‹ Les colonies françaisesChapitre 19 sur 99 · ILES SAINT-PAUL ET AMSTERDAM · texte numérisé non relu

ILES SAINT-PAUL ET AMSTERDAM

Les îles Saint-Paul et Amsterdam, encore qu'elles n'aient guère été colonisées jusqu'à présent, ont une histoire assez longue et déjà ancienne. C'est en effet le 18 mars 1522 que la plus grande et la plus haute d'entre elles, l'île Amsterdam, fut entrevue pour la première fois par des Européens; un passage du journal du pilote Francisco Alvo ne laisse aucun doute à cet égard, et prouve péremptoirement que les marins de la Victoria, les compagnons de Magellan et de Sébastien Del Cano, furent les découvreurs de cette terre. Un peu plus tard, à une date indéterminée, un navigateur portugais vit l'île Saint-Paul, et lui donna le

i98 MADAGASCAR

nom de son bâtiment, comme le prouve une légende inscrite par Evert Gysberths sur son portulan, qui date de 1559.

Les deux terres étaient donc connues des navigateurs dès le début du XVII» siècle ; elles furent entrevues à différentes reprises dans le cours du même siècle avant d'être entièrement visitées. Le gouverneur Van Diémen, par exemple, passa entre elles sans s'arrêter en l'année 1633, et se borna à donner à la plus septentrionale le nom de son bâtiment, la Nouvelle-Amsterdam, l'île méridionale étant, dit-il lui-même, l'île Saint-Paul. En 1696, William Van Vlaming agit tout autrement ; conformément à ses instructions, il visita chacune des deux terres et recueillit des renseignements très intéressants sur l'état physique de Saint-Paul à cette date; sur Amsterdam, par contre, Van Vlaming a été très laconique, et il faut

lie Saint-Paul. — Vue intérieure du cratère.

attendre jusque la fin du xvm» siècle pour être renseigné avec précision sur cette île par d'Entrecasteaux qui, en 1792, en longea d'assez près la côte méridionale.

Il y avait alors quelques années déjà que des baleiniers américains commençaient à fréquenter les abords de Saint-Paul et d'Amsterdam, attirés par l'abondance des otaries et des cétacés qu'ils y rencontraient. Un marin de Brest nommé Pérou, embarqué sur l'un de ces bâtiments, fut lâchement abandonné à Saint-Paul par son capitaine avec quatre de ses compagnons qu'il vit périr successivement autour de lui ; quant à lui, il fut, au bout d'un séjour forcé de près de quarante mois (l*"" septembre 1792- 16 décembre 1795), tiré de cette terre qu'il avait été le premier à véritablement habiter. Vingt-cinq ans plus tard, en 1 820, un autre Français y est installé avec trois nègres esclaves ; et tous quatre pèchent et salent du poisson qu'une goélette de l'île Maurice vient chercher, chaque année, à Saint-Paul.

Aucun gouvernement ne prit toutefois, ni à cette date, ni pendant les années suivantes, possession des îles Saint-Paul et Amsterdam ; frappé en 1842, à la suite d'une visite faite à ces deux terres, de leur situation avantageuse pour la pêche, un Polonais naturalisé Français et fixé à la

Réunion, Adam Mieroslawski, s'en fit octroyer la concession par le gouverneur de l'île où il résidait, et décida même ce haut fonctionnaire, le contre-amiral Bazoche, à y arborer le pavillon national. C'est ce que fit l'année suivante un capitaine au long cours; il y laissa même une petite g-arnison que commanda, en qualité de « chef des îles », Mieroslawski luimême. Mais le gouvernement métropolitain, craignant sans doute de déplaire à l'Angleterre en ratifiant cette prise de possession de terres situées sur la grande route des Indes et de l'Australie, ne tarda pas à faire rapatrier les quelques soldats d'infanterie de marine qui s'étaient établis à Saint-Paul, et Mieroslawski demeura seul dans l'île avec ses équipages de marins et de pêcheurs. Quatre ans après s'y être installé, il quittait Samt-Paul, où lui succédèrent différents Français jusqu'en l'année 1853; à celle date, les pêcheries des deux terres furent abandonnées, et pendant bien longtemps des marins et des savants furent dès lors à peu près les seuls à visiter (sur la Novara, en 1857; en 1874, à l'occasion du passage de Vénus sur le soleil ; etc.) les deux îles perdues dans l'océan Indien méridional, car la tentative faite en 1870 par un habitant de la Réunion pour s'établir dans l'île d'Amsterdam fut trop courte pour mériter ici autre chose qu'une simple mention.

"Voici bientôt dix ans que le pavillon français flotte de nouveau, et d'une manière définitive, sur les deux îles ; il a été arboré le 23 octobre 1892 à Saint-Paul, le 27 octobre suivant à l'île d'Amsterdam, et assure à la France la possession d'un poste avancé au milieu de l'océan Indien, sur la route maritime de la Grande-Bretagne à l'Australie. Malheureusement personne ne s'y est encore établi à demeure, et c'est seulement pendant l'été que des pêcheurs de la Réunion viennent y séjourner provisoirement, pour y exercer leur industrie dans des parages dont la réputation n'est plus à faire.

L'île Saint-Paul se trouve située exactement par 38» 42' 50" de latitude sud et 73° 11' de longitude est. C'est à peu près la latitude de l'Australie méridionale au sud de Melbourne. Cette île présente une forme nettement triangulaire. D'origine volcanique, elle s'évase en un immense cratère, actuellement occupé par les eaux de l'Océan, et qui communique avec la pleine mer par une écbancrure s'ouvrant sur la côte orientée N.-O./S.-E. du triangle. La plus grande dimension de l'île s'étend de la pointe nord à la pointe sud et est à peu près de 5 kilomètres. En largeur, c'est-à-dire de la pointe ouest au chenal qui unit la mer au lac intérieur, il y a 3 kilomètres. L'origine de l'île est essentiellement volcanique. Ses côtes sont formées de falaises sombres et irrégulières, du haut desquelles le sol s'élève en pentes douces jusqu'à l'arête circulaire qui constitue les bords du cratère, d'un diamètre de 1 600 mètres, à une altitude dont le maximum dépasse 250 mètres. C'est de ce cratère central et unique que se sont échappées les laves basaltiques qui peu à peu ont formé l'île. Le noyau du sol est formé d'une sorte de trachyte nommé rhyolithe, qui est surmonté de ponces et d'obsidiennes. Les épanchements basaltiques et les laves ont donné à l'île le relief qu'elle possède aujourd'hui. La surface du sol est partout crevassée. Une dizaine de petits cônes éniplifs, de iô

il 30 mètres de hauteur, se trouvent distribués sur différents promontoires de l'île. L'eau douce fait totalement défaut à Saint-Paul et l'on n'y trouve que des eaux thermales fortement minéralisées. Les sources chaudes et les dégagements de gaz et de vapeur d'eau représentent maintenant les dernières manifestations volcaniques. En tout temps l'île est coiffée de vapeurs, souvent épaisses, qui persistent même lorsque le ciel est absolument pur. La flore et la faune de Saint-Paul sont pauvres. Aucune plante n'appartient exclusivement à l'île, riche seulement en mousses et lichens. La houlque de Bretagne et le chou y ont trouvé un habitat favorable. Si l'on excepte les oiseaux qui vivent dans ces parages en multitudes innombrables (pingouins, albatros, pétrels), toutes les espèces qui composent la faune ont été introduites par les navires. Le lapin, le chat, le ratd'Alexan-

Carte de l'océan Indien, indiquant l'emplacement des îles Saint-Paul, Amsterdam et Kerguélen.

drie, le surmulot et la souris prospèrent et vivent en bonne intelligence. Les porcs n'ont pu s'acclimater. Les chèvres, redevenues sauvages, forment des troupeaux nombreux. L'otarie, la baleine, le calmar sauteur, la pieuvre fréquentent les rivages de lîle.

La situation de l'île Amsterdam répond exactement à 37° 48' 50" de latitude sud et 75° 23' de longitude est. Cette latitude est un peu plus septentrionale que celle de Saint-Paul. Amsterdam est une terre très élevée ; sa forme générale est sensiblement i-ectangulaire ; sa superficie est à peu près cinq fois supérieure à celle de Saint-Paul, et son altitude est d'environ 900 mètres. La longueur du rectangle qu'elle forme présente un maximum de 8 kilomètres, et la largeur, 6 kilomètres; l'étendue de sa plus grande diagonale atteint 9 kilomètres. D'origine essentiellement volcanique, l'ile Amsterdam est une masse compacte, présentant un cordon ininterrompu de falaises à pic, hautes de 500 à 700 mètres dans la partie occidentale; dans la partie nord-orientale, la côte est moins élevée : c'est

la seule porte de lîle. Les grandes coulées de laves qui recouvrent lUe sont fendues en longues fissures sur lesquelles se sont ouverts de petits cônes éruplifs, fort bien conservés. Les laves, effondrées en plusieurs points, forment çà et là des cavernes assez vastes. Le sommet de l'île, au milieu de la période d'activité volcanique, a dû être constitué par un immense cratère que des éruptions successives ont comblé. Trois plateaux marécageux et tourbeux s'étagent aujourd'hui sur son emplacement. Des cônes éruptifs secondaires et un cratère large de 300 mètres et profond de plus de 100 se trouvent sur ces plateaux ; un grand nombre de

ile Amsterdam. — Vue des hauts plateaux.

bombes volcaniques sont dispersées sur le sol, maintenant en repos. L'ossature de l'île est constituée par un basalte gris à base d'anorthite et pauvre en péridot. Les laves qui recouvrent les pentes sont essentiellement labradoriques et renferment dans leur pâte des blocs arrachés à la roche basaltique ancienne. L'eau douce, qui fait complètement défaut à Saint-Paul, abonde à Amsterdam. La flore d'Amsterdam est plus variée et plus riche que celle de Saint-Paul. Une inextricable végétation de joncs {Isolepis nodosa), qui peut atteindre 2 mètres, persiste jusqu'à l'altitude de 300 mètres. En arrière de cette zone impraticable apparaît, en petits bouquets d'arbres, le Philica arborea; cette espèce se trouve associée à de hautes graminées et à de belles fougères. Plus haut, le sol, devenu tourbeux, nourrit une quantité de mousses.

sphagnes, lycopodes, fougères, etc. La faune est probablement plus développée qu'à Saint-Paul. On ne sait pas si la belette, le lièvre (capturés par "Van Vlaming), si le bœuf (nombreux troupeaux, vus par les officiers du La Bourdonnais), si les porcs laissés en 1870 ont résisté. Les grands cétacés, baleines et cachalots, sont communs autour de l'île; les otaries sont plus nombreuses qu'à Saint-Paul, car l'île est moins fréquentée. La faune pélagique est extrêmement abondante.

Aug. Robin.

Page 1