheraient de nouveau à s’emparer de la Guadeloupe, Victor Hugues, tout en s’occupant de l'administra lion de la colonie, organisa un corps de milices locales auxquelles il fît donner l’instruction militaire; il parvint ainsi à avoir une force d’environ 2,000 hommes de toutes couleurs, qu’il plaça sous les ordres du capilaine d’artillerie Pélardy, dont il lit un général.
Capitulation de Graham; fuite de Prescott. — Hugues
AMERI QUE.
Panorama de Pointe
ne s’était pas trompé ; la flotte britannique ne tarda pas à reparaître. La lutté recommença avec des succès de part et d’autre; mais enfin, le G octobre, le général Graham, cerné au camp de Berville, dut capituler, abandonnant aux Français non seulement 38 bouches à feu, 2.000 fusils et une quantité considérable de minutions de guerre et de provisions de bouché, mais aussi 800 habitants de la Guadeloupe, créoles ou noirs, qui, se refusant à reconnaître le gouvernement de la Convention, servaient dans les rangs ennemis.
De ces 800 traîtres, 400 (dont 300 blancs) furent passés par les armes, les autres furent condamnés aux travaux publics. L’exécution de ces malheureux se lit le lendemain de la capitulation, en présence du général Graham, qui les avait abandonnés, et de ses troupes.
A la Basse-Terre, le général Prescott, qui tenait le fort Saint-Charles, n’attendit pas que Pélardy le bombardât et abandonna la place. Peu de jours après, les Français reprenaient Marie-Galante.
Victor Hugues, voyant l'excellent résultat obtenu par ses milices, obligea, en raison des circonstances, tous les hommes valides à en faire partie. Il punit sévèrement les infractions à ses arrêtés et bientôt la garnison locale de la Guadeloupe se trouva portée à 10,000 hommes bien exercés, ce qui ôta dès lors à l’Angleterre toute idée d’attaque nouvelle contre la colonie.
En même temps le gouvernement métropolitain envoyait à la Guadeloupe un renfort d’environ 1,250 hommes. Hugues résolut alors de reprendre sur les Anglais File de Sainte-Lucie, dont ceux-ci s’étaient emparés; puis, ayant réussi dans cette entreprise, il organisa une guerre de course qui fut néfaste au commerce britannique. Par malheur, les corsaires guadeloupéens agirent sans ménage-
LA GUADELOUPE
ment et capturèrent quelques navires neutres, battant pavillon américain.
Les États-Unis ayant adressé des réclamations au gouvernement français, le Directoire se trouva obligé de remplacer Hugues dans ses fonctions. Mais celui-ci fit quelques difficultés à abandonner le pouvoir et son successeur, le général Desfourneaux, dut l’embarquer de force pour la France.
En 1798, l’administration de la colonie fut confiée à trois commissaires : Jeanne!, Baco de la Chapelle et le général Lavaux. Les deux premiers, jaloux de leur collègue, le firent enlever un beau matin, l’embarquèrent pour la France et se partagèrent le pouvoir.
Lacrosse et Richepanse. — En 1801 , le premier consul envoya à la Guadeloupe, avec le titre de capitaine général, le contre-amiral Lacrosse. Les premières mesures que prit cet officier général provoquèrent une révolte des troupes noires. Lacrosse dut quitter la colonie et le général Richepanse fut envoyé pour pacifier l'ile et faire rentrer les mutins dans le devoir.
Après une expédition de quelques semaines, Richepanse parvint enfin à rétablir l'ordre et Lacrosse put reprendre possession de ses fonctions. Mais ce dernier ne resta point longtemps dans l’ile ; son impopularité obligea le gouvernement à lui donner un successeur et le général Ernouf fut envoyé pour le remplacer (8 mars 1803) L
Le général Ernouf. — C’est à cette époque que fut reconstituée, par arrêté des consuls, la chambre d’agriculture ; les cinq membres qui la composaient, devaient avoir 23 ans et posséder au moins quarante esclaves. En même
1. Six mois auparavant, le 11 septembre 1802, le général Richepanse était mort de la fièvre jaune, à l’âge de trente-trois ans et demi. Son nom fut, donné, le 30 mars 1803, au fort Saint-Charles.
temps était organisé un tribunal d’appel comprenant neuf juges et un président, et trois tribunaux de première instance, un à la Basse-Terre, un à la Pointe-à-Pitre, un autre à Marie-Galante.
Par suite de la rupture de la paix d’Amiens, les attaques des Anglais contre nos possessions des Antilles ne tardèrent pas à recommencer. L'amiral Cochrane s’empara de Marie-Galante le 2 mars 1808 et repoussa les Français qui avaient tenté de l’en chasser.
Au mois d’avril 1809, ce furent les Saintes qui tombèrent au pouvoir de l’ennemi, malgré les efforts du vaillant capitaine Troude. Enfin, le 4 février 1810, un corps de 5,000 Anglais, commandé par Cochrane et le général Beckwith, débarquèrent à la Guadeloupe dont ils prirent tranquillement possession, le capitaine général Ernouf n’ayant pris aucune mesure pour les repousser. Cet officier fut renvoyé en France pour y passer devant un conseil de guerre ; mais, par suite de la difficulté de se procurer des pièces et des témoins qui se trouvaient au delà des mers, l’instruction du procès dura jusqu’en 1814. A cette époque, Ernouf s’étant rallié au nouveau gouvernement obtint, à grandpeine il est vrai, une ordonnance de non-lieu, rédigée d’ailleurs en termes très sévères pour cet officier général.
La Guadeloupe, cédée le 3 mars 1813 à la Suède, qui n’eut pas le temps d’en prendre possession, fut rendue à à la France le 30 mars 1814.
L’amiral Linois. — Au mois de décembre suivant, l’Angleterre faisait remise de la colonie au contre-amiral Linois’ qui venait d’en être nommé gouverneur et qui dut capituler l’année suivante, lorsque la flotte britannique se présenta à la Basse-Terre.
Ce n’est que le 25 juillet 1810 que la Guadeloupe redevint définitivement colonie française; le gouvernement de
LA GUADELOUPE
la Restauration y rétablit les choses telles qu’elles étaient avant 1789 et, quelques années après, y imposa, comme on le verra plus loin, un régime spécial dit régime des ordonnances.
Situation de la colonie en 1818. — En 1818, la situation de la colonie était la suivante. Ee nombre d’hectares mis en culture était de 32,437, dont 17,367 en cannes, 4,988 en café, 69 en cacao, 3,248 en coton et 6,363 en plantes vivrières. Le commerce avec la France s’élevait à 26,230,947 francs, dont 18,214,283 francs pour les importations de la colonie dans la métropole. Ces 18 millions de francs représentaient 18,939,082 kil. de sucre brut, 2,967,723 kil. de sucre terré, 674,232 kil. de tafia, 980,710 kil. de café, 11,701 kil. de cacao, 229,770 kil. de coton, 328 kil, de clous de girolle et 114,963 kil. de bois divers.
Le numéraire était rare à cette époque et les pièces de monnaie en usage provenaient des colonies espagnoles. La- gourde en argent, d’une valeur de 3 francs et quelques centimes, avait été divisée, pour faciliter les échanges, en quatre parties de forme triangulaire, représentant chacune un peu plus de vingt-cinq sous. Il y avait également le doublon d’or, valant environ 83 francs. Quant aux pièces françaises, celles de I franc, 2 francs et 3 francs étaient fort rares et celles de 20 francs inconnues.
Cyclone du 26 août 1823. — Le 26 août 1823, sous le gouvernement du contre-amiral Jacob, la colonie fut dévastée par un ouragan d'une violence extrême.
En deux heures à peine (de 9 heures à 11 heures du matin), la Basse-Terre fut bouleversée; des torrents d’eau s’abattirent sur toute la contrée et une secousse de tremblement de terre augmenta l’effroi général. Les rues de la ville étaient recouvertes par plusieurs mètres d’eau et, sur neuf cents maisons, dix seulement restèrent debout.
Un grand nombre de personnes périrent dans cette catastrophe et le commerce fut entièrement ruiné.
Marie-Galante et les Saintes souffrirent également de l’ouragan, mais la Pointe-à-Pitre fut épargnée.
L’amiral des Rotours, le baron Vata'ble. — L’année suivante, quelque temps après l’arrivée du contre-amiral Angot des Rotours qui avait succédé à l’amiral Jacob, une terrible épidémie de fièvre jaune éclata dans l’ile et exerça principalement ses ravages à la Rasse-Terre, où le 31e de ligne eut 644 hommes atteints, sur lesquels 197 succombèrent.
En 1827 et en 1828, furent rendues plusieurs ordonnances destinées à régler le régime du gouvernement, de l’administration et de la garde des colonies. Ces ordonnances, au nombre de sepl, traitaient des matières suivantes : 1° Organisation nouvelle du gouvernement et formation d’un comité des colonies (ordonnance du 9 février 1827); — 2° mode de procéder en matière criminelle (4 juillet 1827); — 3° sévérité recommandée aux tribunaux contre ceux qui se livrent à la traite des noirs (1er août 1827); — 4° formation de l’infanterie de marine pour le service des colonies (17 août 1828); — 5° nouvelle organisation judiciaire (24 septembre 1828) et introduction des cinq codes; — 6° établissement de l’administration de l’enregistrement; — 7° organisation sur le régime hypothécaire dans les colonies.
Au contre-amiral des Rotours succéda comme gouverneur, en janvier 1830, le baron Valable, maréchal de camp des armées du roi, qui avait été à plusieurs reprises commandant militaire de la colonie.
Mais ce dernier ne resta qu’une année en fonctions, le gouvernement de Juillet l’ayant remplacé, le 8 juillet 1831, par le contre-amiral Arnous-Dessaulsay.
LA GUADELOUPE
Le nouveau régimejprépara l’abolition de l’esclavage en développant chez les noirs l’instruction primaire, en adoucissant leur sort, enfin en simplifiant, dans une certaine mesure les formalités de l’affranchissement, ce qui permit de donner la liberté à un nombre assez considérable d'individus; de 1 830 iVl 832, il y eut à la Guadeloupe 3,077 affranchissements et à la Martinique 3,596.
En 1833, une loi 'qui n’était d’ailleurs que l’application
Une habitation de plaisance.
des dispositions de la charte de 1830, remplaça dans certaines colonies, dites colonies à législature (Martinique, Guadeloupe et Réunion), les conseils généraux, dont les membres étaient nommés par le roi sur la présentation des conseils municipaux, par des conseils coloniaux, élus parles collèges électoraux spéciaux, constitués, comme en France, d’après le cens. Ces conseils nommaient ensuite des délégués près de la métropole. Une autre loi, en date du 10 octobre 183o. affranchit de tous droits de douane à
leur entrée en France les sucres provenant de la Martinique et de la Guadeloupe.
Le commissaire Jubelin. — Un nouveau gouverneur, le commissaire général Jubelin, arriva dans" la colonie le 3 juin 1837; son administration fut signalée par l’apparition de la fièvre jaune qui sévit cruellement à la Guadeloupe, pendant qu’un tremblement de terre faisait de nombreuses victimes à la Martinique. 11 ordonna qu’on fît le recensement de la population libre et esclave, et l’on en profita pour consl ituer l’état civil de tous les habitants de î ace noire.
Une ordonnance royale, du 11 juin 1839, vint modifier les formalités de l’affranchissement. Depuis l’année 1831 , on avait libéré près de 34,000 esclaves, sans s’inquiéter de leur moralité; l’ordonnance du 11 juin eut pour but de ne permettre que l’affranchissement des noirs qui auraient mérité leur liberté par une bonne conduite et un travail assidu.
En même temps on augmentait le nombre et la longueur des routes et on établissait des ponts sur la plupart des cours d’eau qui les traversaient.
Le contre-amiral Gourbeyre. — - Fatigué par plusieurs années de séjour aux colonies, tant à Cayenne qu’à la Guadeloupe, M. Jubelin demanda à rentrer en France et fut remplacé, le 13 juin 1841 , par le contre-amiral Gourbeyre, gouverneur de la Guyane française.
M. Gourbeyre arrivait dans l’ile au moment où la situation des colonies à esclaves devenait de plus en plus critique, non seulement à cause de la question des travailleurs, dont le nombre diminuait déjà considérablement, mais à cause du régime douanier peu favorable à la prospérité de l’industrie sucrière.
Tremblement de terre et incendie de la Pointe-a-Pitre. — C’est quelques mois après son arrivée que survint à
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la Pointe-à-Pitre un désastre effroyable dont le contrecoup se lit sentir sur l’ile tout entière.
Le 8 février 1843, à 10 heures 35 minutes du matin, la ville de la Pointe-à-Pitre fut complètement détruite par un violent tremblement de terre. Les secousses, très fortes, durèrent 70 secondes et, pour comble de malheur, au moment où toutes les maisons s’écroulaient, formant des monceaux de ruines, le feu se déclara et se propagea avec une rapidité extraordinaire. •
Toutes . les habitations disparurent, tous les édifices furent détruits; seule, la façade de l’église resta debout, avec son horloge dont les aiguilles, arrêtées au début du cataclysme, permirent d'établir l’heure précise où fut ressentie la première oscillation.
La conduite des habitants et des fonctionnaires fut admirable et l’on cite principalement le gouverneur, M. Gourbeyre, le contre-amiral Demoges, gouverneur de la Martinique, et M. Cliampy, maire de la ville.
Le nombre des blessés s’éleva à plus de 1,500; quant à celui des morts, on l'évalue à environ 3,000. Pour les survivants, des tentes furent dressées tout le long de la mer et des rations de biscuit furent distribuées. En outre, afin d’éviter la famine, qui devenait dès lors imminente, des secours en argent et en vivres étaient envoyés de la Martinique; on expédia également des bois de construction, de de Brest, de Toulon et de Rochefort. De son côté, la métropole vota d’urgence une somme de 2 millions et demi et le ministre de la marine lit partir plusieurs transports comprenant des médicaments et 1 million de rations. Enfin, une souscription publique était ouverte en France, sous le contrôle d’un comité composé de la manière suivante :
Président d’honneur : Son Excellence le baron Roussin, amiral de France, ministre de la marine.
Président : le vice-amiral de Mackau ; — membres : MM. le vice-amiral Arnous et le commissaire général Jubelin, anciens gouverneurs de la Guadeloupe; baron Ch. Dupin, président du Comité des colonies; Lebote, Mauguin, Janvier, députés; Aube, président de la chambre de commerce de Paris ; Desmiral et Deschazelles, délégués de la Guadeloupe ; Collier, régent de la Banque de France; F. Delessert, négociant; — trésorier : M. Marbeau, trésorier général des invalides de la marine; — secrétaire : M. Leguel, commissaire de la marine.
Les maisons de banque ouvrirent leurs bureaux et les journaux leurs colonnes à cette souscription, qui produisit plus de 500,000 francs1.
A la Basse-Terre, plusieurs maisons furent fortement endommagées et, sur la Grande -Terre, le Moule, Saint- François, Sainte-Anne, Sainte-Rose, le Port-Louis, le Petit- Bourg et FAnse-Bertrand furent bouleversés et en partie détruits.
A la Pointe, les soldats de la garnison de l’île furent employés au déblaiement et à la construction de baraquements en bois, et la réédification de la ville marcha aussi rapidement que possible. Le 4 septembre 1844, le nombre des maisons reconstruites s’élevait à 431, d’une importance variant entre 6 et 13,000 francs; de plus, 173 autres étaient en construction et devaient être terminées à la fin de l’année. Le 1er janvier 1845, les deux tiers de l’ancienne ville étaient entièrement réédifiés.
Mort de Gourbeyre. — La série des catastrophes n’était pourtant pas close : le 26 août 1844, un violent incendie détruisit plusieurs quartiers de la Basse-Terre, et, quel-
1. Quelques colonies étrangères, en tète desquelles il convient de citer la Havane et Porto-Rico, vinrent également eu aide à nos malheureux colons.
ques mois plus tard, le gouverneur Gourbeyre était emporté en onze jours par une fièvre typhoïde (7 juin 184b)1.
Son successeur fut le capitaine de vaisseau Layrle, qui, comme Gourbeyre et Jubelin, quittait pour le gouvernement de la Guadeloupe celui de la Guyane française. Vers cette même époque (18 juillet 1845), une loi, autorisant le rachat progressif îles esclaves aux propriétaires fonciers, en régla les conditions et soumit toutefois le nègre affranchi à une obligation de travail d’une durée de cinq années; de même une ordonnance réglementait rinlroduction dans la colonie de cultivateurs européens.
Situation critique de la colonie. — Malheureusement les engagements pris au sujet de l’obligation du travail pendant cinq ans ne furent pas tenus; l’agriculture et l’industrie en souffrirent et la production du sucre tomba, en 1847, de 37,894,598 kilog. à 20,453,742 kilog. Cependant, la population s’accroissait toujours et était, d’après le recensement opéré au cours de cette même année, de 129,109 individus, dont 41,357 hommes libres et 87,752 esclaves.
Pour contraindre les affranchis à observer la loi qui leur avait été imposée, le gouverneur dut créer des ateliers de discipline, où ceux-ci étaient employés pendant une durée du temps égale à l’obligation qu’ils avaient acceptée en recevant leur liberté.
Abolition de l’esclavage. — En 1848, le gouvernement provisoire, qui avait remplacé, à Paris, le roi Louis-Philippe, déclara, le 4 mars, qu’aucune terre française ne pouvait porter des esclaves, et institua une commission de cinq membres (MM. Schœlcher, président, Mestro, Pé-
1. Le 4 novembre 1844, nu cyclone dévasta une partie des autres Antilles, Porto-Kico, Cuba, la Jamaïque et Saint-Domingue; la Guadeloupe, l’une des premières, leur envoya d'importants secours.
rinon, Gaumont et Gastine), pour préparer l’acte d’émancipation (les esclaves dans les colonies françaises.
Get acte fut promulgué le 27 avril suivant et arriva dans la colonie au mois de juin. Mais l’abolition avait déjà eu lieu à celte époque; car, en présence des événements politiques, il était devenu manifeste qu’elle 11e pouvait être retardée et le gouverneur de la Martinique l’avait proclamée de son propre fait.
A la Guadeloupe, le contre-amiral Layrle, gouverneur, fit bientôt de même et l’ordre ne fut pas troublé. Cependant la situation financière et industrielle empira d’autant ]> 1 us que le gouvernement métropolitain qui avait décidé que chaque propriétaire recevrait 300 francs payables à dix ans pour chaque tête d’esclave libéré, ne se pressait guère de remplir ses engagements1.
Les successeurs de Layrle au gouvernement de la Guadeloupe avaient été, le a juin 1848, le commissaire Gastine et, le 12 oclobre suivant, le colonel Fiéron. Mais bientôt le cabinet métropolitain décida le rétablissement du gouvernement général des Antilles avec résidence à Fort-de-France et le poste fut confié au contre-amiral Bruat; le représentant de ce dernier à la Basse-Terre fut le capitaine de vaisseau Fabre et, plus tard, le colonel Fiéron, dont il a été question précédemment.