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(feuilles, fleurs et racines du talaumaplumieri), les espèces d’ananas, la prune-coton, les cassias, le connarus grandifolius, l’acrodiclidium sa I ici foli uni , l’aydendron argenteum, le oocculus, le nymphéa rudgeana, la cleome pentaphylla (qui a les mêmes propriétés que le cresson), les capparis, le médicinier cathartique, la weinmannia (qui sert à frauder le quinquina), les pileas, le pieramnia pentandre (avec lequel on combat la lièvre), le croton, les phyllanthus, les euphorbes, les bégonias, la paullinia (qui sert à combattre les migraines et porte le nom de la religieuse qui découvrit ses propriétés), les trichylios, les ficus, les eugenias, les eupatorium, la morinda citrifolia et enfin les cincbonas (d’où on extrait tous les dérivés de la quinine).
L’exploitation de cette dernière espèce mérite d’être encouragée; mais les conditions dans lesquelles doit vivre cet arbre sont de telle nature qu’elles réduisent singulièrement l’étendue qu’on pourrait donner à cette exploitation.
Le cinchona ne peut prospérer en effet qu’à une certaine altitude, sous une certaine température et dans une certaine atmosphère. Aussi les exploitations sont-elles rares et de superficie restreinte! Il est vrai que le produit rémunère largement les efforts de toute sorte, car, en réunissant en hectares, sur le papier, les différentes parcelles de terre où pousse le cinchona, on arrive, en évaluant les produits de ces pareelles, à trouver qu’un hectare d’exploitation rapporte environ de 1 1 0 à 130,000 francs par an.
riantes industrielles. — Les plantes industrielles sont également assez nombreuses, mais il n’en est que quelques-unes d'exploitées, les unes dans des proportions fort étendues, les autres d’une façon reslreinte.
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Ces dernières seul, principalement celles qui donnent la gomme, le caoutchouc et la gutta-percha.
La gomme provient des espèces appelées petite algarade ou mimosa pudica, acacia farnèse, acacia du Mexique, weinmannia glabra, cycas circinalis, etc., etc,
La gutta-percha est produite par le sapotillier ( achras sapota) et la source du caoutchouc est le ficus des espèces dites : crassinervia, lentiginosa et pertusa.
Les autres plantes, cultivées sur des étendues plus ou moins vastes, sont le tabac, le rocou et certains plantes textiles, telles que le cotonnier et la ramie.
Le tabac ( nicotiana tabacum), dont la culture avait autrefois été abandonnée pour celle de la canne à sucre, tend a reprendre une place assez importante. Divers essais de plants de la Havane, tentés au jardin botanique de la Basse-Terre, ont démontré que, lorsque les cultivateurs de la Guadeloupe auront l’expérience nécessaire, ils pourront obtenir des produits valant certainement tout autant que ceux de file de Cuba.
Au 31 décembre 1886, le nombre des habitations rurales de la colonie s’adonnant à cette culture était de 12, dont 2 à Gourbeyre, 1 à Petit-Bourg, 2 à Capesterre, 1 au Lamenlin, 1 a la Baie-Mahault, 1 à Sainte-Anne et 4 à Sainte-Rose, employant en tout 124 travailleurs. Le nombre d’hectares plantés était de 3 à Gourbeyre, 4 à Capesterre, 5 à Petit- Bouig, 1 et demi a la Baie-Mahault, 3 au Lamentin et 4 hect. /3 a Sainte-Rose et 1 à Sainte-Anne; en tout 22 hect. 23, ayant produit, cette année-là, 12,563 kilogr. de tabac. La valeur de ce tabac a été estimée 22,617 francs et le prix d’exploitation à 11,123 francs.
Le cotonnier (. gossypium herbaceum ) n’est cultivé que sur une superficie de 230 hectares, dont on verra plus loin la répartition. Mais ses produits ne servent qu’à la cou-
sommation locale, où on les utilise pour la fabrication des matelas. Jusqu’ici l’exportation est nulle ou à peu près.
Les habitations qui cultivent le coton sont au nombre de 141. ainsi réparties :
Deshaies .
4 habitations avec
1 hectare et
9 travailleurs
Pointe-Noire . . .
Bouillante ....
Baillif .
Vieux-Port. . . .
Baie-Mahault. . .
Saint-François . .
Grand-Bourg . . .
Capestcrre (Marie-
Galante) . . . .
Terre -d’En - Bas
(Saintes) ....
Désirade .....
Saint-Barthélemy .
Total . . .
141 habitations avec
230 hectares et
719 travailleur
Ces 230 hectares ont produit, en 1 88G, 35,263 kilogr. ayant une valeur de 33,263 francs. Les frais d’exploitation ont été de 11,500 francs environ.
Au 31 décembre 1886, le rocou (bixa orleana ), dont la graine, réduite en pâte, sert à la teinture, élait cultivé sur 655 hectares, répartis sur 35 habitations, ayant 1,121 travailleurs. Le produit était de 4,146,523 kilogrammes pour une valeur de 1,203,849 francs et les frais d’exploitation se montaient à 327,500 francs.
Le rocou est plus particulièrement cultivé sur les points suivants : les Habitants, Gourbeyre, Cape-terre, Trois- Rivières et Saint-Claude.
La ramie ( urtica utilis) a élé introduite à la Guadeloupe eu 1870; mais à cette époque on plantait principalement une autre espèce de cette plante, la ramie blanche ( urtica
niveu), laquelle, tout en donnant des résultats très satisfaisants, était loin d’approcher de ceux obtenus avec l’espèce verte qu’on cultive plus particulièrement aujourd’hui et qui peut donner jusqu'à quatre coupes annuelles.
Lu 1886, il n y avait a la Guadeloupe que à hectares de ramie, plantés dans la commune de Goyave. Mais, depuis cette époque et surtout depuis que la création d’une commission spéciale au ministère de l’agricultur-e a démon-
Uno usine.
tré 1 importance de ce produit, la culture s’est un peu développée dans la colonie, mais son extension a été timide, par la raison que les cultivateurs ne sont pas jusqu’à présent certains de vendre leurs produits.
En effet, la ramie exige, pour pouvoir être convertie en I ilasse, une préparation assez difficile qui nécessite une machine spéciale.
Or cette machine n’existe encore qu’à l’état imparfait et tous les modèles successivement présentés, c’est-à-dire les machines françaises Breuer, Cuinet, Rolland, Favier, Labérie et Berthet, Kaulek, Armand et Landscher, Berlliet et lienaut, — celle-ci étant la plus récente, — ainsi que les
machines étrangères Greig, d’Edimbourg, Threlfall, de la Nouvelle-Orléans, Death, de Londres, Lefranc et Bouchard, de New-York, Colmann, d’Honolulu, n'ont pas donné jusqu’ici les résultats qu’on était en droit d’attendre d’elles. 11 est à espérer que, d’ici 'à peu de temps, une machine parfaite ou du moins un système quelconque de décortiquage aura été trouvé. Mais, en attendant, il nous semble que la façon la plus avantageuse de tirer un produit de cette culture est d’imiter les agriculteurs anglais qui ne se donnent point la peine de décorliquer eux-mêmes la ramie, mais rendent leur récolte sur pied à des industriels fabricants ou propriétaires de machines, qui se chargent de tout le reste à leurs risques et périls.
Notons, en finissant ce qui a trait aux plantes industrielles, que l’indigo vient fort bien à la Guadeloupe, mais qu’on n’en tire aucun parti.
Planfes alimentaires. — Les plantes alimentaires les plus cultivées sont la canne à sucre, le café, le cacao, la vanille, les épices, le manioc, les vivres «lu pays (bananes, ignames, patates, maïs, maloagas, madères), les ananas et les plantes maraîchères (celles «le France).
La culture de la canne à sucre est de beaucoup la plus importante; elle donne d’ailleurs assez souvent deux récoltes par an : l’une, la plus abondante, a lieu en juin; l’autre, plus faible, en octobre ou novembre1.
Au 31 décembre 1880, la superficie cultivée en canne était de 23,124 liect. 30, répartis en 006 habitations.
1. Les détails de la culture de la canne à sucre et de sa transformation à l'usine en sucre ou en tafia, pour avoir quelque intérêt, nous prendraient une place bien supérieure à celle dont nous pouvons disposer. Nous renvoyons donc aux ouvrages «pii ont spécialement traité cette question, principalement les Plantes utiles des colonies françaises, par M. de Lanessan, et les traités de MM. Bonamc et Delteil.
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Le nombre des travailleurs était de 40,994 et les produits de celte culture atteignaient 58,073,427 kilogr. desucre brut ou d’usine, 5,316,085 kilogr. de sirops et mélasses, 2,890,341 kilogr. de tafia.
Le sucre adonné une recette de 17,670,250 l'r. 36, les mélasses une recette de 664,510 l’r. 63, et le tafia une recette de 939,360 fr. 83; au total, 19,274, 125 fr. 82. Or les frais d’exploitation se sont élevés durant cette même année à 18,499,600 fr., de sorte que le bénéfice n’a été que 774,525 fr. 82, c’est-à-dire 4.82 p. 100 du capital engagé.
Si l’on veut comparer le résultat obtenu ainsi à celui qu’obtient aujourd’hui la moyenne de nos agriculteurs de France avec des cultures de céréales, on remarque qu’en France, le bénéfice moyen est de 103 à 110 francs par hectare, pour une dépense d’environ 743 francs; c’est à peu près 14.5 p. 100 du capital engagé1.
En présence de celte énorme différence, toute à l’avantage des cultures métropolitaines, il y a lieu de manifester quelque inquiétude au sujet de l’avenir et de se préoccuper d’améliorer les conditions de culture de la canne à sucre ou de remplacer progressivement celle-ci par une autre plante plus rémunératrice.
Voici maintenant la répartition des plantations dans l’ile et ses dépendances :
C’est la commune de Sainte-Anne qui, au 31 décembre 1886, arrivait première avec 29 sucreries et 3,030 hectares de cannes, cultivés par 3,893 travailleurs et produisant : 3,755,314 kilogr. de sucre d’usine, 700,078 kilogr. de mélasses et 275,220 litres de tafia.
Puis venaient dans l’ordre du tableau suivant :
1. Voir dans la brochure intitulée : Le propriétaire devant sa ferme délaissée , par M. Georges Vii, le, la déclaration de M. Leeouteux.
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Soit au total, en y comprenant Sainte-Anne :
.606 habitations rurales avec 23,124 hectares, cultivés par 40,994 travailleurs et produisant 32,998,073 kilogr. de sucre d’usine, 3,077,334 kilogr. de sucre brut, 3,316,083 kilogr. de mélasses, et 2,890,341 litres de tafia.
Sur les 606 habitations rurales, il y a :
87 usines à vapeur,
49 usines à eau,
33 usines à vent,
3 usines à bêtes,
10 usines centrales à vapeur sans plantations,
402 plantations sans usines.
En 1839, la superficie cultivée en cannes à sucre s'élevait à 24,810 hectares comprenant 620 habitations et 44,613 esclaves.
Les principales communes de cultures étaient alors : le Moule (2,881 hectares), Petit-Canal (2,431 hectares), Saint- François (2,342, hectares), Sainte-Anne (1,981, hectares), l’Anse -Bertrand (1,792 hectares), Port-Louis (1,664 hectares), Grand-Bourg (1,238 hectares) et Saint-Martin (912 hectares).
Après la canne à sucre, la principale plante alimentaire cultivée est le café qu’on plante bien plus à la Guadeloupe proprement dite qu’à la Grande-Terre, où on ne la rencontre que dans quelques petites habitations du Gozier ou des Abymes. Le café cultivé dans File est de trois espèces différentes : le café ordinaire, le moka et le liberia.
Le café ordinaire se divise lui-même en deux ‘catégories : 1° le bonifieur; 2° l’habitant, qui vaut 20 centimes de moins par kilogramme que le bonifieur.
La superficie plantée en café au 31 décembre 1886 était de 3,379 hectares répartis entre 718 habitations,' cultivés
AMÉR1QÜ K .
par 6,000 travailleurs et produisant environ 683,187 kilo-gr. d'une valeur de 1 ,086,264 fr. 15. Les frais d’exploitation s’élevaient à 894,750 francs.
Les communes où on le cultive particulièrement sont: Pointe-Noire, Bouillante, les Habitants, Saint-Claude et Trois-Rivières.
Le cacao a été très négligé jusqu’en ces derniers temps, sans doute à cause du laps de temps qui s’écoule avant qu’il produise (le café ne produit également qu’au bout de cinq ans). Cependant, depuis quelques années, sa culture semble être développée un peu et, à la fin de l’année 1886, on comptait 171 habitations, ayant 929 hectares plantés en cacao, cultivés par 659 travailleurs etproduisant 342,968 kilogrammes d'une valeur de 425,280 francs. Les frais d’exploitation très minimes, n’étaient que de 92,850 francs, laissant ainsi 75 à 78 p. 100 de bénéfice.
Dans l’île, le cacao est principalement cultivé à Deshaies (400 hectares), à Sainte-Rose (143 hectares), à Pointe- Noire (90 hectares), à Capesterre et aux Habitants.
La vanille, dont la culture est facile et assez rapide, n’a pris jusqu’à présent aucune extension sérieuse. Il n’y a d’ailleurs à la Cuadeloupe qu’une seule exploitation régulière, celle que le docteur Loyseau a établie près de Petit- Bourg, «fur l’habitation La Rozière.
Il existe dans l’ile deux sortes de vanilles : le vanillon et l;i vanille du Mexique, bien supérieure au vanillon. Celui-ci, placé au pied de certains arbres, tels que le bois-doux (inga vulgaris) , sous lesquels s’abritent également tes caféiers, pousse à l'aventure, s’élançant à son gré jusqu’il la cime de ces arbres, et à une telle hauteur (jue, la plupart du temps, on n’arrive à féconder que la moitié des fleurs et une grande partie de la récolte se trouve ainsi perdue.
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Le docteur Loyseau, au contraire, qui ne cultive que la vanille du Mexique, a fait placer, à lm,30 au-dessus du sol, des traverses en fougère sur lesquelles sont maintenues les branches des vanilliers.
Pour rendre la vanille aussi bonne que celle qu’on tire
du Mexique, il sera nécessaire ce pays qui font elles-mêmes la fécondation en butinant sur les fleurs. Dans ces conditions , les frais de maind'œuvre seront moindres et la qualité du produit sera considérablement améliorée.
En 1886, la vanille, cultivée dans les caféières, a donné 15,403 kilogr. d’une valeur nette de 46,209 francs (3 francs le kilogramme).
Les épices sont peu cultivées; c’est à peine si dans toute la colonie on trouve (à Saint-François et au Vieux- Fort) i hectare et demi de planté en girofliers ou en poivriers; pourtant ces plants viennent admirablement etle muscadier, le moutardier, le poussent sans qu’on songe à les Le manioc est réparti sur 3,3:
1886, 13,405,609 kilogrammes 2,681,121 fr. 80 et dont les frais t
d importer des abeilles de
gingembre, la cannelle, exploiter L
57 hectares produisant, en dont la valeur est de 'exploitation se montent à
1. Il a été recueilli, ou 1886, seulement 172 kilog. do poivre ot de girofle.
1 ,06o,4ü0 francs. Les principales communes où on le cultive sont: l’Anse-Bertrand, le Gozier, le Lamentin, Sainte-Rose, Capesterre, Petit-Bourg, Bouillante, la Baie-Mahault, les Ahymes, Saiiït-Claude et le Grand-Bourg et Marie-Galante.
Les vivres du pays sont : l’igname, la banane, le maïs, la patate, l’arrow-root, etc.; on les cultivait, en 1886, sur 7,744 hectares et ils donnaient alors un produit de 1,591,674 fr. 25 dont il fallait défalquer les frais d’exploitation 430,074 fr. 25. Ces plantes sont surtout cultivées aux Ahymes (1,200 hectares), au Moule (900 hectares), à l’Anse- Bertrand (750 hectares), à Capesterre et Marie-Galante (523 hectares), au Gozier (500 hectares), à Pointe-Noire (422 hectares) et à la Désirade (340 hectares).
L’ananas adonné en 1886 un produit brut de 332,719 francs pour un poids de fruits de 382,436 kilogrammes, et une recette nette de 289,069 francs. Les communes où il se cultive sont spécialement Petit-Bourg, Saint-Barthélemy et Sainte-Rose.
Le riz est fort peu cultivé : à peine 200 kilogr. d’une valeur de 320 francs (à Gourbeyre).
Il existe en outre quelques prairies artificielles permettant. d’avoir le fourrage nécessaire à la plupart des animaux de la colonie; on comptait, en effet, dans hile, à la fin de 1886 : 6,860 chevaux, 3,005 ânes, 6,838 mulets, 9,939 taureaux et bœufs, 6,964 vaches et génisses, 9,609 béliers et moutons, 9,999 boucs et chèvres et 17,346 porcs.
En résumé, il y a peu d’efforts à faire à la Guadeloupe pour arriver à une prospérité agricole fort brillante et nous avons, au cours de l’énumération précédente, indiqué quelques-unes des modifications à apporter au régime actuel. Il y aurait aussi à développer la culture du cocotier, qui croît si facilement à la Guadeloupe, mais qui ne suffit pas à la consommation locale, laquelle est ainsi obligée
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do s’adresser aux États-Unis; il y aurait surtout à créer d’abord et à étendre ensuite la culture des plantes maraîchères d’Europe, qui rapporte toujours beaucoup. La Guadeloupe, située sur la route de Panama et possédant un port destiné au plus grand avenir, pourrait alors approvisionner de vivres frais les navires de toutes les nations, allant à Colon ou se rendant en Europe.
Il y a, dans Elle même, 10,300 hectares en savanes et 29,344 hectares en friche, c’est-à-dire près de 40,000 hectares à livrer à la culture.
A l’époque où 17,000 Français s’en vont chaque année s’établir A la République Argentine, il semble qu’il est indispensable et urgent de prendre des mesures pour diriger ce Ilot d’émigration vers des pays français. Certaines colonies, se rendantcompte des avantages qu’elles en retireraient, seraient, dit-on, disposées à faire le nécessaire, mais cela ne suffit pas. C’est au cœur même du pays qu’il faut s’adresser, c'est à Paris qu'il faut faire appel, pour que toutes les forces coloniales, jusqu'ici éparpillées un peu partout, ne s’épuisent plus, chacune dans sa sphère, en de vains efforts comme elles l’ont fait jusqu’à présent, et se groupent ensemble. Alors, seulement, on pourra aviser et rechercher les conditions les plus favorables pour amener l’établissement dans les colonies de la plupart de ceux de nos compatriotes qui vont chercher fortune à l’étranger.
Il y a enfin, en ce qui concerne la Guadeloupe, un obstacle très sérieux au développement et à la prospérité de l’agri culture ; c’est l’énormité des droits qui frappent, à l’arrivée en France, certains produits coloniaux autres que le sucre. Tous ces produits sont traités comme étrangers et le fait est véritablement regrettable.
On comprend, jusqu’à un certain point, qu’il en soit
ainsi pour le sucre qui fait concurrence à une industrie métropolitaine. Mais la vanille, le cacao et un certain nombre d’autres produits agricoles, que la France no produit pas, devraient être favorisés.
Industrie. — La principale industrie de la Guadeloupe — on pourrait presque dire la seule — ■ est la fabrication du sucre et du rhum. Il y a également la mise on pâte du rocou et le bonifiage du café.
Los principales usines, à sucre do la colonie sont toutes à la Grande-Terre ; ce son! les usines d’Arboussier à la Pointeà-Pilre, Montmin près de Sainte-Anne, Coin celles, Marly et Sainte-Marlhe près de Saint-François , Sainte-Marie, Zévalos, Ducliassaing; la Mineure, Langlois, Acomat, Saint- Alary, près du Moule, Blanchet, Richeval, Marchand, près du Morne-à-l’Eau, Du val"; Sainte-Élise, Clugny, près du Petit-Canal, et Beauport près de Port-Louis;
A Marie-Galante, celle de la Grande-Anse, non loin du Grand-Bourg.
Il existe depuis pou de temps une petite chocolaterie et, depuis de longues années, un certain nombre de tanneries qui produisent des cuirs fort beaux.
Aux Saintes et à Saint-Martin, on fabrique de grandes quantités de poteries.
Enfin on remarque des industries locales, telles que la fabrication de la chaux, recueillie sur les ilels et destinée à la consommation de la colonie seulement.
L’industrie forestière n’existe pas et, malgré l’abondance des bois précieux qui se trouvent dans File, personne n’a songé encore à établir une scierie mécanique, ou du moins tenté de le faire avec des capitaux suffisants.
Régime du travail. — Immigration. — L’abolition de l’esclavage, opérée brusquement dans le courant de l’année 1848, rompit l’équilibre qui existait alors entre le nombre
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des cultivateurs-propriétaires et celui des ouvriers agricoles de cette époque (les esclaves).
Pour diverses raisons, il fallut songer à l’immigration de travailleurs, et l’on eut d’abord recours, comme nous l’avons dit au chapitre Ior, aux Européens, aux Chinois,
aux Annamites, aux Madériens, aux nègres de la côte
d’Afrique et finalement aux Indiens. C'est, ainsi que, de 1854 à 1887, on a introduit dans la colonie, avec le concours du gouvernement local, 379 Européens, 413 Madériens, 272 Annamites, 500 Chinois, 6,600 nègres, 42,000 Hindous.
Ces derniers ayant seuls donné des résultats sérieux, on n’envoya plus que des Indiens comme ouvriers agricoles. Au 31 décembre 1887, déduction faite des rapatriés et des décédés, il y en avait, à la Guadeloupe ou dans ses dépendances, un peu plus de 17,000; depuis cette époque, le gouvernement britannique, d’accord avec le gouvernement français, a supprimé l’immigration. Mais celle mesure étant toute récente, nous expliquerons cependant l’organisation du service spécial qui avait été créé à ce propos.
En effet,, ces Indiens étant sujets anglais, la Grande-Bretagne avait tenu essentiellement à les suivre en pays étranger pour défendre leurs intérêts et les protéger eux-mêmes au besoin; en conséquence, dès l’année 1861, un régime spécial, dit régime d’immigration, avait été institué d’accord avec le gouvernement, puis modifié et réorganisé en dernier lieu par arrêté du 20 février 1881.
Aux Indes, le recrutement était confié à des agents spéciaux nommés par la France, mais agréés et , contrôlés par le gouvernement britannique. L’embarquement, l’existence à bord, le rapatriement étaient également soumis à des conventions spéciales. Enfin, dans la colonie ellemême, il existait un service spécial dit service de I ’i ni mi—
gration qui relevait, comme nous l’avons dit au chapitre III, de la direction de l'intérieur. Ce service comprenait : un inspecteur, des syndics et des employés.
Les syndics, les agents directs de la protection, résidaient à portée des émigrants clans les communes rurales, se transportant souvent sur les habitations, autant pour vérifier les plaintes qui leur avaient été adressées que pour s’assurer de l’exécution des obligations prises par les propriétaires à l’égard des engagés.
Dans chaque arrondissement judiciaire, il existait en outre un syndicat protecteur, dont le procureur de la République, un avocat et un conseiller municipal faisaient partie.
Enfin, à la Pointe-à-Pitre, existail un comité d’immigration chargé de la répartition des ouvriers arrivant de l’Inde dans les différentes propriétés de la colonie.
La durée de l’engagement était de cinq ans, déduction faite des jours d’absence volontaire.
A son arrivée, tout immigrant recevait un livret sur lequel le propriétaire devait inscrire les indications relatives à l’exécution de son contrat; il avait, de son côté, un livrecontrôle, qui était la contre-partie du livret et qu’il devait communiquer à toute réquisition des agents du service.
Le salaire minimum des immigrants était de 12 fr. 50 par mois pour les hommes, 10 francs pour les femmes, 5 francs pour les enfants au-dessous de 14 ans. Les engagés avaient en outre droit au logement, aux soins médicaux et à deux vêtements par an.
A l’expiration du contrat, l’Indien pouvait, avec l’autorisation de l’administration, se fixer dans l’ile, sans engagement, mais il perdait alors son droit au rapatriement gratuit.
[.es convois de retour partaient généralement de la colo-
nie en mai. juin et juillet; ceux d’arrivée parlaient de l’Inde du Ier août au 15 mars.
Dix coolies au maximum, par convoi, pouvaient être affectés à une même habitation et le propriétaire qui manquait à ses engagements ou exerçait des sévices contre ses engagés, risquait de se les voir enlever par l’administration et pouvait en outre être désigné pour ne plus recevoir jamais d’immigrants. Le cas est d’ailleurs rarement arrivé.
Outre, les conditions de logement, de salaire, etc., les heures de travail et la nourriture (quantité et qualité) étaient également soumises aux règlements.
Ou peut compter, d’une manière générale, que l’Indien coûtait 300 francs de frais d’envoi, entièrement à la charge du propriétaire ; le rengagement qui avait lieu
devant le maire de la T „ . .
N ogresse africaine.
commune et le syndic de l’immigration, revenait à la colonie à 244 francs et, à l’engagiste, à la même somme environ.
En tenant un compte exact des primes payées, de la nourriture, des vêtements, des soins médicaux, de la mortalité, etc., ou a estimé que la journée du coelie revenait à peu près à 2 fr. 50.
Le créole, au contraire, ne gagne que I fr. 25 (rarement '1 fr. 50 et quelquefois 0 fr. 75 seulement). Dans ces conditions, il esL évident que les travailleurs ont toujours été
rares; mais on en trouvera un grand nombre le jour où l'on voudra les payer 2 francs ou 2 fr. 50, c’est-à-dire, pour le propriétaire, le même prix que les Indiens.
Commerce et navigation. — Dans une île comme la Guadeloupe, la question du commerce est intimement liée à celle de la navigation.
Au 31 décembre 1880, le mouvement commercial de la colonie s’élevait à 33,807,431 francs, divisés comme suit :
Importations, 17,496,785 francs;
Exportations, 16,31 0,646 francs.
Dans les importations, les marchandises françaises figuraient pour 7,904,458 francs et les marchandises étrangères' venues directement ou venues des entrepôts de la métropole, pour 9,592,327 francs.
Les exportations comprennent : en denrées de la colonie 1 5,230,2 1 8 francs, en marchandises françaises 1 ,002,074 fr., en marchandises étrangères 77,554 francs.
A part la France, avec laquelle elle entretient ses plus importantes relations commerciales, la Guadeloupe reçoit des États-Unis d’Amérique des denrées alimentaires, et des bois de construction; d’Angleterre, de la houille et des cotonnades; de l’Inde, du riz en grains; de Porto-Rico, des bœufs de boucherie et de travail; de Saint-Pierre et Miquelon. des morues de pêche française.
Le mouvement de la navigation, pendant cette même année, a été, tant à l’entrée qu’à la sortie, de 502 navires de pavillon français, avec 476,428 tonnes de jauge, et de 328 navires étrangers jaugeant 75,097 tonnes.
Des naviresfrançais, 48 allaient à Bordeaux ou en venaient, 37 venaient de Marseille ou y allaient, les autres étaient en relations avec Saint-Nazaire (38 navires), le Havre (17 navires), Nantes (24 navires), Belle-Isle-en-Mer (8 navires), Saint-Servan (1 navire), la Martinique (144 navires), Terre-
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Neuve (39 navires), Cayenne (10 navires), Sénégal (2 navires).
Pour les navires étrangers, la répartition était la suivante : 33 anglais, 68 américains, 41 des Antilles anglaises, 9 des Antilles espagnoles, etc.
Moyens de communication avec la France. — Passages et fret. — La Guadeloupe communique avec la France au moyen de paquebots de la Compagnie générale transatlantique qui partent de Saint-Nazaire, le 10 de chaque mois, pour arriver le 22 ou le 23 du même mois à la Pointeà-Pitre et à la Basse-Terre; de Bordeaux, le 26 de chaque mois, pour arriver à la Pointe-à-Pitre et à la Basse-Terre les 9 et 10 du mois suivant; enfin, de Marseille, le 9 de chaque mois, touchant à la Pointe-à-Pitre et à la Basse- Terre, les 28 et 29 du même mois. — Les retours ont lieu : pour Saint-Nazaire, le 12 de chaque mois; pour le Havre et Bordeaux, le 1er de chaque mois, et pour Marseille, le 21.
Le prix des passages est :
lre classe (la seule).
lre CATÉGORIE. 2e CATÉGORIE. 3e CATEGORIE. ENTREPONT.
De Saint-Nazaire. 900 800 750 300
Du Havre . . . . les memes prix que Bordeaux, plus 100 francs. De Bordeaux. . . 900 800 750 300
De Marseille. . . » » 750 300
Quant au prix du fret, sa moyenne est généralement, selon le port d’envoi ou de destination :
Le Havre. . . \
Bordeaux. . . / de 45 à 75 francs la tonne (ou le mètre cube)
Marseille . . . ( selon la nature de la marchandise.
Saint-Nazaire. /
(Pour New-York, le prix du fret se calcule par barrique de sucre; il est d’environ 3 dollars 1/4 par boucau de 800 kilos.)
Il n’existe pas de communication télégraphique fran-
eaise avec la métropole ; nos Antilles sont, sur ce point, les tributaires (le rindustrie britannique, car il faut en effet avoir recours au câble anglais, dont le tarif est fort élevé : 14 fr. Ki par mot.
Conclusion. — En résumé, la Guadeloupe a, comme l’on voit, un brillant avenir, à la condition de se préoccuper de certaines questions d'une façon fort sérieuse.
La première de toutes est la question des travaux publics, particulièrement l’amélioration du port de la Point-'à-Pitre, et la résolution des questions qui on dépendent (canalisation de la rivière Salée, etc.).
Il sera indispensable ensuite qu’elle porte son attention sur l’agriculture et la main-d'œuvre agricole, autant pour assainir certaines régions et les rendre cultivables, que pour créer des plantations maraîchères en vue de l’approvisionnement des navires et pour résoudre enfin, d’une manière satisfaisante, cette question de la culture de la canne à sucre qui devient quelque peu inquiétante, en raison des travaux relativement considérables qu’elle nécessite, et du peu de bénéfices qu’elle procure.
Une indigène.
LA GUADELOUPE
Renseignements statistiques.
Comparaison entre les années 1867 et 1887.
POPULATION
. . 182,182 i A"SmCnlall0n
IMPORTATION
EXPORTATION
14,535,219 ) . . „ no,
. 21,519,696 ! A“<5moitauon 6,96, ,411
ANIMAUX UOMESTIQUES
Bœufs et vaches
Moutons .
Porcs .
Chèvres .
Chevaux, .
Anes et mulets . .