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LES CARRIÈRES COLONIALES

enseigne notamment l'arabe) ou formés par l'expérience dans nos diverses colonies. Nous rangerons les missionnaires parmi les coloniaux des professions libérales. l,a France doit au dévouement de ses missionnaires une part notable de son influence au dehors, et quiconque a détenu chez nous un pouvoir responsable a, quelles que fussent ses convictions personnelles, soutenu l'action de nos missions lointaines. Il est clair d'ailleurs que le zèle des missionnaires ne rencontre pas le même accueil chez les indigènes de toutes nos colonies, si bien que, dans certaines, il a fallu renoncer à tout prosélytisme purement religieu.x : ainsi la prédication chrétienne ne mord pas sur le musulman ; les conversions que l'on cite sont des exceptions très rares; les religieux qui sont aujourd'hui hxés en pays mahométans se bornent à un enseignement technique et professionnel, sans chercher à faire des néophytes.

C'est sur les populations de l'extrême Orient que devraient porter de préférence les efforts de nos sociétés de missions : on a observé l'inébranlable fidélité des convertis annamites et chinois, par lesquels les religieux ont été toujours informés de ce qui se tramait autour d'eux ; les Chinois étant la race la plus active de l'extrême Orient, celle qui s'insinue partout, jusque dans les plus sauvages replis de notre haut Laos ou du Thibet, nons pouvons considérer que la diffusion du christianisme parmi eux sert immédiatement nos intérêts nationaux.

Mais la plupart des Français qui se fixent aux colonies n'or.t ni le goût ni l'occasion d'exercer des professions libérales ; la grande majorité feront choix de carrières que l'on pourrait appeler économiques ; ils arriveront après les soldats, les administrateurs et les missionnaires. En ce moment même, les travaux des routes et des chemins de fer en occupent un grand nombre dans toutes nos colonies nouvelles; beaucoup de ces employés aux travaux publics sont, il est vrai, des fonctionnaires, car la construction en régie est le procédé le plus volontiers adopté. Les situations ainsi offertes à certains de nos compatriotes sont pour la plupart provisoires; en entrant dans ces entreprises, il faut donc ou bien se dire d'avance qu'on n'y cherche que des avantages temporaires, ou bien profiter de son séjour dans la colonie pour en étudier les ressources en vue d'un établissement nouveau.

Nous ne parlerons pas ici des impuissants qui songent aux carrières coloniales lorsqu ils en ont vu plusieurs autres se fermer devant eux et qui sont disposés à faire aux colonies n'importe quoi, du commerce, de l'agriculture, de l'administra-, tion. Aller ailleurt, faire autre chose, voilà tout ce qu'ils désirent. Que vaudront, expatriés sous des climats dont ils ne soupçonnent pas l^s exigences, ces hommes sans caractère, dont la compétence universelle se réduit à se sentir déclassés partout? Lear intérêt, celui des colonies mêmes, commande qu'on les décourage : partis quand même, ils viendraient, après une série de déceptions, solliciter un emploi public quelconque, et finalement un passage pour rentrer en France.

Mais la France a d'autres colons que ceux-là, des candidats qui se proposent un objet précis, qui ont préparé leur départ en conséquence et qu'il convient, par conséquent, de soutenir par tous les moyens. Quelques colonies, nous l'avons vu, permettent à l'Européen un établissement agricole ; il achètera ou obtiendra par concession tine terre et pourra travailler le sol, avec les membres de sa famille, à l'instar des paysans de France. Cette colonisation agricole et familiale est possible en Algérie, en Tunisie et en Nouvelle-Calédonie. En Algérie, plus de 300 000 Français de race sont fixés aujourd'hui ; parmi eux, beaucoup sont des cultivateurs de profession, par lesquels s'opère l'auto-recrutement des colons algériens. En Tunisie, le peuplement français est moins avancé, et quelques-uns s'inquiètent de ce qu'ils nomment « le péril sicilien ». Dans cette colonie comme en Algérie, et sous réserve de certains procédés particuliers d'acquisition, des terres cultivables sont offertes aux paysans français. Certes ils n'y trouveront de trésor

caché, suivant la fable de La Fontaine, que celui qu'ils y auront eux-mêmes enfoui par leur travail; mais un capital modeste, évalué à 5 000 francs, leur permettra au bout de peu d'années de vivre beaucoup plus largement qu'en France ; s'ils ne possèdent pas en propre ce capital, ils pourront l'emprunter à des conditions acceptables et deviendront petit à petit propriétaires en même temps qu'ils s'acquitteront de leur dette. Il y a là d'ingénieuses combinaisons de métayage dont nous ne pouvons ici donner les détails, mais qui tendent à faciliter suivant les meilleurs principes démocratiques la colonisation agricole de notre Afrique du Nord.

En Nouvelle-Calédonie, le peuplement français a été longtemps entravé par la présence du bagne ; l'administration pénitentiaire n'envoie plus de condamnes dans cette île et, sous les auspices de l'Union coloniale française, un contingent notable de familles rurales françaises sont aujourd'hui établies sur ce sol au climat tout océanique,- fertile et bien arrosé. Les premiers colons se sont sans doute trop exclusivement attachés à la culture du café, plante dont la baisse en Europe, s'ajoutant aux difficultés locales qu'explique l'indigence de la main-d'œuvre, a retardé le succès de plusieurs ; mais ces expériences n'ont pas été inutiles et la crise paraît conjurée. La Nouvelle-Calédonie possédant des mines très riches, des ouvriers mineurs français y trouveraient de bons salaires, avec la faculté d'y acquérir une habitation et un lot de terre. Plusieurs groupes sont déjà partis. Dans nos colonies de l'Afrique du Nord, au contraire, les mineurs français viendraient en concurrence avec les Italiens et les indigènes, qui se contentent d'un très faible salaire et ne seraient embauchés que comme contremaîtres (l).

Mais dans la plupart de nos colonies, le travail « à l'européenne » est interdit ànos émigrants, en raison du climat. Quelles seront donc leurs occupations? L'idée qui se présente à l'esprit la première est de faire l'exportation en Europe de certaines denrées indigènes ; ainsi, pour ne rien dire de l'ancien trafic des noirs, le Sénégal exporte la gomme, les colonies du golfe de Guinée, l'huile et les amandes de palme ; on demande du caoutchouc à l'Asie tropicale, comme à l'Afrique et à l'Amérique... A l'user, la remarque s'impose très vite que le commerce ne suffit pas; tel qu'il était jadis pratiqué, il n'était autre chose qu'un pillage des richesses naturelles, un sacrifice de l'avenir au présent, et la vérité s'affirme que tel n'est pas le moyen de faire des indigènes une clientèle. Même au Sénégal, qui paraît entre toutes une colonie de commerce, la transformation des indigènes n'a commencé que du jour où quelques Bordelais les intéressèrent à une culture, celle des arachides; de même, la prospérité de l'Indo-Chine est liée au progrès de la culture et du commerce du riz.

Enrichissons donc les indigènes, et ce sera possible surtout en les engageant à travailler leur sol. Des employés de commerce sont nécessaires, et le nombre en croît sans cesse, pour les maisons qui se fondent ou se développent, mais il faut encore autour d'eux des colons qui donnent l'e-temple aux indigènes, qui les dirigent, qui leur enseignent comment ils peuvent améliorer en même temps les rendements de leur sol et leur condition personnelle ; d'autres s'attacheront à | guider les aptitudes naturelles de certaines races pour divers travaux indus- ' triels et nous comptons bien que la législation douanière de la métropole saura les encourager tous. i

Or c'est une erreur de croire que l'on peut s'improviser, sous le bénéfice seul du caractère et de l'intelligence, industriel, planteur, voire commerçant aux colo- | nies. Plus les jeunes seront munis de bonne heure d'un bagage de solides con-

(1) On peut s'adresser, pour obtenir des documents précis sur ces divers modes d'établissement au Service des renseignements généraux de l'Algérie (Palais-Royal, Paris), à l'Office colonial (même adresse), k l'Union coloniale française (+4, Chaussée-d'Antin, Paris), au Comité Dupleix (26, rue de Grammont, Paris), au Comité du peuplement français à Tunis, etc..

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