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CHAPITRE V[ Établissements de la Côte des Esclaves

Le royaume de Porto-Novo. — Convention avec l'Allemagne. Traité avec l'Angleterre.

Le royaume de Porto-Novo. — En 1863, le roi Sodji, souverain du royaume de Porto-Novo, plaçait ses États sous le protectorat de la France. Ceux-ci s'étendaient vers l'ouest jusqu'au royaume du Dahomey; ils comprenaient,

outre le territoire soumis actuellement à notre domination, une bande de terrain qui longeait la mer et s'étendait jusqu'à la lagune Corodou, c'est-à-dire presque jusqu'à Lagos. Peu de temps après, le Dahomey nous cédait le petit port de Kotonou, situé au sud-est de son rojaume^.

Mais les commerçants anglais de Lagos, voyant que, par le seul fait de notre établissement à Porto-Novo, une partie du commerce de la région allait leur échapper, se plaignirent si vivement que le commandant de la division navale britannique, sans s'inquiéter des traités déjà conclus, mit le blocus à l'embouchure de la rivière et menaça de bombarder Kotonou et Porto-Novo. Heureusem.ent nous avions sur ce point un agent consulaire fort énergique, M. P. Béraud, dont les protestations troublèrent le commandant de la division britannique. Les bâtiments anglais se retirèrent et des indemnités furent données à divers négociants français qui avaient été lésés. Mais la suite des événements montra combien les Anglais ont raison d'élever constamment des protestations à tout propos et bien souvent sans motif plausible; le gouvernement de l'Empereur, voulant se concilier sans doute le cabinet de Saint-James, céda à la colonie de Lagos la bande littorale qui s'étendait de la rivière Addo à la lagune de Corodou.

Un peu plus tard, laissé sans organisation, sans ressources, notre protectorat de Porto-Novo cessa bientôt de fonctionner, et le contre-amiral Laffon de Ladébat, commandant la division navale de l'Atlantique sud, crut alors devoir faire évacuer le pays.

Convention avec l'Allemagne. — En 1883, après un abandon de plusieurs années, nos établissements furent réorganisés (décret du 16 décembre) et placés sous l'auto-

1. Cette cession, faite verbalement en 1864 au cours d'une visite que firent, à Abomey, le capitaine de vaisseau Devaux et M. Daumas, agent consulaire de France à Porto-Novo, ne fut confirmée par traité que le 19 mai 1868.

COTE DE GUINÉE

rité du commandant particulier de notre colonie du Gabon.

Le grand mouvement qui, depuis quelque temps déjà, portait les principales puissances européennes à fonder des établissements en Afrique, avait rendu cette réorganisation nécessaire, et ce même motif nous avait fait accepter, en 1883, la demande de protectorat adressée à la France par les chefs des pays de Petit- Popo et de Grand-Popo, desquels dépendaient aussi les villages de Porto-Séguro, d'Agoué et de Togo ; mais il arriva qu'au moment où nos droits venaient d'être reconnus (avril 1885), l'Allemagne avait, à la suite d'un conflit entre un de ses nationaux et un chef indigène, planté son pavillon sur Togo et à Porto-Séguro.

C'est alors que fut conclue, le 2[i décembre suivant, entre 'les cabinets de Paris et de Berlin, la convention qui règle la situation respective de la France et de l'Allemagne dans la région :

Le gouvernement de la République française, en reconnaissant le protectorat allemand sur le territoire de Togo, renonce aux droits qu'il pourrait faire valoir sur les territoires de Porto- Séguro, par suite de ses relations avec le roi Mensa.

Le gouvernement de la République française renonce également à ses droits sur Petit-Popo et reconnaît le protectorat allemand sur ce territoire.

Les commerçants français à Porto-Séguro et à Petit-Popo conservent pour leurs personnes et pour leurs biens, de même que pour les opérations de leur commerce jusqu'à la conclusion de l'arrangement douanier prévu ci-dessus, le même bénéfice de traitement ^

Les limites de notre possession de Grand-Popo et d'Agoué se trouvent ainsi bien définies, entre le Dahomey, du côté de l'est, et vers l'ouest, du côté de la colonie allemande de Togo.

1. Cette même convention réglait la question de la Dubréka, ainsi que tout ce qui était relatif à la délimitation du Congo français et du Kameroun (Voir les fascicules du Sénégal et du Congo).

A Porto-Novo, il restait à régler la question relative à la délimitation du territoire français dans la direction anglaise de la colonie de Lagos dont les agents cherchaient constamment à empiéter sur des portions de territoires nous appartenant. L'arrangement suivant qui résout cette question a été conclu le 11 août 1889 :

Traité avec l'Angleterre. — Art. 4, § 1". — Sur la Côte des Esclaves, la ligne fle démarcation entre les sphères d'influence des deux puissances se confondra avec le méridien qui coupe le territoire de Porto-Novo à la crique d'Ajarra, en laissant le Pokrah ou Pokéa à la Colonie anglaise de Lagos. Elle suivra le méridien précité pour s'arrêter, au nord^ au 9*^ degré de latitude nord. Au sud, elle ira aboutir à la plage, après avoir traversé le territoire d'Appah, dont Ja capitale restera à l'Angleterre.

La navigation de l'Ajarra et celle de la rivière d'Addo seront libres et ouvertes aux habitants et aux embarcations des deux protectorats.

§ 2. — Des garanties seront stipulées en vue d'assurer aux commerçants français toute liberté pour leurs échanges avec les pays qui ne seraient pas compris dans la sphère d'influence de la France, et notamment avec les Egbas.

Réciproquement, des garanties seront stipulées en vue d'assurer aux commerçants anglais toute liberté pour leurs échanges avec les pays qui ne seraient pas compris dans la sphère d'influence de l'Angleterre.

S 8. Des garanties seront également stipulées en faveur des habitants de Kotonou et de la partie française du territoire d'Appah. Ces habitants seront libres d'émigrer s'ils le désirent et ceux qui resteront seront protégés par les autorités françaises contre toute atteinte, de la part du roi de Porto-Novo ou de ses gens, à leurs personnes, leur situation et leurs biens.

Les mêmes garanties seront stipulées en faveur des habitants du territoire de Pokrah.

§ 4. — Il est convenu, en outre, que : 1° l'action politique du Gouvernement français s'exercera librement à l'ouest de la ligne frontière, et que, l'action politique du Gouvernement anglais s'exercera librement à l'est de la ligne frontière.

§ 5. — Comme conséquence de l'entente qui vient d'être ainsi définie, et pour éviter les conflits auxquels les rapports journaliers des populations du pays de Porto-Novo avec les habitants de Pokrah pourraient donner lieu si un poste de douane devait être établi par l'une ou l'autre des parties contractantes à la crique d'Ajarra,

COTE DE GDIINÉE.

les délégués français et anglais s'accordent à recommander à leurs Gouvernements respectifs la neutralisation, au point de vue douanier, de la partie du territoire de Pokrah comprise entre la crique Ajarra et l'Addo, en attendant qu'un accord douanier définitif * puisse intervenir entre les établissements français de Porto-Novo et la colonie de Lagos.

Annexe. — § 1. « Le méridien qui coupe le territoire de Porto- Novo à la crique d'Ajarra » doit signifier :

l^' (Au nord de la lagune de Porto-Novo), le milieu du cours de la rivière Ajarra ou Ajera, jusqu'au point où cette rivière cesse de séparer le royaume de Porto-Novo de celui de Pokrah et, de là, le méridiea de ce poiat, au nord, jusqu'au 9*-' parallèle de latitude nord ;

2° (Au sud de la lagune de Porto-Novo), le méridien du milieu de la rivière Ajarra à son embouchure dans la lagune de Porto- Novo ;

La ligne frontière a été décrite dans cette convention, d'après le (( Sketch survey of the Inland water communications in the colony of Lagos, by Harbour-Master speeding, 1886 ».

Territoire de Grand-Popo; l'Agomé. — La lagune Denham et l'Ouémé. — Les populations de la Côte des Esclaves. — Les Minas. — Les Nagos.

Territoire de Grand-Popo;- l'Agomé. — La côte de Grand-Popo et de Porto-Novo présente à peu près les mêmes caractères que celles d'Assinie et de Grand-Bassam, mais elle est défendue, en outre, par des brisants formidables, où des pilotes expérimentés peuvent seuls s'aventurer^. Du large, les entrées des rivières sont presque invisibles et la côte n'est indiquée que par les arbustes ou les bouquets de cocotiers qui entourent les villages du littoraP.

1. Les territoires de Grand-Popo et de Porto-Novo sont sur la côte des Esclaves, à 550 kilomètres environ à l'est de Grand-Bassara et d'Assinie.

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