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CHAPITRE PREMIER Précis historique

Découverte de l’îlc (1493). — Pierre Belaiu (1625). — Dycl DuparqUct (1650). — Rouville do Trac.y (1661). — Guerre entre la France et l'Angleterre. — Réunion à la couronne (1674). — La guerre civile (1790). — Après 1815.

Découverte de l’île (1493). — L’ile de la Martinique fut découverte en 1493, le jour de la fêle de Saint-Mari in, par Christophe Colomb, qui lui donna le nom de Martinico : les Caraïbes qui la peuplaient alors Pappelaienl Madiana.

Déjà maîtres d'un continent immense, les Espagnols ne fondèrent dans l’ile aucun établissement, et les indigènes en restèrent tranquilles possesseurs jusqu’en 1625.

Pierre Belaix (162o). — A cette époque, un petit gentilhomme de Normandie, marin intrépide, qui, par ses belles actions sur mer, avait obtenu le grade de « capitaine du roy sur les mers du Ponant », Pierre Belain, sieur d’Esnambuc, partit de Dieppe sur un brigantin monté de quatre pièces de canon, de quelques pierriers et de cinquante hommes, et fit voile vers le nouveau monde en quête d’aventures. Attaqué dans le golfe du Mexique par un galion espagnol, il lui échappa après une lutte héroïque, mais il dut pour réparer de graves avaries relâcher à la première terre qu’il rencontra : c’était Pile de Saint-Christophe.

D’Esnambuc extermina les Caraïbes indigènes qui l’avaient traîtreusement attaqué; il favorisa la culture du tabac qui devait faire la principale richesse de l’ile, et revint en France dès 1626, avec un précieux chargement, pour solliciter des secours de la couronne. 1) énuméra au cardinal de Richelieu toutes les richesses qu’on pourrait tirer de ces pays, et le cardinal favorisa la création d’une Compagnie des îles d'Amérique, ayant pour objet de « peupler et établir les isles d'Amérique, avec privilège d’exploiter les terres et mines pendant vingt années, à charge de tenir ces isles sous l’autorité du roi. et de lui rendre le dixième du produit ».

Revenu à Saint-Christophe, d’Esnambuc songea à occuper et à coloniser les îles voisines, encore aux mains des sauvages et fermées au commerce. 11 fut devancé et supplanté à la Guadeloupe par un de ses lieutenants, le sieur Lycnard de l'Olive, qui débarqua même à la Martinique et y arbora le premier drapeau de la France, mais l’abandonna, Payant trouvée trop montagneuse. Le 1er septembre 1635,

LA MARTINIQUE

d’Esnambuc débarquait à la Martinique avec 150 hommes, choisis parmi les habitants de Saint-Christophe et munis d’abondantes provisions. Il traita avec les Caraïbes, fit bâtir sur la rivière de Roxelane (aujourd’hui rivière Saint-Pierre) un fort en palissades qu’il arma de canons, et prit solennellement possession de file, le 15 septembre suivant, au nom de la Compagnie des îles d’Amérique. Ayant ainsi jeté les premiers fondements de la colonie, il revint à Saint-Christophe, laissant la Martinique sous les ordres de son lieutenant Jean Dupont. Celui-ci eut à repousser une agression des Caraïbes qui étaient venus attaquer le fort, puis s’embarqua à son tour pour Saint- Christophe, mais un coup de vent jeta son petit bâtiment sur les côtes espagnoles, où il fut retenu prisonnier.

Dyel Duparquet (1650). — Il fut remplacé dans le gouvernement de la Martinique par un neveu de d’Esnambuc, Jacques Dyel Duparquet, qui prit possession quelque temps après, au nom de la Compagnie, de Sainte-Lucie, de la Grenade et des Grenadins.

Cependant la Compagnie des îles d’Amérique, ne retirant pas de l’exercice de ses privilèges les avantages qu’elle avait espérés, se décida à yemlre ses îles. Duparquet les acheta en 1650 au prix de 60,000 livres, et devint ainsi propriétaire et seigneur des îles qu’il gouvernait. A sa mort qui survint le 2 janvier 1658, la guerre éclata entre les Français et les Caraïbes. Presque tous les indigènes furent massacrés ou expulsés de File : en 1664, il n’en restait plus dans la colonie.

Les enfants de Duparquet oblinrent d’ailleurs du roi des lettres patentes, du 15 septembre 1658, les maintenant en possession des biens et des dignités de leur père. Mais des désordres ayant éclaté dans le gouvernement de ces colonies. la cour résolut d’enlever ces îles à la domination des

particuliers, et de les donner à une compagnie nouvelle.

Rou ville de Tracy (1604). — - A cet effet, un membre du conséil privé, le lieutenant général Alexandre Rouville de Tracy fut envoyé à la Martinique, où il arriva le 1er juin 1664. La couronne racheta les îles aux héritiers Duparquet, au prix de 240,000 livres, puis céda ses droits à la Compagnie des Indes Occidentales, qui venait d’être créée et qui devait avoir pendant quarante ans le droit exclusif de commerce et de navigation dans les mers d’Amérique.

Guerre entre la France et l’Angleterre. — La guerre qui éclata en 1665 entre l’Angleterre et la France ouvre une période au cours de laquelle la Martinique fut souvent en proie aux attaques de nos ennemis. La courageuse résistance des colons lit échouer en 1666 une tentative de lord Willûughby, gouverneur de la Barbade, pour débarquer à la Grand’Anse du Car bel, et, en 1667, une nouvelle agression de la flotte anglaise sous les ordres du général Jones Harmant.

Un peu plus lard, durant la guerre de Hollande, le célèbre Ruvter reçut l’ordre de s’emparer de la Martinique, el le 30 juillet 1674, il arrivait devant la rade de Fort-de- France, accompagné du comte de Stirum, que les États généraux des Pays-Bas avaient déjà nommé gouverneur de la Martinique. Mais, après avoir débarqué 6,000 hommes à la pointe Simon et tenté de s’emparer du fort Saint-Louis, il fut contraint de s’éloigner précipitamment avec sa flotte, en abandonnant les blessés, une partie de son matériel et l’étendard du prince d’Orange.

Enfin, en 1693, les Anglais firent une nouvelle expédition contre la Martinique, au mépris du traité signé à Londres le 19 novembre 1686 entre la France el la Grande- Bretagne, qui stipulait que les colonies ne prendraient pas part aux guerres qui pourraient éclater entre les mé-

tropoles. Ils opérèrent une descente entre Saint-Pierre et le Prêcheur, au Fonds Canoville, avec 3,000 hommes de troupe. Mais les milices de Saint-Pierre et du Prêcheur, renforcées d’une troupe de noirs africains armés pour la circonstance, leur opposèrent une telle résistance qu’ils regagnèrent leurs navires en laissant leurs bagages, leurs munitions, 300 prisonniers et 500 à 600 morts.

Réunion a la couronne (1674). — Cette période d’hostilités continuelles n’était guère propice au développement de la prospérité de la colonie. Aussi la décadence de la nouvelle Compagnie des Indes Occidentales fut-elle rapide; la Société fut dissoute, par un édit du mois de décembre 1674, la propriété, la seigneurie et le domaine utile de ces îles réunis à la couronne, et tous les Français, sans distinction eurent désormais la liberté de s’y fixer.

Les colons de la Martinique formaient alors deux classes. La première se composait de ceux qui étaient venus de France à leurs frais et qu’on appelait habitants. Ils obtenaient du gouvernement local des concessions de terres en toute propriété, moyennant une redevance annuelle en •tabac ou en coton, qui fut plus tard payable en sucre. L’autre classe comprenait les engagés, c’est-à-dire les travailleurs recrutés en France, principalement à Dieppe, au Havre et à Saint-Malo, et qui étaient contraints de travailler pendant trois années consécutives sur les plantations des colons qui avaient payé les frais de leur passage d’Europe dans la colonie. A l’expiration de l’engagement, les engagés recevaient, pour la plupart, des concessions gratuites de terres dont l’étendue, réduite plus tard de moitié, était de 25 hectares environ. D’un autre côté, la traite des noirs, qui avait pris rapidement un grand développement, introduisait à la Martinique un nombre considérable de travailleurs : dès 1736, la population esclave

de la colonie ne s’élevait pas à moins de 72,000 noirs, et, deux ans après, il ne fut plus nécessaire do faire venir des engagés d’Europe.

Le traité d’Utreclit (11 avril 1713) ayant enlevé à la France Terre-Neuve, l’Acadie et Saint-Christophe, la couronne s'intéressa davantage aux colonies qui lui restaient, et notamment aux Antilles. Affranchie en 1717 des droits excessifs qui avaient pesé jusqu’alors sur ses produits, la Martinique vit grandir rapidement son commerce et son agriculture. Grâce à la sûreté de ses ports et à son heureuse situation géographique, elle devint le chef-lieu et l’entrepôt général des Antilles françaises. C’était à la Marti nique que les iles voisines vendaient leurs produits, et achetaient les marchandises de la métropole. Malheureusement la guerre qui éclata en 1744 entre la Grande-Bretagne et la France vint arrêter de nouveau l’essor de celte prospérité : les colons négligèrent l’agriculture el le commerce pour consacrer leurs capitaux à l’armement de corsaires.

Terminées en 1748, les hostilités contre la Grande-Bretagne reprirent en 1730, et les corsaires des Antilles firent alors subir des pertes considérables au commerce anglais : leurs prises s’élevèrent au nombre de 930, d’une valeur de plus de 30 millions de livres. Mais le 10 janvier 17G2 une forte escadre anglaise, composée de 230 voiles et portant 13,000 hommes de troupes régulières, mouilla devant la Case-Navire, où le débarquement se lil pendant la nuit. Les 1,200 hommes de troupes et les 2,400 miliciens qui se trouvaient alors à la Martinique ne purent résister à des forces aussi considérables, et, le 13 février, à la suite de plusieurs combats, le gouverneur, M. de la Touche, capitula à Saint-Pierre. La Martinique resta dix-sept mois aux mains des Anglaisjusqu’au traité de Paris (10 février I7G3), qui la restitua à la France.

Panorama de Fort-de-Fran

La colonie jouit alors d'une assez longue période de paix, qui permit à l’agriculture et au commerce de se relever. Au cours de la guerre de l’indépendance américaine, la baie de Fort-de-France devint en 1778 le centre des opérai ions maritimes des flottes françaises. En 1730, le mouvement commercial de File atteignait le chiffre de 44,003,339 livres, dont 30,240,286 à l’exportation et 12,338,490 à l’importation. La population de la colonie était de 99,284 individus, dont 83,414 esclaves.

La guerre civile (1790). — La Révolution française lit naître à la Martinique de graves événements. Dès 1790, !a guerre civile éclata dans la colonie entre les partisans de l’ancien régime et ceux de la Révolution, et l’abolition de l’esclavage proclamée par la Convention en 1794 augmenta la violence de ces dissensions. Dans les premiers jours du mois de septembre 1792, à la suite d’une courte trêve, le gouverneur général, de Béhague, qui avait été rappelé le 3 juillet par un décret de l’Assemblée législative, donne le signal de la contre-révolution, le bruit ayant couru que les Autrichiens et les Prussiens venaient d’entrer à Paris. Le drapeau blanc est arboré; on repousse, à son arrivée de France, le nouveau gouverneur général, Rochambeau, et, le 13 décembre, l’assemblée coloniale et de Béhague déclarent la guerre à la République en ouvrant File aux émigrés et aux Bourbons.

Bientôt, une réaction s’opère: de Béhague se voit obligé de quitter File avec un certain nombre de royalistes; l’assemblée coloniale rappelle Rochambeau de Sain l-Domi ligue, où il s’étail retiré, et vote une adresse à la Convention. Mais en avril 1793 le parti royaliste prend les armes sur plusieurs points de File et il sollicite l’intervention des Anglais, qui, malgré la résistance héroïque de Rochambeau, finissent par s’emparer de la Martinique.

La domination anglaise dura huit années, et prit fin à la paix d’Amiens. En 1809, Elle retomba aux mains des Anglais, qui lie l’évacuèrent que le 2 décembre 1814, en exécution du traité de Paris, en la remettant aux commissaires du roi Louis XVIII. Ils revinrent pendant les Cent Jours, et occupèrent les forts à titre d’alliés. Enfin le traité du 20 novembre i 8 1 o fit rentrer définitivement la Martinique sous la domination française.

Après 181o. — - Les plantations, jusque-là négligées, attirèrent alors les soins et les capitaux des colons, qui ne retardèrent pas à renouer des relations commerciales avec l'Europe. Malheureusement l’esclavage maintenu devait bientôt faire naître dans la colonie des troubles graves. Les noirs, qui étaient à la Martinique 80,000 environ en face de 10,000 blancs et de 11,000 mulâtres, sentant leur supériorité numérique, tentèrent à plusieurs reprises de recouvrer la liberté par la force.

Dans la nuit du 13 au 14 octobre 1822 éclata un complot qui devait être le signal d’une révolte générale, et qui était dirigé par quatre noirs : Narcisse, Jean-Louis, Jean et Baugio. Des colons furent assassinés, leurs demeures pillées, les récoltes incendiées. Une rigoureuse répression arrêta le soulèvement dès le début. Soixante noirs furent arrêtés et livrés aux tribunaux : sept des accusés eurent la tête tranchée, quatorze furent pendus et dix subirent le supplice du fouet.

Deux ans après, un mulâtre, nommé Bisetle, organisait un nouveau mouvement, ayant pour but l’expulsion de tous les blancs. Mais la conspiration fut découverte. Bisetle fut arrêté avec ses complices, et condamné avec trois d’entre eux aux travaux forcés, tandis que trente-sept autres étaient punis de la peine du bannissement.

Le 27 avril 1848 l’abolition de l’esclavage était pro-

clamée, et cet acte eut à la Martinique comme dans les autres colonies d’importantes conséquences économiques. Il en fut de même de l’abolition du pacte colonial, effectuée par la loi du 3 avril 1801 qui accorda aux colonies la liberté du commerce et de la navigation.

Enfin, si depuis le commencement de ce siècle la Martinique n’a plus eu à souffrir de la guerre, l’expédition du Mexique (1802-1867) a mis une fois de plus en évidence l’importance stratégique de file; le vaste port de Fort-de- France devint, ce qu’il avait été pendant la guerre de l’indépendance américaine, le lieu de relâche et de ravitaillement de toute la flotte française.

La Martinique a vu naître Joséphine Tascher de la Imagerie, première femme de Napoléon, dont la statue est à Fort-de-France.

Crdole blanche.

Fort-de-France. — Ruo du Gouvernement.

CHAPITRÉ II Description géographique.

Situation. — Etendue. — Configuration générale. — Montagnes. — Sources thermales. — Nature du sol. — Forêts. — Cours d’eau. — Configuration des côtes. — Routes. — Canaux. — Chemins de ter. — Climatologie. — Vents. — Cyclones. — Raz de marée. — Tremblements de terre.

Situation. — L’ile de la Martinique, située dans l'océan Atlantique, fait partie du groupe des Antilles désignées sous le nom d 'lies nous le Vent. Elle se trouve par 14?23'43" et 14°o2/47,r de latitude nord et par 63°0'19'' et 63° 3 1 ' 34" de longitude ouest du méridien de Paris. Placée entre Pile de la Dominique, distante dans le nord de 33 kilo-

mètres, et Sainte-Lucie, dont la sépare un passage de 3o kilomètres d’étendue, elle est à 100 kilomètres sud-est de la Guadeloupe. Sa distance approximative du port de Brest est de 1,270 lieues marines.

Étendue. — Sa forme est celle d'un parallélogramme irrégulier, à bords très découpés, qui mesure 70 kilomètres dans sa plus grande longueur; sa largeur moyenne est d’environ 31 kilomètres.

La superficie est de 98,782 hectares. Un tiers de file environ est en plaines; le reste, en montagnes.

Configuration générale. — - La Martinique offre l’aspect de deux péninsules réunies par l’isthme qui est entre le cul-de-sac Français et le cul-de-sac Royal ; le terrain s’élève graduellement depuis le rivage jusqu'au centre où sont les montagnes.

Elle est traversée, dans le sens de son grand axe, par une ligne de faite de hauteur variable, dont les côtés sont occupés par des reliefs escarpés et des vallées profondes et étroites, où coulent de petits cours d’eau. En étudiant une carte de la Martinique où la direction et l’élévation des montagnes se trouvent marquées, on voit que Fîle peut être considérée comme formée de deux massifs, un septentrional, l’autre méridional, réunis, vers le tiers de l’étendue totale, par une petite chaîne de montagnes beaucoup moins élevée que les points extrêmes.

Montagnes. — Toutes les montagnes sont d’origine volcanique. On compte dans File six volcans éteints. Lorsque les reliefs des hauteurs ont gardé la forme conique, on les appelle des pitons ; les montagnes moins élevées et dont les pentes sont plus douces que celles des pitons sont ordinairement désignées sous le nom de mornes.

Au nord se trouve la montagne Pelée (1,330 mètres), la

LA MARTINIQUE

plus haute de lhle; elle a de nombreux contreforts et à son sommet on trouve le cratère éteint des Palmistes, qui forme aujourd'hui un lac d’une circonférence de 150 mètres, dont l’eau abondante et limpide a un léger goût herbacé. Ce lac et celui qui est situé aux pieds des pitons du Carbet (l’étang Larcher) sont les seuls que l’on connaisse à la Martinique.

• On peut encore citer, parmi les montagnes les plus élevées, le mont Conil, le piton Pierreux (596 mètres), Balata (597 mètres), les pitons du Carbet (1,207 mètres), le morne Saint-Gilles, le piton Vert (522 mètres), Vert-Pré (310 mètres), la montagne du Vauclin (505 mètres), la Régale, le gros morne du Diamant (478 mètres).

Ces montagnes, couvertes jusqu’à leur sommet de la végétation luxuriante des tropiques, sont encore plus escarpées que ne le laisse voir leur manteau d’arbres, et quand on s’en approche assez pour pouvoir en sonder les contours, on est vraiment stupéfait parfois en apercevant les falaises gigantesques qui se dissimulent sous l’exubérance de la végétation. Ce qui paraissait de prime abord un pli ondulant de terrain, une légère dépression entre deux collines, est une vallée extrêmement profonde, encaissée par deux parois presque verticales, et ce qu’on croyait être un tapis d’arbustes se trouve être le sommet d’arbres énormes ayant de 50 à 60 mètres de profondeur.

Sources thermales. — Il existe quatre sources d’eaux minérales en coins d’exploitation à la Martinique, sans compter celles de l’Espérance, de Lareinty, du Lamentin, de la Frégate et du Français qui ne sont pas encore exploitées.

Sur ces quatre sources, celles de Reynal, de Roty, d’Abtsalon ont leur foyer dans les pitons du Carbet et la quarième, celle du Prêcheur, dans la montagne Pelée.

La source Reynal est située à 4 kilomètres environ dans le nord-est de Fort-de-France.

Cette eau a fourni à l’analyse les résultats suivants pour le résidu de 4 litres pesant lsr,88 r acide carbonique, environ un quart du volume; muriate de soude, 0,39; muriale de magnésie, 0.30; sulfate de soude, 0,04; carbonate de chaux, 0,37; oxyde de fer, 0,23; silice, 0,28; matière animale, 0,03. La chaleur de l’eau est moindre que celle de la source d’Absalon.

La source d’Absalon est située à 10 kilomètres dans le nord-ouest de Fort-de-France; elle a une température qui varie de 33° à 36° centigrades; ses eaux possèdent les propriétés des eaux gazeuses et ferrugineuses; elles contiennent un tiers de leur volume d’acide carbonique et du fer en petite quantité.

La source Roly, à 8 kilomètres de Fort-de-France, est d'un accès plus facile que la précédente; sa température est de 3° au-dessous de celle d’Absalon; elle est à peu près de même nature.

La source du Prêcheur est située sur le versant de la montagne Pelée, dans le nord de Saint-Pierre. La température est de 34° à 33° centigrades. Un litre d'eau a donné à l’évaporation un résidu de 31 centigrammes qui contient : carbonate de soude, 0,09 ; muriate de soude, 0, 1 9 ; carbonate de chaux, 0,06; carbonate de magnésie, 0,14; silice, 0,10; matière animale, 0,03.

Nature du sol. — Le soi n’est pas partout de même nature : dans la région de la montagne Pelée, du Morne- Rouge et de la Calebasse, et dans les quartiers du Macouba et de la Basse-Pointe, il se compose de pierres ponces qui, mêlées aux d él ri tu s végétaux, forment une terre légère, mais assez fertile. Le sol du Prêcheur, de Saint-Pierre et du Carbet est à pmi près de même nature.

LA MARTINIQUE

Les terres de la Trinité et de la partie méridionale de l’île sont grasses, fortes et argileuses. Dans la partie nord-ouest le sol est au contraire aride et pierreux.

Forêts. — Les forêts qui couvrent la plupart des montagnes de File occupent le quart environ, de la superficie totale.

Cours d’eau. - — Dans les profondes vallées qui séparent

Les Pitons de Balata.

les montagnes de l’ile on trouve un nombre prodigieux de cours d’eau. Soixante-quinze rivières principales traversent successivement, dans leur cours accidenté, la région des forêts comme celle des cultures el vont se jeter dans la mer. Ces rivières sont, pendant la saison du renouveau et surtout pendant la phase estivale de mars et d avril, de paisibles ruisseaux qui peuvent être traversés à gué et même à pied sec, en passant sur les quartiers de lave

AMÉRIQUE

dont leur lit est parsemé : leur profondeur n’est alors que de 7ü centimètres à 1 mètre à peine. Mais lorsque viennent les pluies de l’hivernage, ces rivières presque desséchées deviennent des torrents impétueux qui détruisent et emportent tout sur leur passage et s'élèvent quelquefois jusqu’au niveau de leurs rives escarpées.

Parmi ces nombreux cours d’eau, on peut citer principalement : au vent de l’ile, le Lorrain qui se jette à la mer en deux bras, le Lorrain et le Masse, le Galion, la Capote, la Falaise, les rivières du Macouba, de la Grande- Anse, et de Sainte-Marie; sous lèvent, la rivière Pilote, la rivière Salée, la Lézarde, la Jambette, la rivière Monsieur, la rivière Madame qui passe à Fort-de-France, la rivière du Carbet, la rivière du Fort Saint-Pierre et de Case- Navire.

L’étendue du cours de ces rivières n’est le plus souvent que de 4 kilomètres et ne dépasse jamais 28 kilomètres. Les seules navigables sont la rivière Pilote et la rivière Salée.

Configuration des côtes. — La forme irrégulièrement quadrilatère du littoral permet d’y considérer quatre côtés bien distincts.

Le côté sud s’étend de la pointe d’Enfer à l’est, au morne Diamant à l’ouest et mesure en ligne droite environ 30 kilomètres. Cette partie de la côte affecte la forme d’un arc dont les deux extrémités s’avancent dans la mer. Celle de l’est détermine une profonde échancrure, la baie du Marin. Aux environs de cette baie s’élève le piton Crève- Cœur, d’une altitude de 202 mètres. Tout ce côté sud-est est constitué par des pentes abruptes, couvertes d’une riche végétation qui, de prime abord, les fait paraître moins escarpées qu’elles ne le sont en réalité.

Le côté ouest comprend toute l’étendue de côté qui

LA MARTINIQUE

court nord et sud depuis le morne du Diamant jusqu’à l’embouchure de la rivière du Prêcheur.

Aussitôt après avoir doublé le cap du Diamant, on rencontre la petite anse de ce nom, puis une pointe abrupte et escarpée qui domine l'anse d’Arlet. Après la pointe Bourgos et le cap Salomon commence la grande baie de Fort-de-France bornée au sud par l'ilot à Ramiers et au nord par le sommet basaltique de la pointe des Nègres.

Tout le littoral de cette baie est bas, essentiellement marécageux, constitué par des terres vaseuses, tantôt submergées et tantôt découvertes, présentant un mélangeincessant d’eau douce et d’eau salée. Ces terres, plantées de palétuviers, peuvent être considérées comme le lype du marais fébrigène tropical.

A partir de la pointe des Nègres, la côte décrit une légère concavité dont le centre est occupé par le bourg de Case-Navire, puis une seconde, plus pelile encore, où se trouve Case-Pilote. Le littoral suit vers le nord une ligne à peu près droite jusqu’au bourg du Carbet; puis elle s’infléchit pour former la baie peu profonde au centre de laquelle est la ville Saint-Pierre.

Cette vaste dépression du littoral se termine à l’embouchure de la rivière la Mare.

Le côté nord s’étend sous forme d’une ligne convexe de celte rivière à l’embouchure de la rivière Capot. Le sommet de cette courbe correspond au cap Saint-Martin.

Le côté est, côté du vent, a pour limites, au nord la rivière Capote, au sud le cap Ferré: Celte partie de la côte diffère absolument d’aspect avec celle de l’ouest; c’est une terre abrupte incessamment assaillie par la mer que poussent contre elle les grandes brises de nord-est. Vers sa partie moyenne s’en détache une presqu’île aux bords échancrés,

la presqu’île de la Caravelle, entourée de rochers, d’écueils et de dangers sous-marins. Elle forme au nord la baie de la Trinité et au sud celle du Galion.

A partir de cette presqu’île, la côte est extrêmement découpée. C’est d’abord le havre du Robert, et ensuite la baie du Vauclin. Jusqu’au cap Ferré, la côte présente toujours le môme caractère et est très dangereuse pour le navigateur.

Telle est la physionomie générale du littoral de la Martinique.

Routes. — Le réseau principal des voies de communication de la colonie comprend 31 routes coloniales entretenues, présentant une longueur totale de 500 kilomètres environ.

Ces routes forment deux réseaux distincts aboutissant l’un à Saint-Pierre, l’autre à Fort-de-France.

Voici l’indication sommaire des principales voies reliant entre eux les cent res de File : la route de Fort-de-France/è Saint-Pierre par l’intérieur a 30 kilomètres de longueur. Celle de Fort-de-France à la Trinité par le Gros-Morne a 30 kilomètres.

Celle qui va de Saint-Pierre par le Morne-Rouge et Agoupa-Bouillon à la route de la Trinité à la Basse-Pointe comprend 21 kilomètres.

Cette dernière de la Trinité à la Basse-Pointe par Sainte- Marie, le Marigot et la Grand’Anse estime des plus longues : 33 kilomètres.

On trouve ensuite les routes du Petit-Bourg au Marin par la Rivière-Pilote avec 21 kilomètres; de Fort-de-France ;i Saint-Pierre par Case-Navire, Case-Pilote et Carbet avec 29 kilomètres; de Saint-Pierre à la Grande-Rivière par le Prêcheur avec 31 kilomètres, et de la Rivière-Pilote aux Anses-d’Arlets par Sainle-Luce avec 35 kilomètres.

LA MARTINIQUE

Il semble que, malgré les dépenses que la colonie a consacrées à cet objet, le réseau général des routes, quoique très étendu en apparence, soit encore défectueux et insuffisant, et ne puisse pas permettre d’assurer des communications faciles et rapides entre un très grand nombre de points.

Canaux. — Il y a dans la colonie deux canaux princi-

Fontaine Gueydon.

paux, celui de Lamentin et celui de la Rivière-Salée. C’est par ces canaux que les communes du même nom communiquent avec la mer; ils sont navigables en toute saison; leur profondeur moyenne est de 2 mètres et leur largeur de 6 mètres.

L’ensemble du réseau de voies navigables présente actuellement une longueur de 14 kilomètres.

Chemins de fer. — 11 n’y a pas de voies ferrées à la Martinique. L’étude d’un réseau de chemin de fer a sou-

vent été faite et notamment en 1881 et plus tard en 1884- 188b par une mission dirigée par M. l’ingénieur Jourjon dont les plans, levers et deyis 'seront très utiles à consulter quand les projets seront repris un jour.

A la suite de ces études, un réseau de lignes fut même concédé à un concessionnaire français, M. Duparchy, qui ne donna pas suite à ses premiers projets.

Depuis lors, la question est toujours à l'étude et appelle fréquemment l’attention des pouvoirs publics de la colonie.

Seuls des chemins de fer industriels et agricoles à voie étroite ont été jusqu’ici établis pour l’exploitation des usines centrales à sucre : ces lignes ont aüeinL un développement total de 182 kilomètres.

Climatologie. — Le climat de la Martinique, comme celui des Antilles en général, est chaud et humide. L’année se divise en trois saisons bien distinctes et de durée irrégulière : la saison fraîche, la saison chaude et sèche, enfin la saison chaude et pluvieuse.

La saison fraîche ou carême commence en décembre et finit en mars; le thermomètre marque de 21° minimum à 28°, 7 maximum; la température moyenne est de 24°, 5, et il tombe 47b millimètres d’eau. C'est le printemps, la plus belle saison, celle pendant laquelle les Européens se portent le mieux. Pendant cette période, le ciel, presque toujours radieux, est d’une beauté incomparable dont le ciel d’Italie ne peut donner qu’une faible idée. Quelques rares flocons de nuages flottent dans une atmosphère toujours limpide et transparente. C’est surtout le lever du soleil qui présente un spectacle merveilleux : précédé d’un faisceau lumineux éclatant d’or et de pourpre, il apparaît brusquement et aussitôt éclaire magnifiquement tout l’horizon. Le coucher du soleil est plus beau encore :

LA MARTINIQUE

une seule teinte d’or envahit alors le ciel, se reflète sur la mer, recouvre les montagnes et fait briller toutes choses d’un éclat inouï. Tous les objets prennent des tons ardents qui leur donnent un incroyable relief. Les briques deviennent cramoisies, les murs d’un blanc de nacre, les arbres d’un vert glacé de pourpre : le I aideau est féerique.

La saison chaude et sèche commence en avril et finit en juillet; le thermomètre oscille entre 22° et 31°, 8; la température moyenne est de 26°; il tombe 140 millimèires d’eau. C’est, l'été.

Vers la mi-juillet commence la saison chaude et pluvieuse qui se prolonge jusqu’en novembre : c’est V hivernage, l’époque des grandes chaleurs, des tempêtes, des ouragans, des pluies abondantes, parfois torrentielles. Pendant cette saison, la mer s’élève fréquemment et forme des raz de marée redoutables aux navires et aux côtes. Le thermomètre marque de 23°, 4 a 31°, 4; la température moyenne est de 27°, 4 et il tombe 1,121 millimètres d’eau.

Une grande humidité, résultant de la situation même de l'ile au milieu de l’Océan, et une température élevée presque constante, tels sont les traits caractéristiques du climat de la Martinique. L’atmosphère présente presque t oujours une humidité voisine de la saturation : l’hygromètre de Saussure ne tombe jamais au-dessous de 70° et marque en moyenne 83°. La température, dont la moyenne est de 26°, 6, est d’une telle constance, qu’entre la moyenne mensuelle la plus élevée qui a lieu en août ou septembre et la plus basse, il n’y a qu’une différence de 3°. Quant aux chiffres extrêmes de l’année entière, ils n’atteignent qu’accidentellement 31°, 7 et ne descendent pas au-dessous de 21°, 8, soit un simple écart de 9°, 9.

En raison de cette grande humidité et de celte température presque invariable, le climat de la Martinique peut

produire assez rapidement l’anémie chez les Européens, qui habitent les régions basses voisines de la mer. Mais à mesure que le niveau de terrain s’élève, la température s’abaisse, d’environ 1 degré par 100 mètres d’élévation.

Au camp Balala, par exemple, qui est situé aune altitude de 438 mètres, la chaleur est très supportable; la moyenne de l’année est de 22°, 7 tandis qu’elle est de 26°, 6 à Fort-de-France. Ee camp Balala se trouve ainsi sur la même ligne isotherme que le Caire, alors que Fort-de- France est sur celle de Calcutta. Sur tous les plateaux de l’ile qui se trouvent au-dessous de la région des forêts, à 400 ou 300 mètres d’élévation, où l’atmosphère est moins chargée d’humidité et la chaleur moins vive, le climat est agréable et sain et l’Européen est à l’abri des influences paludéennes et de l’atteinte des épidémies graves qui lui rendent redoutable le séjour du littoral.

La fièvre paludéenne est d’ailleurs peu fréquente à la Martinique : elle ne fait de ravages que dans les parties de File basses, humides, mal assainies où se produit une fermentation putride des matières organiques, et dans les parties rapprochées de la mer, où les palétuviers et les mangliers retiennent une quantité extraordinaire de débris végétaux et animaux. Quelques progrès dans l’hygiène publique suffiraient du reste pour améliorer beaucoup l’état sanitaire de cette partie de la colonie.

Dyssenterie et fièvre jaune, telles sont les deux maladies qui font le plus de victimes à la Martinique. De 1866 à 1870, sur 1 000 décès, la dyssenterîe en provoquait 311. et la fièvre jaune 307.

Originaire du golfe du Mexique et de la côte de l’Amérique du Sud, où elle est endémique, la fièvre jaune est souvent apportée aux Antilles par le vent du sud-ouest.

UE GÉNÉRALE DES EAUX DlDIE

Elle ne frappe guère que les blancs, et surtout les Européens non encore acclimatés; les créoles ont en général un certain degré d’immunité, mais ils perdent souvent ce privilège lorsqu’ils reviennent aux Antilles après avoir fait un séjour en France.

Le choléra fait parfois de dangereuses apparitions; la phtisie est extrêmement fréquente et suit une marche rapide.

Vents. — Le vent du nord souffle pendant les mois de novembre, décembre, janvier et février. En traversant l'Océan, il perd un peu de son âpreté, mais il rafraîchit le littoral.

Le vent du sud est chaud et humide; il souffle pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre d’une façon peu régulière.

Le vent d’est, qui domine en mars, avril, mai et juin participe un peu des propriétés des vents du nord, quoiqu'il souffle avec moins de force. Tant que souffle ce vent, il s’établit à la Martinique une température douce, rarement troublée par les perturbations atmosphériques.

Les vents d’ouest sont rares ; ils tournent rapidement vers le sud et se confondent avec les vents de cette direction. Comme eux, ils poussent vers l’ile une écume blanchâtre.

Cyclones. — Les ouragans et les cyclones sont beaucoup plus rares, et ne sévissent sur File qu’à de longs intervalles : de 4 63."> à 1817, vingt-neuf ouragans seulement ont ravagé la Martinique. Le plus terrible fut le cyclone du 10 octobre 1780, qui fit périr dans Elle 9,000 hommes. A Fort-de-France, la cathédrale, 7 églises et 140 maisons furent renversées; plus de 4 ,.r>00 malades et blessés furent ensevelis sous les ruines de l’hôpital.

Dans ces dernières années, on cite surtout l’ouragan

LA. MARTINIQUE

qui éclata sur la ville de Saint-Pierre dans la nuit du 4 septembre 1883. Un grand nombre de maisons eurent leurs toitures enlevées par le vent qui soufflait accompagné d’averses diluviennes. Dans la rade, une vingtaine de navires se perdirent; les dégâts à terre furent évalués à plus de deux millions.

Raz de marée. — La hauteur des marées n’excède pas 483 à 486 millimètres.

Mais lorsque la mer se précipite violemment au delà de ses limites naturelles, il y a raz de marée.

Le phénomène n’est rien moins que rare à la Martinique, où il se produit généralement de août à novembre inclus.

D’ordinaire c’est brusquement que la mer envahit les terres et qu’elle rentre ensuite dans ses limites, emportant dans ce mouvement de rapide retrait tout ce qu’elle rencontre sur son chemin. Mais il arrive quelquefois que le raz de marée se prolonge; on l’a vu à Saint-Pierre durer plusieurs jours.

Tremrlemexts de terre. — Pendant une période de 362 mois (46 ans et 10 mois) on a senti à la Martinique 109 fois des mouvements du sol : ce qui équivaut à plus de 2 tremblements de terre par an. Le plus violent que la Martinique ait subi, dans le courant de ce siècle, fut celui qui eut lieu pendant la nuit du 10 au 11 janvier 1839. La

Mulâtresse.

ville de Fort-de France fut renversée presque en entier.

On suppose que les tremblements de terre et les raz de marée ont une origine commune, car ils apparaissent toujours dans la même période (août à octobre).

Négresse, charbonnière.

F o r t-d e - F R a x c e. — Place de la Savane.

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