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RLE MONTPARNASSE — SUCCURSALE : 58, RUE DES ÉCOLES

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Aspects principaux du pays; division en régions naturelles. — Entre la côte très pluvieuse du Gabon et la plaine intérieure où coulent l'Oubangui, la Sangha et leurs affluents, les monts de Cristal dressent un obstacle d'une élévation médiocre, sur les deux versants duquel les nuées atlantiques se condensent et déterminent une puissante végétation forestière. Sur leurs croupes aux angles émoussés, la brousse seule peut vivre, et dans le pays, vu de très haut, ils apparaîtraient comme une tonsure centrale, bordée de part et d'autre d'une épaisse végétation équatoriale.

La côte, souvent marécageuse, ressemble à celle de la Côte d'Ivoire : une ligne d'écume blanche, puis des eaux tranquilles mourant sur une laisse de sable et, derrière, soulignant les premiers plans comme d'un gros trait noir, la forêt. A l'horizon, mais seulement de place en place, l'œil aperçoit les profils de collines lentement ondulées; ce sont les premiers contreforts des monts de Cristal. Quelques factoreries sont posées à la lisière de la forêt et se reflètent dans la mer toujours calme; elles se signalent de loin par leurs toits blanchis à la chaux. Libreville, encadrée d'une haute verdure, est un décor charmant de nature tropicale, avec ses constructions dispersées parmi les arbres, et qui donnent l'illusion d'une vaste cité.

Ici, la forêt n'est qu'un rideau tendu sur quelques kilomètres; après deux ou trois étapes sous bois, parmi les lianes grimpantes et les troncs écroulés à terre, dès les premières pentes des monts de Cristal, la futaie dense disparaît; ce ne sont plus que de hautes graminées, flambées plutôt que détruites par les incendies annuels qu'allument les indigènes et jalonnées de disgracieux baobabs; des antilopes et des éléphants se rassemblent autour des mares, des bandes de singes jouent dans les arbres. Sur le bas Congo, la foret littorale ne remonte pas au delà de l'île de Mateba; plus haut commence la traversée des monts de Cristal; le fleuve, étalé, majestueux comme les cours d'eau russes, dans la plaine où il se joint à la mer, se resserre alors entre les collines; sapente est plus rapide; son courant, violent jusqu'à 10 nœuds au « Chaudron d'Enfer », près de Matadi, arrête bientôt la navigation maritime en aval des dernières cataractes.

Les monts de Cristal franchis, si l'on continue à suivre le fleuve ou ses grands affluents à partir du Stanley-Pool, on se voit environné d'une forêt de plus en plus envahissante; ce n'est d'abord qu'une galerie, qui fait cortège aux routes d'eau; c'est ensuite un manteau lourd étendu sur tout le pays, doublé comme d'une fourrure plus épaisse partout où la circulation de l'eau développe l'exubérance de la végétation; le long du Congo luimême, en territoire belge, cette forêt se prolonge jusque sur l'Arouhimi, vers les lacs du haut Nil; sa magnificence terrible arracha au réaliste Stanley des réflexions presque mystiques. Dans le Congo français, sur la Sangha, l'Oubangui et leurs tributaires, on atteint plus vite la frontière de la région équatoriale et du Soudan; on passe progressivement par la forêt-galerie, puis par la savane à bouquets d'arbres, jusqu'aux steppes subsahariennes qui entourent le lac Tchad, Là, plus qu'en forêt, le gros gibier pullule; les membres de la mission Gentil signalent comme un véritable jardin zoologique la région intermédiaire entre le Congo et le Chari. Là changent aussi les conditions ethnographiques : aux anthropophages fétichistes succèdent des nègres islamisés, plus redoutables aux Européens.

Ainsi la division géographique du Congo français est établie par des traits caractéristiques : le littoral, les monts de Cristal, les plaines intérieures, celles-ci offrant toute la gamme des transitions de la forêt au désert. Les monts de Cristal constituent une zone d'isolement, pauvre et déboisée, qu'il faut franchir pour ouvrir à la pénétration européenne les districts plus riches du domaine congolais ; le fleuve a biùsé cette bar-

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rière, entre le Stanley-Pool et Matadi, mais sa vallée, non encore nivelée, n'est pas une voie navigable; le Congo belge y supplée par son chemin de fer, qui tourne les rapides de cette brèche ; il faudra, dans notre Congo français, lancer un pont du même genre, mais qui sera plus long et plus coûteux, entre des régions aujourd'hui fermées lune à l'autre et qu'il convient, en

La plage à gauche de Libreville — Pnoi. Audéma.

attendant, de dissocier dans l'administration comme elles le sont dans la nature.

Orographie. — La vaste région connue aujourd'hui sous le nom de Congo français se décompose en trois dépressions d'inégale étendue : les vallées de l'Ogôoué et du Gabon au nord, la profonde fissure du Congo et de ses affluents au sud, et le sillon de TOubangui du nord au sud. Ces trois vallées aboutissent, comme l'a constaté la mission Gendron, à un plateau de hauteur médiocre, d'où s'échappent vers les trois vallées toutes les eaux tombées sur les massifs.

Cet ensemble montagneux, encore mal connu dans le détail, est généralement désigné sous le nom de « monts de Cristal ». Autant que permettent de le supposer les renseignements des

explorateurs, ces montagnes seraient constituées par un socle granitique sur lequel courraient parallèlement les unes aux autres des séries de hauteurs orientées du N.-E. au S.-O., encadrant des vallées bien arrosées. L'aspect général des monts de Cristal rappelle assez exactement les dispositions générales de notre Jura français.

Nulle part l'altitude maxima des monts de Cristal ne dépasse 1 500 mètres, si même elle atteint ce chiffre. Ainsi le mont Batta culmine à 8o0 mètres et celui de la Mitre n'en a guère que 1 2o0. Toute cette masse montagneuse est d'origine primaire ; les roches en sont presque exclusivement composées de gneiss, de quartz et de schistes. Il semble également prouvé que ces hauteurs ont été profondément modifiées par de violentes éruptions volcaniques qui ont déterminé de gigantesques érosions. Aussi les cols qui entament la masse montagneuse sont-ils tous très découpés et sont accessibles par des seuils extrêmement bas. Les laves ont revêtu le soubassement granitique d'une couche extrêmement épaisse et elles se sont quelquefois épanchées jusqu'aux bords de la mer qu'elles dominent alors par de hardis piliers. Ainsi, comme le Fouta-Djalon, le massif des monts de Cristal s'abaisse par une série de marches rocheuses vers la cuvette du Congo, dont les efforts séculaires du fleuve ont forcé la barrière, et aussi du côté de l'Oubangui, qui apparaît comme le fossé extérieur du massif vers Test.

Climat. — Le climat du Congo ne présente naturellement pas une parfaite unité ; très chaud et très anémiant, en même temps que malsain sur la côte et dans toute la zone littorale, il devient plus salubre et plus supportable sur les hauteurs, ou à mesure que l'on pénètre vers l'intérieur. Toutefois, ce n'est pas dans les régions situées sous l'équateur que règne la chaleur la plus intense. Le vent alizé sud-est soufflant sur une grande surface liquide (chacun connaît la prédominance des mers dans l'hémisphère austral et celle des continents dans l'hémisphère septentrional), il en résulte que ce vent est plus frais et, rencontrant plus d'obstacles sur sa route, plus puissant que le vent alizé nord-est. La conséquence de cet état de choses, c'est que la ligne isotherme de plus grande chaleur moyenne, au lieu de correspondre à l'équateur, correspond environ au 5« degré nord, c'est-à-dire qu'elle est rejetée assez avant vers le nord.

D'autre part, les pays qui se trouvent dans la proximité de l'équateur ne restent qu'un temps fort court en dehors des limites de la bande des pluies et de celle des tornades, de

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sorte que les quatre saisons n'y sont guère distinctes. A mesure qu'on s'éloigne de l'équateur, les quatre saisons deviennent plus nettes, leur durée respective en est modifiée et la période des orages augmente en importance. Ces quatre saisons se distinguent en grande et petite saison des pluies, grande et petite saison sèche, la grande saison des pluies correspondant à la marche du soleil du sud vers le nord. Ces saisons suivent inva-

Talagouga sur l'Ogôoué. — Phot. Joaquei. (Soc de géographie.)

riablement, au nord et au sud de l'équateur, la marche suivante :

Nord. — Grande saison des pluies, petite saison sèche ; petite saison des pluies, grande saison sèche.

Sud. — Grande saison des pluies, grande saison sèche; petite saison des pluies, petite saison sèche.

La chaleur, très dure pour les Européens, dans le voisinage de la côte, devient moins pénible et plus modérée à mesure que l'on pénètre dans l'intérieur des terres et que l'on gravit les terrasses des monts de Cristal et les plateaux qui forment la ligne de partage des eaux entre les bassins de l'Ogôoué, du Gabon et le bassin du Congo intérieur. La température annuelle oscille entre 25 et 26°, sans que les journées les plus

chaudes (mars et avril) dépassent 34° et que les plus fraîches s'abaissent jusqu'à 22. Ces chiffres ne donnent d'ailleurs qu'une idée inexacte du climat, car l'humidité perpétuelle aggrave singulièrement les dangers et les rigueurs de la température et engendre l'anémie, la fièvre et l'infection paludéenne.

Hydrographie. — Au nord de la grande artère du Congo, qui constitue l'unité physique de notre domaine, un grand nombre de rivières descendent par une série de rapides des hauteurs parallèles à la côte et s'enferment dans une suite de bassins indépendants, dont quelques-uns ont une superficie déjà considérable. Ces rivières présentent toutes ce caractère commun d'apporter à la mer un volume d'eau considérable pendant la saison des pluies et d'être à peu près à sec le reste de l'année. Tous ces cours d'eau, par la ramure, touffue de leurs affluents, facilitent les communications entre les vallées du Gabon et du Congo, et ont été les chemins naturels des grandes explorations.

Il suffit de citer, sans insister, le rio Campo, dont le cours inférieur sert de délimitation entre le Congo français et le territoire allemand du Cameroun; la rivière Bénito, formée de deux petites rivières, la Mambé et la Volo, et qui est navigable sur 35 kilomètres environ; la rivière Mouni, artère large et courte, dont l'Espagne et la France se sont longtemps disputé la possession, et enfin la rivière Mounda et son affluent le Djamboë. Mais les rivières du Gabon, et plus spécialement l'Ogôoué, méritent une étude plus approfondie.

C'est, en effet, dans l'estuaire du Gabon qu'aboutissent à la fois le Komo, originaire des monts de Cristal, non loin des sources du Mouni, et navigable pour des navires de moyen tonnage, jusqu'au point où le fleuve est obstrué par des îles appelées Ningué-Ningué, et la Rhamboë au lit étroit mais profond, et qui descend, par une série de rapides, des mêmes régions montagneuses. Ces deux fleuves sont entre eux comme la Garonne et la Dordogne en France ou, pour mieux dire tous ces cours d'eau, le Komo, la Rhamboë, et leurs affluents, le Bokoué, la Maga et le Yambi, contribuent tous à emplir de leurs eaux et de leurs alluvions l'estuaire du Gabon.

A une centaine de kilomètres au sud-ouest de l'estuaire du Gabon, apparaît l'immense nappe d'eau de l'Ogôoué. Né à 450 mètres d'altitude, sur le plateau des Achicouyas, le fleuve n'est à sa naissance qu'une flaque d'eau. D'abord simple torrent, descendant des hauteurs par une série de chutes très élevées et très rapprochées les unes des autres (les plus importantes

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sont celles de Doumé, de Boundji et de Booué), il n'est libre de tout obstacle qu'à ]S'djolé,à 70 mètres d'altitude.

Dans cette partie supérieure de son cours, l'Ogôoué, après une courbe harmonieuse de l'ouest au nord, a plus que doublé son débit par sa jonction avec la Passa, dont le lit, également embarrassé de chutes, se glisse sous un véritable dôme de verdure par de nombreux méandres, reliés entre eux par des

Fleuve Rhamboë. — Phot Joaques. (Soc. de géographie.)

lianes entrelacées. Lorsque ses eaux claires et rapides se confondent avec les eaux limoneuses de l'Ogôoué, la Passa a cent mètres de largeur moyenne.

L'Ogôoué, dont les eaux ont reflété le village indigène de Tabouré et le poste de Franceville (300 mètres d'altitude), s'élargit à celui de Lambaréné oiî commence son delta. Il a auparavant traversé la région épaisse des forêts et reçu un grand nombre d'affluents dont les principaux sont, à gauche : le Liboko, qui apporte les eaux des plateaux Oudoumbas; la Lékélé, la Léboka, et le N'gounié, large de 400 mètres à son embouchure et qui a été longtemps considéré comme le principal des affluents de l'Ogôoué. Au confluent des deux cours d'eau s'étend une longue bande de terre, appelée Pointe Fétiche et dont l'as-

pect rappelle assez exactement celui de notre Bec-d'Ambez. Sur la rive droite accourent par des vallées capricieuses et encaissées le Libako, le N'koni, impraticable à ia navigation à cause des fameuses chutes de Fougamou, hautes de 106 mètres; le Sébé, et surtout l'Ivindo, qui sert de fossé d'écoulement au pays marécageux des MTans. Là se trouve, d'après Grampel, la ligne de faîte qui sépare le Djah, affluent du Congo, le Ntam, tributaire du golfe de Guinée, et le cours de l'Ogôoué. Le cours inférieur du fleuve est barré par une chute qui rend la navigation difficile.

Le delta de l'Ogôoué, encombré d'îles flottantes, de bancs de sable, sur lesquels les herbes s'accumulent en couches énormes, est traversé par un grand nombre de marigots et communique même avec de vastes réservoirs dont les principaux sont les lacs Zouenghé et Anenghé, alimentés par les eaux de crue; Au moment où ses eaux se mêlent à celles de l'Océan, l'Ogôoué a un débit moyen de 10 000 mètres cubes d'eau par seconde, supérieur, par conséquent, au Rhône et au Rhin réunis; il a parcouru i 200 kilomètres de longueur et son bassin a une superficie de 300000 kilomètres carrés.

Peut-être plus important pour l'établissement des voies de communication entre Loango, port actuel du Congo français, et Brazzaville, sur le fleuve, par la vallée de l'Alima, est le cours du Kouilou. Sous le nom de Niari, qu'il conserve jusqu'au village de Makabana, ce cours d'eau prend sa source sur le plateau Batéké. Grossi de la fraîche Loudima et de la Louisa aux méandres capricieux, le Niari- Kouilou s'engage alors dans une vallée encadrée de montagnes et de collines, et son cours, tantôt large et profond, tantôt léger et rapide, est coupé de cascades et de cataractes jusqu'à 60 kilomètres de son embouchure. Sans la barre mobile, difficile à franchir, le fleuve serait facilement pénétrable jusqu'à 60 kilomètres de sa large embouchure (700 mètres environ de largeur). Nul doute que, si jamais le Congo français était doté d'un chemin de fer, la voie logique etnprunterait la vallée du Niari-Kouilou pour redescendre vers le Congo par celle de l'Alima.

Citons enfin leMassabi, formé de la réunion de la Laémé, qui appartient à la France, et du Chisambo, qui coule en territoire portugais. Cette rivière constitue la limite extrême de nos posbessions du Gabon-Congo.

Le Congo. — II est nécessaire de décrire, au moins en quelques mots, le cours du Congo depuis ses sources, si l'on veut avoir une idée exacte de la formation du fleuve et de son rôle économique dans les régions qu'il traverse.

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Les sources du Congo sont, du reste, assez mal connues. Ce fleuve prend naissance dans une région assez indécise et marécageuse dont le sol, au dire de Livingstone et de Stanley, est une véritable éponge. L'eau, cachée dans les profondeurs du sous-sol en immenses nappes d'eau, s'épanche en dehors par de nombreuses sources qui, réunies, forment le Congo naissant. Connu d'abord sous le nom de Tchambézi, il traverse le lac

Campement de pagayeurs sur l'Ogôoué. — Phot. Bonassiès.

Bangouélo et en ressort sous le nom de Loualaba, qui lui-même s'épand dans le lac Moëro. En sortant de ce lac, le Congo n'est encore qu'un maigre cours d'eau que les eaux du Louloua, venues des lointains plateaux du haut Zambèze, rendent plus abondant du double. Mais le fleuve ne devient véritablement imposant et large de plusieurs centaines de mètres qu'après avoir recueilli, à Kiroumbo, la Louama et ses 76 affluents. Jusqu'alors le Congo a coulé dans une sorte de cuvette naturelle nettement orientée vers le nord. Il se heurte alors aux dernières ramifications du Kilimandjaro et les franchit par une série de rapides, véritable chapelet de cataractes, qui ont reçu, de l'explorateur qui les aie premier décrits, le nom de Stanley-Falls.

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Déjà le fleuve avait modifié sa direction primitive en inclinant progressivement vers le nord-ouest. Bientôt il décrit une grande courbe, analogue à celle de la Loire à Orléans, coupe unu deuxième fois à Equateurville la ligne de l'équateur; puis, augmenté du Lomané et de TArouliimi, qui lui ont apporté une partie des précipitations de l'océan Indien, il s'écoule vers le sud-ouest.

C'est exactement en face du village de N'Soumbi que le Congo pénètre sur le territoire français, dont il formera la frontière naturelle presque jusqu'à son embouchure. En ce point, c'està-dire à quelques kilomètres du confluent de la rivière Léfini, il a déjà une largeur de 5 à 6 kilomètres, mais son lit est encombré d'un grand nombre d'îles boisées. C'est alors une immense nappe d'eau qui s'avance majestueusement vers le sudouest et qui s'étale jusqu'à avoir 18 kilomètres de largeur. Bientôt cette largeur diminue. C'est que, pour la deuxième fois, il doit se frayer une route à travers une barrière montagneuse. A son confluent avec le N'kéni, il n'a plus que 9 à 10 kilomètres de large, et bientôt il longe les falaises escarpées et crayeuses dont les parois, analogues aux falaises des environs de Douvres, constituent le fameux Stanley-Pool. Les dernières assises des monts de Cristal ont été rongées par l'effort séculaire du fleuve, qui remplit de ses eaux cette vasque de 210 kilomètres au milieu de laquelle apparaît la grande île centrale de Bamou. Il est peu de vues aussi belles que celle du panorama miroitant du Stanley-Pool. « Le lac, immense comme une petite mer intérieure, est entouré de montagnes boisées dont les contours s'évanouissent dans un lointain bleuâtre. La vue s'étend librement, d'abord sur la partie du Pool qui termine en aval la grande expansion du fleuve. Au delà, la vue est bornée par les hauteurs de la rive française, aux pentes couvertes de verdure et sur laquelle tranchent les aspérités blanches des falaises que Stanley a nommées « Dower-Clipps », à cause de leur ressemblance avec les rochers de la côte anglaise de Douvres. » (Colonel Thys.)

Pour échapper aux obstacles rocheux, qui pendant longtemps enchaînèrent son cours, le Congo a encore à descendre un gigantesque escalier. C'est la série des cataractes connues sous le nom de chutes de Livingstone. Elles s'étagent, au nombre de 32, sur une longueur de 275 kilomètres, et le fleuve, qui s'était élargi jusqu'à avoir 10 kilomètres de rive à rive, n'a plus guère que de 300 à 800 mètres de large. 11 s'étend en larges cuvettes où ses eaux tournoient dans un cirque de rochers ; puis,

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les chutes de Yellala une fois franchies, le Congo se termine, à travers deux rideaux de forêts qui arrêtent la vue à droite comme à gauche. « Le sous-bois surtout marque la différence d'avec les paysages sylvestres des latitudes tempérées. A côté, pour ainsi dire, de la futaie d'où émergent les cocotiers, les élaïs, ou encore, véritables géants, les faux cotonniers, se développe une végétation prodigieuse. La brousse se fait taillis, la

Passage d'un des rapides de l'Oubangui.

plante devient arbre, la liane joint la cime à la racine, unit entre eux ces piliers innombrables, tous ces troncs puissants et sveltes, et l'ensemble forme un fouillis d'apparence inextricable, tamisant, divisant à l'infini la lumière du jour. Par instants, des échancrures ouvrent la rive, expansions ou criques du fleuve, et, courts affluents, au-dessus desquels les ramures se rejoignent presque en dômes mouvants, assombrissant l'eau qui les reflète. » (René Vauthier, Le Congo belge.)

Après avoir longé les stations de Matadi, Boma et Banana, le fleuve entre en contact avec l'Océan, dont la marée retarde le courant fluvial et en exhausse le niveau. Son débit moyen de 40 000 mètres cubes peut atteindre, aux hautes eaux, jusqu'à

7OO0O et même, d'après certains calculs, 80000 mètres cubes et ne s'abaisse jamais au delà de 33000. Quant aux sédiments apportés dans la mer, ils représentent, d'après Chavanne, une quantité annuelle de 350 millions de mètres cubes, assez pour dresser au fond de la mer une île ayant 300 mètres de hauteur sur un kilomètre carré de base.

C'est, nous l'avons dit, en face du village de N'Soumbi que le Congo commence à couler sur le territoire français. De cette station à Manyanga, dernier comptoir français, le Congo reçoit du nord et du nord-ouest un grand nombre d'affluents dont les principaux sont l'Oubangui, la Sangha, la Likouala et l'Alima.

L'Oubangui est formé de la réunion de deux cours d'eau, l'Ouellé et le M'Bomou, qui tous deux arrivent directement de l'est. Parallèlement à l'équateur et à environ 3 degrés 1/2, au nord, coule la première rivière, qui prend successivement les noms de Kibali,Makoua et Quelle. Une fois constituée par une multitude de petits ruisseaux, elle coule dans une plaine herbeuse très mouvementée et franchit par une série de méandres des seuils et des barrages extrêmement élevés. A la saison des maigres, les eaux sont limpides et se glissent péniblement à travers les roches ; mais, à l'époque des crues, qui atteignent jusqu'à 5 mètres de hauteur, les eaux limoneuses se précipitent avec une grande rapidité. De nombreuses îles, qui sont toutes habitées, émergent du lit de cette rivière. Quant au M'bomou, grossi du Chinko, c'est un puissant cours d'eau qui vient se joindre à l'Ouellé après avoir coulé plus au nord et avoir, par ses affluents de droite, ouvert un chemin vers le Chari et, par ceux de gauche, vers le Bahr-el-Ghazal. Près de son confluent, le M'Bomou reçoit le Mlili, barré, lui aussi, par de nombreuses chutes et rapides. Toute cette région est donc admirablement arrosée et les cours d'eau sillonnent le sol comme les mailles d'un gigantesque filet. C'est par cette artère de l'Oubangui, de l'Ouellé et de ses affluents que le Congo communique à la fois avec le lac Tchad par le Chari, avec le Nil par le Bahr-el-Ghazal et avec la région des grands lacs par l'Arouhimi.

L'Oubangui, une fois formé, coule d'abord dans un pays plat et coupé de rivières peu p*rofondes. « A Cettema, il traverse une première série de lignes rocheuses, au milieu d'un site tourmenté et sauvage d'une grandeur indescriptible. » Puis, après s'être de nouveau fait un passage à travers les roches, il s'étale largement jusqu'à avoir plusieurs kilomètres d'une rive à l'autre et se heurte de nouveau aux collines de Mokoangay. Enfin, après avoir fait une troisième série de chutes à Tongo,

il entre dans la grande cuvette du plateau central et s'écoule rapidement vers le sud par des rapides qui se succèdent sur une étendue de 100 kilomètres. Quand il atteint le Congo, l'Oubangui a parcouru environ 2 500 kilomètres et son débit moyen est de 8 000 mètres cubes par seconde. Il est remontable jusqu'aux rapides de Zongo qui peuvent eux-mêmes être franchis en pirogues pendant l'hivernage. Pendant la saison sèche, l'Ou-

Gampement près de Carnotville. — Phot. Bonassiès.

bangui inférieur, large de plus de 3 kilomètres, n'a guère que 1 mètre de profondeur et il est obstrué par les bancs de sable; mais, pendant l'hivernage, les eaux s'élèvent à plus de 6 mètres. Des îles boisées, des bancs de sable, des marigots, masquent si bien l'embouchure que bien des explorateurs, Grenfell et Clozel entre autres, ont pénétré dans l'Oubangui jusqu'à 180 kilomètres au nord en croyant naviguer sur le Congo et que d'autres ont continué leur route jusqu'à Équateurville, alors qu'ils voulaient, au contraire, gagner le comptoir de Bangui. Toutes les rivières qui aboutissent sur la rive droite du Congo inférieur

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présentent le même aspect et exposent les explorateurs aux mêmes méprises.

Telle est, par exemple, la Sangha ou Massanghadont le cours est de 1600 à 1700 kilomètres de long. Grossie de la Mambéré, qui en est en quelque sorte la mère originelle, elle descend du nord au sud, en décrivant quelques méandres d'une courbe peu accentuée, et sa vallée communiquerait directement par quelques-uns de ses affluents avec le cours de l'Oubangui. Quand elle se jette dans le Congo, la Sangha débite environ 3000 mètres cubes d'eau.

C'est le capitaine Jobit, aidé du Ijeutenant Demars, qui a démontré qu'il n'existait aucune jonction naturelle entre la Sangha et la Likouala aux herbes, sauf celle qui doit forcément s'établir, à la saison des pluies, entre les marais de boue qui séparent les deux rivières. La Likouala aux herbes est, d'abord, un petit ruisseau, dont les sources ne sont pas exactement connues et que les dires des indigènes placent assez loin dans le nord. C'est, à son confluent avec la petite rivière Bailly, un cours d'eau guéable, mais qui s'élargit rapidement jusqu'à avoir 120 mètres de large. Il se divise fréquemment en plusieurs bras et trace de nombreux méandres, tout en conservant une direction du nord au sud, sensiblement parallèle à celle de la Sangha. De nombreux bras, dont quelques-uns navigables, se détachent vers la Sangha et vers l'Oubangui. Dans les cinquante derniers kilomètres de son cours, la Likouala oblique nettement vers la Sangha dans laquelle elle se termine par deux embouchures, non loin de la factorerie de Bohengué, récemment établie par la Compagnie française du Congo. La Likouala, remontable par des vapeurs sur une partie de son cours, est une voie navigable, d'un accès relativement facile, grâce à la profondeur constante de ses eaux.

L'Alima, dont la vallée, explorée par de Brazza, a une longueur d'environ 500 kilomètres, est une belle rivière, limpide pendant la saison sèche, mais noirâtre pendant l'hivernage. Descendue du plateau des Achicouyas et formée par la réunion des rivières Diélé et N'Gampo, elle coule d'abord vers le nordest, puis vers l'est et enfin vers le sud. Elle se termine dans le Congo par un vaste delta à 350 kilomètres au nord-est de Brazzaville, après avoir reçu de nombreux affluents dont les plus importants sont le Lekêti et le M'Pama. C'est la grande voie de communication de la côte au Congo par les vallées du Niari-Kouilou et de l'Ogôoué, avec lesquelles elle communique directement. Son débit est de 1 000 mètres cubes par seconde.

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Tel est cet admirable réseau hydrographique du Congo et de ses affluents, insoupçonné encore il y a vingt ans et exploré depuis par Savorgnan de Brazza, le D' Ballay, de Lastours, Clozei, Ponel, Decazes, Gendron, Jobit pour la France, Stanley, Van Gèle et Van Kerkhoven pour la Belgique. C'est également la marche de la mission Marchand, de Brazzaville à Fachoda, qui a démontré Tenchevétrement des ruisseaux dont les uns s'écou-

Pont de lianes sur la Nana. — Phot. Bonassiès.

lent vers le Bahr-el-Ghazal et les autres vers l'Ouellé-M'Bomou. Enfin, il était également réservé à des Français de démontrer, comme l'avait deviné le malheureux Crampël, la possibilité de gagner par l'Oubangui le lac Tchad et le Niger. Après le massacre de cette mission, la marche offensive de Dybowski et la traversée de la mission Casimir Maistre, l'administrateur Gentil, utilisant le cours du Chari et ceux des rivières Ouom et Nana,' atteignait au prix d'héroïques efforts le bord du lac Tchad et lançait sur cette nappe d'eau la canonnière Léon-Blot, battant pavillon français. Sans doute, le lac Tchad, dont la convention de 1898 nous a réservé les bords septentrionaux, n'est pas cette immense mer intérieure qu'avaient rêvée nos explorateurs. Elle

n'est pas la source qui vivifie et enrichit les pays du Baguirmi et du Sokoto, mais elle est bien plutôt le lit de mort des fleuves africains. Mais c'est en suivant ses bords que l'on peut passer, sans quitter le territoire français, de Saint-Louis à Brazzaville. Ainsi a été constitué cet immense empire africain dont les conventions de 1890, 1897 et 1898 nous ont reconnu la pleine propriété; ainsi a été achevée cette Iliade africaine que nos explorateurs et nos soldats ont écrite, au péril de leur vie et au prix de mille fatigues, en moins de vingt ans.

Côtes. — La côte du Congo français est bien différente suivant qu'on la considère au nord ou au sud du cap Lopez. Au nord, la côte est assez élevée et découpée par les intrusions successives de la mer. La courbe du rivage, assez régulière au nord du cap Saint-Jean et d'un profil presque géométrique au sud du cap Lopez, se creuse en quatre golfes successifs, la baie de Bâta, celle de Corisco, avec les grandes îles de Gorisco, débris de l'ancien rivage, la grande et la petite Elobey, la baie du Gabon avec l'île Coniquet et l'île aux Perroquets, et enfin l'anse de Nazareth. Au delà du cap Lopez, l'aspect de la côte se modifie complètement. Le rivage est bordé de lagunes malsaines, reste d'anciens estuaires desséchés. Une ligne ininterrompue de palétuviers et d'arbres touffus, qui dissimulent les cases de Libreville, de Loango et de Massabi, jalonnent le rivage jusqu'à l'embouchure du Congo.

Flore et faune. — L'humidité intense détermine, en particulier dans les régions côtières et sur les bords des fleuves, une admirable végétation. L'épaisse forêt équatoriale qui couvre les terrasses de l'intérieur fournit d'excellents bois de construction (le santal rouge, le moâbi, le manglier, l'ébène, le mandji, très beau bois de menuiserie, le baobab, etc.). On trouve aussi le copal dans la forêt de Mayombé, des résines qui s'extraient de diverses sortes d'acacias et enfin le caoutchouc que sécrètent un grand nombre de lianes. Enfin, les noix de kola se trouvent presque partout. Des plantations de bananiers annoncent d'ordinaire l'approche des villages. Le dourah et la racine de manioc au nord, le maïs et le sorgho au sud, sont les plantes généralement cultivées par les indigènes, ainsi que les ignames et les patates. Le café réussit fort bien au Congo et pourra devenir une grande ressource. Ajoutons que la plupart des arbres fruitiers ont pu s'acclimater au Congo et y fournissent des fruits comestibles (mangue, goyave, avocat, coco, papaye, citron, orange, etc.).

L'éléphant fut autrefois l'animal type du Congo, comme le caoutchouc en est la plante caractéristique ; mais on ne rencontre plus guère les pachydermes que de l'autre côté des monts de Cristal ; les hippopotames sont nombreux sur le bord des rivières. Comme ruminants, il faut citer l'antilope, le bœuf sauvage et le buffle. Les singes s'y trouvent en nombre considérable; les individus de la grande taille sont le chimpanzé et le gorille; ceux de la petite espèce, le macaque et le ouistiti. Les grands fauves sont peu connus au Congo ; il n'existe pas de tigres, mais beaucoup de panthères, de léopards et des chats sauvages. Les forêts du Congo sont peuplées d'oiseaux, depuis le colibri et l'oiseau-mouche jusqu'à l'aigle et au vautour, sans oublier la caille, la perdrix grise, le pélican et l'aigrette. Les reptiles (boa constrictor, python, serpent noir, serpent vert et vipère cornue) s'y rencontrent aussi fréquemment.

Camille Guy.

Soulous, Akoas, M'Pongoué, Bakalais, Galoas, Paliouins. — Les autochtones du Gabon sont les Boulous et les Akoas, aujourd'hui à l'état de petites tribus éparses, que les Gabonais (M'Pongoué) regardent comme très au-dessous d'eux. Les Boulous occupaient i'Ogôoué autrefois. Leur taille ne dépassait pas in»,50. Ils sont aujourd'hui très mélangés et leur taille est généralement plus élevée. Ils vivent de chasse et de pêche. Les Akoas, Okoas, Bongos, sont ces petits nains aperçus de temps en temps par les voyageurs et décrits d'abord par Fleuriot de Langle. Ils ont de tout temps été des hôtes des forêts. Mais c'est à leur mélange avec les Boulous et autres que sont dus ces villages de demi-nains rencontrés à côté des Schékianis, des Apingis, etc. Les premiers envahisseurs du pays sont les Ombékés (Liotard), divisés en M'Pongoués et Schékianis, autour de l'estuaire du Gabon, en Oroungous, sur la rive droite, et en N'Komis, sur la rive gauche du basOgôoué. Les Galoas, venus peut-être à leur suite, ont la même origine, ainsi que les Inengas. Les uns et les autres habitent, en effet, au même niveau de rOgôoué, à côté des Oroungous.

Les Gabonais proprement dits ou M'Pongoués sont de purs nègres sous tous les rapports. Mais ils ont beaucoup profité de leur contact déjà ancien avec les Européens, et ils ne sont ni sauvages ni désagréables. Leurs femmes passent pour être des plus belles de la côte d'Afrique. On a vanté surtout la musculature des Galoas ou Gallois, les grands piroguiers de rOgôoué, qui viennent s'engager jusqu'à Libreville comme manœuvres et laptots. Ce qui ajoute à l'élégance de leurs formes, c'est la petitesse de leurs mains et de leurs pieds. Leur taille moyenne est de l'tt,62, leur

crâne modérément allongé. Ils sont tous naturellement très amoureux d'oripeaux, très vaniteux. Ils mettent leur amour-propre surtout à posséder le plus grand nombre de femmes. Ils trafiquent de celles-ci comme de tout, et leurs mœurs sont dissolues. Ils vivent par villages isolés sous des chefs qui sont eux-mêmes des trafiquants plus habiles ou plus voleurs.

Les Apingis, un peu plus avant à l'intérieur et sur la rive gauche de rOgôoué, peuvent être classés à côté des Gallois. En arrière des uns et des autres sont les Bakalais, disséminés sur de vastes espaces, de

chaque côté de l'Ogôoué moyen. Ce sont des Gabonais restés plus sauvages, quoique aujourd'hui ils se vêtent de même d'étoffes européen-

1,,jj jj(^g nés. Ils sont esseni^n^gj tiellement commerijH (-ants et chasseurs, ^* d'un caractère rapace et astucieux. Leurs villages, composés de cases basses et mal tenues, sont très sales. « Les femmes, ditMarche(page32), sont de beaucoup les plus laides et les plus malpropres de toutes celles que nous avons encore vues ; il n'y a guère que les femmes des Pahouinsqui puissent en approcher. » Et ce détail, si opposé à ce qu'on dit de la beauté des Gabonaises, de certains traits de mœurs, construction de case, etc., donnent à penser qu'ils se sont mêlés aux anciens autochtones et aux Pahouins. Ils savent très Lien défendre leurs villages et sont à Toccasion des chapardeurs féroces.

Les Pahouins sont les envahisseurs modernes du Gabon. Ce ne sont pas de vrais nègres. Et c'est de nos jours que, pénétrant par le nord-est, ils se sont avancés à travers les Gabonais, du côté droit de l'Ogôoué. Sous le nom d'Ossyébas sur l'Ogôoué, on les trouve partout, de Franceville au Benito, et sous nos yeux même ils s'infiltrent chaque année davantage vers le littoral. Leur teint, relativement clair, rappelle celui des Niams-Niams. Et non seulement par leurs traits, mais encore par plusieurs de leurs habitudes, ils se rattachent aux Niams-Niams. Leurs membres sont bien mieux développés que chez les nègres. Leurs yeux sont souvent fendus en amande. Leurs lèvres ne sont jamais déroulées ;

Femmes M'Pongoué.

leur nez est droit le plus souvent. Ils ne sont pas très grands (im,o8). Leur buste est massif, leur cou fort. Les seins de leurs femmes ne sont pas piriformes et pendants. Ils donnent l'impression d'une rudesse sauvage, quand ils sont mêlés de sang nègre. Leurs cheveux sont aboadants, en toison crépue. Ceux du haut de la tête sont tressés et retombent en cadenettes derrière les oreilles.

Ceux des tempes et de la nuque sont rasés.

Ils vont nus, sauf une bande d'écorce qui, passée entre les jambes, va s'épanouir derrière en éventail, rappelant absolument la ceinture de cuir des Niams-Niams qui a donné naissance à une légende des hommes à queue.

Les femmes se couvrent d'un pagne et ont les bras et les jambes chargés d'anneaux de cuivre. Ils sont anthropophages, et, pour pouvoir manger leurs pi isonniers de guerre, ils ne font pas d'esclaves. Le travail retombe donc sur les femmes. Mais ils font peu de culture, vivent de chasse et de brigandage. Enfin, ils sont métallurges adroits et fabriquent eux-mêmes outils et armes, ce qui est encore un indice de leur origine orientale.

Guerriers oudomba (Ogôoué). — CoU. Audéma.

Xjoangos, Bakongos, Bakotas, Bakounis, Batékès, Boubanguis, Bonjos, Banziris, Balingos. —

En descendant vers le Congo, nous rencontrons sur le littoral les Loangos. Il y a assurément chez eux un fond très primitif. Et sur leurs enfants au front si bombé au milieu, au nez si écrasé et petit, au bas du visage

d'aspect souvent triangulaire, par suite de l'écartement des pommettes, on croirait reconnaître le faciès boschiman. Ils sont d'ailleurs chélifs, aux membres grêles, laids. Mais, depuis longtemps en contact avec les Européens, ils s'incorporent des esclaves. Ils se font à eux-mêmes et font à leurs esclaves des entailles au visage qui sont une marque distinctive. Ils fournissent les manœuvres qui, en grand nombre, se livrent au transport des marchandises de Loango à Brazzaville, et, comme ils sont payés en alcool de traite, l'ivrognerie est habituelle chez eux. Ils ne sont vêtus

Pahouins et Pahouines d'Atakama (Komo). — Coll. M. Robert.

que de pagnes de bananier ou de cotonnade européenne. Leurs filles, une fois nubiles, ne s'occupent que de ramasser une dot par la prostitution. Et le mariage n'apporte aucune entrave à leurs habitudes dissolues. Ils sont très bons vanniers, et sculptent habilement le bois et l'ivoire.

Dans l'intérieur du Loango, il n'y a pas que les petits nains {très disséminés) à l'état absolument sauvage. Sur la rive gauche du Niari, entre cette rivière et le Congo, en contact avec les Bacongos qui occupent la rive sud depuis Nokki jusqu'à Stanloy-Pool, sont les Bakotas ou Bakombas. Sur la rive nord du haut Niari, on distingue les Bacounis, qui ne paraissent pas devoir être distingués des Loangos.

En arrière des Loangos, sur les plateaux entre le haut Ogôoué et le Congo, et fort avant dans l'intérieur, s'étendent les Batékès. Ils ne diffèrent pas physiquement des Loangos, quoique en général plus grands, et

sont aussi laids. Leurs femmes, parfois assez agréables, se couvrent le corps. Le sol de leurs cases étant garni de parasites de toutes sortes, ils sont obligés de s'épiler complètement. Leurs mœurs sont douces. Cependant naguère, peut-être le font-ils encore aujourd'hui, ils mangeaient leurs prisonniers de guerre, chaque guerrier dans les batailles opérant absolument comme un chasseur à la poursuite d'une proie. Ils cultivent peu et, au voisinage de nos établissements, ils vivent surtout du commerce. Les femmes coûtant très cher, les Batékès aisés peuvent seuls se marier, et on rencontre des villages où toutes les femmes appartiennent au chef (1). A la suite des Batékès, viennent les Boubanguis et les Apfourous, le long même du Congo et sur ses affluents jusque et y compris l'Oubangui. Ce sont des populations très solides, au torse vigoureux, de forte taille, mais à la face laide, du même type que les précédentes. Ils vivent surtout du fleuve, sur lequel ils passent une partie de leur existence. Ce sont aussi des commerçants très actifs, explorant au loia le pays pour se procurer des marchandises et aussi des esclaves pour leurs voisins anthropophages, les Bonjos. Ces esclaves ne

se payent que la valeur de 5 à 12 francs, car, dans l'intérieur et sur le haut Ogôoué, les indigènes batékès et diverses tribus se rattachant aux groupes du Gabon et de l'Ogôoué, telles quOkandas, etc., vendent aisément jusqu'à des membres de leur famille, qui sa sœur, qui son fils, etc

Type bakouiû. — CoU. Andéma-

(l) GuiRAL, Les Batékès (« Revue d'ethnographie », 1886).

Mais les femmes se vendent plus cher, et c'est d"hommes qu'est approvisionné le marché des anthropophages. Ils se font différentes entailles à la figure, comme les Loangos et les Batékès.

La culture ordinaire de tous ces peuples est celle du manioc, que les Batékès pétrissent avec du millet broyé. Ils pratiquent aussi celle de l'arachide et du maïs. Le millet n'apparaît que dans l'intérieur. Ils man-

Batékès de l'Ogôoué. — Phot. P. Durand.

gent, en dehors du poisson, toutes sortes d'animaux, rats, crapauds, sauterelles, vers, larves, etc.

A la suite des Apfourous et Boubanguis, on rencontre sur l'Oubangui des tribus telles que celle des Balloïs, dont les caractères se rapprochent de ceux des Bonjos ou Baudjos. Les Bonjos anthropophages doivent à leurs mœurs carnassières une excessive vigueur et une taille presque athlétique, parfois de in>,70 à 1™,75 en moyenne. Leur extrême prognathisme les rend extrêmement laids. Ils s'arrachent d'ailleurs les incisives supérieures, s'épilent jusqu'aux bords des paupières, sans cils, se rasent les cheveux, ne conservent qu'une bande ou deux sur l'occiput, et

se font sur le torse et les bras des tatouages en bourrelet. Ils n'ont pour vêlement qu'un lambeau d'une sorte de feutrage fait d'écorce de figuier martelée, assouplie et teinte en rouge. Les femmes portent des colliers de dents d'animaux et d'hommes et s'insèrent des rondelles dans le lobe des oreilles. Leurs pagnes sont d'un tissu effiloché et bouffant. Leurs cases sont soigneusement construites. Ce sont d'habiles potiers. Les esclaves qu'ils destinent à leur consommation sont parqués dans des villages éloignés et saisis à l'improviste loi^sque leur maître a résolu de les sacrifier. Ce n'est qu'au voisinage de nos postes, oîi se réfugient parfois des femmes, que nous avons pu tempérer leur sauvagerie. On affirme qu'ils tuent parfois leurs propres enfants pour les manger.

Les Bouzerous , un peu plus haut sur rOubangui, sont des Bonjos de plus petite mine. Les individus chétifs et misérables sont, en effet, le grand nombre parmi eux.

Mais ensuite, en remontant l'Oubangui jusqu'au coude qu'il fait pour redescendre au sud par o^* de latitude nord, et depuis ce

coude jusqu'aux confins du Baguirmi et du Ouadaï, le spectacle change tout à fait. On a affaire à des populations bien moins primitives. Les Banziris sont de grande taille, bien musclés, bien proportionnés même, sauf les jambes grêles, communes à tous les nègres. Leurs yeux sont bien ouverts, leur nez n'est point écrasé à sa racine; leurs lèvres ne sont point déroulées. Leur physionomie ouverte est souvent agréable. Leur coiffure est très compliquée, et ils surchargent leurs cheveux d'ornements. Leurs femmes sont peu ou point vêtues et de mœurs cependant décentes. Elles ont une abondante chevelure, souvent tressée en une natte qui pourrait toucher terre. Cette circonstance seule suffit à prouver que ce ne sont pas des nègres purs. Leur teint est d'ailleurs cuivré plutôt que noir.

Loango sur son tabouret.

Les Balingos, sur la Bailly, affluent de la Likouala, entre la Sangha et rOubangui, doivent être de la même race, car ils nous sont donnés comme de superbes gaillards de 1^,80 de haut (Jobit).

Langouassis, Dakouas, N'Gapous, Kabas Sodos, Tounias, Nyllems, Bouas, Kottokos, Chouas. — Les

influences orientales déjà quelque peu sensibles dans les mœurs des Banziris, deviennent déplus en plus sensibles en remontant vers le nord, chez les Langouassis, les Dakouas, les N'Gapous. Les Langouassis se percent la lèvre inférieure d'un, trois ou cinq trous, et insèrent dans ces trous élargis des baguettes de bois, quelquefois d'ivoire, ayant jusqu'à 10 centimètres de long, et, par grand luxe, d'épaisses aiguilles de cristal de roche. Dans la lèvre supérieure se loge une rondelle d'ivoire ou d'étain de 2 centimètres et demi de diamètre. Il n'est pas jusqu'aux ailes de leur%ez qui ne soient perforées et garnies de bâtons et d'anneaux d'étain.

Tous ces ornements, qui finissent, en déformant la bouche, par réduire le langage à un bredouillement incompréhensible, donnent aussi à la face, ainsi que les cheveux longs imprégnés de graisse et de suie, un aspect hideux qu'elle n'aurait point naturellement (1). Les Dakouas se rapprochent plus des Banziris par le caractère et les moeurs que les Langouassis, et ils n'ont pas d'ailleurs la passion de ceux-ci pour les ornements. Tous ces peuples sont toutefois à peu près sans doute de même sang. Ils savent bien travailler le fer et on rencontre chez eux, en particulier chez les N'Gapous, les couteaux de jet des Niams-Niams. Le manioc leur est presque inconnu. Le mil forme le fond de leur nourriture; le sorgho, autre plante orientale, remplace le maïs dans les cultures; le palmier à huile disparaît, et ce sont les graines de sésame qui fournissent la graisse nécessaire à l'alimentation.

Des groupes, comme les Sabangas (V. plus haut), représentent d'ailleurs, dans la région, les races de souche blanche du nord-est de l'Afrique. Le mahométisme y pénètre, souvent d'abord par les procédés du banditisme esclavagiste. Notre entrée en scène a déjà un peu modéré son action, mais elle ne l'arrêtera point. Car il se superpose assez aisément à l'organisation sociale et aux croyances fétichistes du noir, et, sans troubler profondément ses habitudes, il développe son énergie en relevant la femme.

Le territoire de ces populations du nord de l'Oubangui moyen est du reste en communication directe avec le Chari par le Gribingui, en partie navigable, et, par le Chari, avec le bassin du Tchad.

Au confluent du Gribingui et du Chari, le premier peuple rencontré est celui des Kabas Bodos ; encore de superbes hommes, allant nus, eux aussi, et portant des ornements presque aussi bizarres que ceux des Langouassis, des bracelets de fer à deux pointes en éperon aux chevilles, des jupons de perles de fer (les femmes), etc.

(l) DypowsKi, La Boute du Tchad (1893, i vol., gr. in-s», p. 231).

Plus loin, se présentent les Tounias, peuplade connaissant déjà la langue des Baguirmi. Et alors le véritable vêtement est répandu parmi eux. 11 consiste en une chemise de coton à courtes manches. Viennent ensuite les Nyllems. Ceux-ci sont tous vêtus et connaissent même l'arabe. Au niveau du Baguirmi, et au point d'arrêt du mahométisme sur le Chari, habitent les Bouas, peuplade importante, ayant une capitale avec des maisons de terre, une organisation politique avec un sultan, une armée permanente. Tout en ayant accepté ces éléments de civilisation

Groupe d'indigènes du haut Oubangui.

des musulmans réfugiés chez eux, ils ne sont pas encore convertis h l'islamisme.

Sur de vastes étendues, les villages ont été brûlés et les populations mises en fuite par Je féroce Rabah, le destructeur de la capitale du Bornou. A proximité du Bornou, M. Foureau a signalé le peuple des Kottokos, quil décrit comme extrêmement laid. Les Kottokos ne diffèrent cependant pas des Bornouans peut-être. Le même explorateur place sur la rive orientale du bas Chari, un peuple au teint clair, d'origine orientale, les Chouas. Les Chouas sont peut-être en relation de parenté avec nos Peuhl.

Sangos, Yakomas, Bougbous, TsT'Sakkaras. —

En suivant le cours de l'Oubangui vers l'est, oii notre territoire s'étend maintenant jusqu'au delà du poste de Ouango, s'échelonnent dabord des peuples de mêmes caractères et à peu près de mêmes mœurs que les Ban-

ziris, les Langouassis. Ce sont les Sangos, les Yakomas qui vivent surtout du fleuve. A l'occasion, les Yakomas se livrent encore à des repas de chair humaine dont ils écartent femmes et enfants. En arrière de ceux-ci et des Sangos, sur les plateaux qui s'étendent entre la Kota et le Banghi, habitent les Bougbous. Leurs villages, qui occupent des endroits escarpés, n'avaient pas encore été visités en 1900. Mais nous savons que ce sont des gens paisibles, adonnés à la culture. Ils cultiveraient le manioc et l'arachide, en outre, du mil, des patates, des courges, et cela avec beaucoup de soin. Ils sont sans doute à rapprocher des Langouassis. Ils se surchargent la figure, comme ceux-ci, des mêmes ornements. Plus loin, à l'est, sur le fleuve, sont les Dendis, et dans l'intérieur, depuis le fleuve, depuis N'Bomou-Chinko jusqu'à la Kota, sur une étendue de 75 kilomètres de l'est à l'ouest, sont les N'Sakkaras. Ces derniers, qui dominent les Dendis, sont très redoutés des Bougbous. Ce sont, en eS'et, des conquérants plus ou moins pillards qui viennent du Bahr-el-Ghazal. Leur chef, le sultan de Bangassou, dispose d'une petite armée permanente, d'environ 4 000 hommes. Ils sont encore cannibales, mais ne sacrifient que les prisonniers de guerre, les condamnés. Ils ne mangent de femmes et d'enfants que dans les circonstances particulièrement solennelles. Ils cultivent à la fois le sésame et le manioc. Leur état de civilisation industrielle correspond à peu près à celui du- Soudan égyptien ou du haut Nil.

Zaborowski.

Premiers établissements français au Gabon. —

La colonie du Congo a eu pour noyau primitif nos établissements du Gabon. Cette ancienne colonie tirait son nom du fleuve au large estuaire qui se jette sur ce point de la côte. Les Portugais le découvrirent vers la fin du xye siècle. Leurs missionnaires commencèrent à s'y établir vers 1521, et plusieurs d'entre eux, au cours du xvii« siècle, écrivirent des relations sur ce pays. Un Français, l'abbé Proyart, s'installa à son tour dans la baie de Loango vers le milieu du xviii» siècle. En 1838, le capitaine de vaisseau Bouët-Willaumez, chargé de chercher sur celte côte un point de refuge et de ravitaillement, fit choix de l'embouchure du Gabon et, le 9 février 1839, il obtint du roi Denis un traité nous autorisant à nous établir sur la rive gauche de l'estuaire. Un autre traité, passé avec le roi Louis, le 18 mars 1841, nous donna la rive droite. La même année, une expédition commandée par le capitaine de corvette de Montléon vint procéder à l'installation du nouvel établissement français. En 1844, de nouvelles négociations nous assurèrent la souveraineté de toutes les terres et îles baignées par les affluents du Gabon, et, en 1849, des noirs, enlevés par nos marins à un brick de commerce et rendus à la liberté, contribuèrent à fonder Libreville, sur la rive droite de l'estuaire.

Les premières explorations. — Ce fut un voyageur américain d'origine française, Paul Belloni du Chaillu, grand chasseur de gorilles, qui pénétra le premier dans Tintérieur du pays (1850, 1836, 1865).

Le contre-amiral Didelol acquit, en 1862, des chefs du cap Lopez, tout le territoire compris entre la pointe Pongara, sur la rive gauche du Gabon, et les bouches de l'Ogôoué. Ce fut l'occasion de nouvelles explorations.

L'enseigne de vaisseau Braouzec reconnut la rivière Komo; le lieutenant de vaisseau Serval et le docteur Griffon du Bellay poussèrent, en 1862, jusqu'au lac Zonengué, sur la rive gauche de rOgôoué, et quelques mois plus tard, ayant remonté la Rhamboé, parvinrent au-dessus de Lambaréné. Le lieutenant de vaisseau Genoyer y arriva par une autre voie à la même époque et, en 1864-1865, reconnut toutes les rivières qui débouchent dans la baie du Gabon.

Un autre lieutenant de vaisseau, M. Aymès, remonta à son tour rOgôoué en 1867, et rapporta un traité siçné avec le roi des Inengas.

L'exploration du bassin de rOgôoué fut reprise en 1872 par Alfred Marche et de Compiègne.

qui purent dépasser le confluent de rivindo; là ils furent arrêtés par l'hostilité des Ossyéba, et regagnèrent Libreville (1874), rapportant de précieux renseignements sur ime région jusqu'alors inconnue.

En 1874, le contre-amiral Le Couriault du Quilio remonta rOgôoué jusqu'à son confluent

avec le N'Gounié et fit reconnaître à l'un des principaux chefs de la région, N'Combi, l'autorité de la France.

Une expédition allemande, ayant à sa tête le D' Lenz, parcourut à la même époque quelques parties du Gabon. Elle pénétra dans le pays des Okanda par l'Ggôoué et leva une partie du cours de l'Ofoué, affluent de ce fleuve, que venaient de découvrir Marche et de Compiègne; mais, arrêtée par les rapides, elle revint chez les Okandas. Elle y fut rejointe par l'expédition française de M. de Brazza et remonta l'Ogôoué après elle.

Premier voyage de Savorgnan de Brazza. — Malgré ces premières tentatives d'exploration à Tintérieur, le Gabon était resté entre nos mains une colonie insignifiante, quand

Marquis DE C0MP1EGNE(1846-1877).

Phot. Alex. Quinet. (Soc. de géographie.

survint M. de Brazza, C'est à lui que revient le mérite d'avoir créé le Congo français. Non seulement il explora plus avant que ses devanciers les immenses territoires qui forment le prolongement naturel du Gabon, mais encore il les organisa, et, pendant vingt-deux ans, il ne cessa de travailler à accroître la prospérité de la colonie qu'il avait fondée ; enfin, il sut grouper autour de lui des collaborateurs de mérite qui, formés à son

école, continuèrent brillamment son œuvre.

En 1874, M. de Brazza, ayant exposé au ministre de la Marine l'utilité que pourrait présenter un voyage aux sources de l'Ogôoué et dans les contrées avoisinantes, obtint d'y conduire une mission. 11 partit avec le D"" Ballay, aide-médecin auxiliaire de la marine, Alfred Marche et le quartier-maître llamon.

Marche put arriver à Lopé, où M. de Brazza le rejoignit ,^^^^^^^^ le 19 février 1876; mais les

t, ^^^^^^^T voyageurs ne purent pénétrer

H^^. ^^^^^^ ^^^^^.' chezlesOssyébas,oùlesOkan- ■BBe mKÊÊÊÊÊÊÊk (jj^g refusèrent de le conduire,

que par la voie de terre. M. de Brazza reprit ensuite le chemin du haut fleuve, et, au delà du pays des Ossyébas, il entra dans celui des Adoumas, qu'aucun Européen n'avait visité.

Cependant M. de Brazza, toujours résolu à remonter l'Ogôoué, atteignait le confluent de la Passa ; il reconnut que l'Ogôoué ne pouvait être, comme on l'avait cru, une voie de pénétration vers l'est. La mission se lança alors, du côté de l'est, dans le pays des Batékès. Le voyage devint excessivement pénible. M. de Brazza rencontra un cours d'eau important, l'Alima. Il le descendit sur des pirogues ; les indigènes, les Apfourous, le reçurent à coups de fusil, et il ne leur échappa qu'en faisant route vers le nord. Peu de temps auparavant, Stanley s'était ouvert de vive force un passage au milieu de certaines tribus Apfourous.

M. de Brazza renvoya une partie de son escorte par l'Ogôoué avec le J)^ Ballay et le contremaître Hamon, et il continua seul

Alfred MARCHE (18441898).

Phot. Alex. Quinet. {Soc. de géographie.)

l'exploration. Il vit pour la première fois la Likona, autre affluent du Congo, et parvint au prix de grands efforts jusqu'à la Lébaï- Okoua. Exténué, les jambes couvertes de plaies, manquantde tout, il dut revenir sur ses pas et, le 11 août 1878, trois ans jour pour jour après son départ de France, il reprit le chemin de rOgôoué.

Deuxième voyage de M. de Brazza. — Pendant ce temps, Stanley, agissant pour le compte de l'Association internationale africaine, que le roi des Belges avait créée en septembre 1876, révélait le véritable cours du Congo.

M. de Brazza avait pensé que, le Congo étant barré par des rapides sur une partie de son cours inférieur, une route plus commode pouvait être ouverte à la France par l'Ogôoué, dont les pagayeurs indigènes savent franchir les rapides, et ensuite par l'Alima, dont le cours ne présente, jusqu'au Congo, aucun obstacle à la navigation.

A peine de retour de son premier voyage, il partit à la fin de 1879 avec une subvention du ministère des Affaires étrangères et muni de deux chaloupes à vapeur démontables ; le D"" Ballay put le rejoindre bientôt après avec de nombreux approvisionnements.

Remontant l'Ogôoué, M. de Brazza arriva en juin 1880 au confluent de la Passa et fonda à peu de distance de là, à Nghimi, la première station du comité français de l'Association internationale africaine, à laquelle il donna le nom de Franceville. Puis, il se dirigea vers le Congo, dans l'intention d'en fonder une seconde. Il avait avec lui le sergent sénégalais Malamine.

Il suivit la Passa et arriva chez les Achicouyas, puis chez les Abomas, et enfin chez les Batékés, qui étaient soumis à l'autorité d'un grand chef, leMakoko. Très bien reçu par ce souverain, il décida ce potentat à conclure un traité par lequel il plaçait ses États sous le protectorat de la France.

Pierre SAVORGNAN DE BRAZZA, né en 1852.

Phot. Alex. Qainet. (Soc. de géogr.)

Colonies II.

M. de Brazza descendit ensuite le Congo en pirogue jusqu'au lac Ncouna, appelé aujourd'hui Stanley-Pool, et, le 1" octobre 1880, il fonda sur la rive droite du fleuve, à N'tamo, près de la rivière Djoué, une seconde station à laquelle la Société de géographie de Paris donna le nom de Brazzaville. Il laissa à la garde de ce poste le sergent Malamine avec trois hommes, et par rOgôoué il regagna Libreville, où il arriva le 15 décembre.

Bientôt après, il remonta l'Ogôoué pour la troisième fois, passa à Franceville et alla fonder un autre poste sur le haut Alima, à Diélé ; puis il organisa un service de transports entre les deux postes.

Mais l'Ogôoué-Alima ne lui paraissant pas encore une voie d'accès au Congo suffisamment facile, il chercha plus au sud une autre route. Le 8 février 1882, il découvrit les sources de l'Ogôoué, et, un mois plus tard, il arriva sur les bords du Niari, qui va se jeter dans l'Océan sous le nom de Kouilou. Il reconnut que c'était là la meilleure voie pouvant unir Brazzaville et Loango, et, le 18 avril 1882, il s'embarqua pour retourner au Gabon et, de là, revenir en France.

Après son départ, Mizon, qui était allé prendre possession de la station de Franceville, traversa le pays des Batékès et alla installer un second poste sur l'Alima, au village de Kinkouna. De son côté, le D'' Ballay, en juillet 1882, remonta l'Ogôoué, et transporta avec lui une chaloupe à vapeur démontable qu'il lança sur la rivière Lekoli en 1883. Il entra ensuite en relation avec les Apfourous, qui avaient arrêté la première exploration de M. de Brazza, descendit avec eux FAlima pour la première fois et atteignit le Congo en pirogue ; il s'installa à N'Gantchou, sur le fleuve, et renoua des relations avec le Makoko.

Troisième voyage de M. de Brazza; la mission de l'Ouest africain. — La « Mission de l'Ouest africain » fut chargée de continuer et de développer l'œuvi^e de M. de Brazza. Une loi du 10 janvier 1883, lui affecta une somme de 1 275 000 francs, et un décret du 5 février 1883 conféra à M. de Brazza le titre de « commissaire du gouvernement de la République française dans l'Ouest africain ». En juin 1884, une nouvelle loi accorda à la mission une somme de 780 000 francs.

M. de Brazza quitta la France le 21 mars 1883, et, un mois plus tard, l'expédition entra en campagne. Elle se composait d'environ 30 fonctionnaires civils, 30 militaires et marins, 25 tirailleurs algériens, 150 laptots sénégalais et 150 noirs de la côte de Krou, sur le golfe de Guinée. Parmi les collaborateurs nombreux de M. de Brazza, il faut citer les noms de MM. le D' Ballay, de Chavannes, Coste, Decazes, Desseaux, Dolisie, Dufourcq, Fourneau, de Lastours, Taburet, etc. La mission avait

à son service une centaine de pirogues, un petit vapeur dont l'équipage était de 25 hommes et un matériel considérable d'objets de toute nature. Pendant son absence, M. de Brazza avait confié à des mains fermes nos nouveaux postes. De 1881 à 1883, Mizon, qu'il avait installé à Franceville, releva le cours de l'Ogôoué, de la rivière Djilo à la rivière Passa,

ainsi qu'une grande partie de cette dernière, et il fit une reconnaissance de Franceville au poste de l'Alima, puis de Franceville à Mayoumba, sur la côte.

De son côté, le sergent Malamine, que de Brazza avait laissé, le l»' octobre 1880, au sud du Slanley-Pool, sur les territoires concédés par le Makoko, avait promptement acquis un réel prestige. Installé à Kinchassa sur la rive gauche du Congo, il avait su faire respecter notre pavillon sur ce point, qui était la clef du Congo supérieur.

En résumé, du 21 avril 1883 au 26 mai 1885, date à laquelle la mission de l'Ouest africain prit fin en tant que mission du ministère de l'Instruction publique, les résultats scientifiques, économiques et politiques obtenus furent considérables. Outre le bas Ogôoué, tout le bassin moyen du Congo et de ses affluents fut exploré et levé en grande partie : l'Alima, le confluent de l'Oubangui, la Likouala, la Sangha, etc. Au total, le travail de la mission représente 4 000 kilomètres de levés, sans compter les plans de détail, les observations astronomiques, les altitudes déduites des observations météorologiques.

Au point de vue politique, l'habileté de M. de Brazza et le succès de ses explorations et de celles de ses collaborateurs avaient créé en notre faveur une situation qui nous permit de lutter avantageusement contre nos compétiteurs ; car ce fut le bassin du Congo qui vit naître les premières rivalités européennes en Afrique.

Albert DOLISIE,

lieutenant-gouverneur du Congo français,

né en 1856. — Phot. Otto.

L'Association internationale du Congo ; la conférence de Berlin. — Le but de VAssociation internationale africaine, créée par le roi des Belges en 1876, était à l'origine d'organiser sur un plan commun la connaissance et la civilisation de l'Afrique centrale. Stanley, à son retour de sa grande traversée de l'Afrique, en 1877, vanta si bien les immenses richesses du bassin du Congo, qu'il provoqua la constitution d'une société commerciale, le Cojnité (Vétiides du haut Congo, qui n'était qu'une émanation de l'Association internationale africaine. Il entreprit alors l'exploration et l'occupation du Congo, qui n'était encore sous la domination d'aucune puissance européenne et dans lequel s'avançait seul M. de Brazza. Tandis que celui-ci s'établissait sur la rive nord du fleuve, Stanley fondait Léopoldville sur la rive sud, en face de Brazzaville, et, à partir de 1880, les agents belges commencèrent des expéditions de reconnaissance sur le Congo, établissant une chaîne de postes continue du Stanley-Pool aux Stanley-Falls.

Stanley et ses adjoints avaient poursuivi leurs conquêtes non seulement dans le haut Congo, mais encore dans le bassin du Kouilou-Niari, où ils avaient aussi créé des postes. Mais, de ce côté, ^L de Brazza s'était empressé de s'assurer la possession de Loango et de Pointe-Xoire, c'est-à-dire de la seule rade du littoral et des portes véritables de cette voie de pénétration vers le Congo navigable, en même temps qu'il avail répandu ses collaborateurs dans toute la région intérieure.

Cependant, les Portugais affirmèrent leurs « droits historiques » à la souveraineté des deux rives du bas fleuve et du littoral avoisinant son embouchure depuis 8» jusqu'à 50 12' de latitude sud.

Les Belges, de leur côté, résolus à faire reconnaître leur souveraineté dans le bassin du Congo, constituèrent VAssociation internationale du Congo, dont le programme politique était nettement défini et qui avait absorbé l'Association internationale africaine et le Comité d'études du haut Congo. Des négociations diplomatiques furent conduites, entre les puissances intéressées, simultanément avec les prises de possession.

Le Portugal faillit entraver les projets des Belges, en signant avec l'Angleterre, le 26 février 1884, un traité qui reconnaissait la souveraineté du Portugal sur le littoral et sur les deux rives du Congo jusqu'à Noki. Se voyant ainsi menacée d'être privée de toute communication avec la mer par l'estuaire du Congo et même par le Kouilou-Niari, sur lequel M. de Brazza avait établi nos droits, l'Association internationale se tourna du côté de la France. Un échange de lettres écrites, le 23 avril 1884, par M. Strauch, président de cette association, à Jules Ferry, président du conseil et ministre des Affaires étrangères, et le 24 avril' par Jules Ferry, en réponse à la précédente, fixa notre situation dans l'Ouest africain. Le gouvernement de la République s'engageait à respecter les stations et territoires libres de l'Association et à ne pas mettre obstacle à l'exercice des droits de cette dernière. De son côté, l'Association déclara qu'elle ne céderait à quiconque ses possessions (1), et que si, par des cir-

(1) Il résulte d'un échange de lettres, aux dates des 2« et 29 avril 1887, que la France ne peut opposer ce droit de préférence à la Belgique.

constances imprévues, elle était amenée, un jour, à les réaliser, elle s'engageait à donner à la France un droit de préférence.

A la même époque, le prince de Bismarck se fit le champion de l'œuvre entreprise par le roi des Belges et, en même temps qu'il protesta à Lisbonne et à Londres contre le traité du 26 février, il s'adressa à la France pour l'inviter à se joindre à lui, afin de régler par un accord général la question africaine. Le 26 juin, le traité anglo-portugais fut dénoncé par la Chambre des communes, et, le 3 novembre 1884, l'Allemagne reconnut officiellement l'Association internationale comme puissance souveraine.

L'Allemagne invita alors les représentants des puissances à se réunir à Berlin, dans le but de chercher à établir une entente internationale sur les questions suivantes : 1° liberté de commerce dans le bassin et les embouchures du Congo; 2° application au Congo et au Niger des principes de la liberté de la navigation ; 3° définition des formalités à observer pour que des occupations nouvelles sur les côtes d'Afrique soient considérées comme effectives.

La Conférence fut ouverte, le 15 novembre 1884, sous la présidence du prince de Bismarck. Quatorze puissances y étaient représentées.

Le programme de la Conférence ne contenait que l'examen de questions de principe et l'étude des règles de droit international à établir, et aucune des difficultés politiques en litige n'y était visée. Les négociations relatives aux questions de délimitation territoriale se poursuivirent donc en même temps. L'Association internationale du Congo fut reconnue comme État souverain par les diverses puissances et traita avec elles.

Avec la France, elle conclut, le 5 février 1885, une convention fixant notre situation dans l'Ouest africain. L'existence du Congo français fut définitivement consacrée, et on lui assigna pour limites la rivière Tchiloango, une ligne à déterminer entre la source du Tchiloango et le Congo près de Manyanga, le cours du Congo, la crête orientale du bassin de la Likona-N'Koundja jusqu'au 17^ degré de longitude est de Greenwich, et enfin ce 17o degré.

Le 23 février 1885, la Conférence réunie à Berlin reçut notification, de la part du colonel Strauch, président de l'Association internationale du Congo, de la reconnaissance de celle-ci, comme État souverain, partoutes les puissances représentées à Berlin. L'État indépendant du Congo était ainsi créé à côté de notre colonie du Congo français.

Le 26 février la Conférence de Berlin prit fin et les puissances qui y étaient réunies signèrent une convention, qui est l'Acte général de la Conférence de Berlin établissant en Afrique, pour le bassin du Congo et pour le Niger, un droit international nouveau dont les principes ont été précédemment exposés (1). La Conférence de Berlin se trouvait par là même sanctionner les droits que nous avions acquis sur le Gabon-Congo, grâce aux efforts patients et laborieux de M. de Brazza. Les actes de la Confé-

(1) Voir, tome I", Droit colonial international.

rence de Berlin furent ratifiés par le Parlement français en juilletaoût 1885 (1).

Mission Rouvier, Ballay et Pleigneur. — A la suite du Congrès de Berlin, la France devait prendre possession des stations de lÉtat libre du Congo sur les territoires du Kouilou-Niari et fixer des amorces de frontières sur le cours du Congo. M. Rouvier, capitaine de frégate, le D' Ballay, et le capitaine Pleigneur, de l'infanterie de marine, furent désignés pour remplir cette mission.

Partis de France en juin 1885, les commissaires remontèrent le Kouilou, puis le Congo, et atteignirent le poste de N'Koundja sur l'Oubangui, créé par Dolisie.

Les délégués de la France, d'accord avec ceux de l'État libre, MM. Massari et Liebrechts, fixèrent à0°6'29'' de latitude sud la position du point frontière sur la rive droite du Congo. Le capitaine Pleigneur et l'ingénieur Léon Jacob levèrent le cours du Kouilou-Niari en 1887 (2).

Mission Jacques de Brazza-Pécile. — Jacques de Brazza, frère de Pierre Savorgnan de Brazza, fit en 1885, avec M. A. Pécile, une pointe hardie dans la région située au nord de l'Ogôoué, entre le bassin de ce fleuve et celui du Congo. Partis de Madi ville, ils reconnurent la rivière Lekoli ou rivière du sel, cours supérieur de la Likouala. Ils pénétrèrent chez les Djiambi anthropophages et arrivèrent jusqu'aux sources de la Yensi, affluent gauche de l'Ivindo. Cette exploration coûta la vie à Jacques de Brazza.

(i) Traités avec l'AUemagne et le Portugal. — L'existence de notre colonie du Congo étant définitivement reconnue, il fallut en fixer les limites avecles possessions voisines du littoral.

Par le traité du 2i décembre 1885 avec l'Allemagne, la frontière fut fixée entre le Cameroun et le Congo. L'Allemagne s'engagea à s'abstenir de toute action politique au sud d'une ligne suivant la rivière Campo, de son embouchure au point où elle rencontre le méridien situé par 7° 40' est de Paris, et, à partir de ce point, le parallèle prolongé jusqu'à sa rencontre avec le méridien situé par 12»40' de longitude est de Paris.

Le traité du 12 mai 1886 avec le Portugal fixa entre les territoires français et portugais une ligne maintenue au sud de la Loémé.

(2) Arrangement du 29 avril 1887 avec l'État indépendant du Congo. — Les reconnaissances de MM. Rouvier, Ballay et Pleigneur ayant résolu la question de la Likona-N'RounHja, désormais identifiée aved'Oubangui, le différend qui existait avec TEtat indépendant put être aplani.

L'État indépendant du Congo s'engagea vis-à-vis de la France à n'exercer aucune actionpoli tique sur la rive droite de l'Oubangui, au nord du quatrième parallèle.

Organisation du Congo français. — Dès i886, l'administration du Congo français fut organisée. Un décret du'27 avril 1886 nomma M. de Brazza commissaire général du gouvernement; on lui donna comme auxiliaires quatre résidents. Le D' Ballay fut nommé lieutenant-gouverneur du Gabon avec résidence à Libreville. Les territoires du Gabon et du Congo furent placés ensemble sous l'autorité de M. de Brazza, et un décret du 29 juin 1886 détermina le régime auquel ils seraient respectivement soumis.

Première mission Crampel. — J. de Brazza et Pécile avaient parcouru la légion située à l'est de l'Ivindo; ce fut au contraire vers l'ouest de cette rivière que se porta, en 1888, Paul Crampel, chargé d'une double mission par le ministère de l'Instruction publique, et par M. de Brazza. 11 fit connaître le premier le pays des M'Fans ou Pahouins,

compris entre l'Ivindo et la côte.

Parti de Lastoursville, le 12 août 1888, sans compagnon européen, sans interprète, et avec une faible escorte, Crampel dut faire, faute de route, un long coude à l'est vers la rivière Sébé et atteignit l'Ivindo un mois et demi après son départ.

11 traita avec les chefs bakotas de la rive gauche et ossyébas de la rive droite.

Vers le nord, Crampel découvrit les sources de la rivière N'tem , qui porte ses eaux à l'Ivindo, puis la Djah, origine du N'Goko, qui se jette dans la Sangha, et il trouva des tribus de nains, les Akkas et les Bagayas, campés dans des marais. 11 traita avec les M'Fans de la rive droite de la Djah, et les N'jimas, habitants de la rive gauche. Après avoir touché aux sources de l'Ivindo, Crampel découvrit la rivière Komm, affluent du N'tem.

Mais à deux reprises Crampel fut cerné par les indigènes, qui tuèrent deux de ses hommes. A une troisième attaque, le voyageur, blessé luimême, ne leur échappa qu'en gagnant la forêt. Cette exploration avait couvert la partie de la carte d'Afrique située au nord de l'Ogôoué de 2 100 kilomètres d'itinéraires faits à pied et levés à la boussole. Les résultats politiques de ce voyage furent quatorze traités avec des chefs indigènes, dont quelques-uns aux confins des possessions allemandes.

Paul CRAMPEL, né en 1864. — Phot. Otto.

Les projets d'expansion au Congo français. — C'est de 1890 que datent les premières tentatives faites pour une plus grande expansion du Congo français au nord et au nord-est.

Le Congo français délimité au sud et à l'est par la convention du 29 avril 1887 ne l'était ni à l'ouest du côté du Cameroun et des territoires anglais du bas Niger, ni au nord dans la région du lac Tchad. Entre la colonie allemande et l'Oubangui s'ouvrait une large trouée qui pouvait donner issue de notre colonie du Congo à celles du Soudan et de l'Algérie en passant par le Tchad; peut-être même pouvait-on envisager la possibilité d'une pénétration vers le Nil par le nord-est.

La convention franco-anglaise du 5 août 1890 contribua encore au développement de ce plan et suscita de nouvelles explorations. Elle limitait l'extension, du nord au sud de nos possessions méditerranéennes, à une ligne tirée de Say sur le Niger à Barroua sur le Tchad; mais en même temps un accès nous était ouvert vers le lac du côté du nord.

Le Tchad devint en conséquence l'objectif de nos voyageurs et, à tort ou à raison, le point de mire des préoccupations d'une partie de l'opinion publique. Ce fut comme une course au clocher vers ses rives mystérieuses. La Compagnie anglaise du Niger chercha à les atteindre par la Bénoué, les Allemands par le Cameroun. M. de Brazza dirigea ses collaborateurs vers le Tchad, à la fois par l'Oubangui et par la Sangha. Tandis que plusieurs de nos agents exploraient la Sangha, trois grandes missions se mirent en route pour le lac Tchad, celle du commandant Monleil, qui coupa la boucle du Niger, de Ségou à Say, et sur laquelle nous n'avons pas à revenir (1); celle du lieutenant de vaisseau Mizon, qui prit la voie de la Bénoué, et celle de Crampel, partie de l'Oubangui.

Le Comité de V Afrique française, qui venait d'être fondé pour développer « l'influence et le commerce français dans l'Afrique de l'ouest, du centre et du nord », fit les frais de plusieurs missions et notamment de la mission Crampel.

Les premières explorations de la Sangha. — En 1890, M.ChoIet, administrateur de Brazzaville, remonta la Sangha et le N'Goko, jusqu'à un endroit désert où elle prend le nom de Momba. Vers la fin de la même année, M. Fourneau, chargé de reconnaître à son tour cette région, explora la Likellé et la Massiéba, rivières dont la réunion forme la Sangha. Mais, le 10 mai 1891, la mission fut attaquée de nuit par les indigènes ; Fourneau et Blom furent blessés et Thiriet fut tué avec seize noirs de l'escorte. Le chef de la mission fut recueilli par la canonnière le Ballay.

Seconde mission Crampel ; mission IDy-bo-wski. —

Ce fut par l'Oubangui que Crampel s'avança vers le lac Tchad. L'explorateur laissa Brazzaville le 17 août 1890, ayant avec lui : MM. Lauzière, ingénieur ; Nebout, Biscarrat et Orsi; la Pahouine Niarinzhe, un guide touareg qui avait, en 1889, visité Paris et l'Exposition, trente Sénégalais formant l'escorte, cent vingt-huit porteurs noirs.

Le 4 janvier 1891, Ci'ampel s'éloigna de l'Oubangui pour se porter vers le nord. La mission rencontra, au village d'El-Mali, les premiers musulmans, qui l'accueillirent bien. Elle franchit sans péril les premières étapes dans le Baguirmi, mais, arrivée à El-Kouti, dans le bassin du Ghari, elle fut massacrée sur le territoire du chef Senoussi (avril 1891).

Le 23 octobre 1891, M. Dybowski, chargé par le Comité de l'Afrique

française de rechercher les débris de la mission Crampel et de la venger, quitta Bangui avec MM.

Brunache, Briquet, Chaiot et Nebout; il remonta l'Oubangui jusqu'à Djoukoua, un peu en aval du confluent du Kouango, puis traversa le pays des Banziris et celui des Langouassis ; là il apprit par un chef des N'Gapou que les musulmans assassins de Crampel campaient à une faible distance. M. Dybowski et ses tirailleurs les attaquèrent pendant la nuit et en tuèrent ou en blessèrent un certain nombre.

En revenant, la mission explora les rivières Ombella et Kemo, et fonda le poste de Kemo, près du confluent avec l'Oubangui.

Le lieutenant de vaisseau MIZON (1853-1899). Phot. Otto.

Première mission du lieutenant de vaisseau Mizon. — 11 était réservé au lieutenant Mizon de pénétrer le premier, par le bas Niger et la Bénoué, dans l'Adamaoua méridional, que l'Allemagne convoitait, et, en reliant Yola au Congo français, sinon de fermer complètement le Cameroun, du moins d'assurer à la France la souveraineté de tous les territoires dont le protocole franco-allemand du 24 décembre 1885 n'avait pas encore disposé.

Le 8 octobre 1890, la canonnière de la mission, le René-Caillé, remonta le Niger : la mauvaise volonté de la Compagnie anglaise à charte, l'hostilité des indigènes, des blessures graves, une baisse des eaux suspendirent le voyage de Mizon à diverses reprises.

Les eaux ayant monté, Mizon reprit sa marche sur le René-Caillé et

parvint à Loukodja. au confluent du Niger et de la Bénoué. Un nouveau compagnon se joignit alors à la mission; c'était un chérif musulman, El-Hadj-Ahmed, secrétaire de lemir de Sokoto. Mizon s'engagea dans la Bénoué et passa devant les stations commerciales de la Compagnie anglaise; celle-ci, craignant des représailles du sultan duMouri, fit remorquer la chaloupe de Mizon. Le potentat fit à Mizon le meilleur accueil.

Le 20 avril 1891, la canonnière arriva devant Yola, capitale de l'Adamaoua, dont le sultan, Zoubir, tenait les étrangers en défiance. Les explications loyales que Mizon donna frappèrent l'esprit du sultan qui bientôt se déclara son ami. Il demeura son hôte du 20 août au 15 décembre 1891.

Informé à Yola du désastre de la mission Crampel, Mizon renvoya sa canonnière et prit la direction du sud. Le 31 décembre, il campa aux sources de la Bénoué. Il descendit vers la Kadéi, affluent de la Sangha, puis atteignit Koundé, Gaza, et, le 7 avril 1892, il rencontra à Comaça, au confluent de la Kadéi et du Mambéré, M. de Brazza, qui s'était porté au-devant de lui.

L'exploration conduite par Mizon avait eu pour résultat de faire connaître la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Bénoué et celui du Congo, de placer sous notre influence la contrée qui s'étend entre rOubangui et la Sangha jusqu'au S" de latitude, de limiter l'hinterland du Cameroun à l'est et au nord, et de préparer la jonction entre nos territoires du Congo et la région du lac Tchad.

explorations stir la haute Sangha. — Une reconnaissance complète de la haute Sangha, par derrière les possessions allemandes de Cameroun, fut efl'ectuée (1891-1892) par MM. de Brazza, Gentil, Ponel et leurs collaborateurs, à bord du vapeur Courbet.

Mission Maistre. — Le Comité de V Afrique française confia une nouvelle mission (1892) à M. Casimir Maistre, qui partit accompagné de MM. Clozel, de Béhagle et Bonnel de Mézières,

La mission Maistre laissa le poste de Ouadda, sur l'Oubangui, en juin 1892, et se dirigea vers le nord. Elle passa des traités avec plusieurs peuplades et découvTit le bassin du Gribingui, tributaire du Tchad; mais, n'ayant pas de vivres et de marchandises en quantité suffisante, elle dut renoncer à se rendre au Tchad et prit la direction de l'Adamaoua.

M. Maistre rejoignit la Bénoué, visita Yola, arriva à Ibi en mars 1893 et rentra par la voie du Niger. La mission avait parcouru en moins de quinze mois 5 220 kilomètres, dont presque la moitié à pied.

Second voyage de Mizon. — La société de l'Afrique centrale organisa peu après une mission scientifique et une mission commerciale.

L'expédition scientifique, placée sous les ordres de Mizon, comprenait le docteur Ward, l'enseigne de vaisseau Bretonnet, l'adjudant Chabredier, Nebout, le seul survivant de la mission Crampel ; M. Tréhot, Ahmed et El-Hadj-Ahmed, qui avaient fait partie de la première expédition. La mission commerciale était dirigée par MM. Wehrlin et Huntzbiichler.

Les deux missions arrivèrent sur le Niger à la fin de septembre 1892; deux petits bateaux les portaient, la Mosca et le Sergent-Malamine. Des démêlés avec les agents de la Compagnie, à Akassa, la retardèrent dès ses débuts, si bien qu'elle arriva dans la Bénoué au moment où les eaux commençaient à baisser. Le Sergent-Malamine s'échoua plusieurs fois, mais, le 25 octobre, il fut impossible de le renflouer : la mission se trouvait en face du Mouri. On ne pouvait songer à aller plus loin; le sultan de l'Adamoua pria le sultan du Mouri, Mohamed-Abn-Boubakar, d'accorder l'hospitalité au voyageur français. Ce prince fit plus, il accepta notre protectorat, et autorisa la mission commerciale à ouvrir un comptoir à Maïraïnao.

La mission demeura tout l'hiver au Mouri; grâce au concours des blancs, le sultan Mohamed put prendre la place de Koana (25 décembre). La crue des eaux permit à Mizon de redescendre la Bénoué le 18 juillet 1893 ; il arriva à Yola le 19 août, y installa Ahmed en qualité de résident et rentra en France.

Mais de si heureux résultats ne pouvaient aller sans soulever les protestations de nos rivaux. La Compagnie du Niger, dès l'entrée de Mizon dans le fleuve, n'avait cessé de lui chercher noise; elle avait prétendu se faire payer des droits de douane pour les marchandises de la mission commerciale et ces prétentions furent renouvelées même devant Yola: puis, quand elle eut connaissance du traité signé avec le Mouri, elle déclara qu'elle-même avait, avec le sultan, un traité bien antérieur ; enfin, à Yola, elle s'efTorça d'enlraver l'action de la mission et de lui susciter des ennemis. A tout cela, Mizon répondait que les questions soulevées par la Compagnie ne pouvaient être discutées qu'entre les deux gouvernements, et qu'eux seuls avaient qualité pour décider si le Mouri était devenu terre française, et si, à Yola, il fallait payer des droits de douane à l'Angleterre. Des pourparlers ffhent entamés à ce sujet, et le gouvernement français se montra assez conciliant pour donner à Mizon ordre de rentrer; la mission commerciale devait continuer ses opérations sous la direction de M. Hoellé, venu de Paris. Mais les agents anglais retinrent M. Hoellé à la côte, et la factorerie de Maïraïnao fut expulsée par la force. Le Sergent-Malamine fut obligé de quitter la place, et la plus grande partie de ses marchandises furent confisquées par les douaniers de la Compagnie (1).

(1) Convention franco-allemande du 15 mars 1894. — Les traités passés, au cours de leurs explorations, par Mizon et Maistre, semblaient devoir nous assurer une situation prépondérante dans l'Adamaoua et sur la route du lac Tchad. Mais, en dehors de l'Angleterre, qui était établie sur la Bénoué, la France se heurtait aussi aux prétentions de l'Allemagne sur l'Adamaoua. A Yola même, Mizon s'était croisé avec une mission allemande qui venait du Cameroun, sous la conduite de M. de Stetten, et qui affirmait avoir, elle aussi, passé un traité avec Zoubir ; une autre mission, qui lui succéda et que commandait M. d'Uechtritz, allait même jusqu'à déclarer que le traité Mizon était apocryphe.

Sur ces entrefaites intervint, entre l'Allemagne et l'Angleterre, un traité en date du 15 novembre 1893, qui provoqua en France une grande émotion. Tandis que l'Angleterre se réservait avec Yola le Bornou et le Sokoto, sans compter le

Les Français et les Belges sur le liaut Oubangni.

— Mais, du côté de l'État indépendant du Congo, nous devions rencontrer de nouvelles difficultés. Au moment où avait été conclue la convention de 1887, rOubangui n'avait pas été remonté au delà du coude que fait la rivière vers le sud et l'on ignorait qu'il dût son origine à deux branches considérables, l'Ouellé et le M'Bomou. Les Belges, prétendant que la convention de 1887 n'envisageait rOubangui qu'en aval du conûuent de ses deux branches maîtresses, débordèrent de toutes parts dans les régions que nous regardions comme dépendant du Congo français.

Darfoar et le Kordofan, l'Allemagne, sous préttxte de conserver Ihinterland du Cameroun, déclarait siens l'Adamaoua et le Baguirmi, y compris la rive méridionale du lac Tchad et l'emboachure du Chari. Si ce traité avait été reconnu par nous, c'eût été perdre tous les avantages obtenus par Mizon, de Brazza, Maistre, Ponel, et la France eût été exclue du lac Tchad. Trois puissances avaient des inté' rets dans cette partie de l'Afrique occidentale ; il n'était pas admissible que deux d'entre elles prétendissent la régler à l'exclusion de la troisième.

Un traité signé le 15 mars 1894 par l'Allemagne et la France établit sur un texte formel les limites des territoires assignés k l'une et l'autre puissance dans l'Adamaoua ou pays du Chari.

Cette ligne de démarcation, fixée par l'article i" du protocole, touche à la rivière N'Goko, puis à la Sangha, s'infléchit vers l'ouest pour laisser à la France Gaza et Koundé, et de là, rejoignant le méridien 12» 40' de Paris, le suit jusqu'à sa rencontre avec le parallèle 8» 30', puis contourne Lamé, et remonte vers le nord jusqu'au io« parallèle ; elle suit ensuite ce parallèle jusqu'à sa rencontre avec le Chari, puis le Chari jusqu'au lac Tchad.

Une annexe au protocole avait prévu l'interprétation à donner au texte, pour le cas où des observations géographiques nouvelles viendraient à révéler des erreurs dans les cartes.

M. V.-T. LIOTARD, né en 1858.

Phot. Eug. Piron.

Le capitaine belge van Gèle fonda le poste de Yakoma, sur la rive française de l'Oubangui, à côté de notre station des Abiras; puis celui de Bangasso, au nord des Abiras, vint nous couper la route du nord et de l'est.

Mais un pharmacien des Colonies, M. Liotard, envoyé par M. de Brazza dans le haut Oubangui (décembre 1891), sut sauvegarder les intérêts français, et surmonter de grandes difficultés avec quelques renforts amenés par le duc d'Uzès, le lieutenant Julien et le capitaine Decazes (1).

Pendant ce temps, les mouvements des Belges prenaient une ampleur extraordinaire. Plusieurs grandes expéditions furent lancées par eux au nord et à l'est en 1892-1893.

Progrès de la France de l'Oulbangui au Bahr-el- Grliazal. — A la suite de l'accord du 14 août 1894, M. Liotard, commissaire de la République, et les capitaines Vermot, Ditte et Hossinger poursuivirent l'occupation des territoires abandonnés par les Belges. Successivement, tous les chefs azandés (ou Niams-Niams) vinrent reconnaître notre autorité; on occupa Bangasso, Rafaï et, le 10 juillet 1895, Sémio.

En février 1896, M. Liotard, accompagné du capitaine Hossinger, arriva dans le bassin du haut Nil, à Tamboura où le sultan signa une convention de protectorat. Toutes ces prises de possession s'effectuèrent de la façon la plus pacifique.

La mission Marctiand. — Un petit corps expéditionnaire fut sans retard envoyé à M. Liotard, dans le haut Oubangui, pour compléter les forces confiées au commandant Decazes.

Le capitaine Marchand partit de Marseille le 25 juin 1896, et débarqua

(1) Traité du 14 août 1894 entre la France et l'Etat indépendant du Congo. — Les négociations entamées en avril 1894 n'aboutirent pas et l'on apprit bientôt que l'État du Congo et l'Angleterre avaient, par un accord en date du 12 mai, procédé au partage du bassin du haut Nil. L'Angleterre cédait à bail au souverain du Congo la province du Bahr-el-Ghaza', en échange d'une bande de territoire large de 25 kilomètres située à la frontière orientale de l'État indépendant et permettant aux possessions britanniques de l'Afrique australe de communiquer avec le bassin du Nil.

Ce traité provoqua de vives protestations en France et en Allemagne. Dès le mois de juin, l'Allemagne obtint l'abrogation de l'article de la convention en ce qui concernait le territoire longeant la colonie de l'Afrique orientale allemande.

La France, à son tour signa, le H aoiit 1894, avec l'État du Congo un traité donnant pour frontière à l'État indépendant du Congo et à la colonie du Congo français : le thalweg de l'Oubangui jusqu'au confluent du M'Bomou et de l'Ouellé; le thalweg du M'Bomou jusqu'à sa source, de ce point une ligne droite rejoignant la crête de partage des eaux entre les bassins du Congo et du Nil ; de là, la frontière est constituée par cette crête de partage jusqu'à son intersection avec le 30* de longitude est de Greenwich (27» 40' de Paris).

De plus, l'État indépendant s'engageait à renoncer à toute action po'itique à l'ouest et au nord d'une ligne ainsi déterminée : le 3o« degré de longitude est de Greenwich à partir de son intersection avec la crête de partage des eaux du bassin du Congo et du Nil, jusqu'au point où 'ce méridien rencontre le parallèle 5° 30, puis ce parallèle jusqu'au Nil.

à Loango le 23 juillet. Il était accompagné des capitaines Baratier, Germain et Mangin, du lieutenant Largeau, du lieutenant de vaisseau Morin, de l'enseigne de vaisseau Dyé, de l'interprète Landeroin, du médecin Émily, de 12 sous-officiers français et de 150 tirailleurs sénégalais. Il disposait de deux petits vapeurs, le Faidherbe et le Duc-d'Uzès, et de trois chalands en aluminium, le Pleigneur, le Crampel et le Lauzière.

Après avoir tout expédié en avant, le capitaine Marchand quitta Brazzaville le !«>• mars 1897 pour rejoindre M. Liotard.

Le service du transport du matériel de la mission avait été confié à M. Dyé, enseigne de vaisseau.

Pendant ce temps, M. Liotard, par le poste de Djéma, descendit dans le bassin du Nil et, en juin 1897, occupa Dem-Ziber, l'ancienne résidence de Lupton-bey, où il établit son quartier général. Il dut créer des plantations pour assurer l'existence de son escorte, les populations ayant fait le vide devant l'invasion des Derviches.

Le capitaine Marchand divisa sa mission en deux groupes : le convoi et la flottille. Le M'Bomou, entrecoupé de chutes et de rapides, pouvait être regardé comme impropre à la navigation, mais il n'avait jamais été entièrement exploré dans tout son cours supérieur. Le l*"" mai, les officiers du premier groupe de la mission exécutèrent l'hydrographie du fleuve, et reconnurent minutieusement tous les rapides. Le deuxième groupe, plans en mains, lança les bateaux et chalands sur le fleuve, en prenant tantôt la route dé terre sur des rouleaux où les embarcations étaient tirées par 1 700 à 1 800 hommes, tantôt les biefs navigables. Après deux mois de cette pénible besogne, la flottille parvint le 20 juin 1897 en amont des passes de Baguessé.

Pendant que ces opérations étaient conduites par le second groupe, le premier groupe, partagé lui-même en deux parties, faisait à la fois le transport des 2 000 charges du convoi par les routes de terre au nord du M'Bomou, et la reconnaissance du cours supérieur du fleuve. On y rencontra heureusement un bief de 800 kilomètres, de sorte que les bateaux, partant de Baguessé, limite du bassin inférieur, pouvaient aller par le M'Bomou et son affluent le Bokou, jusqu'à 70 kilomètres de Tamboura, dans le bassin du Nil. Le capitaine Baratier, parti le l»'' juin de Baguessé avec trois pirogues, arriva sans encombre, le 3 août, au confluent de la Méré, point où le Bokou cesse d'être navigable. Le 10 septembre, toute la flottille fut réunie à cette extrémité navigable des eaux françaises du bassin du Congo, à. 3 330 kilomètres de Brazzaville.

Le capitaine Marchand s'était rendu, pendant ce temps, dans les territoires Bongo-Mittou, bassins des fleuves Tondj et Djaou, pour observer la situation politique ; il occupa Roumbek et poussa même jusqu'à 80 kilomètres de Lado pour s'assurer si aucune expédition belge ou anglaise ne venait de ce côté.

L'extrémité navigable des eaux congolaises étant connue, il fallait déterminer le point de départ de la navigabilité des eaux du bassin du Nil. Le capitaine Marchand se chargea lui-même de ce soin; il rechercha le point où le Soueh, qui descend des monts Baguinsé, dans le haut plateau central, devient navigable, après les nombreux rapides de son cours supé-

rieur. Muni de farine de maïs pour huit jours, il monta avec quatre tirailleurs dans une pirogue grossièrement taillée dans un tronc d'arbre et se confia au courant du Soueh. Après trois jours d'un voyage plein de péripéties, il reconnut que le Soueh devient navigable à Kodjalé, et descendit ensuite la rivière jusqu'au confluent de la Ouaou, ayant parcouru 120 liilomètres par jour. Il rejoignit sur les hauts plateaux, à la (in de septembre, la mission qui continuait de recevoir le matériel venu de Sémio.

Il fallut alors établir la communication entre l'extrémité navigable des eaux du Congo et le point où celles du Nil deviennent navigables, réunir par conséquent le débarcadère delà Méré à l'embarcadère de Kodjalé sur le Soueh. A cet effet, on dut, à travers la brousse, ouvrir par la hache, la pioche et la mélinile, une route de 160 kilomètres de longueur; en un mois, 200 tirailleurs et un millier d'indigènes eurent effectué ce travail. Pièce par pièce, la flottille fut transportée par cette route jusqu'à Kodjalé où un poste forliflé avait été fondé en septembre, puis elle descendit le Soueh. Entre Kodjalé et le confluent de la Ouaou fut créé le poste des Rapides.

Le quartier général du capitaine Marchand fut établi alors à Fort-Desaix, à 7 kilomètres en aval du confluent de la Ouaou et du Soueb, près de l'ancienne résidence de Gessi-pacha, et achevé en janvier 1898.

La mission se mit en rapport avec les populations de la région, les Dinkas, ou Djinquis, et les Djours, qui lui furent vite acquis.

De son côté, le capitaine Germain partit du poste des Rapides pour le Tondj. Le lieutenant Mangin conduisit un détachement de Fort- Desaix en observation à Djour-Ghattas. Un renfort de 100 hommes fut envoyé de Dem-Ziber à Fort-Desaix, afin d'affirmer la solidité de l'occupation française. En janvier 1898, le capitaine Marchand avait envoyé le lieutenant Largeau vers le Bahr-el-Homr, affluent du Babr-el-Ghazal.

Le capitaine Baralier et l'interprète Landeroin, de leur côté, s'étaient dirigés vers le bas Soueh et le Bahr-el-Ghazal. Partis le 12 janvier dans un seul boat, avec vingt tirailleurs et huit pagayeurs, ils réussirent à accomplir leur mission au prix de fatigues sans nombre. Enfin, le 24 février, ils arrivèrent au Bahr-el-Ghazal, puis poussèrent jusqu'au lac No, d'où le Bahr-el-Ghazal se jette dans le Nil. Le 13 mars, le capitaine Baratier fut assez heureux pour retrouver le lieutenant Largeau, qui s'était égaré dans un marais au cours de sa reconnaissance du Bahr-el-Homr.

Cette reconnaissance, effectuée dans d'aussi pénibles conditions, eut pour résultat de frayer la roule à la mission à travers les marais im-

Le capitaine

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