Partie politique et administrative
La Guadeloupe en 1839. —'Régime des esclaves sur les habitations. — Répartition des esclaves dans l'îlc. — Organisation générale do la colonie. — La Guadeloupe en 1889. — Le sénatus-consulte de 1854. — Les chefs do service de la colonie. — Leurs attributions. — Gouvernement. — Justice. — Instruction publique. — Cultes. — Services financiers : enregistrement, douanes, contributions, postes. — Service des ports. — Service des travaux publics. — Services divers : Immigration, police : prison ; service sanitaire ; hôpitaux et hospices ; bureau de bienfaisance; imprimerie du gouvernement. — - Service administratif et inscription maritime. — Service de santé et hôpitaux militaires. — ■ Trésor. — Services militaires. — Sapeurs - pompiers. ■ — Institutions diverses. — Divisions administratives. — Population. — Villes principales. — La Pointe-à-Pitre. — La Basse-Terre. — Le Moule. — Moyens de défense do la colonie.
La Guadeloupe en 1839. — Avant de commencer l’exposé de l’organisation politique et administrative actuelle, il peut être ulile, croyons-nous, de dire quelques mots de cette même organisation telle qu’elle était, il y a un demi-siècle, lorsque nos colonies possédaient encore des esclaves.
En 1839, la situation (le ces derniers était déjà bien différente de ce qu’elle était à la fin du xvme siècle.
Les ordonnances successives, rendues par le gouvernement de Juillet, avaient apporté un grand soulagement à l’état de ces malheureux et avaient rendu les affranchissements plus faciles.
A l’époque dont nous parlons, le Code noir, promulgué par Colbert au mois de mars 1683, était tombé en désuétude; on avait vu remplacer ou abroger un grand nombre de ses articles. L’ordonnance du lor mars avait supprimé la taxe qu’il était d’usage de payer comme droit d'affranchissement; une autre ordonnance, celle du 12 juillet 1832, régla les conditions et la forme de ces affranchissements. Une troisième, en date du 30 avril 1833, abolit la peine de la mutilation et celle de la marque à l’égard des esclaves. Enfin, d’autres encore, parmi lesquelles il convient de citer celles du 4 août 1833, concernant le recensement des noirs, du 29 avril 1836, traitant de l’affranchissement des esclaves amenés des colonies en France, et indiquant les noms et prénoms à donner à ceux qui sont admis à jouir de la liberté, complétèrent cette législation spéciale.
D’après l’ordonnance du 12 juillet 1832, citée plus haut, l’affranchissement résu liait d’une déclaration spéciale du maître portant désistement de ses droits sur l’esclave. Au bout de six mois, s'il n’y avait ni réclamation ni opposition, ou si ces. dernières étaient reconnues non fondées, le noir, objet de la déclaration, était définitivement inscrit comme individu libre sur les registres de l’état civil et recevait de l’autorité locale un titre spécial d’affranchissement.
Régime des esclaves sur les habitations. — En 1839, le régime des esclaves dans les habitations était généralement assez doux; d’ailleurs, la question d’humanité mise
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à part, chaque maître avait intérêt cà prendre de ceux-ci un soin particulier.
Les nègres étaient, pour le travail, divisés en un certain nombre d’équipes qui prenaient le nom d’ateliers. Ils se mettaient à l’ouvrage au lever du soleil, se reposaient ou dormaient pendant trois heures environ dans le courant de la journée, puis reprenaient leur besogne qui cessait avec le jour. Les heures de travail étaient calculées de façon à ne pas dépasser, pour chaque individu, neuf heures sur vingt-quatre.
Le maître devait à ses noirs le logement, la nourriture et le vêtement.
Chaque esclave recevait, par an, deux habillements complets. En outre, des cases étaient affectées à chaque famille ou à chaque individu célibataire; les cases de ces derniers étaient alors de dimension plus petite, ou bien deux ou trois nègres logeaient ensemble dans une case ordinaire.
A chaque individu mâle ou femelle, il était alloué une certaine étendue de terrain réservé à son usage exclusif pour être cultivé en plantes vivrières; ce terrain se trouvait toujours, soit autour, soit à proximité de la case d’habitation. Dans ce cas, le maître était dans l’obligation de donner aux esclaves ainsi pourvus d’un terrain une journée par semaine, en dehors du dimanche, pour pouvoir donner ses soins à ce jardin, mais alors il n’avait à s’occuper en aucune façon de la nourriture de ces esclaves.
Ceux qui, de leur propre gré ou pour toute autre raison, ne possédaient point de jardin, recevaient chaque semaine, de leur propriétaire, une quantité déterminée de viande salée, de poisson salé ou de morue, et de riz ou de farine de manioc ou de maïs.
Ainsi, ceux qui étaient nourris par le maître travail-
laient six jours par semaine; ceux qui devaient pourvoir' eux-mêmes à leur subsistance disposaient du dimanche et d’un jour de la semaine.
En outre, lorsque le maître ou le commandeur de la plantation était satisfait du travail de tous les nègres d’un atelier, ou de plusieurs d’entre eux, il leur accordait, de temps en temps, à titre de récompense, la disposition d’une après-midi.
En droit, les esclaves ne pouvaient rien posséder; louf ce qu’ils avaient était à leur maître; mais, en fait, il en était autrement.
La plupart d’entre eux, surtout les esclaves mariés, possédaient des volailles, des porcs, voire même des bestiaux ou du bétail. Quelques-uns avaient des cases meublées avec un certain confort et un certain luxe; enfin, les négresses, qui en avaient le moyen, se livraient à des dépenses de toilette qui allaient parfois jusqu’au luxe.
Il existait aussi, sur chaque habitation, selon l’importance de celle-ci, un hôpital ou une infirmerie qù les esclaves malades ou blessés recevaient les soins nécessaires; de plus, les noirs infirmes, les vieillards, les enfants et les femmes enceintes étaient, selon le cas exempts de service ou employés à des travaux légers.
Répartition des esclaves dans l’île. — En 1839, le nombre <1ps esclaves résidant à la Guadeloupe était de 96,322 dont 11,741 dans les villes et 84,581 sur les propriétés rurales.
4,000 environ étaient ouvriers d’art ou employés à de gros travaux de construction ou de réparation; 1,600 étaient journaliers, c’est-à-dire loués par leurs maîtres à certains petits propriétaires; 1,400 étaient marins; 1,100 étaient pêcheurs; 4,900 étaient domestiques.
Quant à la répartition de ces esclaves dans les divers
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arrondissements ou communes de la colonie, le tableau suivant en donnera une indication sommaire1.