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CHAPITRE II

Description géographique et ethnographique.

Situation géographique. — La rivière Salée. — Aspect général du pays.

— Description géologique. — - Guadeloupe proprement dite : lo littoral.

— Les montagnes. • — Les rivières. — Grande-Terre : les côtes. — Les Grands-Fonds de Sainte-Anne. — Les canaux. — Les îlots. — Dépendances de la Guadeloupe. — Marie-Galante. — Les Saintes. — La Petite-Terre, — La Désirade. — Saint-Barthélemy. — Saint-Martin. — Faune. — Flore.— Voies de communication. — Origine de la population. — Langage. — Les Caraïbes.

Situation géographique. — Notre colonie de la Guadeloupe est située dans l’océan Atlantique par 15° 59' à 10°31' de latitude nord, et 63° 32' à G4°9' de longitude ouest. Elle fait partie, comme la Martinique, la Désirade, Marie- Galante, les Saintes, Sainte-Martin et Saint-Barthélemy, des Petites Antilles ou Iles du Vent.

La rivière Salée. — L'ile elle-même —

nous verrons

plus tard ses dépendances — est divisée en deux parties par un petit bras de mer, dont la longueur est d’environ 11 kilomètres et dont la largeur varie entre 30 et 120 mètres seulement. Ce bras de mer, dont la largeur est, comme l’on voit, celle d’un cours d’eau ordinaire, a été appelée, pour cette raison même, la rivière Salée; sa profondeur, qui n’est que de 5 mètres, ne la rend accessible qu’aux bât iments d’un faible tonnage et. d’ailleurs, ses deux extrémités sont obstruées par des hauts fonds qui en rendent l’entrée difficile,

La partie de la colonie qui se trouve à l’est de la rivière Salée a reçu le nom de Grande-Terre ; l’autre partie est la Guadeloupe proprement dite.

Aspect général du pays. - — L’aspect général de ces deux contrées offre un contraste singulier : à la Guadeloupe, des montagnes élevées, à l’aspect sauvage, la plupart couvertes de forêts, de nombreux torrents et pas de plaines; à la Grande-Terre, au contraire, un pays plat, sillonné de quelques rares filets d’eau, n’ayant de relief que dans sa partie méridionale.

Description géologique. — La nature de la Guadeloupe proprement dite est entièrement volcanique; les r o c 1 1 e s qui composent le sol des pics les plus élevés sont dès basaltes, des laves et des traehytes. On rencontre encore des roches primitives, telles que les porphyres, mais en petite quantité. Dans les vallées, le long des cours d’eau, sur la côte, le sol est entièrement composé d’alluvions, provenant de la désagrégation des roches des sommets.

A la Grande-Terre, au contraire, le sol, beaucoup moins ancien que celui de la 'Guadeloupe proprement dite, appartient aux terrains crétacés et Moreau de Jonnès estime que les superpositions des couches calcaires ont une épaisseur variant entre 325 et 390 mètres.

LA GUADELOUPE

Guadeloupe proprement dite. — Le littoral. — La Guadeloupe proprement dite, de forme ellipsoïdale, mesure 180 kilomètres de tour, 40 kilomètres de long et 27 kilomètres de large ; sa superficie est d’environ 94,600 hectares.

Son extrémité septentrionale se termine par un promontoire qui porte le nom de pointe Allègre; l’extrémité méridionale s’appelle la pointe du Vieux-Fort.

Tout le littoral nord de File est bas et sablonneux, laissant de temps en temps émerger des roches dont les principales sont la pointe Madame, la pointe Oranger et celle de la Grande Rivière à Goyaves. A partir de la pointe Oranger jusqu’à la rivière Salée, la côte est couverte de palétuviers, qui abritent les plantations de cannes contre l’air saturé de sel qui vient de la mer.

A l’ouest de la pointe Allègre, toute la partie occidentale de la Guadeloupe est au contraire très accidentée; les reliefs qu’elle présente sont ordinairement escarpés et s’élèvent parfois à une certaine hauteur. Les échancrures du rivage forment de temps en temps de petites criques qui pourraient à la rigueur devenir d’assez bons mouillages, mais en général la côte est peu hospitalière et accessible seulement, à cause des brisants qui la couvrent, aux petites embarcations.

De la pointe du Vieux-Fort à la rivière Salée, le rivage s’élève moins rapidement vers les hauts sommets de la chaîne de montagne qui recouvrent l’ile. Les plaines y sont larges et nombreuses et le littoral disparaît, comme sur la côte septentrionale, sous une bordure de palétuviers.

De la pointe Allègre à la pointe du Vieux-Fort, on rencontre successivement la Grande-Anse ; la pointe du Gros- Morne; l’anse Deslrayes, au fond de laquelle se trouve le bourg du même nom et où peuvent pénétrer de gros

navires'; la pointe Ferry, petit plateau boisé d’une vingtaine de mètres de hauteur; la rivière Caillou, qui baigne la plaine du même nom et le bourg de la Pointe-Noire; la rivière à Colas; le bourg de Pigeon; la rivière Bourseau; la pointe à Lézard; le bourg de Bouillante, dont le sous-sol est travaillé encore aujourd’hui par l’action volcanique et dont le territoire renferme «les sources d’eau chaude situées à proximité de la mer; l’anse à la Barque, où se réfugient, durant l’hivernage, les navires qui redoutent le séjour de la rade de la Basse-Terre; la rivière Beaugendre; la rivière et le bourg des Vieux-Habitants; la rivière du Plessis; le bourg du Bai 11 i f ; la rivière des Pères et enfin la ville de la Basse-Terre, siège du gouvernement de la colonie, entre la rivière aux Herbes et la rivière du Galion.

La pointe du Vieux-Fort, formée de roches noirâtres, de nature ferrugineuse, est assez redoutée des marins. A partir de cet endroit jusqu’à la rivière Salée, on remarque la pointe à Launay, le bourg des Trois-Rivières, mouillage des petites embarcations venant des Saintes; la pointe des Bananiers; l’anse Saint-Sauveur; la rivière du Carbet; la ville de Capesterre, l’une des plus peuplées de File, où résida pendant longtemps, au xviii0 siècle, l’associé, et beau-frère du gouverneur Houël, le marquis de Boisseret; la Grande Rivière de Capesterre, dont les deux bouches entourent la pointe du même nom; le bourg de Sainte- Marie, défendu par un banc de rochers appelé le Gros- Loup; la rivière et le bourg de la Goyave; la rivière de la Rose ; la rivière à Moustique ; le Petit-Bourg, point terminus de la route que suit la diligence de la Basse-Terre, — du Petit-Bourg, on gagne la Pointe-à-Pitre en canot : le trajet dure 40 à 50 minutes; — la rivière Lézarde; enfin la pointe Jarry.

LA GUADELOUPE. 137

Un petit cours d’eau, la rivière de Bon-Goût, coule sur la rive occidentale de la rivière Salée.

Au nord de l’ile, de la rivière Salée à la pointe Allègre, les seuls points remarquables sont : la baie Mahault, endroit marécageux et insalubre; la baie Cerceile; la baie du Lamentin, qui baigne le bourg du même nom; la Grande Rivière à Goyaves, la plus considérable de L’ile,

La rivière du Galiou.

que les bateaux peuvent remonter jusqu’à 9 kilomètres dans l’intérieur; la pointe Granger; la ville de Sainte-llose, située au centre d’une des parties les plus fertiles de la colonie; la rivière la Ramée et la pointe Madame.

La Grande Rivière à Goyaves, la rivière de la Goyave et la rivière Lézarde sont les trois seuls cours d’eau réellement navigables de l’ile.

Les montagnes. — La Guadeloupe est traversée dans toute sa longueur, c’est-à-dire du nord au sud par une

chaîne volcanique assez élevée. Les deux sommets principaux sont la montagne Sans-Toucher, centre du système orographique, et la Soufrière, qui atteignent, l’une 1 ,480 mètres, l’autre 1,484.

Au sud de la Soufrière s’élèvent le morne de la Madeleine (1,030 mètres) et la montagne du Trou-au-Cliien (440 mètres), très proche de la mer.

L’extrémité méridionale de la chaîne est séparée de la pointe du Vieux-Fort par une échancrure qui traverse la route de la Basse-Terre au Petit-Bourg et qui porte le nom de col de Gourbeyre; le terrain se relève ensuite brusquement pour former le mont Caraïbe (698 mètres) et le Houëlmont (424 mètres), qui dominent tous les deux la pointe du Vieux-Fort.

Le massif du Sans-Toucher comprend quatre pics différents, le petit et le grand Sans-Toucher, la Moustique et la Matélyane (ou morne Gourbeyre). Entre ce massif et la Soufrière se trouvent deux sommets d’une moindre hauteur. la montagne de la Grande-Découverte (1,260 mètres), celle de Capesterre, le Parnasse et le Gros-Morne (822 mètres). A l’ouest du Sans-Toucher, on remarque également la montagne aux Pailles. En se dirigeant de ce point de la chaîne vers le nord, on rencontre successivement le morne Bel-Air (861 mètres), la montagne à Beaugendre (643 mètres), les Sauts de Bouillante (1,122 et 1,034 mètres), le morne Saint-Jean, rameau de la chaîne principale qui sépare les deux bras supérieurs de la Grande Rivière à Goyaves, les Mamelles (773 et 719 mètres), le morne Pimont, la Couronne (800 mètres), les pitons Güyonneau (700 mètres) et Baille-Argent (610 mètres), l’ancien volcan de la Grosse-Montagne (720 mètres), enfin le piton de Sainte-Iiose (336 mètres). Sur la côte septentrionale, il existe en outre, au nord de la Grande

Rivière à Goyaves une colline assez élevée et assez longue qui porte le nom de Morne-Renfermé.

La plupart cle ces sommets sont d’anciens volcans; un seul, celui de la Soufrière, est encore en activité. Le cratère de celui-ci est situé sur un plateau d’un diamètre de 350 mètres, élevé de 1,458 mètres au-dessus du niveau de la mer, plateau que le point culminant du volcan dépasse encore de 26 mètres. A vol d’oiseau, ce dernier est éloigné de la Basse-Terre d’un peu moins de 10 kilomètres; il projette sans cesse des vapeurs sulfureuses d’une température de 94 à 96 degrés. Sur le plateau, qui offre de nombreux accidents de terrain, on trouve partout du soufre, qu’on recueille et dont on lire un petit profit. De ce point, on a une vue magnifique, non seulement on voit en mer tous les ilets et les petites îles situés aux environs, mais on peut même, par un temps clair, apercevoir à l’horizon les contours de la Martinique, éloignée de la Guadeloupe d’environ 109 kilomètres.

Les rivières. — - Les cours d’eau de cette partie de la colonie sont au nombre de 70, presque tous très poissonneux. La plupart d’entre eux, à peu près à sec ordinairement, se transforment pendant l’hivernage en torrents impétueux. Sauf les trois que nous avons cités plus haut, aucun de ces cours d'eau n’é’st navigable, mais un grand nombre d’entre eux est utilisé par l’industrie.

La rivière de Bon-Goùt tiré son nom de l’excellence de ses eaux; c’est chez elle que les bâtiments qui relâchent à la Pointe-à-Pitre viennent faire leur provision. Elle est large d’environ 25 mètres et navigable seulement sur une longueur de 800 mètres.

Quant à la rivière du Lamentin, elle n’est praticable que sur un parcours d’un kilomètre.

La Grande Rivière à Goyaves descend du massif du

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Sans-Toucher; elle traverse ainsi les deux tiers de Hle, formant une longue vallée, qui est assez étroite dans sa partie supérieure, mais qui s’élargit peu à peu, au fur et à mesure qu’elle avance vers la côte. Elle reçoit un certain nombre de petits cours d’eau, dont les principaux sont : le bras Saint-Jean, la ravine Chaude, le bras de Sable, la Petite Rivière, tous affluents de gauche. A 4 kilomètres environ avant de se jeter dans la mer, elle tourne brusquement dans la direction de l’ouest à l’est, courant au milieu des palétuviers; elle roule toujours une grande quantité de sable argileux provenant de la désagrégation de roches volcaniques de la chaîne du Sans-Toucher. Aussi son embouchure est-elle constamment embarrassée de terres alluvionnaires qui nécessitent des dragages constants afin de faciliter la navigation. Malgré cela, les rives de ces cours d’eau s’ensablent de plus en plus et, chaque année, la rivière gagne d’environ 10 à 15 mètres sur la mer. Sa largeur moyenne est de 60 mètres, sa partie navigable est de 7k,500.

En continuant de suivre la côte, d’abord dans la direction de l’ouest jusqu’à la pointe Allègre, puis dans la direction du sud, on rencontre une quantité de petites rivières qui n’ont aucune importance réelle. 11 faut cependant faire une exception pour la rivière du Plessis et la rivière des Pères.

La première est d’un aspect saisissant avec ses bords escarpés dans la partie haute, ses eaux claires et limpides, d’un goût excellent, et sa forêt de mangliers qui recouvre la partie basse de son cours. La seconde, qui déborde fréquemment, porte dans sa partie supérieure le nom de rivière Saint-Louis. Elle descend du morne de Gapesterre et reçoit deux affluents sur sa gauche; l’un est la rivière Rouge, qui prend sa source dans h* mont de la

Grande -Découverte et arrose le quartier du Matouba. 1 endroit le plus trais de lile, celui où ont été construites de nombreuses maisons de plaisance; l’autre, la rivière Noire, qui prend naissance à la Soufrière môme, forme, à 1,200 mètres environ du camp Jacob, une fort jolie cascade, qui a reçu le nom de cascade Vauchelet. A sa jonction avec la rivière des Pères, la rivière Noire forme

La Soufrière. — Cratère Sud.

le saut du Constantin, de 30 mètres de Sauteur, qui est devenu, depuis quelques années, un but d’excursion pour les touristes.

Entre les Trois-Rivières et la Capesterre se trouve la rivière du Carbet, dont la partie liante est la seule intéressante. On y admire particulièrement une cascade de près de 000 mètres, qui s’aperçoit de plusieurs kilomètres à la ronde; la rivière descend ensuite vers la mer en franchissant un vaste lac d’une lieue de tour, situé à 394

mètres au-dessus du niveau de la mer et appelé le Grand Étang.

Signalons ensuite la rivière de la Rose et la rivière à Moustique, remarquables par les atterrissements considérables de leurs embouchures. Là aussi, comme au petit delta de la Grande Rivière à Goyaves, la terre gagne chaque jour sur l’Océan. Les navires d’un très faible tonnage peuvent remonter la rivière à Moustique sur un parcours d’un kilomètre.

Citons enfin la Lézarde, dont la longueur atteint 150 mètres à l’endroit où elle se jette dans la mer et qui est navigable pour les chaloupes jusqu’à 3 kilomètres dans l’intérieur; — et la rivière du Coin, qui serpente au milieu de magnifiques plantations de bambous. Un des affluents de la Lézarde, la Trinité, peut également recevoir, pendant les 700 derniers mètres de son cours, de petites embarcations.

Grande-Terre. — Les côtes. — La Grande-Terre ressemble exactement à un triangle isocèle dont le sommet serait situé vers le sud-ouest, dont la base irait du nordouest au sud-est, et dont les trois côtés, au lieu d’être des lignes droites, seraient des courbes d’une forme concave, très accentuée à la base et sur le côté droit.

Elle mesure 48 kilomètres de l’est à l’ouest et 28 kilomètres du nord au sud; sa circonférence est de 246 kilomètres et sa superficie, de 63,631 hectares.

Comme on l’a vu précédemment, elle se compose de. terrains calcaires et sa configuration est généralement plate; en dehors des Grands-Fonds de Sainte-Anne, il n’existe dans la contrée que quelques mamelons de peu de hauteur.

En quittant la rivière Salée, pour gagner l’extrémité septentrionale de la Grande-Terre, on suit, une côte

LA GUADELOUPE

marécageuse et couverte de palétuviers jusqu’à l’endroit appelé la pointe Gris-Gris; on aperçoit alors une succession de sables et de roches; puis, à partir de la pointe Plate, ce sont des falaises sans aucune végétation qui s’enfoncent à pic dans la mer derrière une ceinture de brisants.

Les points à remarquer sur cette partie du littoral de l'ile sont la petite rivière Perrin, la pointe Macou, l’anse du Morne-à-l’Eau, qui baigne un bourg abandonné en partie à cause de l’insalubrité de ce pays, l’embouchure du canal des Rotours, qui mène au bourg de Grippon, l’anse du Figuier, la pointe Retz, la ville du Petit-Canal, l’entrée du canal Faujas, la pointe du Fer-à-Cheval, la pointe Gris-Gris, le Port-Louis, excellent mouillage pour les navires, la pointe d’Antigue, la pointe Plate, l’anse Bertrand, le Trou-aux- Vaches et la Roche-Percée, puis enfin la pointe de la Grande-Vigie.

La ligne de brisants qui entourent les falaises de cetle partie de l’ile de la pointe Plate à celle de la Grande- Vigie, offre une disposition particulière. La plupart des roches qui la composent, suffisamment élevées au-dessus du niveau de la mer, sont percées à jour par des sortes de grottes ou passages dans lesquels les eaux de la mer se précipitent en bouillonnant pour gagner le cordon maritime situé entre les brisants et les falaises. La largeur de ces grottes est très variable; le plus souvent, elles se rétrécissent et s’inclinent eu même temps vers la terre, de manière à former un entonnoir ou un tronc de cône, de sorte (pie, l'eau, jetée avec violence dans un espace de plus en plus restreint, sort du côté du rivage, en forme de jets de dimensions et de hauteurs diverses. Le plus remarquable est justement le Trou-aux-Vaches, où la mer s’élève jusqu’à 10 et 12 mètres de liant.

A partir de la pointe de la Grande-Vigie, que les vagues battent, sans cesse avec fureur, 1a, côte orientale ou côte du Venl, qui se termine au sud-est par la Pointe des Châteaux, présente divers aspects. Jusqu’à l’anse Sainte- Marguerite, ce n’est qu’une falaise abrupte, comme la partie nord de la côte ouest; elle s’abaisse ensuite pour former une plage sablonneuse, protégée au loin par des bancs de coraux; puis, vers le Moule, elle se relève rapidement et atteint, de la pointe du Rempart à la pointe Malherbe, une hauteur d’environ 48 à 50 mètres; son aspect est, en cet endroit, à peu près celui d’une muraille de forteresse, ce qui lui a valu le nom de Côte du Rempart. Après la pointe Malherbe, elle s’infléchit encore pour se relever peu à peu jusqu’à la Pointe des Châteaux, où elle atteint 44 mètres.

On rencontre successivement, en suivant du nord-ouest au sud-est le littoral de cette partie de l’île, le Piton, la Porte-d’Enfer, qui formait arcade jusqu’au tremblement de terre de 1843; — depuis cette époque il n’en reste plus que les deux piliers; — le Souffleur, où se produit un phénomène du même genre que celui du Trou-aux Vaches; la pointe des Gros-Caps; l’anse à la Barque'; la pointe et l’anse des Caps; l’anse Sainte-Marguerite; la ville du Moule, la troisième de la colonie, dont le port, quoique d’un accès difficile, est le meilleur de la côte du Vent; le rocher de la Couronne, où commence réellemont la côte du Rempart; les portes et la grotte d’Enfer, semblables au Trou-aux-Vaches et à la pointe d’Enfer citée plus haut; la pointe Malherbe; l’anse à l’Eau; la petite baie de Sainte-Marie et, enfin la pointe des Châteaux, formée de roches noirâtres, qui renferment une certaine quantité de fer magnétique.

Il ne nous reste plus maintenant à décrire que la côte

LA GUADELOUPE. 145

méridionale, ordinairement basse, et présentant de nombreuses coupures. En partant de la pointe des Châteaux pour aboutir à la rivière Salée, on remarque la ville de Saint-François; l’anse à la Barque; l’anse du Belley; le bourg de Sainte-Anne, centre de l’une des communes les plus importantes de la Grande-Terre à cause des usines à sucre qui se trouvent sur son territoire; le Petit-Hâvre,

La Petite Pointaino.

à l’extrémité duquel se termine une série de falaises d’un aspect très pittoresque, qui prennent naissance à l’anse Belley; la pointe Caraïbe; le bourg du Gozier; la pointe Verdure; la Grande-Baie, où mouillent les navires qui attendent pour entrer à la Pointe-à-Pitre; le fort Fleurd’Épée et le fort de l’Union, qui défendent les passes conduisant au fond du Petit Cul-de-Sac ; la pointe Fouillole ; enfin la ville de] la Pointe-à-Pitre, l’une des plus importantes de toute la mer des Antilles.

AMERIQUE

Les Grands-Fonds de Sainte-Anne. — Les seuls reliefs que présente la Grande-Terre sont les Grands-Fonds de Sainte-Anne et une série de petits mamelons jetés çà et là au milieu de la plaine.

Les Grands-Fonds de Sainte-Anne couvrent une grande partie de la région méridionale de File. Ils commencent à peu de distance du bourg du Gozier pour finir aux environs de Saint-François; du côté du nord, on peut en fixer à peu près la limite en traçant une ligne courbe passant par les bourgs des Abîmes et du Grippon et la ville du Moule. La hauteur des Grands-Fonds varie entre 100 et lia mètres. Quant aux petits mamelons, qu’on rencontre principalement dans la région septentrionale, un seul a quelque importance : c’est le rond point de Cadou, qui a 8d mètres de haut.

Les canaux. — Comme nous l’avons dit plus haut, il n’y a pas de véritables cours d’eau à la Grande-Terre, mais seulement de petits ruisseaux qui sont généralement à sec; ils n’ont d’eau que pendant la saison des pluies et leur pente est si faible qu’il a fallu canaliser le lit de certains d’entre eux pour les approprier à la navigation des barques.

C’est ainsi qu’on a aujourd’hui le canal de Retours, qui prend sa source non loin de l’usine Blanche!, passe à Grippon et se jette dans la mer au sud de l’anse du Figuier. Les canots peuvent remonter jusqu’au bourg de Grippon, situé à 4 kilomètres et demi de la côte.

Un peu plus au nord se trouve également le Grand canal, ou canal Faujas, qui arrose la plaine comprise entre Port-Louis et le bourg du Petit-Canal, puis va se déverser dans la mer à l’est de la pointe du Fer-à-Cheval.

Les autres ruisseaux de la Grande-Terre débouchent dans la mer des Antilles à l’anse Belley, à l’anse à la Barque, au Moule et au sud de la pointe d’Antigue,

Pendant l’hivernage, les pluies forment souvent dans l’intérieur des terres de petites mares dont l’eau est employée au début pour les usages domestiques.

Quand revient la saison sèche, ces mares deviennent de petits marécages qui se dessèchent peu à peu. Enfin on trouve de nombreuses sources, ce qui tend à faire croire, vu la nature crétacée du terrain qui forme cette île. qu’il existe au milieu des couches calcaires du sous-sol, à une profondeur plus ou moins grande, des nappes artésiennes qu’on pourra peut-être un jour rechercher et utiliser.

On a vu précédemment que l’épaisseur du terrain crétacé variait entre 32.‘> et 390 mètres; dans ces conditions, en admettant que les nappes dont il vient d’être question existent réellement, — ce qui est d’ailleurs très probable, — on aurait tout avantage à descendre la sonde autant qu’il serait possible, la composition de l’eau des terres calcaires s’améliorant presque toujours avec la profondeur1.

Les ilets. — Tout autour des deux parties qui forment notre colonie de la Guadeloupe, on remarque un nombre assez considérable de petits ilôts — ou, suivant l’appellation du pays, des ilets, — dont la plupart sont habités.

En partant de la baie formée au nord de la i iviè're Salée par la côte septentrionale de la Guadeloupe proprement dite, et la côte ouest de la Grande-Terre, et appelée le Grand Cul-de-Sac Marin, on rencontre successivement, dans la direction de la pointe Allègre et tout près du rivage, l’ilet à Christophe, les petits îlets au nombre de quatre, situés en face de Sainte-Rose et couverts de palétuviers; un peu plus loin de la côte, devant les petits ilets, la Biche et les ilets du Petit et du Grand Carénage.

1. Le puits de Grenelle, à Paris, a une profondeur de 548 mètres. Celui de Passy est plus profond encore; il atteint 570 mètres.

A quatre ou cinq kilomètres en mer, il existe une autre ligne de roches madréporiques défendues elles-mêmes par des bancs de coraux, séparés par une demi-douzaine de passes et "appelés : Filet à Colas, dont une partie a été submergée lors du tremblement de terre de 1843; Filet à Fajou, le plus grand de tous ceux de la Guadeloupe, également submergé en partie le 8 février 1843; Filet à Caret, que deux passes séparent de Filet à Fajou; Filet Blanc- Coràil, près duquel se trouvent la passe aux Pirogues et lapasse de la Grande-Coulée; la Tête-à-FAnglais et Filet à Karouanne.

Quelques-uns de ces île Ls contiennent des cabanes de pêcheurs; tous sont recouverts de verdure et de cactus. Les habitants de File y envoient chercher des lambis et des coraux avec lesquels ils fabriquent de la chaux.

Sur la côte occidentale de la Guadeloupe proprement dit .e, se trouvent les îlets à Goyave, également appelés îlets Pigeon et recouverts de ficus; le plus élevé a 39 mètres d’altitude.

De l’autre côté de File, la baie comprise entre la rivière Salée au nord, le Petit-Bourg à l’ouest et, à l’est, la pointe Verdure, s’appelle le Petit Cul-de-Sac et renferme un nombre considérable d’ilets qui ont dû autrefois faire partie de la terre ferme. Ceux-ci portent les noms suivants : ilet Fortune, îlet Thomme, ilet Saint-Hilaire, îlet à Moustiques, Grand-Ilet, îlet à la Brèche, les Frégates (de haut et de bas), îlet à Cabrits, îlets à Nègres, îlet à l’Anglais, îlet à Chasse, îlet à Cassin, îlet à Patates, ilet à Boissard, îlet à Cochons et îlet à Monroux.

Sur l’ilet à Cochons se trouve, encadré par les bois, un fort qui a été construit il y a une vingtaine d’années et qui commande la rade delà Pointe-à-Pitre; quant à Filet à Boissard, il est recouvert de pavillons de plaisance qui

forment un très joli aspect et où les habitants de la ville viennent s’installer pendant la saison chaude. D’autres ilets de la rade, voisins de ce dernier, sont également, pris comme station balnéaire par ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas voulu aller habiter l’ilet à Boissard.

Dans le Grand Cul-de-Sac Marin, le nombre des ilets est plus restreint; on remarque seulement l’ilet àGozier, entre la pointe Caraïbe et la pointe Verdure, l’ilet à Gourde, au

L’îlet à Cabrits.

nord-ouest de la pointe des Châteaux, les ilets de la Voûte près du Morne-à-l’Eau et, tout près de ces derniers, l’ilel a Macou, qui tenait à la terre ferme au milieu du siècle dernier.

Dépendances de la Guadeloupe. — Marie-Galante. — Au sud-est de la Guadeloupe proprement dite dont elle est éloignée d’environ 27 kilomètres et au sud de la Grande- Terre qui est à la même distance, se trouve une dépendance de la colonie, la plus importante de toutes, l’ile de Marie-Galante.

Située par 16° 3' de latitude nord et 63° 29' de longitude ouest du méridien de Paris, Marie-Galante, qui a une forme à peu près circulaire, mesure 83 kilomètres de cir-

conférence. De l'est à l’ouest, sa largeur est de 3 lieues et demie et sa longueur, du nord au sud, est de 4 lieues; enfin sa superficie est de 14,927 hectares L

Quoiqu’elle paraisse plate lorsqu’on la regarde de la pleine mer, elle est traversée par une petite chaîne de mornes dont la plus haule altitude atteint, au mont Constant, 203 mètres. Une partie de la côte du Vent, à l’est de l’ile, est formée par des falaises à pic; le reste du littoral ne présente ensuite qu’une terre basse ou en pente douce, recouverte de sables. La côte du Vent est de plus entourée d’une ceinjure de cayes, interrompue à plusieurs reprises par des passes étroites.

De même qu’à la Grande-Terre de la Guadeloupe, le soussol appartient au terrain crétacé, mais les couches calcaires ne paraissent pas dépasser 24 ou 25 mètres.

L’extrémité septentrionale de Tîle porte le nom de pointe du Nord. En se dirigeant de cet endroit vers le sud-est, la côte présente successivement comme points remarquables : la pointe Hottereau, la pointe Sarragot, la pointe du Gros- Cap, le bourg de Capesterre, la pointe de liasse, la ville du Grand-Bourg, chef-lieu de l’ile, la pointe Ballet, la pointe de la Folle-Anse, la rivière et le bourg de Saint-Louis, la pointe du Cimetière, la pointe Massicot, enfin le bourg, Filet et la pointe du Vieux-Fort.

La côte est généralement saine. Il faut cependant faire exception pour la partie située entre la pointe Ballet et la pointe du Nord; toute cette rive, recouverte de palétuviers et de mangliers, est particulièrement insalubre.

Les seuls cours d’eau un peu importants de Marie-Galante sont la rivière de Saint-Louis et celle du Vieux-Fort; les autres ne sont que de petits ruisseaux presque toujours à sec.

L Comme terme de comparaison, la ville do Paris, entre fortifications, mesure à peu près 12,000 hectares.

LA GUADELOUPE

Les Saintes. — L’archipel des Saintes est situé par lo°o4' de latitude nord et 64° l'40" de longitude ouest, à 12 kilomètres au sud de la Guadeloupe proprement dite. Sa superficie est de 1 ,422 hectares.

Cet archipel comprend deux îles principales, la Terre d’En-Haut et la Terre d’En-Bas, deux petites lies, le Grand- Ilet et l’ilet à Cabrits, et quatre îlots, la Coche, les Augustins, Redonde et le Pâté.

Les îles principales et l’ilet à Cabrits sont seuls habités.

La Terre d’En-Haut, située du côté du Vent, c’est-à-dire à l’est de l’archipel, et affectant une forme recourbée, est recouverte de mornes escarpés dont le principal, le Chameau, a 316 mètres de hauteur; la Terre d’En-Bas, placée à l’ouest, est à peu près ronde. Ces deux îles constituent, avec l’ilet à Cabrits, une rade vaste et sûre défendue par des ouvrages très importants.

La passe, franchie par les navires d’un fort tonnage, est celle qui sépare l’ilet à Cabrits de la Terre d’En-Haut : c’est la passe de la Baleine. Celle qui se trouve entre la Terre d’En-Haut et laTerre d’En-Bas porte le nom dépassé du Sud.

L’îlet à Cabrits est placé au nord du milieu de la Terre d’En-Haut; le Pâté, au nord de la Terre d’En-Haut. Les autres îles ou îlets sont au contraire du côté opposé; tout près et au sud de la Terre d’En-Haut, on aperçoit la Redonde; les trois autres forment une ligne dont l’extrémité occidentale est située à proximité de la Terre d’En-Bas; on a ainsi, en allant de l’ouest à l’est, les Augustins, la Coche et le Grand-llet.

La Petite-Terre. - — C’est à une distance de 9 kilomètres au sud-est de la pointe des Châteaux que se trouve située la Petite-Terre, divisée en deux îles, qui portent, comme les Saintes, les noms de Terre d’En-Haut et de Terre d’En-Bas. Sa contenance totale est de 343 hectares.

Les deux lies sont séparées l'une de l’autre par un canal de 200 mètres de large, bordé à droite et à gauche par des berges d’une douzaine de mètres de hauteur; les extrémités de ce canal ont reçu les noms de passe du Nord et de passe de l’Est, qui indiquent suffisamment leurs positions respectives. Ces îles, couvertes de cocotiers, sont habitées par quelques pêcheurs qui cultivent dans de petits jardins les plantes vivrières nécessaires à leur subsistance.

La Désirade. — La Désirade, dont la situation géographique est indiquée par 16°20' de latitude nord et 63°22'51" de longitude ouest, affecte une forme étroite et allongée et la nature de son sol est la même que celle du sud de la Grande-Terre;

Elle n’est éloignée de celle-ci que de 11 kilomètres (à partir de la pointe des Châteaux) et sa position avancée vers l’est, en dehors de la courbe formée par les Petites Antilles, fait qu’on l’aperçoit la première en venant d’Europe ; de là son nom de la Desirada (la Désirée), dont on a fait plus tard la Désirade.

Sa longueur totale est de ltk,300, sa plus grande largeur de 2 kilomètres, sa circonférence de 22 kilomètres, sa superficie de 2,720 hectares.

Elle est traversée dans toute sa longueur par une chaîne assez élevée, dont le point culminant est, au sudouest de l’île, le morne Frégule qui atteint une hauteur de 280 mètres. La rive orientale, protégée par des caps, est à peu près taillée à pic, tandis que la rive occidentale s’abaisse au contraire en pente douce. L’extrémité méridionale de l’île porte le nom de pointe des Colibris, puis, en suivant la côte occidentale et en remontant vers le nord, on aperçoit le bourg du Galet, dont la rade est médiocre, la pointe du Grand-Nord, la rivière qui n’est qu’un mauvais torrent, le morne Rouge et la pointe du Nord; ensuite, en

Vallée de la Rivière Goyave.

contournant l’ile pour revenir vers la pointe des Colibris, on remarque la baie Mahault, où se jette un petit ruisseau, presque toujours à sec, et près de laquelle se trouve une léproserie fondée en 1728, enfin la baie et le bourg de la Grande-Anse, l’endroit le plus peuplé de l’ile.

Autrefois couverte de gaïac, qu’on a brûlé il y a quelques années pour fabriquer de la chaux, la Désirade n’a plus, connue végétation, que des mancenilliers et des fromagers ; mais cette île, qui est, de tout le groupe de la Guadeloupe, celle où il pleut le moins, se trouve ainsi particulièrement favorable à la culture du coton.

Saint-Barthélemy. — A 173 kilomètres au nord-nordouest de la Guadeloupe se trouve, entre les îles Saint- Christophe et Saint-Martin, i’ile de Saint-Barthélemy, située géographiquement par 17° 5' 35" de latitude nord et 6o°10'30" de longitude ouest.

De 1648 à 1784, cette île appartint à la France. Elle passa sous la domination de la Suède, qui nous l’a rétrocédée par un traité en date du 10 août 1877; la remise a eu lieu le 16 mars 1878.

Elle est de formation calcaire et ses contours présentent de nombreuses échancrures; de l’est à l’ouest, elle mesure 0 kilomètres. Elle a environ 26 kilomètres de tour et 2,1 14 hectares de superficie.

Les petites baies que forment ses côtes, sont des abris sûrs pour les petits navires et le port Gustavia, qui a une certaine importance, compte 1,000 mètres de longueur sur 200 ou 300 de large; il est accessible en tout temps, même pour des navires d’un fort tonnage; mais son entrée, excessivement étroite, présente quelques difficultés. xVu point de vue stratégique', la position de Gustavia, entourée de mornes assez élevés (300 mètres au plus), est excellente et facile à défendre.

LA GUADELOUPE

La pointe méridionale de Me est la pointe Nègre; à l’est se trouve la pointe Toiny, près de laquelle est le bourg de Lorient, l’un des deux centres de population de l’ile ; au nord, est une vaste échancrure qui porte le nom de baie de Saint-Jean; enfin, vers le nord-ouest, se trouve la pointe Colombier.

L’ile Saint-Barthélemy, dont le climat est très sain, est entourée d’une demi-douzaine de petits ilets qui s’appellent : ilet Tortue, ilet Tocvers, ilet Chevreau, ilet Frégate, ilet Boulanger, ilet Fourche.

Le bras de mer qui la sépare de l’ile Saint-Martin, porte le nom de canal de Saint-Barthélemy.

Saint-Martin. — Située entre l’ile Anguille, possession française, et File de Saint-Barthélemy, l'ile Saint-Martin est aune distance de 233 kilomètres de la Guadeloupe; sa posilion géographique est indiquée par 18° EF 3" de latitude nord et 65° 23' 25" de longitude ouest.

En 1639, le gouverneur de l’ile française de Saint-Christophe en fit prendre possession au nom du roi Louis XIII; mais aucun établissement n’y ayant été créé, des Hollandais vinrent s’y établir en 1648, en même temps que 300 Français y débarquaient.

• Le 26 mars de cette môme année, les sujets de deux nations se jurèrent une amitié et une foi réciproques, qui ont toujours été scrupuleusement observées de part et d’autre depuis cette époque.

Après des vicissitudes de toute sorte, Saint-Martin a été définitivement divisée en deux parties : l’une française, la plus importante; l’autre hollandaise.

La partie française, au nord-ouest, a 5,177 hectares de superficie, c’est-à-dire les deux tiers de l’ile; elle commence, dans le sud, aux Terres-Basses, dans l’anse de Cul-Aicard et finit, à l’est, au nord de la baie Flamand.

La côte, très découpée, offre successivement comme points remarquables: la baie Simpson, la pointe Plum, la baie et le bourg du Marigot, la baie Grande-Case, la pointe Nord et la baie Orientale. Dans la partie hollandaise, elle continue par la baie Flamand, la pointe Blanche, laGrande Baie et la ville de Philippsburg.

L’ile est traversée par mie chaîne de montagnes dont la plus haute, le pic du Paradis, a 415 mètres de hauteur, après le pic du Paradis, les sommets les plus importants sont : l’Osten-Berg ou mont Rouge (129 mètres) et le mont de la Fortune (89 mètres).

Le sol de Saint-Martin est très léger et de nature sablonneuse; dans l’intérieur du pays, on remarque le lac Salé, situé au-dessus de Philippsburg, et le vaste lac Simpson, qui tient presque toute la largeur de l'île, entre la baie Simpson et la baie du Marigot.

Le climat y est sain; mais l’eau y est assez rare et l’on doit faire usage de citernes qui recueillent les eaux pluviales.

Non loin de la pointe Nord, dans la direction de l’est, est un petit îlot dépendant de la partie française et appelé l’ile Tintamarre.

Faune. — Les quadrupèdes que l’on rencontre à la Guadeloupe sont tous, sauf l’agouti, le racornie et le rat, des animaux domestiques : le cheval, le bœuf, le mulet, l’àne, lemouton, la chèvre et le porc. On ne compte pas moins de 6,000 chevaux; ils sont petits, ardents, très sûrs et surtout excessivement sobres; la race créole qui existe dans la colonie provient en partie d’un croisement des juments mexicaines avec des étalons arabes provenant de la cavalerie du corps expéditionnaire du Mexique; les animaux les plus appréciés sont ceux qui proviennent de Marie-Galante, de la commune des Habitants ou de File Saint-Martin. Il a été

importé également des chevaux de la Plata et de Porto- Rico qui ont donné des résultats assez satisfaisants.

Les transports de toute nature, et particulièrement ceux qui se font sur les habitations, ont lieu avec des mules de Porto-Rico ou de la Confédération argentine, des bœufs

La baie du Marigot.

ou des ânes. Les mulets sont environ 5,000, les ânes 2,500 et le nombre des bœufs dépasse 10,000.

Ceux-ci se divisent en deux catégories : les bœufs de transport ou de travail, qui viennent principalement du Sénégal et sont très durs à la fatigue; — ils ont une bosse sur le dos et sont do petite taille, — et les bœufs de boucherie qui proviennent de Porto-Rico. Ajoutons que, depuis quelques années, les envois de bœufs du Sénégal ont été suspendus à cause de l’invasion de la tique qui fait de grands

ravages dans les troupeaux ; mais des croisements de ces bœufs avec certaines autres races bovines ont donné des résultats excellents.

Les moutons sont au nombre de 11,000, les chèvres au nombre de 15,000 et les porcs, qui se développent admirablement en ces contrées, au nombre de 14,000.

Parmi les animaux de petite taille, il faut compter l’agouti, sorte de lièvre, le racoune, espèce de renard qui appartient à la famille des plantigrades, le chien, et surtout le chien ratier, lequel fait aux rats qui dévastent les champs de canne à sucre une guerre acharnée. Aucun de ces animaux n’est indigène, mais ils ont été introduits depuis une époque fort éloignée.

Les reptiles ne sont point représentés à la Guadeloupe et l’on peut se promener sans aucune crainte dans toutes les parties de l’ile. La Martinique, au contraire, bien qu’ayant la même llore et, à cette exception près, la même faune, est infestée par le terrible trigonocéphale, que les habitants laissent se multiplier, parce qu’il remplit chez eux le rôle dont le chien est chargé à la Guadeloupe, la destruction des rats. Mais il faudra bien cependant, sous peine de nuire au développement agricole et industriel de la colonie martiniquaise, se décider à y introduire un certain nombre de secrétaires, grands oiseaux échassiers qui font la guerre aux serpents venimeux et n’ont rien à en redouter.

A la Guadeloupe, la famille des lézards offre trois variétés différentes : l’iguane, espèce de grand lézard qu’on rencontre rarement; l’anolis, autre lézard, très commun dans les jardins et de petite taille; et le mabouya, qui donne une impression désagréable lorsqu’on le prend, par la propriété qu’il a d’adhérer à la peau et qu’on appelle margouillat-collant, 11 y a aussi une autre espèce de mar-

LA GUADELOUPE

gouillat plus grand que l’anolis et appelé margouillatnourrice.

Les scorpions et les scolopendres ou mille-pattes sont très répandus partout.

Quant aux moustiques ou maringouins, c’est à peine si l’on peut s’en défendre au moyen de moustiquaires. On rencontre aussi, en grandes quantités, les abeilles, les guêpes, les lucioles, les fourmis rouges ou noires, les scarabées et particulièrement le scarabée-hercule, les sauterelles, les chenilles, les poux de bois, qui détruisent les planchers des habitations, les chiques, les cri-cri et les araignées, qui, loin d’être dangereuses comme à la Guyane, rendent de grands services en faisant la guerre aux ravets, sortes de blattes qui dévastent les maisons, s’introduisant partout, jusque dans l’intérieur des tiroirs les mieux fermés.

Le monde des oiseaux a de nombreux représentants, qui sont principalement le pigeon ramier, la tourterelle, la perdrix, la caille, la grive, le merle, le pluvier, l’hirondelle, la pie, le colibri et l’oiseau-mouche; parmi les espèces plus grosses, le flamant, la frégate, le pélican, le héron, la mouette, le paille-en-queue et entin les oiseaux domestiques, poule, coq, canard, oie, dindon, pigeon et pintade. Il y a aussi des oiseaux de proie, le mauspeni, et le gligli, espèce de petit épervier.

Enfin, sur les côtes, la mer renferme des marsouins, des souffleurs, qui sont très nombreux, des espadons, des requins, des requins-marteau, des scies, des raies, des bécunes, poissons carnassiers, dont la forme rappelle le brochet et dont les dents sont aussi fortes que les canines d’un chien de taille moyenne, des poissons volants et épineux, des dorades, des bonites, des vieilles, des anguilles, des cayeux et des balaoux, puis enfin des

tortues. Quant aux coquillages et aux crustacés, ce sont les homards, les écrevisses de mer ou cancres, les huîtres et les crabes.

Flore. — La flore de la Guadeloupe est la même que celle de la Martinique. Les forêts, qui couvrent une superficie de plus de 36,000 hectares, renferment des bois de toutes sortes, pouvant être employés à la teinture ou aux constructions.

Ces derniers sont au nombre, de plus de 230, d’essences diverses, dont 20 sont propres à l’ébénisterie line et 53 à la charpente.

L’exportation en est cependant peu considérable et, en 1883, il n’en a été expédié que 200 mètres cubes hors de la colonie.

Les principales espèces alimentaires sont représentées par le manioc, le bananier, le figuier, l’arbre à pain, le cocotier, l’oranger, le manguier, dont les fruits portent le nom de mangots à l’état naturel, et de mangues, lorsqu’ils sont greffés; le sapotillier, l’abricotier, l’acajou à pomme, le goyavier, le papayer, le chou-palmiste et, parmi les arbustes ou les plantes, l’ananas, le raisin, l’artichaut, le melon, l’asperge, la fraise, le letchi, la pomme liane, les pois, le maïs, l’igname, la patate, la canne à sucre, le caféier, le cacaoyer, le cotonnier, le rocou, ta vanille, le giroflier, le muscadier, le poivre et le tabac.

11 existe en outre, à la Guadeloupe, un grand nombre de plantes d'ornements, dont les plus appréciées sont les orchidées, puis les fougères, qui comprennent plus de 200 espèces différentes.

Voies de communication. — Au 1er janvier 1883, les voies de communication de la Guadeloupe et de ses dépendances avaient une longueur de 970 kilomètres environ, dont 336 de routes coloniales et 634 de chemins vicinaux.

LA GUADELOUPE

Les routes coloniales sont au nombre de 12, désignées chacune par un numéro d’ordre.

Dix d’entre elles appartiennent à la colonie de la Guadeloupe, les deux autres à Marie-Galante.

Celle qui mène de la Basse-Terre à la Pointe-à-Pitre, par Capesterre et Petit-Bourg, mesure 07 kilomètres; elle est

L'ancien canal Va table

fort belle et empierrée sur toute sa longueur, sauf pendant 2 kilomètres aux environs de la rivière Lézarde.

La roule qui fait le tour de la Guadeloupe proprement dite, en suivant la cèle, a un parcours de 82 kilomètres; elle est carrossable de la Basse-Terre aux Habitants et de Desbayes à la Baie-Mahault; des Habitants à Deshayes, elle n’est praticable que pour les piétons et les cavaliers.

En raison de sa conformation, la Grande-Terre est pourvue de routes plus nombreuses et plus courtes que la Guadeloupe proprement dite ; nous citons, entre autres, celle

AMERIQUE

qui va de la Pointe-à-Pitre à la pointe de la Crande-Vigie, en passant par les Abymes, Grippon, Port-Louis et l’Anse- Bertrand. Une autre mène de la Pointe-à-Pitre à la pointe des Châteaux par leGozier, Sainte-Amie et Saint-François. Enfin le Moule est relié directement à Sainte-Anne d'une part, à Saint-François d’une autre, et enfin au Petit-Canal. Vers la moitié de la route qui mène du Moule à ce dernier endroit s’amorce un embranchement qui mène à Grippon. Toutes ces routes sont très bel les, carrossai» les et empierrées.

Enfin une dernière route, longue de 8 kilomètres et demi, part île la Basse-Terre et monte vers la Soufrière jusqu’au Matouba, en passant par Saint-Claiule.

A Marie-Galante, il existe deux routes coloniales: l’une, qui mène du Grand-Bourg à Capesterre, a 12 kilomètres; l’autre, nouvellement achevée, a 2 kilomètres et demi de plus; elle mène du Grand-Bourg à Saint-Louis.

Quant aux chemins vicinaux, ils se divisent ainsi qu’il suit :

kU.

Guadeloupe proprement dite

Grande-Terre.

Marie-Galante Désira de. . .

Saint-Martin

Origine de la population. — Les habitants de la Guadeloupe et de ses dépendances sont, en général, d’immigration européenne ou africaine. Les uns proviennent de colons français ou étrangers qui sont venus s’établir aux iles à des époques diverses. Les autres sont les descendants des esclaves noirs amenés des côtes d’Afrique. L’union des blancs avec les négresses a amené l’existence d’une troisième catégorie d’individus, Tes mulâtres ou gens «le couleur.

LA GUADELOUPE

Langage. — Une partie des habitants des Antilles françaises parlent, outre le français que tout le monde sait, une sorte de patois qu’on appelle la langue créole et qui n’est pas précisément, comme on se le figure à Paris, l’espèce de baragouin que les pièces de comédie nous ont donné comme étant le langage ordinaire du nègre des Antilles et dont l’échantillon peut être le suivant : « Moi bon nègue, moi bosser habit à Massa. » La langue créole est différente, et l'on va d’ailleurs en juger, car nousreproduisons ici le commencement d’un poème composé par un poète du pays, le notaire Baudot, dont les œuvres sont très populaires. Ce poème a pour titre : la Bataille de Solférino.

En voici la première strophe :

Les cent gardes té la, ka claire con soleil ;

L’Empérei côté yo, dans zon dangé pareil,

Té ka bouavé lan mort; boulets, balles, mitrailles,

Tout patout ka ronflé; tètes, jambes, zentrailles,

En l’ai ka voltigé. Dans tout ce grand tambi,

Yon chef an grand galop approche li et di :

« Sire, zefïacez-vous, ou bien changez de place !

« Yo là ka visé ou ; ah ! soti là, de grâce ! »

Napoléon gàdé, solide con ponton;

Li réponne en riant : « Fai-yo changé de ton! »

La traduction est la suivante :

Les cent-gardes étaient là, qui éclairaient comme un soleil; — L’empereur, à côté d’eux, bravait la mort dans un danger pareil ; — boulets, balles, mitrailles partout ronflaient; — et des têtes, des jambes, des entrailles voltigeaient en l’air. Dans tout ce grand vacarme, — un chef s’approcha de lui au grand galop et lui dit ; — Sire, effacez-vous ou bien changez de place; — on vous vise: sortez de là, de grâce. — ■ Napoléon regardait, solide comme un ponton. — il lui répondit en riant : Faitcs-les changer do ton.

Les Caraïbes. — Quant aux Caraïbes, les véritables naturels des Antilles, ils ont complètement disparu depuis

quelques dizaines d’années. Presque entièrement détruits dans le courant du xvne siècle, ils n’étaient plus représentés, il y a une quarantaine d’années, que par quelques familles qui s’étaient réfugiées sur les falaises de l’anse Bertrand et de la pointe de la Grande-Vigie, où elles vivaient du produit de leur pêche et de quelques récoltes de manioc et de patates. Quelques-uns de ces naturels se sont alliés depuis cette époque à des familles d’immigrants (par rapport à eux) et l’on retrouve de ce côté un sang caraïbe maintenu assez pur.

Un Nègre africain.

Cour d’usine.

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