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CHAPITRE PREMIER Précis historique

La traite des nègres dans le golfe de Gainée. — Chargement d'un négrier. — Le droit de visite. — La division navale française des côtes occidentales d'Afrique. — Nécessité d'un point de ravitaillement. — Origines du mot Gabon. — Occupation du Gabon. — Fondation de Libreville. — Voyages de MM. Serval et Griffon du Bellay. — Voyage de M. Aymès. — MM. Marche et de Compiègne. — M. Savorgoan de Brazza. — Projet d'exploration de l'Afrique centrale. — Premier départ de M. de Brazza. — Explorations de rOgôoué, de TAlima et de quelques affluents du Congo. — Deuxième voyage de M. de Brazza. — Fondation de Franceville. — Traité avec le roi Makoko. — Fondation de Brazzaville et de Diélé. — Exploration du Niari- Kilion. — Occupation de Loango. — Troisième voyage de M. de Brazza. — Occupation de la rive gauche du Congo. — Le sergent Malamine à Léo-

LES

pold ville. — Acte général de la conférence de Berlin. — Droit de préemption de la France sur l'État libre du Congo. — M. de Brazza, commissaire général du Congo français. — Conventions avec l'État libre, l'Allemagne et le Portugal. — Missions diverses. — Réunion du Congo français et du Gabon.

L4 TRAITE DES NÈGRES DANS LE GOLFE DE GuiNÉE. —

Dans le courant du mois d'avril 1822, Tamiral Robert Mengs, commandant la division navale britannique chargée de réprimer la traite des noirs, envoyait en reconnaissance dans la rivière de Bonny, qu'on lui avait signalée comme étant le marché principal du commerce des esclaves, une escadrille de chaloupes et de canots armés en guerre.

Le renseignement qui lui avait été donné était exact, car Tofficier chargé de diriger les embarcations aperçut bientôt en effet, à la hauteur de Bonny, six bâtiments négriers qui allaient mettre à la voile. Un combat s'engagea et, au bout de peu de temps, les six navires tombèrent au pouvoir des matelots anglais.

Ces bâtiments étaient : deux goélettes espagnoles de la Havane, VYeyanam (306 tonneaux), ayant 880. esclaves à son bord, la Viéna (180 tonneaux), ayant 325 esclaves; — et quatre bricks français: \^Pelile-Belzy, de Nantes (18Zt tonneaux), avec 218 esclaves, VUrsule, de Saint-Pierre de la Martinique (100 tonneaux), avec 3Zi7 esclaves, le Théodore^ de la Rochelle (180 tonneaux), dont les nègre? n'avaient pas encore été embarqués, et le Vigilant, de Nantes (240 tonneaux), avec 397 esclaves; ce dernier bâtiment, le seul dont nous allons parler, était monté par trente hommes d'équipages et armé de quatre pièces de 12.

Chargement d'un ivégrier. — Le plan que Ton voit à la page 5, et qui a été relevé à Nantes, lorsque le VigUajit fut ramené dans cette ville, indique de quelle façon barbare les capitaines négriers traitaient à bord les malheureux qui leur avaient été vendus.

Dans l'entrepont de ce brick, on trouva 397 esclaves

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(dont 120 femmes), tous entassés les uns sur les autres, presque privés d'air et de jour.

On les avait divisés en deux chambres, selon les sexes, et disposés dans chaque chambre d'une manière à peu près uniforme.

Une première rangée était couchée sur le dos et, audessus d'elle, sur une plate-forme assez étroite, une seconde rangée, couchée de même.

Sur l'autre flanc du navire, même disposition; puis^ entre ceux qui étaient ainsi couchés et qui portaient au

cou, aux pieds et aux mains, de lourdes chaînes, il s'en trouvait d'autres également enchaînés, assis les uns derrière les autres ou assis de face, les jambes entrelacées. On entassait ainsi, tant hommes que femmes, environ 3/i6 individus.

' Quant aux 51 autres, plus mal partagés, on les obligeait à se tenir accroupis dans les rares intervalles qui pouvaient exister entre les rangées assises ou couchées ^ Lorsqu'on pénétra dans ces deux chambres, on délivra

1. Les dimensions de chacune des chambres rendaient le supplice de ces malheureux plus atroce encore. Celle des hommes était longue de 11™, 44, large de 7 mètres, haute de 1™,44, et la plateforme, qui coupait cette hauteur en deux parties à peu près égales, n'avait que 1™,62 de largeur. Celle des femmes avait une longueur de 4™,35 ; elle était large de 6 mètre?, haute de 1™,44 éo;alement, et sa plate-forme de côté mesurait un peu moins de 1™, 50.

aussitôt les esclaves de leurs chaînes, puis on s'aperçut qu'une cinquantaine d'entre eux étaient déjà assez malades; il en périt un certain nombre quelques jours plus tard.

On a peine à croire aujourd'hui à de telles infamies. Pourtant, au siècle dernier, cet abominable trafic était une chose admise et réglementée, puisque les paissances coloniales de l'Europe accordaient à des compagnies le privilège de la traite des nègres. On se demande, en outre, combien de ces malheureux, transportés dans de telles conditions, arrivaient vivants à destination ou dans quel état on devait les trouver.

Ramenés à Nantes avec leurs navires, que le gouvernement confisqua, les capitaines du Vigilant et de la Petite- Betzy furent condamnés à la prison par le tribunal correctionnel de cette ville, pour infraction à la loi du 15 août 1818 prohibant la traite des noirs.

On sait maintenant, d'après ce récit, quel était alors le principal commerce de la côte de Guinée. L'or, l'ivoire, les plumes d'autruche et les autres objets d'échange ne venaient qu'en second lieu, le trafic des esclaves étant de beaucoup Iç plus lucratif et par suite le plus recherché.

Il était tout naturel qu'en présence d'un tel état de choses, les puissances européennes prissent des mesures énergiques.

Le droit de visite. — A la suite des négociations engagées entre les cabinets de Paris et de Londres et terminées par des traités signés en 1831 et en 1833, les vaisseaux de guerre anglais furent autorisés à visiter, dans un rayon déterminé, les navires de commerce battant pavillon français; de leur côté, les bâtiments de notre flotte obtenaient le même droit vis-à-vis de la marine marchande britannique.

Tout d'abord, la situation parut être la même pour les deux nations, dont les droits et les devoirs étaient réci-

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proques; mais, dans la pratique, il en fut autrement et, au bout de peu d'années, la France dut reconnaître qu'elle se trouvait dans des conditions désavantageuses et nuisibles à son commerce.

En effet, le droit de visite, exercé sur des navires marchands par les représentants d'une puissance étrangère, était une véritable calamité pour les armateurs. Les officiers et les matelots, sous prétexte d'accomplir leur devoir avec rigidité, exigeaient qu'on leur montrât toutes les parties du navire, ne négligeant rien pour bouleverser la plupart des marchandises qui composaient la cargaison et dont une partie était ainsi détériorée.

Or, comme l'Angleterre, pour faire la police de la côte, entretenait un nombre assez considérable de bâtiments de guerre et que la France n'en avait que fort peu; comme, d'autre part, la flotte de commerce britannique était beaucoup plus nombreuse que notre marine marchande, il en résultait que presque tous nos navires étaient visités, parfois même à plusieurs reprises, ce qui augmentait le dommage, tandis qu'un petit nombre seulement de navires anglais étaient soumis à l'inspection de notre marine de guerre.

Ce n'était pas tout; les Anglais avaient proposé et obtenu que les esclaves capturés fussent conduits, pour y être libérés, dans les établissements européens les plus proches. La proposition avait paru d'abord toute naturelle, mais il se trouva que les établissements les plus proches étaient ceux de Sierra-Leone qui appartenaient aux Anglais et que la France contribuait ainsi à peupler. C'est de cette manière que fut fondée la capitale actuelle de cette colonie, celle de Freetown, dont nous avons repris le nom dix ans plus tard, lorsque nous avons créé au moyen d'esclaves libérés, provenant de navires capturés, le village de Libreville sur la rive droite du Gabon.

La division navale française des côtes occidentales d'Afrique. — Le cabinet français, ne voulant pas, pour plu-

sieurs raisons, dénoncer les traités de 1831 et de 1833, résolut d'augmenter les forces navales qui se trouvaient sur la côte occidentale d'Afrique, et la division française fut portée à 26 navires, pjacés sous les ordres du contreamiral Montagnès de la Roque. Le rôle de cette division était de battre constamment la mer et de fouiller tour à tour les baies et les cours d'eau. En général, ses bâtiments étaient de petite dimension; presque tous étaient des goélettes et des bricks, d'un tirant d'eau assez faible, à cause de la surveillance qu'ils devaient exercer dans les rivières et, par suite, d'une capacité tellement restreinte que leurs approvisionnements en vivres étaient promptement épuisés.

NÉCESSITÉ d'un point DE RAVITAILLEMENT. — Depuis

Gorée, jusqu'au fond du golfe de Guinée, c'est-à-dire sur. un parcours de 800 lieues, il n'existait aucun établissement français où les navires de la division pussent aller se ravitailler ou procéder à leurs réparations les plus urgentes.

C'est pour remédier à ce grave inconvénient que le contre-amiral de la Roque se mit à chercher sur la côte un point de refuge où l'on pût créer un dépôt et s'installer d'une façon durable. Justement un des officiers de la division, le lieutenant Bouët-Vlllaumez, avait, l'année précédente, reconnu au sud du golfe de Biafra un large estuaire aux eaux sûres et profondes, qui était en même temps l'un des principaux centres du commerce des esclaves.

Origine du mot Gabon,— Cet estuaire était celui du Gabon. Ce nom qui, en français, ne signifie rien, dérive du mot portugais Gabao, lequel veut dire caban. Les marins portugais, à qui revient sans conteste l'honneur d'avoir découvert la. partie de la côte occidentale d'Afrique, située au sud des bouches du Niger, avaient trouvé que, par sa forme, l'estuaire rappelait ce vêtement K

i. Cette appellation remonte à la fin du xv' siècle et les cartes de Jijan de la Crosse, qui datent de cette époque, en font foi.

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Les premiers missionnaires arrivèrent dans la contrée vers 1521. Ils se succédèrent régulièrement pendant les siècles qui suivirent et, il y a environ 150 ou 160 ans, il existait sur la côte de Loango, un vaste établissement de jésuites qui possédait plus de 32.000 esclaves. Plusieurs de ces missionnaires ont écrit des relations fort intéressantes, entre autres Odondo Lopez (1591), Angelo de Gattina et Carlide Placenza (1672), Cavazzi (1687) et Zucchelli (1698); un autre, un Français qui vécut dans la baie de Loango vers le milieu du xvm^ siècle, Tabbé Propart, a

Pirogue de traitant.

également laissé une relation qui mérite d'être signalée. Ce n'est cependant que beaucoup plus tard que les explorations commencèrent, et on verra plus loin quels ont été les résultats de celles qui furent tentées par des Français.

Occupation du Gabon. — M. Bouët-Willaumez, chargé par l'amiral de la Roque d'entamer des négociations avec les indigènes, sut se faire bien venir des principaux chefs du pays qui lui firent un accueil favorable. Le 9 février 1839, il signait avec le roi Denis un traité par lequel celui-ci nous- autorisait à nous établir sur la rive gauche de l'estuaire du Gabon ; en échange de cette cession de territoire, le gouvernement français assurait à son nouvel allié cer-

taines prérogatives auxquelles ce petit roi nègre attachait la plus grande importance

Le 18 mars iSZil, le capita-'ne Bouët-Willaumez obtenait d'un autre chef, le roi Louis, la concession de la rive droite de l'estuaire et, le 18 juin de Tannée suivante, une petite expédition, commandée par le capitaine de corvette de Montléon, vint procéder à Tinstallation du nouvel établissement français. Cette expédition se composait de deux bâtiments de guerre : le Zèbre (commandant de Montléon), rÉglantine (lieutenant de vaisseau Jance), et d'un navire marchand chargé de matériel. Quant à la future garnison, elle comprenait une compagnie d'infanterie, sous les ordres du capitaine Guillemain.

Le premier soin du commandant de cette garnison fut de faire construire un blockhaus (aujourd'hui disparu), à l'ombre duquel s'établirent quelques cases indigènes et une mission catholique ^.

4. La pension et la croix de la Légion d'honneur qu'on accorda au roi Denis ne le satisfirent qu'à moitié. Il fallut, pour le rendre tout à fait heureux, lui promettre, non seulement que le canon tirerait lorsque sa grande pirogue accosterait un de nos navires de guerre, mais encore qu'il serait placé à la droite de l'amiral au banquet annuel où les officiers de la division célébraient la fête du chef de l'État. On devait, en outre, lui construire une case neuve, dont l'aménagement intérieur rappellerait celui des croiseurs français qu'il avait si souvent visités et admirés. Mais cé qui mit le comble à sa joie, ce fut un envoi du gouvernement français comprenant un habit brodé, un chapeau de général, un costume Louis XIV semblable à ceux que portent les personnages des comédies de Molière, et une canne de tambour-major. Intelligent d'ailleurs et parlant à peu près, par suite de ses relations avec les négriers des différents pays d'Europe, plusieurs langues étrangères, le roi Denis nous rendit de vérital)les sei vices et nous concilia l'esprit des populations du voisinage. Il protégea tout particulièrement la mission catholique, à laquelle il confia l'éducation de plusieurs de ses enfants, et le Saint-Siège l'en récompensa par l'envoi d'une décoration. Denis, qui était néanmoins resté fétichiste et un peu, selon l'occasion, marchand d'esclaves, est mort en 1876, dans un âge fortavancé.

2. Pour rendre plus complète la francisation de la colonie nais-

Plus tard, aux mois d'avril et de juillet i8M, de nouvelles négociations nous assurèrent la souveraineté de toutes les terres, îles et presqu'îles baignées par les affluents du Gabon.

Fondation de Libreville. — Quelques années après, en i8/i9, un navire de guerre français amenait un chargement de noirs enlevés au brick de commerce VElizin, Rendus à la liberté, ces noirs contribuèrent à la fondation de Libreville, à l'endroit dit le Plateau, où s'élevaient déjà les magasins de l'État.

Explorations de Paul du Chaillu, 1850-1865. — En 1850, Paul du Chaillu ouvre la série des explorations par un voyage dans le bassin de la rivière Mouny dont il reconnaît les affluents sud. Traversant la Sierra de Cristal qui donne naissance au Mouny, il atteint un des affluents de rOgôoué et y entre en relations avec les Mfans ou Pahouins jusqu'alors inconnus.

En 1856, il fait un court voyage au sud de la baie du Gabon, chez les Chékianis et pénètre jusqu'au village de Ngola.

En 1858, il débarque à l'entrée de la lagune du Fernan- Vaz^ la parcourt pendant quelques mois et remonte la Rhamboé et son affluent l'Ovenga. A Olenda, il pénètre dans le bassia du Ngounié qu'il atteint chez les Apinjis. Il descend jusqu'aux chutes Nagodji cette rivière, qui, au dire des indigènes, porte ses eaux à un grand fleuve appelé Ogabaï. C'était la première fois que le nom de ce fleuve était mentionné et le nom d'Ogôoué^ qui n'existe pas dans le pays, lui est resté.

santé, on s'empressa de débaptiser les points géographiques les plus remarquables et, suivant une mode qui ne tient pas assez compte de rinstabililé des choses humaines, on remplaça les dénominations indigènes par les noms des principaux membres de la famille d'Orléans, dont le chef était alors sur le trône de France. Mais ce choix ne fut guère ratifié par l'usage; au bout de quelques mois, il n'en était plus question et les cartes coloniales de cette époque en rappellent seules le souvenir.

En 1865, du Chaillu, fort de Texpérience acquise dans ses précédents voyages, entreprend de traverser TAfrique. Son point de départ est le même qu'en 1858. Accompagné de quelques indigènes du Fernan-Vaz, de la tribu des Camas, il se porte directement par les villages d'Obindji et d'Olenda, dont les chefs lui sont connus, vers le N'gounié qu'il traverse chez les Apono, à Mouendi. Coupant les affluents de droite, sur les bords desquels habitent les Aschango, il arrive à Mouao-Combo, chez les Njavi, situé sur un plateau élevé d'où il aperçut la rivière Liboumbo que les indigènes lui indiquent comme un affluent d'un grand fleuve qu'ils appellent Lebagui. Encore quelques jours, et il allait atteindre l'Ogôoué, un peu au-dessous de la station actuelle de Franceville, quand la maladresse d'un de ses noirs, qui tue un indigène en nettoyant ^on fusil, le contraint à s'enfuir vers la côte, poursuivi par les Njavi.

En 1862, le contre-amiral Didelot, qui commandait alors nos établissements de la côte occidentale d'Afrique, ayant jugé nécessaire d'étendre le territoire soumis à la domination française, acquit des chefs du cap Lopez tout le delta situé entre la pointe Pungara, sur la rive gauche du Gabon, et les bouches du fleuve l'Ogôoué.

Explorations de MM. Braouzec, Serval Griffon du Bellay ET Genoyer. — Mais, comme ce fleuve nous était encore complètement inconnu, il confia le soin de l'explorer à des officiers fort distingués. L'enseigne de vaisseau Braouzec reconnut cette année-là la rivière Komo.

Le lieutenant de vaisseau Serval et le docteur Griffon du Bellay poussèrent jusqu'au lac Zonangué et furent obligés de regagner le cap Lopez sans avoir réussi à atteindre Lambaréné ; ils purent toutefois, en reprenant le chemin de la côte, visiter les différents bras du fleuve et déterminer une route à peu près praticable aux petits navires.

Quelques mois après, ces voyageurs purent remonter la Rhamboé et pénétrèrent dans une contrée couverte d'une

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végétation magnifique. Mais le docteur Griffon du Bellay fut arrêté par la fièvre et M. Serval, continuant son chemin vers rOgôoué, suivit pendant une centaine de kilomètres des sentiers difficiles, au bord desquels des huttes, assez solidement établies, indiquaient une circulation habituelle. Enfin, après trois jours de marche, cet officier atteignait rOgôoué un peu au-dessus de Lambaréné, à la hauteur du village d'Ouango ^ Le lieutenant de vaisseau Genoyer, qui à la même époque, remontait une autre rivière de la baie du Gabon, la Bokoé, parvint au mèaie point de rOgôoué. En i86Zi-1865, cet officier compléta sa reconnaissance de toutes les rivières qui débouchent dans la baie du Gabon, en relevant le cours de la Bokoé et celui du Komo.

Voyage de M. Aymès. — En 1867, un autre lieutenant de vaisseau, M. Aymès, qui avait succédé à M. Serval comme capitaine du stationnaire le Pionnier, remonta le premier, avec cette canonnière, le cours supérieur du bas Ogôoué et entra en relations avec les principaux chefs des environs de Lambaréné; mais il lui fut impossible de dépasser les îles Zoracotcho. Il revint donc à Libreville, après avoir signé toutefois un traité avec Rénoqué, roi des Inengas.

A la suite de la guerre contre TAllemagne, la colonie reçut le contre-coup des événements de Tannée terrible. Le vent était alors à l'économie et, pendant quelques semaines, il fut question d'évacuation. Avec le temps, on revint à d'autres idées; on comprit que les entreprises coloniales sont toujours longues et coûteuses et qu'elles demandent de la ténacité et de la patience.

MM. Marche et de Compiègne. — Les explorations du bassin de l'Ogôoué recommencèrent dans le courant de

1. Il suffit d'examiner la carte pour s'assurer que ce second voyage fut d'une importance réelle, car il indiquait le moyen de gagner assez rapidement une voie navigable qui, par son importance, offrait bien plus de facilités pour pénétrer dans l'intérieur dû pays, et la route qu'explorèrent les deux officiers est, à peu de chose près, celle qui est suivie aujourd'hui. . .

Tannée 1872, grâce à deux hardis voyageurs, MM. Marche et de Compiègne, dont le projet était d'utiliser le cours du fleuve pour gagner la région des grands lacs et rejoindre Livingstone, sur le sort duquel on commençait à avoir des inquiétudes.

Subventionnés par un naturaliste, M. Bouvier, qui leur avait ouvert un crédit suffisant à condition que les produits de leur chasse lui fussent réservés, nos deux compatriotes remontèrent le fleuve jusqu'à Lopé, pénétrèrent chez les Okandas, franchirent les chutes de Bôoué et parvinrent avec la plus grande difficulté jusqu'au confluent de la rivière Ivindo, où ils furent arrêtés par Thostilité des Ossyébas.

Malgré tous leurs efforts, ils ne purent dépasser ce point, les attaques des Ossyébas les ayant obligés de revenir en toute hâte vers la côte. Ils regagnèrent Libreville vers le milieu du mois de mai 187Zi, et, de là, rentrèrent en Europe.

Le but de leur voyage n'avait pas été atteint, il est vrai, mais ils n'en avaient pas moins donné de précieux renseignements sur un pays inconnu ; ils étaient parvenus à un point où, avant eux, aucun Européen n'avait encore pénétré et avaient reconnu l'Ogôoué sur un parcours d'environ Zi60 kilomètres.

Toutefois ce n'était là qu'une exploration ; les indigènes n'en étaient devenus ni moins méfiants ni moins hostiles, et les difficultés du voyage devaient être les mêmes pour tous ceux qui voudraient suivre plus tard, dans la même contrée, la route tracée par MM. Marche et de Compiègne.

Expéditions étrangères, i873-187Zi. — En 1873, une mission allemande de quatre personnes fut envoyée en Afrique. Trois d'entre elles prirent pour quartier général l'ancien poste de traite de CHinchouxo, situé un peu au nord de Landana.

C'est à elle que l'on doit la connaissance du bassin inférieur de la rivière Nyanga et celle du Kiliou jusqu'au

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confluent de cette rivière avec la Libessé. Le quatrième membre de la mission, le docteur Lenz reprit en 1874 le voyage de l'espagnol Iradier dans la rivière Mouny; mais, tandis que celui-ci, après avoir remonté l'affluent appelé le Bocanambié et avoir atteint la ligne de faîte qui sépare le bassin de Mouny de celui de rOgôoué, était redescendu par le Ntemboni, le docteur Lenz remontait cette rivière jusqu'à une cascade, point terminus de la petite navigation et explorait les petits affluents du sud, le Yoba et le Noundé.

Après un court séjour au Gabon, le docteur Lenz remonta rOgôoué jusqu'à Lopé, où il séjourna pendant un an, et un peu plus tard il atteignait le Sébé.

En 1874, le contre-amiral Le Goariault du Quilio, commandant la division navale de l'Atlantique sud et gouverneur du Gabon, résolut de se rendre compte par lui-même de l'importance de rOgôoué, et le remonta jusqu'à son confluent avec le N'gounié.

M. Savorgnan de Brazza. — C'est alors que survint M. Pierre Savorgnan de Brazza. Par sa patience, sa ténacité, son habileté, il allait réussir là où tant d'autres avaient en partie échoué, et donner à sa patrie d'adoption un domaine colonial plus grand que la France elle-même.

Durant son séjour à l'École navale, en 1868, M. de Brazza avait été séduit par la lecture de la relation du voyage de M. Aymès dans le bas Ogôoué. Depuis longtemps, il ne rêvait qu'explorations et découvertes et le récit de M. Aymès ne fit qu'augmenter son désir.

Ce ne fut qu'en 1872, comme il venait d'atteindre sa vingtième année^ qu'il put se faire attacher à l'état-major du contre-amiral Le Couriault de Quilio, qui partait avec la Vénus pour prendre le commandement de la division de l'Atlantique Sud. Certes, le temps que M. de Brazza passa dans ces parages fut utilement employé ; mais le service du bord l'empêchait de pousser au loin et il en était réduit aux excursions habituelles le long des rives de

Testuaire. Un jour cependant, il réussit à obtenir une permission un peu longue et en profita pour remonter l'une des rivières du Gabon, le Komo. C'est le long de ce fleuve qu'eurent lieu ses premières relations avec les indigènes.

Pendant son séjour à Libreville, il fit la connaissance de MM. Marche et de Compiègae, au moment où ceux-ci, ayant terminé leur voyage, se disposaient à rentrer en France. Jl obtint d'eux divers renseignements sur la région qu'ils venaient de parcourir et, dès lors, les détails d'un projet d'exploration commencèrent à se fixer dans son esprit.

Projet d'exploration de l'Ogôoué. — Le 23 juin i87Zi, M. de Brazza adressait au contre-amiral de Montaignac, ministre de la marine, une lettre où il exposait l'utilité d'un voyage aux sources de rOgôoué et dans les contrées avoisinantes. Il demandait en même temps qu'on voulût bien lui confier cette mission.

Au reçu de cette lettre, le ministre de la marine remit au Dépôt des cartes et plans, le soin d'étudier le projet qu'elle contenait, et le rapport ayant été favorable, il accorda à M. de Brazza la mission que celui-ci sollicitait.

Les ressources dont le jeune officier allait disposer provenaient de sources diverses. Le département de la marine lui donnait de grandes facilités en lui fournissant les moyens de transport, les armes, les munitions, les instruments, le personnel indigène; de leur côté, les ministères de l'instruction publique, de l'agriculture et du commerce, et la société de Géographie lui accordaient différents subsides; enfin M. de Brazza disposait par lui-même de quelques ressources provenant de l'avance d'une année de sa solde et de sa fortune personnelle ^

1. La composition de rexpédition en personnel et en matériel fut la suivante :

Personnel. — Un enseigne de vaisseau (M. de Brazza), un aidemédecin auxiliaire de la marine (M. BaUay), un naturaliste

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Premier départ de M. de Brazza. — La mission de rOgôoué s'embarqua à Toulon le septembre 1875; outre son chef, elle comprenait, comme Européens^ le docteur Ballay^ aide-médecin auxiliaire de la marine, M. Alfred Marche, naturaliste, dont il a été parlé plus haut, et un des marins de la Vénus^ le quartier-maître Hamon.

A Lambaréné, M. de Brazza se procura facilement, à l'aide d'achats et de locations, les dix grandes pirogues nécessaires au transport de la mission et du matériel.

Le recrutement des pagayeurs présenta au contraire des difficultés assez grandes.

Quelques mois auparavant, le docteur Oscar Lenz avait

(M. Marche), un quartier-maître (M. Hamon), un chef laptot, douze laptots du Sénégal, deux Gabonais et deux Pahouins.

Matériel. — Armes : 14 chassepots d'artillerie, à cartouches métalliques; 4 fusils de tirailleurs sénégalais; revolvers. — Instruments : 2 sextants de poche; 2 horizons à glace, à huile et mercure; 1 cercle; 3 compas d'embarcation ; 3 compas de poche ; 3 baromètres anéroïdes; 4 thermomètres; 2 chronomètres. — Armement : 4 grappins avec faux-bras; 200 mètres de filin de petit diamètre; gaffes, marteaux, haches, scies, etc., etc. — Campement : 17 couvertures (couvertures d'équipage); 4 couvertures de laine (couvertures d'officier) ; 17 havre-sacs de soldat (construits avec soin) ; caisses aménagées pour l'arrimage facile des objets à transporter; 8 barils, toiles, etc., etc. — Munitions : 5 fusées de guerre dans une boîte étanche en plomb; 24 fusées de signaux, par paquets de 8, dans 3 boîtes étanches en plomb ; 3,000 cartouches métalliques de chassepot, par paquet de 200, dans des boîtes étanches en plomb; 3,000 cartouches de revolver (boîtes étanches en plomb); 2,000 cartouches métalliques de chassepot pour exercer les laptots au tir avant le départ; 500 cartouches de revolver pour le même usage; 20 kilog. de poudre par fusil. — Médicaments : sulfate de quinine, alcool et poudre de quinquina, arséniate de soude, émètique, sulfate de morphine, laudanum, rhubarbe, pilules de fer, nitrate d'argent, glycérine, acide phénique, extrait de Saturne, camphre, sinapismes, toile à cataplasmes, taffetas gommé, agaric, charpie, bandes, etc., etc. — Vivres : biscuit, riz, café, sucres, sardines, endaubage, eau-de-vie, vivres d'hôpital, chocolat. — Marchandises diverses : étoffes, sel (600 kilog.), poudre, quincaillerie, verroterie, etc., environ 10 tonnes.

Afrique, ii. 2

pénétré dans le bassin de rOgôoué, ainsi qu'on Ta vu précédemment.

Oscar Lenz ayant, à son passage, prodigué aux noirs l'argent et les cadeaux, les Inengas et les Galois, auxquels M. de Brazza avait demandé une centaine de pagayeurs, refusèrent le prix qu'on leur offrait. M. Marche, en 187Zi, les avait payés 25 francs, le docteur Lenz, qui l'avait suivi un peu plus tard, leur en avait donné 50 ; c'est ce prix que réclamaient les indigènes et que M. de Brazza refusa de leur donner.

M. Marche partit alors pour Samquita avec les instructions suivantes : prendre dans ce village ZiO Bakalais, qui formeraient l'armement des pirogues nécessaires pour aller jusqu'à Lopé, chez les Okandas ; une fois à Lopé, s'entendre avec les indigènes, qui enverraient alors à Lambaréné les pagayeurs nécessaires.

Les Galois et les Inengas, ayant eu connaissance de ces instructions, comprirent qu'il était préférable pour eux de gagner un peu moins que de ne rien gagner du tout et manifestèrent l'intention de fournir à M. de Brazza les pagayeurs qu'il demandait. Le prix convenu fut de 35 francs par homme et d'un cadeau pour chaque grand chef-

ExPLORATiOxN DE l'Ogôoué. — A Samquita, le docteur Ballay, atteint de la fièvre, dut quitter ses compagnons; un peu plus tard, il put aller jusqu'à Lopé, mais sa santé étant toujours ébranlée, il lui fallut revenir au Gabon. Il s'y rétablit et, dans le courant du mois de juillet 1876, il rejoignit l'expédition chez les Okandas, avec du matériel de ravitaillement et le personnel qu'il avait recruté à Libreville.

Pendant ce temps, M. de Brazza, également abattu par la fièvre, remontait l'Ogôoué avec des pirogues armées par les Inengas et les Galois, rejoignait M. Marche chez les Okotas et arrivait à Lopé le 19 février 1876, après de nombreuses aventures ; la plus sérieuse fut le naufrage de sept de ses pirogues et la perte d'une partie de ses marchandises et instruments.

GABON ET COINGO FRANÇAIS

Le village de Lopé était l'endroit où MM. Marche et de Gompiègne s'étaient arrêtés deux ans et demi plus tôt, et que M. Lenz ne pouvait lui-même dépasser, malgré dixhuit mois d'efforts incessants.

Depuis un certain nombre d'années déjà, l'invasion du peuple M'fan avait refoulé vers l'ouest les différentes tribus qui occupaient cette région. Au nord, les Boulons et les M'Pongoués avaient dû céder la place auxPahouins; le long de rOgôoué, les Okotas, les Okandas, les Apinjis, également refoulés, avaient mis une barrière entre eux et les envahisseurs, en se réfugiant sur la rive gauche de ce fleuve et en laissant aux Ossyébas la possession de la rive droite.

Ceux-ci, naturellement, ne vivaient pas en bonne intelligence avec leurs voisins, et les uns et les autres profitaient des hasards de la navigation sur l'Ogôoué, seule voie de communication réellement fréquentée, pour se faire une petite guerre qui irritait l'un et l'autre parti. Les Ossyébas, placés entre les Okandas et les Adoumas, empêchaient les uns et les autres de trafiquer ensemble, en arrêtant les pirogues adoumas qui descendaient le fleuve, ou les embarcations okandas qui cherchaient à le remonter. De temps à autre, une de ces tribus enlevait à l'autre quelques individus, qui étaient aussitôt réduits en esclavage.

Dans ces conditions, M. de Brazza devait éprouver les plus grandes difficultés à pénétrer chez les Ossyébas. Les Okandas ne voulaient pas se risquer à l'accompagner et les Ossyébas, qui n'avaient pourtant aucun motif d'hostilité contre lui, ne voulaient pas non plus venir le chercher chez les Okandas.

Le jeune officier de marine prit alors le parti de suivre la voie de terre avec deux ou trois hommes seulement, pour bien montrer ses intentions pacifiques. Il s'arrêta d'abord chez un chef ossyéba, nommé Mamiaka, revint à Lopé, puis retourna à plusieurs reprises chez ce chef, de manière à lui faire voir qu'il n'avait rien à craindre de

LES CO.LOiNIES FRANÇAISES.

ces allées et venues. Celui-ci, complètement rassuré, mena d'abord M. de Brazza aux chutes de Booué, puis, un peu plus tard, il lui offrit de le faire conduire par son neveu Zabouré jusqu'au pays des Sébés, encore inexploré. Après ce voyage, qui fut extrêmement pénible, — car il eut lieu à travers la forêt, — M. de Brazza revint à Lopé, où il ne resta que fort peu de temps. Il reprit le chemin du haut fleuve, franchit le pays des Ossyébas et pénétra enfin chez les Adoumas. Épuisé par la maladie, il y attendit MM. Marche et Ballay, qui remontaient le fleuve avec des hommes et des marchandises.

Lorsque ces derniers furent arrivés, M. de Brazza très gravement malade garda auprès de lui le docteur Ballay et confia à M. Marche le soin de pousser plus loin; celui-ci put parvenir jusqu'au confluent de la rivière LékéLi. M. de Brazza, une fois rétabli, redescendit alors jusqu'à Lopé pour y chercher un dernier convoi de ravitaillement, puis, au mois d'avril 1877, il revint s'établir à Doumé, où M. Marche, que l'état de sa santé rappelait en Europe, se sépara définitivement de ses compagnons.

M. de Brazza était très désireux de continuer à remonter l'Ogôoué; mais la mauvaise volonté des Adoumas le retint à Doumé jusqu'au commencement du mois de juillet.

Ceux-ci, en effet, ne pouvaient se résigner à voir toutes les marchandises de l'expédition quitter le pays et opposaient toutes sortes de mauvaises raisons aux demandes de M. de Brazza pour avoir des pagayeurs.

A la fin, ce dernier dut employer la ruse pour continuer son voyage. Il fit disposer en évidence un grand nombre de caisses vides ou ne contenant que des objets sans valeur, et soigneusement fermées, puis il en embarqua quelques autres, où se trouvaient les véritables marchandises, dans des pirogues que devaient monter MM. Ballay et Hamon. Quant à lui, ne voulant pas éveiller la méfiance des indigènes, il resta à Doumé avec la plus grande partie des laptots.

Quand les pagayeurs adoumas, qui avaient accompagné MM. Ballay et Hamon, rentrèrent dans le pays, M. de Brazza leur montra les caisses vides et leur annonça son départ; aucun d'eux ne voulut l'accompagner. Alors il prit le parti de s'en aller seul avec ses laptots, qui manœuvraient les pirogues comme ils pouvaient. Plus d'une fois les voyageurs chavirèrent; une boussole, le chronomètre et le sextant de l'expédition furent avariés, mais enfin Ton parvint à destination.

M. Ballay avait établi le nouveau quartier général à un confluent de rOgôoué, situé près des chutes Poubara, dans le pays des Ondoumbos. A cet endroit l'Ogôoué, venant du sud, changeait de nom; son affluent, dont le cours se dirigeait de l'est-sud-est à l'ouest-nordouest, était la rivière la Passa.

Il était inutile de pousser plus loin ; la direction de ces cours d'eau, leur peu de profondeur à quelque distance en amont du confluent (ils sont franchissables à gué), montraient clairement que rOgôoué n'était pas, comme on l'avait cru jusqu'alors, une voie de pénétration dans l'intérieur.

Cependant les voyageurs estimèrent que leur tache n'était point finie. Leur objectif fut alors de s'avancer vers l'est et de pénétrer dans l'immense région encore inconnue, qui les séparait du bassin du haut Nil et du lac Tanganika. Mais ce n'était plus une voie fluviale qu'on allait suivre désormais, c'était la route de terre et la question du transport des bagages à dos d'hommes devenait d'une importance capitale.

Pendant les premiers jours du voyage, l'expédition put

Bouët-Willaumez.

à peine réunir dix ou quinze hommes qui, moyennant un paiement exorbitant, consentirent à transporter les caisses à une courte distance.

Il fallut plusieurs jours pour conduire tout le bagage de la mission à quelques kilomètres du point de départ, sur les collines qui bordent la rive droite de la Passa et, malgré toute la surveillance qu'on avait pu exercer sur les indigènes, on constata un peu plus loin que plusieurs des caisses avaient été ouvertes et dévalisées.

M. de Brazza parvint cependant à se procurer d'autres porteurs à prix d'argent et se disposa à continuer sa route.

Exploration de l'Alima. — Du bassin de l'Ggôoué, il allait pénétrer dans le pays des Batékés qui lui avait été dépeint sous les couleurs les plus sombres. On lui avait dit que cette région, habitée par des hommes défiants et cruels, était un véritable désert, dénué de vivres et présentant par conséquent des difficultés sérieuses de ravitaillement.

En général, dans les contrées où la civilisation n'a pas encore pénétré, les peuples se partagent en oppresseurs et en opprimés, et l'apparition de voyageurs inconnus fait naître, chez les uns comme chez les autres, un sentiment de méfiance très prononcé : les premiers croient voir des rivaux, les autres de nouveaux oppresseurs.

Or les Batékés, dont M. de Brazza allait avoir à traverser le pays, avaient été, à plusieurs reprises, battus par des peuplades voisines, appartenant à la tribu des Bafourous, et l'arrivée des voyageurs blancs leur fit naturellement croire qu'ils allaient être en butte aux attaques d'un nouvel ennemi. Ils commencèrent par recevoir fort mal les voyageurs, mais la contenance ferme et résolue de M. de Brazza et de ses compagnons les arrêta. M. de Brazza, craignant néanmoins une attaque de nuit, crut devoir enterrer, en avant d'une espèce de retranchement qu'il avait fait

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