CHAPITRE II Description géographique
Aspect général du pays. — La barre. — Les lagunes. — Constitution géologique de la contrée. — Les sables aurifères, le grès rouge et les alluvions. — La terre ferme gagne sur la mer. — Travaux de M. Borghero. — Faune. — Flore.
Aspect général du pays. — Le littoral de la Guinée a reçu des premiers voyageurs européens diverses dénominations qui le divisent en quatre parties distinctes, et il prend tour à tour, depuis la frontière sud-est de la colonie de Sierra Leone, les noms de : côte des Graines{o\i du Poivre, ou de Malaguette), jusqu'au cap des Palmes, de
côte d'Ivoire (ou des Dents), jusqu'à la rivière de Grand- Bassam, de côte de VOr (ou côte d'Or), jusqu'au cap Saint- Paul et de côte des Esclaves, jusqu'au golfe de Bénin proprement dit.
Ces quatre parties n'ont pas un aspect bien différent les unes des autres; c'est toujours une rive basse, sablonneuse, souvent bordée de palétuviers et plantée çà et là de bouquets de cocotiers, séparée en certains endroits de la terre ferme par des lagunes assez étendues qui sont, tantôt parallèles, tantôt perpendiculaires à la côte. Plus loin, à l'horizon, en aperçoit des collines peu élevées qui ne sont que le premier étage d'une série de terrasses très boisées s'étendant au loin dans l'intérieur.
La barre. — Un phénomène qui s'appelle la barre et qui est assez commun sur toute la côte d'Afrique, mais redoutable seulement sur le littoral de Guinée, mérite une mention spéciale *.
Le passage de cette barre, presque impossible tant que dure la saison des pluies (de mai à septembre), est une opération toujours difficile et dangereuse, surtout pour les navires qui veulent pénétrer dans les rivières; elle exige un beau temps, un vent favorable et des sondages con-
1 . Dans cette contrée, la mer, en toute saison, déferle sur le rivage avec une violence extrême, surtout à l'embouchure des rivières. Les ondulations de l'Océan, d'abord assez fortes, grossissent peu à peu^ en se dirigeant vers la côte ; mais, avant d'y arriver, elles rencontrent au fond de la mer un relief du sol qui forme une série d'obstacles comparables aux dents d'une crémaillère. Alors les vagues se dressent, s'élevant en hauteur à chaque nouveau choc qui se produit, poursuivies elles-mêmes et souvent atteintes par d'autres vagues qui passent par-dessus les premières, en affectant la forme d'une volute. Il semble qu'elles vont arriver au rivage, engloutir ce qui est devant elles, mais bientôt elles se brisent et retombent en bouillonnant avec fracas, étalant sur le sable une eau écumeuse qui se retire avec une rapidité inouïe. A l'entrée des fleuves (principalement à l'embouchure de la Volta sur la côte d'Or anglaise), où le sable s'est accumulé, la fureur de la mer s'accentue davantage.
tinuels. Ordinairement les bâtiments ne communiquent avec la côte qu'au moyen de baleinières montées par une douzaine de vigoureux rameurs indigènes qui ont une grande expérience de la mer et connaissent fort bien les endroits dangereux
Les lagunes. — Les lagunes que l'on rencontre entre la première bande littorale et la terre ferme sont alimentées par de nombreux cours d'eau; elles se déversent ellesmêmes dans l'Océan par une de leurs extrémités et leurs eaux, invariablement calmes et unies, forment un contraste curieux avec celles de la mer, toujours écumeuses.
La partie du rivage qui touche au continent est, en général, comme nous l'avons dit plus haut, couverte d'arbres ; de temps en temps se trouvent, au milieu de clairières assez vastes, des villages ordinairement entourés de champs de bananiers; puis, au loin, se dresse une succession de mamelons peu élevés (90 à 100 mètres au plus), au milieu desquels serpentent de petits ruisseaux qui se transforment en marécages, au moment de la saison des pluies.
Constitution géologique de la contrée. — La constitution géologique de la Guinée est à peu près la même que celle de Sierra Leone, de Kameroun et d'une partie du Congo. C'est un énorme banc de roches cristallisées, qui se présentent, tantôt sous forme de granit, tantôt sous forme de gneiss.
Du cap des Palmes à la baie de Lagos, les terrains que l'on rencontre sur la côte sont de deux espèces différentes.
1. Malgré l'habileté de ces indigènes, les marchandises ne parviennent pas toujours au complet et la perte causée par le passage de la barre est évaluée par les factoreries à 5 0/0 du total de l'envoi. Souvent, lorsque la mer est mauvaise, ou lorsqu'après plusieurs tentatives, la barque a chaviré, les noirs refusent de charger, non pas par peur de l'eau — ce sont des nageurs émérites — mais par crainte des requins qui sont très nombreux dans ces parages. Alors le navire n'a plus que la ressource de communiquer avec la côte au moyen de signaux (un jeu de pavillons pendant le jour, des fusées d'artifice pendant la nuit).
Dans la partie maritime du pays de Krou, depuis la rivière de Garroway jusqu'au Petit-Bériby et, plus loin, sur la Côte d'Or, entre la rivière Ankobar et le fort de Cormantine, on rencontre des dépôts de grès rouge; tout le reste du littoral est composé d'alluvions plus ou moins récentes.
En s'avançant dans l'intérieur, on ne trouve plus ni grès ni alluvions, mais seulement de la latérite et, un peu plus loin, vers la li^ne de partage des eaux, un large banc de gneiss 1.
Les terres aurifères, le grès rouge et les alluvions. — Le banc de latérite qui recouvre une partie de la Guinée est coupé en deux par une couche de terres aurifères qui affecte la forme d'un triangle renversé, dont l'un des angles serait placé non loin du cap des Trois-Pointes, à côté du banc de grès rouge placé entre la rivière Ankobar et le fort de Cormantine, et dont les deux côtés iraient rejoindre, l'un les bords de la Volta, l'autre les rives de l'Akba. Cette couche comprend presque tout le pays des Achantis et une partie du royaume d'Amatifou.
Le cap des Trois-Pointes n'est pas le seul centre des dé-
1. Le gneiss n'est autre chose que du granit schisteux. Quanta la latérite, c'est une matière de nature argileuse qui provient de la désagrégation des roches primitives et principalement du gneiss. Comme cette désagrégation s'opère plus vite dans les pays humides, il s'ensuit que la presque totalité des terres de la Guinée est composée de latérite, comme les terres de l'île de Ceylan et celles d'une grande partie de la presqu'île de l'Hindoustan. Ces terres sont généralement riches en potasse, mais moins favorisées en chaux et en acide phosphorique. La couche de latérite est en partie recouverte de débris , organiques d'origine végétale, transformés en humus très riche et provenant principalement de la décomposition des feuilles d'arbres Le gneiss^ qui recouvre cette latérite, est imperméable comme toutes les roches primitives, ce qui explique qu'au moment de l'hivernage il se forme dans les endroits où le sol s'est un peu creusé de petite mares, dont les eaux deviennent stagnantes, par suite du manque d'écoulement, et malsaines, lorsque revient la saison sèche.
COTE DE GUINÉE
pôts de grès rougc3 de la contrée; il en existe également près du cap des Palmes. Quant au littoral, il est recouvert d'une bande d'alluvions qui s'élargit considérablement vers la côte des Esclaves et dans tout le bassin du bas Niger.
La terre ferme gagne sur la mer ; Travaux de M. Bor- GHERO. — Un missionnaire établi dans le Dahomey, M. Borghero, a publié, il y a près d'un quart de siècle, dans le Bullelin de la Société de Géographie] des travaux fort intéressants sur If s lagunes du littoral de Guinée et, en particulier, sur celles de la côte des Esclaves. Il résulte de ses appréciations, d'ailleurs contrôlées par la suite et reconnuesexactes, qu'il se produit dans ces régions une transformation complète du sol.
On a vu précédemment que le phénomène appelé la barre provenait des apports de sable formant, parallèlement au littoral, une série de petits remblais de plus en plus élevés. Ces derniers, augmentant peu à peu de volume et de hauteur, forment (au bout d'un assez grand nombre d'années) une ligne qui finit par émerger au-dessus du niveau moyen des eaux. D'autre part, les apports d'alluvions se renouvelant sans cesse, cette ligne s'accroît insensiblement et arrive enfin à séparer, d'une manière définitive, les eaux de l'Océan de celles qui sont
Types assiiiiens.
entre îa barre et le rivage. Il se forme ainsi une espèce de lac, et l'on aurait sur la côte deux rangées successives de lagunes si, pendant que s'opère le mouvement de terrain qui vient d'être indiqué, les lagunes primitivement situées sur le littoral ne disparaissaient peu à peu complètement, se transformant elles-mêmes en terre ferme. On a constaté, en effet, que la profondeur de ces lagunes diminuait insensiblement, mais régulièrement, et l'on attribue ce fait autant à l'évapora^tion de l'eau qu'aux apports d'alluvions produits par les rivières qui se jettent dans les lagunes
Faune. — Nos possessions de Guinée sont très riches en animaux de toute espèce. Ceux que l'on y rencontre sont principalement :
L'antilope, qui vit plutôt sur le littoral que dans l'intérieur; la gazelle; Véléphant, qui est assez rare et dont la sauvagerie est telle qu'il sera peut-être difficile de le domestiquer le jour où on voudra essayer de le faire; le léopard; le sanglier; le buffle; Vhippopoiamey qui est assez commun sur la côte des Esclaves, mais qui a au contraire disparu presque entièrement à Grand-Bassam ; le singe, dont il existe quatre variétés différentes ; le chimpanzé ou babouin, le gorille, le singe noir à tête blanche et le singe gi^is cendréf auquel on a donné le surnom de moine (les deux dernières variétés ont seules une valeur commerciale) ; les animaux do- 7nestiques^ brebis, porcs, chèvres, volailles, que l'on trouve à peu près partout; les serpents, dont le plus commun est le python, sorte de boa gigantesque qui mesure jusqu'à 10 mètres de Ionlongueur et 50 centimètres de circonférence; les caïmans, qui abondent dans les rivières et les lagunes.
1. A l'appui de cette thèse, M. Borghero a démontre qu'à une époque assez reculée, la côte des Esclaves était fort éloignée de l'endroit qu'elle occupe aujourd'hui, et que le rivage suivait alors une ligne qui passait aux environs d'Abomey, à Abéokouta et à Bénin pour finir au village de Duke-Town, sur la rivière du Vieux- Calabar. Ce qui tend d'ailleurs à confirmer cette assertion, c'est que la contrée comprise entre cette ligne et le littoral actuel, vaste plaine sans accidents ni reliefs de terrains, n'est composée que d'alluvions provenant du fond de la mer ou d'argiles résultant de la désagrégation des roches primitives.
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Parmi les oiseaux : le perroquet, le touraco, Vibis, le pigeon et la tourterelle.
Parmi les insectes : les papillons qui comptent, d'après Buchholz, jusqu'à 700 espèces différentes; — la chique de la Guyane (pulex penetrans); — une mouche de la même famille que la tsétséy qui vit sur le littoral et s'attaque de préférence au bétail, qu'elle parvient quelquefois à faire périr; — les fourmis, qui pullulent à un tel point dans certaines parties de la Guinée qu'elles dévastent les basses-cours et que les noirs sont parfois obligés de leur abandonner leurs habitations pour aller s'établir ailleurs. Ces termites ont heureusement un ennemi terrible dans VApra {manis longicaudatus)y animal dont le corps est entièrement recouvert de fortes écailles et qui possède, comme le dragon des contes de Perrault, une queue d'une longueur telle, qu'il a l'habitude, pour dormir, de s'y enrouler à la façon des serpents.
Dans les lagunes, on pêche des carpes et des langoustes ; en mer, les poissons cétacés, crustacés ou mollusques sont ceux qu'on rencontre à peu près partout dans l'Atlantique, mais il en est qui se montrent en plus grande quantité à certaines époques de l'année ; par exemple, en janvier, les morues; en mai, les poissons volants : en juin, les bonites; les dauphins et les marsouins. Parfois on aperçoit au loin la baleine noire qui ne voyage jamais qu'en compagnie d'un autre individu de son espèce.
Le principal habitant des côtes de Guinée, qui est aussi le plus redoutable, est le requin. Ce monstrueux animal suit régulièrement, en troupes, les embarcations qui vont en mer ou vers la plage et il arrive parfois que, si une de ces dernières chavire, aucun de ceux qu'elle contient ne reparaît^.
Flore. — La flore des établissements français de Guinée est à peu près la même que celle des Rivières du sud, auxquelles celles-ci ressemblent par larichesse de leur végétation, la splendeur et l'étendue de leurs forêts.
Les principales espèces de végétaux — arbres ou plantes — que Ton rencontre sur la côte ou dans l'intérieur, sont
1. Devant Whydah, la barre est mauvaise et à certains moments de l'année, il arrive souvent que les pirogues chavirent au passage. Autrefois, les rameurs indigènes, qui n'avaient pas été enlevés, pris d'épouvante refusaient de rembarquer. Depuis quelque temps, afin de parer à ce danger, les capitaines de navires distribuent à chaque pirogue des cartouches de dynamite qui, en éclatant, effraient ou blessent les requins.
fort nombreuses, et nous les énumérerons tour à tour en indiquant, autant que possible, leurs principaux usages.
Le manglier et le palétuvier (rhizophora mangle) qui n'existe que sur le littoral et dont le bois est inattaquable par l'eau de mer; — le cocotier (cocos nucifera) qu'on rencontre un peu partout^ sur la côte et le long des fleuves; — le camwood (baphia laurifolia), bois à grain fin et serré, plus lourd que l'eau, qui se vend surtout à Grand-Bassam ; de blanc qu'il est ordinairement, il devient, lorsqu'on le coupe, rouge'^tre au contact de l'air et exhale, si on le râpe une odeur analogue à celle du palissandre; — \e palmier à huile (eleis guineensis), grand arbre à gros tronc produisant un fruit de la grosseur d'une noix, qui renferme une amande de nature oléa gineuse; — le mancorîe (erythrophlœum guinecnse), dont l'écorce produit une substance que les noirs emploient pour empoisonner leurs flèches et qui arrête net, dit-on, les battements du cœur; — le gommier (copaifera copallina), qui donne la gomme copal et a été nommé par les Anglais African Red-Gum et Yellow-Gum ; — le Kola (cola acuminata), arbre de 10 à 20 mètres de hauteur, qu'on trouve partout, depuis la côte jusqu'à 5 et 600 kilomètres dans l'intérieur et dont le fruit est l'objet d'un commerce important; — le grœvia melocarpa, dont le Iruit, comestible et sucré, est employé pour composer certaines boissons rafraîchissantes ; — le ricirif qui est arborescent, comme dans toute l'Afrique; — le schm,idelia africana, bois d'ébénisterie ; — le blighia sapida, dont les fruits sont mangeables et dont les fleurs servent à la préparation d'une eau aromatique; — le touloucouna (carapa guineensis), des graines duquel on retire une huile très dense, dont on fait usage contre les rhumatismes, les dartres, les maladies du cuir chevelu, les piqûres d'insectes et principalement contre l'attaque des chiques; son écorce, riche en tanin et très -amère, est utilisée comme fébrifuge et ses fruits passent pour être vomitifs; — Vavicennia, grand arbre toujours vert, qui est très abondant le long des fleuves, mais fort rare sur la côte et dont l'écorce est employée par les noirs pour se guérir de la gale; — le myrsine melanophlœos, qui atteint jusqu'à 16 et 18 mètres de hauteur et donne un excellent bois de charpente et de construction; — le pandanus (pandanus utilis), grand arbre d'une vingtaine de mètres d'élévation, dont les fleurs et les fibres sont employées comme textiles; — la morinda citrifolia, petit arbre qui donne une teinture de couleur safran et dont le fruit, cuit sous la cendre^ est employée contre la dysenterie, contre l'asthme et comme vermifuge ; — le gardénia Jovis tonantis, arbuste de 2 à 3 mètres de hauteur, dont le nom vient de ce que les indigènes placent ses
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rameaux au sommet de leurs cases pour conjurer la foudre; — le Raphia (raphia vinifera), qui sert à faire des meubles légers et produit une liqueur que les indigènes appellent le vin de Boudou; — le manioc (manihot edulis), arbrisseau de 1 à 3 mètres, dont les tubercules, raclés et pelés, fournissent, après un préparation spéciale, une fécule comestible d'où on tire le tapioca; — le poivrier (amomum melegueta), qui produit la graine dite de Paradis, employée dans le monde entier comme condiment excitant et tonique ; — le gingembre (zingiber officinale), dont on fait également un usage comestible ; — le caféier ou cafier, qui croît spontanément sur toute la côte occidentale depuis la Gasamance jusqu'à la côte de l'Or et qui atteint, lorsqu'on ne l'étête pas pour augmenter sa production, jusqu'à 10 et 12 mètres de hauteur; — le bananier; — le cotonnier, qui pousse principalement à l'ouest de la petite rivière Lahou ; — ïananas sauvage, assez rare; — le mil (sorghum vulgare), que les noirs de l'intérieur cultivent pour leur alimentation; — le sésame (sesamum orientale), plante herbacée dont les graines fournissent une huile employée surtout dans la fabrication des savons et qui ne se développe pas dans les régions où l'atmosphère est trop chargée d'humidité; — la patate (convolvulus batatas), plante comestible dont le goût est celui d'une pomme de terre légèrement sucrée; — Voseille de Guinée (hibiscus sabdabariffa), plante tonique, apéritive et rafraîchissante; — le cubèbe (piperclusii), dont les fruits, qui ressemblent au poivre, sont employés comme condiment; — la fève de Calabar (physostigma venenosum), dont le port ressemble à celui du haricot et dont la gousse atteint jusqu'à 17 centimètres de longueur; c'est une plante vénéneuse, très énergique, qui sert de poison d'épreuve aux indigènes ; les médecins européens l'utilisent pour faire contracter la pupille, pour combattre le tétanos et guérir certaines névralgies.
A Afaionou.