‹ Les colonies françaises (volume 2)Chapitre 19 sur 60 · OBOCK · texte numérisé non relu

OBOCK

tait avec le plus grand soin l'hydrographie du port et relevait la côte voisine. Il semblait que la France allait fonder dans ces parages un grand établissement. De cruels désastres et de graves préoccupations ont, depuis, détourné notre attention. Le moment viendra, peut-être n'est-il pas éloigné, de tirer parti des avantages de tous genres que présente cette position.

U serait en effet très-facile de créer à Obock un port très sûr, abrité par de hautes falaises contre les vents du nord et de Touest. Deux mouillages distincts semblent disposés pour sibriter des flottes entières. Ils sont protégés par des bancs de corail) et ont une profondeur moyenne de 10 à 30 mètres. Ils communiquent entre eux et avec la haute mer; on pourrail donc y pénétrer par tous les temps. Le mouillage du nord BSt préférable. On le rendrait excellent en construisant, contre les vents du sud-ouest, deux jetées de 890 mètres chacune, dont il serait facile de trouver à portée les matériaux. Obock possède en outre deux avantages inappréciables, de Teau potable et du charbon. Les puits et les torrents sont nombreux, ît il serait facile de détourner jusque dans le port la rivière inazo. Quant au charbon, on le trouve dans le voisinage, à [leur de terre, très-abondant, et de qualité supérieure. Or à IVden, le port le plus fréquenté de la région, l'eau potable, récoltée à grand'peine dans des citernes, se vend très-cher et ;st détestable, et le charbon y est transporté à grands frais l'Angleterre. Il est évident que les navires de toutes nations rendraient de préférence à Obock pour y renouveler avec une économie considérable leurs provisions d'eau et de charbon.

Obock occupe en outre une position stratégique de prenier ordre. Entre Toulon et Saigon, la seule ville française îst Pondichéry, c'est-à-dire que nos navires sont forcés le relâcher dans des ports anglais, et que, en cas de guerres nantîmes, nos communications seraient facilement inler- •ompues. Que si au contraire nous possédions à Obock à la ois un dépôt de charbon, un port de ravitaillement et de efuge, et un arsenal, établissements qu'il serait facile de bnder, nous aurions ajouté un anneau à cette chaîne de staions navales que doit posséder toute puissance maritime.

Nos négociants trouveront également dans cette région l'occasion de contracter des marchés lucratifs. Obock peut en

effet devenir le débouché des produits de TAbyssinie, du Somal, du Clioa * et de tous ces pays encore vierges, qui n'attendent pour être fécondés que la présence des Européens. On demande déjà sur la côte nos pièces de cotonnade bleue, qu'on nomme guinéeSf nos velours et nos soies, nos verroteries, nos articles de Paris et nos parfumeries. Ces marchandises sont aujourd'hui apportées en Abyssinie par des caravanes et vendues très-cher. Tous les habitants de cette partie de l'Afrique accourront à Obock, dès qu'ils sauront qu'on y trouve à peu de frais les objets qu'ils recherchent, et, en échange des produits de notre industrie, ils apporteront leurs métaux, leurs bois précieux, caoutchoucs, cafés, cotons, indigos, tabacs, lins, cannes, encens, koussôs, coloquintes, etc. Les chevaux abyssins, si vantés pour leur légèreté, les bœufs et les buffles, les éléphants et les autruches, les perles, nacres, écailles, coraux, en un mot toutes les richesses végétales et animales de la contrée seront dirigées vers Obock, qui de la sorte deviendra le point de départ des caravanes pour l'inlérieur de l'Afrique et le principal marché d'exportation des denrées africaines.

Si donc nous avons la sagesse de dépenser enfin notre activité dans ces utiles entreprises, il est certain que notre récente acquisition est appelée à un grand avenir. Obock peut devenir un des grands ports de l'océan Indien. Puissent nos souhaits de prospérité se réaliser quelque jour!

1. Un bardi Français, M. Arnoux, grand ami de l'empereur abyssin Mioylick, vient de signer un traité par lequel, suus les auspices de Minylick, il ouvrira une route partant d'Oboclc pour l'Afrique centrale et fondera une colonie française au Choa. S'il faut en croire quelques indiscrétions, le gouvernement français aurait accueilli ce projet et serait à la veille de prendre possession définitive d'Obock. \o\r Revue des Deux-Mondes ^ 15 janvier 1879.

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