‹ Les colonies françaisesChapitre 11 sur 99 · C. Bruno · texte numérisé non relu

C. Bruno

Bien plus tôt que Nosi-Bé, l'île Sainte-Marie de Madagascar a été terre française; c'est en effet dès l'année 1642 que Pi'onis en a pris possession et y a laissé quelques colons que Flacourt trouva un peu plus tard installés dans de beaux jardins. Jusque vers 1670, cette terre demeura habitée par quelques Français; plus d'une fois les habitants de Fort-Dauphin y envoyèrent, à l'époque, prendre des chargements de riz.

Abandonnée alors, comme la Grande Terre, par nos colons, cette île, où Flacourt déclarait nécessaire de créer un établissement français, ne tarda pas à devenir le repaire des pirates de différentes nationalités qui, au début du xvni« siècle, écumèrent une partie de l'océan Indien. L'excellent port naturel de Sainte-Marie était leur centre de ralliement et un îlot qui porte dans cette rade le nom à'île aux Forbans, rappelle encore leur séjour en cet endroit. Quand, grâce à l'habile politique de Desfoi'ges- Boucher, la plupart de ceâ pirates se furent rendus à Bourbon et eurent commencé à y mener une vie moins aventureuse, l'île Sainte-Marie demeura aux mains des seuls indigènes pendant un quart de siècle. En 1750, elle fut cédée par l'héritière du roi de Foulepointe et Sainte-Marie, la reine Béti, au roi Louis X"V; une des faces du fortin bâti sur l'îlot

Madame conserve encore un souvenir de cette époque : les armes de France et la date de 1753 gravées sur la pierre rappellent le séjour dans l'île de Gosse, que massacrèrçnt les Sakalaves en 1734.

Après la mort de La Bigorne, l'ancien caporal des troupes de la Compagnie des Indes qui avait épousé la reine Béti et qui, de 1750 à 1767, jouit sur tout le littoral oriental de Madagascar, de Tamatave à la baie d'Antongil, d'une extraordinaire influence, l'île Sainte- Marie retomba dans un abandon à peu près complet. Notons cependant qu'en 1804 le général Decaen, lorsqu'il constitua un département du nord-ouest de Madagascar avec Tamatave pour chef-lieu, forma de l'île Sainte-Marie un des arrondissements de ce département; notons aussi que les Anglais ne l'occupèrent point en 1811, et qu'aussitôt après les traités de 1815, le capitaine de frégate de Mackau en reprit solennellement possession. Uu peu plus tard (1821), Sylvain Roux s'efforça avec un certain succès d'en faire le centre de l'influence française ; en 1822, il amenait douze des chefs de la contrée avoisinante à faire acte de soumission à la France, et notre autorité sur l'île Sainte-Marie était si bien établie que le roi des Hovas Radama déclarait en 1823 ne pas contester à notre pays sa possession. Le gouvernement ne s'en demanda pas moins, un peu plus tard, s'il maintiendrait un établissement à Sainte-Marie ; mais il eut la bonne idée de le conserver, en dépit des événements qui amenèrent une complète mésintelligence entre la France et les Hovas. Rattachée successivement à l'île Bourbon (1823), à Mayotle (1844), de nouveau à l'île de la Réunion (1876), enfin à Diégo-Suarez (1888), l'île Sainte-Marie constitue actuellement une commune faisant partie des territoires civils de la côte est de Madagascar.

Henri Froidevaux.

Page 1