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francs en Europe

De ce que le chiffre des importations à l'étranger est beaucoup plus considérable que celui des importations en France, il ne faut pas conclure que le Congo français m fait d'affaires qu'avec l'étranger; on verra en effet, à la fin de ce chapitre, que jusqu'au mois de juillet 1889, il n'y avait aucune ligne française reliant directement la colonie à la métropole. Ce qui est indiqué au tableau ci-dessus comme importé en France l'a été par des navires appartenant à des maisons françaises et frétés entièrement par elles; d'autre part, les bâtiments des lignes étrangères (anglaise, allemande ou portugaise) qui visitent le littoral de notre colonie ne font pas escale en France et, par suite, les négociants français, qui n'étaient pas propriétaires de bateaux ou ne pouvaient en affréter, ont été obligés jusqu'à ce jour de faire usage de ces lignes étrangères; les produits destinés à notre industrie étaient alors transportés à Liverpool, à Hambourg ou à Lisbonne, et expédiés ensuite en France. Les statistiques précédentes indiquent donc simplement le lieu de destination des navires importateurs, mais nullement celui des marchandises.

Objets d'importation. — Les marchandises importées d'Europe sont de nature différente. Ce sont principalement :

Les armes à feu ^ ; la poudre (de fabrication très grossière) ; le sel ; les armes blanches, surtout des sabres dits manchettes (le machete de l'Amérique du Sad) qui servent à s'ouvrir des chemins dans la forêt vierge, à défricher, à tailler les arbres) ; les étoffes (guinées, mouchoirs illustrés ou de couleur); les vêtements confectionnés (môme les plus baroques) ; les spiritueux (surtout une espèce d'alcool de qualité inférieure qui a quelque analogie avec le genièvre et qui est appelé de Valougou par les indigènes); le tabac (vendu par tête, c'est-à-dire par paquet de 7 feuilles très longues et assemblées en plumeau); le sucre; la quincaillerie et la chaudronnerie (particulièrement les sonnettes, les clochettes, les neptunes^ les mar-

1. Le commerce des armes rayées est prohibé ; les armes à feu vendues au Congo sont des fusils à pierre.

GABON ET CONGO FRANÇAIS

mites, les casseroles, les baguettes en cuivre ou en laiton, les saumons de plomb, les clous, les épingles, les hameçons): la taillanderie et la coutellerie (rasoirs, ciseaux, couteaux de poche, haches, pioches, pelles): la mercerie (principalement les aiguilles) ; les pipes en terre ; les allumettes ; la verroterie (miroirs^ colliers de perles, etc.); la chapellerie (chapeaux hauts de forme, casquettes, casques de tous genres): la bonneterie ; la bijouterie en faux (surtout les boucles d'oreilles); la parfumerie (principalement les odeurs, puis les savons) ; les faïences coloriées : les instruments d'optique (lunettes, lorgnettes, lorgnons, télescopes, etc.); les bougies; les parapluies et ombrelles; les objets en corail; les chaussures; les conserves; les articles de Paris, et enfin les malles fermant à clef (où les indigènes renferment précieusement tout ce qu'ils possèdent parmi les richesses que nous venons d'énumérer; ils aiment surtout les grosses clefs et les grosses sen^ures).

En raison des frais considérables que nécessite le commerce d'échange de ce pays (entretien de vapeurs, personnel, transports, soins médicaux, avances aux indigènes non récupérées, perte de marchandises, etc.), on peut estimer qu'en général les marchandises d'Europe sont vendues environ quatre fois ce qu'elles valent dans leur pays d'origine, tandis que les produits de la contrée sont achetés environ la moitié de leur valeur. Calculés de cette façon, les bénéfices d'une entreprise de cette nature paraissent devoir être énormes, mais les frais généraux, dont il vient d'être question, en absorbent la plus grande partie et il est arrivé bien souvent que l'excédent des recettes sur les dépenses était très minime.

Le chiffre des importations s'est élevé en 1887 à 2,919,254 francs dont 6/i6, 181 francs de France ou des colonies françaises et 2,273,073 francs de l'étranger. Le tableau suivant indiquera la nature et la valeur des marchandises importées :

France. Étranger.

Animaux . . .

Bijouterie . .

Mercerie

Fer en barres

et cuivre.

Autres mé-

Guinées. . . .

Autres tis-

sus

Huile

PorQelaines.

France.

Étranger

Parfumerie.

Quincaillerie. .

Riz

Sel

Spiritueux. .

Conserves et

viandes sa-

lées

Vin

Vêtements. .

Verroterie. .

Papeterie . .

Marchandises

diverses. .

L'observation faite précédemment au sujet du lieu de destination des produits importés en Europe doit être répétée ici au sujet du lieu d'origine des marchandises importées au Congo français; car la plupart des industriels ou des négociants de la métropole qui n'avaient pas de navires à eux et qui ne pouvaient en affréter, étaient obligés, jusqu'au mois de juillet 1889, de remettre leurs expéditions aux lignes étrangères partant de Hambourg, de Liverpool ou de Lisbonne.

Droits d'importation et de sortie ; Taxes diverses. — Des droits, sujets à certaines variations, ont été établis sur les marchandises et objets importés d'Europe dans la partie de la colonie comprise entre la frontière nord et la rivière de Setté-Kama; par décret du 27 août 1884, les, marchandises et objets français importés sous tous pavillons bénéficient d'une détaxe de 60 0/0. Un certain nombre d'objets et de marchandises sont exempts de tous droits : en voici la liste exacte :

Animaux vivants de toutes sortes ; peaux et pelleteries brutes ; engrais d'origine animale; poissons frais j graisses de poisson; fruits frais 5 grains à ensemencer 'OU autres; vanille^ essence de

GAnON ET CONGO FRANÇAIS.

près a la teinture ou au tannage ; légumes verts ; son ; pierres, terres et combustibles minéraux ; pierres de construction brutes et ouvréespaves ; pierres servant aux arts et métiers ; filtres de Ténériffe et autres; meules; médicaments composés; eaux minérales; livres, imprimes, gravures, estampes, lithographies, photographies, dessins de toutes sortes sur papier, cartes géographiques ou marines, musique gravée ou imprimée; machines françaises; futailles vides

montées ou démontées ; appareils scientifiques et instruments d'optique (autres que les besicles, lorgnons, lunettes et jumelles).

Indépendamment de ces exemptions, il en existe quelques autres» Tout ce qui est destiné aux travaux et aux approvisionnements du service de la colonie (marine, troupes ou autres services) est exempt. Il y a, en outre, des dispositions spéciales concernant les membres des missions envoyées par le gouvernement français, les nationaux qui viennent s'établir ou qui rentrent dans la colonie, et les voyageurs.

Un décret du 22 août 1887 a imposé d'un droit de 5 0/0 ad valorem^ tous les produits exportés des territoires comprise entre Setté-Kama et la frontière portugaise. L'ivoire venant de Stanley-Pool a été dispensé de payer cette taxe; mais, à la suite d'une entente avec l'État indépendant du Congo, cette exemption doit cesser.

Enfin il existe des droits de navigation (de 1 à 10 francs), des droits sanitaires (de 9 à 15 francs), et un droit d'emmagasinage des poudres de traite de 6 centimes par kilogramme (doublé pour les poudres restées en magasin depuis plus d'une année).

Enfin, la licence des cabarets et débits de boissons est fixée à 600 francs ; et la contribution des patentes varie comme suit :

Négociant de ville établi entre Prince-Glass et Louis, 1,200 fr. j de banlieue, 1^*^ catégorie, 900 fr. ; 2'' catégorie, 400 fr. ; commerçant en détail, catégorie, 600 fr. ; 2^ catégorie, 300 fr. ; succursale de factorerie, 1^*^ catégorie, 300 fr. ; 2^ catégorie, 75 fr. ; capitaine ou subrécargue de navire (cargaison supérieure à 10,000 fr.) 300 fr. (cargaison d'une valeur comprise entre 1,000 et 10,000 fr.; 200 fr.j (cargaison inférieure à 1,000 fr.), 50 fr.

Voies de commuinigation. — Au Congo, comme dans tous les pays nouveaux, les voies de communications n'existent qu'à l'état rudimentaire. Les routes de terre ne sont que des sentiers sur le parcours desquels il faut avoir plus

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d'une fois recours au sabre-manchette; aussi ne fait-on généralement usage que des voies fluviales ! Dans la région des rivières du nord, on se sert du Kampo, du Bénito, du Mouny, du Moundah et, au fond de l'estuaire du Gabon, on fait usage du Komo et de la Rhamboé.

Au sud du cap Lopez, les deux voies les plus fréquentées sont le fleuve Ogôoué, au moyen duquel on peut rejoindre l'Alima et par suite le Congo, et la route du Kiliou-Niari qui conduit à Brazzaville.

Dans rOgôoué, les vapeurs peuvent remonter jusqu'à N'Djolé, non loin duquel se trouvent les premiers rapides ; il faut alors, pour pénétrer dans le pays, employer des pirogues, au moyen desquelles on peut franchir les divers barrages de rochers et parvenir jusqu'à Franceville, point extrême de la navigation. Si l'on veut gagner le Congo, on prend la route de terre qui passe par l'Arbre Sec, traverse la rivière N'Koni, suit la Lékila et conduit à Diélé; c'est à cet endroit qu'on peut reprendre, soit une pirogue, soit un petit vapeur, s'il s'en trouve un à ce moment ; on dépasse Lékéti et, s'abandonnant au cours de l'Alima, on arrive enfin au grand fleuve.

La route du Niari-Kiliou est presque entièrement une voie terrestre. 11 faut débarquer à Loango et gagner par terre Brazzaville; on ne se sert nullement de la rivière. La dernière partie de la route, qui ne compte de Buenza, point où se terminera plus tard la navigation sur la Niari- Kiliou, à Brazzaville que 112 kilomètres, n'est nullement fatigante à parcourir, les accidents de terrain y étant très peu nombreux et très faibles ^

De beaucoup la plus commode, la voie du Niari-Kiliou

^ 1. On jugera combien sont grandes les difficultés d'accès parle bas Congo, quand on saura que le prix de la tonne revient, à Léopoldviile, à 2,000 francs environ; sur l'Ogôoué, le prix du transport de la tonne jusqu'à Lékéti est de 1,500 francs et, de Loango, parle Kiliou-Niari, à Brazzaville, qui est situé en face de Léopold^ ville, cè prix est d'un peu plus de 1 .000 francs seulement,

est appelée à un grand avenir. Déjà une étude préliminaire de la contrée et un nivellement complet ont été exécutes au cours des années 1887-1888 et le résultat de ces travaux a permis de s'assurer que la zone des rapides pouvait être utilis*^ d'une façon fort avantageuse*.

Les ponts et les phares. — Dans Tintérieur du pays, un certain nombre d'améliorations ont été apportées aux communications déjà existantes, si primitives qu'elles pussent être. Les, principales ont été la construction de ponts ou de passerelles sur les cours d'eau qui coupent les routes terrestres les plus fréquentées, tels que la Passa et le N'koni qu'on traversait jadis à gué. Aujourd'hui on les franchit à pied sec, sur des passerelles larges d'environ 2 mètres, construites au moyen de forts madriers recouverts transversalement au moyen de rondins. Quelques autres travaux publics sont à Tétat d'exécution ou de projet. Les plus importants seront, sur la côte, l'installation d'un feu fixe à Loarigo et d'un phare d'une portée de plusieurs milles à Libreville.

Lignes de navigation. — Avant le mois de juillet 1889, il n'existait pas de ligne directe de navigation entre la

1. Pendant que le Gouvernement français étudie le moyen qui hii semblera le meilleur pour relier Brazzaville à la côte par le bassin du Niari-Kiliou, l'État libre songe à faire construire un chemin de fer entre le Stanley-Pool et l'embouchure du Congo. D'après les documents publiés jusqu'à ce jour, cette ligne (à voie de 0'",70) commencerait à Matadi, point extrême de la navigation sur le bas fleuve et finirait à Kinchassa après un parcours de 435 kilomètres. Kinchassa est situé au delà de Léopoldville, sur le Stanley- Pool. La ligne aurait un seul train partant une fois par semaine de chacun des points extrêmes de la ligne, qu'il mettrait trois jours à parcourir, à raison de 145 kilomètres par jour. A l'heure présente, les convois de porteurs mettent dix-sept jours à franchir la distance qui sépare le Stanley-Pool du bas du fleuve. Les marchandises communes (huile de palme, ébène, etc.), paieraient 100 fr. par tonne ; l'ivoire et les autres produits précieux paieraient 1000 fr.; quant au prix du trajet pour les voyageurs, il serait, d'après les mêmes documents, de 500 francs par personne. '

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