‹ Les colonies françaises;Chapitre 20 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Précis historique

Mémoire de M. de Santarem. — Témoignage des auteurs normands. — Mémoires de Villaut de Bellefonds et de Dapper. — Les compagnies privilégiées. — Le fort de Whydah. — Les établissements français de la côte de Guinée au xixc siècle.

MÉMOIRE DE M. DE Santarem. — Vers 18Zi2, au moment où les territoires d'Assinie et de Grand-Bassam devenaient possessions françaises, un savant portugais, M. de Santarem, fit paraître à Lisbonne un mémoire sur la priorité de la découverte des pays situés sur la côte occidentale d'Afrique.

Le but de cette publication était de réfuter les asser-

tions de MM. Estancelin et Yitet, qui attribuaient à des navigateurs normands les premiers voyages faits par les Européens sur cette côte de l'Afrique, et principalement sur la côte de Guinée.

Les raisons que donnait M. de Santarem étaient un peu spécieuses K Cependant l'apparition de ce mémoire eut un retentissement d'autant plus grand, qu'en France on fut alors dans l'impossibilité de réfuter ses assertions d'une manière indiscutable en produisant des pièces convaincantes, car les archives de l'amirauté du port de Dieppe, où ces pièces pouvaient se trouver, avaient été détruites par le feu, en 169Zi, lors du bombardement de la ville par les Anglais.

Témoignages des auteurs normands. — On put néanmoins lui opposer le témoignage concordant de plusieurs vieux auteurs normands, Asseline, Guibert, Croisé, dont les récits sont confirmés par les ouvrages des savants portugais Barros et Abren de Galindo et par celui du chroniqueur arabe Ibn-al-Khaldoun.

Ces différents auteurs s'accordent à raconter que, pen-

1. Les principales raisons données par M. de Santarem étaient les suivantes. Oubliant qu'au xiv® siècle, les chroniqueurs ne relataient guère que les faits politiques, religieux ou militaires, auxquels le roi de France ou les personnages de la cour étaient mêlés, il prétendait que, si les expéditions des marins dieppois avaient réellement eu lieu, ces chroniqueurs, Froissart tout le premier, en eussent parlé. De plus^ la mappemonde du manuscrit des Chroniques de Saint-Denis qui porte le seing de Charles V (elle est aujourd'hui à la bibliothèque Sainte-Geneviève) ne donne aucun renseignement sur la côte d'Afriqne, et c'est là pour M. de Santarem l'indice certain qu'aucun navigateur français n'avait fait à cette époque de voyage en ces contrées. Miis cette raison ne prouve Tien, car, en ces temps-là, où les communications étaient rares et difficiles, il est à peu près certain que l'auteur de la mappemonde ignorait les explorations des Dieppois j il est même probable que de leur côté, ces derniers, même s'ils avaient appris la construction de cette mappemonde, n'eussent rien dit au constructeur, afin de conserver pour eux seuls le bénéfice de la découverte.

dant tout le xiv« siècle, les navires dieppois firent de nombreux voyages à la côte de Guinée ; certains d'entre eux citent même les noms de plusieurs de ces navires ^

Mémoires de Villaut de Bellefonds et de Dapper. — Tous ces récits semblent d'ailleurs être confirmés par un voyageur français, nommé Villaut de Bellefonds, qui, ayant visité la Guinée de 1666 à 1668, adressa lors de son retour, à Colbert, sous le titre de: Relation des côtes d'Afrique appelées Guinée, un mémoire fort intéressant. Ayant retrouvé dans ce pays des traces nombreuses de l'occupation française, il voulut écrire l'histoire de ces premières expéditions, alla à Dieppe en 1668 (c'est-à-dire à une époque où les archives de l'Amirauté n'avaient pas encore été brûlées), compulsa avec soin les journaux de bord ainsi que les divers documents qui y étaient rassemblés, et joignit le résultat de ses recherches à son récit personnel ^.

1. D'après eux, ce furent trois navires de Dieppe qui allèrent les premiers sur la côte de Guinée en 1339. En 1364, deux navires du même port visitèrent un cap constamment ombragé par de la verdure (le cap Vert), le pays de Boulombel, où les fauves se trouvaient en si grand nombre que les Portugais, qui vinrent plus tard, le nommèrent Sierra Leong (Montagne des lions); ces bâtiments s'arrêtèrent à un pays qui ressemblait tellement à leur pays natal qu'ils l'appelèrent Petit-Dieppe. La même année, deux navires longèrent, l'un la côte du Poivre ou des Graines, l'autre la côte des Dents et celle de l'Or. En 1380, partait pour ces mômes pays la Notre-Dame de Bon- Voyage; en septembre 1381, la Vierge, VEspérance et le Saint-Nicolas se rendaient au comptoir de la Mine (dont les Portugais ont fait ensuite El Mina) et créaient des établissements à Acra et à Gormentin. Enfin, en 1383, les Dieppois fondaient à la Mine une colonie que la querelle des Armagnacs et des Bourguignons d'abord, puis la guerre contre les Anglais, firent abandonner vers 1413. Ce n'est que plusieurs années après, alors que le passage des Français était à peine resté à l'état de souvenir, que les Portugais firent leur première apparition dans le pays.

2. M. de Santarem, parlant de Villaut de Bellefonds, prétendit que cet auteur ne méritait aucune créance, puisqu'il était le premier des chroniqueurs français qui ait parlé des voyages des Dieppois

Afrique, n. 11

Villaut de Bellefonds n'est d'ailleurs pas le seul qui ait parlé des voyages de nos compatriotes de Dieppe sur cette partie de la côte d'Afrique. Eu 1686, un médecin hollandais, Dapper, écrivait dans sa Description des côtes de Gimiée, que ses compatriotes avaient, quelques années avant l'apparition de son ouvrage, relevé une batterie connue dans la contrée sous le nom de batterie des Français; il ajoutait en outre avoir appris, de la bouche d'indigènes, que les gens de cette nation étaient venus dans le pays avant les Portugais (l'arrivée de ceux-ci remonte seulement au xv^ siècle). On trouva, en effet, gravés sur une pierre recouverte de mousse, les deux premiers chiffres du nombre 1300, mais il fut impossible de distinguer les deux autres. Dapper raconte également que, dans la forteresse d'Elmina, il avait vu les Hollandais assister à la messe dans une chapelle où les armes de France étaient à peine effacées ^

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, cette question de priorité de

au xiv^ siècle. Or Villaut de Bellefonds est le seul qui ait eu entre les mains des pièces et des documents qui n'existent plus depuis

1. Prenant la plupart du temps les Européens pour des gens d'une môme nation, les indigènes s'obstinaient également à leur répéter le mot malaguette. Or il est constaté que ce mot qui appartient au vieux français du moyen âge et signifie poivre est tombé en désuétude dans la première moitié du xv^ siècle. A cette époque, les naturels no disaient ni sestos, ni grain, qui indique le même produit en portugais et en hollandais et le vieux mot de malaguette a tellement survécu en cette région qu'il y a encore quelques années une partie de la côte de Guinée était encore désignée sur les cartes marines sous le nom de côte de Malaguette.

Enfin, il peut être utile de citer encore un fait sur lequel le doute est impossible. Dès les premières années du xv*^ siècle, les habitants de Dieppe étaient déjà reaommcs pour leur habileté à travailler l'ivoire; or cet ivoire, qui arrivait en quantité suffisante pour alimenter une industrie d'une telle importance, ne pouvait provenir du Portugal, dont les navires n'allèrent pour la première fois sur la côte d'Afrique qu'un certain nombre d'années plus tard.

COTE DE GUINÉE

découverte, que tous les travaux parus jusqu'à ce jour n'ont pu résoudre d'une façon réellement indiscutable, n'est plus d'une importance capitale à l'époque actuelle; ce qui nous intéresse c'est de suivre le développement agricole, industriel ou commercial de ces contrées.

Les compagnies privilégiées. — Après avoir été assez actif pendant plusieurs siècles, le com- :

merce des côtes de Guinée fut à peu près délaissé, dans le courant du xviii® siècle, pour celui des côtes de Sénégambie.

Lorsqu'on 1685, la Compagnie du Sénégal, côtes de Guinée et d'Afrique, dut se scinder en deux, la seconde de ces sociétés prit le nom de Compagnie de Guinée; en 1702, elle devint Compagnie de VAssiento et disparut en 1720; bientôt le commerce, devenu libre, passa entre les

mains de quelques maisons de Rouen et de Bordeaux, qui envoyèrent assez régulièrement de petits navires explorer la côte; le principal trafic fut alors celui des esclaves, qui prit peu à peu une extension considérable.

Le fort de Whydah. ~- Notre principal établissement était alors celui de Whydah, sur la côte du royaume du Dahomey, où trois forts avaient été construits, l'un par les Français, les autres par les Anglais et par les Portu-

Indigènes de Porto-Novo.

gais*. Les autres comptoirs n'avaient qu'une importance absolument secondaire et ne tardèrent pas d'ailleurs à disparaître.

Les établissements français de la Cote de Guinée au xix« SIÈCLE. — Les Français, comme toutes les autres puissances européennes délaissèrent la Côte de Guinée pendant les périodes de la Révolution et de PEaipire.

Ce n'est que plu« tard, sous le gouvernement de Juillet, qu'on songea à revenir sur cette côte pour s'y installer définitivement.

Gomme on le verra plus loin (Chapitres V et VI), des traités furent passés avec différents chefs de la côte des Graines, de la côte d'Ivoire, de la côte d'Or et, en 18Zi2, on occupait Grand-Bassam ; en 1863, nous nous installions à Porto-Novo,

Après des vicissitudes sans nombre (évacuation en 1870, réoccupation, rattachement des possessions françaises au Gabon, puis au Sénégal), nos établissements de la côte de Guinée groupés en deux fractions importantes (côte d'Or et d'Ivoire, et côte des Esclaves), ont été rendus à peu près autonomes depuis le 1«^ janvier 1890.

Ils sont placés sous la haute autorité du lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud. Mais ils sont administrés chacun par un résident, qui a le droit de correspondance directe avec l'administration centrale des colonies, et ils ont en outre chacun un budget spécial et des ressources particulières.

i. Chaque fort était entouré de son village. Le fort français, situé entre les deux autres, était le plus considérable ; il était protégé par un fossé profond, bâti de forme carrée, construit en briq*ies et flanqué de quatre bastions dont deux étaient armés chacun de douze pièces de canon, les deux autres de dix pièces chacun. Au centre de la cour intérieure était une chapelle surmontée d'un beffroi avec sa cloche ; tout autour étaient des bâtiments qui servaient d'habitation pour les officiers et les employés de la compagnie.

Templô de la Maternité à Porto-Novo.

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