L.V PREMIÈRE ÉLECTION LÉGISLATIVE A LA GUADELOUPE
Dans le courant de l’année 1849, il fut procédé à l’élection des deux députés que, d’après la nouvelle loi, la colonie devait envoyer siéger à la Chambre des représentants à Paris; les deux élus furent MM. Schœlcher et Périnon.
1. La somme votée par rassemblée était de 80 millions de capital et 2 millions de rente, au total 120 millions à répartir sur les propriétaires des esclaves de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de Bourbon ; c'était 500 francs par tête ; en 1838, l’Angleterre avait payé 25 1. t. 15.
LA GUADELOUPE
Dans l’île même, le jour du scrutin se passa tranquillement ; mais, à Marie-Galante, il donna lieu à quelques troubles que l’amiral Bruat et le commandant Fabre crurent devoir réprimer par la force. Au sujet des élections, des protestations furent envoyées par plusieurs électeurs à l'Assemblée nationale. Celle-ci, malgré l’énorme majorité obtenue par MM. Schœlcher et Périnon (14,498 et 14,093
La rivière aux Herbes.
sur 18,438 votants), vota l’invalidation de ces deux représentants qui furent d’ailleurs réélus aux élections suivantes.
Les droits sur les sucres. — Une des premières questions dont l’Assemblée nationale dut s’occuper fut celle des sucres, qui donna lieu à une lutte très vive entre les partisans de la production indigène (sucre de betterave) et ceux de la production coloniale (sucre de canne). Finalement on adopta les dispositions suivantes :
11 fut décidé que la richesse du sucre serait déterminée
à l’aide du saccharimètre qui permettait d’établir d’une façon équitable chacune des catégories de ce produit; le sucre indigène fut coté à 95 degrés, les autres à 90.
En outre, les droits à acquitter étaient fixés à 50 francs par quintal de sucre pur.
Le sucre colonial devait, pendant 4 ans, à partir de la promulgation de la loi, payer 6 francs de moins par quintal que le sucre indigène; le sucre étranger devait acquitter, pour ce même poids, M francs de plus que le sucre indigène.
De la sorle les sucres de nos colonies devaient payer 17 francs de moins par 100 kilos que ceux des colonies étrangères.
Réorganisation des colonies. — Cyclone du 22 septembre 1852. — Peu de temps après, une nouvelle loi organique coloniale était proposée. Elle donnait aux gouverneurs des pouvoirs plus étendus, créait l’organisation municipale des communes, rétablissait un conseil général élu parles habitants et réglait les dépenses de souveraineté et les dépenses locales de chaque colonie.
A la fin de cel l e même année, le colonel Fiéron fut rappelé en France et remplacé par un capitaine de vaisseau, M. Aubry-Bailleul, qui resta en fonctions jusqu’au 13 décembre
Au moment où M. Aubry-Bailleul arrivait à la Guadeloupe, le Saint-Siège, sur la demande du gouvernement français, érigeait en évêchés les villes de la Basse-Terre et de Fort-de-France.
Cependant la situalion économique ne s’améliorait pas1 et l’on pensa remédier au mal en faisant usage de tra-
1. Cette année-là, la production du sucre qui avait été de 37 millions de kilogrammes en 1847, de 20 millions eu 1848, de 17 millions en 1849, tomba brusquement à 13 millions.
vailleurs venus du dehors. C’est alors que le comité des Colonies de la métropole, puis le Conseil d’État, réglementèrent, l’immigration par des décrets en date du 13 février et du 27 mars 1852 et déterminèrent les conditions dans lesquelles avaient lieu les immigrations, c’est-à-dire les engagements des travailleurs, leur transport, leur nourriture à bord des bâtiments, leur séjour dans les colonies et leur rapatriement.
Dans le courant de cette même année 1852, la malheureuse ville de la Pointe-à-Pitre fut de nouveau dévastée par un cyclone (22 septembre). Par bonheur, les dégâts furent exclusivement matériels et portèrent plutôt sur les édifices que sur les habitations particulières.
A la fin de 1853, M. Aubry-Bailleul demanda à rentrer en France et l’empereur Napoléon III lui donna pour successeur le capitaine de vaisseau Bontils, sous le gouvernement duquel furent promulgués : le sénatus-consulte du 3 mai 1854, réglant l’organisation administrative de nos trois colonies, la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion, le décret du 10 janvier 1854 sur l’assistance judiciaire, celui du 24 juillet de la même année, concernant les conseils généraux coloniaux, enfin le décret du 24 juillet 1854, organisant auprès du ministère de la marine, à Paris, un comité consultatif h
Encouragements a l’agriculture. — Afin de développer l’agriculture de la Guadeloupe, le commandant Bouffis décida qu’une subvention de 1000 francs serait accordée à tout individu qui aurait défriché et planté en caféiers au moins 5 hectares de terre; il supprima en outre l’impôt qui frappait lourdement la production et l’égrenage du coton; enfin il chercha à favoriser la production de la cochenille.
1. Le sénatus-consulte du 3 mai 1854 fut en partie modifié par un autro sénatus-consulte en date du 4 juillet 18GG.
L’immigration. — Grâce aux différentes mesures, qui avaient été prises depuis un certain nombre d’années, la situation de la colonie s’améliora et devint même prospère vers 1858, après qu’on eut réussi à amener dans l’ile une quantité suffisante d’immigrants.
L’introduction de travailleurs français et celle de travailleurs des Canaries, tentées successivement, ne parvinrent pas à accroître la population agricole de file.
Il fallut alors avoir recours à l’Afrique, à l’Inde et à la Chine. Mais les Chinois se tirent marchands, les gouvernements européens s’aperçurent que la traite des noirs reprenait de plus belle sur la côte d’Afrique sous prétexte d’immigration et l’on dut se contenter des Indiens. Toutefois cette émigration ne put se faire sans quelques observations de l’Angleterre et les cabinets de Paris et de Saint-James s’entendirent entre eux au sujet de la réglementation de cette question.
En 1858, le nombre des immigrants était de 3,645, dont 2,806 Indiens, 689 noirs d’Afrique et 141 Madériens.
Les derniers gouverneurs. — Le capitaine de vaisseau Touchard, qui avait succédé le 5 mars 1857 au commandant Bonfiis, ne resta pas longtemps dans la colonie; il demanda son rappel en France et fut remplacé par le colonel Frébault, de l’artillerie de la marine, qui fut promu général un peu plus tard (o janvier 1860 — 26 août 1861).
Un des premiers soins de M. Frébault. lors de son arrivée dans file, fut l’établissement des droits sur les spiritueux qui rapportent au budget local près de 1 ,300,000 francs par an; en même temps il cherchait à développer l’importance commerciale du port de la Pointe-à-Pitre et le réseau des voies de communication.
Après lui vinrent les gouverneurs civils de Lormel et Couturier. C'est à ce dernier, qui resta dix ans en fonc-
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lions, que l’on doit une partie des travaux qui ont contribué en ces dernières années à la prospérité de la colonie, et particulièrement la reconstruction de la Pointe-à-Pitre après le terrible incendie qui la dévora en 1871 ; quant au dessèchement et à la disparition du canal Vatable qui entourait cette même ville d’une ceinture pestilentielle,
La rade dos Saintes.
on les doit principalement au maire, M. le docteur Manne.
Personnages célèbres. — Dugommier. — Disons, avant de terminer ce chapitre, quelques mots de certains hommes qui ont vu le jour à la Guadeloupe et qui, par leur notoriété ou leurs talents, méritent une mention spéciale,
Le plus célèbre est Jean-François Coquille Dugommier, qui naquit aux Trois-Rivières pendant l’année 1736. A l’âge de Ireize ans, il était entré au service, qu’il quitta un quart de siècle après, avec la croix de Saint-Louis; il
AMERIQUE
s’était retiré dans son pays, où il possédait quelques propriétés quand survint la révolution de 17S9. Il embrassa avec ardeur les idées nouvelles, devint le chef d’un des partis politiques de la Guadeloupe, passa à la Martinique avec un corps de volontaires et vint de là en France, au commencement de l’année 1792, comme député deFort-de- France. Mais il ne siégea pas à l’Assemblée et reprit du service dans l’armée. Nommé général de brigade et envoyé en Italie, Dugommier se distingua à plusieurs reprises et mérita le grade de général de division. Quelques mois après, la Convention lui confiait la direction du siège de Toulon, pendant la durée duquel il remarqua le jeune chef de bataillon Bonaparte, qu’il signala à plusieurs reprises aux commissaires de la République et proposa pour le grade de général de brigade.
De Toulon, il passa à Farinée des Pyrénées-Orientales, dont il reçut le commandement en chef. Il reprit Collioure, Port-Vendres, le fort Saint-Elme, Bellegarde et fut tué en 1794, à la bataille de la Montagne-Noire, aux côtés et sous les yeux de son chef d’état-major et ami, l’adjudant général Aulesserre, qui devint plus tard commandant de la subdivision de Marseille, puis gouverneur des Invalides de Louvain.
Gobert et Bouscarcn. — Deux autres généraux furent: Robert, qui naquit à la Basse-Terre en 1769, se distingua à la Guadeloupe même, lors de l’expédiliQn de Richepanse en 1802, puis en Allemagne pendant la campagne de 1806 et fut tué à Baylen, le 22 juillet 1808; — et Bouscaren, qui sortit de l’École polytechnique en 1826 et lll presque toutes les guerres d'Afrique aux côtés de Lamoricière.
Le chevalier de Saint-George. — Un homme également connu par son caractère chevaleresque, sa science musicale, ses talents pour l’escrime, la danse, l’équitation, le
LA GUADELOUPE
tir, le patinage, est le chevalier de Saint-George, mulâtre, né à la Basse-Terre en 1743. Son père, le fermier général de Boulogne, l’avait amené à Paris et lui avait fait donner une éducation brillante.
Saint-George parvint à se lier avec le duc de Chartres — plus tard duc d’Orléans — qui l’attacha à sa personne comme capitaine de ses gardes, et il profita de cette amitié pour faire jouer quelques partitions d’opéra-comique qu’il avait composées.
Lorsque la Révolution arriva, il leva un régiment de cavalerie, le 13e chasseurs, dont il devint colonel et fut arrêté, puis emprisonné, en 1794.
Rendu à la liberté après le 9 thermidor, Saint-George tomba dans la misère et finit par mourir de chagrin. et d'épuisement quelque temps après.
Armand Barbés. — Signalons également Armand Barbes, homme politique, né en 1809 à la Pointe-à-Pitre; affilié à plusieurs sociétés républicaines, au service desquelles il employait sa fortune, Barbés fut poursuivi par le gouvernement do Juillet, comme ayant coopéré à l’insurrection du 12 mai 1839, dont il était d’ailleurs l’un des organisateurs. Condamné par la Cour des pairs à la peine de mort, qui fut ensuite commuée en une prison perpétuelle, Barbés ne fut rendu à la liberté qu’en 1848. Il devint député de l’Aude et fut de nouveau poursuivi et condamné à la déportation. Il subit sa peine à Belle-Isle en Mer, puis au Mont Saint-Michel, fut gracié en 1834 et se retira à l’étranger où il vécut jusqu’à sa mort.
Peintres et littérateurs. — • Enfin, dans le monde des lettres et des arts, il convient également de citer :
Bébian (1789-1834), qui fit de remarquables travaux sur les sourds-muets et devint plus tard directeur de cette institulion.
Léonard (1744-1793), de la commune de Sainte-Rose, poète de talent, qui s'est exercé particulièrement dans l’idylle et la pastorale.
Ctmpenon (1772-1843), autre poète, auteur de la Maison des champs et de l’Enfant prodigue; il fut poursuivi, sous la Révolution, pour avoir publié une chanson en faveur de Marie-Antoinette et dut se réfugier en Suisse. Plus tard, il devint commissaire impérial de i’Opéra-Comique, censeur, et membre de l’Académie française.
Lcthière (1760-1832), peintre d’histoire et de paysage qui obtint le grand prix de peinture en 1786, devint directeur de l’Académie de France à Rome et membre de l’Institut.
Privât d’Anglement, le chroniqueur parisien né à Sainte- Rose.
Enfin Tkimanoir, auteur dramatique dont le véritable nom était Philippe-François Pinel (1806-1863). C’est à lui que Déjazet dut la plus grande partie de ses meilleurs rôles; ses pièces les plus célèbres sont lndiana et Charlemagne, les Premières Armes de Richelieu, la Marquise de Prétintai lie, le Camp des Bourgeois, et ses collaborateurs principaux : Scribe, Dennery, Barrière, Clairvi lie, Bayard, Siraudin et/nicet Bourgeois.
Un scorpion.
Vue do Capcstcrro.