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CHAPITRE IV Économie politique et sociale

Le climat : sriison des pluies et saison sèche. — Température. — L'Harmattan

— Brise de terre et brise du large. — Maladies. — La chique ou ver de Guinée. — Productions du sol. — Les bois. — Le palmier oléifère. — Le café. — Cultures alimentaires et industrielles. — Monnaies. — Navigation.

— Fret. — Prix des passages. — Création d'une ligne postale.

Le cluiat : saison des pluies et saison sèche. — De même que la plupart des contrées équatoriales et tropi- <;ales de l'Afrique, la Guinée a deux saisons principales :

La saison des pluies ou hivernage, qui commence à la fin d'ayril et se termine en décembre ;

La saison sèche, qui comprend les autres mois de Tannée.

Il est d'usage cependant de diviser ces diverses saisons en grande et petite saison sèche, grande et petite saison des pluies. La grande saison des pluies qui commence en avril est alors remplacée en août par la petite saison sèche et, en octobre, par la petite saison des pluies.

Mais, à vrai dir^e, la dénomination de petite saison sèche, n'est pas précisément exacte, car, pendant sa durée, s'il y pleut beaucoup moins qu'en juillet et un peu moins qu'en octobre, il pleut quand même.

Ces pluies sont fines, peu abondantes et ne durent pas longtemps, tandis que, pendant l'hivernage, et principalement en juin et juillet, les orages et les tornades venant de l'ouest, sont fréquents et d'une violence extrême.

L'hivernage est également l'époque des raz de marée et du débordement des rivières. Durant cette époque de l'année, — en juin et juillet — la barre est toujours belle; elle est assez bonne à la fin de septembre et pendant une partie de la saison sèche, puis elle redevient difficile et est presque impraticable en avril et en mai.

Température. — La température la plus fréquemment observée est celle de 26 degrés ; mais elle est loin d'être régulière et le docteur Féris a vu, dans le cours d'une année, le thermomètre variant de 35 à 20 degrés.

L'époque la plus chaude est la saison sèche et le commencement de l'hivernage; c'est pourtant la plus facile à supporter. Pendant la saison des pluies, l'air est si humide et la tension électrique si forte que l'Européen est bientôt en proie à une excitation fébrile qui fait souvent place à un abattement complet pour reparaître quelques heures plus tard. Cet énervement continuel, très fatigant, ne tarde pas à faire place à l'anémie et à la fièvre.

Le moment le plus dangereux de l'année est la petite saison des pluies (octobre et novembre), pendant laquelle commence à régner un vent du nord«ouest, s^ppelé Vharmattân,

COTE DE GUINÉE

L'Harmattan. — L'harmattan apparaît généralement de très grand matin et disparaît vers le milieu de la journée ; il persiste souvent de deux à six jours. C'est un vent desséché par les sables du Sahara, puis refroidi par l'humidité ambiante de certaines contrées du sud du Niger. Il chasse devant lui des tourbillons de sable; pendant l'hivernage, il est chargé de brumes malsaines, mais, dès que les pluies ont disparu, il devient si sec et si froid qu'on a vu, sous son influence, la température descendre en quelques heures de 26 à 17 degrés. Il n'est plus aussi redoutable pendant la saison sèche, époque de l'année la plus favorable à l'Européen.

Brise de terre et brise du large. — Les autres vents sont désignés sous le nom de brise de terre et brise du large. Pendant la saison sèche, l'une et l'autre soufflent alternativement pendant une durée égale. La brise déterre qui vient du nord, et parfois du nord-ouest, apparaît vers minuit et dure jusqu'à neuf heures du matin. La brise du large vient le plus souvent de l'ouest, rarement du sudouest et règne principalement en juin et juillet.

Maladies, — La fièvre paludéenne est, de toutes les maladies, celle que doivent le plus redouter les Européens qui vivent en Guinée

L'insalubrité de la côte n'est pas uniforme ; les parties les plus malsaines sont d'abord la colonie anglaise de Sierra- Lame, puis la république de Libéria ^ La Côte d'Or an-

1. La fièvre paludéenne se combat généralement, comme la fièvre intermittente, au moyen du sulfate de quinine. Le meilleur mode pour prendre ce médicament est de l'avaler dans une infusion de café (à raison de 20 à 25 centigrammes par jour, à renouveler pendant 4 ou 5 jours). Un grand nombre de médecins préconisent également le bromhydrate de quinine, plus énergique que le sulfate. Ajoutons, à propos de cette fièvre, que ce sont généralement les gens habitués à boire de la bière qui y sont sujets les premiers.

2. Dans ces deux contrées, l'empoisonnement paludéen est parfois tel que l'on a vu, à plusieurs reprises, des malades atteints

LES COLONIES FTiANÇAlSES.

glaise, ainsi que les territoires d'Assinie et de Grand-Bassam, le sont à un degré beaucoup moindre. Enfin la côte des Esclaves vient en dernier lieu ; c'est celle où Ton résiste le plus facilement aux atteintes du climat. Mais ces différences de salubrité sont très faibles et les mêmes précautions, les mêmes soins, sont aussi nécessaires à Porto- Novo qu'à Grand-Bassam.

Les cas de dysenterie sont rares, tandis qu'au contraire l'anémie, provenant de l'inertie digestive, de l'influence climatérique, ou des pertes sudorales, est le mal auquel tous les Européens sont en proie.

L'insolation fait aussi quelques victimes, mais dans ce pays ombragé, ce cas est généralement le résultat d'une imprudence.

Les refroidissements sont à craindre, quoique rares mais ils sont difficiles à guérir complètement i.

La chique ou ver de Guinée. — 11 existe en Guinée une maladie spéciale provenant d'un petit animal, semblable à une puce et appelé chique, qui vit dans les hautes herbes et s'implante dans la peau. La chique traverse les étoffes, surtout les coutures, mais elle ne peut pénétrer à travers les chaussures de cuir. Elle attaque surtout les

d'une espèce de tétanos; ils tombaient dans une sorte d'idiotie, délirant et ricanant d'une manière véritablement effrayante. Ce cas n'a jamais été observé dans les autres parties de la Guinée.

1. Dans les villes anglaises de Guinée ou dans les postes français (Assinie, Grand-Bassam, Grand-Popo et Porto-Novo), on trouve assez facilement les médicaments nécessaires à combattre les maladies ordinaires de la contrée; il est bon toutefois d'emporter, quand on se rend dans ce pays, une petite pharmacie, dont la composition est nécessairement très variable, mais où devront entrer néanmoins les substances ou objets suivants : sulfate et bromhydrate de quinine, quinquina, calomel, sulfate et bicarbonate de soude, éther sulfurique, perchlorure de fer, magnésie, laudanum de Sydenham, ipéca, sous-nitrate de bismuth, iodure de potassium, alcoolat de menthe, opium, aloès, alcool camphré, sinajpismes, baudruche, taffetas d'Angleterre, pierre infernale, ciseaux, pince, lancette, bistouri, aiguilles, fil, bandes, compresses et charpie.

COTE DE GUINÉE

pieds et un léger chatouillement indique sa présence. Si on peut le faire, il faut alors la saisir et surtout l'enlever sans tarder davantage, car elle n'a encore que les mandibules introduites sous la peau ^

Production du sol; les bois et le palmier oléifère. — Les production végétales du sol de la Guinée sont de deux catégories différentes : celles qui poussent naturellement et celles qu'on cultive.

La première catégorie comprend d'abord, outre les bois de construction, dont nous avons donné un aperçu dans un précédent chapitre, le palmier oléifère et le kola.

On a vu plus haut ce que c'était que le kola. Cet arbre commence généralement à produire au bout de six à sept ans et, se trouve en plein rapport à dix ans.

Il produit deux fois chaque année, en juin et en novembre, et donne chaque récolte environ ZiO à Zi6 kilogrammes de graines. Celles-ci, de couleur jaune clairon rouge rosé, pèsent de 10 à 25 grammes. On les place dans un panier rempli de feuilles qui les conservent fraîches pendant 25 à 30 jours.

La mesure de /i5 kilogrammes se vend de 100 à 250 fr, selon l'abondance ou la rareté du produit sur le marché.

Le kola est employé à divers usages, principalement à des usages pharmaceutiques. C'est un tonique excellent qui passe pour être également antidysentérique.

1. Si l'extraction n'a pas été possible, le chatouillement fait place à une douleur aiguë et la présence de l'insecte ne se décèle plus que par un point oblong et noirâtre. II faut alors pratiquer Véchiquage, sans quoi l'on risque des désordres qui amènent souvent des érysipèles et parfois même la gangrène et le tétanos. L'échiquage se pratique au moyen d'une aiguille avec laquelle on opère comme s'il s'agissait d'enlever une écharde; on pique la peau à côté du point noirâtre, on passe la pointe de l'aiguille sous l'insecte qu'on enlève sans brusquerie, en une seule fois autant que possible. On panse ensuite la plaie avec un peu d'alcool camphré. Si l'insecte est une femelle qui a pondu ses œufs, il faut avoir recours au bistouri et au nitrate d'argent (pierre infernale).

LES GOLON'IES

Le palmier oléifère se rencontre partout; il se multiplie lui-même et ne demande aucun entretien. Il donne deux récoltes : Tune, la plus Importante, a lieu environ du 15 février au 15 mai; l'autre se fait en novembre. Chaque pied de palmier produit deux ou trois régimes comptant chacun 1,000, 1,200 et même 1,500 fruits, qui ont l'apparence de grosses cerises et se composent comme celle-ci de chair et de noyau. Ces fruits se détachent au moyen d'une petite hachette.

Quand on juge la récolte suffisante, on jette ces fruits dans une fosse de terre erîtourée d'un petit mur et tapissée de fruits du palmier. On verse sur eux une certaine quantité d'eau, puis deux ou trois femmes descendent dans la fosse et, se soutenant avec deux espèces de béquilles, se mettent à écraser les fruits de manière à en détacher la pulpe. Quand l'opération est terminée, on verse encore de rcau; l'huile, qui apparaît alors à la surface en écume jaunâtre, est recueillie dans de grands pots placés sur des brasiers où elle subit une ébullition prolongée. On la tamise ensuite dans un grand vase à moitié rempli d'eau ; puis on écréme le liquide qui se forme ainsi dans ce récipient et qui n'est autre que l'huile de palme du commerce.

Cette huile d'une belle couleur jaune orange, est très liquide et répand, lorsqu'elle est chaude, une odeur assez agréable, qui rappelle un peu. celle de l'iris ou de la violette. Au contact de l'air, elle se rancit, s'acidifie et abandonne de la glycérine, lorsqu'on la traite par l'eau. Elle forme avec les alcalis, tels que la potasse et la soude, des savons de couleur jaune.

De l'amande du palmier oléifère, on extrait également une matière grasse qui est blanche, solide, et peut servir, lorsqu'elle est fraîche, aux mêmes usages que le beurre.

Le café. — Les cultures sont assez nombreuses en Guinée et particulièrement sur la côte des Esclaves. Mais il en est une pourtant qui prospère sur la Côte d'Or fran-

çaise et tend à prendre une importance considérable. C'est la culture du café.

Ce café appartient à l'espèce dite de Liberia ^ li est assez gros, à base ronde, à dôme bombé, et présente deux nuances : brun noir et havane clair.

Le caféier prospère dans les pays où la température ne baisse jamais au-dessous de 20 à 22 degrés, et pousse indifféremment sur Ja côte ou dans les endroits élevés: il lui faut un terrain humide, mais on doit éviter que ses racines se trouvent en contact avec l'eau.

Le plant demande à être abrité pendant la première année; après cela, il ne redoute pas trop les rayons solaires, mais il est nécessaire, en tout cas, que l'air et la lumière arrivent sur lui directement. Dans les terres argileuses comme celles de la Guinée, il faut, lorsque vient la saison sèche, recouvrir les racines de paille ou de gazon sec, car à ce moment la terre se fendille et les racines, qui affleurent, risquent de se dessécher.

La terre qui convient le mieux au caféier est une terre meuble, légère et vierge, autant que possible. Elle se suffit à elle-même pendant cinq ou six ans, puis les engrais sont nécessaires. Les meilleurs à employer sont les engrais azotés.

Quand le plant atteint 2 mètres de hauteur, on l'étête pour lui faire donner une récolte plus abondante et plus facile à cueillir.

En Guinée, le rendement est considérable et, d'après les rapports américains et anglais, 20 acres de café de Liberia produisent autant que ZiO acres de café de Ceylan ou d'Arabie ^

Dans son savant ouvrage sur les Plantes utiles des colo-

1. Il ne faut pas confondre l'espèce dite de Liberia, dont les graines sont très grosses, avec l'espèce du Rio-Nunez dont les graines sont au contraire excessivement petites.

2. L'acre est une surface de 40 ares ou 4,000 mètres carrés, par conséquent des deux cinquièmes d'un hectare.

COTE DE GUINÉE

nies françaises, M. de Lanessan a donné tout le détail des opérations que nécessitent la culture et la récolte de ce plant.

On peut dire d'une façon générale qu'un hectare de café coûte à établir, jusqu'à sa production, environ 2.500 francs; il ne produit qu'au bout de six ans, il est vrai, mais il rapporte alors chaque année jusqu'à 20 et 25 O/o du capital engagé.

M. Verdier, qui, de 1871 à 1889, a été chargé des fonctions de résident de France à Grand-Bassam et à Assinie, a créé à Elima, sur les bords de la lagune Aby, une magnifique plantation de caféiers; celle-ci, qui doit comprendre 600 hectares, en a déjà plus de 110 en plein rapport. Les' travaux agricoles sont faits par les indigènes, hommes et femmes, les premiers employés à la culture, les autres à la récolte. Un petit chemin de fer à voie de 50 centimètres traverse une partie de la propriété sur une longueur de plus de 1.800 mètres. Les produits de cette exploitation sont vendus à Paris, le Havre, Bordeaux, Nantes et La Rochelle,

Après avoir été recueilli en cerises, le café est débarrassé d'une première enveloppe; il ne lui reste alors qu'une deuxième enveloppe, ressemblant un peu au parchemin; c'est sous cette forme que le café est expédié en France. A son arrivée dans la métropole, le parchemin, qui pèse ZiO pour 100 du poids total, est enlevé et les grains apparaissent tels qu'on peut les voir chez tous les débitants. Une fois récolté, le café subit donc trois transformations successives ; ou a ainsi le café en cerises (de couleur noire, avec des reflets un peu rougeâtres), le café en parclie (ou parchemin) et le ca/*e grains, ce dernier seul étant marchand.

Cultures alimentaires et industrielles. — Les autres productions du pays sont le riz, qu'on cultive à Test du lac Eyhi, l'igname, qui se plante en février et mars et se récolte en juillet et août, le manioc, le bananier, l'ara-

chide, le sésame, le coton, l'indigo, le maïs, le citronnier et l'oranger, ces derniers en quantité fort minime. Les produits de ces différentes cultures sont tous consommés dans le pays.

Monnaies. — A Grand-Bassam et à Assinie, la principale monnaie du pays est la poudre d'or ; on s'en sert pour tous les échanges et Ton peut arriver à peser jusqu'à deux sous d'or. Chaque indigène a une petite balance à fléau, une plume J'oiseau dont il a laissé une des barbes et qui sert à enlever le surcroît de poudre d'or pouvant se trouver dans la balance, puis une autre plume, provenant généralement d'un vautour, dans laquelle on renferme la poudre d'or, enfin un poids spécial, qui s'appelle le milkal et dont on fait également usage à Porto-Novo et à Grand- Popo^. Le mitkal vaut environ Zi grammes; quelquefois l'indigène perd le mitkal dont il se sert pour ses transactions; dans ce cas, il peut retrouver la valeur exacte de ce mitkal, en mettant à sa place dans la balance, 24 graines de bombax, ou 48 graines de corail végétal, ou encore IM graines de riz non décortiqué.

Après l'or, on se sert comme monnaie, tant à Grand- Bassam que sur la côte des Esclaves (Porto-Novo et Grand- Popo) de cauris ou de manilles; les cauris sont de petits coquillages qu'on peut assimiler, avec cette différence qu'ils sont effectivement représentés, auxreis du Portugal ou même aux centimes de France. Selon les contrées, il en faut 1.700, 2.000, 2.500 pour faire une piastre; le premier soin du voyageur, en arrivant dans un pays, doit être de s'informer de la valeur des cauris ^ La manille est un anneau en étain et cuivre, affectant la forme d'un bracelet; jadis la chaîne mise au-dessus de la cheville des forçats était terminée par un anneau portant le même

1. Une plume de vautour renferme généralement pour une cinquantaine de francs de poudre d'or.

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