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Les premières navigations françaises vers l'A-mérique. — S'il est impossible daffirmer que les irarins français sont, avant l'année 1492, parvenus sur les rivages orientaux du nouveau monde, du moins est-il permis de dire qu'ils se sont, avant cette même date, lancés sur les routes qui y menaient, et. ont parfois songé à entreprendre des voyages de découverte. Au temps du roi Louis XI, ils se rendent aux îles du Cap-Vert et vont y chercher un remède sûr contre la lèpre, c'est-à-dire le sang des grandes tortues qui y vivaient alors ; à la même époque, ils connaissent les parages de l'Islande et y recueillent les traditions des marins du Nord, qui peuvent suggérer à quelques-uns d'entre eux, tels que le corsaire breton Coetanlenfi — comme ils ont pu contribuer à suggérer à Christophe Colomb — le désir d'exécuter des explorations du côté de l'Ouest. Nos marins sont-ils dès lors en possession du « secret de Terre-Neuve » ? Rien ne permet de le dire, et rien non plus ne permet de tenir pour authentique la découverte de la côte du Brésil par le Dieppois Jean Cousin en l'année i488.
A Christophe Colomb revient donc toujours le mérite d'avoir vraiment découvert le nouveau monde, et non pas seulement celui de l'avoir définitivement introduit dans le cercle des connaissances géographiques. Nos compatriotes n'ont fait que le suivre sur les côtes du continent américain ; mais du moins l'y ont-ils suivi très vite : dès les dernières années du xv» siècle, en effet, ils connaissent la route du Brésil et rapportent de ce pays des bois de teinture, du coton et des perroquets. Le voyage du navire VEspoir en 1504 n'est nullement un fait isole, et le capitaine Binot Paulmier de Gonneville est seulement un des premiers
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parmi les navigateurs français qui, jusqu'à la fin du xvi« siècle, ont visité les côles du Brésil. Non moins nombreux sont ceux de nos marins qui ont, dès le début du même siècle, gagné les parages de Terre-Neuve et s'y sont livrés à la pêche de la morue.
Les Français au Canada au XVI« siècle. — Ainsi, grâce à l'audacieuse inilialivc des navigateurs français, notre pavillon a flotté sur les mers américaines dès le premier quart du xvi" siècle. Quelques années plus tard, le Florentin Jean Verrazano, chargé par la cour de France de chercher à travers le continent un passage vers les riches contrées de l'Asie orientale, l'a promené- officiellement le long des côtes actuelles des États-Unis. Malheureusement, il n'a pas pu faire davantage, et c'est seulement après l'année 15A0 que le sire de Roberval tenta de fonder une première colonie française en Amérique. Il l'établit à l'entrée du Canada, sur les rives du grand fleuve Saint-Laurent, exploré par Jacques Cartier dans les deux expéditions de 1534 et 1535-1536 jusqu'au Saut Saint-Louis, quand il cherchait à son tour un chemin vers la Chine ; mais la mésintelligence qui semble avoir alors existé entre Jacques Cartier et Roberval, l'abandon de ce dernier par son « capitaine général et maître pilote », le mauvais recrutement des colons amenés de France au fort de Charlesbourg-Royal, la rigueur de l'hiver de 1542-1543, empêchèrent Jean-François de La Roque de faire œuvre de colonisation. L'issue lamentable de cette tentative, mal conçue et très mal dirigée, dégoûta le roi François I" de nouveaux essais du même genre, et seuls la famille de Jacques Cartier et les Malouins continuèrent, semble-t-il, pendant tout le cours du xvi" siècle, de fréquenter l'estuaire du Saint- Laurent et de trafiquer avec ses sauvages habitants. Ils le firent sans chercher à intéresser la cour à leur entreprise, et c'est aussi sans y être encouragés par le gouvernement que des navires sortis des différents ports du royaume ne cessèrent, à la même époque, de se rendre en très grand nombre dans les parages de Terre-Neuve.
Les Français au Brésil au XVI« siècle. — Le Brésil fut également, au cours du xvi« siècle, très visité par les marins français. Les mesures draconiennes prises à partir de 1523 par les rois de Portugal pour se réserver le monopole du commerce de ce pays n'en écartèrent ni les navires de Jean Ango, le riche et puissant armateur dieppois, ni ceux d'autres armateurs normands et bretons. Forts de l'amitié des indigènes, qui ne craignaient pas de se rendre en France avec eux, nos marchands s'aventuraient à l'intérieur de la contrée, vivant de la vie des sauvages et parfois contractant mariage avec les Indiennes. Aussi songèrent-ils, vers le milieu du siècle, à fonder au Brésil des établissements durables.
Des din"érentes tentatives faites dans ce sens, la plus importante est celle que dirigea Villegagnon en 1555. Après avoir exécuté l'année précédente une reconnaissance préliminaire du côté du cap Frio, ce chevalier de Malte, qui était en même temps échanson du roi Henri II, retourna au Brésil avec des compagnons recrutés un peu partout, et
fonda dans une des îles de la baie de Ganabara (la baie actuelle de Rio de Janeiro) un fort autour duquel se {i^roupa bieiilôt une véritable colonie française. Coligny voulut alors faire de ce point de la « France antarctique » un lieu de refuge pour ses coreligionnaires, une « nouvelle Genevre » ; de là des dissensions intestines qui, beaucoup plus que les fautes de Yillegagnon, facilitèrent la prise du fort Coligny par les Portugais. Ce malheureux événement n'entraîna d'ailleurs pas la ruine immédiate des autres établissements français ; plus d'une fois même, avec le secours des Tupinambas, leurs alliés, nos aventuriers passèrent de la défensive à l'offensive, et firent subir aux Portugais de sérieux échecs. Toutefois, à partir de 1568, il ne subsista plus une seule forteresse française au Brésil, et nos marins ne tardèrent pas à cesser de fréquenter les côtes méridionales de ce pays.
Les protestants de la Floride. — Le gouvernement, dont les guerres religieuses retenaient alors exclusivement l'attention, ne fit rien pour défendre contre les Portugais les pionniers français du Brésil ; il ne protégea pas davantage contre la haine nationale et religieuse des catholiques espagnols les colons protestants que Coligny, reprenant son idée antérieure, avait en 1564 envoyés dans la « Caroline » sous la conduite de Ribaut et de Laudonnière, après avoir, deux ans auparavant (1562), vainement tenté un premier établissement à Charlesport, à l'embouchure de la Rivière de May. Jaloux des relations cordiales qui, là comme au Brésil, s'étaient rapidement nouées entre les indigènes et les Français (1), plus jaloux encore de la création de cette nouvelle colonie, les Espagnols ne la tolérèrent pas plus que les Portugais n'avaient accepté une tentative analogue de Villegagnon au Brésil. En 1565, ils détruisirent le fort Caroline et en massacrèrent les défenseurs, puis égorgèrent froidement Ribaut et la plupart de ses compagnons, après leur avoir promis la vie sauve. Le gouvernement français ne chercha pas même à venger cette abominable tuerie, qui serait demeurée impunie si un simple gentilhomme catholique, Dominique de Gourgues, n'avait réussi en 1568, avec l'aide des indigènes du pays, à punir les assassins mêmes de ses compatriotes : aux mêmes arbres où avaient été pendus ces derniers, il pendit leurs bourreaux, « ne leur faisant cecy comme à Espaignols..., mais comme à traistres, voleurs et meurtriers ».
Ainsi fut donnée satisfaction à l'opinion publique exaspérée ; mais personne, dans les années suivantes, ne tenta de fonder en Amérique le moindre établissement durable, si bien qu'un siècle après la découverte du nouveau monde, au début du règne de Henri IV, la France ne possédait encore aucune colonie sur les rivages occidentaux de l'Atlantique.
(1) La jolie miniature reproduite page 525 et dont l'auteur est Jacques Lemoyne de Mourgues, le dessinateur attaché par Laudonnière à l'expédition de 1564, fournit une preuve de ces bons rapports. Elle montre Laudonnière et ses compagnons amenés par le chef indien Satouriona devant le pilier de pierre aux armes de France que Ribaut avait dressé en Floride plus de deux ans auparavant De cette colonne hexagone, qu'ils avaient entourée de fleurs et de feuilles, au pied
Fondation par Clianiplain de la colonie de la Nouvelle-France. — Dès le temps de Henri III, il est vrai, des lellres patentes avaient autorisé le marquis de La Hoche à occuper le pays concédé jadis à Roberval par François I»""; mais il faut atteindre les toutes dernières années du xvi" siècle pour voir La Roche, ie capitaine honfleurais Chauvin et le sieur de Chastes essayer successivement en vain de fonder une colonie au Canada. En 1604, le sieur de Monts et son lieutenant Champlain, forts de l'appui du roi, réussirent à établir un comptoir dans la baie de Port- Royal en Acadie ; mais c'est seulement un peu plus tard en 1608, que fut créé à Québec un établissement vraiment durable. Grâce à l'énergie de Champlain, la petite colonie de la Nouvelle-France ne se laissa décourager ni par la mort de Henri IV, ni par l'indifférence de la cour, ni par l'hostilité des Indiens ; elle lutta désespérément en 1629 contre les Anglais, qui s'emparèrent néanmoins de Québec, mais qui durent (au traité de Saint-Germain) restituer ie pays à la France, et elle se remit ensuite, sous l'intelligente et habile impulsion de Champlain, nommé par Richelieu gouverneur de la contrée, à cultiver et à mettre en valeur le Canada.
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