‹ Les colonies françaises (volume 5)Chapitre 31 sur 37 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Précis historicjue.

Français et Portugais. — Légende de l'Eldorado. — Gonzalès Pizarre. — Orcllana. — Martinez. — Do la Rcvardière. — Première expédition française. — Deuxième expédition française. — Associations commerciales. - — Compagnie de Rouen. — - Compagnie de Paris. — Compagnie Hollandaise. — - Compagnie Colbert. — Compagnie des Indes. — Paix de jpréda. — Ducasse. — Marquis de Férollos. — ■ Domination française. — Traité d’Utrecht. — Duc de Choiseul. — Expédition Chanvallon et Turgot. — Baron de Bessner. — Mission de M. de Malouet. — La Révolution de 1789 et l’esclavage aux colonies. — Général de Carra. — Baron do Laussot. — Gatineau- fearoche. — Baron Mylius. — La supérieure des Sœurs do Saint-Joseph.

Français et Portugais. - D’anciennes traditions, répandues dans nos ports de la Manche et de la côte bretonne, attribuent à ces ports des relations commerciales avec la Guyane et le Brésil bien antérieures à la découverte qu’en fit Christophe Colomb. Et même de l’aveu de Gomara et

d’autres auteurs espagnols, le grand navigateur génois aurait connu l’existence du Nouveau Monde par les révélations que lui aurait faites en mourant un pilote français, à qui il avait donné asile.

Quoi qu’il en soit de cette allégation, qui n’est pas assez confirmée, il est à peu près certain que les Portugais, dès les premiers jours de la découverte du Brésil, se trouvèrent en présence de marins français qui se livraient depuis longtemps sur les côtes au négoce avec les indigènes. Ces relations commerciales n’étaient point, il est vrai, inspirées par l’esprit de colonisation.

Nos premières tentatives d’établissefnent 11e se produisirent qu’en 160d sous la conduite de Villegagnon dans la baie de Rio-Janeiro, et, en 1612, dans la grande île de Maragnan, à l’embouchure des Amazones, par l’initiative des sieurs de la Revardière et du commandant de Razilly.

Elles 11e réussirent pas. Les Portugais, soutenus par un gouvernement fortement colonisateur, nous chassèrent peu à peu des côtes du Brésil, nous laissant seulement les terres qui s’étendent au nord des Amazones, c’est-à-dire la Guyane ou Ouyana, comme l’appelaient les indigènes.

O11 désignait autrefois sous ce nom le vaste périmètre de forêts impénétrables, de marais et de savanes qui sépare les deux immenses courants de l’Orénoque et de l’Amazone, et s’étend du revers oriental de la Cordillère des Andes jusqu’à l'océan Atlantique.

Légende. de l’Eldorado. — Cette contrée aurait pu rester longtemps oubliée dans sa solitude sauvage. Elle fut signalée à la convoitise des conquistadores espagnols par la légende de l'Eldorado qui attribuait à ce pays une immense et prodigieuse richesse.

Voici comment s’est formée celte légende. C’est aux pieds des Andes, au fond des épaisses forêts de Vilca-

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bamba, qu’avaient été transportés les trésors de Quito soustraits à l’avidité de Benalcazar et cmix de Cuzeo que François Pizarre, malgré sa promptitude, n’avait pu atteindre qu’en partie. Les malheureux débris de la famille des Incas s’y étaient réfugiés avec les Orejones fidèles et l’on supposait qu’ils y avaient fondé un nouvel empire du Soleil aussi riche et aussi florissant que celui qui venait de tomber si rapidement sous les coups d’une poignée d’aventuriers.

Selon la croyance générale, l’or du Pérou dont la profusion avait d’abord ébloui les imaginations des Espagnols, devait provenir de ces régions encore inconnues. Il devait s’y trouver un centre de merveilleuses richesses et des mines de métaux précieux.

L’arrivée à Tacunga d’une ambassade indienne vint confirmer cette supposition.

Elle venait probablement de la Nouvelle-Grenade pour demander en faveur de son prinCe, le zipe de Bogota ou le zaque de Tunja, le secours de l’Empire du Pérou. Les ambassadeurs indiens firent aux Espagnols des récits qui enflammèrent leur avidité. Ils étaient, disaient-ils, les su jets d’un roi borgne, le grand Pal il i, qui régnait sur de vastes domaines situés au milieu des montagnes dans la direction du nord-est. Chaque matin, à son lever, les chambellans du monarque indien lui enduisaient le corps d’une résine odoriférante sur laquelle, à l'aide de longues sarbacanes, ils insufflaient de la poudre d’or. Le soir, en grande pompe, le grand Patil.i descendait les marches de son palais et allait se plonger dans un lac sacré où ses sujets jetaient, en sacrifice, des vases d’or et des objets précieux.

Les Espagnols conclurent de ces descriptions que le pays devait contenir de grandes richesses et en surnommèrent le souverain El rey Dorado ou El Dorado, le doré.

La légende se fixa sous ce nom dans l’imagination des conquistadores espagnols.

Des expéditions sans nombre s’organisèrent pour atteindre la décevante chimère. Une des plus remarquables fut celle de Gonzales Pizarre.

Gonzales Pizarre (1536). — Nommé gouverneur à Quito, Pizarre voulut s’illustrer par quelques conquêtes. Les plaines qui s’étendent à l’est des Andes excitèrent sa cupidité par leur réputation de richesse. Pineda le premier s’y était aventuré à la recherche du grand Patiti. 11 était parvenu jusqu’aux sources du Napo. Des cités magnifiques, défendues par des guerriers aux armures d’or lui étaient apparues dans le lointain. Mais sa troupe épuisée ne lui avait pas permis d’en tenter la conquête. Pizarre résolut de se rendre maître des trésors que recélaient ces régions sous le dôme impénétrable de leurs forêts vierges.

A la tête de 340 soldats et de 4,000 porteurs, il descendit la pente orientale des Andes, erra longtemps dans ces déserts sans rien découvrir de ce qu’il convoitait et enfin, après d’incroyables privations et d’inouïes souffrances, il atteignit les bords du Napo.

La troupe s’était rapidemen t décimée sous l’influence pernicieuse du climat, auquel venait s’ajouter la rareté des subsistances. Elle n’avançait qu’à grand’peine au milieu de ces régions où les marais sans issue succédaient aux végétations impénétrables, tantôt désertes, tantôt occupées par des peuplades barbares qui fuyaient à son approche.

Pour diminuer les difficultés de sa marche et rendre plus aisée la recherche des vivres, Pizarre résolut de construire un brigantin et de le lancer sur le Napo. Au lond de ces solitudes, sans oulils, sans matériaux, sans main-d’œuvre spéciale, une pareille entreprise paraissait

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impossible. Mais les hommes de la troupe parvinrent à mettre en chantier une barque de dimension assez grande. Ils prirent du bois vert; des fers de leurs chevau : firent des clous; de leurs chemises ils formèrent de l’éloupe et transformèrent en goudron les résines qui abondaient dans la forêt.

Orellana. — Un équipage de 50 hommes fut aussitôt formé. Orellana, officier de confiance de Gonzalès, en eut le commandement avec mission de reconnaître le pays et de chercher des vivres. Cet officier s’abandonna résolument au courant du Napo. Mais après quelques jours de navigation il se senti t entraîné avec une violence irrésistible par les grandes eaux du Maragnon dont le cours était encore inconnu.

Oubliant son devoir, Orellana, au lieu de revenir sur ses pas comme le lui imposait l’ordre qu’il avait reçu d’attendre le gros de l’expédition, 11e s’inquiéta point de la détresse du malheureux Pizarre qui 11e rentra à Quito qu’après deux ans d’absence, avec quelques hommes épuisés, tristes débris de son étonnante aventure. Avec une hardiesse qui 11e justifie ni sa défection ni son ingratitude, mais qu’on 11e peut s’empêcher d’admirer, Orellana s’était laissé emporter par ce fleuve, le plus grand du monde, et, le premier, il en avait parcouru les rives désertes et les solitudes imposantes.

De retour en Espagne après d’interminables péripéties, il ne se contenta pas de révéler les régions immenses, à travers lesquelles sa fortune heureuse l’avait conduit. Il se prétendit le héros d’une foule d’aventures merveilleuses. Entre autres récits prodigieux, il dépeignit une république de femmes guerrières, pareilles aux peuplades fabuleuses de Tbémiscvre, qui avaient., par leur hostilité, longtemps arrêté sa marche.

Mais ce qui, par dessus tout, attira l’attention de ses compatriotes et excita leur convoitise, ce fut la découverte qu’il prétendit avoir faite près du territoire desOmayanas, entre les bouches du Javari et du rio Trinidad (Yapura), d’une province appelée Machipara où les hommes portaient des vêtements et des armures d’or, et où le précieux métal était d’une abondance telle qu’on en couvrait les édifices et qu’on l’employait aux usages les plus vulgaires.

Ce récit, malgré son exagération puérile, fut adopté sans discussion. Les aventuriers espagnols qui se lançaient à la poursuite de l’El Dorado abandonnèrent désormais les hauts plateaux et les plaines qui s’étendent aux pieds des Andes pour rechercher la région nouvelle signalée par Orellana près de l’Amazone.

Martinez. — Une troisième migration devait encore déplacer le lieu du mythe du Dorado, et le rapprocher des Guyanes actuelles.

Martinez, maître d’artillerie de Diego de Ordaz, par une coupable négligence, avait laissé prendre feu aux poudres de l’expédition. Il fut condamné à mort. Sur les supplications de ses soldats, Diego modifia la peine. Il se contenta de le faire jeter dans un canot et l’abandonna sans vivres au courant de l’Orénoque. L’embarcation, emportée à la dérive, finit par échouer sur l’une des rives du fleuve. Des sauvages l’aperçurent et comme Martinez était seul, s’approchèrent avec plus d’étonnement que de défiance. L’Espagnol se mit à leurs pieds et implora leur bienveillance. On lui fit grâce delà vie, mais il fut emmené en esclavage. Les Indiens le promenèrent de ville en ville, le montrant partout comme une merveille. Ils s’arrêtèrent à Manoa, cité célèbre, dont les magnificences sont audessus de toute description, située au milieu d’un lac immense, la mer Blanche ou la Parime. Elle était habitée

par un peuple d’une civilisation avancée. Dans ses rues se dressaient des bâtiments somptueux, des palais éclatants aux murailles recouvertes d’or massif, comme dans l’Eldorado d’Orellana. Eps sables du rivage étaient de l’or. L’or était employé aux plus vils usages. Enfin, les cailloux qui jonchaient le sol étaient des rubis, des diamants, des saphirs d’un poids énorme et d’un éclat incomparable.

Revenu de sa captivité, Martinez lit miroiter aux yeux éblouis de ses compatriotes ces merveilles, qu’il prétendait avoir vues. Les récits du voyageur mêlaient ensemble les fables rapportées par Orellana sur la ville de Omaguas et l’histoire du lac sacré où se plongeait le grand Patili. Aussi la soif passionnée des richesses, qui avait été le mobile des premières expéditions, se réveilla-t-elle en Espagne avec une nouvelle fureur.

Les imaginations transportèrent le mythe du Dorado du sud du rio Negro où nous l’avons laissé, sur l’emplacement du rio Branco, c’est-à-dire derrière notre Guyane, peut-être même dans les limites de son propre territoire. Si bien que Walter Raleigh, qui s’attacha avec tant d’ardeur à la poursuite de ce royaume chimérique, croyait que toutes nos rivières, le Maroni, le Mahoury, l’Oyapock sortaient du lac mystérieux; qu’elles offraient la direction la plus sûre pour atteindre la ville miraculeuse, dont les traditions de la conquête sont pleines.

Après les Espagnols et les Anglais, les Français furent attirés à leur tour par la soif des richesses vers les régions inexplorées de l’intérieur des Guyanes. Quelques hardis aventuriers cherchèrent à y prendre pied. Mais ces efforts restèrent isolés et sans retentissement. La nation française, absorbée par les guerres de religion, ne se manifestait guère au dehors que par des tentatives individuelles sans persistance et découragées au premier échec.

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Le mythe de l’Eldorado qui avait enflammé les imaginations et surexcité les convoitises pendant deux siècles, s’évanouit peu à peu et les esprits s’en détournèrent progressivement. Ce n'est qu’en 1854 qu’un Indien tapouye découvrit sur les bords de l’Approuague la trace des trésors si longtemps cherchés et dévoila à la Guyane la richesse aurifère de son propre sol.

Les premières expéditions de colonisation dans la Guyane ne donnèrent que de médiocres résultats. Pour coloniser ce pays de forêts immenses, n’ayant d’autre ligne de pénétration que des rivières peu navigables; pour exploiter ses bois admirables, ses mines de toute espèce et l'innombrable variété de ses produits, il aurait fallu y attirer une population nombreuse, âpre au travail et à la fatigue. Au contraire, les premiers colons amenés sur ces rivages, en petit nombre d’ailleurs, n’y avaient été entraînés que par l’espoir d’un établissement facile, de gros bénéfices à réaliser sans effort. Ce n’étaient trop souvent ni des cultivateurs, ni des artisans, mais des gens sans aveu que l’on racolait pour ces entreprises. Leur but n’était pas de travailler, mais de jouir. Leur incapacité et leur avidité devaient les amener à demander tous les efforts que nécessitait l’exploitation des richesses naturelles au travail de l’indigène asservi ou de l’immigrant importé.

Première expédition française. — En 1612, une expédition française s’organisa dans le but de coloniser la Guyane. De la Revardière la commandait. Séduit par les grandes allures de l’Amazone où il atterrit tout d’abord, il s’établit et se fortifia dans la grande île de Maragnan, d’où les Portugais ne devaient point tarder à l’expulser.

C’est la rivière de Sinnamary qui en 1628 reçut les premiers colons arrivés à la Guyane : 26 hommes sous les ordres des sieurs Chantai! et de Chambaud s’attaquèrent

aux immenses forêts avec l’audacieuse pensée d’y faire leur trouée. On ignore ce qu’ils devinrent.

Deuxième expédition française. — Une seconde expédition, composée de 14 personnes venus en 1628, choisit le Counamana pour y opérer des défrichements. Le capitaine Ileurtepierre avait confié ce pelit groupe au commandement de son lieutenant Lafleur. Un secours de 50 hommes, conduit par un sieur Legrand, et, trois ans plus tard, un troisième groupe de 10 hommes, sous la conduite du capitaine Grégoire, vinrent renforcer l’entreprise coloniale. Cette, expédition échoua par suite du nombre toujours insuffisant des hommes et du mauvais choix des points où ils devaient opérer.

En 1634, elle fut obligée de se replier sur l’île de Cayenne. Une partie choisit la côte de Remire, l'autre se fortifia sur le mont Gépérou au pied duquel devait peu à peu s’élever et grandir la ville de Cayenne.

Associations commerciales. — Comme on le voit, tous les efforts de l’initiative particulière demeurèrent impuissants. Les associations commerciales privilégiées ne réussirent pas davantage.

Compagnie de Rouen. — La première de ces associations qui groupa des capitaux dans un but de colonisation se foi1 ma à Rouen. Elle obtint de Richelieu, en 1633, le droit exclusif de commerce et de navigation dans les pays situés entre l'Ürénoque et l’Amazone.

Son premier acte fut d’envoyer un détachement de colons en Guyane commandé par le capitaine Legrand. Une seconde expédition plus complète partit, plus tard, pour prendre définitivement possession des territoires acquis. Le commandement en fut confié à Poucet, de Rrétigny, qui étail un enthousiaste, et se grisa vite de son autorité. Il arriva, le 25 novembre 1643, à l’embouchure du

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Mahoury, avec deux navires portant 300 hommes, vagabonds ou gens sans aveu, amenés par lui pour peupler la Guyane. Des tentatives antérieures de colonisation, il ne restait que quelques malheureux afffamés devenus à moitié sauvages.

Au lieu de coloniser, Brétigny, épris d’une vraie folie militaire, mit tous s'es hommes sous les armes et leur im-

Le pataoua.

posa un régime de tyrannie absolue, Il épuisa leur activité en constructions inutiles de forts et de retranchements. La faim, les mauvais traitements exaspérèrent ce troupeau d’esclaves. Ils s’emparèrent de Brétigny et le chargèrent de fers. Mais il n’y avait parmi eux personne qui fût capable de le remplacer, et on lui rendit bientôt un pouvoir dont il ne se servit qu’avec de nouveaux et plus furieux excès.

A défaut de ses gens, ce furent les Indiens qui mirent lin à la tyrannie, de Brétigny. 11 fut tué dans une ren-

contre avec les indigènes qu’il avait attaqués et imprudemment poursuivis jusque dans l’intérieur des forêts, et tous les Européens furent massacrés avec lui ou réduits en servitude.

Deux ans plus tard, en 1645, lorsque le capitaine Laforêt arriva avec un renfort de 40 émigrants, il ne trouva que ces lamentables débris de l’expédition.

Les émigrants qu’il avait amenés s’effrayèrent à la pensée de subir le sort de ceux qui les avaient précédés et refusèrent de s’établir dans le pays. Laforêt ne put retenir auprès de lui qu’un détachement de 16 hommes et fut tué à son tour.

Compagnie de Paris. — Ces tristes résultats ne refroidirent pas 1 ardeur de colonisation qui s’était emparée des esprits en France. Une nouvelle compagnie se fonda, à Paris, sous le titre de « France équinoxiale » et supplanta la Compagnie de Rouen dans tous ses droits et privilèges. Elle se composait de douze associés, qui avaient constitué un fonds de 8,000 écus (24,000 francs) et s’attribuèrent aussitôt le titre de seigneurs de la Guyane.

La Compagnie de Paris organisa une expédition de 7 ou 800 hommes, sur un pied tout militaire. Mais aucun de ceux-ci n’avait les aptitudes nécessaires pour le but qu’on se proposait, et qui exigeait moins le concours des armes que l’initiative d’ouvriers et d’agriculteurs. De plus, au moment du départ, l’abbé de Marivaux, l’âme de l’association, mourut.

N’étant plus contenus par l’autorité de leur chef, les associés furent immédiatement la proie des plus funestes rivalités. La traversée fut marquée par d’incessantes querelles de personnes qui devaient aboutir à un incident tragique. Un des associés, M. de Royville, qui avait pris le commandement de l’expédition et prétendait exercer une

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autorité absolue, fut poignardé dans sa cabiiïG par ses camarades. Partis du Havre le 2 juillet lG,72;-tes'deux navires qui portaient ce nouveau groupe de côlons arrivèrent a Cayenne le 30 septembre. A leur arrivée; ils trouvèrent lu fort Cépérou occupé par les dentiers contingents que la Compagnie de Rouen avait envoyés en bâte pour garantir ses droits antérieurs vis-à-vis de la Compagnie de Paris. Mais devant les sommations des nouveaux venus, les occupants se soumirent et s’incorporèrenl à l’expédition.

Cette nouvelle entreprise tourna aussi mal que les précédentes. L’absence de solidarité entre les chefs; leurs compétitions violentes; puis l’exaspération des indigènes qu’on avait voulu réduire à l’esclavage, décimèrent d’abord les colons et les réduisirent ensuite à quitter ces rivages d’où leur impéritie les chassait bien plus que les difficultés de la colonisation.

Hollandais. — La Guyane fut abandonnée par les colonisateurs européens jusqu’aux premiers mois de 1633. Des Hollandais conduits par Spranger, ayant abordé, à cette époque, à l’ile de Cayenne, n’y trouvèrent personne établi. Ils y restèrent et introduisirent, pour la première fois, la culture du sucre et de l’indigo. Le succès couronna ces efforts. La Guyane vit se fonder son commerce et s’accroître sa population. En effet, attirés par cette prospérité, les juifs expulsés du Brésil arrivèrent en grand nombre et, l’un d’eux, David Nassy, obtint bientôt le gouvernement de la colonie sous le titre de Patron-maître.

Colbert. — Après l’échec des essais de colonisation tentés par la Compagnie de Rouen et par celle de Paris, Colbert chercha pour l’expansion française une voie plus sûre. Il concéda à une nouvelle association les mêmes privilèges dont avaient été gratifiées les deux précédentes compagnies, c’est-à-dire la pleine propriété de tout le

pays situé entre l’Orénoque et l’Amazone. Cette association, ayant pour directeur un maître des requêtes, de la Barre, se forma en 1663 sous le titre de « France équinoxiale », le même qu’avait pris la Compagnie de Paris.

De Prouvilte-Tracy, gouverneur des Antilles, enleva, sans coup férir, File de Cayenne aux juifs de Spranger et y installa de la Barre. Grâce à une politique habile, celuici contracta alliance avec les Indiens et oh lint d’eux, à l’amiable, l’évacuation de File de Cayenne. Les colons y trouvèrent des terres défrichées et des cultures florissantes. Ils n’eurent plus qu’à suivre l'exemple des Hollandais pour assurer la prospérité de la colonie. Mais la guerre devait bientôt en arrêter l’essor.

Compagnie des Indes. — Colbert sentait de plus en plus la nécessité d’imposer une direction générale à tous les établissements fondés hors du territoire continental. 11 réunit toutes nos colonies sous l’administration d’une grande compagnie dite des « Indes Occidentales » qui, par lettres patentes, reçut la propriété de toutes les îles et terres habitées par les Français dans l’Amérique méridionale.

De la Barre obtint de la nouvelle Compagnie d’être maintenu dans son gouvernement. Mais au commencement de 1666, une guerre éclata entre la France et l’Angleterre. La Hotte anglaise, après avoir échoué dans toutes ses tentatives sur les Antilles, se présenta brusquement le 22 octobre devant Cayenne. Malgré une défense héroïque, les Anglais parvinrent à se rendre maîtres de 1 ile de Cayenne. Ils n’y restèrent pas toutefois. Après leur départ, l’abbé Morellet ramena les malheureux colons qui s’étaient réfugiés dans les bois et les travaux ne tardèrent pas à reprendre.

Paix de Bréda. — La paix de Bréda permit à de la Barre de reprendre paisiblement possession de Cayenne.

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Pendant une période malheureusement trop courte, un nouvel essor se manifesta dans la prospérité de la colonie. U devait être encore une fois arrêté par de nouveaux conflits entre les peuples de l’Europe. Les Hollandais, auxquels Louis XIY avait déclaré la guerre en 1672. se présentèrent, sous les ordres de l'amiral Binks, avec une Hotte de onze vaisseaux devant Lite et, le i> mai 1676, s’em-

Une pirogue et sa voilure.

parèrent de Cayenne par surprise, presque sans coup férir.

C'était une nouvelle fois l’occupation étrangère. Mais elle ne fut pas de longue durée, car, le 17 décembre 1676, l’amiral d’JEstrées reprit possession de la colonie que les Hollandais avaient vainement fortifiée et qu'ils n’essayèrent même pas de défendre.

Rentrée sous la domination française, la Guyane partagea le sort des autres colonies. Elle fut désormais gouvernée au nom du roi et par ses officiers comme les autres provinces du royaume. Ce régime lui assura quelques années

«le paix et de prospérité qui furent brusquement coupées par la malheureuse tentative <le Ducasse sur Surinam.

Ducasse. — Quelques flibustiers venus des mers du Sud s’étaient fixés depuis 1680 dans bile de Cayenne et y avaient échangé leur vie d’aventures contre l’existence paisible du planteur. Ducasse, ayant relâché à Cayenne deux ans après, médita de se servir de ses anciens compagnons d’armes pour tenter une attaque contre Surinam. IL réussit en effet à les embaucher, mais l’entreprise vint échouer devant une résistance habilement combinée. Les flibustiei’s se rembarquèrent précipitamment, laissant à terre la plupart des colons recrutés à Cayenne qui furent faits prisonniers et envoyés aux îles françaises. Dans cette aventure, Cayenne perdit le meilleur de sa population, ce qui entraîna un nouvel arrêt de la colonisation.

Marquis de Férolles. — C’est en 1688 qu’apparaît dans l’histoire de la Guyane le marquis de Férolles. Laissé par d’Estrées aide-major de Cayenne, il fut promu major de la place et devint bientôt l’âme de la colonie.

Doué d’énergie et de persévérance, il eut la passion de dégager les frontières mal définies de la Guyane et d’attirer l’attention sur ses merveilleuses richesses.

En juin 1677, il avait été chargé par de la Barre, avec une poignée d’hommes, de chasser de la rive gauche de l’Oyapock les Hollandais qui y avaient fondé un établissement sous le nom de ville d’Orange. Dans son expédition, il avait vu les terres fertiles coupées de forêts et de savanes qui s’étendent de l’autre côté du fleuve et il avait résolu de faire respecter ce vaste territoire et de le ramener à la domination du roi.

Il y pénétra en 1688 par le Mayacavé et par la région des savanes. Les Portugais, empiétant sur nos limites, y avaient élevé trois forts, ceux d’Araguari, de Desterro et

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de Toheré. Ils retiraient de la forêt une quantité considérable de cacao, de vanille et de cannelle et, maîtres effectifs du pays, cherchaient à prendre possession des terres du cap Nord, en dépit des droits séculaires que la France s’attribuait jusqu’à l’Amazone.

Ce voyage donna à de Férolles une notion exacte sur ces vastes régions et sur l’intérêt qu’il y avait à n’en laisser distraire aucune pafcelle.

En 1692, il entreprit de percer, à travers les bois vierges, les rivières et les marécages, un chemin lui permettant d’arriver directement aux forts portugais.

Ce gigantesque projet fut exécuté en cinq années. La route ainsi établie partait de la rivière la Comté, traversait le nœud de montagnes d'où sortaient les principaux fleuves de la Guyane et allait prendre la crique de Parou à revers.

Avec 10 officiers, 58 soldats et une centaine d’indiens porteurs, Férolles fondit sur les Portugais et leur enleva les trois forts sans résistance. Il laissa une garnison dans la position de Macapa et ne rentra à Cayenne qu’après avoir complètement purgé ce territoire.

Traité û’Utrecht. — Aucun événement ne mérite plus d'être signalé dans l’histoire de la colonie jusqu’au traité d’Utrecht en 1713, au cours de la discussion duquel fut posée la question, depuis pendante, du <( territoire contesté ». Par l’article 8 de ce traité, la France renonça à la propriété des terres du cap Nord et accepta pour limites sud de la Guyane la rivière de Japoc ou de Vincent-Pinçon. Pendant près de deux siècles, géographes et diplomates devaient agiter sans la résoudre la question de savoir quel était ce cours d’eau. Les Portugais prétendirent que seul rOyapock répondait à cette désignation et que leurs bornes devaient s’étendre jusqu’à cette rivière.

Le traité d’Utrecht causa parmi les colons de la Guyane

une douloureuse impression. En effet, dans le texte du traite communiqué officiellement au gouverneur par l’envoyé spécial du Portugal,, le senor Joseph Dacugna Ressa, le mot d’Oyapock avait été artificieusement substitué à celui de Japoc.

Cette atteinte aux droits territoriaux de lacolonievena.it s’ajouter à tontes les infortunes qui depuis un siècle et demi avaient frappé la Guyane et 'rendu si lent et si pénible l'accroissement de sa prospérité.

Un coup plus cruel encore lui était réservé.

Le duc de Choiseul. — Les récits qu’il avait entendus sur la Guyane avaient fait impression sur l'esprit du duc de Choiseul, et il conçut le projet d’une expédition qui devait dépasser en nombre et en importance les expéditions précédentes. Il appréciait beaucoup la situation géographique de cette colonie, fort avantageuse à cette époque de navigation à voiles. De ses ports une Hotte pouvait, en peu de temps, se porter sur les Antilles, soit pour défendre nos possessions, soit pour attaquer celles de l'ennemi. 11 considérait donc ce point comme propice à la fondation d’un grand établissement militaire et. agricole. Rien ne fut négligé pour assurer le succès de l’entreprise. La soif de l’or, l’espoir d’arriver vite à la fortune, l'exemple de la prospérité fabuleuse des colons de Saint-Domingue entraînèrent un grand nombre d’émigranls. Chacun voyait s’ouvrir devant lui les horizons enchantés d'une vie opulente et sans effort. On n’embarqua pas moins de 15,000 colons.

Le point de la côte où l’on devait fonder le premier établissement, avait été bien choisi. Ivourou, situé sur la rive gauche de la rivière de ce nom, est une plage sablonneuse et boisée qui passe aujourd’hui pour une des stations les plus salubres de la colonie. Un vieux colon, M. de Préfontaine,

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officier réformé fies troupes de la marine, avait été chargé fie préparer l’emplacement et de construire les abris nécessaires. Mais il fut contrarié dans sa mission par les autorités locales qui voyaient avec inquiétude se fonder aux portes de Cayenne cette colonie indépendante et probablement rivale. L’outillage et la main-d’œuvre dont

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il avait besoin lui furent refusés, et lorsque les colons arrivèrent, rien n’était encore prêt.

Expédition Turgot et Chanvallon. — Deux hommes furent chargés de diriger cet essai de colonisation : M. de Turgot, marquis de Comment et frère du célèbre contrôleur général, à qui Choiseul confia la direction suprême de l’expédition avec le titre de « gouverneur général », et M. de Chanvallon, homme de loi, qui fut appelé au poste d'intendant général de la nouvelle colonie.

M. de Chanvallon. — M. de Chanvallon partit avec les premiers convois. La masse des approvisionnements destinée aux émigrants avait été débarquée à Cayenne. Tous les locaux étaient remplis. Les magasins ne suffisant plus, on avait été obligé d’abandonner une grande quantité de vivres en plein air, sous les intempéries d’un climat très humide. L’intendant se hâta de se rendre sur le lieu destiné à la colonie nouvelle, tout en regrettant d’être séparé par une distance de plus de 40 kilomètres et sans moyens de transport, du principal dépôt de ses vivres et de son matériel.

Arrivé là, il constata l’animation joyeuse et bruyante des premiers colons. Insoucieux du lendemain, ils se livraient à des jeux, ils organisaient des représentations théâtrales, pendant que de Préfontaine faisait construire, par des nègres, des abris pour la saison des pluies qui approchait.

Mais cette coupable oisiveté allait être cruellement punie. L’hiver équatorial avec ses pluies continuelles arrivait, et bientôt les émigrants se sentirent accablés par le froid et l’humidité. Les abris manquaient, et les convois que l’on ne devait envoyer qu’à intervalles réguliers, arrivaient sans discontinuer!... Il fallut se réfugier en partie sous les arbres. Les vivres moisissaient. Des maladies ne tardèrent pas à se déclarer. Un profond découragement s’empara de tous les esprits. Ce fut alors un cri général de sauve-qui-peut, sans pouvoir fuir. La faim changea tous ces hommes en bêtes furieuses, se disputant fiévreusement un morceau de biscuit. La mort faucha sans pitié! Les cadavres se multiplièrent. De Chanvallon essaya en vain d arrêter le désastre. Tout conspirait contre lui, l’insuffisance des moyens dont il disposait, son ignorance même du pays et les rigueurs inflexibles de la nature.

OeTurgôt. — Sur ces entrefaites, M. de Turgot se décida

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à partir pour Cayenne. Il arriva au moment où le désastre sévissait avec le plus d’horreur. Le spectacle de tant de misères ne put pas l’arracher au sentiment de sa propre conservation. Il recula devant la nécessité de se risquer sur les sables infectés de Ivourou. Mais, sans doute, il ne seniit pas sa conscience tranquille, car, n’osant point exposer sa vie pour remplir son devoir, il essaya de dégager sa responsabilité et de faire retomber tout le poids du désastre sur Chanvalion, qu’il fit d’ailleurs arrêter. Ce dernier avait lui-même perdu la tête. Le désespoir énervait sa résolution. Il s’agitait beaucoup et n’agissait pas. Il fut arraché à son commandement, pour être jeté au Mont-Saint-Michel.

M. de Turgotavait mis le comble à ses fautes en enlevant son chef à la colonie sans le remplacer au moment où une direction quelconque était le plus nécessaire. Les colons désespérés ne voyaient plus d’autre issue à leur misère que la mort; ils s’y précipitaient avec une sorte de rage, voulant échapper le plus tôt possible à toutes ces souffrances. M. de Turgot rentra en France. Un cri d'indignation accompagna son retour. Déféré devant une commission d’enquête, il vit sa conduite flétrie comme elle le méritait. Ce jugement n’était qu’une faible satisfaction donnée à la justice.

Tous cependant ne périrent pas dans l’immense catastrophe. Quelques émigrants des derniers convois y échappèrent. Arrivés au moment où se manifestaient déjà les premiers symptômes d’épidémie, l’insuffisance des défrichements n’avait pas permis de les recevoir sur la plage encombrée de Kourou. Ils furent cantonnés aux îles du Salut, qui s’appelaient alors îlots du Diable. Ce changement de désignation fut justifié : la plupart de ceux qui trouvèrent asile dans ce groupe d’ilots furent préservés de

l’épidémie. Quelques! familles alsaciennes, envoyées par MM. d'Haugwitz et de Bessner, réussirent également à se garantir de la famine et de la contagion. Elles s’élaient retirées dans l’intérieur des savanes et commençaient même à prospérer.

Cette catastrophe causa en France une telle impression que la colonisation en fut arrêtée pour quelque temps.

Baron de Bessner. — Trois ans après seulement, le baron de Bessner, homme actif et remuant, conçut un nouveau projet de colonisation de la Guyane. Il se servit des mêmes moyens qu’avaient employés les premiers colonisateurs. Il vanta la fertilité, les richesses de la colonie; lit dresser des cartes où figuraient des groupes nombreux de population, des mines d’or et d’argent, et soutint que le désastre de Turgot avait eu pour seules causes le défaut de plan et l’inhabileté de direction. Si M. de Choiseul avait suivi ses conseils, le malheur eût été conjuré. Bessner annonça qu’il allait reprendre l’œuvre manquée avec de nouveaux moyens, en réunissant 200,000 Indiens et 20,000 esclaves fugitifs de la Guyane hollandaise tout disposés à devenir des cultivateurs; il promit un avenir merveilleux à ceux qui voudraient participer à cette nouvelle entreprise et publia des mémoires qui produisirent sur les esprits une impression des plus vives.

Mission de Maeouet. — Mais M. de Sarlines, ministre de la marine, restait incrédule. Il envoyaM.de Malouet, commissaire général de la marine, s’assurer, de visu, de la possibilité de réaliser les projets du baron de Bessner. Arrivé dans la colonie, le nouvel ordonnateur reconnut vite combien ils étaient chimériques. Il aurait été impossible de rencontrer plus de 10,000 Indiens dans l’intérieur, distribués en villages de vingt à cinquante familles et les nègres fugitifs se réduisaient à o ou 000 hommes!

LA GUYANE

Quand la mission de Malouet n’aurait, eu pour résultat que d’empêcher quelque nouvelle folie colonisatrice, elle aurait été déjà digne d’intérêt. Mais Malouet lit plus : à côté de la Guyane française, qui végétait misérablement, la Guyane hollandaise acquéraitchaque jour une importance productive plus grande. Il eut la pensée, simple et juste, d’étudier les procédés économiques de cette dernière colonie

Saut île l’Oj'apock

pour les appliquer à la nôtre. Grâce à-son esprit de suite et à son énergique volonté, il aurait certainement tiré la Guyane dumarasmeoù elle se débattaitsi le mauvais état de sa santé et l’opposition sourde qu’il rencontrait dans ses projets ne l’avaient obligé à rentrer en France. Il fut aidé dans son œuvre par Guisan, un ingénieur suisse que le gouvernement hollandais autorisa à passer au service de la France. C’est celui-ci qui initia nos colons à la culture des terres

AMERIQUE

basses, qui dessécha les environs de Cayenne et constata la fécondité exceptionnelle de toutes ces plages noyées où les al luvions superposent sans cesse leurs couches fertiles.

Ce fut une véritable révolution dans les méthodes agricoles. Les heureux effets s’en faisaient encore sentir à l’heure où la Guyane, dévoyée par la découverte de l’or, abandonna la culture pour le travail plus lucratif mais plus aléatoire des mines.

Après le départ de Malouet, le baron de Bessner réussit à reprendre son ancienne influence sur les esprits et à faire triompher ses vues. Il fut nommé gouverneur de la colonie. Jamais carrière plus libre ne fut ouverte devant un homme pour la réalisation de ses idées. A l’œuvre, on put constater l’incapacité de ce grand faiseur de projets.

Bessner échoua misérablement, et blâmé parle ministre des colonies, il mourut au bout d’un an, peut-être empoisonné. II n’osait plus se montrer- devant ceux qu’il avait bernés avec de si belles promesses.

L.v Révolution de 1789 et l’esclavage. — La Révolution de 1789 éclata, dans ces circonstances. A ce moment, trois races étaient en présence dans la société coloniale : les Européens, les Indiens autochtones, les Noirs transplantés de la côte d’Afrique. Il y avait trois classes : les maîtres, les affranchis et les esclaves. Ce groupement social n’était pas sans analogie avec celui de la métropole. Les Européens constituaient une sorte d’aristocratie à deux degrés : les grands Blancs, propriétaires sucriers; les petits Blancs, commerçants, petits propriétaires ou prolétaires. Les affranchis se rapprochaient du tiers état et les esclaves pouvaient être comparés aux serfs que la nuit du 4 août venait à peine d’émanciper.

Comme dans lès autres colonies, les dissensions prirent naissance entre, les deux fractions de l’aristocratie colo-

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niale. Par la loi du 9 avril 1790, les droits politiques avaient été concédés sans distinction de race à toutes les personnes âgés de vingt-cinq ans accomplis, propriétaires d’immeubles ou autrement possessionnés. Les petits Blancs, en grand nombre prolétaires, étaient exclus du vote. Par une contradiction assez bizarre, ils protestèrent d’un côté contre le privilège accordé à la propriété, de l'autre contre la participation des affranchis possessionnés aux droits politiques.

Les premières années de la Révolution se passèrent dans ces stériles querelles. Guyot, le commissaire extraordinaire envoyé par l’Assemblée nationale, ne sut point s’orienter au milieu de ces intérêts contraires et fut rappelé. Jannot Oudin, qui le remplaça, montra plus de décision. 11 promulgua, en Guyane, le décret de la Convention qui abolissait l’esclavage (.'» janvier 1794).

En France, l’apparition de la liberté avait été le signal de terribles représailles contre les châteaux et les seigneurs. Dans les colonies, l’esclave rejeta sans colère son ancien joug, se contentant de fuir les sombres ateliers où il avait si longtemps vécu sous le fouet. Que pouvait-il? rester attaché à l’ancienne glèbe ? Le maître ne voulait plus le nourrir et n’avait pas l’épargne suffisante pour payer désormais des salaires. Jannot Oudin finit par céder aux récriminations de l’aristocratie locale réunie en conseil colonial. 11 crut la colonie perdue si la grande propriété, la propriété sucrière, n’était pas relevée. 11 organisa alors le régime île travail — - qui était un esclavage déguisé — par lequel toute la main-d’œuvre retombait sous le joug discrétionnaire des possesseurs du sol. Une vive résistance se produisit et il fallut recourir aux supplices. Mais la réaction s’affirmait de jour en jour avec plus de violence. Elle imposa même aux noirs l’obligation de mettre en rapport des domaines que les

maîtres eux-mêmes avaient piteusement abandonnés. Le retour à l’ancien état de choses n’était déjà plus dissimulé. Le coup de force du 18 brumaire vint enlever aux noirs une liberté qui n’était plus que nominale, et les ramener à leur ancienne servitude.

Mais avant de prendre cette décision qui devait reculer de 46 ans l’affranchissement définitif des noirs, le gouvernement consulaire chargea Victor Hugues, l’ancien proconsul de la Guadeloupe, de prendre le gouvernement de la Guyane. Celui-ci administra le pays avec, ses allures de despote libéral faisant tout plier sous une volonté de fer. Le régime du travail fut appliqué d’une façon inquisitoriale et l’esclave qui n’avait fait qu’entrevoir la liberté se vit rattaché plus durement à sa chaîne de misère et de souffrance.

L’énergie facile que Victor Hugues déploya contre des êtres sans défense lui lit défaut lorsque l’ennemi se présenta devant Cayenne. Depuis 1794, les Portugais avaient fait diverses tentatives de débarquement sur la côte dans un but de pillage plutôt que de conquête. Leur flotte plus forte reparut devant file de Cayenne en janvier 1809. Elle portait 300 hommes de troupe et était accompagnée d'une seule corvette anglaise. Devant cette force d’attaque peu redoutable, Victor Hugues capitula le 12 du même mois, sans avoir essayé de défendre la colonie qui lui était confiée. La Guyane ne rentra dans le domaine colonial de la France que par les traités de 1814-1813. Mais les désastres qui avaient signalé la chute de l'Ejnpire et la désorientation générale qui troublait les esprits ne permirent d en reprendre possession qu'en 1818. La colonie avait passé en réalité huit ans sous la domination étrangère.

Général Cabra. — Le général Carra Saint-Eyre, qui, après l’évacuation, occupale gouvernement de la colonie, reprit la

LA GUYANE

série des tentatives infructueuses de colonisation toujours suivies des mêmes échecs. 11 essaya en vain d’introduire la culture du thé à l’aide de Chinois recrutés à Manille, manœuvres que l’on prenait pour des cultivateurs. Presque tous périrent sans avoir réussi à doter la Guyane de cette précieuse culture.

Baron de Lausset. — Son successeur, le baron de Laus-

set, esprit inquiet mais juste, essaya de réhabiliter les rives du Kourou. Il groupa sur les bords de cette rivière, à Passoura, une petite colonie, à laquelle il donna le nom de Laussadelpliie. Le plan qu’il avait conçu n’était pas mauvais, mais le recrutement des émigrants fut absolument défectueux et il fallut renvoyer ceux qui avaient survécu après quelques mois seulement de séjour.

CatinEAU LAROCHE. A Indiens Ovampis.

ce moment un homme à

projets, Catineau - Laroche, conçut à son tour un plan de colonisation de la Guyane. Il n’y était cependant jamais venu. Reprenant les idées du duc de Choiseul, il voulait recourir aux travailleurs européens pour exploiter la colonie. Le baron du Portai adopta ses idées et le nouveau colonisateur improvisé fut dépêché vers ce pays qu’il prétendait rendre à la richesse et à la prospérité. Le gouverneur de Lausset, qui venait d’expérimenter par lui-même les

difficultés de la colonisation guyanaise, opposa une sourde hostilité aux projets de Gatineau-Laroche. La réussite lui en paraissait plus que problématique.

Baron Mylius. — 11 fut remplacé par le baron Mylius, qui parut vouloir encourager la nouvelle tentative. La rivière de Mana fut remplacement choisi. Les débuts de l’établissement, composé de militaires et d’orphelines, parurent satisfaisants. Mais bientôt la paresse, le libertinage et l’ivrognerie perdirent les colons, et il fallut disperser la colonie nouvelle qui avait pris le nom de Nouvelle-Angoulême.

Quelques familles alsaciennes venues pour la remplacer se maintinrent dans de bonnes conditions, étendant leurs défrichements et agrandissant leurs cultures, tant qu’elles restèrent sous la direction du capitaine de. gendarmerie Gerbert et que la ration alimentaire leur fut allouée. Mais après le départ de cet officier et le retrait des vivres, les travaux des champs cessèrent brusquement. L’on vit les colons abandonner leurs exploitations agricoles, quoique très florissantes, se livrer à la chasse et à la pêche, deux industries hasardeuses et rétrogrades, ouvrir des cantines, devenir débitants de boissons fermentées, borner en un mot leur industrie à l’approvisionnement journalier des agents officiels que l’État entretenait précisément pour diriger la colonisation.

La supérieure des Sœurs de Saint-Joseph. — Mme Javouhey, supérieure îles Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, obtint de M. de Chabrol d’aller à la Nouvelle-Angoulème recueillir les débris de ce naufrage. Elle se proposait d’utiliser l’entreprise, île créer dans la Mana des groupes d’établissements servant d’asile aux enfants trouvés, lesquels, plus tard, deviendraient les éléments naturels d’une colonisation extensive.

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Elle prit possession, en avril 1828, de sa concession avec un contingent de 30 sœurs et de 39 cultivateurs engagés pour trois ans. L’élève de bestiaux, l’exploitation des bois, les cultures vivrières, tel fut le cercle de travaux dans lequel la petite colonie se renferma. Mais le régime claustral qui leur était imposé ne devait pas plaire à des hommes libres et, d’ailleurs, ne favorisaitpas le travail productif. En 1831, les engagements des cultivateurs prenaient fin. Ils abandonnèrent Mme Javouhey. C’est à l’aide des noirs qu’elle reconstitua son œuvre, le gouvernement lui ayant abandonné les esclaves libérés en vertu de la loi du 4 mars 1831. Cinq cent cinquante anciens esclaves noirs furent réunis sous sa direction. Elle était chargée de les initier par le travail à la liberté. Ainsi se fonda le bourg de Maria, devenu un des plus populeux de la colonie.

Suppression de la traite; abolition de l’esclavage en 1848. — - Sans abolir absolument l’esclavage, le gouvernement de 1830 avait supprimé la traite. L’impuissance ou la mauvaise volonté des possesseurs du sol à organiser le remplacement progressif de l’esclave par le travailleur libre aggravait chaque jour l’état de gêne et de misère de la colonie.

La révolution de 1848 décréta l’abolition de l’esclavage. La •mesure était définitive, mais la réaction n’avait pas dit son dernier mot. La grande propriété, abandonnée faute de pouvoir payer les salaires, se montrait jalouse des efforts des travailleurs émancipés. On voulut presque empêcher leur établissement dans les terres vacantes en frappant les mutations immobilières d’un impôt progressif en raison inverse de l’étendue des terres. On ferma les écoles dans les campagnes, mais aucune de ces mesures ne ramena ces hommes à leur ancien joug. La culture était désertée pour toujours; l’introduction de l’élément pénitentiaire,

Commencée en 1852 el, qui allait essayer de remplacer par des transportés les bras que l’émancipation avait enlevés au travail, n’y a pas réussi; la découverte de l'or en 185G devait achever l’arrêt presque complet de tout mouvement agricole, industriel et commercial, en précipitant vers les placers les rares travailleurs que l’on pouvait encore so procurer.

La transportation a la G.uyane. — Avant d’être choisie par le second Empire comme lieu de transportation, la Guyane avait été dès 1795 désignée pour recevoir les députés déportés par la Convention, Yadier, Barrère, Collol d’Herbois et Billaud-Varennes. Les deux premiers s’échap^ pèrent. Collol, d'IIerbois mourut au bout d'un an, emporté par les fièvres contractées dès son débarquement. Billaud était encore là quand le 18 fructidor envoya un nouveau contingent de déportés. Du 18 fructidor au 18 brumaire, la déportation devenait l’instrument préféré du Directoire. Carnot, Barthélemy. Troneon-Ducoudray, Picbegru, 53 députés, 51G personnes appartenant à toutes les classes de la société s’y virent condamnés. 330 seulement furent dirigés sur la Guyane et débarqués sans secours, presque sans vivres sur les bords du Sinnamary, du Kourou et de la Counamana, après une traversée où les mauvais traitements ne leur furent pas épargnés. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que plus de la moitié de ces infortunés iraient pu résister à un sort si misérable. Mais cette page de son histoire n’était pas faite pour atténuer la réputation déplorable que l’avortement de tant d’entreprises avait déjà faite à la Guyane et lorsqu’en juillet 1851 la commission chargée de désigner un lieu de transportation porta son choix sur la Guyane, on ne craignit pas d’écrire « qu’elle avait trouvé un moyen honnête de se débarrasser des condamnés ».

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La commission définissait en ces termes le but qu’elle se proposait : « Six mille condamnés renfermés dans nos bagnes de Toulon, de Brest, de Rochefort grèvent notre budget d’une charge énorme, se dépravent de plus en plus et menacent incessamment la société; il semble possible de rendre la peine des travaux forcés plus efficace, plus moralisatrice, moins dispendieuse et en même temps plus humaine, en l’utilisant aux progrès de la colonisation française. »

Les événements de décembre 1851 vinrent interrompre l’élaboration de la loi sur la transportation.

Un décret du 8 décembre autorisait la transportation à la Guyane ou en Algérie de tout individu placé sous la surveillance de la haute police, en rupture de ban ou affilié à une société secrète.

Le 27 mars 1852, un nouveau décret permit aux condamnés subissant leur peine dans les bagnes de France de demander leur transfert à Cayenne,

Un autre décret en date du 20 août 1 853 autorisait la transportation à la Guyane des individus de race africaine ou asiatique condamnés aux travaux forcés ou à la détention.

Enfin la loi du 30 mai 1854 vint réglementer d’une façon définitive les pénitenciers coloniaux. L’article 6 décidait que tout condamné à une peine inférieure à huit ans serait tenu de résider dans la colonie, après sa libération, pendant un temps égal à la durée de sa peine; une condamnation à huit années et au-dessus entraînait pour le transporté l’obligation de séjourner toute sa vie dans la colonie.

L’histoire de l’administration pénitentiaire à la Guyane trouvera sa place au chapitre 111.

Découverte de l’or. — 11 ne reste plus d’autre fait saillant à rapporter dans l’histoire de la Guyane que la découverte de l’or.

Le savant Humboldt affirmait la présence en Guyane de terrains aurifères; il basait son opinion sur la similitude de la constitution du sol de ce pays avec celles des contrées voisines. Ces riches trésors, convoités par tous ceux qui s’étaient naguère lancés à la recherche de l’Eldorado, ils les avaient foulés aux pieds sans les voir.

En 18.‘>3, des Brésiliens vinrent s’établir sur les bords de l’Approuague ; l’un d’eux, nommé Paolino, frappé de la similitude des terrains avoisinant les criques avec ceux d’où il avait vu extraire l’or dans son pays fit quelques lavages à l’aide d’un couy — coupe profonde taillée dans une calebasse ; ses essais lui donnèrent des parcelles d’or. Paolino communiqua aussitôt le résultat de sa découverte à M. Félix Couy, commandant du quartier; celui-ci se mit aussitôt, accompagné par le Brésilien, à la recherche d’un gisement qui valut la peine d’être exploité. Peu de temps après, la présence de l’or dans les terrains de la Guyane française était officiellement constatée. La découverte ne profita pas à ses auteurs : Paolino mourut à l’hôpital, soigné aux frais de la ville de Cayenne et M. Félix Couy périt assassiné.

C’est, sur les bords de la crique de Sickoury que s’est fondé le premier placer; d’autres gisements furent découverts dans l’Approuague en 18bo. En 1882, on comptait tant dans ces quartiers que dans la section de Kaw, dans celle de Sinnamary et sur les bords de la Manâ et la rive droite du Maroni de nombreux placers, soit en pleine activité, soit en cours d’exploitation.

Le rocher du Connétable.

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