M. GUILLAIN
M. DECRAIS.
(1er novembre 1898.)
(23 Juin 1899.)
Phot. Eiig. Piroa.
Phot. Eug. Pirou
la direction des colonies à été constituée définitivement en administration autonome par décret du ii janvier 1885, sans cesser toutefois de relever de ce département.
Elle en a été distraite une troisième fois pardécrctdu 14 mars 1889 pour être rattachée au ministère du Commerce et de l'Industrie. Klle a fait retour une fois encore au déparlement de la Marine (décret du 12 juillet I89ï), mais elle n'a pas tardé à en être séparée une quatrième fois, avec nouveau rattachement au ministère du Commerce et dellndustrie (décret du i" janvier 1893;.
Une loi du 20 mars 1894 a érigé l'administration des Colonies en ministère.
LES CARRIERES COLONIALES
A mesure que des connaissances plus précises sont partout en France distribuées largement sur notre domaine d'outre-mer, le nombre des vocations coloniales s'accroît; l'idée d'une expatriation aux colonies, jadis associée à celle d'une sorte de déchéance sociale, est aujourd'hui plus justement appréciée et l'on voit chez nous des mères de famille qui acceptent et qui demain conseilleront le départ de leurs fils. Devant l'encombrement des carrières libérales, alors que dans l'industrie même, dans le commerce et l'agriculture, les concurrences font bais>ier le taux des revenus, beaucoup de jeunes gens, et non plus seulement des ratés sur le retour, demandent à s'instruire pour se faire plus tard une place dans nos colonies. Comment y pourront-ils réussir?
La plupart de nos colonies, situées sous des latitudes tropicales, ne se prêtent pas au peuplement par les Européens; le Tell de l'Afrique du Nord, la Nouvelle- Calédonie et les archipels du Pacifique, peut-ôtre que'ques districts intérieurs du Laos, voire de Madagascar font S'uls exception; d'où la nécessité, pour quiconque se destine à la vie coloniale, sous quelque forme que ce soit, de se renseigner exactement et de se préparer avant de partir.
Cette première observation en amène une autre : puisque les Européens ne peuvent pas peupler nos colonies, ils doivent régler leur établissement en fonction des indigènes acclimatés qui seront leurs indispensables auxiliaires; loin de les détruire, si sauvages que les premiers contacts nous les montrent, il faut au contraire les élever jusqu'à nous, les améliorer peu à peu, les former à une conception, souvent très neuve pour eux, de la propriété et du travail, et cependant respecter le plus strictement possible leurs coutumes et leurs croyances. Ainsi notre œuvre coloniale est vraiment civilisatrice et bienfaisante.
Ce n'est pas toujours sans luttes que nous prenons possession de nouveaux territoires; mais notre arrivée met un terme aux dissensions qui sont le lot ordinaire des peuples barbares ; les guerres d'appropriation que nous dirigeons contre eux sont donc des guerres finales. Ceci posé, l'évolution progressive des pays occupés par nous commence par le rétablissement de la paix sociale; de là procèdent les développements ou la renaissance des activités indigènes, agricoles et commerciales, industrielles parfois; nous encourageons cette renaissance par l'outillage économique du pays; alors des Européens viennent se fixer parmi les indigènes pour diriger des plantations, des entreprises commerciales, des industries locales; les relations avec la métropole et l'étranger se multiplient. A chacun de ces termes correspondent des emplois coloniaux pour des Européens, fonctionnaires et non-fonctionnaires ; étudions successivement les principaux.
Les fonctionnaires sont nombreux dans les colonies françaises ; trop nombreux, assurent les critiques les moins pessimistes. Ceci est vrai surtout de nos vieilles colonies, presque assimilées à des départements français. Mais nous devons remarquer que des tendances moins routinières apparaissent et que l'on commence à comprendre, pour résumer la situation en un mot pittoresque de
LES CARRIÈRES COLONIALES 79o
M. Jonnart, que, dans les colonies, il faut • mettre les sous-préfets à cheval ■.
Nous ninsisieroas pas ici sur les fondions que l'on peut exercer indifféremment en France ou hors de France et dont les titulaires ne font qu'effleurer les colonies; ils ne communiquent pas avec les indigènes, dont presque tous ignorent les langues ; ils traversent notre domaine, souvent promenés à grands frais d'un hémisphère à l'autre, et certains rapportent de ces voyages des titres qui leur ouvrent plus larges les portes des services métropolitains.
Mais il est, à côté de ces fonctions, dont les colonies ne sont que le lieu d'exercice temporaire, des carrières publiques plus véritablement coloniales, vers lesquelles se dirigeront les amis des colonies, nous voulons parler surtout de l'armée et de l'administration. Le rôle de l'armée coloniale sera de moins en moins de faire la guerre ; mais la vie des soldais et officiers coloniaux est toujours pleine daventures et d'imprévu : il n'en est pour ainsi dire aucun qui ne soit appelé à des emplois où il doit faire acte d'initiative personnelle. Officiers et sousofficiers blancs, parfois de simples soldats, sont investis dune autorité et dune responsabilité bien supérieures à celles de leur grade en France ; aidés de leurs • tirailleurs » indigènes, ils font, an hasard des nécessités journalières, tous les métiers : ils tracent des routes, lancent des ponts, construisent des postes pour eux et leurs hommes, lèvent la carte de leur cercle, prospectent des mines, tentent des essais agricoles. Comme tous, dans ces armes, courent les mêmes risques, il ne faut pas compter sur les bonnes fortunes extraordinaires des vainqueurs de Samory et de Rabah ; la seule ambition que l'armée coloniale ne trompe pas est celle de la dépense de soi-même.
Nous en dirons autant des administrateurs coloniaux. Comme les officiers en pays de conquête récente, ils sont en contact immédiat avec les indigènes partout où l'autorité française parait suffisamment assise pour que le régime ci^'il soit substitué au militaire ; leur tâche est aussi complexe, aussi variée, quelquefois plus dangereuse, car ils sont exposés, sans la protection de troupes régulières, à des retours de barbarie soudains et cruels; dans certaines colonies (Indo-Chine, Madagascar, Côte d'Ivoire, Dahomey, Congo), ils ont à leur disposition des forces de police appelées milices indigènes et que commandent des gardes et inspecteurs, généralement anciens sous-officiers ou officiers de l'armée active.
Les administrateurs coloniaux sont répartis entre toutes nos colonies par le ministre, suivant les besoins du service ; mais l'habitude prévaut de plus en plus de les affecter exclusivement à tel ou tel groupe; l'École coloniale a dès maintenant deux sections spéciales : indo-chinoise et africaine ; ceux des élèves qui satisfont aux examens de sortie sont nommés sans autre épreuve; on s'attache à leur donner une exacte connaissance du milieu indigène dans lequel ils exerceront leurs fonctions ; ils sont encouragés par des primes à l'étude et la pratique des langues locales.
Chaque colonie tend à employer, indépendamment des administrateurs coloniaux, qui peuvent servir dans toutes, des fonctionnaires spéciaux, dont le mode de recrutement n'est pas encore partout fixé ; nous citerons, par exemple, le personnel des services civils de l'Indo-Chine, celui des contrôles de la ITunisie, ou encore le < cadre auxiliaire des travaux publics > en Indo-Chine. Ainsi l'ancienne théorie du bloc colonial est de plus en plus abandonnée; c'est dire que les candidats, surtout s'ils pensent se trouver en contact avec des indigènes, doivent de bonne heure choisir leur colonie.
Ouvrons ici une parenthèse pour parler d'un service qui est à tort, selon nous, placé parmi les coloniaux, l'administration pénitentiaire. Elle comporte un nombreux personnel d'employés des bureaux et des pénitenciers. Longtemps indépen. dante en fait des gouverneurs de la Guyane et de la Nouvelle-Calédonie, elle leur sera de plus en plus nettement subordonnée. L'École coloniale offre des cours particuliers aux jeunes gens qui se destinent à l'administration pénitentiaire; ceux qui sortent brevetés sont nommés sous-chefs de bureau après un an de atage colonial.
Entre les fonctionnaires et les colons proprement dits, nous devons réserver une place à des spécialistes que les pouvoirs publics appelleront souvent à leur aide, mais que leur formation technique ne préparera pas exclusivement au rôle de fonctionnaires, nous voulons parler des médecins et des agents de cultures» Les médecins sont parmi les meilleurs pionniers do la colonisation ; non seulement ils exercent leur art en faveur des Européens fixés aux colonies, et pour la plupart ignorants des exigences de l'hygiène locale, mais encore leur action est essentiellement civilisatrice parmi les indigènes. Au Tonkin, à Madagascar, des écoles pratiques de médecine ont été ouvertes pour les indigènes ; on n'y professe pas des cours de haute science, mais on apprend aux auditeurs les rudiments d'une thérapeutique appropriée au climat; même pour les médecins européens fixés dans ces colonies, nous estimons que ces cours ne seraient pas inutiles.
Mais il faut que la métropole fournisse un enseignement particulier aux étudiants en médecine qui ont l'intention de s'établir aux colonies. Bordeaux possède depuis quelques années une école d'État, l'École du service de santé de la marine, dont les élèves sont répartis à la sortie entre la marine et les colonies ; tout récemment, la Faculté de médecine a institué, sous le patronage de l'Institut colonial de Bordeaux, un cycle complet d'études théoriques et pratiques que couronne la délivrance d'un diplôme de médecin colonial; les jeunes gens de rÉcole de santé navale qui optent pour les colonies suivent ces cours, ainsi que des auditeurs libres, dont plusieurs docteurs en médecine de France et même de l'étranger. A Marseille, des études de médecine coloniale ont été organisées par les soins de M. le D' Heckel, bien connu comme directeur-fondateur du Musée et de l'Institut colonial de cette ville ; là aussi plusieurs cours sont professés par des maîtres de talent, et les élèves do cet enseignement offriront à nos colons et administrateurs des garanties d'indiscutable compétence. Nous pouvons ajouter qu'à Paris même le projet d'un Institut de médecine tropicale, lancé par l'Union coloniale française, a été favorablement accueilli des savants comme des coloniaux.
Il est admis, depuis peu de temps, que nos colonies, suivant un mot qui a fait fortune, sont entrées dans l'âge de l'agriculture; il est donc nécessaire de les munir d'un personnel qualifié pour diriger cette croissance agricole. Or, jusqu'ici, dans les jardins d'essais de nos colonies, parmi des fonctionnaires d'ordres divers, sans excepter ceux de l'instruction publique, on pouvait bien découvrir quelques spécialistes, mais qui s'étaient élevés par leur propre expérience, non sans des hésitations et des tâtonnements parfois coûteux pour l'État. On s'efforce aujourd'hui, notamment au Jardin colonial de Vincennes, de former plus méthodiquement des agents de cultures compétents.
Les colonies, quoi qu'en pensent certains administrateurs qui ont la terreur du « colon », ne sont pas faites pour les fonctionnaires. Si les fonctionnaires administrent les colonies, après que l'armée les a conquises, c'est pour que d'autres compatriotes viennent s'y établir, avec chance d'y trouver, par le travail et la persévérance, l'aisance, sinon la fortune. Les professions libérales seront représentées dans nos colonies à proportion que les Européens y seront plus nombreux. Toutes, même les plus jeunes, possèdent des hommes de loi qui ne sont pas des hommes d'afi'aires; mais il est évident que ces situations, celles du moins qui comptent, sont assez rares et qu'un jeune licencié en droit serait fort imprudent de s'en aller à l'aventure ouvrir un cabinet à Hano'i ou même à Tunis. Les médecins, ceux surtout que leurs études auront préparés à exercer aux colonies, eront plus recherchés et trouveront des clients parmi les Européens commes parmi les indigènes. On peut aussi prévoir quelques emplois, publics ou privés, pour des interprètes, élèves de l'École des langues orientales vivantes (où l'on