CHAPITRE IV
Économie politique et sociale.
Divisions du sol. — Cultures. — Productions du bétail. — Terres en culture. — - Concessions de terres. - — Flore et faune. — Industrie. — Fabrication du sucre. — Rhum et tafia. — Conditions du travail. — Immigration. — Régime commercial. — Mouvement commercial. — Mouvement maritime. — Établissements de crédit. — Chambres de commerce. — Communications avec la Métropole. — Contributions et taxes.
Divisions du sol. — Les cultures de la Martinique se divisent en trois grandes catégories : 1° la culture principale, colle de la canne à sucre; 2° les cultures vivrières, produisant le manioc, la patate, l’igname, la banane, les légumes et fruits divers; 3° les cultures secondaires comprenant le café, le cacao, le tabac. Il y a quelques années,
la valeur de l’hectare était estimée à 1,100 francs pour les terres plantées en canne et en tabac, à 1.200 francs pour celles en cacao, à 1,500 francs pour celles en café et en vivres, à 5 ou 600 francs pour les terres en savane, en bois et en friche.
Cultures. — Canne à sucre. — C’est en 1634 qu’un juif venu du Brésil, Benjamin Dacosta, apporta la canne à sucre à la Martinique. Des pluies abondantes et un sol riche en azote et en silice firent de la Martinique une terre éminemment propice à cette culture qui prospéra rapidement. Aussi la canne à sucre couvre-t-elle plus du quart de la superficie totale de l'ile, un peu plus delà moitié des terres cultivées; elle occupe à elle seule. 28,000 travailleurs.
La canne est surtout produite par la grande culture et sur 510 habitations, qui ont en moyenne une étendue de 150 hectares dont 50 sont cultivés; chaque habitation possède une cinquantaine de tètes de bétail et occupe environ 75 travailleurs dont trois quarts sont créoles de la colonie et un quart, des immigrants indiens.
Jusqu'à ces derniers temps, la culture de la canne s’étendait tous les ans. Elle occupait 18,565 hectares en 1867, 19,263 en 1877 et 28,450 hectares en 1886; mais depuis lors, par suite de la crise sucrière, il s'est produit un mouvement de recul et au 31 décembre 1887, la canne ne couvrait plus que 21,300 hectares. La Martinique n’a pourtant pas eu à lutter contre la maladie de la canne, qui a fait de si grands ravages à la Réunion, mais en présence du bas prix des sucres, les habitants sucriers ont réservé leurs ressources pour les terres fertiles, et ont renoncé à faire de la canne sur les terres d’une culture coûteuse, soit par leur éloignement, qui entraîne des fiais de transport élevés, soit en raison de l’appauvrissement du sol, qui exige beaucoup d’engrais.
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La culture de la canne, assez semblable à celle du maïs dans le Midi de la France, comporte un ou deux labourages à la charrue, la plantai ion des boutures en ligne, à une distance qui est en général de 3 pieds et demi, deux ou trois binages, nécessaires pour étouffer les mauvaises herbes tant que les jeunes cannes ne sont pas assez vigoureuses, enfin répaillage des fanes sèches. La plantation de la canne a lieu dans les quatre derniers mois de l’année : la coupe, vers le premier trimestre de la seconde année qui suit. Ou laisse eu terre les racines des touffes déjà coupées et on utilise leurs rejetons pour deux ou trois récoltes, tant que le rendement est suffisant. Au mois de janvier de chaque année, une habitation présente, en général, un quart des terres en jeunes cannes fraîchement plantées, un quart en cannes âgées «h1 12 à IG mois, une moitié en rejetons plus ou moins voisins de la maturité.
Le rendement de la canne à sucre pourrait d’ailleurs être augmenté dans des proposions considérables par une culture perfectionnée.
Les machines agricoles sont encore peu connues, et presque tous les travaux sont faits par des travailleurs dont la main-d’œuvre revient à un prix sensiblement élevé, si on tient compte de la qualité et de la quantité de travail qu’ils fournissent. Les principaux instruments de travail sont encore la houe et le coutelas, lame de 0m,4o de long, un peu courbe, véritable sabre, qui est l’outil à tout faire : c’est avec le coutelas qu’on coupe la canne, qu’on enlève la brousse, qu’on fauche même l’herbe des savanes, car la faux n’est pas employée.
D’autre part, le sol est trop souvent mal nettoyé et mal fumé; déplus, il se fatigue rapidement, l’alternance des cultures étant inconnue. La culture de la canne pourra néanmoins donner encore de beaux résultats. Un bon
aménagement des eaux des rivières qui sillonnent la Martinique et qui pourraient être utilisées sur beaucoup d’habitations rendrait de grands services à cette culture, dont les rendements seraient bien souvent doublés s’il était possible de supprimer les dommages résultant des sécheresses prolongées.
Cultures vivrières. — Tandis que la culture de la canne tend à se restreindre, les cultures vivrières sont en progrès constant et rapide : elles comprenaient 12,732 hectares en 1867, 13,423 hectares en 1877, et 17,146 hectares à la fin de 1887. Ces cultures sont exploitées presque uniquement par la petite propriété, les gros capitaux ayant jusqu’à présent donné la préférence à la canne, et les habitations sucrières ne produisant généralement point de vivres, pas même la quantité exigée par la consommation de leur personnel. D’ailleurs, les vivres ne sont produits à la Martinique qu’en quantité strictement suffisante pour la consommation ; aussi leur prix est élevé, et le rendement des cultures vivrières très rémunérateur. Il le sérail plus encore si l’on améliorait les procédés de culture. Alors la situation géographique de la Martinique offrirait de belles chances d’avenir à l’exportation des vivres. Les cultures vivrières pouvant réussir sur les terrains élevés, il serait désirable qu’elles s'étendissent de plus en plus, aux dépens des 53,000 hectares (soit plus de la moitié de la superficie de file), qui sonL encore en savanes, en forêts ou en friche.
Ces cultures ont pour objet les diverses racines alimentaires, les ignames, les patates, le chou caraïbe, qui est fort recherché, mais surtout le manioc, qui, après la canne, est la plante la plus généralement cultivée à la Martinique où elle occupe 5,715 hectares. La farine de manioc remplace en effet le pain pour le plus grand nombre des créoles et se voit journellement sur la table des plus
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pauvres comme des plus riches habitants de l’ile. Cette plante est d’ailleurs véritablement précieuse : outre qu’elle paraît ne pas fatiguer les terres, que la culture en est facile et peu coûteuse, elle présente le grand avantage de pouvoir être plantée ou récoltée à n’importe quelle époque. Le petit cultivateur, au fur et à mesure de ses besoins, avant même que la plantation ne soit arrivée à maturité complète, peut faire la récolte sur une partie de son champ, qu'il replantera immédiatement, et la vente du produit est toujours assurée, à un prix rémunérateur.
A côté de ces vivres, la Martinique peut également produire les légumes d’Europe. Depuis quelques années, divers essais de culture de nos plantes potagères ont été couronnés d’un plein succès. Sur les terrains situés entre 300 et 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, le melon, la carotte, le navet, l’oignon, le radis, la pomme de terre, la laitue, l’asperge, l’artichaut, le chou, le chou-fleur, et même la fraise, la framboise viennent sans difficulté. Ajoutons que ces plantes trouvent des prix très rémunérateurs sur les marchés de Saint-Pierre et de Fort-de-France.
Dans toute l’ile, mais à une faible altitude, on trouve quelques treilles de vignes qui donnent de très belles grappes de raisin muscat. Quant aux fruits, ils sont extrêmement variés; ce sont plus particulièrement :
Les manques;
Les ananas ;
La pomme de liane, très appréciée des Européens;
L’avocat, ou beurre végétal, dont le goût peut être comparé à celui du beurre frais ayant le goût de noisette;
La pomme Cythère;
La barbadine;
Les merises ;
Le cachiman, etc...
Les bananiers et les orangers sont nombreux et donnent d’excellents produi1s,et la Martinique pourrait, au besoin, comme la Jamaïque, exporter aux États-Unis des quantités considérables d’oranges et de figues-bananes.
Le cocotier, qui vient très bien, n’est cultivé qu’en vue de la production des noix de coco fraîches; il pourrait facilement couvrir les terrains brûlants situés au bord de la mer, et alimenter une exportation de bourre et d’huile de coco.
Il faut remarquer que, jusqu’à présent, la quantité considérable de fruits que produit le pays n’a rien fourni à l’exportation : les fruits sont consommés sur place ou transformés en confitures, qui, étant préparées très économiquement, grâce au bas prix du sucre et du vanillon, entrent pour une large part dans l’alimentation des créoles. Il semble qu’elles pourraient avantageusement être importées en France, où elles ne paieraient aucun droit d’entrée.
Cultures secondaires. — Les cultures secondaires comprennent le cacao, le café, le tabac et le coton. Elles ont été, au siècle dernier, une source de richesse pour la Martinique. Elles ont disparu presque complètement aujourd’hui, par suite de la faveur générale dont la culture de la canne a joui jusqu’à ces derniers temps.
L’introduction du café à la Martinique est due au capitaine du génie Desclieux, dont le dévouement est resté célèbre. Quand Desclieux partit de France en 1727, Jussieu lui remit trois petits plants de café qu'on voulait acclimater à la Martinique. La traversée fut pénible et longue; quelques jours avant d’arriver au port, l’eau manqua à bord, et l’on fut obligé de réduire à la demi-ration matelots et passagers. Desclieux aima mieux souffrir de la soif que laisser mourir les plants qu’on lui avait confiés, et il se priva
<’ort-de-France. — Rivière Madame.
de sa ration d’eau pour les arroser. Néanmoins, sur trois planls, il eut la douleur d’en voir mourir deux pendant le voyage. C’est le troisième qui, cultivé par lui avec le plus grand soin, donna, à la longue, naissance à toutes les riches plantations de café des Antilles1.
Le café réussit en effet si bien à la Martinique qu’en 1788 cette culture couvrait 6,000 hectares. L’exportation atteignit cette année-là 3,334,000 kilogrammes d’une valeur de 8,315,000 francs.
Le café de la Martinique était alors presque aussi estimé que celui d’Arabie. Le grain est plus volumineux, plus allongé, arrondi vers ses extrémités et d’une couleur verdâtre. 11 conserve presque, toujours une pellicule gris argentin, qui se détache par la torréfaction. Il a beaucoup de force et d’arome.
Malheureusement, vers 1830 les caféiers furent attaqués par un insecte ( elacchysta coffeolu) et celte maladie amena la disparition presque complète de cette culture qui ne couvre guère plus aujourd’hui que 200 hectares. A la Martinique môme, il est difficile de se procurer une provision de café indigène, et l'immense majorité de la population boit du café importé des colonies voisines.
Toutefois on a récemment introduit à la Martinique une variété de café, dite Liberia, qui, plus rustique que le café du pays, paraît résister à la maladie, et dont la culture semble devoir s’étendre.
Tabac. — Comme le café, le tabac a été durant tout le
1. Un arrêté du capitaine général et préfet colonial, en date du 30 pluviôse an XI, décidait qu'un monument serait élevé à Saint-Pierre, près de la salle de spectacle, à la mémoire de Desclieux « qui, le premier, porta des plants do café à la Martinique et fit à la conservation do ce dépôt précieux le sacrifice do sa ration d’eau, dont il les arrosa chaque jour pendant la traversée ». Cette partie de l'arrêté ne paraît pas avoir été mise à exécution.
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xvine siècle line des principales cultures de la Martinique; l’on sait que le tabac à priser de Macouba jouissait d’une réputation européenne. Néanmoins cette culture a été peu à peu abandonnée, sans que les causes de cet abandon soient bien connues.
La culture du tabac est actuellement réduite à 2 hectares, et la Martinique lire d’Amérique le tabac qu’elle consomme. II y a lieu de regretter la disparition d’une culture qui avait sa place indiquée dans le jardin du petit propriétaire.
Il en est de même du cotonnier qui est indigène à la Martinique et dont la culture, couvrant, en 1779, 2,300 hectares, est réduite aujourd’hui à 20 hectares.
Seule entre les cultures secondaires, la culture du cacaoyer, introduit à la Martinique par Benjamin Dacosta, après avoir été délaissée durant la première moitié de ce siècle, est aujourd’hui en progrès : réduite à 200 hectares en 1839, elle occupait 9,673 hectares en 1887. Le cacaoyer ne vient pas sur tous les terrains; il exige une terre fraîche, fertile, profonde et abritée contre la violence des vents. Mais il donne un rendement élevé, et les dépenses de culture se réduisent presque aux frais de récolte, quand la cacaoyère est en plein rapport. Il est vrai qu’il ne produit qu’au bout de la quatrième ou cinquième année, mais la terre ne reste pas pendant ce temps complètement improductive. En attendant que les cacaoyers aient acquis un certain développement, on y fait des cultures vivrières, et principalement des plantations de manioc et de bananiers, qui donnent un certain revenu et présentent en même temps l’avantage d’abriter le jeune plant de cacaoyer, qui est très délicat.
Bien d’autres produits pourraient d’ailleurs être cultivés à la Martinique. Le poivre noir y est depuis longtemps
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acclimaté, mais sa culture, quoique facile à pratiquer, n’est pas répandue.
Le jardin botanique de Saint-Pierre a récemment fait une plantation de quinquinas, qui a réussi et promet de beaux résultats. Il y a là un produit largement rémunérateur qui pourrait rapidement se développer.
On a enfin conseillé d’acclimater à la Martinique le caféier du Mexique , magnifique arbuste qui atteint souvent des proportions considérables, que la maladie n’attaque jamais, et qui donne des récoltes extrêmement abondantes, De même la canne à sucre du Mexique a été signalée comme pouvant être implantée : elle est beaucoup plus riche en sucre que la canne des Antilles.
Productions du bétail. — Le climat de la Martinique passe pour être, en raison de son humidité, li és favorable à l’établissement de prairies naturelles et artificielles qui permettraient d’entreprendre fructueusement l’élève des animaux. Mais l’élevage est une industrie absolument, négligée dans la colonie. Les cultures fourragères n’existent pas, et le bétail est nourri d’abord pendant la récolte avec les sommets feuillus de la canne, et ensuite avec les produits delà végétation spontanée du sol dans les savanes. Ces savanes représentent un cinquième de la superficie de l’ile; elles sont abandonnées à elles-mêmes, sans soins, sans entretien. 11 en résulte que généralement les animaux de travail, bœufs et mulets, reçoivent une nourriture insuffisante. De plus, on les fait travailler principalement pendant les heures les plus chaudes de la journée; le plus souvent, à la rentrée du travail, on les rassemble sous des hangars plus ou moins couverts, et même dans des enclos en plein air où ils ont à subir toutes les intempéries de l’atmosphère. Aussi les animaux 11e résistent-ils pas longtemps et I on est obligé de les remplacer fréquemment, ce
LA MARTINIQUE. Gl
qui entre pour une forte part dans les dépenses de culture de la canne.
Chaque année, la Martinique reçoit, tant pour la boucherie que' pour l’agriculture, un millier de bœufs de Porto-Rico et du Vénézuéla. Elle importe d'Amérique des chevaux de trait, et des mulets, qui sont la bête de somme par excellence sous les climats tropicaux : le che-
Fo rt -UE -France. — Construction d'un bassin.
val créole, de petite taille, est excellent comme bête de selle, mais insuffisant comme bête de trait.
Terres e.n culture. — Sur une superficie totale de 98,782 hectares, 4U, 200 hectares seulement, c’est-à-dire moins de la moitié, sont cultivés : le reste est en savanes, en forêts ou en friche, soit 8,000 hectares en savanes, 13,000 en forêts, 21,000 en friche. Il reste donc encore beaucoup à faire pour la mise en valeur de l’ile, même en ayant soin d’éviter le déboisement des montagnes, qui serait funeste.
Concessions de terres. — La colonie possède dans l'intérieur de l’ile une grande étendue de terres, dont la superficie n’est pas exactement connue; l’administration a donc les moyens de faire de nombreuses concessions de terrain. Voici les conditions auxquelles ces concessions sont données actuellement. Les concessions ne peuvent comprendre plus de six hectares; elles ne portent que sur des terres déboisées et doivent être affectées, pour les cinq sixièmes au moins, aux cultures secondaires, à l'exclusion de la canne et des cultures vivrières. Chaque concession est faite gratuitement pour une durée de dix ans : au cours de cette période, l’administration peut, après avoir fait visiter la propriété, et s’il est constaté qu’elle n’a pas été mise en valeur, prononcer le retrait de la concession, sans aucune indemnité pour l’occupant, qui a seulement le droit d’enlever ses constructions et ses plantations. A l’expiration des dix ans, le concessionnaire maintenu en jouissance a le droit d’obtenir en location les terres qu’il a mises en culture et les conditions du bail sont réglées à l’amiable entre l’administration et l’intéressé.
Flore et Faune. — La llore' de la Martinique a les plus grands rapports avec celle delà bande équatoriale de l’Amérique du Sud, à part celle des stations élevées des Cordillères. La végétation qui est d’une richesse et d’une vigueur étonnantes, présente le caractère tropical. Les palmiers, les fougères arborescentes, les acacias, les caralas, les catalpas, de gigantesques bambous, etc., couronnent d’une verdure éternelle les mornes de l’ile et forment de splendides forêts vierges. Sur les hauts plateaux et surtout sur les montagnes élevées, les plantes et les arbres atteignent des dimensions bien moins grandes que dans la région inférieure : on y rencontre surtout des magnolias, des rhododendrons, et même quelques arbres des forêts d’Europe.
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Les animaux domestiques sont les mêmes qu’en France; quant aux animaux sauvages, ils sont peu nombreux : on trouve surtout le rat musqué, remarquable par la petite poche qu'il possède et qui sécrète une liqueur fortement imprégnée d’odeur de musc; le manicou , animal du genre sarigue, à oreilles bicolores, ennemi dangereux des oiseaux et des volailles, et dont la chair fournit un mets fort apprécié des créoles; et V agouti, rongeur, de la famille des caviens. Les agoutis sont de jolis animaux, de la taille et presque de la forme des lapins; ils vivent dans les bois, se retirant dans les troncs d’arbres creux, sans creuser de terriers. Ils se nourrissent de fruits et d’écorces, et constituent un gibier précieux et fort recherché.
Les rats ordinaires pullulent à la Martinique, où ils font subir à l’agriculture des pertes considérables. Ils rongent dans les champs les cannes à sucre, qui sont leur aliment favori, et toute canne rongée est une canne perdue. Parfois leurs dégâts font perdre un quart ou un tiers de la production totale de certains champs. Aussi leur fait-on une guerre acharnée : chaque grande habitation entretient un chasseur de rats, c’est-à-dire un homme qui toute l’année est uniquement occupé à les pourchasser avec des chiens, des pièges et du poison. Comme moyen de les détruire, on a préconisé récemment l’introduction d’un petit mammifère, originaire de l’Inde appelé rnungoose, ressemblant au furet ordinaire. Les mungooses ont été facilement acclimatés à la Jamaïque, et ils ont réussi sur les points où ils se sont multipliés à faire disparaître presque complètement les rats.
Les serpents détruisent aussi de grandes quantités de rats. Malheureusement, à la Martinique, ce remède est pire que le mal; on y trouve en effet en abondance un serpent venimeux, le trigonocéphale ou bothrops lancéolé, ou vipère à
fer de lance. Le trigonocéphale, qui n’existe qu’à la Martinique et à Sainte-Lucie, se rencontre surtout là où il trouve sa pâture : dans les champs de cannes à sucre où fourmillent les rats, près des habitations des campagnes* au voisinage des cours d'eau qu’il traverse à la nage et où il pêche. Chaque année ce sprpent fait un certain nombre -de victimes.
On a tenté d’acclimater à la Martinique l’oiseau du Cap appelé serpentaire, qui fait une guerre acharnée aux reptiles, et qui est en même temps un grand destructeur de rongeurs.
On retrouve, à la Martinique, presque tous les oiseaux de France. Pendant l'hivernage, des vols considérables de pluviers viennnent s’abattre dans l’ile et deviennent aussitôt la cible des chasseurs. On y trouve aussi les colibris et les oiseaux-mouches, joyaux animés de l'écrin des Antilles, et l’oiseau moqueur, au plumage magnifique d’or, de pourpre et d’azur, qui semble moduler des accords railleurs.
Les poissons sont abondants et variés, et débités sur les marchés à des prix modérés. On pêche sur les côtes le thon commun, la raie, le rouget, la dorade, la bonite, etc. Les huîtres et les écrevisses sont abondantes et savoureuses. La crevette se trouve dans les rivières jusqu’à 500 ou 000 mètres de hauteur près de leur source. Il faut enfin citer la langouste commune, qui atteint des dimensions considérables, et une tortue de mer, le caret, dont la chair n’est pas très agréable, mais dont la carapace fournit la plus belle écaille que l'on puisse rencontrer dans le commerce.
Industrie. — L’ile est riche en bois de construction, d’ébénisterie, de charronnage et de teinture; mais la difficulté des transports au milieu des bois, l’absence de voies
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de communication font que les immenses forêts qui couvrent le centre de l'Ile restent inexploitées.
Toute l'industrie dans la colonie consiste dans la fabrication du sucre et du rhum.
Fabrication du sucre. — La fabrication du sucre s’effectue à la fois dans 17 grandes usines dites usines centrales, et dans 200 petites sucreries, annexes des habitations sucrières, où les antiques moulins à bœufs ont été remplacés par des engins plus puissants, mus par l’eau ou la vapeur. Dans ce dernier cas, c’est le propriétaire lui-même qui transforme sa canne; dans le premier cas, au contraire, il reste étranger à la fabrication du sucre proprement dite et cède sa canne à l’usine, à des conditions déterminées.
Au point de vue économique, la création des usines, puissamment outillées, a réalisé un grand progrès. Tandis que les sucreries produisent un sucre généralement très coloré, très impur, souvent humide et fermentescible, l’usine donne, au contraire, un sucre parfaitement blanc, dit sacre turbiné ou sacre d'usine, qui a à peine besoin d’être raffiné. Les mêmes avantages se retrouvent en ce qui concerne la quantité produite : l’usinier retire, en effet, de 1,000 kilogrammes de