LA GUYANE
frère du futur ministre, eut mission d'organiser l'expédition ; on envoya à l'avance vivres, médicaments, outils, etc., et des ouvriers pour préparer des logements. É
Peu de temps après, onze navires avec le fort de l'expédition partirent sous la conduite de M. de Champvallon, lieutenant de Turgot, mais, arrivés sur les à l'embouchure du Kourou, rien ne les attendait. De logements point, on ne s'en était pas soucié ; vivres et médicaments avaient été avariés pendant la traversée. Exposés comme ils étaient au soleil terrible, ainsi qu'aux pluies torrentielles des tropiques, sans nourriture convenable e: souvent sans eau, il n'est pas étonnant qué ces malheureux aient été terri-
blement décimés par la d terie et la fièvre, ces deux uses de la mort. En quelques mois, 13,000 individus moururent.
Les convois arrivaient coup sur coup, et personne ne songeait à porter remède à cet état de choses ; la faim, le d s” ve étaient partout, et pendant ce temps, M. hampvallon, en vrai courtisan de Louis XV, montait un théâtre et faisait jouer des comédies. En fait de commerce, il organisait des étalages de marchandises européennes, et dans ce pays de soleil cherchait à vendre des patins. C'était l'incurie la plus honteuse, la plus scandaleuse.
Lorsqu'en France on cette nouvelle, ce fut une consternation. Le Chevalier de Turgot qui avait ac la direction de l'expédition,
dorés de Versailles, s'empressa
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mais qui jusqu'alors n'avait pain ie salons partir enfin:
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Il révoqua M. de Champvallon, il est vrai, mais cela ne fit pas revivre ceux qui étaient morts, et ne rendit pas à notre Colonie la prospérité perdue. Ce fut un grand désastre dont la Guyane à souffert longtemps et souffre encore aujourd'hui.
Quelques années plus tard, en 1776, on envoya comme Gouverneur. de la Guyane un jeune homme d'une haute valeur, nature ardente, intelligence supérieure, et chose plus rare peutêtre, serviteur consciencieux et dévoué de son pays ; il se nommait Malouet.
Ce jeune gouverneur se lia d'amitié avec un ingénieur appelé Guizau, homme capable de le comprendre et de le seconder. Ensemble ils firent non seulement de sages et de beaux projets, mais des études sérieuses sur le pays. Leur préoccupation principale était l'agriculture, «car, disait Malouet, la Guyane devrait à elle seule nourrir la Mère Patrie, » Il introduisit de nouvelles cultures, améliora celles qui existaient. et proposa un grand nombre de réformes utiles que malheureusement il ne put pas appliquer, son gouvernement n'ayant duré que deux ans.
Après lui Bessner, puis Villebois, firent de | sérieuses tentatives de colonisation, mais l'une et ! l'autre demeurèrent sans résultat. ]
Puis vint la Révolution de 89, dont la répercussion ébranla notre Guyane, comme tout le reste de notre France occidentale. L'abolition subite de l'esclavage paralysa tout essor ; tout travail dut s'arrêter faute de bras.
Un-grand nombre de condamnés politiques furent à ce moment envoyés à la Guyane, où pres-
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que tous t misérablement. Parmi les proscrits de Fructidorsetrouvaient 2 directeurs, 53 députés et plus de 500 royalistes, tous hommes qui avaient Eau aloes méné une vie facile, à qui aucun confort n'avait manqué,et beaucoup d'entre eux n'étaient plus jeunes et n’avaient plus cette force, qui triomphe des privations et des climats.
On d ua nos malheureux compatriotes sur les rives de la Sinnamary, et au bout de quelques moïs seulement, les deux tiers d’entre eux étaient morts — morts de privations et de tristesse autant que du climat.
Ceux qui survécurent et purent rentrer en France firent de si sombres récits sur l'insalubrité du pays que sa réputation, déjà fort mauvaise, devint sinistre,
En 1800, Victor Hugues, celuilà même qui avait montré tant d'énergie contre les Anglais à la Guadeloupe, fut nommé gouverneur de .la Guyane, Le premier Consul le chargea d'y rétablir l'esclavage, et pendant un instant les affaires de la Colonie se remirent à marcher, usines et sucreries se rouvrirent, et l’on se reprit à cultiver là terre, mais ce semblant de prospérité ne dura guère. “an
En 1809, Anglais et Portugais se réunirent pour attaquer la Guyane. On se défendit, mais mollement, Victor Hugues semblait avoir perdu cette énergie sauvage qui avait arraché la Guadeloupe à nos ennemis. Il capitula, stipulant seulement que la Colonie serait remise aux P tugais et non aux Anglais. RS
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Elle resta portugaise pendant 8 ans, et ne fut restituée à la France qu'en 18v7.
Quelques années plus tard, sous l'impulsion donnée par le Gouverneur Laussat, homme fort
actif et intelligent, on exécuta plusieurs travaux !
d'une réelle utilité, tels que création de routes et de canaux, réorganisation de chantiers, etc. En
1823, il s'associa à une tentative de colonisation !
faite par le gouvernement dans le bassin du Mana. On fonda sur le bord de ce fleuve une ville qu'on appela Nouvelle Angoulême, mais l'emplacement avait été mal choisi, l'endroit était malsain, et on dut l'abandonner. Nos colons allèrent s'établir au poste de Mana, à l'embouchure du fleuve. En somme, cette tentative échoua comme les précédentes.
Jusqu'en 1848, notre Colonie vécut tranquillement, sans qu'aucun fait saillant ne fût venu marquer son existence, mais alors il y eut une secousse. Le décret imprudent du 27 avril abolissant l'esclavage dans nos Colonies et donnant aux affranchis le droit de suffrage, fut bien près de la ruiner pour toujours. Comme au temps de sa première liberté, tout travail fut arrêté faute de bras, ateliers et usines furent fermés, cultures délaissées, C'était une désolation.
En 1852, on eut l'idée de faire de la Guyane un établissement pénitentiaire, et un nombre considérable de forçats furent dirigés sur cette Colonie. A partir de 1864, on n'y envoya que des condamnés noirs ou arabes, les blancs étant expédiés à la Nouvelle-Calédonie, enfin aujour-
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