‹ Les colonies françaisesChapitre 12 sur 99 · COMORES · texte numérisé non relu

COMORES

Population de l'archipel des Comores : 85 000 habitants environ, ainsi répartis: MayottA, 1800; Grande-Comore , 44 000; Anjouan, 15000; Mohéli, 8000; ensemble 83 000.

Villes principales : Mayotte : Dzaoudzi, chef-lien de l'île, 170 habitants. Grande- Comore: Fomboni, l 136; Iconi, i 685; M'Béni, 809; Mitsaraihouli, i 604; M'Roni, cheMieu de l'île, 2 I44; Isoudjini, 943. Anjouan : M'Samoudou, chef-lieu de l'île- Mohéli : Fomboni, chef-lieu de l'île, 2 ooo ; Numa-Choa, 500.

Archipel de l'océan Indien, situé à l'entrée du canal de Mozambique, presque à la hauteur du cap Delgado, entre la côte de Mozambique et la côte nord-ouest de Madagascar; son axe, incliné du nord-ouest au sud-est, a un développement de 245 kilomètres. Il est compris dans un rectangle ayant pour côtés les 11» et 13° lat. S. d'une part, et les 40» 50' et 43° long. E. d'autre part; il appartient à cette immense zone géographique qui s'étend du continent africain aux îles de la Sonde.

Ce groupe se compose de quatre îles : la Grande-Comore^ la plus

grande, auN.-O.; Anjouan et Mohéli, au centre, sur deux lignes parallèles: Mayotte, la plus importante, au sud-est; plus quelques îlots madréporiques. Superficie, 2 124 kilomètres carrés. Population, 80 000 habitants.

Ces îles aux côtes généralement abruptes et profondément échancrées, déroulent çà et là des rivages indécis, une végétation luxuriante de palétuviers empêchant le navigateur de reconnaître la limite de l'eau et de la terre. Elles représentent les cônes d'émergence d'un massif sous-marin, séparé des grandes terres par des gouffres profonds et vastes ; des brèches, profondes également, séparent les Comores les unes des autres. Vues de la haute mer, à une distance de 80 ou 100 kilomètres, elles offrent un aspect pittoresque ; une forêt verdoyante recouvre jusqu'au sommet les pentes des montagnes qui forment leur ossature. Tout le sol des Comores présente un relief accidenté, coupé de ravins très encaissés, hérissé de mornes coniques, avec de rares plateaux et une seule plaine (à Mayotte).

L'altitude des cimes va progressant du sud-est au nord-ouest : à Mayotte le plus haut sommet ne dépasse pas 600 mètres ; le pic culminant d'Anjouan atteint une élévation de 1 600 mètres ; le cône central de la Grande-Comore se dresse jusqu'à l'altitude de 2 400 mètres ; Mohéli, le satellite d'Anjouan, a un relief inférieur, 598 mètres. L'archipel comorien a subi des alternatives d'exhaussement et d'affaissement ; dans sa dernière crise géologique, le sol des diverses îles paraît avoir éprouvé non une dépression, mais un soulèvement. La présence de deux cratères non éteints, de deux volcans à activité intermittente, l'un dans l'îlot Pamanzi, adjacent à Mayotte (côte orientale), l'autre, le Kartal, la majestueuse pyramide de la Grande-Comore; en outre, l'abondance des roches granitiques, basaltes, trachytes, laves décomposées, pouzzolanes, scories et pierres ponces, témoigne de l'origine volcanique du sol. Le grès, le calcaire, des argiles diverses apparaissent sur certains points. Aucun fossile n'a été découvert dans ces îles. D'autre part, les récifs de coraux qui avoisinent ou qui étreignent les rivages (ceux de Mayotte notamment) décèlent une formation madréporique consécutive à la formation ignée.

Deux moussons, et par suite deux saisons, régissent alternativement le climat de l'archipel : la saison sèche, amenée par la mousson du sudouest, règne d'avril-mai à octobre-novembre ; la saison des pluies et aussi des fortes chaleurs, appelée hivernage, et correspondant à la mousson du nord-est, dure de la première semaine de novembre à la première quinzaine d'avril. Des brises marines rafraîchissent l'atmosphère pendant la saison sèche. Des pluies torrentielles signalent l'hivernage à Mohéli et à Mayotte. L'abondance de ces pluies transforme alors les ruisseaux en petites rivières. Une période de calme et de forte chaleur intervient à la fin de chaque saison. Avril et juillet sont les mois les plus froids, février et mars sont les plus chauds; en avril, le thermomètre marque de 22'» à 26° et même de 29° à 31° centigrades à midi, pour s'élever à 35° en janvier et février. A Mohéli, la température moyenne est de 26° à 27°; à Mayotte, elle est de 25° 25', l'écart entre les points extrêmes étant de 11°. L'archipel comorien se trouve en dehors de la sphère des ouragans et des raz de marée ; les cyclones le visitent rarement. On a exagéré l'insalubrité du climat ; mais, tout bien considéré, il devient malsain pour l'Européen si

celui-ci prolonge son séjour dans les îles au delà de deux ou trois ans : le paludisme (fièvres intermittentes), auquel les indigènes sont également soumis, domine parmi les affections morbides, mais il prend rarement un caractère pernicieux. Mayotte est plus saine que Mohélioii le littoral présente un dépôt d'alluvions épais de 10 mètres. L'éléphantiasis et l'ophtalmie sévissent cruellement dans les rangs de la population indigène ; la dysenterie y apparaît assez fréquemment; les maladies du foie y sont exceptionnelles ; on n'y a jamais constaté des cas de choléra ni de fièvre jaune.

Un naturaliste allemand a exprimé l'opinion que la flore et la faune de l'archipel des Comores sont aborigènes; mais le capitaine de vaisseau Jouan, qui a fait une étude particulière des Comores, pense que l'une et l'autre sont assez semblables à celles de Madagascar; qu'en tout cas plusieurs végétaux ont une origine étrangère, ceux notamment amenés par les courants ou transplantés par les Européens. Le sol de toutes les îles est d'une fécondité prodigieuse, surtout à l'embouchure des vallées ofl les dépôts d'alluvion ont une épaisseur de 1 à 10 mètres.

Les plantes indigènes ont pour habitat le i-ivage et la forêt; dans toutes les îles, la forêt occupe encore les cinq sixièmes du sol, nonobstant la coutume de déboiser et de nettoyer le terrain par des incendies périodiques. Entre les cultures et la forêt s'étendent les terres à riz et les pâturages. Sur les pentes dénudées et dans les clairières croissent les fougères et des herbes de 3 mètres de hauteur. Les principales essences forestières ou cultivées sont : le takamaka, fournissant un excellent bois de charpente et d'ébénisterie, le bananier, également bon pour les mêmes usages, le grand et le petit natte, le bois de fer (assez rare), l'aréquier catechu, le rafia {sagus rafia), qui croît surtout à Mohéli, l'azigu, plusieurs ébéniers et ficus, ceux-ci analogues aux ficus de l'Inde; les arbres à ouate et à pain ; le faux acajou, le bois d'oiseau (sur les cimes des montagnes), le cocotier aux fruits énormes, et le palétuvier (sur les rivages), le manguier, aux fruits très gros, le bananier, le papayer (en immense quantité), lesapotier, l'avocatier, l'oranger, le citronnier, la pamplemousse, le goyavier, le néflier, le tamarinier, plusieurs pandanus et dracœna, le cotonnier elle caféier (croissant à l'état sauvage), la canne à sucre (parfaitement acclimatée et peut-être indigène), l'indigotier, l'arum, le ricin, le muscadier, le giroflier, le vanillier, le tabac, le cacaoyer, le gingembre. Les Comores produisent en outre le corrosol, la pomme rose, l'igname, la patate douce, l'ananas, l'yam, l'ambrivate, le maïs, le riz, le millet, le manioc, la fève, la lentille et plusieurs cucurbitacées. Dès le retour de la saison des pluies, la végétation, morte en apparence, se relève en quelques jours et s'épanouit avec magnificence.

La faune de l'archipel se rapproche dans son ensemble par ses caractères anatomiques de celle de Madagascar; un petit nombre d'espèces lui appartiennent en propre; elle ne comprend ni félin ni reptile venimeux. Les indigènes, musulmans pour la plupart, ont exterminé les chiens et les porcs, sauf à Mayotte. Jadis ils élevaient des chameaux, des ânes et des mulets ; aujourd'hui, on importe ces animaux dans leurs îles, ainsi que le mouton, les lapins, les canards, les pigeons, les oies et les poules. Un lémurien (makis brun), vivant par bandes ; le tenrec, congénère du

hérisson ; deux espèces de bœufs à bosse (zébus), la petite espèce à grandes cornes ; deux variétés de chèvres superbes, différant beaucoup

par la taille, vivant à ^ „ l'état sauvage mais

s'apprivoisant aisément; des chats musqués à poil ras, qui campent dans les forêts en grand nombre; la civette la musaraigne (rare), les rats, mulots, souris (très abondants) ; quatre chéiroptères, entre autres le pteropus comorensis ; trois ophidiens inoffensifs ; le caméléon et le lézard (très nombreux), le gecko, la grenouille et le crapaud (rares) ; la tortue franche (très commune) et le caret (assez rare) ; parmi les oiseaux, un perroquet noir, un coi'beau noir à poitrine blanche ; le colibri, le bengali, le ramier, la tourterelle, la caille, le flamant, le héron, le marlin-pêcheur, l'alouette de mer ; la carpe et l'anguille dans les ruisseaux, les dauphins et jadis les cachalots sur les côtes ; toute une légion d'annélides , crustacés, zoophytes et mollusques; parmi les myriades d'insectes, l'abeille, dont on i-ecueille le miel en abondance dans les forêts, et le borer, qui perfore les tiges de la canne à sucre , complètent la faune de l'archipel.

Saïd Ali, sultan de la Grande-Comore et ses ministres.

Phot. Humblot.

Page 1