CARTE DES ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L'INOS
delta du Cavéry. Il a une surface de 13 515 hectares presque d'un seul tenant. La ville de Karikal, qui compte 10 000 habitants, est, sur la rivière Arselar, à environ trois kilomètres de la côte, par 77044' de longitude E. et 10»55' de latitude N. Une voie ferrée, ouverte le 14 mars 1898, relie Karikal à Peralam, sur le réseau anglais du South-Indian-Railway, à 23 kilomètres.
Mahé. — Pondichéry et Karikal sont sur la côte de Coromandel. Mahé, sur la côte occidentale de Malabar (par 11<>42' de latitude N. et 73° ll'40" de longitude N.), d'une surface de 5 909 hectares, est divisé en deux parties : la ville et les aidées qui en sont séparées (Palour, Chandaquel, etc.). Mahé est sur une rivière du même nom.
Yanaon. — Yanaon (80'>0'05'' de longitude E. et lôHS' de latitude N., sur la côte d'Orissa, est au confluent du Coringuy avec le grand fleuve Godavéry; les aidées qui en dépendent mesurent 1 429 hectares d'un seul tenant.
Ch.andernagor. — Chandernagor est une grande et belle ville, sur la rive droite de l'Hougly, un des bras du Gange, à 35 lieues de son embouchure et à 7 lieues de Calcutta; située par 86°01'38" de longitude N. et 22<'51'29" de latitude E. , elle est entourée d'un très petit territoire de 940 hectares qui forme un rectangle de 6 kilomètres sur 2. A une petite distance, mais toujours sur le bord de la rivière, est le petit territoire de Goréty.
Les Ijoges. — La France possède encore en droit, sinon en fait, les loges dont nous avons parlé ci-dessus : Surate (70°46' de longitude E, et 24021' de latitude N.), à 55 lieues nord de Bombay; Calicut, à 13 lieues sud-ouest de Mahé; Jougdia (2005O' de lat., 88052' de long.); Dacca (23042' et92057'),Gassimbazar (24oio'et86o09'), Balassore (2a037' et 82035' et Patna (25037' et 82054'), dans le Bengale, consistent chacune en une maison et un terrain sur lequel nous pouvons exercer divers droits de souveraineté et de juridiction. A la loge de Mazulipatam (78048' long, et 1601 0' lat.) sont annexées deux petits territoires et un village, France- Pett.
Tels sont les restes de l'empire colonial que Dupleix avait commencé à fonder dans l'Inde.
Depuis plus de vingt-deux ans, nous ne possédions plus un pouce de terrain dans l'Inde, lorsque par les traités de 1815 nos territoires nous furent rendus: Pondichéry et Chandernagor le 4 décembre 1816, Karikal le 14 janvier et Yanaon le 12 avril 1817. La ville de Mahé nous fut remise le 22 février 1817, mais c'est seulement en 1853, après de longues négociations, que nous avons pu reprendre possession des aidées qui en dépendent. Les loges ne nous ont jamais été restituées. A plusieurs reprises, des pourparlers ont été engagés pour l'échange de nos droits sur ces loges contre une augmentation de territoire autour de Pondichéry^ mais ils n'ont pas abouti.
Climat. — Le climat de l'Inde française peut être considéré comme sain : il n'y a ni marécages, ni variations brusques de température, ni maladies endémiques, à l'exception du choléra, qui atteint presque uniquement les Indiens. Les maladies les plus ordinaires sont la dysenterie, les fièvres paludéennes (dans certains endroits), l'éléphantiasis, le diabète ; mais les Européens y échappent avec une hygiène attentive, en restant sobres et modérés dans leurs habitudes, sans s'imposer cependant aucune privation absolue. Les deux établissements de Mahé et de Chandernagorsont les plus salubres; à Mahé, la température est en moyenne de 25°; à Chandernagor, elle peut descendre jusqu'à 7". A Yanaon, les variations sont également sensibles, mais progressives et [régulières de 20° à 36". A Pondichéry et à Karikal, le thermomètre oscille entre 24° et 36°, quoiqu'il monte quelquefois plus haut. Du mois d'octobre au mois de mars, la température est ordinairement inférieure à 30° ; de mars à octobre, elle lui est supérieure. Mars et octobre sont les deux époques des moussons : les vents qui régnent sur les côtes orientales de l'Inde soufflent du nord-est pendant la saison fraîche et du sud-ouest pendant la saison chaude. Les vents oscillent autour de ces directions; en été, si ce mot peut être employé, on souffre toute la journée du terrible vent de terre (en tamoul néruppu-kâttu, «vent de feu »), c'est-à-dire d'une forte brise d'ouest ou de sud-ouest; mais, vers quatre à cinq heures de l'après-midi se lève la brise de mer, agréable et rafraîchissante. Les changements de mousson sont toujours accompagnés de mauvais temps, de tempêtes, qui durent quatre ou cinq jours et pendant lesquels la vie générale est suspendue. A Pondichéry et à Karikal, il pleut dordinaire en juillet et en août, puis en décembre et en janvier; en été, ces pluies sont accompagnées d'orages violents. La quantité d'eau ainsi obtenue est en moyenne de 650 millimètres. A Chandernagor, il pleut davantage, de mars à octobre ; à Yanaon, de juin à novembre ; à Mahé, d'avril à octobre. Quand les pluies viennent à manquer, la sécheresse amène, l'année suivante, ces terribles famines dont sont victimes tant d'indigènes.
Julien Vin SON.
La population de l'Inde française est, au 2 mars 1901, de 273185 habitants, dont 133 502 hommes et 139 683 femmes; il y en a 174 436 dans l'établissement de Pondichéry, 56 595 dans celui de Karikal, 10 298 à Mahé, 5 005 à Yanaon et 26 831 à Chandernagor. Cette population se partage d'abord en trois grandes catégories : 962 Européens ou descendants d'Européens ; 1 791 métis, dits topas ou gens à chapeau, et les indigènes. Les Européens ou descendants d'Européens sont, pour la plupart des fonctionnaires venus de France, des négociants établis dans la colonie et les descendants des colons ou des fonctionnaires qui y sont arrivés depuis deux siècles. Les topas représentent les produits des unions irrégulières qui ont eu lieu entre les premiers Européens qui se sont installés
dans le pays, c'est-à-dire des Portugais, et des femmes indigènes, généralement de catégories très inférieures : beaucoup de ces gens à chapeau ne diffèrent des Indiens que par le costume et vivent tout à fait à l'indienne; les naissances sont proportionnellement moins nombreuses chez eux que dans les deux autres catégories de la population.
Les indigènes se divisent en deux groupes principaux, suivant qu'ils sont mahométans ou brahmanistes ; les musulmans, peu nombreux, ne forment guère qu'un vingtième de la population totale. Ils sont de deux catégories différentes : les paltânis, qui sont les descendants des envahisseurs persans du xiv« siècle, et les chouUas, qui sont originaires du lieu où ils habitent, mais dont les ancêtres ont dû être convertis à l'islamisme par les négociants voyageurs qui venaient, par mer, du golfe Persique trafiquer sur les côtes méridionales. Ceux-ci ne parlent que les langues des régions où ils habitent, mais ils écrivent ces langues à l'aide de l'alphabet arabe ; les premiers parlent et écrivent l'hindoustani, dont nous garlerons plus loin. Les maplets sont, de même, des musulmans indigènes de la côte de Malabar.
Les Indiens non musulmans doivent être étudiés à deux points de vue différents, celui de la religion et celui de la caste.
Au point de vue religieux, nous laisserons de côté les chrétiens convertis, catholiques romains en très grande majorité, qui n'offrent que peu d'intérêt. Ils appartiennent pour la plupart aux plus basses castes. Leur christianisme est d'ailleurs mitigé de concessions parfois singulières aux préjugés du pays ; ainsi, ils conservent la division des castes et, dans ^eurs églises, parquent les parias dans un endroit entièrement séparé. La grande majorité des Indiens du Sud est çivaïste, c'est-à-dire qu'ils appartiennent à la secte qui reconnaît Çiva pour le dieu suprême ; il en est ainsi surtout à Karikal et à Pondichéry. Les vichnouvistes, qui mettent Vichnou au sommet de leur panthéon, dominent à Chandernagor. Le vichnou visme est un culte plus élevé que le çivaïsme, en ce sens qu'il a une morale plus rapprochée de la nôtre ; il admet des dieux personnels et actifs, dont les trois principaux sont Brahmâ le créateur, Vichnou le conservateur, Çiva le destructeur-rénovateur ; à leur suite, viennent Indra^ le chef des dieux inférieurs ; Aqni, le dieu du feu ; Kuvéra, le dieu des richesses ; Varuna, le dieu des eaux; Yama, le dieu de la mort; Kdma, le dieu de l'amour, etc. Chacun d'eux a sa femme ou son parèdre femelle : Sarasvati, déesse des arts et des sciences ; Lakchmî, déesse de la fortune, etc. ; la femme de Çiva a, comme la Diane antique, deux aspects différents, le bon sous le nom de Parvati et le mauvais sous celui de Kâli. Le vichnouvisme n'est d'ailleurs qu'un vaste panthéisme. Le çivaïsme accentue encore ce caractère : les divers dieux y sont des êtres supérieurs, mais temporaires, et tout le monde peut aspirer à prendre leur nom et à tenir leur place. En réalité, tout n'est qu'illusion et il n'y a de réel que le suprême absolu, le Çiva, qui est la substance ou l'âme unique et universelle. Les âmes humaines sont des manifestations locales et accidentelles de l'âme universelle, et la vraie fm de l'homme est la réunion à l'absolu. On n'y arrive qu'après avoir entièrement dépouillé l'individualité, qui est entretenue par les mérites et les démérites ; ceux-ci doivent être annulés
et compensés par leurs punitions ou leurs récompenses dans un autre monde ou sous une autre forme vitale, inférieure ou supérieure. De là, la nécessité d'une longue série de renaissances. C'est ce qu'on a appelé la métempsycose. Le bouddhisme n'a pas une autre doctrine, mais il n'admet pas la division des castes, ce qui lui donne le caractère d'une réforme sociale. A ce fond philosophique commun le çivaïsme a incorporé les vieux cultes naturalistes du pays et notamment celui du lingam ou phallus. Les ci vaïsles enterrent leurs morts ; les vichnoavistes brûlent
Groupe d'indigènes.
les leurs : on jette les restes de cette opération dans un étang ; on fait boire quelques gouttes de l'eau de cet étang aux personnes qui ont à prêter serment devant la justice.
Quant à la caste, ce mot, qui vient du portugais casla « chaste, pur », est assez impropre ; les mots qui en expriment l'idée en indien signiflent en réalité « espèce » ou « couleur». A l'origine, il n'y avait que trois castes, naturelles pour ainsi dire : les prêtres ou brahmanes, les rois et les guerriers ou kchatryas, et la masse du peuple qui se divisa de luimême en deux parties, les marchands et propriétaires ruraux (vdiçyas) et les serviteurs, ouvriers, ou manœuvres {sûdras). Mais quand les Aryens, qui sont les ancêtres des Hindous modernes, se répandirent dans la vaste
péninsule, ils confondirent tous les habitants de leurs nouveaux domaines dans la dernière caste, celle des sild7'as. On peut donc dire que presque tous les Indiens, et surtout ceux des régions méridionales, appartiennent à la caste servile. L'origine territoriale et la profession créèrent de nouvelles divisions qui retinrent le nom de castes, et, quoique leurs origines fussent toutes différentes, elles se prévalurent de privilèges particuliers et se constituèrent en catégories fermées ne s'alliant pas entre elles par mariage. Cette situation relative explique l'affirmation d'un ancien magistrat que les castes actuelles de l'Inde constituent des divisions parallèles et non pas superposées. En dehors des castes, il y a des tribus hors la loi, dont la principale est celle des parias {poulias à Mahé) ; on suppose qu'elles sont constituées par des criminels exclus de leurs castes ou par les habitants primitifs qui ont pu résister aux envahisseurs.
Les principales castes de l'Inde française sont :
A Pondichéry et à Karikal, les velldjas ou vélâlas, odéar, kavaré, (cultivateurs); chettys (négociants); comuttys (marchands au détail); les bergers, les tisserands, les potiers, les artisans des cinq classes (orfèvres, charpentiers, forgerons, chaudronniers, tailleurs de pierre), etc. ;
A Yanaon, les castes sont à peu près les mêmes, mais les noms sont différents ;
A Mahé, il y a quelques castes spéciales: les naiVs, princes indigènes; les maplets, musulmans, etc. ;
A Chandernagor, on distingue également les commerçants, les industriels, etc.
Dans le sud, les castes sont classées en deux groupes, celui de la main droite et celui de la main gauche, qui ont des privilèges (droit exclusif au passage dans certaines rues, port de certains insignes), des prétentions et des exigences particulières, et entre lesquelles éclatent souvent de violentes querelles. Cette division doit avoir son origine dans la distinction dessûdi'as en deux grandes catégories, celle des marchands, des tisserands, huiliers et autres, dont la profession est pour ainsi dire sédentaire et domestique, et celle des cultivateurs, des bergers, des potiers, et autres dont la profession est active et rurale. Les premiers sont de la main gauche et les seconds de la main droite. Les premiers arborent un drapeau rouge et les seconds un drapeau blanc. Les parias appartiennent à la main droite et portent même le titre de valangeimugattâr « avantgardiens de la main droite».
Nous avons fait allusion tout à l'heure à des races différentes. On ne saurait cependant distinguer, parmi les Indiens modernes, des types anthropologiques bien différents ; la couleur de la peau est plus claire dans les castes supérieures et plus sombre dans les inférieures ; mais les caractères généraux sont les mêmes : taille moyenne l'°,60, longueur du bras 104 cm., indice nasal 58, indice céphalique 74,1. L'Indien a la chevelure noire, souvent bouclée, les yeux vifs, le corps souple, les jambes grêles. Les femmes sont gracieuses et bien faites, mais elles se peignent quelquefois le visage et enduisent leurs belles chevelures d'une huile de coco trop rance et trop grasse.
Au point de vue linguistique, cependant, il y a dans l'Inde plusieurs
Colonies II.
to
groupes ethniques différents; le groupe indo-européen, aryen, gaudien, au nord, et le groupe dravidien, au sud, sont les deux principaux. Le premier se compose de huit idiomes apparentés aux idiomes modernes de l'Europe, entre lesquels il n'y a à citer ici que Vhindt et le bengali, parlé à Chandernagor. Le second comprend une douzaine de langues, le tamoul, parlé à Pondichéry et à Karikal; le iélinga, parlé à Yanaon; le malayâla, parlé à Mahé; le canara, le tulu, etc.; les idiomes dravidiens sont tout à fait indépendants et originaux ; ils sont parlés par environ soixante millions d'hommes dans toute la pointe méridionale de l'Inde. A côté de ces idiomes, il faut placer Vhindoustani, qui est simplement de l'hindî, mélangé de mots persans et écrit en caractères arahes, et qui sert de lingua franco entre tous les musulmans de l'Inde,
Les langues dravidiennes sont seules proprement indiennes; elles sont originaires des plaines méridionales de la grande péninsule et elles sont caractérisées par la présence de consonnes linguales ou cérébrales, /, d» n, r, l (prononcés à la façon des l anglais des finales en ble). Ces sons se sont produits aussi dans les langues aryennes, qui sont venues du nordest, du point central d'où sont partis nos ancêtres. Ces premiers aryens, pasteurs, ont civilisé les sauvages de l'Inde et leur ont donné leurs mœurs, leurs lois et leur civilisation. Le pays a été longtemps divisé en un grand nombre de petits États indépendants, presque toujours en guerre les uns contre les autres. L'unité n'a été réalisée que, lorsqu'après 1 invasion musulmane, les princes persans fondèrent l'empire des Grands Mogols, qui avaient sous leurs ordres les soubahs du Bengale, du Pandjab, du Dékhan, etc. On sait comment le dernier des successeurs d'Akbar, abandonné par ses principaux feudataires et menacé par l'insurrection des Mahrattes, se remit, en 1765, entre les mains des Anglais; le général Clive, reprenant la politique de Dupleix, poursuivait ce résultat depuis que la France avait été vaincue et son influence détruite. Les Anglais absorbèrent peu à peu, par voie d'achat ou en profitant des guerres du premier empire, les colonies danoises et les colonies hollandaises. Les Français avaient d'abord lutté avec les Hollandais qui avaient chassé les Portugais de la côte orientale et qui prirent Pondichéry le 6 septembre 1693 pour nous le rendre six ans plus tard après la paix de Rys-wick. En 1674 ils nous avaient déjà enlevé Saint-Thomé où nous nous étions établis en 1672.
Julien Vin SON.
L'Inde française a été d'abord administrée par un Conseil supérieur composé des fonctionnaires de la Compagnie des Indes, sous l'autorité d'un Gouverneur nommé par le roi. En dehors de la garnison, les services publics étaient organisés comme une grande maison de commerce et quand, en 1765, la Compagnie fut mise en liquidation, ces agents furent simplement remplacés par un corps de fonctionnaires. A la dernière reprise de possession, celte organisation fut rétablie, mais elle a été successivement modifiée par plusieurs décrets, lois et ordonnances, de 1840 à nos jours.
Régime légal ("V. t. pr, pp. l-ll). — L'Inde française fait partie des colonies qui sont régies par décrets ; tout ce qui concerne sa constitution particulière a été fixé en effet par divers décrets rendus soit après délibérations du Conseil d'État, soit sur avis du conseil supérieur des colonies, soit sur la seule initiative du ministre des Colonies. L'ensemble des actes qui constituent la législation locale comprend des lois, des ordonnances royales, des décrets et des arrêtés du gouverneur. Pour être exécutoires dans l'Inde, les lois et décrets doivent avoir été promulgués par leur publication au Journal officiel de la colonie préalablement ordonnée par un décret du chef de l'Etat ou par un arrêté du gouverneur.
Représentation de la colonie (V. t. !«••, pp. 12-14). — La colonie est représentée au Parlement par un député qui est élu au suffrage universel, ce qui assure la majorité à l'élément indien, et par un sénateur élu, comme en France, au suffrage restreint des membres des conseils électifs qui sont au nombre de 94. Il y avait, au 31 mars 1900 578 électeurs européens et 62 215 électeurs indiens.
Fersonnel colonial (V. t. I", pp. le-is}. — L'autorité supérieure appartient à un Gouverneur qui réside à Pondichéry et qui est assisté d'un Conseil privé composé du Secrétaire général, chef des services administratifs, du Procureur général, chef du service judiciaire, d'un secrétaire archiviste, et de deux conseillers nommés par le Gouverneur. Â la tête de chacun des quatre établissements secondaires est un Administrateur remplissant à peu près les fonctions d'un sous-préfet.
Conseils et Municipalités (V. 1. 1«', pp. 24-31). — Un Conseil général composé de vingt-huit membres représentant les cinq établissements au prorata de leur importance se réunit chaque année à Pondichéry. Chacun des cinq établissements a, d'autre part, un conseil local. Ces conseils votent le budget annuel, décident de certaines matières importantes et donnent leur avis sur un grand nombre de détails administratifs.
Les aidées ou villages indiens ont été groupées en dix communes,
avec des conseils municipaux, ayant à leur tête des maires et des adjoints élus par eux. Les membres des conseils sont nommés au suffrage universel; mais ils forment deux séries séparées, égales en nombre, élues, la première par les Européens, les descendants d'Européens et les Indiens ayant renoncé, depuis plus de quinze ans, à leur statut personnel; la seconde, par tous les autres Indiens (1). Nous avons donné plus haut la liste des dix communes.
La loi française et la loi indigène (V. t. le"", p. 32). Le droit llindou. — Depuis la reprise de possession, en 1816, les codes français ont été promulgués dans llnde en partie seulement et avec d'importantes modifications, successivement et à diverses reprises. L'une des dernières mesures prises dans ce sens a été, en 1880, l'application aux indigènes des dispositions du code relatif à l'état civil; mais pour le mariage, dont l'âge a été abaissé à quatorze ans pour l'homme et à douze ans pour la femme, faculté a été laissée aux contractants de se marier devant l'officier de l'état civil ou de faire célébrer leur union par le prêtre de leur culte qui doit en faire la déclaration à l'hôtel de ville dans les vingt-quatre heures.
Un décret du 21 septembre 1881 autorise les natifs de vingt et un ans, quels que soient leurs castes et leurs religions, à renoncer à leur statut personnel, par une déclaration faite devant l'officier de l'état civil, le juge de paix ou un notaire, et publiée dans la quinzaine au Journal officiel de la colonie. Les Indiens, qui doivent prendre un nom patronymique (la fantaisie s'est donnée libre carrière dans les noms adoptés jusqu'ici), sont alors soumis aux mêmes lois et jouissent des mêmes droits que les Européens ou descendants d'Européens.
Les Indiens non renonçants restent soumis aux us et coutumes du droit hindou. Ce droit se résume dans un vieux livre sanscrit qu'on a appelé, assez improprement, les lois de Manou, et surtout dans les commentaires qu'en ont fait divers jurisconsultes indiens, complétés par la tradition. Ces coutumes tiennent esssentiellement à l'organisation religieuse et à la hiérarchie sociale de l'Inde. Elles ont pour bases principales les privilèges constants des trois premières classes, l'autorité absolue des brames en matière spirituelle et des rois en matière temporelle, en ce qui concerne le droit public et politique. Quant au droit civil et privé, il comprend principalement le pouvoir souverain du père de famille, la perpétuelle minorité des femmes (successivement soumises à leurs pères, à leurs maris et à leurs fils), etc. Nous ne pouvons donner ici qu'une idée très sommaire du droit hindou ; nous dirons seulement que la propriété s'acquiert par héritage, par prescription de trente ou trente-cinq ans, par la preuve testimoniale ; que les fils se partagent par parts égales les biens du père intestat, les filles non mariées n'ayant droit qu'à un quart de la part d'un garçon ; que les créances se prouvent, à dé-
(i) Sur les décrets du 2C février 1884 et lo septembre 1899, voir les Peincipes GÉNÉRAUX, tome 1»^ page 3o.
faut de titre, par témoins, et que l'intérêt exigible peut aller jusqu'à huit fois la valeur de l'objet prêté ; que le créancier peut séquestrer son débiteur et que, lorsqu'il ne peut obtenir le remboursement de sa créance, il a le droit d'aller s'asseoir à la porte de son débiteur et d'y mourir d'inanition, si le débiteur refuse d'acquitter sa dette ; qu'une femme peut être répudiée pour ivresse habituelle, inconduite, maladie incurable, stérilité, ou parce qu'elle n'a que des filles ; que le mariage se fait toujours entre enfants et que le remariage est interdit aux veuves, quel que soit leur âge, etc. Le « jugement de Dieu » joue un grand rôle dans les coutumes indiennes ; il y a le jugement par la balance, par le feu, par l'eau, par le poison, par l'eau lustrale, par le riz cru, par le poids bouillant, par le fer rouge, par l'image de la justice. Les crimes et délits sont classés en trois grandes catégories : ceux contre les fruits de la terre, contre les objets servant à l'homme, et contre l'homme lui-même. Une prescription légale intéressante à rappeler est celle qui impose au gagnant d'un procès une redevance de 5 pour 100 à payer au souverain, tandis que le perdant est soumis à une amende de 10 pour 100,
La Justice (V. t. !«', pp. 41-14;. — Le service de la justice comprend une Cour d'appel à Pondichéry ; trois Tribunaux de première instance à Pondichéry, Karikal et Chandernagor ; deux juges de paix à compétence étendue à Mahé et à Yanaon; et deux juges de paix à Pondichéry et Karikal. Il n'y a pas de tribunaux de commerce. Les affaires criminelles sont déférées à des Cours d'assises, qui siègent dans chaque établissement sous la présidence d'un conseiller assisté d'un jury composé d'Indiens et d'Européens notables. Les avocats et les avoués sont remplacés par des conseils agréés qui peuvent n'avoir aucun grade en droit, mais qui ont subi un examen spécial. Un corps nombreux d'interprètes assiste les magistrats. On a créé à Pondichéry une école de droit oii les cours sont faits par des membres de la cour et du tribunal. Il existe depuis la reprise de possession un comité consultatif de jurisprudence indienne.
L'Instruction publique (V. t. 1", pp. 45-46). — Le service de l'enseignement, sous les ordres d'un chef de service spécial qui peut être admis avec voix consultative au Conseil privé, comprend un collège fondé en 1877 par un riche négociant indien, Calvé-Souprayachetty, et des écoles primaires. Le collège colonial, établissement d'enseignement secondaire ouvert en 1840, laïque d'abord, puis confié successivement à deux congrégations religieuses, a été fermé l'année dernière et a été fusionné avec le collège Calvé qui donnait l'enseignement primaire supérieur et l'enseignement professionnel. Seize écoles à Pondichéry dont une seule laïque, cinq à Karikal, une à Chandernagor, à Mahé et à Yanaon pour les filles; huit à Pondichéry, trois à Karikal, une à Mahé, deux à Chandernagor, une à Yanaon, pour les garçons, et sept écoles mixtes (deux à Pondichéry, Karikal et Mahé, et une à Yanaon) donnent l'enseignement primaire public. En 1900, il y avait dans toutes ces écoles
10 358 élèves, dont seulement 572 Européens ou descendants d'Européens.
11 y a de plus à Pondichéry, à Karikal et à Mahé vingt-trois écoles subven-
tionnées par l'Alliance française. Sur les 10 358 élèves, on ne comptait en 1900 que 320 Européennes et 3 858 jeunes filles indigènes. Mais il existe en outre 190 écoles privées indiennes fréquentées par 6 270 élevés dont seulement 564 filles. Le français est appris par 38 garçons et par 20 filles pour iOO. On comptait, en 1900, 138 instituteurs publics et 92 institutrices (dont 100 diplômés) et 283 instituteurs libres. Ghandernagor possède un collège qui porte le nom de Dupleix, divisé en deux sections : la section française, et la section anglaise qui prépare aux examens de l'Université de Calcutta. Les prêtres de la congrégation des Missions étrangères ont deux séminaires, l'un à Pondichéry, l'autre à Karikal. On a vu plus haut que des cours de droit sont faits par des magistrats ; des cours de médecine sont faits de même, à l'hôpital de Pondichéry, par des médecins du corps de santé des colonies : ils forment des officiers de santé indigènes, des vaccinateurs et des sages-femmes. Des commissions spéciales décernent les certificats d'études, les brevets élémentaires et supérieurs. Des dispositions ingénieuses permettent aux jeunes gens du pays d'obtenir les diplômes de bachelier es lettres et es sciences sur place.
Les Cultes (V. 1. 1»"", p. 47). Trois religions sont pratiquées dans l'Inde française; ce sont, par ordre d'importance numérique, le brahmanisme, l'islamisme, et le christianisme. Ce dernier culte, qui comprend presque uniquement des catholiques, est dirigé par un clergé nombreux sous les ordres de l'archevêque de Pondichéry, dont les sufFragants sont les évêques de Goimbattour, Maïssour, Combaconam et Malacca. Cet archevêché a été érigé en 1887, époque où fut supprimé le vicariat apostolique administré par un prélat m parlibus ; on supprima en même temps la préfecture apostolique qui avait été créée en 1774 et qui dépendait uniquement du gouvernement français.
Hégime financier (V. t. le', pp. 48-51). — Les services financiers sont de deux sortes, celui du Trésor, dont le chef, qui porte le titre de Trésoriei'-payeur, communique directement avec le ministre des Colonies et le ministre des Finances, et celui des Contributions et du Domaine. IjCs fonctionnaires dépendant de ces deux services sont des percepteurs, des receveurs des contributions directes et indirectes, des conservateurs des hypothèques, des receveurs de la poste, des inspecteurs, des vérificateurs pour les régies des spiritueux et la surveillance des filatures, des magasiniers pour la vente directe du sel, des tabacs et des bétels. On sait que le bétel est une feuille que presque tous les indiens chiquent en y mêlant un peu de chaux et des morceaux de noix d'arec, ce qui produit une abondante salivation rouge. On raconte à ce propos le trait ingénieux d'un agent de police indien à Pondichéry, qui découvrit un jour un vol de bijoux en remarquant que l'un des voleurs soupçonnés ne crachait pas, quoique ayant la joue gonflée comme les autres : il avait remplacé la chique ordinaire par des bijoux de prix.
Le budget de l'Inde française, qui était il y a cinquante ans d'un peu plus d'un million, atteint aujourd'hui deux millions en recettes et en dépenses ordinaires et extraordinaires. Parmi les produits divers en
recettes, il faut compter les droits sur les maisons, sur les salines, sur les spiritueux, sur les cocotiers, la vente du tabac, du sel et de l'opium. Ces deux derniers articles s'expliquent par les conventions conclues avec le gouvernement anglais, le 7 mars 1817 et le 13 mai 1818 : la France a consenti à ne plus fabriquer de sel ou d'opium sur ses territoires de l'Inde, à en acheter aux prix courants au gouvernement anglais, et à les revendre à ses administrés. Cette concession est payée par une rente annuelle de quatre lacks de roupies siccas et une indemnité de 4 008 pagodes. La pagode étant une monnaie d'or, cette dernière somme équivaut à 33 000 francs, qui sont distribués tous les ans aux anciens propriétaires français de salines. Les quatre lacks, soit 400 000 roupies, qui valaient jadis un million, valent aujourd'hui beaucoup moins, par suite de l'abaissement du prix de l'argent : la roupie, qui comptait encore en 1860 pour 2 fr. 40 ou 2 fr. 50, ne se prend plus aujourd'hui que pour 1 fr. 65 ou 1 fr. 70. Cette dernière somme est versée directement au Trésor de la métropole, qui d'ailleurs dépense plus de 300 000 francs pour le traitement de ses fonctionnaires et pour divers frais accessoires.
Le budget et le compte administratif du service local sont établis en roupies, et la roupie est l'unité de valeur servant de base à la constatation et à la perception des contributions, taxes et produits de toute nature compris dans ce budget, dont les dépenses sont également liquidées, ordonnancées et acquittées en roupies. (Décret du 17 octobre 1895.)
L'impôt foncier est payé dans l'Inde de diverses façons, suivant les anciens usages locaux; ainsi, à Pondichéry et à Karikal, la propriété est collective par village et les propriétaires communs participent aux frais et aux bénéfices dans la proportion de leurs droits inégaux. C'est seulement depuis une cinquantaine d'années que les détenteurs du sol en ont été reconnus propriétaires; auparavant, ils n'étaient considérés que comme des fermiers et payaient un grand nombre de redevances qui ne leur laissaient en mains que 30 ou 40 pour 100 de la récolte: ces redevances se payaient d'ailleurs en nature. La base de l'organisation sociale était Valdée, le village, administré au nom du souverain par un chef assisté d'un comptable ; il y avait en outre douze, quatorze ou dix-huit serviteurs du village, payés sur ces redevances : le charpentier, le forgeron, le cordier, le cordonnier, le potier, le barbier, le blanchisseur, le domestique de la pagode, l'astrologue, le vettiyân (distributeur d'eau), l'écrivain, le garde champêtre, l'agent de police, etc.
Axmée et défense. — L'unique force militaire locale consiste dans le corps des cipayes ou mieux cipahis (du persan sipâhi « homme de l'armée >), soldats d'infanterie, habillés et armés comme les troupes européennes.
Les traités de restitution, de 1814 et 1815, ne nous permirent d'entretenir dans notre colonie qu'une simple troupe de police, à laquelle, en souvenir de nos anciens auxiliaires militaires indigènes, on a conservé le nom de cipahis.
Organisé et réorganisé à diverses reprises, le petit corps des cipahis avait été légalement dissous le 2 mai 1898, par suppression de crédits.
Maintenu à titre provisoire, il a été légalement rétabli par un décret du 25 mars 1899 et réorganisé par un décret du 11 mars 1901.
Ce corps forme une compagnie de 169 hommes en tout, commandée par un capitaine, ayant sous ses ordres deux lieutenants européens, dont un comptable, appartenant tous à l'infanterie de marine; un médecin aidemajor; un lieutenant et un sous-lieutenant indigènes. Un des lieutenants enropéensest officier d'administration du corps, avec contrôle administratif du commissaire colonial. La portion centrale de la compagnie est à Pondichéry.
Le cadre secondaire est purement indigène; il comprend un sergentmajor, cinq sergents, un sergent-fourrier, douze caporaux, deux tambours, cent trente-neuf soldats, dont vingt-quatre de première classe. Le corps peut entretenir trois enfants de troupe.
Le recrutement s'effectue par engagements volontaires, pour deux, trois, quatre ou cinq ans, parmi les hommes remplissant des conditions déterminées, de préférence parmi ceux qui parlent français. La plupart sont musulmans. Le service des cipahis de l'Inde est plutôt d'ordre civil que d'ordre militaire; c'est celui d'une sorte de gendarmerie.
Julien "ViNSON.
GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE
Agriculture. — Plus de la moitié du territoire français dans l'Inde est cultivé. En dehors des arbres fruitiers, de l'indigo, de l'arachide et des cultures potagères, les terres se partagent en deux catégories, celles à riz et celles à menus grains; les premières sont les terres basses parfaitement irrigables, qui sont aux secondes dans la proportion de trois contre deux. Les secondes sont les terres élevées, sèches, où le riz ne pousse pas. Cette distinction vient du tamoul, où l'on appelle îiançéypayir « récolte du bon terrain » les diverses espèces de riz et punçéypayir « récolte du vil terrain », les autres grains alimentaires, le millet, etc. Parmi les produits du sol, il faut compter le coton, la canne à sucre, le bétel, les graines oléagineuses (iloupé, gingily, sésame, pal.machristi, ricin, etc.), le tabac et. parmi les arbres, le bananier, le cannelier, le citronnier, le palmier, l'aréquier, et surtout le cocotier. Ce dernier arbre est l'un des plus productifs que l'on connaisse; toutes les parties peuvent en être utilisées : le tronc fournit des colonnes ou des poutres pour les constructions, les feuilles peuvent être tressées en sacs ou en paniers et elles servent à écrire (on y grave les caractères au moyen d'un stylet de fer); le fruit est comestible et on en retire une huile, dite huile de palme (les résidus servent de combustible), la sève donne une boisson enivrante dite callou, qui, distillée, produit l'arack (le résidu donne un sucre grossier appelé ja^re) ; la bourre qui entoure l'amande sert à faire
des cordes très solides, etc. Une culture, d'importation récente et qui semble appelée à un grand avenir, est celle de l'arachide, qui compense et au delà la crise subie par l'indigo depuis la découverte des colorants chimiques, comme l'aniline ; on a pu pratiquer cette culture sur des terrains jadis tout à fait incuites. Nous aurions dû parler aussi du safran, du tamarin, du poivre, du sagou, du camphre, etc. Quant aux produits intérieurs du sol, on ne peut guère citer que les mines de lignites découvertes en 1882 à Babour ; non encore exploitées, on estime qu'elles pourront donner environ 230 millions de tonnes, car on évalue leur surface à
Une exploitatioa agricole. (Ofùce colonial)
4 000 hectares sur une épaisseur moyenne d'une dizaine de mètres. Le sol de Pondichéry, composé de lits alternés de sables et d'argiles, est recouvert d'alluvions. Ce sol est foré de puits artésiens qui fournissent par minute de 100 à 750 litres d'une excellente eau potable. A Karikal, le sol offre à peu près la même composition, mais avec une plus forte épaisseur d'humus : l'eau des puits artésiens y est moins bonne, mais plus abondante qu'à Pondichéry.
Commerce. — Le commerce de l'Inde française consiste surtout en exportation, car les objets d'importation sont en très petit nombre : des vins de Provence, de l'Hérault et de la Gironde, des spiritueux, des vêlements pour les Européens, des ustensiles de ménage, des instruments do-
mestiques, quelques machines. La valeur des importations maritimes a été en 1900 de plus de 4 000 000 de francs et celle des exportations de près de 11 000 000. Plus de la moitié des opérations commerciales se font avec la France et les colonies françaises. Les objets qu'on exporte le plus ordinairement sont les arachides, les guinées (nous en reparlerons tout à l'heure), les huiles et les graines oléagineuses, du riz, du café, du colon, des bois de teinture, de l'indigo. En 1716, le chiffre des importations était de 3 780 000 livres et celui des exportations de 6 868 000 ; en 1788, ces chiffres étaient devenus, respectivement, 30 550 000 et 38 150 000.
Industrie. Main-d'œuvre. — Il n'y a guère d'industrie spéciale qu'à Pondichéry et Karikal ; dans ce dernier établissement, il y a une indigoterie, quatre teintureries et une cinquantaine de moulins à huile de coco. A Pondichéry, on compte près de trois cents de ces moulins et beaucoup de teintureries et d'indigoteries. Dans ces teintureries on transforme en guinées les toiles blanches de France. Des indiens, avec un outillage rudimentaire, font des meubles sculptés en bois de bith, de teck, d'acajou ou d'ébène ; des bijoux et des objets d'orfèvrerie ; des nattes, des sacs et des paniers de paille tressée, des toiles peintes, des objets en bronze, des incrustations, etc.
L'industrie la plus considérable du pays s'exerce dans plusieurs filatures, dont la plus importante, dite Savana, esta Pondichéry et a absorbé plusieurs établissements fondés antérieurement par des Européens ; elle marche à la vapeur et occupe près de deux mille ouvriers indigènes, dont un millier de femmes et d'enfants ; elle produit environ 2 500 kilomètres de fil et 23 000 mètres de toile par jour. Elle file et tisse les étoffes de coton qui, teintes en bleu à l'indigo, sont envoyées au Sénégal, oh elles sont demandées pour l'habillement presque exclusif des noirs du pays : c'est pour cette raison qu'on les appelle guinées. La guinée type doit peser 3 livres (1357 gr.) les 16 yards (11 m. 63). On fabrique aussi à Pondichéry des toiles blanches, plus lourdes, qu'on expédie au Tonkin, à Madagascar et en France, et d'autres étoffes (drills, kakis, etc).
Peut-on compter parmi les industries du pays l'émigration des Indiens pour nos colonies des Antilles et de la Réunion ? Cette émigration est administrativement organisée par une convention conclue en 1861 avec l'Angleterre. Les com//s (et non coolie, orthographe anglaise déplorable) « manœuvre », du mot tamoul kûli « salaire journalier », sont recrutés, expédiés, surveillés et rapatriés, quand leur engagement est terminé, par des agents officiels de notre gouvernement.
La main-d'œuvre est à très bas prix dans l'Inde française. Les ouvriers et les domestiques se payent de trois fanons (75 centimes) à une roupie (1 fr. 70) par jour, mais ce dernier prix est exceptionnel et ne se donne qu'aux sujets d'élite ; leur salaire est en général de 3 à 10 roupies (5 à 17 francs) par mois ; leur nourriture ne leur revient pas à plus de 15 à 20 centimes par jour et leur logement coûte en moyenne de 60 centimes à 1 franc par mois; leur vêtement le plus complet vaut environ 2 francs. Les Indiens riches ou de hautes classes vivent naturellement sur un pied plus grandiose : leurs maisons se louent de 100 à 500 francs par an et
leurs vêtements leur coûtent, sans les bijoux, de 10 à 50 francs. Les femmes sont chargées de bijoux : bagues aux doigts et aux orteils, bracelets et anneaux de jambes, boucles d'oreilles, colliers, broches, ornements au nez, plaques au chignon et sur le front, etc. Les enfants vont nus jusqu'à six ou sept ans. Jusque vers cet âge, les petites filles portent, suspendu à un cordon ou à une chaînette qui entoure la taille, une sorte de bijou en forme de cœur que l'on nomme un couvre-milieu : les plus simples sont en plomb et valent de 2 à 3 centimes pièce, mais il yen a en or, ornés de pierres précieuses. Le minimum du vêtement indien, le seul dont soient revêtus les hommes des castes inférieures, est le langoutty, bande d'étoffe qui passe entre les jambes et qui est maintenue par une ceinture à la taille.
Les indiens ne mangent guère que du riz bouilli, assaisonné à l'occasion d'un cary d'herbe ou de poisson ; le cary est un ragoût dont la sauce est faite à l'aide d'une poudre préparée avec du coriandre, du safran, du piment, du poivre et d'autres épices.
Ils ne boivent que de l'eau de riz qu'on laisse un peu aigrir, ce qui s'appelle cange. Le riz se vend en ce moment à raison de 2 mesures et demie ou 3 mesurespour un fanon, non décortiqué, et une mesure environ, décortiqué, c'est à dire au prix de 15 à 20 centimes le kilo dans le premier cas et 40 centimes dans le second. Les œufs valent cinq centimes pièce, la volaille 50 centimes, le bœuf (rare) 90 centimes ou 1 franc le kilo, le mouton 50 à 70 centimes, le pain 60 centimes, etc. Les Européens portent d'ordinaire des vêtements en coton, en alpaga, en drap léger, qui sont vendus à un prix modique ; ils peuvent se loger très convenablement pour 6 à 800 francs par an. Un revenu de 4 000 francs à Pondichéry ou à Karikal équivaut à plus de 10 000 francs en France.
Coininunica,ti.ons. — Les communications de l'Inde française . avec la métropole sont assurées toutes les semaines par la voie anglaise (bateaux à vapeur de Bombay à Brindisi). soit par la voie française, une fois toutes les quatre semaines : bateaux des Messageries maritimes allant de Calcutta à Pointe-de-Galles, (et vice versa), où il correspond avec le . courrier de l'extrême Orient. La première voie est plus rapide ; les correspondances ne mettent plus aujourd'hui que quinze à seize jours de Pondichéry à Paris ; mais la voie française est moins coûteuse :
Julien ViNSON.
RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ
Domaine public. Concessions. (V, t. I", pp. 65-75). — D'après la législation hindoue, l'État était considéré comme seul propriétaire du sol. Le gouvernement français, substitué aux souverains indigènes, admit dès l'abord ce principe comme base de ses droits ; le domaine privé de l'État embrassait donc la totalité du territoire de la colonie; il n'existait pas de propriétaires particuliers, mais seulement des détenteurs
jouissant d'un droit privilégié, et assujettis, sous peine d'éviction, à certaines obligations. Dans certains cas même, une troisième personne se trouvait interposée entre le souverain et l'occupant : tel était le régime des territoires dits « aidées de concession », concédés en vertu d'actes de 1785, 1787 et 1788 à des particuliers qui, sans que l'État cessât d'être propriétaire, pouvaient percevoir pour leur propre compte les redevances ordinairement exigées du détenteur.
L'arrêté local du 6 janvier 1819, portant promulgation des codes de la métropole, ne modifia pas cet état de choses puisqu'il décidait formellement que les lois françaises ne seraient appliquées qu'en tout ce qui n'était pas contraire aux règlements consacrés par l'expérience, qui devaient continuer à être observés comme lois de localité. Néanmoins le même esprit d'assimilation qui avait dicté cette promulgation, inspira des mesures dont la tendance était d'introduire progressivement dans la colonie nos conceptions en matière de propriété. L'arrêté du 7 juin 1828, sur le mode de possession des terres et la perception des redevances territoriales, se ressentit de ces préoccupations. Il divisa les terres en quatre catégories :
1° Celles dont le domaine a aliéné la propriété;
20 Celles dont il a aliéné à perpétuité la jouissance;
3° Celles dont il a conservé la jouissance et la propriété;
4" Celles qui, n'étant pas susceptibles d'une propriété privée, sont concédées comme des dépendances du domaine public.
En ce qui concerne les deux premières catégories, seules susceptibles d'être occupées par des particuliers, l'arrêté faisait encore diverses distinctions et posait des règles précises. Ainsi les terres aliénées étaient elles-mêmes divisées en terres concédées sans redevance et terres concédées à rente foncière ; les premières comprenaient :
1° Les terrains de la ville de Pondichéry ;
2° Les manés, ou terrains d'habitation situés dans les territoires;
3° Les sandamanioms, terres concédées par le souverain à titre de munificence ;
4° Les devastanoms, dotation d'établissements religieux;
50 Les tarpadimanioms , terrains attribués à des employés publics non rétribués, pour leur tenir lieu de solde.
Les droits des propriétaires étaient restreints en ce qui concerne les manés, non susceptibles d'un changement de destination, et les devastanoms, qui ne pouvaient être vendus, hypothéqués ou loués à bail qu'avec le consentement du gouverneur. Les autres terres de la première catégorie, concédées moyennant payement d'une rente foncière, devenaient propriété du concessionnaire ; mais si celui-ci ne payait pas les redevances, il pouvait être exproprié. Cette dernière classe de terrains, dans l'esprit de l'administration, devait surtout être attribuée à des colons européens désirant se fixer dans le pays ; beaucoup de concessions furent faites de cette façon, mais, malgré la fertilité du sol, les essais de culture ne réussirent pas et les colons durent à peu près tous être dépossédés.
La seconde catégorie, celle des terres dites adamanoms, dont le do-
maiae aliénait la jouissance à perpétuité, tout en se réservant la propriété du fonds, comprenait la majeure partie du territoire de la colonie. L'adamanaire était tenu de payer à l'Etat une rente annuelle, toujours supérieure au quart et parfois égale à la moitié de la valeur des récoltes; faute de payer cette redevance, il était exproprié sans indemnité. De plus, il ne pouvait ni morceler son terrain ni enlever ses récoltes sans l'autorisation de l'Administration.
Le décret du 16 janvier 1834 a complètement modifié ce régime compliqué et encombré de restrictions. 11 déclara propriétaires incommutables des terres les détenteurs, à quelque titre que ce fût, qui acquitteraient l'impôt réglementaire. Toutefois l'administration coloniale conservait pom' le recouvrement de l'impôt un privilège prééminent sur les récoltes et au besoin sur le sol, privilège qui suit l'immeuble entre les mains de tous acquéreurs ou détenteurs ; l'expropriation pour cause d'arriérés d'impôts était maintenue.
Ce décret, encore en vigueur, a eu la plus heureuse influence sur le développement de l'agriculture dans la colonie ; il a fait cesser bien des fraudes et des spoliations que l'ancienne réglementation favorbait par sa complication et son excessive rigueur.
En 1893, le gouverneur des Établissements de l'Inde a essayé de faire disparaître la dernière anomalie de la législation locale en supprimant, moyennant indemnité, le privilège des titulaires des aidées de concession, dont il a été parlé plus haut. L'arrêté pris par ce haut fonctionnaire a été cassé par le conseil d'État, qui a consacré la légitimité des redevances payées par les détenteurs du sol aux concessionnaires.
Afin de déterminer avec précision les bases de l'impôt foncier et les droits des détenteurs, aujourd'hui propriétaires du sol, le gouvernement local s'est depuis longtemps préoccupé d'établir le cadastre de l'Établissement de Pondichéry. Vers la fin du siècle dernier, déjà, les Anglais avaient opéré une reconnaissance sommaire de la propriété foncière ; leur travail, connu sous le nom de cadastre « d'Oulisse », resta longtemps la seule base des transactions et de la répartition de l'impôt. Dès 1826, la revision en fut entreprise. Elle a rencontré les plus grandes difficultés et le nouveau cadastre n'est pas encore achevé aujourd'hui; il est cependant depuis quelques années assez avancé pour rendre de grands services : de nouveaux revenus ont été assurés à la colonie, des spoliations ont été redressées, enfin le domaine privé colonial a été reconstitué.
Lorsque les établissements français dans l'Inde furent dotés d'un budget distinct, l'État leur fit abandon des revenus locaux ainsi qu'aux autres colonies. Tel fut l'objel de l'ordonnance du 17 août 1825, dont l'article 3 disposa que « les établissements publics de toute nature et les propriétés domaniales existant dans les diverses colonies leur seraient remis en toute propriété à la charge de les réparer et de les entretenir et de n'en disposer que sur l'autorisation du roi ».
Il n'est pas utile de rappeler ici les questions, d'Intérêt exclusivement • théorique, soulevées à propos de la propriété des terres vacantes ou sans maître, que l'on a revendiquée tantôt pour la colonie, tantôt pour lÉtat; il n'y aurait rien à dire qui n'ait été déjà exposé précédemment
(V. t. !«•■, pp. 65-75). On se bornera également à rappeler que, de même aux Antilles et à la Réunion, l'État est resté propriétaire incontesté des bâtiments militaires et ouvrages de fortification (art. 4 de l'ordonnance précitée) et de la réserve inaliénable des 50 pas géométriques (art. 1 8 de l'ordonnance du 23 juillet 1840).
Propriété privée. — La propriété privée est, d'une manière générale, régie par le Code civil français. Elle s'acquiert et se transmet, comme dans notre droit, par succession, donation, testament, etc. Toutefois, la vente est soumise à une formalité spéciale; aux termes de l'arrêté du 11 décembre 1841, tous actes de vente d'immeubles entre Indiens ou entre Européens et Indiens, n'étaient valables qu'autant qu'ils étaient passés par aclen publics; l'arrêté du 19 avril 1856 substitue à l'authenticité prescrite par ce texte un enregistrement sommaire dans les bureaux du domaine.
TRAVAUX PUBLICS
Personnel des travaux publics (V. t. !•', p. 99). — Le service des travaux publics, constitué par les arrêtés du 18 décembre 1866 et 20 novembre 1867, a été réorganisé par un arrêté du 20 janvier 1900.
Le décret du 2 juin 1899, portant organisation du personnel des travaux publics des colonies autres que les Antilles, la Réunion el l'Indo- Ghine, a été promulgué dans l'Inde le 15 février 1900.
Le service des Travaux publics est composé d'un chef de service, huit conducteurs, deux agents secondaires et un comptable. Ses attributions comprennent l'entretien des édifices publics, des ponts et des quais, l'ouverture et l'entretien des rues, routes, canaux, étangs, digues et chaussées, etc., la vérification et la constatation des abornements des terrains bordant les rues et les routes, la police des routes, des quais et des cours d'eau, la plantation d'arbres bordant les routes coloniales, le contrôle de l'exploitation des chemins de fer.
Expropriation (V. t. I", p. 94). — Le décret du 16 janvier 1854, portant organisation de la propriété foncière, réservait au gouvernement local le droit d'effectuer sans indemnité, sur les terres dont la propriété était abandonnée aux anciens détenteurs, tous travaux de canalisation et d'adduction d'eau dans im intérêt général.
L'expropriation pour cause d'utilité publique est régie par un décret du 14 septembre 1880, qui reproduit, à peu de chose près, les dispositions du sénatus-consulte du 3 mai 1856, réglementant la matière pour les Antilles et la Réunion, et imité lui-même de la loi métropolitaine du 3 mai 1841. (Voir La Réunion, page 236). L'utilité publique est déclarée par décret en forme de règlement d'administration publique si les travaux à exécuter sont à la charge de l'État, par arrêté du gouverneur en conseil privé s'ils sont exécutés par la colonie.
Chemins de fer. — Pondichéry est relié par une voie ferrée à Belpour, ville située sur la grande ligne de Madras ; la capitale de nos établissements se trouve ainsi en rapport avec le réseau anglais de l'Inde méridionale. La longueur de cette ligne est de 38 kilomètres ; 27 kilomètres sont situés en territoire anglais et ont été exécutés par les Anglais, à leurs frais. La partie française (11 kilomètres) a été construite par la compagnie Pondichéry- Railway, constituée en 1878 sous l'influence des agents du « South-India Railway ». Cette compagnie jouit d'une concession de quatre-vingt-dixneuf ans, au terme de laquelle la colonie deviendra propriétaire de la ligne. Pendant toute la durée de la concession, la compagnie doit remettre au gouvernement de l'Inde française la moitié des bénéfices nets. Des faveurs et immunités spéciales sont attribuées au gouvernement français pour le transport de ses agents et pour le service postal. La ligne a été solennellement inaugurée le 15 décembre 1879.
Karikal est en communication avec le réseau de l'Inde méridionale par une ligne qui s'embranche à Péralam sur celle de de Mayaveram à Moutoupeth. Pour la construction de cette voie ferrée, un accord est intervenu entre le gouvernement local et le gouvernement anglais. Celui-ci concéda gratuitement les terrains nécessaires sur son territoire et autorisa la construction et la mise en exploitation par une des compagnies de chemins de fer de l'Inde anglaise. Les travaux furent exécutés en régie par la Compagnie du South-India-Railway. La ligne, d'une longueur d'environ 23 kilomètres, a été ouverte au trafic le 14 mars 1898.
Chandernagor est desservi par ime ligne entièrement anglaise, qui, partant de Calcutta, suit la rive droite de l'Hougly.
Mines. — Le régime des mines est déterminé par un décret du 7 novembre 1884, qui se rapproche beaucoup du décret du 22 juillet 1883, spécial à la Nouvelle-Calédonie. L'intérêt de cette législation est d'ailleurs très restreint, les seuls gisements de la colonie consistant en quelques couches de lignite, dont la qualité inférieure n'a pas permis une exploitation régulière.
RÉGIME ÉCONOMIQUE
Kégime douanier (V. 1. 1", pp. 105-121). — Dès l'ancien régime, et alors que d'autres colonies étaient étroitement soumises à. ce que l'on a appelé le pacte colonial, les établissements français de l'Inde jouirent de franchises motivées par leur éloignement et les relations qu'ils entretenaient nécessairement avec les possessions voisines où ils étaient enclavés. Après les guerres de l'Empire, il en fut de môme : les denrées et marchandises étrangères pénétraient dans notre colonie en franchise de droits, sans distinction de pavillon, et néanmoins quelques produits de l'Inde, notamment les huiles de coco et les grains de sésame, acquittaient en France, lorsqu'ils étaient importés par des navires français, des droits très inférieurs à ceux qui frappaient les similaires étrangers.
Ce régime exceptionnellement privilégié faisait donc bénéficier la colonie à la fois des avantages de la liberté commerciale sur son propre territoire et de ceux de la protection pour ses produits à l'importation dans la métropole. Il en est de même aujourd'hui. La loi du 11 janvier 1892 a placé nos établissements de l'Inde dans le groupe des colonies non assimilées douanièrement à la métropole, et a permis, par suite, de n'y instituer aucun droit de douane ; cependant, la même loi accorde la franchise aux guinées de l'Inde française importées en France, et ne frappe les autres produits de nos possessions que des droits du tarif minimum, particulièrement modérés en ce qui concerne les articles dont s'alimente le commerce d'exportation de la colonie.
La liberté commerciale n'est limitée dans nos établissements de l'Ind, qu'en quelques points spéciaux. La production et le commerce de l'opium sont interdits par les traités avec l'Angleterre ; une convention du 30 août 1787 donnait au gouvernement français le droit de réclamer à la compagnie des Indes anglaises trois cents caisses au prix de fabrication ; une modification apportée à cet accord le 7 mars 1815 ne permet plus d'acquérir ces trois cents caisses qu'au prix moyen des ventes à Calcutta. A cette même date du 7 mars 1817, le gouvernement anglais obtint le droit de racheter à un prix déterminé le sel fabriqué dans nos établissements et excédant les besoins de leur consommation ; en compensation du préjudice causé à notre commerce, il s'engagea à payer annuellement une rente de » 4 lacks de roupies siccas ». Par un second traité du 13 mai 1818, qui n'avait d'abord que quinze ans de durée et qui depuis a été indéfiniment prolongé, d'un commun accord, le gouvernement anglais s'engagea à payer une seconde indemnité de « 4 000 pagodes » aux propriétaires des salines en échange de la cessation de leur exploitation. En conséquence, il a été stipulé que la fabrication du sel serait interdite sur notre territoire et que le gouvernement anglais livrerait à l'autorité française, au prix de la fabrication, le sel nécessaire à la consommation de nos établissements. Ce sel est revendu aux consommateurs par le gouvernement français, et le bénéfice de l'opération est versé au budget local.
L'introduction et la fabrication des spiritueux extraits du cocotier, du palmier, de la canne à sucre et du riz font l'objet d'un monopole au profit de la colonie.
Institutions de crédit (V. t. 1er, p. ng). Le privilège de la Banque de l'Indo-Chine s'étend également à l'Inde française. On sait que cet établissement a été institué par décret du 21 janvier 1873, et que son privilège a été prorogé par les décrets du 20 février 1888 et du 16 mai 1900. La succursale de Pondichéry effectue sur les places de la colonie, dans les limites des statuts généraux, toutes opérations d'escompte, d'avances sur cessions de récoltes, sur nantissement de marchandises, de matières d'or, d'argent et de cuivre. Elle est administrée par un directeur spécial; le secrétaire général de la colonie joue le rôle de censeur légal.
Intérêt de l'argent. — Il est de 9 pour lOO en matière civile et peut aller à 10 pour 100 au taux commercial.
Monnaies. Poids et mesures. — La seule monnaie ayant cours légal dans les établissements français de l'Inde est la roupie (1 fr. 60 à 1 fr. 70), dont la valeur pour les transactions du Trésor est fixée mensuellement par arrêté du gouverneur en conseil privé. Elle se divise, dans les établissements français, en 8 fanons de 24 caches; la division ordinaire sur le territoire anglais est de 16 annas, et chaque annas vaut 12 pias; 3 pias forment une païça. La cache française équivaut exactement à notre liard.
Les monnaies autres que la roupie et ses sous-multiples sont vendues au poids.
Le système des poids et mesures en usage dans l'Inde est spécial à la colonie et varie d'ailleurs suivant les régions.
Poids. — Le candy français, unité de poids, vaut 240 kilogrammes.
Le candy anglais vaut 2i6 kilogr. 772.
L' hundred-weight (cwt), autre mesure anglaise, vaut 50 kilogr. 796.
Le mand vaut 11 kilogr. 338.
Le mand français vaut 12 kilogrammes.
Mesures de capacité. — Pour les matières sèches, principalement le riz, on se sert, à Pondichéry, du kalam, divisé en 12 marécals, comprenant chacun 4 mesures de 8 màgânis. La mesure, usitée pour la vente du riz au détail, équivaut à 0 1. 866. A Karikal, la mesure n'est que de 0 1. 847, Pour le commerce en gros, on compte par ganses (94 sacs valant chacun 164 livres anglaises (74 kilogr. 381).
Pour les liquides, l'unité est la telle, comprenant 18 verres et équivalant à 7 1. 43. La velle, pour les huiles de coco, pèse 6 kilogr. 875. Le gallon impérial, mesure anglaise, vaut 4 1. 543.
Mesures itinéraires. — Les Indiens comptent par kddams ; le kâdam est estimé représenter la distance parcourue en trois heures de marche ; il équivaut à 7 yiâgis 1/2, et chaque nagi vaut 2 koûppoudoutouram « portée de voir ».
Mesures agraires. — A Pondichéry, l'unité de surface pour les terres est le kany, valant 53 ares 53 et divisé en 100 koujis.
Le bigah, mesure agraire en usage à Chandernagor, contient 13 ares 57; il se divise en 20 cottahs (environ 66 mq.), subdivisés chacun en 16 cuttacks (environ 4 mq.).
A Karikal, on se sert du veli, équivalant à 2 faect. 6718 et divisé en 20 mes (environ 13 ares 36).
A Mahé, le cole représente 6 pieds carrés.
A Yanaon,on compte par candis ; le candy contient 2 hect. 1404 et se divise en 80 conjons, dont chacun vaut environ 3 ares 78 et se subdivise en 4 maniqués (environ 94 mq.).
Jean Weber.
Colonies II. 21
LE PAYS
La péninsule indo-chinoise. — Comprise entre le grand plateau thibétain, la Chine méridionale, les golfes du Tonkin et de Siam et le golfe du Bengale, la péninsule indo-chinoise s'étend sur près de 14° de latitude (entre 8* et 23» 2' de lat. N.) et sur 6» de longitude (entre loi» et 107" de long. E.). Sàa superficie équivaut aune aire de 2 137 ooo kilomètres carrés; sa population est évaluée à 35 ooo ooo d'habitants. Les royaumes, protectorats et colonies qui constituent cette zone intermédiaire entre l'Inde et la Chine sont : la Birmanie, le Siam, le Laos, le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine, le Cambodge et la presqu'île de Malacca, prolongement de l'Indo-Chine vers le sud.
La forme du plateau à ressauts domine en Indo-Chine, avec au nord un front montagneux, qui porte à près de 2 ooo mètres les bassins lacustres du Yun-Nan. La dorsale de la péninsule est une chaîne qui se déroule à l'est du Salouen, issue du Yun-Nan et se prolongeant au sud par la péninsule de Malacca; celle-ci fait partie, géographiquement, de la Malaisie, et formerait une île, double édition de Sumatra, si une faible ascension de la mer noyait l'isthme de Kra. Tout l'intérieur du pays, montueux à l'ouest de la dorsale, est à l'est de cette ligne un plateau descendant par degrés vers le golfe de Siam, et dans lequel sont profondément insérées les vallées fluviales, en particulier celles du Mé-Kong. Ce plateau est limité au nord-est, puis à l'est par la chaîne annamitique, qui forme bordure sur l'océan Pacifique et se replie ensuite vers l'ouest pour former le relief accidenté des provinces orientales de la Cochinchine et des districts maritimes du Cambodge : le Mé-Kong a franchi cet obstacle et déposé au delà les alluvions qui constituent la basse Cochinchine. Des alignements montagneux traversent le plateau : tel celui qui est appelé Dang-Rek, au nord du Cambodge, et se termine au nord du Mé-Kong par la montagne de Bassac (l 800 mètres).
Sur ces plateaux et parmi ces montagnes coulent les grands fleuves de l'Indo- Chine. Presque tous ont leurs sources sur le plateau thibétain : l'Iraouaddy, tributaire du golfe du Bengale ; le Salouen, plus développé, qui se rend au golfe de Martaban, non loin des bouches de l'Iraouaddy; le Mé-Nam, accru du Mé-Ping, qui tombe dans le golfe de Siam, ainsi que le Mé-Kong, le plus grand courant fluvial de l'Indo-Chine. Au nord-ouest, le fleuve Rouge (Song-Ko'i), grossi de son principal affluent, la rivière Noire, descend du massif du Yun-Nan (altit. 1200 m.) et coule vers le sud-est au golfe du Tonkin, tandis que les premiers de ces fleuves suivent une ligne généralement dirigée du nord au sud.
Les golfes du Tonkin, de Siam, de Martaban, s'enfonçaient à l'origine très profondément dans les terres. Le soulèvement des fonds marins, ainsi que les apports alluvionnaires des cours d'eau, a comblé ces golfes en partie ; ils ont permis au Cambodge, à la Cochinchine, au Siam méridional, au bas Tonkin, à la basse Birmanie de se former sous l'aspect d'immenses deltas. Ces deltas correspondent aux bassins des cinq fleuves qui détiennent le premier rang dans l'hydrographie de l'Indo-Chine. La ligne des côtes, généralement rocheuses, sauf les terres alluviales des deltas, s'étend de Lei-Tchéou-Fou, à l'est, jusqu'au Gange, à l'ouest.
. Un observateur qui regarderait l'Indo-Chine de très haut, placé dans la nacelle d'un ballon imaginaire, verrait sous ses pieds un escalier géant, descendant d'un socle au relief tourmenté, criblé de lacs : le Yun-Nan. Il apercevrait des
fleuves comme des raies profondément gravées dans le sol, élargies de loin en loin, sur des paliers, jusqu'au point où l'expansion finale les mêle à la mer; la superficie du plateau, couverte de forêis à clairières, apparaîtrait teintée d'une verdure générale, tandis que tonte l'hydrographie, des deltas en particulier, se dessinerait sous une couleur plus sombre, l'ocre des terres d'alluvions; et d'un seul coup d'œil, il jugerait quelle doit être, dans ce pays, la force des érosions, donc quelle est l'importance du régime des pluies, qui commande en effet toutes les manifestations de la vie économique en Indo-Chine.
• Une région ainsi constituée par la nature n'a pas de centre géographiqtie ; il lui manque, sauf aux embouchures des fleuves, les plaines irriguées qui sont la forme sociale par excellence, se prêtant à la production et à l'échange des richesses : ainsi la plaine de l'Inde du nord, celle de la Chine centrale, comptent parmi les principaux foyers de l'activité humaine; rindo-Chine n'a que des deltas littoraux, où puissent se nouer des relations sans obstacles; la circulation intérieure, sur des plateaux entaillés par les crevasses des fleuves, est ordinairement difficile; les nouveautés, les conquérants arriveront donc surtout par l'extérieur, par mer; les villes côtières recevront des navigateurs ou des commerçants, chinois, malais, qui finiront par s'établir dans le pays, y faire souche et marqueront la race du métissage. Mais une domination politique étrangère sans autre point d'appui sera toujours précaire, telle cel'" de la Chine, qui avait posé sa citadelle. Hué, sur le long filet de la route mandarine, à mi-chemin des deltas populeux de la Cochinchine et du Tonkin.
• Les deltas sont la partie la plus vivante et la seule très peuplée de l'Indo- Chine; l'empire d'Annam, plus ou moins strictement vassal de la Chine, fondait sa puissance sur ceux de Song-Koi et du Mé-Kong; de même, le royaume de Siam est surtout le delta du MéNam, tandis que le Cambodge s'est formé sur ce delta intérieur des lacs et du moyen Mé-Kong, où les eaux durent anciennement s'accumuler avant de forcer les hauteurs au delà desquelles elles déposèrent la Cochinchine ; attaqué à l'est et au sud par les Annamites, àl'ouest par les Siamois, le Cambodge a de bonne heure perdu son autonomie ou du moins abandonné des provinces de son territoire ; la frontière, que nous respectons encore, entre le Cambodge et le Siam est tout artificielle, coupant en deux les lacs et les terres basses dont l'unité géographique est évidente.
• En dehors des deltas, l'Indo-Cbine est très peu habitée : les indigènes du bas pays traitent de • sauvages • tous ceux des plateaux et des montagnes. Parmi ces montagnards, les étrangers qui représente nt le commerce, et parfois la domination politique, sont campés plutôt qu'établis ; ils se groupent en petites colonies ou garnisons, le plus souvent temporaires; leur influence est très médiocre sur l'ethnographie, beaucoup plus efficace sur la vie économique. Tous ces plateaux pourraient être compris sous le nom unique de Laos, qu'il s'agisse de pays relevant du Siam, de TAnnam, do TonMo, on même des hauts plateaux da Yun-Nan.
I Ainsi nous sommes amenés à reconnaître jusqu'à quel point est fondée la division coutumière de l'Iodo-Chine en cinq pays, le Laos, le "ronkin, l'Annam, la Cochinchine et le Cambodge : il faut prendre garde de ne pas délimiter avec trop de précision l'extension de chacune de ces cinq régions; puis, elles n'achèvent pas à elles toutes ce que la géographie indique dans l'Indo-Chine française intégrale, c'est-à-dire toute la péninsule à l'est des monts qui séparent la Salonen du -Mé-Nam. Entre ces diverses parties, deltas bloqués à la mer par d'immenses plateaux mal frayés, la nature n'a fait qu'une unité de physionomie, qui n'est pas celle d'un organisme social, à plus forte raison d'un organisme politique. En occupant ce pays, nous avons assumé le devoir de l'élever à une condition supérieure; nous y réussirons en lui faisant un régime de mieux en mieux adapté à ses caractères particuliers ; c'est le seul moyen de fonder une domination solide sur la confiance et la collaboration de sujets qui ont déjà leur histoire (Henri Lobi>-). >
L'Indo-Cliine française. — L'Indo-Chine française forme la partie orientale de la grande péninsule indo-chinoise. Elle comprend les deux bassins du fleuve Rouge et du Mé-Kong; elle a pour limites : la Chine, au nord et au nord-est; la mer de Chine, à l'est et au sud; le Siam, à l'ouest, et la Birmanie, au nord-ouest. Elle a une superficie de 680 000 kilomètres carrés, soit 150 000 kilomètres de plus que la France.
Plusieurs régions très distinctes composent l'ensemble de cet empire colonial : le Laos, le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine, le Cambodge. Les traités réservent à la France sinon comme possessions effectives, du moins comme zone d'influence tous les territoires situés à l'ouest du Mé-Kong jusqu'au domaine du Mé-Nam; dans ce dernier, la France et l'Angleterre se sont engagés à n'agir que d'accord entre elles. Enfin, depuis la convention franco-chinoise du 10 avril 1898, notre Indo-Chine s'est accrue du territoire de Kouang-Tchéou Ouan.
Relief du sol. — L'Indo-Chine française est traversée sinueusemenl du nord au sud par la grande chaîne de montagnes annamilique, soudée, au nord-ouest, aux massifs du Yun-Nan et du Laos, dont l'altitude maxima atteint 1 765 et 2 050 mètres. Cette arête, interposée entre le bassin du Mé-Kong et celui des fleuves qui se déversent dans le golfe du Tonkin et dans la mer de Chine, se divise en deux branches; le rameau oriental se scinde en de nombreux contreforts très élevés (de 1 000 à 2 000 m.), même sur la bordure du golfe du Tonkin (au N.-E.), où se dressent des plateaux de 1 000 mètres. Une immense plaine d'alluvions occupe les bassins inférieurs du Thaï-Binh et du Song-Koï.
En pénétrant dans l'Annam, le rameau sud-oriental de la chaîne annamitique, adossé à la chaîne des Muongs, se rapproche de la côte, mais en projetant vers l'ouest des éperons obliques et des renflements parfois considérables; tel le plateau des Bolovens (1 350 m.) sur la rive gauche du Mé-Kong. Vers le nord, l'axe montagneux de l'Annam a une élévation de 1 200 mètres; dans la région médiane se présentent les monts culminants de la chaîne, le Pou-Atouat (2 500 m.), la Dent du Tigre (1 800 m.), le Pou-Jong (2 500); près de Tourane, un chaînon a des hauteurs de 1 200 et 1 600 mètres. Des cols, abaissés à 400 mètres, coupent vers le milieu l'arête centrale de l'Annam. En descendant vers le sud-est, la chaîne s'élève encore à 1 200 et 1 500 mètres ; mais, se courbant dans le sens du sud-ouest, ses cimes les plus hautes ne dépassent pas 600 et 900 mètres; sur la rive gauche du Mé-Kong, le plateau des Bah-Nars occupe la région du Krong-Bla, affluent du Sé-San. Dans l'immense plaine du Mé-Kong, d'Ha-Tien et de Pnom-Penh au Grand-Lac, sont disséminées des collines confuses, atteignant parfois une élévation de 1 460 mètres. Dans le coude du Sé-Moun et du Mé-Kong, entre Bassac etKhong, se développe, jusqu'à la frontière du Siam, la chaîne Dang-Rek, prolongement du plateau des Bolovens. Toutes ces montagnes sont couvertes de forêts, épaisses dans les régions du nord, clairsemées dans celles du sud.
En traits généraux, il est permis de dire que les montagnes de l'Indo- Chine française sont constituées par deux roches dominantes, le granit
LE PAYS 32o
et le schiste ; mais le grès, la chaux et l'argile s'étalent sur les rives du Mé-Kong et dans le delta du Tonkin, de formation récente. Les minéraux de ce vaste territoire ont une certaine importance : en premier lieu, les gisements de houille et de sel; en second lieu, les minerais d'argent, cuivre, plomb, fer, zinc, étain, antimoine, cinabre, or, mercure; les dépôts de soufre et d'alun; enfin les carrières de marbre et de jade.
Climat. — Le climat de l'Indo-Chine française, en raison de la vaste étendue du territoire de cette contrée englobant des chaînes de montagnes et d'immenses plaines, n'a point l'uniformité pour caractéristique. A un point de vue général, on peut le définir un climat chaud et humide, comme tout climat de la zone tropicale. Mais il n'est point malsain dans son ensemble; sur certains points de la région montagneuse, il offre une parfaite salubrité. Au Tonkin, l'hiver est relativement froid. Deux saisons se partagent l'année : la saison sèche, de décembre à mai, coïncide avec la mousson nord-est ; la saison pluvieuse arrive avec la mousson sud-est. Ces données n'ont qu'un caractère très général; en réalité, il y a diversité de climat, en rapport direct avec l'altitude et la latitude de chaque région.
HydrograpMe. — Le Mé-Kong, le plus grand fleuve de l'Indo- Chine, a un développement de 4 200 kilomètres. Son cours est très irrégulier. Il roule et dépose chaque année sur les territoires que son flot a créés (Cambodge, Cochinchine) 1 300 millions de mètres cubes de limon. Son bassin embrasse une aire de 1 million de kilomètres carrés.
Le grand fleuve prend ses sources sur le haut plateau thibétain, à l'altitude de 3 000 mètres. Deux rivières, absorbant une multitude de ruisseaux alpestres, forment par leur jonction son cours supérieur; sur une étendue de 1 200 kilomètres environ, sa cluse, profondément encaissée, est sensiblement parallèle à celles qui livrent passage au Yang-Tsé-Kiang (Chine), au Salouen et au Brahmapoutre. Après avoir traversé la région occidentale des provinces chinoises du Sé-Tchouen et du Yun-Nan, le Mé-Kong entre au Laos, où le volume de ses eaux annonce déjà un fleuve puissant. Des chutes et des rapides alternent sans cesse avec des biefs au cours libre, et seulement navigables aux hautes eaux, depuis le Laos jusqu'au Cambodge.
Son cours torrentueux, qui a suivi la direction nord-sud, décrit une première boucle à Xieng-Sen, en aval des rapides de Tang-Ho , passe à Xieng-Khong, descend au sud jusqu'au coude de Keng-Lé, prend ensuite la direction générale de l'est et forme une deuxième boucle à Louang- Prabang. De ce point, le fleuve reprend la direction nord-sud, passe à Pak-Laï en aval des cascades de Ta-Tiao, et décrit une troisième boucle entre Pak-Laï et Xien-Khan. Ici le Mé-Kong se dirige brusquement vers le nord-est, dessine une quatrième boucle h. Nong-Khaï, puis, au confluent de la Nam-Teun, s'infléchit vers le sud-est, passe à La-Khon, Savannaket et Kemmarat ; il reçoit ensuite le Sé-Moun (rive droite). De Bassac à Kra-Tié, le fleuve court.au sud; en aval d'un spacieux bassin, il forme les îles et les cataractes si remarquables de Khong, se grossit de la
Sé-Kong (rive gauche) à Stung-Treng et s'élance plus bas à travers les rapides de Préa-Patang.
En aval de Kra-Tié, le fleuve incline au sud-ouest jusqu'à Pnom-Penh ; de là, il envoie un bras vers le nord-ouest jusqu'au Grand-Lac (v. Cambodge) et détache dans la direction du sud-est deux branches : le Han- Giang (fleuve Inférieur ou Postérieur, à l'ouest) et le Tien-Giang (fleuve Supérieur ou Antérieur) ; les bras ramifiés de ces deux courants, les arroyos, obstrués de bancs de sable, découpent avec d'autres cours d'eau secondaires le delta du Mé-Kong ou la Cochinchine française. Sur ce lacis de canaux naturels ou artificiels, navigables seulement à marée haute, se trouvent Chau-Doc, Long-Xieng, My-Tho et Saigon. Le bassin des deux Vaïcos sépare le fleuve Antérieur de la rivière de Saigon ; celle-ci est absorbée par le Dong-Naï au cours long et sinueux entre de hautes rives, qui sillonne le nord-est du delta et creuse un delta latéral. Le delta du Mé-Kong a 600 kilomètres de développement ; il se prolonge en avant des côtes par 50 kilomètres de bas-fonds. Le petit archipel de Poulo-Condor se trouve à 100 kilomètres S.-E. de la bouche Kua-Bassac (fleuve Postérieur).
De juin à octobre, les pluies torrentielles amenées par la mousson du sud-est, en outre la fonte des neiges sur le grand plateau du Thibet, transforment le Mé-Kong en une formidable coulée. Ses eaux jaunes et bourbeuses, dont le lit entre des parois à pic se resserre sur un espace de 80 et même de 100 mètres, mais sur une profondeur de 55 à 60 mètres, dévalant en masse par une succession de rapides, couvrent les rocliers et les bancs de sable, se précipitent en volutes par delà le bourrelet de ses rives et inondent les plaines jusqu'aux lointaines forêts. En octobre, au retrait des eaux, les rivières et les bras des lacs coulent de nouveau vers le fleuve; le sol s'assèche peu à peu et se fendille sous l'implacable soleil; cependant quelques parties de cette zone d'inondation ne sont jamais asséchées. Les dépressions parallèles au courant des lits abandonnés ne reçoivent plus que les eaux des crues. A la saison sèche, le fleuve, qui avait à Bassac une largeur de 800 mètres et qui formait à Khône des chutes hautes de 15 à 18 mètres, n'a plus qu'un lit épuisé : bassins presque vides, flaques d'eau stagnantes qu'entrecoupent des traînées de rochers et de bancs de sable.
Les autres rivières de l'Indo-Chine française qui méritent d'arrêter l'attention sont les cours d'eau qui descendent des massifs du Yun-Nan au golfe du Tonkin. Leurs lits, profondément entaillés dans les plateaux escarpés du nord-ouest, forment d'abord un éventail dont les branches se réunissent au fleuve central, le fleuve Rouge ou Song-Koï. Cette artère principale, peu navigable et coupée de rapides, reçoit la rivière Noire (Song-Bo), au sud, et la rivière Claire, accrue de plusieurs affluents, au nord. Ainsi grossi par ses tributaires, le fleuve Rouge se divise près de Hong-Hoa en deux bras qui se ramifient. Une rivière indépendante de ce bassin, le Song-Kau ou Thaï-Binh, issue du Tonkin septentrional, absorbe dans son cours plusieurs affluents et se rend dans la baie d'Haï- Phong par un réseau de bouches ou de canaux (canal des Rapides et canal des Bambous). Un autre fleuve, le Song-Ma, issu du pays des
328 L'INDO-GHINE FRANÇAISE
Muongs, grossi d'un affluent et parallèle à la rivière Noire, côtoie la frontière méridionale du Tonkin. En Annam, les rivières, sauf le Song- Ka, au nord, formant plusieurs bouches et navigable sur un parcours assez considérable, sont courtes sur le versant oriental de la chaîne annamitique; les principales sont : le Song-Giang, le Quang-Tri, la rivière de Hué, le Song-Kaï, le Song-Ba; les cours d'eau du versant occidental, la Nam-Teun, le Sé-Bang-Faï, le Sé-Bang-Hien, le Sé-Koung, accru de deux tributaires, ont un développement plus important.
Côtes. — Les côtes de l'Indo-Chine française se contournent en forme d'S. Généralement, elles sont rocheuses, sauf dans les dépressions où les fleuves ont créé les deltas. Le golfe du Tonkin, la boucle supérieure de l'S, baigne 600 kilomètres de littoral. La section du nord, frangée de falaises, est remarquable par le grand nombre d'îles (Ké-Bao, de la Table, Kac- Ba) qui s'y groupent et par les baies très sûres (Along, Fitz-Long, Hon-Gay ou Port-Courbet) qu'elles forment. Dans la section sud du delta, où se succèdent et s'enchevêtrent plus ou moins les bouches du Thaï-Binh, du Song-Koï et du Song-Ka, la côte s'abaisse. Le littoral de l'Annam, jusqu'au cap Saint-Jacques, en Cochinchine, a reçu le nom de côte de fer : développé sur un parcours de 1100 kilomètres, il est âpre, tourmenté, hérissé d'éperons rocheux, alternant avec quelques plaines d'alluvions et des baies assez nombreuses au sud, mais peu hospitalières. De la rivière de Kam-Lo au cap Chou-Maï (région de Hué), un chapelet de lagunes côtoie le rivage, où tombent plusieurs fleuves côtiers. Un port naturel, mais très imparfait, la baie de Tourane, est à signaler en tant que rade spacieuse, ainsi que le port de Qui-Nhone et la baie de Kua-Van-Phong. Du cap Saint-Jacques au cap Kam-Au (pointe méridionale de la Cochinchine) et jusqu'à Ha-Tien (golfe de Siam), le rivage, bas et indécis, est coupé par la baie de Ganh-Raï' et par les bouches multiples du Mé- Kong et de ses satellites inférieurs. Par delà la baie de Rach-Gia et Ha-Tien, le littoral cambodgien prend la direction nord-est : il présente quelques presqu'îles bordées de falaises, alternant avec des plaines sablonneuses et marécageuses. Les baies de Kampot, de Kompong-Son, de Muong-Krat et les îles de Phu-Quoc, de Koh-Rong, de Koh-Kut et de Koh-Chang sont les traits saillants de ce littoral.
Flore et Faune. — A la diversité des climats correspond la variété des caractères dans les espèces végétales et animales. La flore comprend un grand nombre de plantes similaires à celles de l'Algérie et de l'Europe méridionale (pin, mûrier, maïs, riz, tabac, canne à sucre, oranger, citronnier, pastèque, haricot, pois, racines et légumes). Elle comprend, en outre, des végétaux pour ainsi dire autochtones : bambou, rotin, cotonnier, arbre à thé, diverses essences propres à l'ébénisterie, à la menuiserie, à la charpenterie, à la teinturerie, à la parfumerie, à la pharmacie, à l'industrie textile, à l'alimentation : bois de fer, bois d'ébène, bois de rose, bois de santal, teck, arbre à laque, arbre à vernis, cardamone, gomme-gutte, palmier à sucre, indigotier, camphrier, cousso, poivrier, aréquier, bétel, badiane (anis étoile), jaquier, manguier, tamarinier, va-
LE PAYS
nillier, cannellier, papay ignames, etc.
La faune, surtout la la diversité des genres stature), porcs, tigres, cerfs, agoutis, lièvres, vages , bécassines, sarcelles, aigrettes, paons, cigognes, marabouts et autres oiseaux, nombre de singes, des légions d'insectes, entre autres le ver à soie et l'abeille, enfin des serpents, crocodiles, tortues, crapauds et grenouilles. Quant aux poissons, parmi lesquels figurent des souffleurs (dans le Mé-Kong), leur extrême abondance constitue une richesse pour la population.
LE TONKIN
er, goyavier, litcbie, arachides, ramie, bananes,
faune sauvage, n'est pas moins remarquable par : buffles, éléphants, bœufs, chevaux (de petite panthères, chat sauvage, ours noir, sangliers, volailles, perdrix, cailles, faisans, poules sau-
Haï-Phong.— Phot. Brau de Saiot-Pol-Lias.
Le Tonkin est situé entre l'Annam.
la Chine et le Laos.
11 est borné, au nord.
par les provinces chinoises du Yun-Nan.
du Kouang-Si et du Kouang-Toung; au sud et au sud-ouest
•par le golfe du Tonkin; à l'ouest, par le Laos et les pays Chans sur le Mé-Kong; à l'est, par le Kouang-Si, le Kouang-Toung et la mer de Chine. Le Tonkin est situé entre les 18» et 20° latitude nord et les 102o et 106O longitude est. Sa superficie peut être évaluée à 120 000 kilomètres carrés.
lielief du sol. — Le territoire tonkinois se divise en deux régions principales bien distinctes : la partie montagneuse au nord et la partie plate et basse qui confine ù la mer et que Ion nomme delta. On
L'INDO-GHINE FRANÇAISE
peut encore distinguer une troisième région, le moyen Tonkin, qui sert de transition entre les deux autres.
Le haut Tonkin, présentant une zone de 300 kilomètres environ, s'étend au nord tout le long de la frontière chinoise. Les montagnes s'y enchevêtrent presque sans discontinuité et sont souvent couvertes de forêts difficilement pénétrables. Elles suivent à peu près la direction du nord-ouest au sud-est et forment la ligne de partage des eaux : à l'ouest entre le Mé-Kong et le fleuve Rouge, à l'est entre le Thaï-Binh et les fleuves de la Chine.
Le moyen Tonkin est la partie intermédiaire entre la haute région et le delta. Son aspect général est très caractéristique dans les provinces de
^i*-iiô'V. M?-»
Buffles rentrant à l'étable. Cercle de Cao-Bâng (Tonkin).
Hong-Hoa et de Son-Tay. C'est un territoire de transition entre la montagne et la plaine; il est formé de mamelons et de collines peu élevées, qui, se détachant des montagnes, viennent finir en légères ondulations jusqu'aux plaines du delta.
Les rizières sont étagées dans les dépressions de terrain; de-ci, de-là, des plantations de thé et de camélias couvrent les versants^ des collines les plus fertiles.
Quant au delta, il n'est autre chose qu'une plaine d'alluvions, ravinée par de nombreux cours d'eau. Quelques monticules gréseux, quelques pics abrupts de calcaires émergent çà et là.
Climat. — Le climat du Tonkin est assez variable. Les Annamites l'ont si bien reconnu, qu'ils divisent l'année en 24 saisons, comme le font d'ailleurs les Chinois. Ainsi, pour l'année 1900, du 4 au 19 février, on dislingue: le commencement du printemps et l'eau de pluie; du 16 au 21 mars, le mouvement des reptiles et l'équinoxe du printemps ; du 5 au 20 avril, la
LE PAYS
clarté pure et les pluies pour les fruits; du 6 au 21 mai, le commencement de l'été et la petite inondation ; du 6 au 22 juin, la semence des herbes et le solstice d'été: du 7 au 20 juillet, la petite et la grande chaleur; du 8 au 24 août, le commencement de l'automne et la fin de la chaleur; du 8 au 23 septembre, la rosée blanche et l'équinoxe d'automne ; du 9 au 24 octobre la rosée froide et le frimas; du 8 novembre au 21 janvier enfin, le commencement de l'hiver, le solstice d'hiver, le petit froid et le grand froid, etc. Le thermomètre, au moment des fortes chaleurs, atteint 38°. Au moment le plus froid, en janvier, la température s'abaisse jusqu'à -f 5°.
Citadelle de Son-Tay. — Phot. Demorgny.
HydrograpMe. — Le bas Tonkin est constitué par les deux deltas du fleuve Rouge et du Thaï-Binh. Ces deux faisceaux de cours d'eau sont réunis par deux canaux, le canal des Rapides et le canal des Bambous, Ils partagent la région en haut Delta et en bas Delta. Dans le haut Delta, à la hauteur de Ha-Noï, le fleuve Rouge, en été, accuse, à la saison des hautes eaux, des crues de 6-8 mètres, couleavec des vitesses de 4 et 5 milles à l'heure et rompt très souvent les digues qu'on lui oppose. Dans le bas Delta, au contraire, la crue annuelle des rivières ne se fait que peu sentir.
Le Thaï-Binh coule en torrent entre les montagnes du nord et débouche, dans la moyenne région, à Thaï-Nguyên, suivant à peu près la direction sud-est.
Le fleuve Rouge se dirige au travers du Tonkin, du nord-ouest au sud-est ; il coule dans un lit d'abord encaissé et qui s'élargit seulement vers Hong-Hoa pour s'étaler en nombreuses ramifications et mêler ses eaux avec celles du Tha'i-Binh dans le bas Delta. Le cours du fleuve
l'indo-chinl: française
Rouge est très parliculier, surtout dans le bas Delta ; là, il ronge sans cessé les berges et déplace constamment son lit, en élevant des bancs de dépôts limoneux, qui rendent la navigation très difficile. On sait combien cette navigation est encore pénible et même dangereuse dans la moyenne et la haute région, où le fleuve n'est navigable pour les chaloupes à vapeur que pendant la courte période des hautes eaux : de fin mai à août ou septembre.
A sa sortie des montagnes, le fleuve Rouge reçoit deux grands affluents : la rivière Glaire à l'est et la rivière Noire à l'ouest. Ces deux rivières
Bateaux de bambou et grands paniers flottants (Haï-Phong). Phot. Brau de Saiat-Pol-Lias.
viennent du Yun-Nan, se jettent dans le fleuve Rouge presque ensemble à la hauteur de Hong-Hoa, après avoir suivi, jusqu'à leurs points de jonction, un cours à peu près parallèle à celui du fleuve Rouge.
Côtes. — Le littoral tonkinois de Mon-Kaï à Than-Hoa est formé par la mer de Chine (golfe du Tonkin). Son développement est de COO kilomètres et dessine une grande lettre G ou plus exactement forme la boucle supérieure de la grande lettre S figurée par le littoral indochinois tout entier.
La côte tonkinoise est composée presque entièrement des terres alluviales du delta du fleuve Rouge; le reste du littoral est assez rocheux. De nombreuses îles avoisinent la côte : ce sont les îles de Ké-Bao, de la Table, de Kac-Ba, etc. Il faut citer la baie d'Along (Ha-Long), féerique d'un aspect.
Sur le littoral gît un bassin houiller dont la superficie mesure près de 1 000 kilomètres carrés. La houille, essentiellement anthraciteuse, est d'excellente qualité.
Le port principal est Haï-Phong.