SAMUEL DE CHAMPLAIN
Xjes premiers établissements français aux Antilles. —
Au début du xviie siècle, les Français ont encore tenté avec des succès divers de s'établir dans d'autres parties du nouveau monde. Si, jusqu'en 1615, ils ont vainement essayé de fonder une colonie dans l'ile de Maragnan, sur ces côtes septentrionales du Brésil que fréquentaient encore nos marchands, — à partir de 1625 ils ont réussi (Belin d'Esnambuc) à occuper solidement quelques points de ce qu'on appelait alors le « Pérou », sur les conGns orientaux de mers où les Espagnols
de laquelle ils avaient déposé • force petits paniers de mil, du maïs, des calebasses, un arc, etc. >, les indigènes avaient fait l'ubjet d'un véritable culte, et la minialure de -Jacques Lemoyne en fournit la preuve autant que le tct'c môme de Laudonnièrc. (Acad. det intcript., 4 janvier 1901, communication du D' E.-T. Hamy.)
avaient eu souvent à lutter contre nos flibustiers dès le milieu du XVI» siècle. Cette heureuse tentative, au succès de laquelle s'est, de très bonne heure, vivement intéressé Richelieu, plaça sous le pavillon fleurdelisé plusieurs des petites Antilles (Saint-Christophe, la Guadeloupe, la Martinique, la Dominique) et en fit presque aussitôt de véritables colonies; elle eut pour complément l'occupation temporaire, dès 1626, de certains points de la « terre ferme » sur la côte de la Guyane.
Les colonies françaises d'i^mérique entre 16-43 et 1661. — Grâce à ses multiples efl"orts, dus à l'initiative privée, mais intelligemment encouragés par le cardinal de Richelieu, la France possédait déjà dans le nouveau monde, à la mort de ce grand ministre, un véritable empire colonial dont la Nouvelle-France, plusieurs Antilles et la Guyane, constituaient les difl'érentes parties. Malheureusement, les dissensions intestines de la métropole pendant la minorité de Louis XIV et le peu d'intérêt porté par Mazarin aux entreprises coloniales entravèrent alors le développement de nos possessions américaines, dont Fouquet ne s'occupa un instant que pour des raisons purement personnelles ; aussi entre 1643 et 1661 fut-ii impossible aux Français de s'établir d'une manière stable dans la « France équinoxiale » ou Guyane ; aux Antilles, l'œuvre des colonisateurs normands subit à tout le moins un temps d'arrêt, et le Canada, l'Acadie, continuèrent à végéter comme ils le faisaient depuis la mort de Champlain (1635).
Le situation était donc fort loin d'être brillante au moment où commença le règne personnel de Louis XIV, et où Colbert devint réellement, sinon officiellement, ministre des Colonies.
Xja Compagnie des Indes occidentales de 1664.
— Aux entreprises d'intérêt municipal ou provincial qu'avaient été les nombreuses compagnies de commerce et de colonisation fondées au temps de Henri IV et de Louis XIII (G'" des Cent Associés, de Guyane, des îles d'Amérique, etc.), Colbert, convaincu que la politique coloniale doit être avant tout commerciale, substitue dès 1664 deux grandes Compagnies nationales privilégiées, disposant de capitaux considérables, pouvant armer de véritables flottes de guerre et de commerce, énergiquement soutenues et surveillées de près par l'État, qui travailleront au développement des colonies déjà existantes et à la fondation de nouveaux établissements. L'une de ces deux compagnies fut celle des Indes occidentales ; maîtresse de l'océan Atlantique, elle devait, dans l'esprit de Colbert, « administrer et exploiter, au profit exclusif de la France, nos colonies d'Amérique, et recruter en même temps, par la fondation de nombreux établissements sur les côtes occidentales de l'Afrique, les travailleurs nécessaires à la" prospérité de nos Antilles » (Pigeonneau).
Mal renseigné sur l'état des esprits et des intérêts au Canada et aux Antilles, Colbert n'avait pu se rendre compte que la création de la Compagnie des Indes occidentales allait à rencontre même du but qu'il poursuivait ; les faits lui en fournirent la preuve. Ni aux Antilles, ni au Canada, en efl'et, la population n'accueillit favorablement les agents de la
Compagnie, qui dut dès 1668 abandonner à peu près complètement le commerce de l'une et de l'autre de ces colonies, et se borner à transporter quelques cargaisons d'esclaves, de bestiaux et de bœuf salé. Un peu plus tard, convaincu que la guerre avec l'Angleterre, puis avec l'Espagne n'était pour rien dans cet état de choses, Gqjbert se mit à lentement préparer (dès 1669) la dissolution de la Compagnie des Indes occidentales, dont le privilège fut officiellement révoqué, et le capital remboursé aux actionnaires au mois de décembre 1674.
Les colonies françaises d'Amérique « colonies royales » ; leurs progrès jusqu'à la mort de Colbert.
— Appliquant dès lors de nouveaux principes de gouvernement aux colonies de peuplement et de culture que sont les Antilles et le Canada, Colbert fait de toutes les possessions françaises de l'Amérique autant de colonies royales, et il les administre de la manière la plus libérale, en ne se préoccupant pas seulement des questions commerciales, mais encore de tous les grands intérêts, de tous les problèmes multiples et complexes de la colonisation. Exclusion des étrangers, mais liberté pour tout le reste, — liberté de culture, liberté d'industrie, liberté de commerce, — liberté de conscience pour les protestants et les juifs, bonne justice et bonne police, voilà en quelques mots le programme de Colbert dans les colonies royales à partir de 1674.
Les résultats obtenus furent merveilleux. En 1683, à la mort de Colbert, l'établissement de la Guyane, définitivement occupée depuis 1664, est relevé ; la plus grande partie de Saint-Domingue, Tabago, la Dominique, etc., sont venus augmenter les possessions françaises des Antilles, dont la population a doublé, oii la culture de la canne à sucre, du tabac, du cacao a pris une remarquable extension, dont 150 navires de 150 à 500 tonneaux fréquentent annuellement les ports ; au Canada, oii l'autorité du clergé (et surtout des missionnaires jésuites) a été progressivement limitée, la population a quintuplé (grâce à la venue du régiment de Carignan Callières, etc.), les Iroquois ont été vaincus et contraints de faire la paix, enfin a commencé une intelligente exploitation de la contrée. En même temps de vaillants pionniers colonisent Terre-Neuve, et d'aventureux coureurs des bois parcourent les vastes territoires qui finissent aux eaux de la baie d'Hudson, ou explorent les immenses solitudes de la Louisiane, dont Colbert, en protégeant le Rouennais Cavelier de La Salle, prépare l'acquisition par la couronne.
Les explorations de Cavelier de La Salle (1669-
168*7). — Bien que depuis 1639 on connût l'existence des vastes territoires situés à l'ouest de la Nouvelle-France, l'attention ne s'était pas encore portée plus loin que les grands lacs, sur les bords desquels les missionnaires jésuites avaient établi leurs postes les plus avancés. Cavelier de La Salle lui-même, arrivé au Canada en 1666, avait débuté par faire quelques voyages dans le nord du pays ; mais il ne tarda pas à comprendre quel intérêt présentaient les explorations du côté du sud et du sud-ouest ; peut-être, dans cette direction, Irouverait-oa le passage
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toujours cherché vers la mer du Sud et les rivages orientaux de l'Asie. Voilà pourquoi, dès 1669, Cavelier de La Salle dirigea ses courses de ce côté. Un premier voyage le mena jusqu'aux grands lacs en compagnie des sulpiciens Dollier et Gallinier, puis seul jusqu'à l'Ohio, et le rapprocha du Mississipi, sur les rives duquel il parvint peut-être un peu plus tard (1671-1673) ; puis il repassa en France, tandis que Louis Jolliet et le P. Marquette, poursuivant le même but que lui, atteignaient le Mississipi en descendant le Wisconsin, suivaient le fleuve lui-même jusqu'à son confluent avec l'Arkansas par 33° de latitude N., et revenaient au Canada
Vue de Québec. — Cartouche placé au bas d'une carte de 1688.
en déclarant que le Mississipi se jetait dans le golfe du Mexique, et non — comme l'avaient espéré l'intendant Talon et Cavelier de La Salle luimême, — dans la mer Vermeille (golfe de Californie).
C'est ce que confirmèrent les explorations postérieures efl'ectuées par Cavelier de La Salle à partir de 1679; dès 1680, le persévérant voyageur était parvenu par la voie du Wisconsin sur les rives du Mississipi, dont il fit explorer la même année le cours supérieur par le P. Hennepin ; mais il ne put lui-même en effectuer la descente qu'à la fin de l'année 1681. Alors, sur de frêles canots faits en écorce de bouleau, ses compagnons et lui parvinrent jusque dans un pays inondé, — le delta du fleuve, — et constatèrent que l'embouchure du Mississipi « s'avançait beaucoup en mer, faisant de chaque côté une chaussée ». Ainsi se trouvait démontrée l'exactitude de l'opinion de Louis Jolliet; le 9 avril 1682,
après avoir érigé au point où il s'arrêta une croix aux armes du roi, Cavalier de La Salle rebroussa chemin.
Le récit de cette nouvelle expédition n'ayant pas trouvé en France, où l'explorateur s'était rendu en personne, toute la créance qu'il méritait, une contre-épreuve s'imposait : Cavelier de La Salle proposa lui-même à Colbert de gagner par mer l'embouchure du Mississipi, puis de remonter le fleuve et d'y construire un fort capable de dominer le pays. Seignelay lui ayant fourni la flottille qui lui était nécessaire pour réaliser ses plans, le voyageur normand s'embarqua et se dirigea vers le golfe du Mexique. Malheureusement, il dépassa l'embouchure du Mississipi et, mal secondé par le capitaine du Joly^ M. de Beaujeu, et par d'autres officiers de marine, il ne put plus la retrouver. Après cinq semaines de recherches infructueuses, Beaujeu débarqua Cavelier de La Salle et 120 hommes environ sur la côte marécageuse et inhospitalière du Texas, et les y laissa sans vivres, sans munitions, sans navire pour reprendre la mer. Deux ans plus tard, quelques compagnons de l'explorateur rouennais, aigris par les privations qu'il leur avait fallu supporter, exténués par des excursions pénibles et infructueuses pour retrouver le chemin de la Nouvelle-France, assassinaient leur chef qui continuait avec persévérance à rechercher les rives du fleuve qu'il avait naguère descendu jusqu'à la mer (19 mars 1687).
Les successeurs de Colbert compromettent son oeuvre. — Les levés exécutés par Beaujeu lui-même après l'abandon de Cavelier de La Salle avaient, dans l'intervalle, justifié les affirmations de l'explorateur et la confiance que Colbert, puis Seignelay lui avaient témoignée. Il ne restait plus qu'à mener à bonne fin les projets formés par l'infortuné voyageur.
Malheureusement, les circonstances ne permirent pas de coloniser la Louisiane, c'est-à-dire la vallée du Mississipi, comme il eîit été nécessaire de le faire pour enserrer efl'ectivement la Floride espagnole et les petites colonies britanniques de la Nouvelle-Angleterre entre l'océan Atlantique et les possessions françaises ininterrompues de l'Acadie, du Canada et de la Louisiane elle-même. Les deux guerres de la ligue d'Augsbourg et de la succession d'Espagne, l'avènement de ministres sans grande envergure d'esprit, véritables commis qui ne comprirent pas la politique coloniale de Colbert et en prirent peu à peu le contre-pied tout en prétendant l'appliquer, empêchèrent la France et même le Canada de tirer de la nouvelle acquisition territoriale tout le parti utile. Les mêmes raisons, auxquelles il convient d'ajouter la funeste révocation de l'édit de Nantes, entravèrent l'essor de nos possessions américaines, de la Guyane aussi bien que des Antilles françaises. Alors furent insultées toutes nos colonies; alors (dès 1690) fut très sérieusement menacée Québec par les habitants de la Nouvelle-Angleterre, inquiets du développement de la Nouvelle- France; alors (en 1696) fut volontairement évacuée la petite île de Sainte- Croix dans les Antilles ; alors enfin l'Acadie fut conquise par les Anglais (1710), malgré les efforts de Saint-Castin et du brave Subercase, gouverneur de Port-Royal.
Les concessions territoriales des traités d'Utrecllt. — Toutefois, ni les Acadiens, ni leurs frères de la Nouvelle- France ne considéraient cette conquête comme définitive lorsque Louis XIV, pour détacher l'Angleterre delà troisième coalilion et obtenir sûrement la paix, consentit des sacrifices territoria,ux au nouveau monde. Il ne se borna pas à renoncer à ses prétentions sur les « terres appelées du Cap du Nord et situéfes entre la rivière des Amazones et celles du Japoc ou de Vincent-Pinçon », et à reconnaître la neutralité de Sainte- Lucie ; il lui fallut encore, aux Antilles, abandonner Saint-Christophe à l'Angleterre, et, dans l'Amérique du Nord, lui céder l'Acadie « en son entier, conformément à ses anciennes limites..., l'isle de Terreneuve avec les isles adjacentes..., la baye et le détroit d'Hudson avec toutes les terres, mers, rivages, fleuves et lieux qui en dépendent et qui y sont situez ». L'Angleterre autorisait, il est vrai, les marins français à pêcher et sécher le poisson « depuis le lieu appelé Cap de Bona Vista jusquà l'extrémité septentrionale de ladite isie, et de là en suivant la partie occidentale jusqu'au lieu appelé Pointe Riche », et reconnaissait à la France la possession de « l'isle dite Cap-Breton et toutes les autres quelconques situées dans l'embouchure et dans le golfe du Saint-Laurent,... avec l'entière faculté au Roy T. C. d'y fortifier une ou plusieurs places » ; mais elle n'en devenait pas moins la maîtresse des abords du golfe du Saint- Laurent, isolait la Nouvelle-France de sa métropole et investissait étroitement le Canada, en attendant qu'il fût possible de le conquérir (1713).
Les colonies françaises au début du règne de Louis XV. — Ainsi se trouva notablement réduit, dès le début du xviiio siècle, l'empire colonial français fondé en Amérique au cours du siècle précédent; mais les cessions territoriales imposées à Louis XIV par l'Angleterre à Utrecht ne semblent nullement avoir arrêté l'initiative des colons français du Canada ou des Antilles. Quanta la Louisiane, c'est le pays dont Law (à qui le Régent l'a abandonnée) fait miroiter les merveilleuses richesses, devant les actionnaires de sa compagnie de commerce. Si aucune des expéditions envoyées alors à la recherche des mines d'or n'est parvenue à en trouver, du moins la Nouvelle-Orléans est-elle fondée en 1717, et la Louisiane commence-t-elle à se peupler; peut-être même les cultures auraient-elles pris dans le pays une réelle importance si un soulèvement très sérieux des tribus indiennes (Natchez, etc.) n'était venu en 1729-1731 compromettre l'existence même de la colonie, décourager les directeurs de la Compagnie des Indes, héritiers des territoires naguère concédés à la Compagnie de Law, et accroître le discrédit dans lequel l'opinion publique française tenait le Mississipi depuis l'avortement des projets du banquier écossais. Aussi la Louisiane, redevenue colonie royale, ne fit-elle plus, malgré les découvertes des Varennes de La Vérandrye (Montagnes Rocheuses), que végéter sous la domination française.
Tout autre est la situation du Canada. Pendant la longue péi-iode de paix qui s'étend de 1713 à 1744, la colonie prend un réel essor; alors double la population de la Nouvelle-France (les 25 000 habitants recensés
en 1721 sont 55 000 en 1744), alors sont exécutés, pour le plus grand bénéfice de l'agriculture, des défrichements considérables, alors M, de Vaudreuil essaye de donner au commerce un certain développement. En même temps, la place forte de Louisbourg, fondée (1720) dans la partie orientale de l'île Royale, commande le golfe du Saint-Laurent et coupe les communications de i'Acadie et de Terre-Neuve ; d'autre part, plusieurs forts construits sur les bords des grands lacs assurent les communications entre les « pays d'en haut » et la Louisiane, et interdisent l'expansion vers l'ouest aux colons de la Nouvelle-Angleterre.
Quant aux Antilles françaises, encore languissantes en 1720, elles sont entrées tout à coup dans une période de prospérité et de richesse incomparables, et dès lors y apparaissent nettement les contrastes sociaux si bien et si brièvement résumés à la fois dans le dicton célèbre : « Nos Seigneurs de Saint-Domingue, Messieurs de la Martinique, les Messieurs de la Guadeloupe. » Ces nuances, actuellement si atténuées, sinon totalement effacées dans les Antilles françaises, n'empêchent nullement nos colonies de prendre un merveilleux essor; à Saint-Domingue, à la Martinique, à la Guadeloupe existent de véritables villes, peuplées de plusieurs milliers d'habitants; partout les plantations (canne a sucre, café, tabac) sont admirables, et le commerce de la France se développe d'une façon continue. Seule, l'ancienne « France équinoxiale », la Guyane, demeure à l'écart de ce mouvement, oubliée, incapable de se développer avec ses propres ressources ; son état de stagnation contraste péniblement avec l'essor que prennent les îles à la même époque, essor que surveillent les Anglais avec inquiétude et jalousie.
La guerre de succession d'Autriclie. — Aussi, dès que la France fait cause commune avec l'Espagne, à qui l'Angleterre a déclaré la guerre en 1739, nos navires marchands sont-ils capturés dans les mers des Antilles; et quand, en 1744, les hostilités s'engagent ouvertement entre les deux pays, nos colonies ont-elles à repousser les attaques répétées des Anglais, qui s'emparent du fort d'Oyapock à la Guyane, dès 1744, de l'île Royale et de Louisbourg dans l'Amérique du Nord en 1745. Mais le traité d'Aix-la-Chapelle ayant stipulé que la France et l'Angleterre se restitueraient mutuellement toutes leurs conquêtes en Asie et en Amérique, Anglais et Français se sont trouvés à la fin de l'année 1748 dans la même situation qu'au commencement même des hostilités.
Hostilités en pleine paix. — En réalité, cette situation était intolérable pour les populations de la Nouvelle-Angleterre, et la paix d'Aix-la-Chapelle ne pouvait être qu'un armistice; le gouvernement français ne le comprit pas et ne sut pas profiter du répit qui lui était accordé pour mettre le Canada en état de repousser victorieusement les attaques des Anglais. Il se contenta d'y faire passer quelques renforts tout en transmettant au ministère anglais force mémoires sur les points dont le traité de 1748 avait réservé le règlement, c'est-à-dire la question des frontières de l'Acadie et de la Nouvelle-France, celle des limites entre la Nouvelle-Angleterre et la Louisiane, enfin, aux Antilles, celle des
« îles neutres » (Sainte-Lucie, Tabago, la Dominique, Saint- Vincent). Mais le gouvernement de George II, décidé à recommencer la guerre, ne tint aucun compte des droits ni des revendications de la France; et, aux Antilles, les colons anglais continuèrent à lutter contre les colons français des « îles neutres », tandis que, dans l'Amérique du Nord, les habitants de la Nouvelle-Angleterre travaillaient à séparer l'une de l'autre les colonies du Canada et de la Louisiane en s'emparant de la vallée de la Belle-Rivière, de l'Ohio. Plus d'une fois déjà, les Indiens alliés des deux nations européennes en étaient venus aux prises sans que le gouvernement de Louis XV voulût ouvrir les yeux à l'évidence quand l'assassinat du parlementaire français Jumonvillepar "Washington, dans la vallée de rOhio (1754), fournit une preuve indéniable du dessein poursuivi par les Anglais. Peu de temps après, la capture par l'amiral Boscawen, sans déclaration de guerre, de 300 navires marchands français, l'abominable déportation des 7 000 Acadiens qui avaient refusé de prêter serment de fidélité au roi d'Angleterre, marquèrent le début véritable d'une nouvelle guerre anglo-française : la guerre de Sept ans.
La guerre de Sept ans ; perte de la Nouvelle- France. — Malheureusement, au lieu de donner à cette guerre maritime et coloniale toute l'attention convenable, au lieu de concentrer sur elle tout l'effort du pays entier, le gouvernement français se laissa entraîner dans une guerre continentale et prit parti pour l'Autriche contre la Prusse, prodiguant en Allemagne, pour résoudre la question de laSilésie, ses ressources en hommes et en argent, tandis qu'il laissait, en ne secourant pour ainsi dire pas les colonies, perdre l'empire de la mer et du monde. En soutenant énergiquement ses sujets du nouveau monde dans leur lutte contre les Anglais, en leur fournissant les troupes nécessaires pour repousser l'invasion ennemie, Louis XV eût conservé à la France une situation prépondérante dans toute la partie septentrionale du continent américain; pour ne pas avoir voulu agir ainsi, il a causé l'anéantissement de la domination française dans toute l'Amérique du Nord.
Quant à nos colons, ils se sont partout défendus avec une admirable énergie.
Dès l'année 1755, avant la déclaration officielle de la guerre par conséquent, les habitants de la Nouvelle-France avaient repoussé du fort Duquesne le général Braddock, et arrêté une armée ennemie sur les bords du lac Saint-Sacrement ; ils firent mieux encore quand le marquis de Montcalm eut amené de France, en 1756, quelques maigres renforts. Les forts Ontario et Oswego sont enlevés dès cette année même, et du fort Duquesne les Indiens alliés pénètrent dans la Nouvelle- Angleterre et y font d'affreux ravages. En 1757, le fort "William-Henry ou fort George, situé à la tête du lac Saint-Sacrement, est pris à son tour par les Canadiens, qui, par leur vaillance, suppléent avec succès au petit nombre des soldats réguliers (ils n'étaient pas 6 000 hommes en tout) et à leur dénuement.
Mais une telle résistance ne pouvait pas se prolonger indéfiniment; quand, en 1758, les Anglais, après avoir organisé dans la Nouvelle-An-
gleterre une armée de 30 000 hommes, firent envahir la Nouvelle-France par 45 000 combaltanls. La prise de Louisbourg ouvrait aux envahisseurs le grand chemin de Québec, le Saint-Laurent, tandis qu'ils occupaient enfin dans l'ouest la vallée de l'Ohio et s'emparaient du fort Frontenac, sur les rives du lac Ontario; ils furent arrêtés en amont du lac Champlain, au fort Carillon, par Montcalm (8 juillet).
Toutefois la route de l'intérieur du pays demeurait ouverte; en 1759, une flotte anglaise remonta le Saint-Laurent et transporta sous Québec une puissante armée que commandaitle général Wolf. Vaincu à Montmorency, Wolf remporta dans les plaines d'Abraham une victoire qui lui coûta la vie, mais entraîna la capitulation de la capitale du Canada.
Montcalm,mortellement blessé le 13 septembre, eut du moins la satisfaction de ne pas voir les Anglais maîtres de Québec. Quelque désespérée que fût la situation, les Canadiens ne se découragèrent pas. Sous la conduite du chevalier de Lévis, ils battirent les Anglais à Sainte- Foye et faillirent leur reprendre Québec en 1760. Mais l'arrivée d'une flotte anglaise de secours les obligea à rétrograder jusqu'à Montréal; cette ville , investie par plus
de 20 000 hommes de troupes régulières et par une formidable artillerie, capitula le 8 septembre 1760. au grand désespoir de Lévis, qui, malgré la faiblesse de ses forces, voulait encore essayer de conserver à la France le Canada.
Tandis que succombait ainsi, après une glorieuse résistance, la colonie de la Nouvelle-France, les Antilles françaises devenaient aussi la proie des Anglais. Jusqu'en 1759, elles avaient résisté à toutes les