S. M. NORODOM
fonctions attribuées au résident chef de province par les décrets et arrêtés en vigueur. En raaiière judiciaire, les commandants de cercle restent investis, dans l'étendue de leur cercle, des attributions conférées par le décret du 15 septembre 1886 aux résidents chefs de province du Tonkin.
second roi à défaut de souverain ayant abdiqué et héritier présomptif, uparàj, (son parasol est à cinq étages) ; la première princesse du sang, reine mère ou sœur du roi, dont le parasol est à quatre étages.
Le roi et ces trois personnages possèdent chacun une maison de mandarins, ainsi répartis en quatre classes {sam-rap) comprenant chacune une hiérarchie à dix degrés. A la tête de chaque maison se distinguent deux grands juges et cinq dignitaires, préposés à la direction des affaires : un premier ministre, un ministre de la Justice, un surintendant, du Palais et Finances, un chef de la Marine, un ministre de la Guerre H des Transports par terre.
Les chefs des maisons princières ont cédé leur apanage contre des dotations; et les cinq dignitaires de la maison du roi sont devenus les véritables ministres du royaume. Ils se réunissent en un conseil que préside le résident supérieur. Ces mandarins ne sont pas, comme en Annam, des lettrés, indiqués par les concours. Ils ne forment pas non plus une noblesse héréditaire: leurs titres et leurs privilèges sont viagers, et le roi les désigne à sa guise. En fait, les mandarins envoient leurs flls à la cour, à titre de pages, et c'est sur eux que porte le choix royal.
Administration provinciale. — L'administration provinciale est confiée aux « mandarins de l'extérieur », les gouverneurs de province et leurs auxiliaires, également nommés par le roi et qui, à grade égal, cèdent le pas aux mandarins de la cour ou « de l'intérieur ». Le royaume est divisé en 57 provinces [khet), dont onze résidents français se partagent la surveillance. Le gouverneur (chau-fai) était jadis comme un bénéficiaire, redevable au roi ou à une maison princière d'une part de l'impôt. Il est aujourd'hui un simple fonctionnaire. Le maintien de l'ordre, le recrutement de la garde civile, la rentrée des impôts le concernent. Un sous-gouverneur [balat) et des mandarins subalternes exercent quelques-unes de ses attributions.
Administration locale. — C'est le lien personnel, et non le principe territorial, qui groupait jadis en unités administratives les indigènes. Les hommes libres se plaçaient sous le patronage d'un mandarin, le plus souvent d'un mandarin de la cour, qui disposait en outre d'une clientèle d'esclaves. Le mandarin recevait de son protégé de menus cadeaux, une aide occasionnelle, et lui devait l'assistance, notamment devant la juslice. Il convoquait ses hommes en service et levait sur eux les dîmes dues au Trésor. Cette organisation ne répond pas aux besoins d'une société pacifiée et policée. Elle disparaît. Le village, dirigé par un chef (mc-sroA-), assure de plus en plus, par lui-même, les services de police, justice, perception d'impôts, recrutement militaire.
Castes. — Le lien du sang a conservé une force efficace; il a donné naissance non à un corps de noblesse, mais à certaines castes. Ces castes jouissent de privilèges, exemption d'impôts, de corvée, de service militaire. Elles ont leurs chefs particuliers, dont leurs membres sont justiciables. Les brah-van sont les gens de souche royale, au delà du cinquième degré, hes brahmes ou bakous descendent des anciens brahmanes. Ils sont reconnaissables à leur longue chevelure. Ils gardent, au palais
du roi, l'épée sacrée ou prah-khan, palladium du royaume. Leur seigneur, ou lok, conserve un manuscrit sanscrit, le man ou agam, dont les formules mystiques ^ont récitées au cours des cérémonies de la caste. Les bonzes sont hiérarchisés : chefs de pagode, supérieurs provinciaux élus, deux dignitaires à la cour que désigne le roi. Ces religieux bouddhiques donnent l'enseignement. La population était, avant la conquête française, classée en hommes libres et esclaves (débiteurs insolvables).
' II. Services indigènes. — Législation. — Les codes cambodgiens sont divisés en lois, subdivisés en articles généralement numérotés.» Ce sont des recueils de traditions, d'aphorismes, de décisions royales codifiées et revisées de loin en loin par la couronne. La dernière revision a eu lieu vers 1870, sous Norodom. Une commission de légistes dressa un rapport, qui fut discuté en assemblée des princes, chefs des bonzes, conseillers, juges royaux et astrologues. Le roi présidait et décidait en cas de divergences d'opinions.
Ces codes sont rédigés sans ordre ni méthode; les principes généraux et les dispositions spéciales, les instructions administratives et les prescriptions d'ordre civil y sont confondus. Ils décrivent la formation du monde, le règne des premiers rois, l'apparition des premiers livres de loi. Ils retracent les formules et les cérémonies du sacre royal et contiennent quantité de préceptes sur les devoirs du roi, des ministres, des juges, des administrateurs. Ils prévoient les délits dont peuvent se rendre coupables les particuliers et les punissent de pénalités sévères et variées. Ils édictent vingt et une façons de donner la mort, avec d'étranges raffinements de cruauté, aux cas de lèse-majesté, lèse-religion et lèse-patrie. Le rachat des peines est, il est vrai, admis, sauf exception. La composition est également prévue, pour faire pardonner un meurtre, de la famille atteinte. La procédure pénale, instruction, question, épreuves, jugement, est minutieusement réglée. Les dispositions sur la famille et la propriété sont au contraire fort incomplètes.
Justice indigène. — La justice réside dans le roi, et, en théorie, le droit d'appel au roi a toujours été reconnu. Elle est déléguée aux administrateurs, gouverneurs de province et ministre de la Justice. Un tribunal supérieur, formé des deux juges royaux de chaque maison princière, connaît en appel des causes provinciales et, en premier et dernier ressort, des procès ou crimes les plus graves. Jusqu'ici la justice était déléguée par les maisons princières, moyennant finances, à nombre d'agents. Le ministre de la Justice avait ses délégués, les chefs des greniers royaux avaient les leurs pour les fraudes en matière de dîmes... Il résultait de cette multiplicité de compétences, auxquelles s'adjoignaient les juridictions de castes, de fréquents conflits. Sous le contrôle des résidents français ces pratiques disparaissent.
Impôts indigènes. — La perception de l'impôt indigène revient à l'autorité indigène, qui en verse le produit à la trésorerie française. L'impôt est personnel et foncier. L'impôt personnel frappe les hommes de vingt et un à cinquante ans. Le taux est de 2 piastres 50 au-dessous de cinquante ans, et de 0 piastres 80 de cinquante à soixante ans. La population
mâle du royaume est, à cet effet, inscrite nominativement sur des registres en triple exemplaire, remis au chef du village, au gouverneur et à l'administration centrale. Tous les trois ans, un recensement est effectué par trois délégués, envoyés par la couronne, le gouverneur et le ministre.
L'impôt foncier n'est pas assis sur le sol directement, mais sur ses produits. La redevance la plus productive est celle du riz. Chaque année, à la fin des moissons, en février-mars, une commission de trois délégués nommés par la couronne, le gouverneur et le ministre des Finances parcourt les villages, visite les greniers, en évalue la contenance, fixe la quote-part due à l'Etat et dresse le rôle. L'impôt était jadis une dîme en nature. Il est actuellement de 0 pour 100 sur la provision du
contribuable et payable en argent.
Les chefs de village et les agents du gouverneur effectuent la perception, que contrôle l'administration française.
Police. — La police ressortit aux administrateurs indigènes. Ils disposent des détachements de la garde civile, qui est recrutée parmi les inscrits des villages.
Miliciens laotiens.
Pbot. commanlquée par MM. Manzi, Joyant et C>'
Laos. — Dévastés par les incursions des Chinois, des Annamites
et surtout des Siamois, les territoires laotiens étaient habités par des populations clairsemées et misérables, divisées en petites principautés tributaires du Siam; la conquête française a maintenu ces instilutions primitives en leur superposant une administration une et forte.
Le groupement le plus appréciable est le royaume de Louang-Prabang. Deux rois le gouvernent, Somdet-Pra-Chao-Zaccharine et le chao Maho- Âpparat, dont le premier seul vraiment actif. L'un et l'autre sont entièrement subordonnés à l'autorité française.
La principauté ou province laotienne (muong) est dirigée par un chef (tiao-muong;, que secondent trois mandarins, le tiao-dupahat, le tiaolatsavong, le tiao-latsabut. Ce ne sont plus les grands sei^jneurs lettrés de l'Annam, mais des nobles de mœurs simples, peu riches et peu instruits. Ils sont élus par les chefs des villages avec lagrément du cora-
inissaire français. La noblesse, à laquelle sont réservées ces fonctions, est héréditaire parmi les descendants des anciens rois et fermée.
La province comprend un ensemble de villages, administrés chacun par un pho-ban « père du village », et réunis quelquefois en cantons dirigés par un tasseing. Pho-ban et tasseing sont aidés par deux adjointe (le thao-phai ou kum-nam et le cha) et conseillés par les anciens; la police du village, la gestion de ses biens, la justice pour les petits délits ou petits litiges, tel est leur domaine.
Les lois admises des Laotiens sont, au nord, celles de Louang-Prabang; au sud, la coutume de l'ancien royaume de Vien-Tiane. D'origine hindoue, les deux codes sont presque identiques; leurs dispositions sont pénales ; ils procèdent d'un esprit de vive humanité : excuses, circonstances atténuantes sont prévues; la peine capitale, appelée « peine royale », est rarement prononcée et ne pouvait être appliquée sans le consentement du suzerain de la principauté.
L'instruction publique, très rudimentaire, est donnée par les bonzes.
Le Laos est habité par des races diverses. Les Taïs prédominent au nord-est; leur organisation est la même que celle des Laotiens de la vallée du Mé-Kong. La principauté [hua-panh] est dirigée par quatre mandarins ifaya, fia- hua-panh, fia-palal, fia-kham), le canton par un fia, le village par un quan-ban ou nuy-ban. Ces fonctions sont héréditaires. Sur la frontière du nord-ouest, les Lus l'emportent; lesYouns sont établis sur la rive droite du Mé-Kong; les Khas sont dispersés dans le haut Laos. L'organisation ne diffère pas, seuls les titres des chefs varient.
Les provinces laotiennes sont placées sous l'autorité de « commissaires du gouvernement » français. Il y a quatorze commissariats. Le commissaire cumule les attributions administratives, financières et judiciaires. Assisté d'assesseurs indigènes, il rend la justice dans les affaires criminelles ou civiles dont il est saisi soit à la suite des jugements des mandarins, soil en première instance. 11 active la rentrée des impôts. Il assure l'ordre et la paix : une brigade de garde indigène de cent hommes (cinquante Annamites et cinquante Laotiens), commandée par un garde principal, est, à cet effet, sous ses ordres. Il surveille la zone de vingt-cinq kilomètres neutralisée sur la rive droite du Mé-Kong par le traité franco-siamois du 3 octobre 1893.
Un résident supérieur préside à l'administration générale du Laos; le siège de ses services est à Vien-Tiane. Il dresse le budget du Laos dont une subvention de l'Indo-Chine constitue les cinq sixièmes.
Les impôts consistent en capitations et taxes de consommation. L'impôt personnel, perçu par les villages, est de 2 piastres pour les Lao- •tiens, les Taïs, et 1 piastre pour les Khas. La corvée est de dix jours pour les Laotiens, vingt jours pour les Khas; elle est rachetable (20 cents par jour). L'impôt des patentes est uniformément fixé à 2 piastres, la taxe d'immatriculation des Chinois à 5 piastres. Les bonzes, les hommes comptant quatre ans de service dans la gaTde civile, les miliciens en activité, les infirmes et les esclaves libérés sont exempts d'impôt. Les mandarins, également dispensés, retiennent, pour toute allocation, le dixième de l'impôt personnel.
Les taxes indirectes sont les permis de porter une arme à feu (26 cents) et les permis de circulation (20 cents pour les Laotiens, 75 pour les Chinois). Des taxes de sortie sur les produits exportés représentent l'impôt foncier non encore institué. La ferme de l'opium a été introduite. Le Laos, dernier venu dans l'Union indo-chinoise, est un pays « neuf ». L'administration française et l'organisation indigène y sont réduites à l'expression la plus simple.
François Maury.
Territoire de Kouang-Tchéou Ouan. — L'administration du territoire de Kouang-Tchéou Ouan est placée sous l'autorité dun fonctionnaire des services civils de l'Indo-Chine, qui a le litre d' " administrateur du territoire de Kouang-Tchéou». Représentant du gouverneur général de l'Indo-Chine, il a par délégation des pouvoirs très étendus.
L'organisation de Kouang-Tchéou Ouan a fait l'objet de l'arrêté du gouverneur général en date du 27 janvier 1900, dont voici les dispositions :
Le territoire est divisé en trois circonscriptions administratives : l'administration de chacune d'elles est confiée à un fonctionnaire des services civils de rindo-Chine qui est placé sous l'autorité directe de l'administrateur du territoire et prend le titre d'administrateur adjoint.
L'organisation existanie de la commune chinoise sur le territoire de Kouang- Tchéou est maintenue. En conséquence, les attributions administratives et judiciaires du kong-ku ou conseil des notables sont confirmées. Le conseil des notables administre la commune, gère ses finances, rend la justice, sous le contrôle de l'administration française. Il est responsable du maintien de l'ordre et de la sécurité des habitants sur tout le territoire de la commune. Le chef du kong-hu doit prévenir l'autorité française des troubles qui se seraient pi-oduits ou qui menaceraient de se produire. Il doit, s'il est nécessaire, demander le concours de la garde indigène pour préserver la commune de tout danger venant de l'extérieur, pour maintenir et rétablir l'ordre à l'intérieur.
Le conseil des notables rend la justice aux indigènes de la commune, en se conformant aux coutumes, usages et règlements locaux.
Il connaît en dernier ressort de toutes actions personnelles et mobilières jusqu'à la valeur do 200 piastres en principal et des actions immobilières jusqu'à 50 piastres de revenu déterminé soit par la déclaration des parties, soit par lestimation faite d'office et sans frais par un délégué de l'administration. Toutes autres actions indéterminées ou excédant la valeur spécifiée ci-dessus sont jugées en premier ressort seulement par le conseil des notables.
L'appel peut être porté devant le tribunal mixte établi ci-après.
En matière de police, le conseil des notables connaît de toutes les contraventions ou délits entraînant la peine de l'amende et autres peines admises par les coutumes locales ; mais il ne pourra condamner à la prison. Il est institué, dans chaque circonscription administrative, un tribunal mixte composé de l'administrateur adjoint, président, et de deux assesseurs indigènes désignés par l'administrateur du territoire et pris parmi les notables les plus compétents.
Le tribunal mixte connaît de toutes les contraventions de police passibles d'emprisonnement et des infractions correctionnelles ou criminelles commises par les indigènes.
Il juge en appel les causes civiles déterminées à l'article 10 du présent arrêté. U juge suivant le droit indigène et conforme aux coutumes, usages et règlements
Colonies II. 31
locaux. Le ressort du tribunal mixte a l'étendue de la circonscription administrative.
La juridiction française est seule compétente en toutes matières, sur le territoire de Kouang-Tchéou, toutes les fois qu'un Français, un étranger européen ou assimilé, un sujet ou protégé français, est partie ou en cause.
L'administrateur de Kouang-Tchéou ou, en cas d'empôchement.l'administrateur adjoint délégué par lui est investi des attributions dévolues aux juges de paix à
Carte de Kouang-Tchéou.
compétence étendue de la Cochinchine, pour le règlement des affaires intéressant les catégories de justiciables énumérées à l'article 16.
La cour d'appel de l'Indo-Chine (3* chambre siégeant à Ha-Noï) connait des appels de tous jugements rendus par l'administrateur de Kouang-Tchéou, faisant fonctions de juge de paix.
Les appels sont formés dans les délais et conditions fixés par les décrets des 18 mai 1895 et 13 juillet 1897.
Enfin il est établi un budget du territoire de Kouang-Tchéou. L'administrateur le drpsse et en assure l'exécution. 11 devient définitif après approbation du gouverneur général.
LA MISE EN VALEUR GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE
Agriculture. — « Par la nature et la disposition de son sol, ainsi que par l'abondance de ses cours d'eau, l'Indo-Chine française est l'un des pays agricoles les plus riches du monde. Les herbes, les arbustes et les arbres utiles qu'elle produit ou qu'il serait possible d'y introduire sont extrêmement variés, parce qu'elle offre plusieurs sortes de terrains, des conditions non moins diverses d'arrosage et des climats très différents. Mais aujourd'hui, un très petit nombre de cultures seulement y sont faites sur assez grande échelle pour donner lieu à des échanges commerciaux de quelque importance. En dehors du riz, la plupart des produits agricoles de nos établissements extrême orientaux ne figurent que pour une part minime dans le commerce. »
Ces lignes, écrites par M. de Lanessan, après un voyage d'études en Indo-Chine, datent de 1889. Depuis cette e'poque, la situation que décrivait en ces termes le futur gouverneur général de la colonie n'a guère subi de modifications, dans l'ensemble tout au moins.
Le riz, qui forme la base de l'alimentation des indigènes, est encore, et de beaucoup, la culture la plus répandue en Indo- Chine. Les deltas du Mé-Kong, en Cochinchine, du fleuve Rouge et du Thai-Binh au Tonkin, les petits deltas de l'Annam, conviennent admirablement à cette culture, qui y a pris un développement considérable. Les travaux de culture du riz commencent généralement après les premières fortes pluies de printemps, c'est-à-dire vers la fin d'avril ou le commencement de mai. Semé d'abord très serré dans des rizières à semis qui ont été labourées avec beaucoup de soin, le riz est repiqué ensuite dans les rizières proprement dites, lorsque ses plants ont atteint 30 à 40 centimètres de hauteur, c'est-à-dire trente à quarante jours après les semailles. En Cochinchine, on ne fait qu'une récolte par an, mais dans certaines régions de l'Annam et du Tonkin les rizières donnent jusqu'à deux récoltes par an, à cinq mois de distance (1).
(1) LaproductioD da riz à l'hectare varie naturellement suivant les régions, et dans des proportions assez considérables. C'est ainsi que, s'élevant à î 500
Il existe une infinité d'espèces de riz, mais on peut les grouper en deux catégories : le riz sec, le plus répandu, et le riz gluant ou nêp, qui au Laos sert à la nourriture des indigènes, mais le plus souvent est employé dans les cérémonies du culte.
Les riz de l'Indo-Chine, et principalement ceux de Cochinchine, ne sont pas aussi beaux, aussi appréciés que les riz de Birmanie et de Java. Depuis longtemps, on cherche à en améliorer la nature ; on avait fait des essais avec des riz de Birmanie, mais ils n'ont pas donné de très bons résultats. On a reconnu récemment que le progrès désiré devait être recherché par l'amélioration des semences des espèces indigènes, et non par l'introduction d'espèces exotiques.
De tous les pays de l'Indo-Chine, c'est la Gochinchine qui est sous le rapport de la production du riz dans la situation la plus avantageuse. Ses nombreux cours d'eau, la fertilité de son sol, la régularité de son climat lui assurent des récoltes abondantes. Ces conditions naturelles, jointes à la faible densité de sa population, font de la Cochinchine le principal exportateur de riz de toute l'Union indo-chinoise.
La culture du riz, quelque développée qu'elle soit en Indo- Chine, n'y a cependant pas atteint encore l'extension qu'elle peut y prendre.
En Cochinchine, de l'avis général, la production pourrait être doublée. Au Cambodge, si nous en croyons M. Adhémar Leclère, les rizières n'occupent actuellement qu'un dixième de la surface autrefois cultivée en riz, et les terres propres à la culture de cette céréale sont cinquante fois plus vastes encore. AuTonkin, dansles seules provinces des deltas, on estime que la production pourrait être augmentée d'un cinquième. En Annam de même, de vastes espaces actuellement en friche pourraient se prêter à la culture du riz. En tout cas, par sa situation géographique, étant à proximité de pays peuplés par des centaines de millions de « mangeurs de riz », l'Indo-Chine est assurée d'un débouché constant pour ce produit. C'est une culture pauvre en apparence, mais elle répond à un besoin immédiat; c'est en outre une culture sûre, et ces deux qualités l'ont fait adopter par plusieurs colons européens, qui la pratiquent, soit directement, soit par métayage (ce dernier mode de tenure étant surtout répandu en Annam
et même 3 ooo kilogrammes dans l'ouest de la Cochinchine, elle tombe à 800 et 600 kilogrammes dans les rizières de troisième classe et dans certaines régions pauvres de l'est ; au Cambodge, on l'évalue à 2 200 en moyenne ; au Tonkin, à 1850 kilogrammes.
et au Tonkin), et se mettent ainsi en mesure d'attendre que les cultures dites riches, il serait peut-être plus exact
de dire les cultures à longue échéance, aient donné des résultats. Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir le riz occuper la
majeure partie des concessions accordées à des Européens (1).
Les cultures vivrières autres que le riz ne jouent dans l'agriculture indo-chinoise qu'un rôle secondaire et servent seulement de complément au riz. Le maïs, le millet, le sorgho, sont cultivés un peu partout ; il en est de même des patates, des ignames, etc.
La canne à sucre est cultivée dans toute l'Indo-Chine pour la consommation locale, et on la rencontre sur tous les marchés, mais ses produits ne font l'objet d'un commerce d'exportation appréciable qu'en Annam seulement.
Après le riz, c'est le poivre qui est actuellement, au point de vue du commerce d'exportation, le principal produit agricole de la colonie. L'Indo-Chine occupe le quatrième rang dans les pays producteurs de poivre; elle vient après la péninsule malaise, l'Inde et Java, et fournit une moyenne de 2000 tonnes de" poivre au marché européen. Sur cette quantité, la moitié environ est fournie par la Cochinchine, où le poivre est cultivé presque exclusivement dans les centres de Bien-Hoa et de Ha-Tien.
La culture du café a été introduite en Indo-Chine par les Européens ; elle s'est répandue très rapidement il y a quelques années en Annam et au Tonkin, mais surtout au Tonkin, où les plantations de café sont nombreuses et dont quelques-unes sont fort importantes. Ce mouvement semble s'être ralenti à la suite de la baisse considérable qui s'est produite sur les cafés. Quoi qu'il en soit, la plupart de ces tentatives sont trop récentes pour qu'on puisse être fixé sur l'avenir qui est réservé en Indo-Chine à la culture du café. Actuellement la production locale, bien loin d'alimenter le commerce d'exportation, ne suffit pas à la consommation locale. Les variétés qui paraissent cultivées avec le plus de succès sont le liberia en Cochinchine (à cause de l'humidité du climat), l'araiî'ca au Tonkin.
C'est en Annam, où il pousse à l'état sauvage, que la culture du thé par les Européens a pris le plus d'extension. Un planteur d'initiative a créé le premier dans le Kouang-Nam de vastes plantations : la tentative ne date que de quelques années et les résultats obtenus sont déjà remarquables. Trois usines pour la préparation des thés fonctionnent actuellement en Annam, où les indigènes cultivant le thé sont en certaines régions, et par une combinaison particulière, comme associés à l'exploitation.
La culture de Varachide, qui était autrefois assez prospère en Cochinchine, diminue sans cesse; les indigènes l'abandonnent
(1) 27 883 hectares, sur 32007 hectares mis en valeur, au 31 décembre 1899.
d'année en année. Quelques essais récents d'introduction d'arachides de Java paraissent avoir réussi.
La culture du manioc n'est pas très répandue. Le climat de l'Annam semble pourtant lui être particulièrement favorable et offrirait des chances de succès aux Européens qui voudraient tenter une entreprise ayant en vue la production des fécules alimentaires.
Le tabac est cultivé en Indo-Chine depuis les temps les plus reculés, et d'une manière générale l'on peut dire que chaque famille annamite cultive quelques plants dans son jardin. Dans le delta du Tonkin ce sont les provinces de Thai-Binh, de Hai-Dzuong et d'Hai-Phong qui en produisent le plus; en Annam, les principaux centres de production se trouvent dans les provinces voisines de la Cochinchine, le Binh-Thuan et le Khan-Hoa. En Cochinchine, au Cambodge et au Laos cette culture n'est pratiquée que pour assurer les besoins locaux.
Parmi les textiles végétaux, le coton et le jute méritent une mention particulière.
Le coton pousse à l'état sauvage ou est cultivé à peu près partout au Cambodge, au Tonkin, en Cochinchine, en Annam, mais c'est l'Annam qui paraît offrir à cette culture les meilleures conditions de sol et de climat. Les provinces de Binh- Thuan et de Khan-Hoa dans le sud et celle de Than-Hoa dans le nord du royaume, sont les régions les plus productives. Le coton qu'elles produisent est expédié en Chine et au Japon.
Au Cambodge, la culture du coton, autrefois très répandue, perd chaque année du terrain.
Le jute est cultivé en Cochinchine, en Annam, où on le trouve sur tous les marchés, au Tonkin dans les provinces de Bac-Ninh, Nam-Dinh, Ninh-Binhet Haï-Dzuong principalement; Sa qualité est inférieure à celle du jute de l'Inde, mais on pourrait sans aucun doute l'améliorer.
Les forêts occupent en Indo-Chine une surface considérable. Les massifs montagneux de l'Annam, surtout dans la région septentrionale, le haut Tonkin, le haut Laos sont extrêmement boisés. Il en est de même du Cambodge et de certaines provinces de la Cochinchine. Mais, soit que beaucoup parmi les essences qui peuplent ces forêts ne réunissent pas des qualités de nature à les faire rechercher de l'industrie européenne, soit par suite de la difficulté des transports dans un pays où les voies de communication font encore presque totalement défaut, les ressources forestières de la colonie n'ont pas encore fait Tobjet d'une exploitation intense.
488 L'INDO-CHIiNE FRANÇAISE
Le caoutchouc occupe une des premières places parmi les produits naturels dont l'utilisation paraît le plus appelée à contribuer à la prospérité de la colonie. Les plantes à caoutchouc ne sont représentées en Indo-Chine, à part les ficus, que par des lianes. C'est dans les provinces du nord de l'Annam et principalement dans la partie occidentale de ces provinces, dans le Tra-Ninh (au Laos), que l'exploitation du caoutchouc s'est le plus rapidement développée. Il n'y a que quelques années que l'on a découvert les lianes; la reconnaissance des richesses en caoutchouc de la colonie est loin d'être achevée, et déjà le commerce du caoutchouc se developpetresrapidement.il est appelé à prendre une grande extension au fur et à mesure que s'étendra la zone exploitée.
L'élevage ne peut pas, comme en Algérie par exemple, compter au nombre des principales ressources économiques de rindo-Chine. Il est pratiqué sur toute la surface du territoire, mais nulle part il n'a fait encore l'objet d'une industrie particulière. La principale difficulté que rencontre l'élevage en Indo- Chine est le défaut de prairies naturelles. A vrai dire, cela est surtout exact pour la Cochinchine. Quelques parties de la région montagneuse de l'Annam, les plateaux des Bolovens, du ïra- Ps'inh (au Laos), certaines régions du haut Tonkin, comme le plateau des Bas-Phin, offrent cependant de véritables pâturages, mais on n'est pas encore fixé sur les ressources qu'ils peuvent offrir à l'élevage et sur le parti qu'il est possible d'en tirer.
Le buffle est l'animal le plus utile à l'indigène : « Lui seul est capable de vivre les pieds dans la vase et dans l'eau des rizières pendant des semaines entières, tandis que le soleil darde ses rayons brûlants sur sa grosse tête et son corps énorme couvert de poils rares (1). » Le buffle sert au labourage des rizières et, dans les régions élevées, au transport du bois et des marchandises. Les Annamites ont grand soin de ces animaux, qui jouent dans la vie économique du pays un rôle très important. De cruelles épizooties peuvent malheureusement et trop souvent en réduire le nombre. L'administration s'efforce d'en combattre les effets, comprenant tout l'intérêt que présente pour l'Indo- Chine l'existence d'un troupeau nombreux.
En Cochinchine, il existe environ 230000 buffles. Dans l'Annam, des statistiques récentes évaluent le nombre des bêtes à cornes à 215000. Dans ce dernier chiffre, les bœufs sont com-
(1) De Lanessan. L" Indo-Chine française.
pris, mais ces animaux sont en minorité en Annam aussi bien que dans le reste de Tlndo-Chine (94 000 bœufs et vaches en Cochinchine en 4899).
Vespèce chevaline semble en décroissance. Dans certaines régions de l'Annam, autrefois réputées inépuisables, le nombre des chevaux diminue rapidement.
Le porc, dont la chair est très prisée des indigènes, qui n'en consomment pour ainsi dire pas d'autre, fait l'objet d'un élevage très actif dans l'Indo-Chine entière. Il est, avec le buffle, l'animal utile par excellence (7o5000 porcs rien qu'en Cochinchine en 1899).
Le mouton n'existe en Cochinchine qu'à titre de curiosité, le climat, trop humide, ne lui convient pas; dune manière générale et malgré certaines tentatives heureuses dans l'Annam méridional, dans le haut Tonkin, cet animal ne semble pas appelé à prendre une place importante dans l'industrie de l'élevage indo-chinois.
Par une conséquence naturelle de l'histoire même de notre établissement d'Indo-Chine, c'est en Cochinchine que se sont produites les premières tentatives de colonisation, de culture par les Européens. C'est aussi en Cochinchine que, par suite de l'inexpérience de ses premiers pionniers et de l'ignorance dans laquelle on se trouvait alors relativement aux cultures les mieux appropriées au sol de la colonie, que se sont produits les échecs les plus nombreux, 74 sur 91 (1), alors que le Tonkin n'en compte que 11, le Cambodge 6 et l'Annam point du tout {•!]. La plupart des échecs remontent aussi aux premières années de la conquête; depuis, les méthodes se sont perfectionnées, et les échecs sont moins nombreux sur les plantations inertes. Cela tient aussi à ce que les colons, et l'exemple en cela a été surtout donné par les colons du Tonkin, ne dédaignent plus, comme il y a quelques années, les cultures indigènes pour les cultures dites riches (café, poivre, cacao, vanille, etc.), qui seules, pensait-on, pouvaient procurer des bénéfices importants.
La forme dominante de l'exploitation européenne en Indo- Chine est la grande concession. « Le rapport des exploitations au-dessous de 50 hectares à celles qui sont au-dessus, dit un
(1) Ce chiffre de 91 échecs correspond à une proportion de 13 insuccès sur 100 tentatives de colonisation. C'est une moyenne assez faible.
(î) Il existait au i" janvier 1900 en Indo-Chine 575 propriétés ou concessions appartenant à des Européens; ces 575 propriétés comprenaient une superficie totale de 8«3 787 hectares et une surface mise en valeur de 32 007 hectares.
490 L'INDO-GHINE FRANÇAISE
rapport du gouverneur général, est à peine de 1 à 67. C'est en Cochinchine que les premières se rencontrent le plus. Elles n'occupent guère, il est vrai, que la moitié de la superficie des exploitations au-dessus de 50 hectares ; mais elles sont deux fois plus nombreuses et presque entièrement mises en valeur. Un autre fait les dislingue : elles ont été généralement acquises par voie* d'achat, tandis que les exploitations au-dessus de 50 hectares l'ont été presque exclusivement par voie de concession. »
Au Tonkin, la petite propriété n'apparaît que dans des proportions infimes. Elle est insignifiante en Annam et n'existe pour ainsi dire pas au Cambodge. Le mode de tenure des terres le plus favorable à l'Européen est le métayage. Inauguré au Tonkin, où il donne d'excellents résultats, il est également très usité en Annam; mais, en Cochinchine, il n'a pas fait jusqu'ici de progrès marqués.
Quel est le montant des ressources indispensables pour entreprendre, aux colonies, une exploitation agricole? La question est souvent posée aux diverses sociétés qui se sont donné pour tâche de renseigner les personnes désireuses de se fixer dans les possessions françaises pour y créer des entreprises de culture. La réponse varie naturellement suivant les pays. En ce qui concerne rindo-Chine,nous répondrons, avec le gouverneur général, « qu'il serait imprudent de chercher à faire de la colonisation en Indo-Chine, à moins d'un capital minimum de 33000 à 50000 francs, et plus près du second chiffre que du premier ». 11 faut, en effet, tenir compte des aléas inévitables, des difficultés provenant du climat, de la lenteur de rapport de certaines cultures. L'Européen ne pouvant songer à se livrer personnellement au travail de la terre, la mise en valeur d'une concession, si petite soit-elle, exige le concours de la main-d'œuvre indigène; il faut garder une réserve pour parer aux dangers d'un premier échec et permettre une nouvelle tentative. Enfin, certains produits ne « rendent » qu'au bout de quelques années, et il faut être en mesure d'attendre. On ne saurait trop mettre en garde les futurs colons contre les risques qu'ils courraient en s'engageant dans des entreprises agricoles sans les ressources que les expériences — et le succès même de beaucoup de planteurs — ont fait reconnaître comme indispensables.
Industrie. — L'industrie n'occupe en Indo- Chine, par rapport à l'agriculture, qu'une place secondaire.
Les industries indigènes sont pour la plupart des industries
LA MISE Ex\ VALEUR
locales qui ont leurs débouchés sur place et qui ne jouent pas, en général, dans la vie économique du pays un rôle très important.
On connaît les bijoux, les pièces d'orfèvrerie que fabriquent avec une réelle habileté les Cambodgiens et les Annamites. Ces derniers, qui paraissent les mieux doués au poiut de vue artistique, se livrent à des travaux d'ébénisterie, d'incrustation qui
Charpentiers et sculpteurs. — Phot. Demorgny.
ne manquent pas d'un certain intérêt. C'est au Tonkin que se sont développées surtout les industries du mobilier, et notamment à Ha-Noï et à Nam-Dinh, A Hué, en Annam, on fabrique des objets d'ivoire sculpté d'une certaine valeur artistique. Les industries du bâtiment, si l'on peut ainsi parler, et certaines industries dont les produits sont d'usage courant, présentent une importance plus considérable.
On fabrique de la chaux un peu partout. Il en est de même pour les poteries, les briques. Signalons en passant que l'on ne fabrique en Annam ni faïence ni porcelaine; c'est le marché chinois qui alimente l'Indo-Chine pour les objets de ce genre.
492 LINDO-CHINE FRANÇAISE
M. de Lanessan rappelle qu'il y a eu autrefois en Annam et au Tonkin des fonderies très importantes, dans lesquelles ont été faits des cloches, des bouddhas, des sapèques, etc., (c mais les établissements de cet ordre n'existent plus aujourd'hui ».
La fabrication des nattes et toutes les industries qui utilisent les bambous sont très prospères. La distillation de 1 eau-de-vie de riz est de pratique courante. Au Tonkin on prépare, par la distillation également, de l'essence de badiane en assez grande quantité.
En Cochinchine il existe des salines en pleine activité, dans les arrondissements de Baria et de Bac-Lieu. Il en existe aussi au Tonkin et en Annam, mais elles sont de rendement moindre.
Il faut réserver une place à part à la pêche et aux industries qui en dérivent : séchage du poisson, fabrication du nuoc-mam, de l'huile de poisson. Très développées au Cambodge et principalement sur les bords du Grand-Lac, ces industries alimentent pour une large part un commerce d'exportation et de cabotage prospère. (Voir Commerce.)
« \,'industrie de la soie est à l'heure actuelle, en Annam, dit un résident, dans le même état qu'il y a des siècles. L'indigène n'a rien fait pour l'améliorer. Les Annamites continuent les traditions de leurs ancêtres et ne connaissent d'autres méthodes que celles qui leur ont été léguées. Aucune grande magnanerie n'existe dans le pays. Très rares sont les indigènes qui se livrent exclusivement à l'élève du ver à soie. En général, ce sont les petits propriétaires qui, dans les campagnes, tout en s'occupant de leurs cultures, ajoutent à leurs occupations ordinaires l'élève de quelques vers. » Il en est de même au Tonkin. Dans ces conditions, l'industrie de la soie n'est pas en mesure de fournir au marché européen un produit qui puisse lui donner satisfaction. Les méthodes surannées des indigènes ne sont pas en rapport avec les nécessités du tissage moderne. Aussi s'est-on préoccupé à diverses reprises, et dès 1867, d'améliorer les procédés indigènes et notamment le grainage, l'élevage et la filature, mais ces essais n'ont pas exercé jusqu'à présent sur l'industrie de la soie une action appréciable. Un spécialiste, M. Dadre, a été chargé d'une mission à l'effet d'étudier les moyens de perfectionner les méthodes locales. On a créé sur ses indications, à Nam-Dinh, dans le delta du Tonkin, une magnanerie et même une petite filature à vapeur modèle.
Quant à l'industrie européenne ou à forme européenne, elle ne comprend encore que quelques établissements. Il faut citer
les usines à vapeur à décortiquer le riz, qui sont au nombre de neuf en Cochinchine. L'une d'elles, à Saigon, est entre les mains d'un Européen; les huit autres, qui sont à Cho-Lon, appartiennent, six à des Chinois, deux à des Européens. Le capital employé dans ces usines varie entre 400000 et 1 500 000 francs. L'industrie de la soie est demeurée entre les mains des indigènes dans l'état rudimentaire que nous avons décrit, malgré
Métier à dévider les cocons.
certaines tentatives faites par des Européens pour utiliser sur place les produits locaux.
Nous nous occupons ailleurs de l'industrie minérale et des entreprises qu'elle a suscitées au Laos, en Annani et au Tonkin.
En Annam, une société forestière a créé, à Ben-Thuy, près de Vinh, une scierie mécanique de bois de construction et d'ébénisterie, dont l'action s'est déjà fait sentir sur le commerce des bois du pays.
Au Tonkin, plusieurs établissements industriels ont été établis dans les dix dernières années par des Européens. Deux filatures fonctionnent depuis quelque temps à Ha-Noï et à Hai- Phong, l'une avec 10000 broches, l'autre avec 16000 broches,
et il est question d'en créer une ti'oisième à Nam-Dinh. Au Tonkin également s'est organisée une société pour la fabrication des ciments artificiels. Enfin, il existe à Nam-Dinh et à Haï-Phong des fabriques d'albumine appartenant à des Européens; à Ha- Noï, une fabrique d'allumettes, une briquetterie à vapeur.
Nous ne pouvons citer que pour mémoire, malgré le développement qu'elles ont prises, les industries qui ont pour objet de fournir aux Européens installés dans la colonie certains produits ou certains services spéciaux, par exemple des buanderies à vapeur, des fabriques de glace artificielle, des brasseries, des imprimeries, etc.
Les richesses minérales de l'Indo-Chine sont très inégalement réparties sur le territoire de la colonie, par suite de la diversité qui existe dans le mode de formation de ses terrains. Les régions dont le sol est composé d'alluvions, les deltas de la Cochincliine, du Mc-Kong, les petits deltas de TAnnam, ne sauraient contenir, dans des terres d'apport, de gisements miniers pouvant faire l'objet d'exploitations importantes. Dans les régions montagneuses du Tonkin, de l'Annam, du Laos, au contraire, on a reconnu de nombreux gîtes minéraux (1).
On a trouvé de l'or au Laos, où les indigènes de certains districts le récoltent, et notamment à Attopeu, où une société vient de commencer des travaux d'exploitation;' dans l'Annam, où une autre société se dispose à exploiter les filons reconnus à Bong-Mieu. Le fer se rencontre au Cambodge, au Laos, au Tonkin (Tha'i-Nguyen, Lang-Son), en Annam (province de Nghé-An).
La houille paraît jusqu'à présent devoir procurer des bénéfices moins aléatoires. L'Annam et le Tonkin semblent, sous ce rapport, particulièrement favorisés.
En Annam, les mines de Nong-Son, près de Tourane, ont été exploitées pendant plusieurs années, puis abandonnées en 1894. On a beaucoup parlé des charbons du Tonkin où des bassins houillers d'une réelle importance ont été explorés dès les premiers temps de la conquête. Deux gisements principaux ont été reconnus. Le premier, qui commencerait au N.-O. d'Ha-No'i, s'étend jusqu'au golfe du Tonkin. Le second est situé dans la haute vallée du fleuve Rouge et de Yen-Bay, gagne par Lao-Kay la frontière de Chine. Le premier seulement a fait l'objet jusqu'à présent, d'une exploitation suivie, à Hon-Gay et à Ké-Bao. La mine de Ké-Bao est demeurée inaclive pendant quelques années, mais Hon-Gay n'a cessé de produire, et les charbons qui en sont extraits trouvent un écoulement facile en extrême Orient et notamment à Hong-Kong.
Il serait trop long d'énumérer par le détail les nombreux produits minéraux qui ont été, à diverses reprises, trouvés en Indo-Chine ou dont des gisements ont été signalés. Il existe encore au Tonkin des gisements
(1) C. Guy, La Mise en valeur de notre domaine colonial (Paris, 1900).
LA MISE ExN VALEUR 495
de cuivre (Hong-Hoa, Lang-Son), de plomb (Lang-Son, Mon-Kay), d'antimoine, d'amiante, de mica. Enfin l'étain se rencontre au Laos en assez grande abondance pour qu'une société se soit constituée en vue d'exploiter les gisements de la vallée du IS'am-Pa-Ten.
Commerce. — L'Indo-Chine est, après l'Algérie, celle de nos colonies dont le commerce est le plus important. Le chiffre global du commerce extérieur, importations et exportations réunies, s'est accru au cours de ces dernières années, au point de doubler de 1894 à 1900 (171 millions de francs en 1894, 341 en 1900).
Mais, par suite de sa situation géographique, ce n'est pas avec la France que l'Indo-Chine entretient les relations commerciales les plus actives. Bien que la part revenant à la métropole dans les échanges de l'Indo-Chine aille en augmentant chaque année (le progrès est surtout sensible en ce qui concerne les tissus, 17 millions de francs en 1897 et 27 en 1899), c'est avec les pays d'extrême Orient, le Japon, Manille, Singapore et surtout la Chine moyenne et son principal entrepôt, Hong-Kong, que le commerce de la colonie s'effectue principalement. Ces pays offrent, nous l'avons dit, au principal de ses produits, au riz, un débouché immense et assez rapproché pour que les frais de transport ne grèvent pas trop lourdement une marchandise de cette espèce. D'autre part, la métropole est hors d'état de fournir à la colonie les produits alimentaires spéciaux et les articles d'origine exotique qui sont recherchés des Annamites. Il n'est pas surprenant que dans ces conditions rindo-Chine soit dans la dépendance, pour une bonne partie de ses transactions, du grand marché d'extrême Orient. En Cochinchine (1), le riz forme la majeure partie des exportations (88 millions de francs en 1900 sur une valeur totale de 110 millions pour les exportations). L'industrie de la pêche, très développée, au Cambodge surtout, apporte au commerce d'exportation un appoint considérable (19000 tonnes de poissons secs, salés ou fumés en 1900, et 6300000 francs); viennent ensuite par ordre d'importance : le poivre (2500 tonnes et 4 700000 francs), le coprah (3300 tonnes et 1200000 francs), les peaux (1 200 tonnes et 980000 francs), les amomes et cardamomes et le coton égrené.
Les principales exportations duTonkin sont avec le riz, qui
(i) La Cochinchine et le Cambodge figurent ensemble dans les statistiques.
depuis deux ans commence à prendre une place importante dans le commerce de cette partie de Tlndo-Chine, le charbon de terre (210000 tonnes et 4 400 000 francs en 1900), la soie grège (67 000 kilogrammes et 674 000 francs), le cacao, les huiles à laquer, l'huile de badiane, les jaunes d'oeuf pour la mégisserie,
L'Annam exporte de la cannelle (1 000 OÛO de francs en 1900), de la soie grège (800000 francs), des sucreries, enfin, depuis quelques années, du thé. Nous avons signalé plus haut les progrès accomplis par ce très intéressant produit. Au total les exportations de l'Indo-Ghine se sont élevées à 155 millions en 1900.
Aux importations, les tissus figurent en première ligne; viennent ensuite les métaux et ouvrages en métaux, les fils, les boissons, le pétrole, les farineux alimentaires, le ciment, les produits d'origine exotique, tels que l'opium, les médicaments chinois, le thé (en Gochinchine et au Cambodge). Au total, rindo-Ghine importe annuellement près de 200 000 000 francs de marchandises de toute sorte (115000 000 en 1899, 185000000 en 1900).
Les importations et les exportations sont, du reste, très inégalement réparties entre les trois pays ou groupes de pays que distinguent les statistiques des douanes indo- chinoises (Gochinchine et Cambodge, Annam, Tonkin), et il importe de noter ces différences.
Jusqu'à ces dernières années le groupe Gochinchine et Cambodge était le seul dont les exportations fussent supérieures aux importations (66 millions d'importations et 111 millions d'exportations en 1899). En 1900 pour la première fois, et grâce aux entrées d'ouvrages en métaux et de métaux provoquées par les travaux entrepris dans la colonie, les importations ont été supérieures aux exportations (117 millions d'importations et 110 d'exportations).
En Annam et au Tonkin le phénomène est constant, et depuis de longues années les importations sont supérieures aux exportations (Annam 1900, importations 10 millions, exportations 6 millions et demi); Tonkin, importations 63 millions, exportations 38 millions.
C'est la conséquence de la densité relativement forte de la population de ces deux pays : ils consomment beaucoup, mais leur mise en valeur n'est pas assez avancée pour alimen-
(1) Importation des tissus en 1900, 47 millions de francs environ; importation des ouvrages et métaux, 33 millions de francs environ.
ter un commerce d'exportation proportionné à leur importance. Nous avons considéré uniquement le commerce extérieur, le commerce au long cours. Il se fait encore en Indo-Chine un commerce de cabotage très actif et dont l'importance s'accroît chaque année (109 millions en 1900). Enfin, un mouvement de transit encore peu considérable, mais que l'exécution des chemins de fer projetés ne peut manquer d'accroître dans de grandes proportions, s'effectue entre le Yun-Nan et la Chine, par le fleuve Rouge et le Tonkin.
Communications. — L'Indo-Chine est reliée à la France par deux compagnies de navigation françaises. Les paquebots des Messageries maritimes (lignes du Japon) vont de Marseille à Saigon en vingt-cinq ou trente jours; un départ tous les deux dimanches. La Compagnie nationale de navigation expédie de Marseille, le l*"" de chaque mois, un paquebot qui arrive à Saigon en trente jours environ.
Pour aller de Saigon au Tonkin, il faut : ou bien prendre le paquebot annexe des Messageries maritimes, qui part de Saigon trois jours après l'arrivée du courrier de France et arrive à Ilai-Phong en cinq ou six jours, après avoir fait escale à Nha- Trang, à Qui-Nhone et à Tourane (Hué); ou bien le paquebot de la Compagnie nationale, à son passage à Saigon.
La compagnie des Messageries maritimes a, en outre, un service commercial de Marseille à Saigon.
Deux compagnies locales assurent le service sur les fleuves et rivières de la colonie. La Compagnie des messageries fluviales de Cochinchine relie avec ses vapeurs tous les centres importants de la Cochinchine et du Cambodge. Elle a en outre un service sur bang-Kok et remonte le Mé-Kong jusqu'à Louang- Prabang (en pirogue depuis Vien-Tiane). Au Tonkin, les Messageries fluviales du Tonkin parcourent le delta et remontent la rivière Noire jusqu'à Cho-Bo, la rivière Claire jusqu'à Tuyen- Quan, le fleuve Rouge jusqu'à Lao-Kay, le Binh-Tay jusqu'à Lam.
Des services relient en outre le Tonkin à Pa-Koi et Hong- Kong et, depuis 1902, à Canton.
Le travail et la main-d'œuvre. — Parmi les multiples problèmes que soulève la mise en valeur du sol d'une colonie et son exploitation agricole, il n'en est guère qui présente autant d'intérêt que celui de la main-d'œuvre. Or, dans des pays où tout le monde est propriétaire et où chacun a sa vie assurée, si modeste qu'elle soit, il est souvent difficile de se procurer les
Colonies IL 3â
ouvriers nécessaires au défrichement, à la mise en culture, à l'entretien des concessions octroyées aux Européens. A première vue ces difficultés devraient, semble-t-il, être réduites au minimum dans un pays tel que l'Indo-Chine, où certaines régions sont extrêmement peuplées. Elles existent pourtant là comme dans la plupart de nos colonies, par suite d'un concours de circonstances particulières. Dans les régions très peuplées, là justement où il serait en apparence le plus aisé de recruter des ouvriers, les terres vacantes sur lesquelles puisse s'installer un colon à proximité de la main-d'oeuvre font presque totalement défaut. Le sol est tout entier occupé par les indigènes, qui s'ingénient à en utiliser les moindres parcelles; dans les régions moyennes de l'Annam et du Tonkin qui se prêtent le mieux à l'attribution de concessions territoriales, la population est au contraire très clairsemée et, suffisant à peine pour ses propres cultures, ne se résigne à louer ses services que dans la perspective de salaires relativement élevés. Il en sera tout autrement le jour, pas très lointain peut-être, où la multiplication des moyens de communication et la nécessité de se proaurer les ressources indispensables à la satisfaction de besoins nouveaux créés par notre influence décideront les habitants des districts surpeuplés des deltas à essaimer vers les régions voisines; mais, actuellement, les indigènes éprouvent une certaine répugnance à abandonner le canton, le village où ils sont nés et où ils ont vécu. Il se produit cependant au Tonkin, depuis quelque temps et sous l'influence du métayage, un léger mouvement de population vers la région moyenne, mais ce mouvement ne fait que commencer, et d'une manière générale la main-d'œuvre est difficile à trouver. Il en est de même en Cochinchine, où à plusieurs reprises les corps élus se sont préoccupés des difficultés que cette situation crée aux entreprises européennes.
La construction des chemins de fer, en exigeant le concours de travailleurs nombreux, ne peut que rendre encore plus difficile, au moins pour un temps, le recrutement des ouvriers agricoles. Aussi l'administration a-t-elle songé à favoriser le courant d'immigration asiatique déjà important qui se produit de Chine principalement vers la colonie, mouvement sur lequel on n'avait pas jusqu'à présent cherché à agir.
Chaque Asiatique étranger arrivant dans la colonie est soumis à une. taxe d'immatriculation et à une taxe personnelle dont le quantum varie avec la classe de la patente et, s'il y a lieu, le chifl're de l'impôt foncier. La cote minimum de cette base atteint dans certaines localités 12 piastres environ.
On a pensé que cette législation, établie dans un but purement fiscal, avait pour effet d'empêcher dans une certaine mesure l'immigration des travailleurs dont la colonie a besoin. A plusieurs reprises, les chambres de commerce et d'agriculture de la Cochinchine ont attiré sur ce point l'attention du gouvernement général, qui, à la suite d'un vote du conseil colonial (session ordinaire de 1900), a décidé, pour répondre à ces desiderata, d'exonérer les Asiatiques étrangers du payement de la taxe spéciale à laquelle ils sont soumis durant la première année de leur séjour dans la colonie.
Enfin, on se préoccupe de faciliter, par des mesures plus directes, le recrutement des travailleurs nécessaires à l'Indo- Chine. 11 est question de créer, dans l'île d'Haï-ÎS'an, où fonctionne déjà une agence allemande, un bureau d'émigration français.
Au Tonkin, l'arrêté du 26 août 1899 a fixé les conditions du contrat de travail entre patrons européens et ouvriers ou domestiques asiatiques. Tout indigène du Tonkin ou Asiatique assimilé, non citoyen français, majeur, travaillant comme domestique ou ouvrier des villes et des champs, pour le compte d'un Européen ou assimilé, et suivant un engagement verloal ou écrit, doit, aux termes de cet arrêté, se munir d'un livret. L'arrêté ajoute en outre au recours civil que le droit commun assure au patron, pour le garantir contre la mauvaise foi de son engagé, diverses sanctions pénales (1).
Charles Mourey.
RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ
Domaine national (V. t. !«', pp. 65-75). — Domaine public — Le domaine a été défini et réglementé en Indo-Chine par un arrêté du gouverneur général en date du 22 décembre 1899, qui divise le domaine national, dans les possessions françaises d'Indo-Chine, en domaine public et domaine privé (art. l""").
« Le domaine public se compose de l'ensemble des choses qui ont pour destination d'être asservies à f'usage ou à la protection de tous et sur lesquelles la puissance publique exerce sa souveraineté. » Il est inaliénable et imprescriptible.
(l) Une école d'agricultare a été fondée à Haé, en 1898, pour former aux procédés agricoles les jeunes indigènes annamites.
Domaine privé. — En ce qui concerne le domaine privé, l'arrêté du 22 décembre 1899 le subdivise en quatre catégories :
10 Domaine privé de l'Indo-Chine ou domaine colonial;
2° Le domaine privé de la Cochinchine et des autres possessions françaises de rindo-Cbine ou domaine local;
30 Le domaine privé des provinces ou domaine provincial;
40 Le domaine privé régulièrement organisé en municipalités ou domaine municipal (1).
Forêts. — Les bois et forêts font partie du domaine privé de l'Indo- Chine, ou domaine colonial, réserve faite des droits de propriété ou d'usage qui ont été régulièrement acquis avant la promulgation de l'arrêté ci-dessus du 22 décembre 1899, qui. détermine le domaine dans la colonie.
L'arrêté du 23 juin 1894, qui réglemente le service forestier de la Cochinchine, divise la colonie en cinq circonscriptions et soumet au régime forestier les forêts domaniales et les forêts qui sont la propriété des arrondissements, des communes et des particuliers, mais ces dernières sous certaines réserves. L'autorisation de défrichement ne peut être refusée que pour les bois dont la conservation est nécessaire :
10 Au maintien des terres sur les montagnes ou les pentes ; 2o à la défense du sol contre les érosions et les envahissements des fleuves, rivières et torrents; 3° à l'existence des sources et cours d'eau; 4° à la protection des dunes et des côtes contre les érosions de la mer et l'envahissement des sables ; 5° à la défense du territoire dans certaines parties de la zone frontière ; 6° à lâlealubrité publique.
Concessions. — Le régime des concessions de terres destinées à la colonisation se ressent, en Indo-Chine, de la diversité même des
(1) Le domaine public comprend les chemins, routes, rues et leurs dépendances; les chemins de fer et leurs dépendances; les cours d'eau navigables et flottables; les ports fluviaux et maritimes; les rivages de la mer et les étangs salés qui communiquent directement avec elle ; les fortifications et remparts des places de guerre ; les lignes télégraphiques et téléphoniques.
Le domaine privé de l'Indo-Chine ou domaine colonial comprend : 10 les immeubles affectés au gouvernement général et aux services généraux de l'Indo- Chine; 2» les terrains vacants et sans maîtres; 30 les successions sans héritiers ou abandonnées; 4» les lais et relais de la mer; 50 les bois et forêts, les mines et minières, etc.
Le domaine privé de la Cochinchine et des autres possessions françaises de rindo-Chine ou domaine local comprend : l* les biens meubles ou immeubles affectés aux services locaux; 20 les biens de toute nature acquis à titre gratuit ou onéreux au compte du budget local.
Le domaine privé des provinces ou domaine provincial comprend : i» les biens meubles ou immeubles affectés aux services provinciaux; 20 les biens de toute nature acquis à titre gratuit ou onéreux au compte du budget provincial.
Le domaine municipal comprend tous les biens appartenant aux villes érigées en municipalités et spécialement les édifices et bâtiments affectés aux besoins des services municipaux dont la propriété appartient aux villes par suite d'acquisition à titre gratuit ou onéreux, ainsi que les dotations qui peuvent leur être attribuées.
actes qui ont consacré la pri^e de possession et l'occupation du sol par la France.
En Cochinchine, terre de possession directe, l'attribution des concessions est réglementée par l'arrêté du 22 août 1882. Les terrains ruraux incultes (hors de la banlieue de Saigon) sont concédés gratuitement. Les concessions ne dépassant pas 20 hectares sont accordées par les administrateurs; les autres le sont par le conseil colonial. Les lots urbains, les terrains ruraux bâtis en culture ou complantés d'arbres, les terrains incultes de la banlieue de Saigon doivent être vendus aux enchères publiques. Dans les territoires où la propriété n'est pas reconnue, l'attribution des concessions gratuites au-dessus de 10 hectares est l'objet de l'arrêté du 15 octobre 1890. Enfin l'arrêté du 4 janvier 1894 a exonéré de l'impôt foncier les concessionnaires de terrains domaniaux.
Au Tonkin, pays de protectorat, la législation domaniale fut d'abord la législation annamite, modifiée par une série de conventions particulières passées entre l'administration française et le roi d'Annam. L'ordonnance royale du 3 octobre 1888 proclama le droit pour les Français de devenir propriétaires sur tout le territoire du Tonkin, d'après des règles qu'elle laissait au gouverneur général le soin de déterminer. Les arrêtés du 18 décembre 1896 pour les lots urbains et du 18 août 1896 pour les terrains ruraux ayant abrogé tous les actes antérieurs règlent aujourd'hui la matière. Les lots urbains sont vendus aux enchères publiques ou de gré à gré. Les terrains ruraux sont concédés gratuitement ; la concession est provisoire pendant cinq années durant lesquelles le concessionnaire est tenu de mettre les terres en culture. La concession ne devient définitive qu'au fur et à mesure de sa mise en valeur, par fractions de 10 hectares au minimum sur l'avis donné par une commission spéciale.
Les concessions provisoires dont la superficie ne dépasse pas 500 hectares sont accordées par arrêté du résident supérieur; au delà de cette superficie elles sont attribuées par arrêté du gouverneur général.
En Annam, c'est par une ordonnance royale du 17 septembre 1897 que les Français ont été autorisés à acquérir des terres dans tout le royaume; cette ordonnance laissant au gouverneur général toute liberté pour réglementer la matière, le régime des concessions a été fixé par l'arrêté du 28 avril 1899.
Des concessions de terrains domaniaux incultes, situés hors des centres urbains, peuvent être accordées aux Français qui en font la demande. La concession ainsi obtenue est provisoire et, comme au Tonkin, elle ne devient définitive que si le concessionnaire assure, dans des délais et des conditions soigneusement déterminés par l'arrêté du 28 avril, la mise en valeur d'une partie de la concession. En règle générale, les concessions ne peuvent comprendre plus de 500 hectares, mais une superficie égale peut être réservée dans les environs immédiats de la concession, suivant le désir du concessionnaire, pour lui être concédée à titre provisoire lorsqu'il aura rempli pour la première concession les conditions exigées. Toutefois des concessions d'une étendue supérieure à 500 hectares peuvent être accordées soit à des sociétés, soit à des particuliers ayant en vue une exploitation d'un caractère exceptionnel ou disposant de ressources considérables.
Au Cambodge, le régime des concessions a subi également les vicissitudes de nos relations politiques avec le souverain. Celui-ci, qui est en principe et d'après la loi cambodgienne le seul propriétaire du sol, avait consen ti, par une clause du second traité de protectorat (17 juin 1884), à faire cesser i'inaliénabilité des terres du royaume. Une ordonnance royale du 11 juillet 1897 ayant modifié en notre faveur le régime du protectorat et proclamé le droit pour tout habitant du royaume, à quelque race qu'il appartienne, de devenir propriétaire de terres du domaine, le régime des concessions, qui avait été fixé primitivement par un arrêté du 28 octobre 1884, a été remanié. Le texte actuellement en vigueur est l'arrêté du 26 août 1899, qui reproduit, dans ses données essentielles, les dispositions de l'arrêté du 28 avril de la même année relatif aux concessions de terrains à accorder en Annam, et que nous avons résumé ci-dessus.
Propriété privée. — En ce qui concerne la propriété indigène et notamment la propriété foncière, les origines n'en ont pas jusqu'ici été très bien élucidées. Cependant, de l'ensemble des travaux qui ont été faits sur cette question et de l'ensemble des observations qui ont été recueillies, il résulte que l'organisation de la propriété foncière a été la conséquence naturelle de la mise en vigueur dans le pays d'Annam des règlements chinois, plutôt que le produit de l'initiative des souverains annamites. Il en résulte également que, depuis les temps les plus reculés, les indigènes ont connu la propriété domaniale, la propriété communale et la propriété individuelle. On connaît le mode de création des villages dans tous les pays occupés par la race annamite. Quelques familles demandent à se grouper en une commune distincte, en s'engageant à payer tant d'impôts; autour d'elles se groupent peu à peu d'autres familles. Le pouvoir central accorde assez facilement les autorisations, mais sans renoncer jamais à son droit de contrôle.
Les fondateurs de village se partagent les terres cultivables et sont tous propriétaires. A eux s'adjoindront de nouveaux agriculteurs, dont le nombre s'accroîtra aussi de jour en jour, en raison du fractionnement incessant de la propriété, fractionnement qui s'arrête assez exactement au moment précis oîi chaque famille possède la part de rizières qu'elle est en mesure de cultiver. La propriété est très divisée dans ces pays, oil, dans chaque famille, à côté des biens communs et inaliénables, dont le revenu est affecté au culte des morts, chaque individu possède son lopin de terre, et où les femmes elles-mêmes peuvent devenir pro • priétaires.
Quant aux Européens, ils sont propriétaires soit en vertu d'actes de concession, soit par voie d'achat aux indigènes. La propriété européenne est soumise aux mêmes règles qu'en France et jouit des mêmes garanties. L'administration cherche à faciliter la délimitation des propriétés privées : c'est ainsi que, par une circulaire du lieutenant-gouverneur de la Cochinchine, en date du 20 février 1896, on met à la disposition des propriétaires, moyennant une somme modique, des bornes en granit destinées à assurer celte délimitation.
LA MISE EN VALEUR o03
TRAVAUX PUBLICS
Il n'y a pas très longtemps, tout ou presque tout, si l'on excepte les travaux d'irrigation — dont la nécessité pour la culture du riz a été comprise dès les premières années de l'occupation delà Cochinchine — était à faire en Indo-Chine. Au Cambodge et dans l'Annam central l'impuissance de notre protectorat ; au Tonkin la nécessité de consacrer à l'entretien de forces de police considérables la majeure partie des ressources locales, telles sont les difficultés qui avaient empêché l'exéculioo des travaux publics, même les plus urgents. Depuis quelques années les gouverneurs généraux qui se sont succédé à Saigon semblent avoir pris à cœur de regagner le temps perdu.
On a poursuivi la mise en état de navigabilité du Mé-Kong et du fleuve Rouge, la construction d'une jetée abri au cap Saint-Jacques, la construction de phares à Poulo-Obi et au cap Varella. En Cochinchine, on travaille au drainage de l'immense plaine des Joncs, où déjà des villages s'établissent, et de 1892 à 1896 on a creusé entre Bac-Lieu et Kamau un canal de 70 kilomètres de long. On a construit un grand pont métallique sur le fleuve Rouge devant Ha-Noï, un pont plus petit à Hué, etc. Enfin, on commencera bientôt la réalisation d'un programme important de travaux à exécuter dans les ports de Saigon et de Tourane pour les mettre en état de faire face au trafic déjà considérable qui s'y efl'eclue et qui ne manquera pas de s'accroître avec l'achèvement des chemins de fer en construction. A Saïgon, on doit construire un quai, des docks, des voies d'accès, établir des postes d'amarrage, etc.
On a fait beaucoup également pour les voies de communication. M. de Lanessan avait fait exécuter dans le delta du Tonkin, de 1892 à 1895, 500 kilomètres de routes, de 7 à 11 mètres de largeur. De son côté, M. Rousseau a employé près de 3 millions de francs à la création de routes dans les territoires militaires.
Personnel. — L'organisation du personnel des Travaux publics de rindo-Chine est réglée par deux arrêtés locaux en date du 9 septembre 1898 et du S4 décembre 1899. La solde et les accessoires de solde sont fixés par un arrêté du 11 octobre 1899.
Ce personnel comprend des cadres de quatre sortes : 10 Un cadre métropolitain détaché formé de fonctionnaires appartenant aux Travaux publics et mis à la disposition du département des Colonies; 2° un personnel d'officiers du génie détaché dans des conditions analogues; 3" un cadre local, recruté généralement en Indo-Chine même, soit parmi les agents du cadre métropolitain, soit parmi ceux du cadre auxiliaire; 4° un cadre auxiliaire (arrêté du 24 décembre 1899), composé d'agents de tous grades pris à l'essai pour six mois et qui, à l'expiration de cette période sont soit licenciés, dans le cas où ils ne sont pas reconnus aptes au service des travaux publics, soit, dans le cas contraire, admis dans le cadre local.
Expropriation. — Cochinchine. — Les règles relatives à l'expropriation pour cause d'utilité publique sont contenues dans le décret du 18 février 1878. Ce décret reproduit, dans ses parties essentielles, les dispositions du sénatus-consulte de 1856 (voir ci-dessus, la Réunion, p. 236). Il convient cependant de signaler certaines diiïérences relatives au mode de formation de la liste annuelle du jury. Celle-ci est formée de vingt membres désignés par une commission, présidée par le directeur de l'intérieur (aujourd'hui remplacé dans ces fonctions par le lieutenant-gouverneur) et composée de deux conseillers privés, titulaires ou suppléants, nommés par le lieutenant-gouverneur, et de deux membres de la chambre de commerce, élus par cette compagnie. Le jury spécial qui est pris sur cette liste est formé de cinq jurés titulaires et de deux jurés supplémentaires.
Annam et Tonkin. — L'expropriation est réglée en Annam et au Tonkin par le décret du 14 juin 1893, dont les dispositions sont pour la plupart empruntées aux lois et règlements qui régissent la matière en Cochinchine et dans les anciennes colonies. Ici, cependant, le jury général est formé de trente membres, désignés par une commission spéciale. Celle-ci, nommée par le résident supérieur, qui désigne lui-même son président, est composée des maires de Ha-Noï et de Haï-Phong, de deux membres du conseil de protectorat et d'un membre de chacune des chambres de commerce de Ha-No'i et de Haï-Phong.
Clieinins de fer. — Si les deltas du fleuve Rouge et du Mé- Kong sont pourvus d'un système de voies d'eau développé et se prêtant assez bien à la batellerie, î'Annam étend entre la Cochinchine et le Tonkin des milliers de kilomètres d'un pays accidenté dont les courtes vallées, perpendiculaires à la mer, se prêtent mal à l'établissement de relations commerciales du nord au sud.
Dans I'Annam et au Tonkin, nous n'avons en exploitation qu'une centaine de kilomètres de rails : la ligne de Phu-Lang-Thuong à Lang-Son, prolongée par ses deux extrémités, vers Ha-Noï d'une part, vers la frontière de Chine de l'autre. En Cochinchine, on a construit la ligne de Saïgon à My-Tho (70 kilomètres). La loi du 25 décembre 1898 a autorisé la colonie à entreprendre 1 600 kilomètres de voie pour la construction desquelles l'Indo-Chine a été autorisée à contracter un emprunt de 200 millions de francs. Ces 200 millions et ces 1 600 kilomètres seront approximativement répartis de la façon suivante :
Haï-Phong à Ha-Noï et Lao-Kay. . . .
Ha-Noï à Nam-Dinh et Vinh
Tourane à Hué et à Quang-Tri
Saïgon à Qui-Nhone par le I,ang-Bian.
My-Tho à Vinh-Long et Can-ïho . . .
La première de ces lignes, qui mettra le port du Tonkin en relations avec la frontière de Chine, doit se prolonger sur le territoire du Céleste- Empire par la voie ferrée de Lao-Kay à Yun-Nan-Sen dont la concession
400 kilom.
50 millions.
1 660 kilom.
196 millions.
nous a été octroyée par la convention franco-chinoise du 10 avril 1898. La loi du 5 juillet 1901 a approuvé la convention conclue par le gouvernement général de l'Indo-Chine pour la construction partielle et l'exploitation du chemin de fer du Yun-Nan.
Ces 1 600 kilomètres de chemins de fer ne doivent constituer que l'amorce d'un réseau plus étendu qui comprendrait, en outre des lignes que nous avons énumérées, d'une part des tronçons reliant entre elles les lignes Saigon — Qui-Nhone, Hué — Quang-Tri, Ha-Noï — Vinh, de manière à réunir par un grand transindo-cbinois le Tonkin à la Cochinchine, et d'autre part un certain nombre de lignes transversales de moindre importance qui mettraient en communication cette grande artère et le Mé-Kong à travers les cols les plus praticables de la chaîne annamitique.
l^dines. — La législation relative aux mines a été fixée en Annam et au Tonkin par le décret du 25 février 1897 qui décide que tout individu ou toute société peut se livTer librement à la recherche des mines dans les terrains domaniaux. Dans tout terrain libre de droits antérieurs, tout individu ou toute société peut acquérir par priorité d'occupation un droit exclusif de recherches en périmètre réservé. Ce dernier a la forme d'un cercle ayant un rayon maximum de 4 kilomètres.
Le droit d'exploiter une mine s'acquiert par voie de prise de possession dans les régions qui n'ont pas été affectées aux adjudications publiques, et dans les autres par voie d'adjudication. Tout propriétaire de mine doit verser une redevance annuelle de 1 franc par hectare pour les mines de houille et de 2 francs pour les autres. Cette redevance est doublée à partir de la cinquième année jusqu'à la dixième. Elle est triplée à partir de la dixième. En cas de non-payement aux époques fixées, la déchéance est prononcée.
RÉGIME ÉCONOMIQUE
Tarif douanier (V. 1. 1", pp. i05-121). — Le régime douanier de rindo-Chine est assez complexe. En vertu du principe de l'union douanière de la France avec ses colonies, les tarifs d'importation général et minimum établis par la loi du 11 janvier 1892 y sont appliqués, mais à ces deux tarifs le décret du 29 décembre 1898 a ajouté un tarif spécial à l'importation pour certaines marchandises d'origine étrangère, tarif qui exempte ou du moins soumet à un régime de faveur les produits destinés à composer l'outillage économique de la colonie, les produits alimentaires ou de première nécessité en usage chez les indigènes.
Le commerce chinois si important en Indo-Chine a été l'objet de la sollicitude des auteurs du décret du 29 décembre 1898.
Le régime douanier de l'Indo-Chine comprend enfin un tarif d'expor. tation. Ce tarif, fixé par un décret qui porte également la date du 29 décembre 1898, vise d'anciennes taxes locales différentielles, établies irrégulièrement et en excès de pouvoir.
La principale de ces taxes, qui frappait le riz, a été décomposée, et depuis la mise en vigueur du décret du 29 décembre 1898 le riz paye à sa sortie de la colonie : 1» un droit de douane de 0 fr. 32 à 0 fr. 76 les 100 kilogrammes; 2» une taxe locale représentative de l'impôt foncier variant de 0 piastre 12 à 0 piastre 19 par 100 kilogrammes.
Les taxes qui frappaient les autres marchandises ont toutes été converties en droits de sortie, mais il a été décidé, afin de favoriser le commerce avec la France, que les produits à destination de la métropole seraient exemptés de ces taxes. Le riz cependant doit acquitter, même quand il est expédié en France, la taxe représentative de l'impôt foncier qui est spéciale à cette denrée.
Institutions de crédit. — Le principal établissement de crédit de la colonie est la Banque de l'Indo-Chine (V. t. !«••, p. 119).
Quelques autres établissements de crédit fonctionnent en Indo-Chine. Nous citerons, indépendamment des nombreuses banques privées chinoises ou indiennes qui existent à Saigon et à Cho-Lon, etc., la Hong-Kong Shangai Banking corporation, la Chartered bank of India,\ai Chartered mercantile bank of India London and China.
Monnaies, poids et mesures. — La seule monnaie (l) ayant cours en Indo-Chine, comme du reste dans tout l'extrême Orient, est la piastre d'argent. L'importance des relations commerciales qui existent entre l'Indo-Chine et les pays qui Tavoisinent — tous pays à monnaie d'argent — rendent l'usage de la piastre obligatoire dans la colonie, et contraignent celle-ci à subir les conséquences de toutes les variations qu'a éprouvées le cours de ses monnaies et qui, en vingt-cinq années, ont fait tomber la valeur de la piastre de 5 francs à 2 fr. 50 (2). Il résulte de ces variations et de la différence qui existe toujours entre le cours officiel et le cours commercial de la piastre une gêne considérable pour le commerce.
Il y a deux variétés de piastres : la piastre mexicaine et la piastre de commerce française. Celle-ci est de plus en plus appréciée et tend à remplacer la piastre mexicaine sur le marché indo-chinois. La piastre se divise en cent parties, ou cents, dont la valeur réelle est de 2 centimes 1/2 environ.
La monnaie de billon la plus répandue pour les transactions entre indigènes, sur les marchés, est la sapèque, sorte de disque de cuivre ou de zinc, qu'un trou percé dans son milieu permet de réunir au nombre de 600 environ, en ligatures. Chaque ligature se subdivise en dix tiens de sapèques. La piastre vaut de 7 à 9 ligatures.
Quelques monnaies indigènes et notamment, en Annam et au Cambodge, le nén ou barre d'argent, sont encore en usage ; mais leur emploi se restreint de jour en jour.
(i) Décret du 5 juillet 1881, article premier et arrêté ministériel du 7 avril 1899. — Des arrêtés du gouverneur général fixent le taux officiel de la conversion de la piastre en francs.
(2) Sur la piastre, V. de Lanessan, l'Indo-Chine française, pp. 504-536.
LA MISE Ex\ VALEUR b07
Nous ne pouvons songer à dresser un tableau complet de tous les poids et mesures en usage dans les diverses régions de l'Indo-Chine française. Nous nous contentons d'indiquer les plus employés. L'unité de poids est le picul ou ta, qui est adopté par le commerce européen et chinois pour 60 kil. 400.
Poids :
Picul = 60 kil. 400
Cau = 0 » 604
Luong .... rr 0 » 37 gr. 750
Dong = 0 » 3 » 775
Phau = 0 » 0 » 3775
Mesures de capacité :
Hoc = 76 litres 226 (2 vuong).
Phuong, ou vuong, ou gid = 38 » 113 (13 thang).
Thang = 2 » 932
Bat = 1 » 270
Hap = 0 » 293
Thuoc = 0 » 029
Mesures de longueur:
10 Thuoc môc ou quan môc xich =: 0™,425
2° » dô ruông ou quan diên xich. . . =: 0",470 30 » vai ou quan phong xich =: 0™,644
Multiples du thuoc môc :
Nguoutâm = 5 thuoc môc =: 2"", 125 Truong . . =: 10 » » = 4'»,259
Sous-multiples :
Ly. . . = 0™,000425
Phau.. = 0n>, 00425 (l/lOO» du thuoc)
Tât . . = 0n>,0425 (l/tO« du thuoc).
Les proportions entre les multiples et sous-multiples du thuoc dô niông et du thuoc vai sont les mêmes.
Mesures agraires :
Mau (1 carré de 150 thuoc dô ruông de côté) = 49 ares 70 centiares 25; Sao (9 ngû ou tâm sur 10 de côté) = 4 ares 97 centiares 025; Thuoc (2 ngû sur 3 de côté) = 0 are 33 centiares 135.
Dads le but de soustraire la population à l'exploitation de certains trafiquants chinois habiles à profiter de l'incertitude de contenance des mesures de capacité indigènes, le gouverneur général a substitué en Cochinchine à ces dernières, depuis le l»' novembre 1899, les mesures de capacité française, dont l'usage est aujourd'hui obligatoire.
Charles Mourey.
VILLES PRINCIPALES
COCEINCHINE [\)
Saigon. — Capitale de la Cochinchine et de l'Indo-Chine, sur la rivière de Saigon, à 55 kilomètres de la mer et à 64 kilomètres N.-O. du cap Saint-Jacques; par ino46'40" de long. N. et 104°21'43" de long. E.
Population, 37 600 habitants. Européens (non compris les troupes de terre et de mer) : Français, 2 500; étrangers, 182. — Asiatiques: Indiens sujets français, 405 ; Annamites, 16 497 ; Cambodgiens, 58 ; Chinois, ISltS, etc.
La ville, toute moderne, est défendue par une citadelle, construite par des officiers français et agrandie depuis la conquête de l'Indo-Chine. C'est le port du Mé-Kong, situé sur la route de France en extrême Orient. Elle décrit un trapèze irrégulier formé à l'est par la rivière de Saigon, au sud-ouest par l'arroyo chinois, au nord-est par l'arroyo de l'Avalanche, et à l'ouest par le canal de ceinture. La rivière, en arc de cercle, est assez profonde, en amont des bancs de sable qui embarrassent son issue, pour admettre les navires du plus fort tirant d'eau. Saigon est à la fois un port de commerce, disposant d'un grand bassin de radoub et d'appontement pour les Messageries maritimes et la Compagnie nationale de navigation, et un port de guerre remarquable, doté d'un arsenal et servant de station à des canonnières, des torpilleurs et parfois des cuirassés.
Assainie et transformée par la France, Saigon a une physionomie absolument européenne : quais le long de la rivière et de l'arroyo chinois, larges boulevards, rues rectilignes, spacieuses, éclairées à l'électricité pour la plus grande partie et plantées d'une double rangée d'arbres, squares et jardins, parc ae la ville, jardin botanique aux allées ombragées, dont les pavillons renferment les types de la faune indigène (tigres, jianthères, éléphants, etc.), une superbe promenade dite « le Tour de l'Inspection ».
Parmi les nombreux monuments vraiment remarquables qui ornent la
(1) Population totale : 2 263 000 h.
Les 24 circonscriptions administratives de la Cochinchine sont :
1* Les arrondissements de Bac-Lieu, Ba-Ria, Ben-Tré, Bien-Hoa, Can-Tho, Chau-Doc, Cho-Lon, Gia-Dinh, Go-Cong, Ha-Tien, Long-Xuyên, My-Tho, Rach- Gia, Sa-Doc, Soc-Trang, Ta-Nan, Taï-Ninh, Thu-Dau-Mot, Tra-Vinh et Vinh-Long.
2» Les villes deSaïgon, Cho-Lon, Cap-Saint-Jacques.
3" Les îles de Poulo-Condor.
La Cochinchine est, dans lunité indo-chinoise, la province commerçante par excellence et ses ports sont appelés à devenir les entrepôts de l'extrême Orient.
Chacun des vingt arrondissements a pour chef-lieu la ville du même nom, sauf la province de Gia-Dinh, cap. Saigon.
Villes principales : Saigon, 37 600 h. ; Cho-L'^n, 163 000 h. ; Cap-Saint- Jacques ; — Ba-Ria, 33 626 h.; Bien-Hoa, 20 000 h.; Can-Tho ; — Chau-Doc, 3 000 h.; My- Tho, iiooo h.; Ha-Tien;— Rach- G ia, 6 000 h.;— Sa-Doc, 15000 h.; — Vinh-Long.
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ville, il faut citer le palais du gouverneur général, celui du lieutenantgouverneur de la Cochinchine, le palais de justice, le nouveau théâtre, l'hôtel des postes et télégraphes, la cathédrale, etc. L'artère la plus animée est la rue Câlinât; elle traverse la ville à peu près en son milieu, et c'est dans cette rue que sont groupés les principaux magasins et les plus élégantes boutiques européennes.
En résumé, tous ces monuments, ces jardins, ces fontaines, ces ombrages font de Saigon une ville belle entre toutes. La limpidité du ciel, la transparence de l'air, la magnificence des plantes et le coloris des fleurs gigantesques contribuent aussi à lui assurer une supériorité d'élégance, de gaieté et d'attrayant accueil sur ses rivales anglaises Aden, Colombo, Singapore, plus commerçantes peut-être, mais dépourvues de ses agréments pour le voyageur.
Résidence du* gouverneur général, Saigon est le siège du vicariat apostolique de la Cochinchine et d'une cour dappel, ainsi que le centre administratif des grands services généraux. Elle possède un observatoire, un collège, des écoles, des hôpitaux, des abattoirs.
Clio-IjOn {Grand Marché). — Municipalité sur l'arroyo chinois, au croisement du Lo-Gom et d'un canal, près d'une plaine appelée « la plaine des Tombeaux » ; après Saigon, le centre commercial le plus important de la colonie. Cette cité est d'ailleurs presque un faubourg de Saigon, dont elle est distante de 5 kilomètres seulement. Les deux villes communiquent par trois voies ferrées : le chemin de fer de Saigon à My-Tho, le tramway de la route haute et le tramway de la route basse. Elles sont également reliées par quatre grandes routes carrossables.
La population de Cho-Lon comprend 163 000 habitants : Français, 142 ; Annamites, 86 436 ; Chinois, 43 676 , etc. ; population flottante, 25 000.
Cho-Lon, par son aspect, est une ville chinoise, une agglomération d'échoppes, de hangars, de maisonnettes en briques et paillotte sur pilotis, de bateaux amarrés dans le courant. Mais, depuis la conquête, la ville asiatique a été en grande partie rebâtie, pavée, assainie. Des ponts nombreux, très élevés, font communiquer les rives des canaux, où des quais» bordés de belles maisons, s'alignent sur un parcours de plusieurs kilomètres. Les rues sont très animées par le va-et-vient d'une foule au costume bariolé.
L'industrie la plus importante est la manipulation du riz destiné à l'exportation. Indépendamment de sept usines à vapeur pour décortiquer le paddy et blanchir le riz, Cho-Lon possède tous les genres de commerce et d'industrie : briqueteries, poteries, verriers, tanneurs, teinturiers, tailleurs de pierre, ouvriers d'art, sculpteurs, etc. A signaler également d'importantes scieries de bois et de nombreux chantiers de radoubeurs et constructeurs de jonques.
Le Cap-Saint-Jacques. — La ville du Cap-Saint- Jacques, à 64 kilomètres S.-E. de Saigon, est -un chef-lieu d'arrondissement et une commune autonome. C'est le poste avancé de la Cochinchine, la clef de la défense indo-chinoise.
VILLES PRINCIPALES 511
Le Cap-Saint-Jacques est le véritable sanatorium de la Cochinchine : son climat, tempéré par les brises de la mer, permet aux convalescents de rétablir leur santé compromise à la ville ou dans les postes de lintérieur.
Le Cap-Saint-Jacques est pourvu de deux plages superbes, dont l'une n'a pas moins de 20 kilomètres de long, et la mer vient s'y briser au pied de collines hautes de 150 mètres. Un bôpital et un hôtel y sont installés. Un phare y a été élevé et la Compagnie Eastern a fait du Cap- Saint-Jacques le point d'atlerrissement de ses câbles. Une jetée-abri de 750 mètres a été construite au Cap ; elle permettra aux barques en détresse de trouver un refuge certain dans la baie.
Ba-Ria. — Ancien chef-lieu de l'arrondissement du Cap-Saint- Jacques. Site montagneux très pittoresque. Population, 33 626 habitants.
De nombreuses salines alimentent de leur précieux produit une grande partie de la Cochinchine et du Cambodge. Ba-Ria est relié à Saïgon par un service journalier de diligences et par un service bi-hebdomadaire des Messageries fluviales. Distance de Saigon : 78 kilomètres.
Bien-Hoa. — Cette ville, au nord-est de Saïgon, sur le Don-NaT, dans une région boisée, a une citadelle qui commande la rivière. Population, 20 000 habitants.
Exploitation forestière; culture de la canne à sucre; excellentes pierres de construction. Commerce actif.
Can-Tho. — Très jolie ville, sur la rive droite du fleuve Postérieur, magnifiques rues, quais plantés de manguiers, grands magasins chinois La population est presque exclusivement annamite, quelques marchands indiens. Une trentaine d'Européens. Le trajet du chemin de fer projeté de My-Tho à Pnom-Penh passe par Can-Tho.
Parmi les services publics installés dans cette ville il convient de citer : le bureau télégraphique, l'école d'arrondissement, plusieurs écoles cantonales, le tribunal de 1" instance, l'entrepôt des douanes, la distillerie et les entrepôts subordonnés.
Chau-Doc. — La plus belle ville du Bassac; chef-lieu d'arrondissement; citadelle. Population, 3 000 habitants.
Des quais de 5™,20 de haut assurent la ville contre les inondations du fleuve. Elle a 2 kilomètres de longueur sur 600 mètres de profondeur. Elle communique avec Ha-Tiên par le canal de Vinh-Te et avec le fleuve Antérieur par le canal de Vinh-An. Nombreux marchés. Appontement et service des Messageries fluviales.
Ha- Tien. — La ville de Ha-Tiên, à la frontière du Cambodge, date d'un siècle et demi environ : c'est un port de barques ot arrivent les produits du Cambodge, de Bang-Kok et de Singapore. La baie est de 1 400 hectares environ : un fort la commande et la protège du côté de la mer. Ha-Tiên est située sur le golfe de Siam, à 250 kilomètres de Saigon*
512 L'INDO-GHINE FRANÇAISE
c'est le centre d'un grand mouvement commercial. Le chiffre de la population est très peu élevé relativement aux autres postes de la Gochincbine.
My-Tho. — Port fluvial, à 70 kilomètres S.-E. de Saïgon, à 37 kilomètres de la mer sur la rive gauche du bras septentrional du Mé-Kong. Population, 27 000 habitants environ.
Ville charmante, formée de deux villages, Dien-Hoa et Binh-Tao, elle communique avec Saïgon et le delta du Don-Naï par l'arroyo de la Poste, canal navigable. C'est un port de cabotage et le point de passage de tout le commerce de la Cochinchine entre le Cambodge et l'Annam. Tête de ligne du chemin de fer de Saïgon à My-Tho. Tribunal de !'•'= instance. Collège. Hôpital.
Rach-Gia. — Ancienne colonie chinoise du xviii» siècle, la ville de Rach-Gia est située au fond d'une baie sur le golfe de Siam, à l'embouchure du canal de Long-Xieng. Population, 6 000 habitants. Marché important. Fort magnifique. Rade immense, mais trop exposée. Le commerce est actif entre Rach-Gia, Bang-Kok et la côte de Malacca.
Vinli-IjOiig. — Chef-lieu d'une ancienne province fertile en riz et surnommée elle-même « le jardin de la Cochinchine », la ville de Vinh- Long est située sur le Mé-Kong (jonction des quatre bras) à 120 kilomètres S.-O. de Saïgon et à 40 kilomètres en amont de My-Tho. Elle a un bel aspect : rues, routes et quais magnifiques. Poste très salubre et marché très important. La ville est desservie par un service quotidien de bateaux des Messageries fluviales.