LALLY-TOLLENDAL
j'imagine recevoir des nouvelles des Peliles-Maisons... En quoy consiste le profil que notre Compagnie et notre commerce peuvent retirer des guerres et des paix de M. de Bussy ? Peut-on garder son sang-froid en lisant les lettres d'un homme qui vous écrit sérieusement qu'avec 150 galeux, il balance s'il se portera sur la capitale du Mogol, ou s'il descendra avec toutes les forces que Dieu lui a données pour faire irruplioa
Entrevue du bailli de Saffren et de Haïder-Ali, 1782.
D'après une estampe du temps. (Bibl- nat.)
dans le Bengale? » Ainsi se perpétuait le malentendu qui avait déjà perdu Dupleix. Bussy, le soldat héroïque, le politique au jugement* droit, au sûr bon sens est aux yeux de Lally un fou, « le plus cupide, le plus avare, le plus menteur, le plus pillard de tous les hommes ». Bussy parti, Conflans se fit battre par Forde, capitula dans Mazulipatam ; le Nizam Salabet accueillit les Anglais, leur céda Mazulipatam, les Circars, Enfermé dans Pondichéry avec des troupes aflamëes et indisciplinées, Lally n'avait pas un allié; ses violences, ses insolences lui avaient attiré la haine de tous ses subordonnés. Bussy, envoyé auprès de Salabet, ne put le ramener à notre alliance ; de nouveau d'Aché refusa le concours de
sa flotte. Bientôt, profitant de notre désarroi, l'Anglais Coote s'empara <ie Vandavachy aux portes de Pondichéry, fit prisonnier Bussy, nous enleva nos dernières places dans le Carnatic; ce- fut alors le blocus : Lally flt une défense désespérée, mais il put à peine se faire obéir; on tente de l'assassiner; après cinq mois de siège, la ville épuisée, luimême moribond, il capitule (16 janvier 1761). Une escorte anglaise dut l'arracher à l'émeute. Le gouverneur de Madras, Plgot, vint lui-même ■ordonner la destruction de Pondichéry. Moins d'un mois plus tard, nous
perdions Mahé (13 février).
Lally, vaincu, fut accusé en France de trahison et de malversation, alors qu'il était surtout coupable de présomption et d'incapacité.
Ses agents, ses auxiliaires, même Leyrit, même Bussy, se firent ses dénonciateurs.
Mis en liberté sur parole, il vint à Paris pour se défendre ; on dressa contre lui une procédure inique ; victime de l'exécration universelle, il fut condamné à mort et décapité en Grève le 9 mai 1766.
Trois ans plus tôt, le traité de Paris avait ratifié l'anéantissement de l'Inde française ; nous ne gardions que les cinq établissements de la Compagnie, réduits ù l'état de simples comptoirs non fortifiés.
Pendant la guerre de l'indépendance américaine, la lutte fut encore une fois reprise aux Indes; avant la déclaration de guerre, les Anglais s'étaient emparés de nos établissements; Pondichéry dut capituler (1778). Nous ne sûmes pas soutenir Haïder-Ali, sultan de Mysore; la brillante campagne navale du bailli de Suffren eut lieu seulement en 1782, année même de la mort d'Haïder-Ali. Toutefois son fils Tipou Sahib reçut d'importants renforts français : le vieux Bussy reparut dans le Carnate, défendit victorieusement Gondelour ou Port Saint- David dont on s'était emparé; la flotte anglaise, cinq fois battue, fut rejetée dans Madras. La situation des Anglais commençait à devenir précaire quand survint le traité de Versailles (1783) ; de nouveau les Anglais nous reconnaissaient la possession des cinq villes, avec des territoires plus étendus, mais nous abandonnions Tipou Sahib; l'empire anglais était sauf.
TIPOU SAHIB (1749-1799J.
Pendant ce temps, la Compagnie française intentait des procès à un grand nombre de ses agents, et finissait dans le scandale ; son privilège fut suspendu en 1769. En 1770, la Compagnie abandonne au roi la liquidation de ses affaires. En 1785, Galonné crée une Nouvelle Compagnie des Indes, qui ne dure pas. L'Assemblée constituante vote la liberté du commerce aux Indes ; la Convention supprime définitivement la nouvelle Compagnie. D'ailleurs, les Anglais prennent nos établissements dès le début des guerres de la Révolution ; notre allié Tipou Saliib succombe en 1799. En vertu du traité d'Amiens, les Anglais devaient restituer cinq villes à la France. Decaen se présenta en 1803 devant Pondichéry, mais le capitaine général de l'Inde dut attendre depuis lors, à l'île de France, le moment d'agir, et faire de cette île le centre de la lutte contre l'Angleterre dans l'océan Indien. Napoléon, absorbé par ses guerres continentales, ne donna jamais suite aux projets qu'il semble avoir formés en 1803, et c'est seulement sous la Restauration, après l'abandon définitif de l'île de France aux Anglais, que Pondicbéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal et Mahé furent restituées à la France et successivement réoccupées (1817). Depuis cette époque l'histoire des établissements français dans rindes présente un intérêt exclusivement administratif.
Lucien Maury.
L'Inde française comprend cinq établissements principaux qui sont, par ordre d'importance territoriale, ceux de Pondichéry, de Karikal, de Mahé, de Yanaon et de Chandernagor, et huit loges dans les villes de Surate, Calicut, Mazulipatara, Cassirabazar, Jougdia, Balassore, Dacca et Patna.
Pondiclléry. — Le territoire de Pondichéry a une superficie de 29145 hectares, coupée par de nombreuses enclaves anglaises; on y compte quatre communes : Pondichéry, Oulgaret, Villenour et Bahour, contenant ensemble 93 aidées ou villages (du portugais a/de«) et 141 centres secondaires de population, comprenant 1608 maisons en briques et 9958 chaumières. La ville de Pondichéry, construite au bord de la mer, sur un terrain absolument plat, par 77o29'o4" de longitude E. de Paris et lto55'54" de latitude N., a six kilomètres de tour et occupe une surface de 22 hectares, sillonnée de 52861 mètres de rues, chaussées et boulevards. Elle est divisée par un canal en deux parties inégales, la ville blanche à l'est (6 hectares) et la ville indienne à l'ouest. Un pont-débarcadère de 232 mètres, construit au-dessus d'une barre toujours dangereuse, facilite le service de la rade, qui est la meilleure de toute la côte et qui offre des mouillages de 3 à 9 brasses. Les principaux monuments de la ville sont un phare haut de 27 mètres, à feu blanc fixe, dont la portée est au plus de 15 milles (il a commencé à fonctionner le 1«» juil-
let 1836), rhôtel du gouvernement, le grand bazar, la tour de l'horlogela fontaine de la ville blanche, la caserne, l'hôpital, l'hôtel de ville, le collège colonial, le collège Calvé, la coup d'appel, trois écoles primaires, deux églises catholiques, deux pagodes indiennes et une mosquée musulmane. Il faut citer encore le parc colonial et le jardin d'acclimatation (de 17 et 8 hectares), la bibliothèque (ancien hôtel des monnaies), qui contient 15000 volumes. Toutes les maisons des Européens ont des jardins assez grands. Depuis le 16 décembre 1879, une voie ferrée, partant de Pondichéry, rejoint à Belpour le réseau anglo-indien. La population de la ville de Pondichéry est de 49 000 habitants. Dans le reste de l'éta-
Pondichéry, quartier européen.
blissement, il n'y a guère à signaler, comme monument intéressant, que la grande pagode de Yillenour
Le territoire de Pondichéry est arrosé par huit cours d'eau, dont le principal est le Ponnéar, navigables, pour de petits bateaux à fond plat pendant une partie de l'année seulement. Le lac ou grand étang d'Owssoudou, à 9 kilomètres de Pondichéry, borde une partie du territoire anglais; il a une superficie de 777 hectares. Il faut signaler 9 grands canaux de dérivation, 5 barrages, 57 étangs, 202 sources et 53 réservoirs. L'eau qui alimente la fontaine de la ville blanche est excellente .elle provient du grand puits de Moutrapaléom, à 6 kilomètres au sudouest.
Karikal. — L'établissement de Karikal se compose de cent dix aidées groupées en trois communes : Karikal, la Grande-Aldée et Nédouncadoucet établissement est arrosé par six petites rivières qui font partie du
„ : î ÔD E K H A NCV- , -=
•^;- - Àrcate?/ Cadras
PONDICHEI
EchVile