CHAPITRE V
Établissements de la côte d'Ivoire et la côte d'Or.
Occupation de Grand -Bassara et d'Assinie. — Évacuation en 1870. — Autres possessions de la France sur la côte des Graines et la côte d'Ivoire — Jonction du Soudan français et du territoire de Grand-Bassam.
Occupation de Grand-Bassabi et d'Assinie. -— C'est en 18Zi2 que, sur la demande de plusieurs maisons de commerce françaises qui avaient créé quelques comptoirs sur la Côte de TOr et y faisaient un commerce important, le ministre de la marine chargea le commandant Bouët-Willaumez d'entrer en relations avec les chefs de la contrée.
Celui-ci obtint alors d'Amatifou, souverain d'un royaume situé à l'ouest du pays des Achantis, la cession du territoire d'Assinie et, du roi Piter (ou Peter), dont Tautorité s'étendait sur les villages de la lagune d'Ebrié, la cession des territoires de Grand-Bassam, ainsi que le droit d'établir un poste à Dabou.
Ces deux chefs s'engageaient en outre, à assurer, dans toute rétendue de la contrée qui leur était soumise, la sécurité des voies de communication et recevaient en échange une redevance annuelle du gouvernement français.
A Assinie, on releva quelque peu les restes d'un vieux fortin bâti en 1700 par la compagnie de Guinée et abandonné quelques années plus tard, lors de la déconfiture de cette société. A Grand-Bassam, on établit, non loin d'un village habité par plusieurs milliers d'indigènes, un blockhaus, appelé le fort Nemours, et comprenant une enceinte palissadée, défendue aux quatre angles par des pièces de campagne.
Dix ans plus tard, un officier du génie, le capitaine Faidherbe, était envoyé en Guinée par le gouverneur du Sénégal pour diriger, près du village de Dabou, la construction d'un fort destiné à surveiller les agissements des Jacks-Jacks, indigènes assez turbulents, qui avaient vu d'un mauvais œil notre arrivée dans le pays (octobre 1853).
Un peu plus tard, le roi Amatifou, qui, durant sa vie, eutretipt toujours avec nos représentants les relations les
plus cordiales, sollicita pour ses États le protectorat de la France, qui lui fut aussitôt accordé.
Notre domination s'étendait ainsi peu à peu dans toute cette région.
ÉVACUATION EN 1870. — Malhcureusement les événements de 1870 survinrent et, au début de Tannée suivante, le département de la marine crut devoir, par raison d'économie, faire évacuer nos établissements de la Côte d'Or, tout en maintenant les droits de la France sur les points qui nous avaient été cédés.
D'ailleurs, après l'évacuation, les coutumes continuèrent à être régulièrement payées, et M. Verdier, chef d'une maison de commerce de la Rochelle, qui resta seul dans le pays, se chargea d'effectuer ce paiement et prit, avec l'assentiment du gouvernement français, le titre de résident.
Grâce à lui, nos possessions de la Côte d'Or restèrent telles qu'elles étaient avant l'année 1870, et aucune tentative de soulèvement n'eut lieu de la part des indigènes.
Autres possessions de la France sur la Côte des Graines et la Côte d'Ivoire. — La France possède encore certains points sur la Côte des Graines et tout le territoire de la Côte d'Ivoire depuis le Rio Cavally.
Nous possédons ainsi, entre autres points importants, un certain nombre de villages et de territoires limitrophes du Rio Cavally, qui nous donnent ainsi toute autorité sur le pays de Krou.
Un décret du h août 188/t a également ratifié la cession qui nous a été faite, par le roi Pîter, chef du pays des Yatékés, de la côte et du territoire compris entre la grande rivière Lahou. Ce traité a fait disparaître la solution de continuité qui existait entre nos différentes possessions de la Côte d'Ivoire, et le littoral soumis à la domination française s'étend aujourd'hui de Newton, à l'est d'Assinie, jusqu'au Rio-Cavally, à l'est des Beriby.
Jonction du Soudan français et du territoire de Grand-
COTE DE GUINÉE. 195
Bassam. — Au mois d'octobre 1888 partait de Grand-Bassam pour l'intérieur, à la tête d'un convoi assez important, "un jeune homme, M. Treich-Laplène, qui résidait déjà depuis quelques années dans le pays, où il dirigeait les exploitations agricoles de la maison Verdier. Il avait pour mission de rechercher et de ravitailler le lieutenant Binger, qui était parti vingt mois auparavant de Bammako et dont on était resté sans nouvelles pendant longtemps. En passant à Bondoukou, M. Treich signa avec le roi de ce pays un traité qui plaçait ses États sous le protectorat de la France, et rejoignit le lieutenant Binger sous les murs de la ville de Kong, avec laquelle celui-ci venait de signsr également un traité de même nature. Ces traités eurent pour résultat de relier directement les États soudanais de Samory et de Tiéba, nos protégés, au territoire deGrand- Bassam.
Peu de temps après le retour de ces deux explorateurs, était signé à Paris entre la France et TAngleterre, un arrangement délimitant différentes possessions de ces deux puissances dans l'Afrique occidentale. Voici les termes exacts de cet arrangement qui concerne la côte de Guinée :
Art. 3, § l*'^. — Sur la Côte d'Or, la frontière anglaise partira du bord de la mer à Newton, à 1.000 mètres à l'ouest de la maison occupée, en 1844, par MM. les commissaires anglais. EUe se dirigera ensuite en droite ligne vers la lagune Tendo. La ligne suivra ensuite la rive gauche de cette lagune et de celle d'Ahy, puis la rive gauche de la rivière Tanoué ou Tendo jusqu'à Nougoua. A partir de Nougoua, le tracé de la frontière sera établi en tenant compte des traités respectifs conclus par les deux Gouvernements avec les indigènes. Ce tracé sera prolongé jusqu'au 9*^ degré de latitude nord.
Le Gouvernement français prendra l'engagement de laisser l'action politique de l'Angleterre s'exercer librement à l'est de la ligne frontière, particulièrement en ce qui concerne le royaume desAchantis : le Gouvernement anglais prendra l'engagement de laisser l'action politique de la France s'exercer librement à l'ouest de la ligne frontière.
La frontière française partira également du bord de la mer à Newton, à 1.000 mètres à l'ouest de la maison occupée en 1844
par MM. les commissaires anglais. Après avoir rejoint en ligne droite la lagune Tendo, elle suivra la ligne droite de cette lagune et de celle d'Ahy, ainsi que la rivière Tanoué ou Tendo, pour aboutir à Nougoua, point où les deux frontières se confondent.
§ 2. — Dans le cas où le Gouvernement de « Gold coast » jugera utile d'établir un poste de douane à l'embouchure de la rivière Tendo, le Gouvernement français ne fera pas d'objection à ce que les autorités anglaises exigent des embarcations françaises des certificats de destination pour les marchandises remontant le Tendo, certificats spécifiant , que les droits d'entrée dans la colonie française ont été intégralement payés par elles.
La navigation sur les lagunes Tendo, Ahy et la rivière Tendo sera libre et ouverte aux embarcations et aux habitants des deux protectorats.
Dans le cas où le Gouvernement français jugera utile d'établir un poste de douane pour contrôler les embarcations anglaises venant du côté d'Apollonie dans les conditions exigées des embarcations françaises à l'embouchure du Tendo, le Gouvernement anglais ne fera pas d'objection.
§3. — L'acquiescement du Gouvernement anglais aux lignes de démarcation ci-dessus mentionnées demeure subordonné à l'adoption par le Gouvernement français d'un projet de tarif douanier à ^ établir en Assinie, dans lequel les droits sur les alcools ne seraient pas inférieurs à 40 francs l'hectolitre pour les alcools de 25° à 49<', et de 100 francs l'hectolitre pour les alcools à 50^ et au-dessus.
Les droits sur le tabac en feuilles et fabriqué ne seraient pas inférieurs à 80 centimes le kilogramme. Les tissus seraient soumis à un droit de 15 pour 100 ad valorem.
Annexe. — ^ En ce qui regarde la ligne frontière, entre la mer et la lagune Tendo, l'expression « en ligne droite » doit signifier droit au nord vrai.
La « Map showing the town and villages visited by the Assinee Boundary commissionners in Déc. 1883 and Jan. 1884 » a servi à décrire cette partie des limites jusqu'à Nougoua.
Cet arrangement a été ratifié par le Président de la République le 12 mars 1890.
Les rivières de la Côte dlvoire et la lagune d'Ebrié. — L'Akba et leâ rivières d'Aéby et de Grand-Bassam. — L'ahime sans fond. ~ La lagune èt la rivièrô d'Assinie. — Le Bia et le Tanoué, — Les races indigènes :
Agnis et Ochins. — Travaux. — Habitations. — Religion et organisation des tribus. — Les Boubouris et les Jacks-Jacks. — Les Quoua-Quoua et les Glébos. — Les Krouman. — Le royaume d'Amatifou.
Lesrivières de la Côte d'Ivoire et la lagune d'Ebrié.— On a vu quel était l'aspect général du pays ; on a expliqué également le phénomène de la barre et la formation des lagunes; il nous reste maintenant à parler des cours d'eau qui arrosent le territoire de Grand-Bassam et des populations qui l'habitent.
Sur la Côte d'Ivoire se jettent un certain nombre de cours d'eau dont les principaux sont, de l'ouest à l'est, le Rio Cavalljs dont une rive appartient à la France et l'autre à la république de Libéria, le San Pedro, le Rio Fresco et les deux Lahou, après lesquelles commence immédiatement la lagune d'Ebrié.
Sauf la petite Lahou, qui est sans grande importance, ces rivières n'ont pas encore été explorées. Toutefois, on a remonté un peu la grande Lahou et, en présence de l'énorme quantité d'eau qu'elle roule constamment, on a été amené à supposer que son cours est fort long et qu'elle doit prendre naissance à peu de distance de la chaîne de partage des eaux du bassin du Niger. La grande Lahou, avant de se jeter dans la mer, forme le petit lac Lozo, qui est parsemé de petites îles boisées (îles Piter, Pandam et Afé).
La lagune d'Ebrié, sur laquelle peuvent naviguer en tout temps les bâtiments dont le tirant d'eau ne dépasse pas 80 centimètres, mesure environ 120 kilomètres de longueur. Des îles qu'elle renferme les plus importantes sont celles de Déblay et de Petit-Bassam ; sur ses rives sont échelonnés de nombreux villages qu'habitent, vers l'ouest et au milieu delà lagune, la tribu des Jacks-Jacks et, du côté opposé, des sujets du roi Amatifou, vassal de la France.
L'Akba et les rivières d'Aéby et de Grand-Bassam. — A l'est de Dabou, la lagune reçoit la rivière d'Aéby, qui arrose le village d'Acrédiou à une vingtaine de kilomètres
LES GOLONIKS FRANÇAISES.
dans l'intérieur. En face de Grand-Bassam, se jette TAkba, qui pénètre dans l'intérieur jusqu'au milieu des États de Tiéba, notre protégé, et qui passe à quelques jours de marche de la grande ville de Kong. L'Akba est plus connu dans le pays sous le nom de Gomoé. Ce cours d'eau, qu'il faut traverser pour aller de Bondoukou à Kong, serait navigable au moyen de pirogues, si les indigènes savaient construire celles-(îi ; mais les pirogues qu'on trouve sur le fleuve sont trop lourdes et ne servent qu'à passer d'une rive à l'autre. Le cours total de l'Akba est d'environ 800 kilomètres et de Zi50 à hauteur de Kong; de ce point (600 mètres d'altitude) jusqu'à la mer, le fleuve arrose Groumania (360 mètres), Attacrou (218 mètres) et Bettié (il/i mètres d'altitude). Pendant l'hivernage, son courant est si rapide qu'il atteint parfois, à son entrée dans la lagune, une vitesse de 7 à 10 kilomètres à l'heure. Vers la fin de son cours, l'Akba forme deux lagunes appelées, l'une, la lagune Ono, l'autre, plus proche de la mer, la lagune Kodioumé ; puis ses eaux franchissent en écumant la barre formée devant son embouchure et, en raison de la vitesse acquise, se mélangent si lentement avec les eaux de la mer qu'à quelques centaines de mètres du rivage, la ligne de démarcation est encore très visible.
L'Abîme sans fond. — Vers le milieu de la côte qui sépare la lagune d'Ebrié de l'Océan, la conformation du fond de la mer est particulièrement curieuse. Tandis que, presque partout, la plage s'incline en une pente relativement assez douce, en face de Petit-Bassam, au contraire, elle s'aff'aisse brusquement sur une largeur de près de 2 kilomètres. Gette crevasse, appelée abîme sans fond ou fosse de Petit-Bassanij, est profonde d'environ Zi90 mètres à Zi milles de la côte, de 180 mètres à un tiers d3 mille et de 36 mètres à la côte elle-même.
La lagune et la rivière d'Assinie. — La rivière d'Assinie qui se trouve à 'lli kilomètres environ à l'est de celle de Grand-Bassam est moins profonde, plus sinueuse, plus
COTE DE GUINÉE
difficile à reconnaître que cette dernière, et les navires qui calent au plus i°^,60 peuvent seuls y pénétrer. La lagune voisine, moins longue que celle d'Ebrié, s'enfonce davantage dans les terres et s'appelle tour à tour lac Aby, lac Tendo, lac Eyhi, lac d'Ouani. Elle renferme plusieurs petites îles dont Tune, l'île de la Nuit, est située à l'entrée de la rivière près des factoreries françaises.
Au nord de la lagune, le terrain se relève en pentes assez douces, dominées par des forêts entrecoupées de clairières d'où on domine tous les environs. Dans ce pays la végétation est telle que « les forêts, dit le docteur Barret, rappellent celles du Nouveau-Monde, avec leurs arbres gigantesques, qui commencent à se ramifier seulement à 30 ou ZiO mètres au-dessus du sol, et leur dôme de verdure. »
La Bia et le Tanoué. — Les principales rivières de la lagune d'Assinie sont la Bia ou Songan, ou rivière de Krinjabo, qui se déverse dans le lac Aby, et le Tanoué, ou Tendo, qui se jette entre le lac Eyhi et celui d'Ouani.
On ne connaît pas la Bia au delà des chutes d'Aboisso, on sait cependant qu'elle s'étend assez loin dans l'intérieur. Quant au Tanoué, qui appartient au royaume d'Amatifou, un aviso de la station du Sénégal l'a remonté pendant une centaine de kilomètres; on a appris depuis, d'après les renseignements rapportés par le capitaine Binger, qu'il prend sa source dans le pays des Achantis, mais son cours est si accidenté et si tortueux que les caravanes allant de Koumassie vers la lagune lui préfèrent la route à travers la forêts
Les races indigènes : Agnis et Oghins. — Deux races distinctes d'indigènes habitent le territoire de Grand-Bassam et d'Assinie. La première, celle des Agnis, qui est de beaucoup la plus nombreuse, est établie depuis longtemps
1 . Ces deux cours d'eau roulent des paillettes d'or dont la recherche suffit à faire vivre une population assez nombreuse de pauvres gens qui se contentent d'un petit salaire quotidien.
dans la contrée; Tautre, celle des Ochins^ est venue beaucoup plus tard, vers le commencement du xviii^ siècle; les individus de cette dernière ont de nombreux points de ressemblance avec leurs voisins les Jacks-Jacks.
Les Ochins sont de grande taille et ont la mâchoire inférieure un peu saillante, tandis que les Agnis ont le corps musculeux et trapu. Les formes de ces deux races indigènes sont généralement belles et leurs traits assez réguliers. Ces noirs *sont d'une constitution très robuste et, quoique leurs attachés soient fines et qu'ils aient les mains petites, ils ont ordinairement des pieds fort longs.
Dans la plupart des villages de la lagune, les femmes vont entièrement nues; quelques-unes seulement ont pour tout vêtement un morceau d'étoffe, grand comme la main, qui s'attache, soit à une ficelle, soit à la ceinture de perles ou de coquillages qui entoure la taille. Partout ailleurs, elles portent une bande de cotonnade qui se fixe en avant à la ceinture, passe entre les cuisses et s'enroule sur les reins, de manière à former un coussin à peu près semblable à celui que portent sous leurs jupes les femmes européennes. Elles s'entourent ensuite la moitié du corps et le haut des jambes d'un pagne d'environ i mètre 50 de longueur et portent au cou, aux bras, aux poignets, aux genoux et aux mollets, des perles, des chapelets de coquillages ou de verroterie, des anneaux de cuivre, des bijoux en filigrane d'or et parfois des pépites d'or.
Les jeunes filles tressent leurs cheveux en petites touffes, tandis que les femmes les relèvent sur le sommet de la tête, en leur donnant la forme d'une pyramide conique. Quant aux hommes, ils se font une ceinture qui passe entre leurs cuisses et qu'ils s'attachent ensuite autour des reins, laissant flotter au vent les deux extrémités. S'ils en ont le moyen, ils se drapent, à la mode romaine, dans une large pièce de coton provenant généralement du pays même et composée de bandes de diverses couleurs.
La nourriture des indigènes se compose principalement
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de bananes et de poisson. Après avoir été épluchées, les bananes, encore vertes, sont bouillies dans l'eau; puis on les pile jusqu'à ce qu'elles forment une pâte qui remplit l'office de pain. Le poisson est fumé et à moitié cuit sur du bois vert (afin de le con-
Station du Gouvernement trançais à Assinie.
server pendant 15 ou 20 jours au moins) ; il est ensuite recuit dans un peu d'huile de palme ou d'arachide ^ Les
1. Les nègres aiment particulièrement un plat qu'ils appellent le foutou-foutou, et qu'ils préparent avec du poisson, de la volaille ou
noirs mangent aussi du gibier (antilope, gazelle ou buffle), du manioc, de l'igname et quelquefois du maïs.
Travaux. — Les occupations des hommes sont la chasse, la pêche, la récolte du vin de Boudou et la recherche de l'or; celles des femmes sont la préparation des aliments, les soins du ménage, la culture des champs, la récolte des noix de palme, la fabrication de l'huile destinée au commerce et enfin, le soir, des sarabandes et des chants qui ont pour but de distraire et d'amuser les hommes.
La propreté de ces noirs est proverbiale (comme celle des Krouman), et le plus grand plaisir de ces indigènes est de se baigner chaque jour, de se savonner des pieds à la tète et de s'enduire le corps d'une légère couche d'huile de palme
Habitations. — Les cases des villages sont bâties en pisé (ou torchis) peint à la chaux, avec portes et fenêtres pleines et recouvertes de feuilles de palmier disposées avec solidité, afin de résister aux pluies torrentielles qui tombent pendant une grande partie de l'année.
Religion et organisation des tribus. — La religion est le fétichisme, et tout ce qui arrive dans la contrée ou dans la tribu est attribué aux fétiches. Chaque tribu se gouverne elle-même; elle nomme un chef et, dans les cas importants, tous les habitants notables ou âgés sont appelés à donner leur avis dans un palabre spécial
Les Boubouris et les Jacks-Jacks. — Au nord de la lagune d'Ebrié, sont établis les Boubouris, peuplade turbu-
du porc, auxquels ils ajoutent de l'huile de palme, des arachides pilées, du sel et une très forte quantité de piment.
1. Le savon dont ils font usage est, tantôt de provenance européenne, tantôt de fabrication indigène (huile de palme et cendres de feuilles de palmier).
2. Le palabre (du mot espagnol palabra^ parole) est une assemblée où chaque assistant, devenu- orateur, se plaît à prononcer des discours lon^s et interminables. Faire palabre (ou tenir palabre) est un des plus grands plaisirs des noirs.
lente et guerrière, qui fait un certain commerce avec les traitants de Grand-Bassam et les noirs du littoral.
La partie centrale et occidentale delà lagune est habitée par les Aradian ou Jacks-Jacks, indigènes industrieux et actifs, qui servent d'intermédiaires entre les populations de l'intérieur et les navires européens pour le commerce de l'huile et des amandes de palme. Les Jacks-Jacks, tout en acceptant, il y a quelques années seulement, le protectorat français, ont refusé jusqu'ici le concours des négociants des factoreries et ont toujours paru jaloux de conserver leurs relations directes avec les capitaines de navires. Us sont environ AO.OOO; la plupart d'entre eux s'occupent de pêche, lorsqu'ils ne font pas de commerce, et le village seul de Grand-Bassam, contient un grand nombre de leurs pirogues.
Les Quoua-Quoua et les Glébos. — A l'ouest des Jacks- Jacks, entre les Lahou et la rivière San-Pedro, se trouvent la tribu des Aoikom^ — également appelés Quoua-Quoua^ à cause de leur salutation qui a, dit-on, quelque analogie avec le cri du canard, — et la tribu des Glébos, ou gens de Sant- André K
Les Krouman.— Au delà des Glébos sont les Krouman qui vivent dans les contrées voisines du Cap des Palmes et habitent par conséquent notre enclave de Garroway et nos territoires des Beriby et du Grand-Basha 2.
1. Tous ces indigènes, Glébos ou Quoua-Quoua, bien que placés sous notre autorité, sont encore assez sauvages, malgré leur origine Krouman. Quelques voyageurs ont même affirmé qu'ils étaient anthropophages, mais le fait n'a pas été vérifié. On a dit également qu'il existait dans le pays une tribu d'amazones où les garçons étaient mis à mort à leur naissance ; enfin on a raconté que le vocabulaire des habitants de certains villages de cette contrée était si restreint que les indigènes se trouvaient forcés, pour se comprendre, de joindre à leurs paroles une mimique fort animée et qu'ils avaient ainsi les plus grandes difficultés pour communiquer entre eux au milieu de l'obscurité.
2. Il ne faut pas confondre Grand-Bassa, Grand-Bassam et Grand-
Ces noirs sont les plus beaux de toute la côte de Guinée ; intelligents, travailleurs, assez honnêtes et fort doux, ils quittent volontiers leur pays pour un temps déterminé; toutefois ils ne partent jamais sans avoir échangé avec leur futur maître ce qu'ils appellent un livre^ c'est-à-dire un traité en bonne et due forme; ils laissent ce traité entre les mains de leurs parents ou de leurs femmes, puis ils s'embarquent. Chez eux, tout se fait en commun; la terre est propriété commune à tout le village, et le produit de cette terre n'appartient qu'à celui qui l'a cultivée. Chaque centre de population a un chef élu par les anciens qu'il consulte d'ailleurs dans les circonstances importantes. Il en est de même dans les familles. Lorsqu'un Krouman, ayant terminé un engagement, revient au pays avec quelque argent, il lui en est réservé une partie pour lui-même; une autre part, très minime, revient de droit au village et est déposée entre les mains du chef. Le reste est à la disposition de la famille; les parents assemblés décident alors à quels usages on emploiera ladite somme; ils font ensuite choix d'une épouse pour le jeune Krouman et c'est généralement aux cadeaux destinés à la nouvelle mariée que passe la plus grande partie de l'argent dont les parents ont à fixer remploi K
Grand-Basha. Grand-Bassa est un centre assez important de la République de Libéria, situé sur, la rivière Saint-Jean, au sud-est de Monrovia. Grand-Bassam et Grand-Bashay au contraire, sont sur le territoire français, le premier sur la Côte d'Or, non loin de l'Akba, le second sur la Côte d'Ivoire, à l'est du cap des Palmes et de la rivière Cavally.
1. Il est un fait curieux à noter; seuls peut-être de tous les, noirs de l'Afrique, les Krouman ont conservé très vif l'amour de la liberté. Les populations voisines n'ont jamais pu les réduire; à la moindre attaque d'un ennemi quelconque, le pays de Krou se soulevait en entier et marchait à la rencontre de l'agresseur. Les traitants avaient d'ailleurs renoncé d'autant plus facilement à faire commerce des gens de cette contrée que ceux dont on avait réussi à s'emparer préféraient la mort à l'esclavage. Ils se laissaient mourir de faim ou se noyaient à la première occasion ; on les reconnaissait
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Le royaume d'Amatifou. — Au nord-est de la lagune d'Assinie existe un puissant État vassal de la France, dont le chef, d'origine achanti, réside à Krinjabo, ville de 3.500 à /i.OOO âmes, située sur la rive gauche de la rivière de Bia. Cet État est connu sous le nom de royaume d'Amatifou.
Amatifou était le souverain qui régnait en 1843, et qui nous céda les territoires de Grand-Bassam et d'Assinie, conquis quelque temps auparavant sur des chefs indigènes par l'un de ses prédécesseurs. Quoique fort dévoué à la France, ce roi a cependant arrêté pendant de longues années le développement des transactions dans l'intérieur du pays en exigeant des caravanes et des étrangers des droits de passage exorbitants. Ce n'est que vers la fin de son règne qu'il consentit à modifier sa ligne de conduite; il est mort en janvier 1886, laissant pour successeur son neveu Akasimadou, homme très intelligent et fort bien disposé pour les Français ^
— on les reconnaît encore — à une cicatrice qu'ils se font quand ils sont tout jeunes et qui va du haut du front jusqu'au 'milieu de l'arête da nez. On n'a jamais connu aux Krouman que quelques esclaves, mais il y a de cela fort longtemps, et ceux-ci étaient parfaitement traités. D'ailleurs ces Krouman ne les avaient point achetés, mais reçus de débiteurs qui ne pouvaient payer autrement leurs dettes.
1. D'un naturel assez doux et très hospitalier, malgré leur origine achantie, les indigènes du royaume d'Amatifou n'ont pu perdre encore entièrement leur goût pour les sacrifices humains. Ainsi la mort d'Amatifou a été cachée pendant une quinzaine de jours au résident dé France à Grand-Bassam; l'on a tout lieu de supposer que, pendant ce temps, les funérailles du vieux roi ont été célébrées avec un éclat particulier, c'est-à-dire que le sang humain y a coulé dans de larges proportions. Amatifou n'abusait cependant pas de la peine de mort contre ses sujets, et il a laissé la réputation d'un chef sévère, mais équitable. Quand il croyait devoir punir, il n'admettait que deux peines, l'amende ou la peine capitale; L'amende se payait en marchandises ou en or.
Territoires de la Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or. — Assinie, Dabon, Grand et Petit-Bassarn. — Instruction publique ; moyens de défense.
Territoires î)e la Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or. — La limite du territoire dépendant des établissements de Grand-Bassam et d'Assinie a pour point de départ, à l'est, une ligne conventionnelle partant de la côte, près du village de Newton; le reste de la délimitation fait Tobjet d'un protocole qui a été signé le 11 août 1889 entre la France et l'Angleterre et dont on a pu lire les termes exacts au début de ce chapitre.
Le territoire d' Assinie et de Grand-Bassam rejoint au nord-est le royaume d'Amatifou, qui se trouve aujourd'hui relié aux États protégés du Soudan français par les pays de Kong et de Bondoukou.
A l'ouest, nos possessions s'arrêtent à la rivière Cavally et les droits de la France sur la partie de la côte comprise entre les Lahou et la rivière Cavally sont incontestables et appuyés sur des traités réguliers.
Assinie, Dabou, Grand et Petit-Bassam. — Assinie est placée sur la rive droite de la rivière à laquelle elle a donné son nom; en face d'elle s'élève l'ancien poste où fut créé autrefois le fort Joinville; il y a quelques années, on y voyait encore de vieux canons laissés par nous en 1871, au moment de notre évacuation.
Grand-Bassam est situé à 27 milles environ à l'ouest d'Assinie. C'est également un village indigène, non loin duquel sont installés les comptoirs européens.
Le village de Dabou, où l'on avait jadis construit un blockhaus aujourd'hui en ruines, est placé sur la lagune d'Ebrié, à l'ouest de l'embouchure de l'Aéby.
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EQtre Daboa et Grand -Bussam, on rencontre, sur la partie méridionale de la lagune, et à 1.200 mètres seulement de la mer, le village de Petit-Bassam, dont il a été question à différentes reprises, au sujet du développement commercial de notre territoire de la Côte d'Or
L'Instruction publique ; les moyens dk défense. — A Elima, en face d'Assinie, sur le lac Aby, il a été créé, il y a peu d'années, une école qui réunit une cinquantaine d'enfants; cette école est actuellement dirigée par un instituteur primaire.
11 n'y a pas de garnison à Gran J-Bassam, mais seulement une milice noire d'une trentaine d'hommes; par suite, il n'existe pas d'ouvrages de défense.
1. Le littoral de Guinée ne possède qu'un très petit nombre de ports, tous situes sur les rivières, et, par suite, d'un accès difficile à cause de la barre qu'il leur faut franchir. Les autres points maritimes de la côte n'ont que des rades foraines.
Il est bien évident qu'on pourrait, au moyen de dépenses assez considérables et, par suite, hors de proportion avec le résultat qu'on pourrait en attendre à bref délai, créer sur quelque point du littoral un port de refuge où la barre ne serait plus à craindre. On a jusqu'ici reculé devant un tel projet.
Il existe cependant un endroit où cette barre n'existe pas, en raison de l'extrême profondeur de la mer; c'est celui auquel les marins ont donné le nom d'Abîme sans fond ou de Fosse du Petit- Bassam, A la côte même, la profondeur de l'Océan est encore de 36 mètres et la largeur de la Fosse est de 2 kilomètres. On a donc pensé que cette disposition exceptionnelle permettrait peut-être, par des moyens que peuvent seuls reconnaître les ingénieurs, de créer un port magnifique qui ne pourrait s'ensabler, n'étant pas à l'embouchure d'une rivière. A ce projet, qu'il sera nécessaire d'étudier sérieusement avant de le déclarer impraticable ou excellent, on en avait joint un autre, celui de relier Petit-Bassam au continent par un pont (de bois ou de fer) divisé en deux sections : la première d'une longueur d'environ 1,200 mètres en face du Petit-Bassam ; la seconde, longue de 2,400 mètres environ, partant de l'île de Petit- Bassam, et aboutissant de l'autre côté de la lagune, près du village d'Aminkié.
Commerce. — Exploitation de l'or. — Taxes et droits.
Commerce. — On a traité au chapitre IV de cette notice, toutes les questions relatives à l'agriculture sur la côte de Guinée. Il reste à parler de la question commerciale, en ce qui concerne la Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or.
A Grand-Bassam et à Assinie, le commerce est entre les mains d'une maison française de la Rochelle, qui fait à elle seule les deux tiers des affaires du territoire. Le reste appartient à une maison de Londres, et une grande maison de Bordeaux essaie d'y créer une factorerie.
La maison de la Rochelle possède une petite flotte de bâtiments à voile et à vapeur qui sillonnent les lagunes pour y chercher les produits d'exportation et y apporter les marchandises européennes. Elle a à lutter principalement contre les Jacks-Jacks, qui exportent, à eux seuls, environ 5 à 6.000 tonnes d'huile de palme; elle exporte, de son côté, environ 1.000 tonnes, auxquelles il faut joindre ZiOO tonnes d'amandes de palme. Plus de la moitié de ces produits va dans les savonneries et les stéarineries de Marseille.
L'or est représenté par une exportation annuelle d'environ 1.500 onces (de 32 grammes), d'une valeur de 1/iZi.OOO francs.
Le mouvement commercial, concentré jusqu'ici à Grande Bassam et à Assinie, s'étend le long de la côte, au Lahou et à Petit-Bassam, que nous avons indiqué comme le futur port de la contrée. Du l^'' janvier au 10 juin de cette annnée, les recettes locales se sont élevées à 96.374 fr. 07^ dont 88.750 fr. 48 pour les douanes, alors que les pré-
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visions pour la même période, étaient seulement de 53.Zi73 francs.
Le territoire de Grand-Bassam est relié au Soudan français depuis le voyage du capitaine Binger et de M. Treich- Laplène, et les négociants de la contrée cherchent à établir des relations comn^rciales avec les États de Kong et les pays avoisinants. Ils cherchent également à créer un courant d'échanges avec un royaume indigène voisin de notre territoire de Grand-Bassam et appelé le royaume des Achantis.
Le pays des Achantis a pour capitale Goumassie qui est une grande ville d'environ 6 kilomètres de tour, et compte 10 à 15,000 habitants. Le royaume, bien qu'indépendant de nom, est en réalité vassal de l'Angleterre, qui cherche à empêcher les autres nations européennes d'y pénétrer. La population se prête d'ailleurs merveilleusement à ce résultat. Les Achantis ont horreur des blancs et l'on raconte que jadis, pour faire reculer les étrangers qui tentaient de pénétrer dans leur capitale, les habitants étendaient des cadavres sur les routes ou les attachaient aux arbres en grande quantité.
Goumassie n'est plus comme autrefois un groupe considérable de huttes bâties les unes auprès des autres sans ordre ni symétrie. Les Anglais, qui s'entendent merveilleusement en commerce et en colonisation, ont, dès leur arrivée dans le pays, dépensé des sommes considérables pour faire des voies de communication. Le commerce, qui n'avait qu'une importance relative, s'est alors développé dans des proportions énormes et l'influence européenne a peu à peu pénétré à Goumassie. Le village est devenu une ville, avec des rues bien alignées et des constructions modernes à un et à deux étages.
Les sacrifices humains, qui étaient quotidiens jadis et qui prenaient des proportions eflroyables, lorsqu'il s'agissait de célébrer la 'mort d'une personne de la famille royale, ont beaucoup diminué depuis 1882.
Tout était alors un prétexte à verser du sang : il y avait sacrifice, si Ton brisait un œuf dans la rue, si l'on répandait de l'huile le palme, si le fétiche l'ordonnait — et il l'ordonnait souvent — s'il fallait enfin célébrer une fête quelconque, — or il y en avait deux m trois par semaine. L'une des plus importantes était celle des gnames, dont la récolte aurait manqué si l'on n'avait pas eu de ictimes à égorger.
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Les rues de Goumassie, si tortueuses qu'elles fussent, avaient toutes des noms significatifs à cet égard ; l'un de ces noms voulait dire : « Tuez-les tous ! » Une autre s'appelait « Jamais sèche de sang. » Une autre encore « le Ruisseau rouge. »
Mais les Achantis se civilisent progressivement et l'introduction des marchandises européennes n'a pas peu contribué à ce résultat.
Malgré ses tueries d'autrefois, le pays est encore fort peuplé et Ton comprend tout l'avantage que des relations commerciales avec cette contrée procureraient aux factoreries françaises du littoral.
Heureusement, aujourd'hui le pays des Achantis n'est pas le seul qui avoisine nos territoires d'Assinie et du Grand-Bassam. Au nordouest des Achantis, au nord et au nord-ouest du royaume d'Amatifou, il y a les pays visités par MM. Binger et Treich-Laplène, qui deviendront un débouché important pour nos produits.
Evidemment les communications laissent à désirer; mais il y a les voies fluviales dont on pourra peut-être tirer parti.
On a développé déjà, mais dans une mesure très minime, les échanges entre nos comptoirs et les peuplades Quoua-Quoua et Glébos, etc., qui, comme nous l'avons dit précédemment, se trouvent sous notre protectorat jusqu'à la rivière Cavally.
Exploitation de l'or. — Au nord d'Assinie et dans le royaume d'Amatifou, on rencontre la continuation des gisements de terres aurifères qui couvrent le pays des Achantis et qui ont donné au littoral la dénomination actuelle de Côte d'Or.
L'exploitation de l'or se fait de deux façons selon l'époque de l'année; pendant la saison sèche, les indigènes n'ayant pas d'eau à leur disposition, creusent des puits dans le quartz aurifère et parviennent quelquefois à trouver des pépites qui pèsent 20, 30, liO et même jusqu'à 100 ou 120 grammes Les procédés qu'ils emploient sont des plus primitifs et laissent échapper une certaine quantité d'or. C'est pendant l'hivernage, où les pluies sont torrentielles, que les noirs revoient avec soin toutes les terres où ils ont pu laisser échapper de l'or pendant la saison sèche. Cette terre, qui est une argile très ténue et qui forme le fond de toutes les vallées, contient aussi une certaine quantité de paillettes ou de poudre d'or. Le procédé employé est encore très rudimentaire; l'argile est placée
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dans des calebasses auxquelles on imprime un mouvement de rotation qui précipite l'or au fond du vase ; tout le reste est entraîné et jeté. Les sables ne donnent guère plus de deux à trois francs d'or par mètre cube et ne sont pas exploitables pour les Européens. La maison Verdier a tenté cette exploitation et a dû y renoncer ; il en a été de même pour les gisements du territoire anglais d'Apollonie.
Les noirs seuls y trouvent quelque profit; ils vont s'établir dans la forêt, installent des huttes, plantent quelques bananiers, puis, selon la saison, ils creusent des puits ou, armés de calebasses, ils se mettent à laver le sable; lorsqu'ils ont recueilli quelques onces de métal, ils viennent aux factoreries de la côte les échanger contre des marchandises européennes de leur goût, c'est-à-dire des étoffes, de l'alcool, de la poudre ou des fusils à pierre ^ L'or se vend aux factoreries à raison de trois francs le 2;ramme.
Il existe également dans la contrée, près d'Aby, une source de bitume assez abondante.
Taxes et droits. — Un décret, en date du 3 septembre 1889, frappe les marchandises de toute prove-
1. Les chefs font également chercher l'or par leurs esclaves; ils l'enterrent dans leurs cases ou le font transformer en bijoux de filigrane qui contiennent de 50 à 60 pour cent du précieux métal. Ces bijoux sont portés par les femmes aux jours de fête ou aux grandes cérémonies. Ils ne sont mis dans le commerce que par hasard; lorsqu'im indigène ne peut se libérer vis-à-vis d'un négociant des avances que celui-ci lui a faites, ou qu'il désire avoir de nouvelles marchandises, il donne alors des bijoux en paiement ou en garantie. La poudre d'or est enfermée dans des calebasses enterrées sous la terre battue qui forme le sol de la case. Certains chefs possèdent ainsi des richesses considérables qu'on ne soupçonne pas. Il y a quelques années, M. Verdier devait recevoir d'un chef de la contrée une somme de 3.000 francs en poudre d'or; il arriva chez celui-ci quelques instants avant l'heure fixée pour le rendez-vous. Il trouva le chef entouré d'immenses calebasses pleines d'or qu'il venait de déterrer; M. Verdier estime qu'il y en avait là pour plus d'un million.
nances, importées à Grand-Bassam et Assinie, des droits suivants :
Les vins paient de 10 à 15 francs par hectolitre; les alcools et eaux de-vie de 40 à 60 francs; les armes 2 francs par pièce; les ouvrages en fonte, fer, acier, cuivre, 20 francs par 100 kilos; le sel, 1 franc par 100 kilog. ; le tabac, 0 r. 80 par kilog.; les tissus, 15 0/0 de leur valeur; la coutellerie, 50 francs par 100 kilog.; les poteries, faïences, porcelaines, verres, 20 francs par 100 kilog.; le fer, 4 fr. les 100 îcilog. ; la poudre de traite, 0 fr. 50 par kilog. ; les savons ordinaires, 20 francs par 100 kilog.; les savons de toiette, la parfumerie, les fils de toutes sortes, 20 0/0 ad valorem; les futailles, 3 francs chaque; les autres marchandises, 10 0/0 de leur valeur.
Une rue à Porto-Novo.