‹ Les colonies françaises (volume 5)Chapitre 7 sur 37 · AM É R I QU E · texte numérisé non relu

AM É R I QU E

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canné 75 kilogrammes de sucre turbiné et 19 litres de tafia; l’habitant qui fabrique lui-même extrait seulement GO kilogrammes d’un sucre impur et 14 litres île tafia. Aussi, dès à présent, les deux tiers de la production totale sortent des usines. 11 semble qu’elles devraient attirer toute la canne produite; mais il arrive qu’en raison du poids de la canne qui rend très coûteux les longs transports, le rayon d’action d’une usine est assez limité. D’ailleurs les usines ne se sont guère établies, jusqu’à présent, que dans la partie sud de l’ile. Dans la partie nord, qui renferme les terres les plus fertiles et les plus grands domaines, on continue à fabriquer sur les habitations mêmes l’ancien sucre brut, qui est exporté aux États-Unis presque en totalité.

Fabrication du rhum et du. tafia. — A côté de la fabrication du sucre se place, nous l’avons dit, la fabrication du rhum et du tafia.

Le tafia est le produit incolore et de médiocre qualité obtenu par la distillation des mélasses écoulées du sucre, tandis que le rhum est le produit, coloré et de qualité supérieure, provenant de la distillation du jus de la canne ou veson. Toutefois on fait rentrer dans la catégorie des rhums le tafia de bonne qualité, purifié par le charbon de certaines huiles empyreumatiques et ayant vieilli dans un logement en bois de chêne.

Les rhummeries sont beaucoup plus nombreuses que les usines à sucre. Toutes les grandes habitations sucrières fabriquent du rhum, et il y a en outre, particulièrement à Saint-Pierre, des industriels qui ne s’occupent que de celte fabrication, en achetant les matières premières soit dans la colonie, soit dans les îles voisines. Un quart environ du rhum et du tafia produits à la Martinique est absorbé par la consommation locale, qui est excessive ; le reste est

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exporté. La disparition dos eaux-de-vie de vins résultant des ravages du phylloxéra et l’avilissement du prix des sucres ont favorisé le développement de l’industrie du rhum, qui a pris, dans ces dernières années, une grande extension dans tous les pays producteurs et principalement à la Martinique, qui peut produire des rhums rivalisant avec ceux de la Jamaïque.

Conditions du travail. — Main-d’œuvre. — En dehors des ateliers permanents d'immigrants employés sur les habitations, c’est le travail à la tâche qui est le plus usité. Une tâche consiste dans la plantation ou le sarclage de 400 pieds de canne en moyenne ; la durée du travail est de 4 à 5 heures et l’ouvrier reçoit un salaire qui varie peu, suivant la localité, et qui est en moyenne de 0 fr. 75 à 1 franc. Un travailleur actif peut assez facilement accomplir deux tâches par jour; mais le créole ne fait ordinairement que 4 ou 5 tâches par semaine. Il double aisément son gain quand, habitant près d’une agglomération urbaine, il porte au marché des herbes pour les chevaux ou quand il cultive le jardin attenant à sa case. Aux environs du Gros-Morne, entre les deux rivières Lézardes, sur les hauteurs de Sainte-Marie et de la Grand’ An se, on trouve un assez grand nombre de petits propriétaires qui font sur leur domaine des cultures vivrières et vont travailler sur les habitations voisines.

L’ouvrier d’usine gagne ordinairement de 0 fr. 20 à 0 fr. 25 par heure de travail effectif. Le domestique mâle gagne, en sus de sa nourriture, de 30 à 40 francs par mois ; le domestique du sexe féminin, de 15 â 20 francs.

L’alimentation du travailleur créole a pour base les racines indigènes, le manioc, la morue et le poisson salé. II trouve chez les marchands la morue â 1 fr. le kilogramme, la viande salée américaine à 2 francs le kilog., la viande (le

bœuf à I fr. 60 ou 2 francs et le poisson frais à 0 fr. 80. Le vin coûte de 0 fr. 70 à 0 fr. 90 le litre. La demeure du créole consiste dans une case en planches, établie sur une solive maçonnée et couverte ordinairement en paille de canne, assez rarement en tuiles.

Immigration. — A la Martinique, comme dans nos autres colonies, les noirs, à la suite de l’émancipation, désertèrent en grand nombre les habitations agricoles : c’est alors qu’on fut amené à les remplacer par des travailleurs étrangers.

Au début, on songea à provoquer une large immigration européenne, et quelques spéculateurs proposèrent en 1852 aux administrations des Antilles d’amener dans ces deux colonies plusieurs milliers de cultivateurs français qu’on devait recruter en Alsace et dans la région pyrénéenne. Mais ce projet ne fut pas adopté. Le conseil privé de la Martinique lit ressortir avec force que le cultivateur européen ne pouvait être employé à la culture de la canne sous le climat des tropiques, qu’il ne pourrait être occupé qu’aux soins à donner au bétail et aux travaux accessoires d’une habitation, et que, dès lors, de nombreux immigrants européens seraient plus nuisibles qu’utiles. La culture du sol paraissait exiger des Asiatiques ou des Africains.

Immigration indienne. — On se tourna d’abord vers les Indiens qui commençaient à être fort appréciés à la Réunion. Un décret du 27 mars 1852 autorisa un capitaine au long cours, M. Blanc, à transporter aux Antilles 4,000 Indiens en six ans, moyennant une prime de 500 francs par immigrant. La dépense devait être supportée partie par les engagistes, partie par la colonie. A cet effet, il était créé une caisse d’immigration, dotée avec l’indemnité accoixlée ii la colonie pour les noirs émancipés du domaine, et qui devait

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recevoir de l'État une subvention annuelle de 100,000 à 150,000 francs.

M. Blanc introduisit a la Martinique 1,191 Indiens, puis renonça à la concession qu'il avait obtenue. Le ministère de la marine traita alors avec la Compagnie générale maritime pour le transport de tous les coolies, indiens, qui seraient recrutés pour le compte des Antilles par la Société

L'arbre du voyageur.

d’immigration de Pondichéry. La caisse d'immigration devait payer une prime d’introduction de 415 francs par immigrant adulte, et cette somme lui était remboursée à peu près intégralement par chaque engagiste en trois ou quatre annuités. C’est dans ces conditions que la Compagnie maritime introduisit à la Martinique, de 1855 à 1862, 9,158 Indiens. La plupart de ces immigrants se rengageaient dans la colonie à l’expiration de leur engagement primitif, qui était de cinq ans. Ceux qui préféraient retourner dans

l’Inde étaient rapatriés gratuitement, aux frais de la caisse d’immigration : le nombre des rapatriés s’élevait en moyenne pour la Martinique à 200 par an.

Immigration africaine. — En même temps on demandait des travailleurs à la race africaine. Un capitaine au long cours, M. Chevalier, amena quelques centaines de noirs recrutés dans les parties de la côle occidentale d’Afrique, o fi l'esclavage n’existait plus; mais bientôt les difficultés de recrutement devinrent telles qu’il dut renoncera poursuivre l’opération. Le département de la marine prit alors une mesure décisive : il autorisa le recrutement des immigrants parmi les esclaves des populations africaines. L’esclave devait être racheté à son maître, et transporté comme travailleur libre dans nos colonies, où il aurait la même situation que l’immigrant indien, avec droit au rapatriement gratuit à l’expiration de son engagement. M. Régis, négociant à Marseille, introduisit ainsi à la Martinique, moyennant une prime de 48,'i francs par immigrant adulte, 9,000 Africains recrutés exclusivement au 'Congo et à Loango.

Immigration chinoise. — On essayait aussi des travailleurs chinois, et 754 Chinois recrutés à Canton étaient amenés à la Martinique. Les . colons furent peu satisfaits de ces nouveaux travailleurs, et l’immigration chinoise en resta là.

Mais le recrutement des immigrants parmi les esclaves des peuplades africaines parut aux abolitionnistes une forme déguisée de la traite. Ils formulèrent des protestations qui aboutirent à la convention conclue le 1 er juillet 18(31 entre la France et l’Angleterre. Ce traité avait pour but, d’une part, de mettre fin au recrutement des immigrants sur la côte d’Afrique et, d’autre part, de régler les conditions de l’immigration des coolies indiens dans nos colonies.

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Pendant 'celte nouvelle phase, ce fut l’administration qui se chargea de fournir des immigrants aux colons qui lui en adressaient la demande. Elle se procurait des travailleurs par l’intermédiaire d’agents établis les uns dans les comptoirs français de Pondichéry, de Karikal et de Yanaon, les autres dans le grand emporium anglais de Calcutta. Ces agents enrôlaient les immigrants en leur donnant des arrhes, et leur faisaient signer un contrat d’engagement en présence d’un fonctionnaire chargé d’assurer et de constater le libre consentement de l’engagé. Le contrat une fois signé, les immigrants étaient embarqués sur des navires nolisés par l’administration. A leur arrivée dans la colonie, les Indiens, divisés en lots de dix, étaient répartis entre les colons par voie de tirage au sort.

Les engagistes devaient fournir aux immigrants un salaire fixé à 160 firmes par an pour les hommes et à 100 francs pour les femmes ; ils leur devaient en outre la nourriture, les vêtements, le logement et les soins médicaux. C’est ainsi que, en vertu des règlements, toute exploitation ayant vingt immigrants, devait être pourvue d’une infirmerie convenablement installée et approvisionnée, et justifier d’un abonnement avec un médecin. Enfin les engagistes payaient à l’administration pour frais d’importation une somme fixe de 373 francs par tête d’immigrant. D’autre part, le * budget local de la colonie supportait une partie des frais d’introduction, la totalité des frais nécessaires pour leur rapatriement, quand il était exigé, et les frais de la surveillance exercée sur les engagistes : la dépense totale à la charge du budget s’élevait à 230.000 ou 300,000 francs par an.

C’est dans les conditions qui précèdent que, de 1833 à 1884, l’immigration indienne a fourni à la Martinique 23,309 travailleurs, dont 4,341 seulement furent rapatriés.

Mais en dépit des règlements administratifs qui définissaient minutieusement les obligations des engagistes, en dépit de la surveillance exercée par des fonctionnaires spéciaux, des abus inévitables se produisaient. Au mois de décembre 1883, le Conseil général de la Martinique,, se rangeant à l’avis de ceux qui depuis longtemps critiquaient l’immigration comme étant une nouvelle forme de servage, et surtout comme faussant les rapports naturels du capital et du travail, puisqu’elle introduisait, dans la colonie, des travailleurs, avec l’aide du budget, a voté la suppression de l’immigr.ation officielle et subventionnée.

Depuis lors, aucun convoi d’immigrants n’est arrivé à la Martinique. Néanmoins on y trouvait encore, au 1er janvier 1888, 9,960 immigrants indiens, 6,087 Africains, 454 Chinois.

Immigration européenne . • — D’après ce que nous venons de dire, il ne semble pas y avoir place pour une immigration de travailleurs européens. En effet, l’Européen peut difficilement se livrer à la culture des champs sous le soleil des tropiques; d’autre part, on emploie très peu d’Européens sur les habitations comme géreurs ou économes. On préfère généralement les employés du pays, qui coûtent moins et sont mieu,x acclimatés.

Quant aux petites industries (serrurerie, menuiserie, maçonnerie, etc.), elles ont assez d’ouvriers indigènes : le « salaire serait d’ailleurs très modique pour un Européen relativement à la somme qu’il devrait dépenser pour se maintenir en bonne santé, l’alimentation étant coûteuse et les logements d’un prix élevé.

Il est cependant une catégorie d’Européens qui trouveraient à s’établir utilement à la Martinique : ce sont les agriculteurs qui viendraient avec des capitaux pour se livrer à la culture du café, du cacao, de la vanille, etc., sur

?ort-de-France. — La place do Marché.

les sites élevés, où ils pourraient s’acclimater facilement.

Régime commercial. — Le régime commercial de la Martinique est réglementé par le sénatüs-consulte du 4 juillet 1866, qui donne pouvoir au Conseil général de la colonie de voter : 1° les tarifs de douane sur les produits étrangers importés dans la colonie, sauf homologation par un décret rendu en Conseil d’Etat; 2° les tarifs d’octroi de mer sur les objets de toute provenance.

En fait, les droits de douane ont été supprimés en 1867; on n’a plus conservé que l’octroi de mer, qui n’a qu’un caractère fiscal et qui est perçu au profit des communes; ces droits frappent également les produits français et les produits étrangers.

C'est pour ce motif qu’à différentes reprises ce régime commercial a provoqué les doléances des producteurs français, qui demandaient pour leurs produits la protection sur les marchés coloniaux. Cédant à la demande de l’administration centrale des colonies, le Conseil général a voté en 1884 et en 1886 le rétablissement de certains droits de douane, frappant les marchandises étrangères suivantes : tissus, draps, peaux et pelleteries ouvrées, papier, orfèvrerie et bijouterie.

Mouvement commercial. — Depuis fort longtemps, le mouvement commercial de la Martinique est presque invariable, oscillant entre 28 et 30 millions à l’importation, et 24 et 28 millions à l’exportation. C’est à peu près ce qu’il était déjà avant l’abolition de l’esclavage : en effet, en 1843, les importations atteignaient 23,800,000 francs et les exportations 24,400,000 francs. En remontant cinquante ans en arrière, on retrouve encore la même proportion; en 1.790 les importations et les exportations réunies s’élevaient à 43,638,000 francs.

Mais, dans les quatre dernières années, qui viennent de

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de s’écouler, par suite de l’avilissement du prix des sucres, le commerce de la colonie a été inférieur à ce qu’il était dans la période antérieure; en 1887 par exemple, l'importation n’a été que de 23,461,430 francs et l’exportation n’a atteint que 20,839,310 francs.

Il convient de remarquer que, dans ce dernier chiffre, le rhum et le tafia entrent pour 3,401,211 francs et le sucre pour 1 1,873,774 francs, soil, en somme, les 17/20 de Importation. Du reste il faut reconnaître que l’exportation du rhum a grandi depuis le milieu du siècle, suivant une progression constante et très rapide. Partie de un million de lilres en 1830, elle arrive à 4,400,400 litres en 1837, à 6,200,000 litres en 1867, à 6,600,000 lilres en 1877, enfin, par un bond énorme, à 8,800,000 litres en 1887, où elle atteint son maximum. Aux mêmes dates, l’exportation du sucreaété successivement de 13millionsdekilogrammes,de 26 millions, de 29 millions, de 40 millions, enfin de 39 millions en 1887.

On doit remarquer que la quantité du sucre exporté n’a donc pas sensiblement diminué dans" les dernières années que nous avons signalées plus haut comme moins favorables au commerce; ce point, rapproché de la progression de l’exportation du rhum dans la même période, semblerait indiquer une situation prospère de la colonie; mais il n’en est rien, la crise économique que traverse actuellement la Martinique provenant, non d’un ralentissement de la production, mais uniquement au contraire de la baisse considérable survenue dans le prix du sucre; tandis qu’en 1877 les 40 millions de kilogrammes de sucre exposés représentaient 24 millions de francs, en 1887 la même quantité à peu près, c’est-à-dire 39 millions de kilogrammes, ne valait plus à l’exportation que 11 millions de francs, soit un écart de moitié dans le taux de la valeur.

Commerce avec la France. — Sur les 44 millions qui ont représenté en 1887 le mouvement commercial de la Martinique, la part de la France est de 9,069,000 francs à l’importation, de 18,333,000 francs à l’exportation.

Les principales marchandises que la Martinique reçoit de France sont : vin (1,600,000 fr.) ; huile (1 million); tissus (960,000 fr.) ; engrais (276,000 fr.) ; fer en barres et ouvré (256,000 fr.); sucre raffiné (197,000 fr.); vêtements confectionnés (173,000 fr.) ; porcelaine et poterie (147,000 fr.); puis des armes, de la parfumerie, des liqueurs, des cristaux et verreries, des meubles, etc.

La colonie exporte principalement en France du sucre (40,821,000 fr.), des rhums et tafias (5,456,000 fr.) ; du cacao (579,000 fr.) ; des liqueurs (30,000 fr.), etc.

Quant aux autres colonies françaises, la Martinique ne demande guère qu’à Saint-Pierre et Miquelon de la morue (450,000 fr.) et à Pondichéry du riz (148,000 fr.), sans qu'il y ait une exportation notable correspondante.

Commerce avec l’étranger. — Parmi les marchandises que la Martinique reçoit de l’étranger, il y a lieu de citer par rang d’importance les tissus (dont l’importation a été de 3,500,000 fr. en moyenne, dans les dernières années); le froment et la farine (3 millions); les engrais (2,500,000 fr.); la morue et, les poissons salés (1,400,000 fr.); le riz et grains (1,200,000 fr.); chevaux, bœufs et mulets (150,000); bois de construction (750,000); viandes salées (700,000 fr.); beurre (700,000 fr.); machines et métaux ouvrés (600,000 fr.); futailles et ouvrages en bois (450,000 fr.) ; labac (400,000 fr.) ; houille (360,000 fr.) ; bougie (325,000 fr.) ; eau-de-vie (300,000 fr.); savons (300,000 fr.) ; café (223,000 fr.); pétrole (200,000 fr.).

Les principaux pays étrangers avec lesquels la Martinique entretient des relations commerciales sont les États-

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Unis, où elle envoyait en 1882 pour 7 millions de produits et dont elle en recevait pour o millions; et l'Angleterre et les colonies anglaises qui figuraient dans ses importations pour 7 millions et dans ses exportations pour 1,164,000 francs.

Ce que la Martinique envoie aux États-Unis, c’est le sucre brut dont le tarif douanier américain favorise l’importation dans l’intérêt des raffineries; par contre, elle en reçoit presque toutes les farines qu’elle consomme, des viandes salées, du beurre, des houilles, des machines, des meubles, etc.

La Grande-Bretagne envoie à la Martinique soit directement, soit par les voies du Havre, de Saint-Nazaire et de Bordeaux, des tissus de lin ou de chanvre, de la houille, des fers, des aciers, des engrais, de la quincaillerie et de la mercerie.

De la Nouvelle-Écosse, elle reçoit de la morue et d’autres poissons salés, et des bois à construire; de Porto-Rico, des bœufs et des chevaux; de Haïti, du café; de Cuba et du Vénézuéla, du tabac.

Mouvement maritime. — En 1887, le mouvement maritime de la Martinique comprenait 862 navires, jaugeant 371,948 tonneaux. Dans ce total, la part du pavillon français est de 342 bâtiments représentant 227,470 tonneaux.

Centre du commerce. — Le commerce maritime se fait soit par l’intermédiaire de courtiers assermentés nommés par l’administration, soit directement entre vendeurs et acheteurs. La totalité du mouvement commercial de la colonie est concentré à Saint-Pierre où résident les principaux négociants en gros et détail, ainsi que les commissionnaires, courtiers et consignataires. Ces derniers prélèvent environ 5 p. 100 de commission sur la valeur dès marchandises d’exportation.

Tout le commerce est dans les mains de maisons françaises : il n’exisle qu’une ou deux maisons étrangères.

Taux de l’intérêt. — La loi du 13 septembre 1807 n’a jamais été promulguée dans la colonie :1e taux de l’intérêt n’est donc limité ni en matière civile, ni en matière commerciale, et en fait, il est relativement élevé. Sur première hypothèque, l’argent vaut à la Martinique 8 p. 100 pour des prêts importants, et 10 p. 100 pour les petits prêts.

Établissements de crédit. — Banque. — Il existe une Banque coloniale, sorte de Banque d’État qui a le monopole de l’émission des billets de banque, et qui est placée sous la surveillance du gouvernement. La Banque escompte les effets de commerce à deux signatures, à un taux qui varie de 8 à 10 p. 100. Elle fait aux propriétaires des prêts sur récoltes pendantes au taux de 5 p. 100. Enfin, jouant en partie le rôle d’un mont-de-piété, elle fait des prêts sur dépôts de matières d’or et d’argent et rend ainsi de grands services à la population ouvrière, qui peut de la sorte se soustraire aux exigences usuraires des prêteurs sur gage.

Voici du reste en quoi consistent exactement ses opérations :

1° A escompter les billets à ordre ou effets de place à deux ou plusieurs signatures;

2° A négocier, escompter ou acheter des traites ou des mandats directs ou à ordre sur la métropole ou sur l'étranger;

3° A escompter des obligations, négociables ou non négociables, garanties :

Par des warrants et des récépissés de marchandises déposées soit dans les magasins publics, soit dans des magasins particuliers dont les clefs ont été régulièrement remises à la Banque ;

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Par des cessions de récoltes pendantes;

Par des connaissements à ordre ou régulièrement endossés;

Par des transferts de rente ou d’actions de la banque de la colonie ;

Par des dépôts de lingots, de monnaies ou de matières d’or et d’argent;

4° A se charger, pour le compte des particuliers ou pour celui des établissements publics de l’encaissement et du recouvrement des effets qui lui sont remis, et à payer tous mandats et assignations;

6° A recevoir, moyennant un droit de garde, le dépôt volontaire de tous les titres, lingots, monnaies et matières d’or et d’argent;

6° A souscrire à tous emprunts ouverts par l’État, par la colonie ou parles municipalités de la colonie jusqu’à concurrence des fonds versés à la réserve ;

7° A recevoir, avec l’autorisation du ministre chargé des colonies, les produits des souscriptions publiques ouvertes soit dans la colonie, soit dans la métropole;

8° A émettre des billets payables à vue au porteur, des billets à ordre et des traites ou mandats;

9° A faire commerce de métaux précieux, monnayés ou non monnayés.

Pour l’exercice 1 887-1 888, le chiffre des opérations de la Banque s’est élevé à :

12,805,983 francs en escompte d’effets de commerce, et en prêts sur actions,

3,630,007 francs en prêts sur récolte,

Et 274,621 francs en prêts sur dépôts de matières d’or et d’argent.

Crédit foncier colonial. — A côté de la Banque se trouve le Crédit Foncier Colonial, qui a le monopole des opéra-

so

tions de crédit foncier, et qui fait aux propriétaires des prêts à long terme. Sur hypothèque, le taux des emprunts est de 10 p. 100, y compris l’amortissement en 30 années. On peut évaluer à 12 millions environ le montant des prêts de cet établissement actuellement en cours à la Martinique.

Cette Société, dont le siège est à Paris, a été appelée à remplacer l’ancienne société du Crédit colonial créée en 1860 en vue de prêter soit à des propriétaires individuellement, soit à des réunions de propriétaires les sommes nécessaires à la construction des sucreries dans les eololonies françaises ou au renouvellement et à l’amélioration de l'outillage des sucreries existantes.

Les prêts étaient alors garantis par une première hypothèque sur l’usine à construire ou par tous autres gages immobiliers ou mobiliers agréés par la Société : les demandeurs devaient, en outre, justifier de récoltes suffisantes pour l’alimentation de l’usine en vue de laquelle le prêt était effectué.

L’intérêt des sommes à prêter ne pouvait être élevé audessus de 6 p. 100, à moins de délibération du conseil d’administration de la Société, approuvée par le ministre des colonies et par celui des finances. L’emprunteur devait en outre à la Société, pour droits de commissions et frais d’administration, 1 p. 100 par an du capital emprunté.

Mais la Société de crédit colonial fut autorisée, en 1803, à se transformer et elle prit le titre qui lui appartient aujourd’hui, celui de Société decrédit foncier colonial.

Actuellement les opérations consistent :

1° A prêter, à des conditions déterminées, soit à des propriétaires individuellement, soit à des réunions de propriétaires, les sommes nécessaires à la construction de sucreries dans les colonies françaises ou au renouvel-

LA

M ART INI QUE

lement et à l’amélioration de l’outillage des sucreries actuellement existantes ;

2° A prêter sur hypothèque aux propriétaires d’im-

Toutt'c de bambous.

meubles situés dans les mêmes' colonies, des sommes remboursables par les emprunteurs, soit à long terme, au moyen d'annuités comprenant les intérêts, l’amortissement et les frais d’administration, soit à court terme, avec ou sans amortissement;

3° A acquérir, par voie de cession ou autrement, et à rembourser avec ou sans subrogation, des créances privilégiées ou hypothécaires, dans les conditions déterminées par les statuts;

4° A prêter aux colonies et aux communes dans les colonies, avec ou sans hypothèque, soit à long terme avec remboursement par annuités, soit à court terme, avec ou sans amortissement, les sommes qu’elles auraient obtenu la faculté d’emprunter;

o° A créer et à négocier des obligations pour une valeur égale au montant des prêts.

La SociéLé s’est engagée à effectuer des prêts jusqu’à concurrence d’un minimum de 10 millions de francs, à réaliser lesdits prêts en numéraire et à en stipuler le remboursement par annuités comprenant :

1° L’intérêt, qui ne peut dépasser 8 p. 100;

2° La somme nécessaire pour amortir la dette dans le délai de trente ans au plus ;

3° Une allocation pour frais d’administration qui ne peut excéder 1 fr. 20.

La colonie s’est de son côté engagée à garantir éventuellement à la Société de crédit foncier une somme égale à 2 1/2 p. 100 du montant des obligations émises par elle en représentation des prêts réalisés dans la colonie. La limite de cette garantie a été fixée à 230,000 francs par an. Lorsque la garantie coloniale doit fonctionner, la Société remet au directeur de l’Intérieur un état des 'sommes qui lui sont dues, soit sur les annuités, soit sur le capital, après réalisai ion des gages hypothécaires liquidés dans l’année pour que le payement de la somme lui revenant soit inscrit au budget de la colonie. Les effets delà garantie sont épuisés dans le cours de deux semestres et l’imputation de la dette d'un exercice ne peut, être reportée sur l’autre.

LA MARTINIQUE. 83

La colonie a la faculté de s’affranchir du service des annuités en provoquant l’exécution du gage. Cette exécution ne peut être différée que de son consentement et dans un intérêt commun.

La colonie profite, jusqu’à concurrence du capital qu’elle a fourni en exécution de la garantie, de la plusvalue des reventes d’immeubles adjugés primitivement au Crédit foncier moyennant un prix inférieur à la somme restant due sur le prêt.

La garantie de la colonie ne peut être invoquée pour couvrir la Société des pertes qu’elle pourrait éprouver par suite de l’irrégularité de ses titres ou de toute autre faute lourde de sa part.

Une disposition particulière de la convention du 9 août porte que, dans le cas où la Société du crédit foncier colo- -^Âàl s’établirait dans une autre colonie, soit sans exiger de garantie, soit moyennant une garantie moindre que celle stipulée par la convention, le bénéfice de l'égalité de traitement serait acquis à la Martinique.

Chambres de commerce. — Cette institution, créée par ordonnance locale du 17 juillet 1820, sous la dénomination de bureaux de commerce, a été de nouveau réglementée par les arrêtés du 5 avril 1848 et du 17 mars IB.'io.

Les chambres de commerce sont composées de dix membres à Saint-Pierre et de six membres à Fort-de- France, y compris le président.

Le directeur de l’Intérieur est membre-né de ces deux chambres, et il préside de droit les séances où il assiste en personne.

Les membres de la chambre de commerce sont élus pour six ans et toujours rééligibles. Ils sont renouvelés par moitié tous les trois ans.

Le président est choisi par le gouverneur parmi les'

membres de chaque chambre de commerce ; il est nommé pour trois ans.

Les chambres de commerce sont chargées :

1° De présenter des vues sur les moyens d’améliorer a situation du commerce;

2° De faire connaître au gouvernement les causes qui en arrêtent les progrès;

3° D’indiquer les ressources que l’on peut se procurer ;

4° De fournir des parères, etc.

En toute occasion où les chambres de commerce auraient à s’occuper de matières dont la discussion serait susceptible d’être éclairée par l’avis des capitaines de navires de commerce, elles peuvent, à cet effet, appeler dans leur sein le nombre de ces capitaines qu'elles jugent convenable.

Des capitaines de navires de commerce peuvent ôLre également désignés par le gouverneur pour assister les chambres dans l’examen des questions qui sont dans le cas de leur être soumises par le gouvernement.

Commissaires-priseurs. - Les offices de commissairespriseurs ont été créés dans la colonie en 1832 et réorganisés en 1876.

[.es commissaires-priseurs sont nommés par le gouverneur en conseil privé sur la présentation du directeur de l’Intérieur et du procureur général. Ils sont placés sous la surveillance du ministère public et de la direction de l’Intérieur, et soumis à la même discipline que les autres officiers ministériels.

Leur nombre a été fixé à deux, un à Sainl-l'ierre et un à Fort-de-France.

Leurs attributions sont les mêmes que celles des commissaires-priseurs établis en France.

Courtiers de commerce, agents de change. — En 1831, une bourse de commerce et des charges de courtiers furent

instituées à Saint-Pierre seulement. Le nombre dès charges fut fixé à quatre.

Mais en 1864 une seconde bourse de commerce fut créée à Fort-de-France et le nombre de courtiers fixé à deux pour cette ville.

Les courtiers exercent cumulativement les fonctions d'agents de change, de courtiers de marchandises et d’assurances et de courtiers interprètes conducteurs de navires.

Un Piton.

Pour exercer ces dernières fonctions, les courtiers de commerce sont astreints à subir un examen portant principalement sur les langues espagnole et anglaise, aux termes de l’arrêté du 19 mars 1832.

Communication avec la métropole. — La Martinique est reliée à la France par des services réguliers de paquebots français et anglais. Le service français est confié à la Compagnie générale transatlantique, dont les paquebots partent une fois par mois de Saint-Nazaire (le 10),

une fois de Bordeaux! (le 20), et une fois de Marseille (le lor de chaque mois).

Les paquebots qui vont au Mexique relâchent à Saint- Thomas, tandis que les paquebots de Colon par La Guayra relâchent un ou deux jours à Fort-de-France.

Lu service anglais, fait par les paquebots de la Royal Mail Compagny , est effectué deux fois par mois de Southampton.

De plus, une Compagnie américaine de navigation à vapeur fait le service postal entre New-York et la Martinique, moyennant une franchise de droits de quai qui lui a été accordée par la colonie. Le passage des bateaux à vapeur de cette Compagnie n’a pas lieu à date fixe : il en part un environ tous les cinq jours.

Enfin la Martinique est en communication avec l’Europe par le câble sous-marin télégraphique des États-Unis aux Antilles et à l’Amérique du Sud : ce câhle atterrit à Saint- Pierre et relie de la sorte la Martinique au réseau télégraphique général.

Prix des passages. — Les prix île passage entre la France et la colonie sur les paquebots de la Compagnie générale transatlantique sont lixés à 900 francs pour une place dans une cabine de lre classe, à 800 francs pour la 2e classe, à 730 francs pour la 3e, à 300 francs pour la place d’entrepont.

Prix du fret. — Le taux des frets de France à Saint- Pierre, invariable depuis plusieurs années, est de 50 francs sur les vapeurs, de 40 francs environ sur les voiliers : celui des frets de Saint-Pierre en France est le même pour les vapeurs, et tombe à 37 fr. 30 pour les voiliers.

Service postal et service télégraphique. — La colonie a été admise dans l’Union générale des postes à la suite de l’arrangement conclu à Berne en 1876.

Le service postal dans la colonie est centralisé par un

LA MARTINIQUE

receveur comptable résidant à Fort-de-France qui reçoit toute la comptabilité des receveurs des postes de la colonie.

Tous les agents titulaires du service des postes appartiennent à l’administration métropolitaine.

.pu 1874, un service de mandats de poste a été établi entre la France et les colonies. Ce service est confié aux agents du trésor (trésoriers-paveurs, trésoriers particuliers et percepteurs).

Un arrêté du gouverneur, rendu en 1883 conformément à un vote du Conseil général, a établi des mandats d’articles d’argent dans l’intérieur de la colonie. Les comptables du trésor sont également chargés de la délivrance et du payement de ces mandats.

Il n’existe dans la colonie qu’une ligne télégraphique, établie en 1866 entre Fort-de-France et Saint-Pierre.

Service des correspondances échangées a l’intérieur des colonies. — - Le transport de la correspondance entre les deux villes est effectuée par bateaux à vapeur ou par canots. Les départs pendant la semaine ont lieu : De Saint- Pierre, à six heures du matin et à deux heures de l’aprèsmidi ; de Fort-de-France, à huit heures du matin et à quatre heures de l’après-midi. Il est effectué le dimanche deux voyages seulement, l’un de Saint-Pierre à Fort-de-France à trois heures du matin, et l’autre de Fort-de-France à Saint-Pierre à trois heures du soir. Pour les communications entre Fort-de-France, Saint-Pierre et les communes rurales, l’administration emploie des courriers dont l’itinéraire et les heures de départ et d’arrivée sont tlxées d’avance.

Service des bateaux a vapeur de la colonie. — De Saint- Pierre à Fort-de-France, tous les jours (les dimanches et fêtes exceptés), à 6 heures du matin et à 2 heures du soir.

De Fort-de-France à Saint-Pierrp, à 8 heures du matin et à 4 heures du soir.

Premières . 4 fr. »

Secondes . 2 fr. 50

De Saint-Pierre au Marin avec escale à Fort-de-France, aux Anses-d’Arlets, et au Poirier et vice versa.

Départ de Saint-Pierre le mercredi et le samedi à G heures et demie du matin, et du Marin, le jeudi et le lundi à la même heure.

Les voyages se font de deux en deux semaines.

Les prix sont de 5 francs (lr0 classe) et de 2 fr. 50 2e classe) de Saint-Pierre au Marin).

Du Lamentin à Fort-de-France et vice versa.

Départ du Lamentin, tous les jours à G heures du matin et à 2 heures du soir.

Départ de Fort-de-France, tous les jours à 8 heures 3/4 du matin et à 4 heures 1 /2 de l’après-midi.

Le voyage a une durée de une heure un quart.

Les prix sont de 1 fr. 50 (lrc classe) et I franc (2° classe).

Presse. — Il se publie à la Martinique, en outre du Moniteur de la Martinique, qui est le journal officiel de la colonie et qui paraît deux fois par semaine, les journaux politiques suivants :

La Petite France, qui paraît tous les samedis; — le Propagateur, la Défense coloniale, les Colonies, les Antilles, qui paraissent le mercredi et le samedi de chaque semaine.

Le premier de ces journaux est publié à Fort-de-France ; les quatre autres, à Saint-Pierre.

Le régime de la presse est le même que celui en vigueur en France et la loi de 1882 est exécutoire à la Martinique.

Budget. — Nous croyons intéressant d’indiquer ci-après

les recettes et les dépenses du budget local de la Martinique pour l’année 1888 :

Recettes ôrdinaires.

Fr. c.

Contributions directes . 091,085 »

Contributions indirectes et divers produits et revenus . 3,615,703,75

Total . 4,307,688,75

Dépenses.

Chapitre unique : Contingent fixé par la loi de finances en remplacement delà prestation des Invalides . 54,410 »

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